Pendant l'exil forcé du Président Jean Bertrand Aristide s'est posée la nécessité d'une politique visant à
établir la vérité sur les crimes et violations graves des droits de l'homme commis par les autorités haïtiennes
au moment du coup d'état militaire sanglant du 29 septembre 1991 et par le régime de facto qui s'en suivit.
Le 17 décembre 1994, un premier arrêté présidentiel crée officiellement la Commission Nationale de Vérité
et de Justice et désigne sa présidente, Madame Françoise Boucard. Celle-ci réunit d'abord un groupe de
travail composé de trois personnalités haïtiennes, connues pour leur expérience dans la promotion et la
protection des droits de l'homme, afin de l'aider à mettre la Commission sur pied.
Un deuxième arrêté présidentiel, adopté le 28 mars 1995, établit de manière complète et définitive la
Commission. La présidente est confirmée dans ses fonctions. Le mandat de la Commission, sa durée, ses
pouvoirs, son domaine de compétence et sa structure sont enfin précisés. Les sept Commissaires, quatre
haïtiens et trois internationaux, sont officiellement nommés et entrent immédiatement en fonction. La
Commission inaugure ainsi ses travaux le 1er avril 1995.
L'arrêté du 28 mars confie à la Commission le mandat principal "d'établir globalement la vérité sur les plus
graves violations des droits de l'homme commises entre le 29 septembre 1991 et le 15 octobre 1994 à
l'intérieur et à l'extérieur du pays". La Commission est également été mandatée pour faire des enquêtes
approfondies dans certains cas afin de tenter d'établir la responsabilité matérielle et intellectuelle de ces
crimes. D'après son mandat, elle doit se pencher sur les cas de violence à l'égard des femmes pour motifs
politiques ainsi que sur l'existence de groupes armés illégaux, paramilitaires ou de personnes agissant en
toute impunité, et qui se sont livrés de manière systématique à des violations de droits de l'homme. Enfin,
la Commission se doit de réunir les informations permettant d'identifier les victimes afin d'établir la nature
et la gravité des sévices subis ainsi que l'étendue des dommages qui en résultent.
Le même arrêté spécifie que la Commission doit préparer un rapport public énonçant ses conclusions et
recommandations. Ces dernières doivent porter sur des propositions de mesures de réparation et de
réhabilitation pour les victimes et sur des mesures d'ordre juridique et administratif destinées à prévenir de
nouvelles violations des droits de l'homme et d'organisations illégales.
La MICIVIH contribue aux travaux de la CNVJ depuis la création de cette dernière. Elle a appuyé les d
marches préliminaires de préparation d'une esquisse de structure et de budget de la future Commission et
a pris des initiatives auprès du PNUD afin d'assurer la présence en Haïti de deux experts internationaux en
la matière. Une fois ce travail essentiel accompli, la MICIVIH a coopéré dans la recherche des fonds
nécessaires à la réalisation du projet auprès de la communauté internationale, du Programme des Nations
Unies pour le Développement (PNUD) et de l'ONU.
Dès lors, la MICIVIH a aidé à identifier des candidats pour les postes de commissaires et d'experts
internationaux susceptibles d'occuper des fonctions au sein de la Commission. Une fois le personnel tant
national qu'international nécessaire a été sélectionné par la Commission au mois de juin 1995, la MICIVIH
a participé activement au programme de formation de ce personnel en procurant du matériel didactique et
en assurant plusieurs séances de formation. Le 14 juillet 1995, la CNVJ débute ses opérations sur le terrain
en déployant ses équipes d'enquêteurs sur l'ensemble du territoire haïtien.
Pour la MICIVIH débute alors un travail de préparation de dossiers relatifs aux graves violations des droits
de l'homme répertoriés par la Mission durant son mandat et sélectionnés par la CNVJ. Un mémorandum
d'accord entre la MICIVIH et la CNVJ vient confirmer le cadre et les modalités du transfert d'information au
sujet de ces dossiers. Il est très important pour la MICIVIH d'assurer la protection et la confidentialité des
informations reçues, notamment en ce qui concerne les victimes, les témoins et les sources. Pour ce faire
la MICIVIH effectue toutes les démarches utiles afin de contacter les victimes ou leurs proches, et obtenir
pour chacun des dossiers leur autorisation personnelle afin de transmettre l'information les concernant à la
CNVJ ou, dans certains cas, simplement leur identité. Ainsi plus de quatre-vingt-dix dossiers contenant
toutes les informations pertinentes, et représentant autant de victimes, ont été remis à la CNVJ dans le cadre
de la coopération entre les deux institutions.
Au cours des mois de septembre, octobre et novembre 1995, la MICIVIH a aussi coopéré avec la CNVJ dans
le domaine essentiel de l'anthropologie criminelle en mettant à la disposition de la Commission son expert
en la matière. Ce dernier a participé activement aux travaux d'exhumation de présumés victimes de
violations graves de droits de l'homme aux côtés des experts de la Commission, et a effectué certaines
exhumations spécifiques à la demande de celle-ci, de même que des travaux d'analyse en laboratoire et
la préparation d'un rapport final sur ces cas.
Le rapport de la CNVJ sera l'oeuvre du peuple haïtien. C'est lui qui, patiemment, en aura tissé la toile de
fond en luttant dans un esprit de sacrifice pour le retour du gouvernement constitutionnel. C'est aussi lui qui
aura fourni les témoignages et informations essentielles aux travaux de la Commission, dans la douleur du
souvenir et avec abnégation. Le rapport pourrait constituer un apport important apport des haïtiens à la lutte
universelle contre l'impunité.
Depuis le retour à l'ordre constitutionnel en octobre 1994, le renforcement institutionnel est devenu la
principale priorité de la Mission. L'appui fourni par la MICIVIH à la CNVJ tout au long de ses travaux
constitue un exemple de la contribution de la Mission Civile au renforcement des institutions démocratiques
haïtiennes.
Micivih
Novembre/Décembre 1995