Trait d'Union Entre les Anciennes Victimes et la CNJV

Par Oriano Micaletti

31/8/95 - Micivih-Zen

La Commission Nationale de Justice et de Vérité (CNJV), installée le 28 mars 95, a pour objectif d'établir globalement la vérité sur les plus graves violations des droits de l'homme commises à l'intérieur et à l'extérieur de Haïti entre le 29 septembre 91 et le 15 octobre 94 et d'aider à la réconciliation entre tous les Haïtiens. On entend par graves violations des droits de l'homme, les situations de disparitions forcées, de détentions arbitraires, d'exécutions, de torture de détenus ayant entraîné la mort, de traitements cruels, inhumains et dégradants et dans lesquels, il apparaît que la responsabilité de l'Etat est engagé à travers des actes commis par ses fonctionnaires ou par des personnes à son service.

Dans le cadre de son mandat, la MICIVIH a été sollicitée pour appuyer les travaux de la Commission dans divers domaines tels que l'échange d'informations relatives à des dossiers de violations et l'anthropologie criminelle.

La MICIVIH, présente en Haïti depuis 1993, a reçu un nombre important de plaintes et de témoignages émanant des citoyens dont les droits ont été bafoués pendant la période du régime de facto. Parmi les bases de la Mission, le Bureau de Port-au-Prince métro (Base 1) a été un des endroits où un nombre considérable de victimes parmi la population se sont rendues pendant la période de répression pour signaler les cas de violations des droits de l'homme. Port-au-Prince est la ville qui a enregistré le plus grand nombre significatif de dossiers de violations.

Compte tenu de l'importance de ces plaintes, les observateurs de la Base 1 ont développé une grande expérience du traitement de dossier et des méthodes de recueil de ce type d'informations. Dans le cadre de leur travail, ils ont multiplié les contacts avec la population civile et maîtrisent parfaitement la géographie des différents quartiers de la capitale.

L'une des caractéristiques particulières de la MICIVIH consiste dans la connaissance de la langue locale grâce aux cours intensifs de créole et l'intégration de ses observateurs au sein de la population. Les membres de la CNJV ont commencé leur travail de collecte d'informations le 16 juillet 95. Dans ce cadre, ils ont établi des relations avec l'Unité d'appui à la CNJV de la MICIVIH qui, à son tour, a sollicité l'assistance des membres de la Base 1 pour contacter les victimes et obtenir les autorisations nécessaires à la transmission des informations à la Commission.

Au cours du mois d'août l'appui donné par la Base 1 à l'Unité d'appui à la CNJV s'est matérialisé par diverses activités menées successivement par trois observateurs. Par exemple, un observateur de la Base 1 possédant une connaissance approfondie du milieu de Cité Soleil , en collaboration avec des membres de l'Unité, a entrepris des recherches pour localiser les principales victimes de violations dont les cas présentaient de l'intérêt pour la CNJV. La Mission ne peut pas transmettre des informations et des témoignages sans avoir le feu vert des victimes ou de leurs proches.

Un deuxième observateur, spécialiste dans la conduite d'interview, a consacré plusieurs jours à la recherche de vingt et une autres victimes ou témoins de violations dans d'autres zones métropolitaines.

Ce travail délicat a confirmé l'importance pour la MICIVIH de cette reprise de contact avec les victimes. Cependant il a aussi révélé d'énormes difficultés pour localiser des victimes ou leurs familles, les difficultés à revivre les abus soufferts et un manque de connaissance de la CNJV.

Le bilan de cette première phase s'est révélé positif. Les observateurs de la Base 1 ont contribué à établir un trait d'union et un dialogue entre les victimes du coup d'Etat, l'Unité d'appui à la CNJV et la Commission Nationale de Justice et de Vérité.

A travers ce type de démarches, les observateurs de la Base 1 ont pu donner un premier appui à la CNJV qui doit gérer un des domaines les plus difficiles au niveau des droits de l'homme, plus précisément le dilemme entre vérité historique, justice, impunité et réconciliation.

P-au-P