Une Nouvelle Police pour une Nouvelle Nation.

Par Oriano Micaletti

30/9/95 - Micivih-Zen

Haïti fait partie des rares pays au monde dont les institutions militaires ont été abolies et où tous les problèmes liés à la sécurité relèvent de la Police.

Le 12 juin 1995 constitue la première date à laquelle la nouvelle police nationale a commencé à assurer ses fonctions au Cap-Haïtien, à Port-au-Prince et dans d'autres villes d'Haïti.

A partir de cette date les policiers de la nouvelle Police Haïtienne formés aux Etats Unis, Canada et en Haïti, sont censées remplacer, progressivement sur tout le territoire d'Haïti, les anciens policiers de la Police intérimaire.

Le but de cette opération était en premier lieu d'éliminer définitivement l'armée (NDLR : La constitution haïtienne prévoit déjà dans ses articles 169 et suivants la création d'une police civile relevant du ministère de la justice.) considérée depuis longtemps comme source principale de répression et oppression de la population qu'elle était pourtant censée protéger et en second lieu de mettre sur pied une nouvelle structure policière consciente de son rôle de protection des citoyens et garante du respect des droits de l'homme.

La MICIVIH a été invitée à observer le respect des règles élémentaires des droits de l'homme par la Police Nationale dans son rôle de maintien de l'ordre public, (usage de la force et des armes à feu) et de conduite des enquêtes criminelles (arrestations, perquisitions, exécutions des mandats et l'enregistrement des actes criminels).

Les observateurs de la Base 1, ont consacré beaucoup d'efforts à la surveillance des activités menées par la nouvelle police conscients du fait que le comportement de la police, à tous les niveaux, mérite d'être systématiquement suivi. En effet la justice peut être facilement pervertie du fait de la brutalité où de l'incompétence des agents de l'ordre. La loi ne peut être appliquée en l'absence d'une confiance mutuelle entre la police et la population civile. Pour cette raison les observateurs de la Base 1 ont suivi de plus près les premiers pas de la nouvelle police à Port-au-Prince.

Les observateurs ont à cette égard assisté à la relève entre les forces intérimaires et la nouvelle police, ensuite ont mené des enquêtes sur tous les incidents dans lesquels il y avait des allégations d'abus commis par des membres de la nouvelle police. Jusqu'à présent, plusieurs incidents ont été identifiés, analysés et portés à l'attention du Bureau Central de la MICIVIH.

En outre, en raison de la recrudescence de ces incidents, la Base 1 a émis des recommandations pour la création d'un mécanisme de liaison entre la MICIVIH (Bureau Central) et les autorités de la nouvelle police, l'Inspection général et le Directeur départemental de la Police Nationale, en vue de faire la lumière sur ces incidents et adopter des mesures visant à en prévenir la répétition. Maintenant, ce mécanisme a été mise en place par le Bureau Central de la MICIVIH.

La Base 1, a aussi sollicité la diffusion d'une information à travers des programmes d'éducation civique au sujet du rôle de la nouvelle police pour contrecarrer l'esprit de méfiance suscité par les anciennes forces militaires en Haïti.

Cette plus grande attention consacrée aux activités de la nouvelle police résulte de l'idée qu'il ne peut y avoir de véritable justice en l'absence d'une police intègre et respectueuse des droits de l'Homme.