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octobre - décembre 1999 |
| Rapport trimestriel de la Mission Civile Internationale en Haïti OEA/ONU (MICIVIH) |
Droits de l'Homme en Haïti est un rapport
trimestriel rédigé par la MICIVIH. Ce document offre une vision
d'ensemble du travail de la police, dans les prisons et du système judiciaire
en Haïti, sous l'angle du respect des droits de l'homme. L'élaboration
de ce rapport renvoie aux activités de la Mission, tant au siège
central que dans les bureaux régionaux, relatives aux trois volets de
son mandat, à savoir la vérification, le renforcement institutionnel
et la promotion des droits de l'homme. Publié également en anglais,
le rapport fait l'objêt d'une large distribution en Haïti comme à
l'étranger, et il peut être consulté sur le site Internet
de la MICIVIH (www.un.org/rights/micivih/premier.htm), qui a été
récemment mis à jour et qui contient des communiqués de
presse et d'autres documents concernant le travail de la MICIVIH. Une série
de tableaux en annexe présente les données comparatives annuelles
depuis 1996 concernant les allégations de violations des droits de l'homme,
les meurtres par des policiers, la population carcérale, la détention
préventive et la «justice populaire».
CONTEXTE GENERAL
Malgré certaines vicissitudes, le processus électoral a suivi
son cours et à la mi-décembre, il y avait des signes d'une confiance
accrue dans le processus électoral. D'après le calendrier électoral
publié le 6 octobre, les élections législatives, municipales
et communales devraient avoir lieu le 19 mars 2000. L'événement
le plus prometteur a été la conclusion heureuse de l'inscription
des candidats, dont la durée avait été fixée à
4 semaines par le Conseil Electoral Provisoire (CEP), la date limite d'inscription
étant le 10 décembre. Pour des raisons diverses, très peu
de candidats se sont inscrits au cours des trois premières semaines et
demie. Puis, il y a eu affluence au cours des deux derniers jours et après
l'extension de la période au week-end des 11 et 12 décembre, le
CEP a finalement enregistré un très grand nombre de candidatures,
provenant des principaux partis et alliances, y compris ceux qui avaient manifesté
leur mécontentement par le passé quant à certains aspects
du processus électoral. Parmi ceux-ci, on peut citer l'Organisation du
Peuple en Lutte, dont les leaders avaient régulièrement exprimé
des réserves au sujet du CEP, et Fanmi Lavalas, dont certains partisans
avaient commencé à réclamer que ces élections soient
organisées en même temps que l'élection présidentielle
prévue pour la fin de l'an 2000. L'indice le plus révélateur
de l'acceptation par Fanmi Lavalas du processus électoral a été
sa décision de briguer les deux sièges sénatoriaux dont
il réclamait le gain légitime après les élections
litigieuses de 1997, revenant ainsi sur sa position précédente
de ne pas présenter de candidats pour ces deux postes.
Dans la plupart des cas, l'enregistrement des candidats s'est déroulé
sans violence, à part quelques incidents mineurs liés à
des différends à l'intérieur de certains partis et alliances
sur le choix des postulants. La phase précédente d'installation
des Bureaux Electoraux Communaux (BEC) a également eu lieu dans l'ensemble
sans incident majeur, malgré des protestations concernant la composition
des BEC dans certaines régions du pays, comme l'Artibonite et le Plateau
Central. Cela a entraîné le remplacement des membres de BEC dans
quelques cas.
La seule région qui a connu une perturbation importante du processus
électoral a été la Grand'Anse, où le mouvement politique
régional Kowòdinasyon Resistans Grandans (KOREGA) a continué
à manifester son opposition déterminée à la composition
du Bureau Electoral Départemental (BED), malgré le remplacement
en octobre de l'un des membres de ce dernier. On rapporte que des individus
non identifiés ont mis le feu au BEC de Bonbon et volé le matériel
d'enregistrement du BEC de Corail au cours des deux derniers jours d'inscription
des candidatures, et essayé d'attaquer un certain nombre d'autres BEC
de la Grand'Anse. Le 10 décembre (à l'origine le dernier jour
d'inscription), un incendie s'est déclaré dans le quartier commercial
de Jérémie, détruisant environ 10 maisons (parmi lesquelles
l'une avait été occupée par le président du BED)
sans causer de victimes. Signe, sans aucun doute, de la température politique,
on a dit que l'incendie était d'origine criminelle et avait des motivations
politiques. Cependant, les premières preuves à l'appui de cette
hypothèse n'ont pas pu être apportées, la zone ravagée
par le feu étant éloignée des bureaux des BED et BEC et,
selon des sources policières, le feu a pris naissance au troisième
étage d'un bâtiment où une réunion avait lieu. L'inscription
des candidats a pu se poursuivre et se terminer dans la Grand'Anse, bien que
la région ait en fait moins d'inscrits que d'autres régions. Les
candidats du KOREGA se sont finalement inscrits, toutefois sous la bannière
d'une nouvelle alliance, ESKANP. A Anse d'Hainault, l'exclusion par le BEC du
maire (agent exécutif intérimaire) KOREGA comme candidat à
sa réélection a été suivie d'attaques par des manifestants
contre le BEC et les agents électoraux vers la fin décembre.
Au cours du mois de novembre, la presse haïtienne a concentré une
grande partie de son attention sur une vague de déportations sommaires
d'Haïtiens sans papiers vivant en République Dominicaine et sur
l'éventualité que ces déportations puisse exacerber les
problèmes politiques et sociaux en Haïti. Le nombre de déportations
a semblé diminuer après l'ouverture de discussions entre les deux
gouvernements et la signature d'un accord selon lequel le processus devrait
se dérouler dans des conditions plus acceptables de respect des droits
des déportés. Une autre source de malaise social est apparue à
la suite du déclenchement d'une grève pour des augmentations de
salaire et de meilleures conditions de travail par les deux principaux syndicats
d'enseignants, ce qui a entraîné la paralysie des écoles
publiques en octobre et novembre. Cette situation a donné lieu à
plusieurs incidents, notamment des plaintes relatives à l'usage excessif
de la force par la police de Jacmel pour disperser une manifestation d'étudiants
le 15 novembre et des jets de pierres contre les écoles privées
par les écoliers des établissements publics à Port-au-Prince.
La criminalité armée a continué à alimenter les
inquiétudes généralisées relatives à l'insécurité,
des personnalités bien connues des milieux d'affaires figurant parmi
les victimes et les personnes assassinées. Cependant, il y a eu très
peu d'incidents liés à la violence politique. La plupart de ceux-ci
semblent être en rapport avec les mécontentements soulevés
par la désignation du personnel de l'appareil électoral ou des
bureaux électoraux. Il est regrettable que des méthodes non-violentes
n'aient pas été utilisées pour exprimer ces désaccords.
En ce qui concerne le respect des droits de l'homme, un nombre relativement
restreint de civils ont été tués par des policiers, comme
lors du trimestre précédent, alors que des oscillations contradictoires
ont été notés dans le nombre de cas de mauvais traitements
selon la région et le grade des autorités supervisant la police.
La détention provisoire prolongée continue d'être l'une
des carences les plus sensibles du système judiciaire malgré les
directives du Ministère de la Justice pour réduire le nombre de
cas et quelques efforts circonstanciels pour résoudre le problème.
On a également assisté à des issues positives concernant
des cas de détention illégale et arbitraire, restés longtemps
en suspens, et pour lesquels les ordonnances de libération n'avaient
pas été respectées. L'intention déclarée
du nouveau commissaire du gouvernement de Port-au-Prince d'appliquer la loi
dans ce domaine est une nouvelle approche. Cependant, l'élargissement
de 21 personnes pour des raisons humanitaires a généré
quelques tensions avec le Ministre de la Justice. Le respect de la légalité
exige des décisions difficiles, qui peuvent être en désaccord
avec des considérations sécuritaires et politiques, mais tout
à fait conformes à la lettre de la loi et au bénéfice
du respect des droits de la personne et de la régularité des procédures.
Une volonté nouvelle s'est manifestée, particulièrement
à Port-au-Prince, de faire face au laxisme prédominant au parquet
par la mise en place d'un contrôle plus strict. La nécessité
d'une plus grande transparence a été mise en évidence par
le silence prolongé sur les rapports d'enquêtes, internes et judiciaires,
sur le massacre perpétré par la police à Carrefour-Feuilles
le 28 mai 1999, et le rapport d'octobre de la commission relatif aux cas de
détention prolongée arbitraire et illégale de personnes
bénéficiant d'ordonnances de libération judiciaires. Le
regain de vitalité des ONG luttant pour les droits de l'homme et l'accessibilité
accrue de l'Office de la Protection du Citoyen ont également été
des signes encourageants.
Le mandat de la MICIVIH devait prendre fin le 31 décembre 1999, mais
il a été prolongé par une résolution de l'Assemblée
Générale de l'ONU le 17 décembre pour permettre une transition
sans heurt vers l'établissement de la nouvelle Mission Internationale
Civile d'Appui en Haïti (MICAH), qui doit commencer sa mission dans le
domaine des droits de l'homme, de la justice et de la police au plus tard le
15 mars. A l'approche de la fin de son mandat, la Mission a poursuivi la mise
en uvre de ses responsabilités dans tous les domaines, tout en continuant
à accorder la priorité aux efforts de développement des
capacités locales pour la promotion et la protection des droits humains,
surtout en fournissant l'assistance technique et la formation aux ONG de défense
des droits de l'homme et à l'Office de la Protection du Citoyen.
LA POLICE
La Police Nationale Haïtienne a été secouée par une
série d'événements en octobre, ce qui a posé un
sérieux défi à l'autorité de son commandement et
à son intégrité institutionnelle. Le premier événement
a été la démission inattendue le 7 octobre du Secrétaire
d'Etat à la Sécurité Publique Robert Manuel. Des organisations
populaires proches de Fanmi Lavalas et Fanmi Lavalas elle-même avaient
appelé à sa démission, ainsi que celle du Directeur Général
de la PNH, depuis le début de l'année, arguant de l'incapacité
de ces deux responsables de juguler l'insécurité croissante.
La démission de Robert Manuel a été suivie peu de temps
après, le 8 octobre, par le meurtre de l'ancien colonel Jean Lamy, consultant
de la Direction de la PNH et l'un du petit groupe d'officiers de l'armée
restés fidèles au gouvernement d'Aristide pendant la période
du coup d'état. Des sources policières ont affirmé qu'il
avait été tué par balle alors qu'il était seul au
volant d'un pickup de l'état, à quelques mètres de la résidence
d'un ami qu'il avait projeté de visiter. Les déclarations ont
largement fait état du fait que l'assassinat a eu lieu quelques minutes
après le départ de la victime du domicile de Robert Manuel, où
celle-ci et un autre ancien officier de l'armée, Pierre Chérubin,
avaient eu une rencontre avec l'ex Secrétaire d'Etat. Manuel a quitté
le pays le lendemain du meurtre mais son départ, selon les sources gouvernementales,
avait déjà été planifié avant l'événement.
Manuel a de nouveau mis en garde contre le danger d'une politisation de l'institution,
dans un dernier message à la police, qui a été diffusé
après son départ. Le Premier Ministre a annoncé que le
poste de Secrétaire d'Etat à la sécurité Publique
n'était pas essentiel et qu'il n'aurait pas de successeur.
Le 12 octobre, la MICIVIH a publié une déclaration faisant part
de ses préoccupations au sujet du meurtre de Lamy, de l'assassinat de
18 policiers depuis le début de l'année et de la recrudescence
de la violence criminelle en général. Tout en constatant que les
motifs de ces assassinats n'étaient pas clairs, la Mission a fait observer
que ces violences menaçaient les fragiles institutions d'Haïti,
qu'elles contribuaient à la déstabilisation de la police au cours
de la période précédant les élections et qu'elles
accroissaient les craintes de la population. La déclaration se terminait
par une invitation pressante à l'endroit des autorités pour qu'elles
prennent des mesures énergiques pour rétablir la confiance et
les dispositions trop longtemps différées pour renforcer les moyens
d'investigation de la police judiciaire.
Dans cette séquence d'événements troublants s'ensuivit
une attaque dirigée contre le directeur de la police judiciaire, le Commissaire
Mario Andresol. Des bandits armés firent feu sur son véhicule
le soir du 15 octobre à Delmas, touchant ce dernier à cinq reprises,
mais ne blessant ni le commissaire, ni son chauffeur. Les rapports de presse
ont lié l'attentat au fait qu'Andresol était directement chargé
de l'enquête sur le meurtre de Lamy mais, en sa qualité de chef
de la police judiciaire, il est également responsable de l'unité
anti-drogues et son nom avait parfois été mentionné avec
ceux de Manuel et Denizé par les organisations populaires exigeant le
remplacement du commandement de la police.
Bien que Manuel et Lamy aient été apparemment amis, un des porte-parole
de Fanmi Lavalas, Dany Toussaint, et les organisations populaires proches de
cette formation ont fait savoir haut et fort et à plusieurs reprises
qu'ils rendaient Robert Manuel responsable de la mort de Lamy, alléguant
que l'ex Secrétaire d'Etat était le seul à connaître
la destination de l'ancien colonel lorsqu'il tomba dans l'embuscade. Toussaint,
ancien officier de l'armée et chef de la police intérimaire de
Port-au-Prince en 1995, déclara aussi que des témoins avaient
reconnu sur les lieux du crime des véhicules faisant partie de l'escorte
sécuritaire de Robert Manuel. Ces allégations, bien que largement
répercutées par les médias, ont été démenties
par les représentants du gouvernement tandis que les partis de l'opposition
les décrivirent comme faisant partie de la stratégie présumée
de Fanmi Lavalas pour dominer la police. Un petit groupe de manifestants pro
Fanmi Lavalas a perturbé les funérailles de Lamy, organisées
le 16 octobre à la Cathédrale et auxquelles assistaient l'ex Président
Aristide, de même que Dany Toussaint et Pierre Denizé. Brisant
un cordon de sécurité sous la responsabilité de la Compagnie
d'Intervention et de Maintien de l'Ordre (CIMO), selon les dires, les manifestants
pénétrèrent dans la cathédrale au cours de la cérémonie,
brandissant des posters d'Aristide et criant des slogans hostiles à Manuel
et Denizé. Puis, transformant les posters en boulettes de papier, ils
en bombardèrent Denizé, qui partit dans le véhicule de
l'ex Président. La perturbation de la cérémonie a été
déplorée par la majeure partie des secteurs, de même que
l'apparente violation de la sécurité personnelle du Directeur
Général de la PNH. Une autre manifestation contre Denizé
et Manuel a été orchestrée par les partisans de Dany Toussaint
à l'extérieur des studios de Radio Haïti Inter à Delmas,
le 19 octobre, apparemment par suite de la position critique de la radio concernant
la dimension raciste contenue dans certaines de leurs accusations contre Manuel.
Le directeur de la station, sympathisant de longue date du mouvement Lavalas,
réagit le lendemain de la manifestation par un éditorial cinglant
contre Toussaint. Par la suite, la campagne contre Manuel et Denizé devait
s'apaiser.
Ces événements ont été accompagnés de signes
d'une détérioration accrue du moral de la police, exacerbée
par le meurtre de six policiers au cours des trois semaines précédant
le 15 octobre et par un retard dans le paiement des salaires du mois de septembre.
Le règlement de ces derniers avait été promis pour la mi-septembre
(pour faciliter le paiement des frais de scolarité au début de
la nouvelle année académique), mais il ne fut pas effectué
avant la mi-octobre. De nombreux policiers ont alors fait montre d'une attitude
nonchalante dans les commissariats de l'aire métropolitaine, en particulier
à Carrefour, où des observateurs avaient observé une baisse
persistante de la discipline depuis l'arrestation du commissaire municipal impliqué
dans une affaire de drogues en juillet. L'inaction de la police face à
une vague de vols et de cambriolages a été citée par des
résidents locaux comme le motif de la résurgence des actes de
«justice populaire» à Carrefour, notamment le lynchage de six
voleurs présumés au cours d'un incident le 20 octobre. Le secteur
privé, pour sa part, est devenu de plus en plus inquiet devant l'apparente
incapacité de la police à contrôler un nombre croissant
de vols à main armée, comprenant l'assassinat d'hommes d'affaires
et de commerçants, et qualifiés par le président de la
Chambre de Commerce de «tir aux pigeons». La police du centre de Port-au-Prince
a cependant réagi aux séries de meurtres d'agents de la PNH dans
le district de Portail Léogâne, lançant une campagne d'arrestations
de bandits des rues à la mi-octobre.
Quelques succès notables dans la lutte contre le crime et le trafic
de drogue, de même que certaines améliorations des équipements
et des infrastructures, ont aidé à surmonter ces atteintes au
moral de la police. En novembre, le gouvernement a distribué 50 véhicules
à la police de tous les Départements. Le plus grand nombre de
voitures a été attribué au Département de l'Ouest,
où chacun des cinq commissariats principaux de la région métropolitaine
a reçu cinq Toyota Landcruiser neuves pour améliorer leurs capacités
de riposte au taux élevé de criminalité. Le commissaire
municipal de Pétionville a déclaré que les nouveaux véhicules
seraient utilisés pour effectuer des patrouilles et mener des interventions
rapides. Un second groupe de 35 pickups à quatre roues motrices et des
équipements de communication ont été remis à la
police le 8 décembre par le PNUD, qui les avait acquis avec des fonds
accordés par le Japon. L'un des buts à court terme de ces dons
était de renforcer la capacité de la PNH à assurer la sécurité
des élections. Lors de la cérémonie de remise des matériels,
le Premier Ministre a insisté sur le fait que l'utilisation privée
ou personnelle des véhicules ne serait pas tolérée. Un
nouveau sous-commissariat sous le commandement du commissariat de Pétionville
a été inauguré en octobre à Delmas 62, avec cinq
policiers et deux motos (mais pas de voitures). Sa création faisait suite
à celle de trois autres sous-commissariats dans la région métropolitaine
au cours du trimestre précédent (à Delmas 3, Cité
Soleil Route Nationale 1 et Martissant). Trois autres postes de police ont été
inaugurés en décembre dans les départements du Nord et
du Centre.
La mise en oeuvre en décembre de l'exercice policier «Boucler Port-au-Prince»,
caractérisé par des patrouilles et des contrôles routiers
accrus et une plus grande visibilité policière, semble avoir contribué
à une baisse des actes be banditisme à la capitale et à
apaiser quelque peu les esprits.
Police/élections
Des doutes ont été initialement émis quant à la
capacité et la détermination de la police à maintenir l'ordre
public au cours des activités électorales précédant
les élections prévues pour 19 mars 2000 à la suite de la
publication de l'intégralité du calendrier électoral le
6 octobre. Un petit nombre de policiers était présent mais n'est
pas intervenu lorsqu'un groupe de manifestants criant «Aristide ou la mort»
a perturbé une cérémonie tenue par le CEP le 24 octobre
à Port-au-Prince pour le lancement de sa campagne d'éducation
civique. On rapporte que les manifestants ont renversé des chaises, lancé
des bouteilles de plastique pleines d'urine en direction des membres du CEP
et essayé d'agresser le leader Evans Paul de l'alliance de l'opposition,
l'Espace de Concertation, qui a été protégé par
ses gardes du corps. La MICIVIH a émis un communiqué soulignant
la nécessité pour la police de faire son devoir et appelant tous
les acteurs politiques à faire preuve d'une plus grande responsabilité,
notamment le parti dont se réclamaient les manifestants. Le Ministre
de la Justice a attribué la présence insuffisante de la police
à un manque de coordination entre le CEP et la PNH. L'incident a été
déploré par les autorités gouvernementales et la plupart
des partis politiques, y compris Fanmi Lavalas, qui déclara qu'elle ne
pouvait être tenue pour responsable uniquement parce que les manifestants
avaient crié des slogans en faveur d'Aristide. Fanmi Lavalas a aussi
accusé l'Espace de Concertation d'avoir monté l'incident de manière
à discréditer son parti.
Par la suite, la Police Nationale d'Haïti a semblé s'acquitter
de façon adéquate de ses responsabilités de sécurité
à toutes les réunions publiques liées aux élections.
Quelque 30 policiers, notamment une unité de la CIMO de Port-au-Prince,
étaient présents à un rassemblement de l'opposition tenu
par l'Espace de Concertation à Petit Goâve le 6 novembre et observé
par la MICIVIH. Selon la police, des pneus avaient été brûlés
dans la ville la veille du meeting, apparemment pour décourager les participants,
et les média ont rapporté que le podium avait été
barbouillé d'excréments humains au cours de la nuit. Il y avait
environ 300 participants actifs, la plupart arrivés en autobus, tandis
que 700 habitants de Petit Goâve observaient passivement le meeting, aux
abords de la place où ce dernier était organisé. Contrairement
aux déclarations de presse, le rassemblement n'a été perturbé
que par un incident mineur, causé par deux individus scandant des slogans
pro Aristide, ce qui donna lieu à une échauffourée au cours
de laquelle les gens d'un côté de la place se mirent à courir.
La CIMO est immédiatement intervenue, neutralisant l'un des individus
qui fut ensuite relâché, et le meeting recommença sans tarder.
Un détachement de la CIMO a aussi assuré la sécurité
d'une activité organisée par la Mobilisation pour le Développement
National (MDN) le 9 novembre à son siège au centre de Port-au-Prince.
La Mission était également présente à cette activité
en tant qu'observateur. Aucun incident n'a été signalé.
Une force de police impressionnante comprenant plus de 100 agents, notamment
les unités de la CIMO et de la SWAT et plusieurs commissaires et d'autres
chefs d'unité, ont assuré la sécurité du second
meeting tenu par l'Espace de Concertation sur le Champ de Mars à Port-au-Prince
le 29 novembre. Environ 200 à 300 personnes ont pris part au rassemblement,
avec la présence d'un nombre assez important d'observateurs, notamment
des journalistes et des membre de la Mission. Contrairement à une manifestation
organisée par la Chambre de Commerce sur le mêmes lieu le 28 mai,
le rassemblement s'est déroulé sans incident, à part deux
brèves échauffourées marginales entre les partisans de
l'Espace et un certain nombre de jeunes, criant de manière intermittente
des slogans pro Aristide sans causer de perturbation importante. La police est
rapidement intervenue au cours de ces altercations et deux personnes ont été
brièvement détenues. La présence d'un grand nombre de policiers
a également été rapportée au BED de l'Ouest lorsque
plusieurs leaders de Fanmi Lavalas sont arrivés ensemble pour déposer
leurs candidatures le 10 décembre.
Les relations police communauté
Une foule d'habitants de Chansolme (Nord-Ouest) a saccagé
et mis le feu au commissariat de police de la localité le 19 novembre
(sans infliger de blessures aux personnes) suite à un incident au cours
duquel un officier de police avait tiré sur un jeune qui faisait exploser
des pétards. Le policier, qui avait été transféré
de la SWAT à Chansolme pour des raisons disciplinaires, est revenu brièvement
au poste de police pour informer ses collègues de l'incident et s'est
ensuite enfui. Le chef de poste s'est alors précipité sur les
lieux et a transporté en voiture le jeune sérieusement blessé
à un hôpital voisin de Port-de-Paix. Au cours de son absence, la
foule se serait rassemblée autour du commissariat, aurait érigé
des barricades enflammées, lancé des pierres contre le bâtiment
et scandé des slogans anti-police. Les deux policiers à l'intérieur
du commissariat, sans radiocommunications, essayèrent sans succès
de raisonner la foule et abandonnèrent le commissariat. Après
les avoir laissés passer sans leur faire de mal, la foule aurait fait
irruption dans le bâtiment pour mettre ce dernier à sac et l'incendier.
Lorsque le directeur départemental arriva en voiture de Port-de-Paix
à Chansolme la nuit même avec un détachement de l'UDMO pour
rétablir le calme, son véhicule et ceux de l'UDMO furent endommagés
à coups de pierre par les manifestants. Réagissant avec efficacité,
le directeur départemental fit un appel au calme dans un message radiodiffusé
par une radio locale, rencontra des parents de la victime, ordonna de rechercher
le policier responsable et fit en sorte que des réparations soient effectuées
immédiatement au commissariat. Il demanda également d'équiper
ce dernier de radios. L'UDMO resta cantonnée dans la ville pendant plusieurs
jours tandis que des protestations sporadiques se poursuivaient. Cependant,
la MICIVIH constata que la ville était tranquille six jours après
l'incident. Cette attaque de la foule dirigée contre les biens de la
police est la plus destructive que celle-ci ait connue depuis le saccage du
commissariat du Limbé en janvier 1999 et le saccage et l'incendie du
commissariat de Saint-Michel de l'Attalaye en novembre 1998 (voir Droits
de l'homme en Haïti, Octobre - Décembre 1998). L'Inspection
Générale a ouvert une enquête et l'agent de la PNH impliqué
dans l'affaire a été par la suite arrêté à
Port-au-Prince et placé en isolement.
Meurtres de policiers
Trois officiers de police ont été tués dans les deux premières
semaines d'octobre (deux d'entre eux dans la capitale), portant à six
le nombre d'agents tués au cours de la période de trois semaines
consécutive au 24 septembre. Trois d'entre eux étaient des agents
de l'Anti-gang, dont deux avait été affectés à la
sécurité rapprochée de Dany Toussaint, l'ex-chef de police
de Port-au-Prince dans la police intérimaire de 1995 et maintenant un
des porte-parole de Fanmi Lavalas (voir ci-dessus). Plusieurs autres policiers
ont été blessés dans des attaques à main armée.
Avec les décès mentionnés, le nombre total des policiers
tués pendant 1999 s'élève à 20. La plupart de ceux-ci
ont été assassinés en dehors de leur service. Il n'y a
pas eu d'autres meurtres de policier après la mi-octobre. Selon des données
fournies à la MICIVIH par l'Inspection Générale le 12 novembre,
72 officiers de police ont été assassinés depuis la constitution
de la PNH en 1995 et 79 sont morts de causes naturelles ou dans des accidents.
L'une des victimes d'octobre était un membre de l'Unité de Sécurité
Générale du Palais National qui aurait été lynché
en compagnie d'un civil à Mahot, localité proche
de Bainet (Sud-Est) le 14 octobre. Selon la police et d'autres
sources, ces individus et deux autres civils se seraient rendus dans la région
de Bainet (réputée être une zone de réception des
arrivages de cocaïne) pour chercher de la drogue, et auraient été
lapidés et tailladés à mort par un groupe d'environ 30
paysans après la fouille d'une maison. Les deux autres civils purent
s'échapper.
Meurtres par des policiers
Huit cas de mort par balles aux mains de la police ont été rapportés
au cours du dernier trimestre de 1999. Dans la plupart des cas, le peu d'informations
disponibles n'ont pas permis de déterminer s'il y avait eu violation
des droits de l'homme, en particulier dans trois de ces cas pour lesquels la
police déclare avoir agi en légitime défense. Deux autres
rapports non confirmés font état d'exécutions de voleurs
par la police au cours de ou immédiatement après la commission
de hold-up dans la région métropolitaine. Des allégations
de complicité de la police dans le meurtre d'un voleur présumé,
le 14 novembre, par un groupe armé de civils à Cité
Soleil ont également été reçues. Pour plus
de détails, voir plus loin le chapitre Lynchages/Brigades de
vigilance.
La version officielle de la police selon laquelle un manifestant aurait été
tué et deux autres auraient été blessés par une
balle unique, tirée accidentellement par un policier utilisant son arme
pour refouler la foule à Tabarre le 11 octobre, est
assez inquiétante. Les manifestants protestaient selon eux contre les
tentatives du chef des transports au Palais National pour les déloger
d'un terrain. Leurs allégations font état de tirs de police en
direction de la foule, sous le commandement du commissaire municipal de Delmas.
Un agent de police de L'Estère, en dehors de son service, a été
placé en garde à vue et ensuite transféré en prison
après avoir tiré sur une femme à Saint-Marc
le 11 octobre, apparemment dans un accès de rage au cours d'une rixe
avec son cousin. La femme a succombé à ses blessures six semaines
plus tard. Des rapports affirment que les policiers de Saint-Marc et de L'Estère
auraient tenté d'intimider les membres de la famille du cousin et de
celle de la victime, qui avait décliné des offres de compensation
financière provenant des avocats du policier. La MICIVIH s'est inquiétée
de constater que l'enquête judiciaire (qui avait été confiée
à un juge d'instruction le 20 octobre) était conduite avec peu
de détermination.
A la demande de la famille de la victime, l'Inspection Générale
a ouvert une enquête relative à un tir avec mort d'homme dans le
district de Carrefour-Feuilles à Port-au-Prince le 21
novembre, imputé à un policier du service anti-gang, affecté
depuis 1996 à la protection rapprochée de Dany Toussaint (ancien
chef de la police intérimaire). Selon les témoignages, le policier
aurait tiré sur un individu non armé qui s'opposait à l'arrestation
de son frère par l'officier. La police dut s'interposer devant une foule
furieuse qui menaçait de lyncher l'agent de police. Sur ces entrefaites,
des résidents du quartier organisèrent une manifestation sur les
lieux, bloquant les rues avec des pneus enflammés et lançant des
pierres contre des véhicules de passage. Les autorités policières
déclarèrent qu'un avis de recherche serait émis à
l'encontre du policier et que son salaire serait gelé.
Selon les informations de la MICIVIH, le nombre de personnes tuées par
balle imputables à la police au cours de 1999 s'élevait à
66, soit un peu plus du double du chiffre (31 cas) établi pour les 12
mois de l'année 1998 (voir tableau). La plupart des décès
de 1999 sont intervenus au cours de la première moitié de l'année.
Ces données incluent des meurtres assimilés à des violations
des droits de l'homme, des assassinats de nature criminelle, des tirs accidentels,
cas de légitime défense, et des incidents dont la nature n'a pu
être déterminée par suite d'un manque d'informations.
Brutalités policières
Au cours de la période examinée, il y a eu des revirements contradictoires
dans le nombre d'allégations de mauvais traitements infligés par
la police. Cependant, comme l'observation de la MICIVIH n'a pas été
complète et systématique, en particulier dans les régions
où elle n'a plus de bureaux, ces statistiques constituent simplement
des indications de tendances.
Les allégations de passages à tabac par la police du Cap Haïtien sont passées de 30 pour le trimestre précédent à seulement six au cours des mois d'octobre à décembre. Cette amélioration est consécutive à la communication par la MICIVIH de deux aide-mémoire sur des cas de mauvais traitement adressés au directeur départemental de la police, qui les a transmis ensuite au commissaire municipal. Ce dernier, cependant, a accusé les observateurs de déformer les propos de la police dans leurs rapports et leur a conseillé désormais de parler uniquement à l'inspecteur désigné comme agent de liaison avec la Mission. Près de Limonade (Nord), la police reconnaît que deux individus auraient été maltraités au moment de leur arrestation le 7 octobre, apparemment en rapport avec des revendications pour la redistribution de terre dans la région.
Dans l'Artibonite, l'amélioration consécutive
à la nomination d'un nouveau directeur départemental en juillet
s'est poursuivie. La Mission a reçu un seul rapport relatant des brutalités
dans le département en octobre et novembre: celui d'un détenu
qui aurait été battu au commissariat des Gonaïves
le 30 novembre. Ce cas a fait rapidement l'objet d'une enquête
par le commissaire municipal.
Cependant, dans la région métropolitaine, la
MICIVIH a reçu 79 allégations de mauvais traitements à
l'occasion d'arrestations ou lors des gardes à vue au cours des mois
d'octobre à décembre, soit deux fois plus que pour le trimestre
précédent. Dans la plupart des cas, les détenus portaient
des blessures visibles, confirmant les brutalités signalées. L'un
des facteurs expliquant cet accroissement du nombre de cas a été
une vague d'arrestations menée en réaction à un certain
nombre de meurtres de policiers dans les environs du Portail Léogâne,
entraînant un total de 19 cas de brutalités dénoncés
pendant une seule visite au commissariat de Port-au-Prince au
mois d'octobre. Deux des suspects auraient fait l'objet de passages à
tabac particulièrement violents en dehors des cellules, en présence
des autres détenus, une pratique qui a été rapportée
par le passé dans ce commissariat. Les postes de police de Delmas
et de Pétionville ont été responsables
de la plupart des autres cas de la région métropolitaine. Ailleurs
dans le pays, des passages à tabac ont été attribués
à des policiers affectés aux commissariats suivants: Les
Cayes (1), Jérémie (1), Saint
Louis du Sud (1) et Miragoâne (1).
Conditions de garde à vue
Des améliorations ont été faites dans les cellules de
garde à vue de plusieurs commissariats. Les cellules du commissariat
de Jérémie ont été repeintes et
étaient nettement plus propres. Au centre de détention de l'Arcahaie
(Ouest), la police a remis en état deux des cellules de sa propre initiative,
mais la majeure partie de celles-ci restent peu sécurisées, avec
des briques fissurées et des portes lézardées. L'espace
réservé à la garde à vue au commissariat de Pétionville
a également été repeint en octobre à la suite de
la nomination d'un nouveau commissaire municipal.
Les conditions de détention en garde à vue continuent d'être
extrêmement précaires au commissariat de Port-de-Paix,
hommes, femmes et mineurs étant toujours détenus dans la même
cellule sale, tandis que les policiers continuent de ne pas amener la nourriture
provenant de la prison aux détenus (voir Droits de l'homme en Haït:
Juillet Septembre 1999). Les cellules du commissariat des Cayes
sont toujours insalubres et malodorantes. Aucun soin médical n'était
fourni au centre de détention de Ouanaminthe, dont la
sécurité n'était pas assurée et qui n'était
pas gardé par la police la nuit.
A Gonaïves, la MICIVIH était préoccupée
par deux cas au moins constatés en octobre où la police s'est
abstenue d'obtenir rapidement des soins médicaux pour des détenus
sévèrement battus par la population avant leur arrestation. L'affaire
a été portée à l'attention du directeur départemental
de la police.
Détention illégale/arbitraire, respect du délai des 48 heures
Comme c'était déjà le cas durant les neuf premiers mois
de l'année, le droit de voir un juge dans un délai de 48 heures
après l'arrestation a été fréquemment violé
à Port-au-Prince, en particulier dans le commissariat
central de la capitale où au moins 60 détenus ont été
gardés au-delà de cette limite en octobre, notamment 20 au minimum
qui ont été retenus pendant trois à quatre semaines en
rapport avec les assassinats de policiers du portail Léogâne. Au
moins six des 20 prévenus du 13 octobre étaient des mineurs, tandis
que cinq mineurs âgés de 7 à 13 ans ou moins étaient
gardés le 27 octobre, en rapport avec la blessure par balle de deux agents
la nuit antérieure. Ceci est en violation de la loi stipulant que des
mineurs de 13 ans et moins ne peuvent être détenus car ils n'ont
pas encore atteint l'âge de la responsabilité pénale. Le
26 octobre, au commissariat central de Delmas, 16 des 21 détenus
avaient été mis en isolement au-delà du délai légal,
13 d'entre eux pendant plus de trois semaines. Onze de ces 13 individus avaient
été détenus à la requête de la police judiciaire,
responsable par le passé de plusieurs cas de détention prolongée
et illégale. Des pratiques similaires ont été observées
au commissariat de Pétionville où, le 22 novembre,
16 détenus sur 18 avaient été gardés plus de 48
heures sans voir un juge.
Un ressortissant colombien, dont la détention illégale depuis
le 20 février au commissariat de Pétionville a
été portée à la connaissance de la MICIVIH, a été
sorti du poste par un commissaire de la Police Judiciaire le 3 novembre et autorisé
à quitter le pays par avion pour se rendre à Curaçao, selon
des sources policières. Cependant, aucun document écrit n'attestait
de sa sortie du commissariat, de même qu'aucune trace écrite de
sa présence dans ce dernier ou des charges (s'il en existe) justifiant
sa détention n'avaient pu être produites. Il semble que ce prévenu
n'a jamais vu un juge.
La MICIVIH a encore constaté que la pratique illégale et inquiétante
d'obtention d'autorisations judiciaires afin de garder des détenus pendant
des périodes prolongées en garde à vue "pour enquête"
continuait dans plusieurs villes du pays. Au cours d'une rencontre avec la MICIVIH
le 26 octobre, un fonctionnaire de justice du Cap Haïtien
a reconnu que cette pratique était illégale, mais il a maintenu
que les enquêtes avanceraient certainement plus vite si le suspect était
en garde à vue au lieu d'être transféré en prison.
A l'époque de la réunion, un individu avait été
mis en détention préventive depuis le 16 septembre sur les ordres
du commissaire du gouvernement.
Sept arrestations ont été effectuées à Jacmel
le 9 octobre dans le cadre de l'Opération Colombus, campagne internationale
menée avec le soutien des USA contre le trafic de drogue. Ces événements
avaient provoqué les protestations des représentants régionaux
de Fanmi Lavalas, accusant le directeur départemental de la police du
Sud d'avoir ciblé ses membres pour des raisons politiques. Le commissaire
du gouvernement relâcha les sept personnes le 13 octobre, au motif que
la police n'avait pas réussi à trouver de pièce à
conviction dans ses recherches au moment des arrestations ou n'avait pu produire
une preuve quelconque contre les suspects. Seuls deux d'entre eux avaient été
formellement inculpés. Les représentants régionaux de Fanmi
Lavalas avaient précédemment critiqué le directeur départemental
pour l'arrestation de deux civils accusés de complicité dans l'évasion,
le 25 juillet, d'un présumé trafiquant de drogue de la prison
de Jacmel (voir plus loin). Des accusations de discrimination politique ont
également été portées en rapport avec les arrestations
de courte durée pour interrogatoire de deux partisans de Fanmi Lavalas
l'un d'entre eux étant le directeur d'une station de télévision
et l'autre directeur du bureau local de la Téléco. Ces arrestations
ont eu lieu aux Cayes le week-end des 2 et 3 octobre par le
Bureau de Lutte contre le Trafic des Stupéfiants (BLTS). Les deux prévenus
ont été libérés sans être inculpés.
Le directeur de la Téléco déclara aux journalistes que
le but de son arrestation était de compromettre ses chances de devenir
le candidat de Fanmi Lavalas pour le poste de député aux Cayes.
La MICIVIH n'a pas pu évaluer la validité de ces accusations d'arrestations
à motif politique dans les deux cas évoqués, à Jacmel
et aux Cayes.
Registre de rétention
Le registre de rétention qui avait été rempli un an avant
au commissariat de Port-de-Paix a été finalement
remplacé le 26 novembre et la MICIVIH a constaté, lors d'une visite
trois semaines plus tard, qu'il était bien tenu. La Mission avait précédemment
fourni au commissariat des photocopies de pages de registre lorsque celui-ci
faisait défaut, mais ces photocopies n'avaient été utilisées
que de façon intermittente et en de nombreuses occasions les observateurs
avaient constaté que n'y figurait aucun enregistrement de données
concernant les détenus placés en garde à vue (voir Droits
de l'homme en Haïti: Juillet - Septembre 1999). Une amélioration
a également été constatée en novembre dans la tenue
du registre du commissariat de Jérémie.
Môle Saint Nicolas (Nord-Ouest), Quarter Morin
(Nord) et Fort Liberté figuraient parmi les commissariats
dans lesquels le registre était mal tenu, tandis qu'au commissariat de
Ouanaminthe le registre qui avait été rempli
en juin n'avait toujours pas été remplacé. Ce registre
était également mal tenu au centre de détention de la PNH
d'Arcahaie (Ouest) et des informations concernant certains
détenus se révélaient introuvables.
Les registres de rétention n'ont été mis en place dans
aucun des nouveaux sous-commissariats de Delmas (Delmas 3 et
Delmas 62) et les détenus sont enregistrés au petit bonheur sur
le registre de main courante. Le commissariat d'Aquin n'a pas obtenu le remplacement
du registre qui avait été rempli en novembre et il n'y avait aucun
enregistrement des six détenus en garde à vue lors de la visite
de la MICIVIH en novembre.
Enquêtes internes
La MICIVIH a eu une série de rencontres au cours de la période
considérée avec l'Inspection Générale afin d'examiner
des cas d'abus ou de mettre à jour ses informations sur des enquêtes
déjà ouvertes par ledit service. La Mission s'est inquiétée
de constater les retards accumulés pour la conclusion d'un certain nombre
d'enquêtes (certaines initiées depuis plus d'un an) et a exprimé
le souhait que les résultats de celles-ci seraient rendus publics, ce
que l'Inspection Générale n'avait habituellement pas fait par
le passé. Signe d'une évolution positive, des représentants
d'un certain nombre d'ONG de défense des droits de l'homme ont commencé
à rencontrer régulièrement l'Inspection Générale
pour échanger des informations sur les cas et les questions qui leur
suscitent des inquiétudes.
La Mission a appris que l'enquête interne policière relative à
l'assassinat de 11 individus par la police le 28 mai à Carrefour-Feuilles
était arrivée à son terme en décembre et que le
rapport final avait été remis au Ministre de la Justice. Deux
policiers ont été remis en liberté le 10 novembre et ont
repris leur service après avoir été détenus depuis
le 3 juin sous la suspicion de complicité dans l'évasion d'un
inspecteur qui est un des suspects de ce massacre. La Mission reste toujours
préoccupée par le peu de progrès réalisé
dans les recherches effectuées au sujet des restes humains découverts
à Titanyen en avril et au sujet des rapports sur les
exécutions dans la zone de Bois Neuf à Cité
Soleil en mai et juin (voir Droits de l'homme en Haïti: Avril
Juin 1999).
Parmi les cas préoccupants pour la MICIVIH et faisant l'objet d'une
enquête par l'Inspection Générale, on peut citer l'allégation
de passage à tabac d'un détenu dans le commissariat de Cabaret
le 14 juin, entraînant apparemment la paralysie des jambes de la victime;
une allégation de viol d'une mineure par un agent de police à
Hinche en mars; des allégations de brutalités
infligées par un enquêteur de la police judiciaire à un
détenu à Port-au-Prince en novembre 1998, entraînant
la perte d'un il de l'individu; et une série de cas de mauvais traitements
à Petit-Goâve entre la mi 1998 et le début
de l'année 1999.
L'Inspection Générale a aussi mené une enquête sur
la mort d'une femme partisan du mouvement politique régional KOREGA lors
de la dispersion de ses manifestants le 27 septembre à Jérémie
(voir Droits de l'homme en Haïti: Juillet- Septembre 1998). Les
enquêtes indépendantes de la MICIVIH ont confirmé la version
initiale selon laquelle la femme est bien décédée après
avoir été heurtée par un véhicule et non, comme
le prétendait le KOREGA, de brutalités ou de blessures par arme
à feu dont se serait rendue coupable la police. Selon le rapport d'un
juge de paix, peu de temps avant le décès de la victime, celle-ci
aurait confié à un médecin de l'hôpital où
elle avait été emmenée qu'elle avait été
renversée par un camion. De plus, l'autopsie effectuée à
la requête du Ministre de la Justice constate l'existence de blessures
correspondant à cette déclaration. Cependant, le fait qu'elle
tentait de s'échapper au moment des faits aurait pu être un facteur
expliquant l'accident, et des questions ont été soulevées
sur la nécessité pour la police de poursuivre les manifestants
avec tant de zèle à travers la ville.
Selon des données fournies par l'Inspection Générale début
octobre, depuis la création de la PNH en 1995, 407 agents de la police
ont été licenciés à la suite d'une enquête
menée par ledit Service. D'autres policiers, au nombre de 266, ont été
renvoyés sur décision de la Direction Générale,
l'«abandon de poste» étant indiqué comme motif du licenciement
dans au moins 80 pour cent des cas. Le nombre d'agents directement révoqués
par décision de la Direction Générale s'est accru depuis
1999, mais le nombre de policiers démis de leur fonction en 1999 sur
recommandation de l'Inspection Générale était seulement
de 20, tous dans les trois premiers mois de l'année.
Policiers mis en isolement
Six agents de police se trouvaient en isolement dans différents postes
de police de la capitale à la mi-décembre, l'un depuis le mois
d'août, l'autre depuis début octobre et les autres depuis le mois
de novembre ou les premiers jours de décembre. Deux des policiers étaient
détenus en rapport avec l'usage de leur arme à feu, deux autres
accusés de trafic de drogues, et deux autres soupçonnés
respectivement de vol et de fraude. Ce nombre représente moins de la
moitié des policiers en isolement dans la capitale six mois plus tôt
une évolution dont on se félicite car les agents détenus
dans ces conditions sont souvent gardés pendant des semaines et des mois
sans être entendus par un juge. Il n'y a toujours pas de règles
régissant l'isolement . Des propositions de réglementation ont
été ébauchées en 1997 avec l'aide de la MICIVIH,
mais elles doivent encore être approuvées par le Ministre de la
Justice. Cette question a été soulevée de nouveau au cours
d'une réunion avec l'Inspection Générale en décembre.
Un inspecteur de police, auparavant affecté à Port-de-Paix, a
été mis en isolement au commissariat de Port-de-Paix
le 21 octobre, accusé d'avoir abandonné son dernier poste (à
Jérémie) et «de former un gang paramilitaire». Des sources
policières affirment que cette mesure avait été ordonnée
par l'Inspection Générale en réaction aux rapports impliquant
l'inspecteur dans un gang qui aurait fourni de la protection aux trafiquants
de drogue. Le 20 décembre, l'agent se trouvait encore en isolement au
commissariat où la visite d'un juge de paix lui avait été
refusée.
Enquêtes judiciaires
Il y a eu peu de signes visibles d'activité dans l'enquête judiciaire
relative aux assassinats du 28 mai à Carrefour-Feuilles
(voir Droits de l'homme en Haïti: Juillet - Septembre 1999), à
part la comparution le 16 novembre du Directeur Général de la
police devant la commission des juges chargées de l'enquête. Le
rapport final de l'enquête de l'Inspection Générale sur
les meurtres aurait été transmis à la commission à
la mi-décembre, et vers la fin du même mois, selon des sources
judiciaires, la commission n'attendait que le rapport balistique pour terminer
l'enquête. Le retard extrêmement long mis pour fournir des informations
au public sur le massacre a porté les membres de la famille des victimes
à manifester, ce qui met en question de plus en plus la transparence
prônée par les autorités en la matière.
Une enquête judiciaire menée sur la blessure par balle d'un individu
le 19 septembre à Saint-Michel de l'Attalaye (Artibonite)
par un policier de Saint-Marc hors service a été classée
sans aucune décision sur la responsabilité pénale après
qu'un arrangement ait été trouvé entre le policier et sa
victime. Le policier était intervenu dans une dispute entre deux chauffeurs
près du domicile de ses parents. Selon les voisins, un coup de feu est
parti de l'arme du policier lorsqu'un ami de l'un des conducteurs essaya de
le désarmer. La victime, atteinte à la jambe, nie avoir attaqué
ou provoqué le policier d'une façon quelconque. Selon les sources
policières, une enquête interne menée au niveau régional
s'est soldée par la recommandation que des sanctions administratives
soient appliquées contre le policier.
Un policier affecté au commissariat du Cap Haïtien qui
avait été impliqué à plusieurs reprises dans des
cas de mauvais traitement, dont certains sérieux, fut finalement arrêté
le 13 décembre, de même que quatre autres collègues, sous
l'accusation de vol de voiture et possession illégale d'arme à
feu. La MICIVIH avait attiré à plusieurs reprises l'attention
des autorités sur ces cas de mauvais traitements. Le policier n'avait
pas déféré à deux mandats de comparution devant
le tribunal, le deuxième le 23 novembre, au sujet du plus récent
de ces cas de mauvais traitement, dans lequel il était accusé
d'avoir agressé deux frères. Un autre policier du Cap Haïtien,
lui, a répondu en novembre à la convocation d'un juge d'instruction
enquêtant sur une allégation de passage à tabac d'un détenu
par huit policiers en octobre 1998. Selon le témoignage de l'agent, le
détenu avait été frappé parce qu'il s'opposait à
son arrestation par un autre agent qui, depuis, a abandonné son poste.
Au cours d'une visite au commissariat des Cayes le 25 novembre,
la MICIVIH a noté qu'un policier détenu, supposé être
en garde à vue, demeurait introuvable. L'arrestation du policier avait
été ordonnée en avril sur l'inculpation d'avoir infligé
des mauvais traitements à un détenu à Camp Perrin ayant
entraîné la mort de celui-ci. A l'origine, l'agent était
incarcéré à la prison des Cayes. Il avait ensuite été
transféré au commissariat pour des raisons de sécurité
après avoir reçu des menaces selon ses déclarations de
la part d'autres prisonniers. Cependant, il n'avait jamais été
placé dans les cellules et on l'avait aperçu circulant librement
à l'intérieur du commissariat. Informées de cette situation
irrégulière par la MICIVIH, les autorités judiciaires déclarèrent
que le cas serait porté à la connaissance du directeur départemental
de la police. La Mission a aussi informé l'Inspection Générale
des manquements relatifs à l'isolement du policier dans les cellules
de détention.
A Jacmel, un agent de police a été suspendu
jusqu'à la conclusion d'une enquête judiciaire après avoir
fait feu en direction du Délégué Départemental le
14 octobre à 4 heures du matin, croyant avoir affaire à un voleur
selon les dires du policier. L'incident est survenu à l'extérieur
de la maison du Délégué tandis qu'il s'apprêtait
à partir pour Port-au-Prince à bord de son véhicule. Dans
une plainte déposée le jour même, le Délégué
déclara que le policier avait tenté de le tuer. Celui-ci a été
brièvement détenu jusqu'à ce que le juge d'instruction
en charge du dossier ait émis une ordonnance de libération conditionnelle.
Formation
Onze policiers de la Grande Rivière du Nord et de Bahon
(Nord), y compris le commissaire de police de Grande Rivière du Nord,
ont participé à un séminaire de six jours, organisé
conjointement par la MICIVIH et l'UNCIVPOL entre le 5 et le 17 novembre. Un
membre de la CIVPOL du Cap-Haïtien a dispensé deux jours de formation
en police de proximité tandis qu'un cadre du bureau de la MICIVIH au
Cap-Haïtien a assuré quatre jours de formation sur les droits de
l'homme, la résolution des conflits et la communication. Le cours devait
être suivi par des travaux supervisés sur le terrain. A la fin
de la formation, les policiers qui avaient pris part ont demandé l'organisation
d'autres séminaires et suggéré que leurs supérieurs
soient inclus parmi les participants. Les droits de l'homme, la résolution
des conflits et la communication furent aussi les thèmes d'un séminaire
tenu par le bureau de la MICIVIH des Gonaïves du 13 au
15 décembre pour 20 policiers provenant de six commissariats du Haut
Artibonite.
Deux consultants de la MICIVIH ont donné une série de conférences
sur les droits de l'homme à des stagiaires de l'Académie de Police
en décembre. Au cours du même mois, le Directeur Général
de la police a demandé à la MICIVIH de préparer une cassette
vidéo pour la formation des formateurs de la police en matière
de respect de la loi au cours des élections.
JUSTICE
Administration de la justice Port-au-Prince
La perspective d'un progrès dans le règlement des problèmes
de détention préventive prolongée et du non-respect des
ordonnances de libération judiciaires à Port-au-Prince a été
favorisée par le transfert, le 1er octobre, de Jean Auguste
Brutus du poste de commissaire du gouvernement, qu'il avait occupé depuis
le retour à l'ordre constitutionnel en 1994. Son transfert à un
poste au Ministère de la Justice a été accompagné
de la destitution de cinq des substituts du commissaire du gouvernement de Port-au-Prince.
Les nombreuses arrestations qu'il avait ordonnées pendant des années
pour des inculpations de conspiration contre la sûreté de l'Etat
ou des charges connexes qui n'étaient jamais développées
au cours des enquêtes judiciaires ou jugées au tribunal, les nombreux
cas où il s'était abstenu d'exécuter les ordonnances judiciaires
de libération, et un manque général de rigueur dans le
traitement des dossiers des détenus avaient longtemps fait l'objet de
démarches de la MICIVIH auprès de M. Brutus lui-même et
du Ministre de la Justice, et de déclarations publiques relatives aux
préoccupations de la Mission. Ces dysfonctionnements avaient aussi donné
lieu à des appels pour sa démission par des membres des communautés
juridiques et de défense des droits de l'homme et des législateurs.
A la suite de sa promotion du poste de substitut du commissaire du gouvernement
à celui de commissaire du gouvernement par intérim en remplacement
de M. Brutus, Florence Mathieu a promis dans des interviews aux média
d'accélérer le traitement des cas de détention préventive
et d'exécuter les ordonnances de libération judiciaires en suspens.
Elle a également pris des mesures pour améliorer l'organisation
et la discipline au parquet et l'administration de la justice en général.
Cela comprend le contrôle de la présence des substituts du commissaire
aux auditions, le fait d'attirer leur attention sur les absences, et l'adoption
de mesures pour assurer que le transport des détenus de la prison pour
comparaître devant leur juge soit plus ponctuel. La MICIVIH a salué
la promptitude de sa réaction le 7 décembre, lorsque son attention
fut attirée sur le cas d'une femme toujours retenue à la prison
du Fort National 12 mois après avoir purgé une peine de deux ans
pour agression. Après la vérification des faits, elle émit
une ordonnance immédiate de libération et la femme fut libérée
trois heures plus tard.
Détention préventive - Port-au-Prince
Le 23 novembre, le nouveau commissaire du gouvernement de Port-au-Prince a
visité le Pénitencier National et relâché un total
de 21 individus en détention préventive, y compris six du groupe
qui avait mené une grève de la faim intermittente depuis la fin
septembre. Trois personnes sur les 21 avaient été détenus
pendant plus de 1500 jours sans jugement, sept autres pendant plus de 1000 jours,
et enfin cinq depuis plus de 500 jours. Dans certains cas, ces périodes
excédaient le maximum de la peine prévue pour le crime dont ils
étaient accusés. Quatre des prévenus avaient été
maintenus en détention malgré l'émission d'ordonnances
judiciaires pour leur libération. Cependant, le commissaire du gouvernement
n'a pas cité une détention préventive excessivement longue
ou des ordres de libération non exécutés comme motif pour
leur libération. Elle déclara qu'ils étaient libérés
pour des raisons «humanitaires», parce qu'ils étaient sérieusement
malades, et parce qu'elle avait pris cette décision après consultation
du médecin de la prison et après avoir vérifié personnellement
leur état de santé.
Des rapports de presse relatèrent le mécontentement des milieux
gouvernementaux au sujet de ces libérations, en particulier celles d'individus
qui seraient liés au coup d'état de 1991 comme Evans François
(frère de l'un des acteurs principaux du coup, l'ancien chef de la police
Michel François), qui était l'une des personnes détenues
malgré un ordre de libération. La presse nota que le Premier Ministre
avait dit publiquement le 17 novembre que ces personnes ne devraient pas être
relâchées avant que le gouvernement américain retourne les
documents des FAd'H et du FRAPH (saisis en 1994) car, selon lui, c'étaient
ces documents qui permettraient aux autorités haïtiennes de déterminer
la culpabilité des détenus dans le coup d'état.
Quelques temps après, dans une série d'interviews accordés
à la presse début décembre, le Ministre de la Justice annonça
qu'une enquête était en cours sur les libérations prononcées
par le commissaire du gouvernement. Il fit savoir que seulement l'un des détenus
(Evans François) avait un certificat médical attestant de son
mauvais état de santé et argua que des détenus sérieusement
malades auraient de toute façon été hospitalisés
sous la garde de la police. Le ministre suggéra que le commissaire pourrait
dans certains cas avoir outrepassé son autorité en relâchant
des détenus dont les dossiers étaient encore examinés par
un juge d'instruction, et il n'écarta pas la possibilité que certains
pourraient être arrêtés de nouveau.
Dans une interview publiée le 7 décembre dans Le Nouvelliste,
le Directeur Exécutif adjoint de la MICIVIH déclara qu'il considérait
les libérations comme une tentative pour venir à bout d'une situation
de détention préventive prolongée qui frisait l'arbitraire.
Il affirma que les personnes libérées incluaient des individus
qui avaient été détenus en violation du droit haïtien
et des traités internationaux signés par Haïti, exigeant
que les prévenus soient jugés dans un délai raisonnable
ou bien relâchés. Il souligna également que des individus
ne peuvent être maintenus en détention si leur dossier judiciaire
est vide ou inexistant, ou si des ordonnances de libération judiciaires
ont été émises. Cette position a aussi été
confirmée par le Directeur exécutif dans des interviews à
la radio et à la télévision aussi bien qu'au cours des
réunions avec des autorités.
Un certain nombre de libérations avaient déjà été
exécutées au Pénitencier National par un juge d'instruction
qui rapporta à la MICIVIH qu'il avait relâché 12 détenus
sur des ordonnances de libération conditionnelles le 8 octobre, au motif
que leur dossier était vide. Ils avaient été retenus pour
des inculpations variées y compris meurtre. Six d'entre eux étaient
en isolement depuis 1996. Il relâcha ensuite 12 autres détenus
de manière irrégulière, au moyen de trois mainlevées
d'écrou collectives, bien que les cas ne soient pas apparentés.
Les ordonnances ne mentionnaient ni la charge, ni la date de l'arrestation.
Le juge fit également savoir à la MICIVIH qu'en essayant de conduire
des entretiens avec les détenus dont les dossiers lui avaient été
confiés, il a découvert que 15 d'entre eux avaient déjà
été relâchés à son insu par le commissaire
du gouvernement précédent.
Grèves de la faim au Pénitencier National
La grève de la faim qu'un groupe de 20 à 25 détenus avait
commencé au Pénitencier National avait fin septembre
pour protester contre leur détention préventive prolongée
(voir Droits de l'homme en Haïti: Juillet Septembre 1999)
s'est poursuivie, avec une interruption, au cours de la majeure partie des mois
d'octobre et de novembre, bien que de nombreux grévistes aient reçu
du glucose par injection intraveineuse.
Le 6 octobre, la Mission écrivit au Ministre de la Justice et émit
simultanément un communiqué de presse, exprimant son inquiétude
pour la santé des détenus et déclarant que la Mission considérait
les manifestants comme des victimes de la violation du droit à être
jugé dans un délai raisonnable. Il fut noté que neuf des
grévistes de la faim, anciens soldats, avaient été détenus
pendant 440 jours sans aucune trace de dossier judiciaire, et que deux d'entre
eux avaient dépassé 1000 jours malgré l'existence d'ordonnances
de libération judiciaires. La lettre fut accompagnée de copies
des deux ordres de libération et d'une analyse détaillée
de l'état des dossiers juridiques de chacun des grévistes. Pour
prévenir une extension de la grève de la faim, le Ministre était
instamment convié à déclarer publiquement que la priorité
dans le traitement des dossiers serait accordée à des détenus
en détention préventive prolongée. Il était aussi
prié de toute urgence de mettre en place des mécanismes pour garantir
que les dossiers des prévenus soient traités dans les délais
fixés par le Code d'Instruction Criminelle et la Constitution.
Les neuf anciens soldats ont été relâchés par le
commissaire du gouvernement entre le 12 et le 14 octobre. Tous les neuf avaient
été arrêtés en juillet 1998 au cours d'une manifestation
pacifique devant le Ministère des Finances. Aucune raison n'a été
avancée pour leur libération, mais il semble que c'était
parce qu'il n'y avait aucune trace de dossier judiciaire pour aucun d'entre
eux. Le commissaire du gouvernement a relâché un 10ème
gréviste de la faim, ancien officier des FAd'H détenu pour une
autre inculpation, quelques jours plus tard.
Dix détenus ont poursuivi la grève et le 21 octobre, la MICIVIH
a adressé une autre lettre au Ministre de la Justice, exprimant son inquiétude
au sujet de la détérioration de leur santé et recommandant
qu'ils soient rapidement informés des démarches en cours pour
répondre à leurs doléances. Tous les autres grévistes
avaient abandonné la protestation le 29 octobre, croyant qu'une décision
du Ministre était imminente. Mais neuf d'entre eux reprirent la grève
le 4 novembre, car aucune mesure n'avait été prise. Le 16 novembre,
six des derniers grévistes passèrent la journée couchés
sur le sol de la cour centrale de la prison, couverts de draps, dans une ultime
tentative d'attirer l'attention sur leur protestation. Lorsque les gardes les
déplacèrent de la cour dans la soirée, l'un d'entre eux,
Evans François, aurait subi un accident cérébro-vasculaire
qui le priva de la parole et le laissa partiellement paralysé, selon
son médecin particulier.
Six des neuf grévistes de la faim restants, notamment Evans François,
étaient parmi le groupe des 21 détenus qui furent finalement relâchés
pour des raisons humanitaires le 23 novembre (voir le chapitre précédent).
Deux des trois grévistes restants continuèrent la grève.
Peu après, une lettre fut envoyée au commissaire du gouvernement
par 35 détenus du Pénitencier National, annonçant une grève
de la faim qui débuterait le 6 décembre et se poursuivrait «jusqu'à
notre libération ou notre jugement». Lors de la visite de contrôle
de la MICIVIH le 13 décembre, 12 des signataires de la lettre déclarèrent
qu'ils poursuivaient réellement la grève. Cependant, vers la fin
décembre, la manifestation semblait s'essouffler.
Habeas corpus, non-respect des ordonnances de libération
Le 8 décembre, le Directeur Exécutif adjoint de la MICIVIH a
donné une présentation à plus de 80 juges, commissaires
du gouvernement et magistrats en formation qui ont participé à
une conférence de deux jours sur les garanties relatives à l'habeas
corpus dans la Constitution haïtienne. La conférence était
organisée conjointement par le Ministère de la Justice et la Coopération
Française, avec la participation d'une organisation haïtienne des
droits de l'homme, Haïti Solidarité Internationale, comme suivi
à une table ronde sur le thème développé par la
MICIVIH à l'Ecole de la Magistrature en avril (voir Droits de l'homme
en Haïti: Avril Juin 1999). Au cours de la conférence,
le Ministre de la Justice annonça qu'une commission serait formée
dans les mois à venir pour rédiger un projet de circulaire clarifiant
l'exécution des dispositions de la Constitution pour les recours en habeas
corpus. Les participants à la conférence ont voté
de manière informelle une résolution saluant la création
de cette commission et reprenant certaines des recommandations figurant dans
une brochure de la Mission, Le Recours pour la protection de la liberté
individuelle dans la Constitution de 1987, dont des exemplaires avaient
été distribués aux participants.
Une commission constituée du commissaire du gouvernement de Port-au-Prince,
du doyen et d'un juge de la Cour de Cassation, qui avait été formée
par le Ministre de la Justice en septembre pour enquêter sur les
cas d'individus gardés en détention malgré l'émission
d'ordonnances de libération, a soumis son rapport au Ministre de la Justice
le 21 octobre. Les cas soumis à la commission incluaient une liste provisoire
de 22 noms que la MICIVIH avait présentée au Ministre, et qui
était composée d'anciens membres des FAd'H et d'autres personnes
dont les dossiers avaient une dimension politique ou de sécurité
(voir Droits de l'homme en Haïti: Juillet Septembre 1999).
Il semblerait qu'aucun des avocats de la défense n'ait comparu devant
la commission malgré les invitations reçues en ce sens. Les conclusions
de la commission n'ont pas été rendues publiques et ne semblent
pas avoir abouti à une quelconque décision concernant l'exécution
des ordres de libération. Bien qu'aucune libération de prisonniers
n'ait résulté des délibérations de la commission,
trois individus obtinrent satisfaction et comptent parmi ceux qui furent libérés
du Pénitencier National le 23 novembre (voir plus haut) par le nouveau
commissaire du gouvernement pour des raisons humanitaires. Ce sont: Patrick
Moïse, Eric Thertulien et Jean Michel Touvenaux, tous détenus sans
jugement depuis 1996.
Vers la mi-décembre, le nouveau commissaire du gouvernement de Port-au-Prince
n'avait toujours pas exécuté les ordonnances de libération
émises par un juge d'instruction le 13 octobre en réponse à
un recours en habeas corpus en faveur du commissaire municipal de Carrefour
et de quatre autres agents de la police qui avaient été arrêtés
sur suspicion d'implication dans un trafic de drogue.
Le nouveau commissaire du gouvernement de Jacmel s'est gardé
de s'engager dans l'affaire de la non-exécution des ordonnances de libération
conditionnelles qui avaient été émises en faveur d'un superviseur
de prison et deux civils accusés de complicité dans une évasion
de la prison de Jacmel le 25 juillet (voir Droits de l'homme en Haïti:
Juillet Septembre 1999). Selon son argumentation, le parquet avait
rempli ses obligations en émettant les ordonnances de libération
du juge d'instruction le 20 août, et il incombait maintenant aux avocats
des détenus de déposer une requête relative au non-respect
de l'exécution des ordonnances par les autorités pénitentiaires,
qui sembleraient avoir été égarées depuis. Le directeur
départemental de la police nia avoir joué un rôle dans la
non-exécution, déclarant que la responsabilité des faits
était uniquement de la compétence des autorités administratives
de la prison.
Irrégularités procédurales et détention
préventive provinces
Les observateurs de la MICIVIH ont continué à assurer le suivi
des cas d'irrégularités procédurales et de détention
préventive prolongée à travers le pays. Parmi ses initiatives
ad hoc, la Mission a attiré l'attention du commissaire du gouvernement
de Saint-Marc le 27 octobre sur le cas d'une jeune fille de
13 ans qui, accusée d'agression, était détenue depuis plus
d'un mois. Le commissaire la fit libérer immédiatement par ordonnance
de libération conditionnelle. Un mineur, dont la détention dans
la prison de Jérémie depuis la mi-février
sur une accusation de vol avait été signalée à plusieurs
reprises aux autorités judiciaires, a été finalement relâché
par le commissaire du gouvernement le 8 octobre. Le mineur avait été
détenu sur la base d'une ordonnance rendue par un substitut du commissaire
du gouvernement, depuis à la retraite. Le dossier ayant été
par la suite égaré, aucune action judiciaire n'avait été
prise avant la libération du détenu. Une femme dont l'arrestation
(illégale) à Arniquet (Sud) le 25 septembre pour
allégation de sorcellerie avait été signalée aux
autorités judiciaires par la MICIVIH a été finalement relâchée
le 7 octobre sur les ordres du substitut du commissaire du gouvernement des
Cayes. Après que la MICIVIH a attiré l'attention des fonctionnaires
de justice des Cayes sur de sérieuses irrégularités
dans les dossiers des détenus, cinq personnes ont été mises
en liberté provisoire début novembre et un autre groupe de 12
dans la seconde moitié de décembre. De plus, après plusieurs
interventions de la MICIVIH sur ce cas, le commissaire du gouvernement
des Cayes a ordonné la libération en novembre d'une vendeuse de
café, détenue pendant 11 mois sur accusation de meurtre d'un client
par empoisonnement, bien qu'aucun lien n'ait jamais été établi
entre la mort du client et le café bu chez elle.
Cinq détenus qui avaient été retenus sans jugement au
Cap Haïtien depuis 1997 ont été libérés
le 25 octobre par le juge d'instruction en charge de leur dossier judiciaire.
Celui-ci n'avait pratiquement pas avancé d'un pas depuis leur arrestation
concernant l'enquête sur les charges retenues contre eux. Deux des cinq
individus avaient été accusés de vol de bétail,
deux autres de tentative de meurtre et l'un de fraude. La seule initiative du
magistrat dans l'un des cas semble avoir été prise le 21 octobre,
lorsqu'un observateur de la MICIVIH l'accompagna au Quartier Morin afin d'aider
à la mise en uvre des investigations. Ce magistrat est actuellement responsable
de 28 autres dossiers, sept d'entre eux lui ayant été confiés
depuis 1997. Bien qu'il n'ait commencé aucune enquête dans la plupart
des cas, la MICIVIH à l'intention de continuer à l'encourager
à le faire et à l'aider à poursuivre les enquêtes
qu'il a commencées.
Auparavant, le même juge d'instruction avait libéré deux
des quatre hommes accusés d'implication dans la mort d'un policier au
Cap-Haïtien en juin 1997. Au moment de leur libération, le 13 septembre,
le juge ne les avait vus qu'une seule fois depuis leur incarcération
pour des motifs douteux en septembre 1997. Pendant une longue période
avant leur élargissement, la Mission avait essayé de faire hospitaliser
l'un des deux détenus, sérieusement malade. Il mourut 23 jours
après sa libération mais les causes de sa mort n'ont pas été
immédiatement établies.
Le bureau régional de la MICIVIH à Gonaïves a collecté
ou mis à jour des informations sur le statut judiciaire de tous les 353
détenus des prisons de Gonaïves et Saint-Marc
au cours de rencontres avec les autorités judiciaires et pénitentiaires
en novembre. Des retards et des goulots d'étranglement au niveau de presque
tous les stades de la procédure judiciaire dans l'Artibonite qui prolongeaient
la garde à vue ont été mis en évidence. Les irrégularités
découvertes par la MICIVIH au cours de ses enquêtes ont été
présentées aux autorités compétentes, ce qui a entraîné
la libération des prisons de Gonaïves et Saint-Marc fin novembre
d'au moins 15 individus détenus de manière irrégulière
ou illégale. Une mesure importante pour éliminer l'un des goulots
d'étranglement a été prise au cours de la période
d'observation à Saint-Marc, où le nombre d'audiences du tribunal
correctionnel est passé de deux à six par semaine. Cependant,
Gonaïves n'a toujours que trois audiences par semaine. La MICIVIH a remarqué
que le commissaire de gouvernement de Saint-Marc s'est distingué par
sa rapidité à régler les irrégularités qui
ont été portées à son attention.
Assises criminelles
Les premières assises avec jury tenues à Port-au-Prince
depuis juillet 1998 ont finalement eu lieu du 13 au 17 décembre. Des
problèmes dans la formation de jurys ont été contournés
par le recours à une procédure plutôt irrégulière
consistant à amener des employés de différents ministères;
ainsi, 12 affaires ont été entendues. Une tentative de tenir une
session d'assises au début d'octobre avait échoué du fait
de la difficulté à former des jurys. Parmi les 152 membres de
la liste des jurés convoqués au premier procès, seuls 14
se présentèrent, tandis qu'un seul répondit à l'appel
lors du second procès. Le renvoi de ces assises fut condamné par
les ONG de défense des droits de l'homme, et la Mission publia un communiqué
de presse notant que c'était la sixième fois depuis décembre
1998 que les assises avaient été différées, malgré
une stipulation du Code d'Instruction Criminelle fixant le nombre des sessions
à deux par an au minimum. La Mission ajouta que la non tenue des assises
était aussi une violation des traités internationaux sur les droits
de l'homme, ratifiés par Haïti, en vertu desquels les détenus
doivent être jugés dans un délai raisonnable ou relâchés.
Les assises avec jury ont également été tenues au cours
de décembre aux Cayes, Cap Haïtien,
Saint-Marc et Mirebalais, tandis que les assises
sans jury ont été tenues en novembre aux Cayes et
Aquin. Les assises d'Aquin, tenues du 8 au 19 novembre, se
sont déroulées malgré les déclarations du commissaire
du gouvernement, dans un interview donné aux média, d'après
lesquelles il était la cible d'un complot visant à l'assassiner,
à la suite d'un mandat d'arrestation qu'il avait émis pour meurtre
contre un trafiquant de drogue, en fuite hors du pays. La Mission nota que le
tribunal était très tendu le premier jour des assises, malgré
la présence d'un nombre considérable de policiers. Dans un procès
houleux tenu le 15 novembre au cours duquel aucun témoin ne fut appelé
et peu de preuves furent produites, six défendeurs y compris deux policiers
furent condamnés à 12 ans d'emprisonnement. Un certain nombre
de crimes semblent avoir été perpétrés, notamment
le vol à main armée, mais la responsabilité de chacun des
accusés dans ces infractions n'a pas pu être clairement définie.
Un appel contre le verdict a été interjeté par les avocats
de la défense.
Au cours d'une audience spéciale le 19 novembre à Saint-Marc,
un juge a annulé la condamnation à perpétuité qui
avait été prononcée de manière tout à fait
irrégulière aux assises sans jury en juillet 1998 contre un jeune,
inculpé d'avoir été trouvé en possession de faux
billets. Accusé en vertu de l'article 99 du Code Pénal régissant
l'utilisation de faux billets, qui est passible d'une amende comme peine maximale,
le jeune avait néanmoins été condamné à perpétuité
conformément à l'Article 97 du Code réglementant la production
de faux billets ou leur introduction dans le pays. Aucune preuve à charge
ou aucune autre preuve (ni même les faux billets prétendus) n'avaient
pu être produites au jugement qui faisait l'objet de l'observation de
la MICIVIH. Des observateurs avaient à plusieurs reprises fait état
de ce déni de justice auprès des autorités judiciaires
de Saint-Marc et avaient aidé le jeune à obtenir une aide judiciaire.
Lors de l'audience du 19 novembre, le juge a fait droit au recours introduit
par l'avocat de l'accusé et a ordonné sa libération moyennant
le paiement d'une amende de 1.200 Gdes.
La Cour d'appel
En se penchant sur les activités de la Cour d'appel à Port-au-Prince,
la MICIVIH a constaté qu'elle avait seulement rendu 24 jugements dans
des affaires pénales au cours des dix premiers mois de 1999. Bien que
ce chiffre représente presque le double des décisions prononcées
en 1994, et beaucoup plus que celles prononcées sous le régime
de Jean-Claude Duvalier (deux en 1985 par exemple), il reste quand même
faible pour plusieurs raisons. La plupart des défendeurs, en particulier
les moins instruits, ou bien ignorent l'existence d'une procédure d'appel,
ou ne savent pas comment interjeter appel (ou quels sont les dates limites),
tandis que d'autres doutent de l'efficacité du recours. Un facteur sous-jacent
expliquant cette attitude est la disponibilité limitée du conseil
juridique gratuit et de l'aide judiciaire sans frais pour les défendeurs.
La MICIVIH a également constaté que les avocats de la défense
répugnent à saisir la Cour d'appel car ils doivent payer pour
interjeter appel et craignent que leur client ne puisse les rembourser. Les
observateurs qui se sont penchés sur la Cour d'appel de Gonaïves
ont trouvé que son fonctionnement était très lent
et qu'au mois de novembre les détenus en trois affaires attendaient des
décisions sur les appels qu'ils avaient interjeté 15 à
18 mois plus tôt contre les ordonnances de renvoi.
Problèmes dans la juridiction de Jérémie
Afin de mettre fin à la paralysie vieille de huit mois affectant la
juridiction de Jérémie, un nouveau commissaire
du gouvernement a été installé le 14 décembre et
des efforts seraient en cours pour accélérer l'installation d'un
nouveau doyen. L'ancien commissaire du gouvernement a été transféré
au poste de juge d'instruction à Port-au-Prince. Ces mesures ont été
prises cinq semaines après une visite éclair du Premier Ministre
et du Ministre de la Justice à Jérémie le 6 novembre et
d'une visite d'un équipe du Ministère de la Justice quelques jours
plus tard. La juridiction était paralysée depuis avril par l'absence
d'un doyen, les conflits au sein du parquet et une querelle entre le commissaire
du gouvernement et l'Association du Barreau, qui exigeait sa démission
(voir Droits de l'homme en Haïti: Juillet - Septembre 1999). La
crise s'était intensifiée quand, le 22 octobre, trois des membres
les plus en vue du Barreau avaient été placés en garde
à vue sous le coup d'un mandat les accusant d'outrage à la magistrature.
Ils furent libérés environ quatre heures plus tard après
que les autorités de Port-au-Prince aient été avisées.
Il semble que le commissaire du gouvernement avait émis le mandat après
avoir reçu une copie d'une lettre provenant des trois avocats et adressée
à un juge d'instruction, dans laquelle ils traitaient le commissaire
de «délinquant» et exigeaient son arrestation pour complicité
présumée dans la tentative faite par son chauffeur d'encaisser
frauduleusement le chèque du salaire d'un juge en juillet. La MICIVIH
s'inquiétait également de la détention permanente depuis
le mois d'août d'après les témoignages sur ordre
du commissaire du gouvernement de cinq individus accusés d'association
de malfaiteurs et de conspiration contre la sûreté de l'Etat, car
les sources judiciaires affirmaient qu'il n'y avait pas de pièce à
conviction dans leur dossier pour étayer les charges évoquées.
Trois des cinq furent relâchés en novembre.
Impunité
Le 19 novembre, le Directeur Exécutif par intérim a écrit
au Ministre de la Justice, exprimant son inquiétude sur le fait que des
autorités judiciaires avaient omis de relâcher huit détenus
dans le dossier du massacre commis en 1994 dans le quartier de Raboteau
aux Gonaïves, en faveur desquels une ordonnance de non-lieu avaient été
rendue pour absence de preuve. Le non-lieu formait partie de la décision
finale rendue par le juge d'instruction en charge du dossier à la fin
septembre, aux termes de laquelle il renvoyait par ailleurs les 22 autres détenus
devant la juridiction criminelle. Soulignant que ni le parquet, ni les victimes
et leur familles n'avaient interjeté appel contre la décision
de non-lieu, et faisant référence à des articles pertinents
du Code d'Instruction Criminelle, la lettre arrivait à la conclusion
qu'il était complètement illégal pour les autorités
de continuer à garder les huit prévenus en détention.
Du 7 au 17 décembre, les appels que 19 des 22 détenus avaient
formés contre l'ordonnance de renvoi ont été examinés
par la Cour d'appel de Gonaïves. Les détenus, les témoins
et les victimes survivantes ont témoigné au cours des audiences,
pour lesquelles la sécurité était assurée par un
grand nombre de policiers, notamment les membres de l'UDMO. Aucun incident n'a
été rapporté. Le commissaire du gouvernement de la Cour
d'appel a requis non-lieu en faveur de sept personnes parmi les 19.
Plusieurs semaines avant le début des audiences, des rapports de presse
citaient une autorité judiciaire de Gonaïves appelant à l'organisation
de rencontres avec les membres des familles des victimes du massacre pour les
aider à comprendre que le procès pouvait être très
retardé par ces appels, qui pouvaient ensuite être soumis à
la Cour de Cassation si la Cour d'appel les rejetait. Il ajouta qu'il regrettait
que les attentes des membres des familles aient été avivées
par les déclarations des membres du gouvernement affirmant que le procès
serait tenu avant la fin de l'année.
Le Directeur Exécutif adjoint de la MICIVIH a dirigé une session
de formation tenue à l'Ecole de la Magistrature le 19 octobre pour les
fonctionnaires de justice qui prendront part au procès de ceux qui sont
accusés dans le massacre de Raboteau.
Un juge d'instruction de Mirebalais a émis une ordonnance
de renvoi le 13 octobre, ordonnant que sept individus, y compris un ancien chef
de section, soient renvoyés devant les assises sans jury sur inculpation
de torture, kidnapping et arrestation illégale au cours de la période
du coup d'état. On rapporte que le juge n'ordonna pas l'arrestation des
défendeurs parce qu'ils étaient tous des membres bien connus de
la communauté et qu'il croyait qu'ils répondraient aux mandats
de comparution devant le tribunal. Il déclara qu'il était plus
inquiet concernant le défaut de comparution, pour déposition,
des demandeurs par crainte des représailles.
Réforme judiciaire
La Mission a poursuivi sa participation aux réunions avec les groupes
de travail, composés d'experts haïtiens et internationaux, qui ont
été constitués fin septembre par le Ministre de la Justice
dans le but de mettre en place le processus de réforme judiciaire (voir
Droits de l'homme en Haïti, Juillet Septembre 1999). Lors
d'une réunion générale des groupes de travail le 28 octobre,
le Ministre de la Justice déclara qu'ils devraient préparer leur
rapport au plus tard le 15 mars. Une autre réunion générale
a eu lieu le 17 décembre, durant laquelle chacun des groupes de travail
a présenté un rapport sur l'état d'avancement de ses travaux.
Dans de nombreux interviews accordés à la presse début
décembre, le Ministre de la Justice a exprimé son mécontentement
au sujet de la coopération avec l'USAID dans le domaine de la réforme
judiciaire depuis 1995, dont il affirma qu'elle n'avait amené aucun progrès.
Formation
Le Directeur Exécutif adjoint a présenté un document sur
les instruments internationaux en matière de droits de l'homme et les
procédures pour le contrôle du respect de ces instruments au cours
d'un atelier de formation de trois jours du 15 au 17 décembre à
Port-au-Prince. Celui-ci portait sur les rapports qui doivent
être rédigés par les pays qui ont ratifié la Convention
sur les Droits de l'Enfant. Un autre membre de la MICIVIH a soumis au débat
la situation des mineurs dans le système judiciaire haïtien et des
exposés ont également été effectués par des
représentants du Haut Commissaire pour les Droits de l'Homme et le Comité
de l'ONU sur les Droits de l'Enfant qui patronnait l'atelier. Haïti doit
encore présenter son premier rapport au Comité, qui contrôle
le respect des dispositions de la Convention. Au cours de cette période,
le Directeur exécutif adjoint a également donné une conférence
sur le travail de la MICIVIH pour un groupe de juristes, recrutés comme
consultants par le Bureau américain de développement, Assistance
et Formation des Procureurs d'Outremer (OPDAT).
Environ 40 personnes comprenant des médecins, des fonctionnaires de
justice et des officiers de police ont assisté à un séminaire
sur le traitement des victimes de viol, organisé par le bureau de la
MICIVIH du Cap Haïtien le 9 novembre. Intitulé
«Prise en charge médico-légale d'une victime de violences
sexuelles», le séminaire était organisé autour de
présentations effectuées par un juge d'instruction, un médecin
et un officier de l'UNCIVPOL sur les réponses adéquates juridiques,
médicales et policières aux allégations de violences sexuelles.
Ces exposés furent suivis par des groupes de travail qui ont analysé
les méthodes de prévention de la violence sexuelle et d'aide aux
victimes.
Le 26 novembre, un membre du bureau de la MICIVIH du Cap Haïtien
a fait un exposé sur la procédure de conduite des visites de prison
pour 11 jeunes avocats qui travaillent avec le Bureau d'Assistance Juridique
(BAJ) du Cap Haïtien fournissant une aide juridique gratuite aux détenus
des prisons du Cap Haïtien et de la Grande Rivière du Nord. Le 10
décembre, une conférence sur l'application au droit haïtien
des traités internationaux relatifs aux droits de l'homme leur a été
offerte. Le même thème avait été évoqué
lors d'une conférence de la MICIVIH le 8 décembre pour des juges
en formation à l'Ecole de la Magistrature à Port-au-Prince.
LE PROTECTEUR DU CITOYEN
La MICIVIH a poursuivi son soutien au travail de l'Office de la Protection
du Citoyen (OPC). Le 10 novembre, le Protecteur du Citoyen a rencontré
le Président Préval et lui a présenté, au cours
de cette entrevue, le rapport annuel de son Bureau. Il contenait plusieurs pages
de recommandations sur les méthode à suivre pour faire progresser
le respect des droits de l'homme en Haïti. En présence des directeurs
de la MICIVIH, le Protecteur du Citoyen a présenté pour la première
fois son rapport le 21 octobre aux membres du corps diplomatique.
Le premier bureau régional de la Protection du Citoyen a été
inauguré le 5 novembre à Gonaïves lors d'une
cérémonie à laquelle assistaient les membres du bureau
régional de la MICIVIH, qui avait fourni une assistance logistique à
sa création. Par la suite, le représentant du bureau régional
de l'OPC a assisté à quelques sessions de formation hebdomadaires
sur l'observation des prisons que la MICIVIH propose aux ONG locales de défense
des droits de l'homme. Dans les semaines qui suivirent l'ouverture du bureau,
il reçut plusieurs visites des organisations locales demandant l'organisation
de séminaires, et d'individus soumettant des plaintes contre l'administration
publique et les agences de l'Etat. Le Protecteur du Citoyen projette d'établir
de tels bureaux dans toutes les capitales départementales.
L'OPC a organisé une rencontre avec les représentants des ONG
de défense des droits de l'homme le 16 décembre, avec la participation
de la MICIVIH et du Comité International de la Croix-Rouge. Les participants,
au nombre desquels on comptait la Coalition nationale pour les Droits des Haïtiens,
le Centre cuménique des Droits de l'Homme, la Plate-forme des Organisations
Haïtiennes des Droits de l'Homme et Haïti Solidarité Internationale,
ont présenté leurs activités et les obstacles rencontrés
dans leur travail, et ont proposé des moyens de collaboration avec l'OPC
et d'amélioration de la coopération entre leurs organisations.
L'OPC a aussi rencontré des représentants d'entreprises publiques
le même jour dans le but d'établir des canaux de communication,
en particulier concernant le traitement des plaintes contre les entreprises
publiques.
LES PRISONS
Administration pénitentiaire et inspection
La nomination longtemps attendu d'un Chef des Opérations pour la Direction
de l'Administration Pénitentiaire (DAP) est finalement intervenue en
décembre. La personne retenue est un commissaire de police qui avait
préalablement travaillé à la Direction centrale de l'administration
et des services généraux de la PNH. La finalité de son
recrutement était de renforcer la gestion et la coordination entre les
différents services de la DAP.
La MICIVIH a rencontré en décembre les trois membres de la Commission
des Affaires Pénitentiaires de l'Inspection Générale pour
un échange d'informations. La Commission, qui a entrepris ses travaux
en mars, a indiqué qu'elle venait de terminer une étude sur l'ensemble
du personnel de la DAP afin d'établir si les descriptions de poste correspondaient
aux tâches réellement effectuées. Cette étude a établi
que la DAP dispose de 525 agents de surveillance (gardiens, inspecteurs et superviseurs)
et 282 personnes affectées à l'administration (notamment infirmiers,
cuisiniers et chauffeurs). La MICIVIH a également abordé plusieurs
cas d'allégations de mauvais traitements sur des prisonniers qui ont
fait l'objet d'enquêtes de la Commission.
Les observateurs ont remarqués que les absences prolongées et
répétées du personnel des prisons provinciales lors de
voyages à la capitale, en particulier de membres importants du personnel
comme les inspecteurs et les infirmiers, ont continué d'affecter la gestion
de la prison et la fourniture des soins médicaux. Dans certains cas,
les déplacements à la capitale étaient justifiés,
comme le besoin de s'approvisionner en nourriture ou en médicaments ou
de récupérer les chèques mensuels du personnel, mais il
apparaissait que de nombreux membres clés passaient près de la
moitié de leur temps loin de leur poste.
Insuffisance des soins médicaux
L'insuffisance des soins médicaux pour les prisonniers haïtiens
a longtemps fait partie des préoccupations de la MICIVIH. Au cours de
la période examinée, l'inaction du personnel pénitentiaire
ou un manque d'organisation semblent avoir joué un rôle dans la
mort d'au moins deux détenus, l'un à Fort Liberté
le 26 octobre et l'autre au Pénitencier National le
5 novembre, et constitueraient en tant que tels des cas de négligence
sinon de traitement cruel ou inhumain.
Le prisonnier de Fort-Liberté aurait été malade depuis trois semaines, mais il n'aurait reçu aucun soin à part quelques comprimés pour faire baisser sa fièvre. Malgré les requêtes
|
POPULATION CARCERALE |
||||
|
Prison |
Date de la visite |
Pop. totale | Total en détention préventive | En dét. prév. depuis >1 an |
| Anse à Veau | n/d | n/d | n/d | n/d |
| Aquin | 21/10/99 | 70 | 62 (89%) | 3 |
| Cap-Haïtien | 22/11/99 | 242 | 191 (79%) | 58 |
| Carrefour | 10/12/99 | 54 | 45 (83%) | 8 |
| Delmas | 25/11/99 | 59 | 58 (98%) | 0 |
| Fort-Liberté | 14/12/99 | 106 | 85 (80%) | 16 |
| Fort National (PauP) | 25/11/99 | 143 | 134 (94%) | 23 |
| Gonaïves | 30/11/99 | 256 | 194 (76%) | 97 |
| Gde-Rivière du Nord | 25/11/99 | 33 | 24 (73%) | n/d |
| Hinche | 7/10/99 | 117 | 84 (72%) | 11 |
| Jacmel | 9/12/99 | 129 | 96 (74%) | n/d |
| Jérémie | 19/11/99 | 116 | 89 (77%) | n/d |
| Les Cayes | 16/12/99 | 104 | 81 (78%) | 2 |
| Mirebalais | 20/10/99 | 99 | 46 (47%) | 0 |
| Penitencier National | 8/12/99 | 1839 | 1611 (88%) | n/d |
| Pétionville | 2/12/99 | 111 | 94 (85%) | n/d |
| Petit-Goâve | 15/12/99 | 95 | 53(55%) | 0 |
| Port-de-Paix | 15/11/99 | 115 | 78 (67%) | 5 |
| Saint Marc | 25/11/99 | 97 | 79 (81%) | 9 |
|
TOTAL |
3,785 | 3,104 (82%) | ||
n/d -- données non disponibles
de la MICIVIH et du coordonnateur régional de la DAP en faveur du transfert du détenu à l'hôpital, il mourut dans sa cellule. Il avait eu des vomissements et avait de toute évidence besoin de soins médicaux lorsqu'il a été vu par les observateurs de la MICIVIH le jour de sa mort, gisant sur le sol en béton de la cour de la prison. Cependant, l'infirmier de service (qui n'avait jamais été présente dans la prison lors des visites de la MICIVIH) s'était rendue à Port-au-Prince pendant les trois jours précédents, l'infirmerie était fermée à
clé et les deux gardiens de la prison, de service ce jour-là,
déclarèrent qu'ils ne pouvaient pas emmener le prisonnier à
l'hôpital. La MICIVIH écrivit au Ministre de la Justice le 22 novembre
pour exprimer sa préoccupation quant au fait que la mort du détenu
était probablement due à l'insuffisance des soins médicaux.
La lettre recommandait qu'un rappel soit adressé au personnel sur leur
devoir de respect des droits des prisonniers, en particulier leurs droits aux
soins médicaux.
Le prisonnier qui mourut au Pénitencier National étaient un ressortissant
guyanais de 58 ans, qui aurait été transféré à
l'infirmerie de la prison deux jours plus tôt, souffrant de constipation
et à court de comprimés qu'il prenait quotidiennement pour son
diabète. Un médecin rattaché à la prison fut appelé
après la survenue d'un coma chez le détenu dans l'après-midi
du 5 novembre, mais le transport de celui-ci vers l'hôpital n'a pas pu
être organisé. Il décéda vers 8 heures 30 du soir.
L'infirmerie ne disposait pas d'insuline.
Les autorités pénitentiaires de Saint-Marc auraient
également manifesté de la négligence en omettant d'assurer
l'hospitalisation d'un prisonnier atteint de tuberculose qui mourut le 19 octobre.
L'infirmier de l'établissement avait fait savoir à la MICIVIH
que ce détenu avait été supposé être atteint
de tuberculose dès le 1er octobre, mais n'avait pas été
hospitalisé jusqu'au 13 octobre. Ces manquements avaient été
attribués à l'absence de transport, bien que l'hôpital ait
été seulement à 5OO mètres de distance et disposât
de deux ambulances. Les observateurs de la MICIVIH avaient noté que le
prisonnier paraissait extrêmement malade lors de la visite à la
prison le 6 octobre et avaient instamment demandé au personnel de la
prison de le faire hospitaliser immédiatement. Cependant, l'infirmier
était absent ce jour-là et les autres membres du personnel présents
semblaient ne pas se préoccuper de ce problème. Le 25 novembre,
la Mission constata qu'un autre prisonnier également supposé être
atteint de tuberculose attendait toujours son hospitalisation bien que sa maladie
eût, selon les témoignages, fait l'objet d'un rapport écrit
par l'infirmier 17 jours plus tôt. Au cours d'une visite à la prison
le 16 décembre, les observateurs ont constaté que l'infirmier
était en congé depuis plus de deux semaines et qu'aucun détenu
malade n'avait reçu de soins pendant son absence.
De sérieuses pénuries de médicaments ont été
notées au cours de la période examinée dans les prisons
de Carrefour, Delmas, Aquin
et du Cap Haïtien. Cependant, une amélioration
a été notée dans l'attitude de l'infirmier de service de
la prison du Cap Haïtien, qui par le passé avait
semblé être très peu motivé et ne tenait pas les
dossiers médicaux à jour.
Le médecin-chef de la DAP, qui pris ses fonctions en avril, continuait à tenir des réunions mensuelles à Port-au-Prince
|
FEMMES ET MINEURS EN PRISON |
|||||
|
Prison |
Date de la visite |
Femmes |
Mineurs |
||
| Total | Condamnées | Total | Condamnés | ||
| Anse-à-Veau | n/d | n/d | n/d | n/d | n/d |
| Aquin | 16/12/99 | 2 | 0 | 1 | 0 |
| Cap-Haïtien | 15/10/99 | 9 | 1 | 4 | 1 |
| Carrefour | 10/12/99 | 6 | 0 | 0 | 0 |
| Fort-Liberté | 1/12/99 | 1 | 0 | 4 | 0 |
| Fort National (PauP) | 25/11/99 | 92 | 8 | 52 | 1 |
| Gonaïves | 30/11/99 | 9 | 1 | 7 | 1 |
| Gde-Rivière du Nd | 25/11/99 | 0 | 0 | 0 | 0 |
| Hinche | 6/12/99 | 7 | 3 | 4 | 0 |
| Jacmel | 9/11/99 | 6 | 1 | 3 | 2 |
| Jérémie | 19/11/99 | 6 | 1 | 3 | 0 |
| Les Cayes | 16/12/99 | 7 | 2 | 0 | 0 |
| Mirebalais | 20/10/99 | 2 | 1 | 1 | 0 |
| Pétionville | 15/12/99 | 3 | 0 | 5 | 1 |
| Petit-Goâve | 15/12/99 | 5 | 2 | 0 | 0 |
| Port-de-Paix | 15/11/99 | 10 | 4 | 5 | 0 |
| Saint Marc | 25/11/99 | 5 | 0 | 2 | 0 |
|
TOTAL |
170 | 24 | 91 | 6 | |
avec les infirmiers pénitenciers. Mais il semblait par ailleurs avoir
une influence limitée sur les problèmes de soins médicaux,
l'une des raisons de son impuissance étant le fait de n'avoir ni personnel,
ni véhicule à sa disposition en permanence.
Allégations de passages à tabac, et d'autres formes de mauvais traitements par le personnel de la DAP
Huit cas de mauvais traitements dans les prisons ont été
rapportés pendant le dernier trimestre de 1999, au cours desquels 35
détenus au total auraient été giflés ou battus par
les gardiens. Ceci porte à 57 le nombre total des victimes supposées
de mauvais traitements en prison durant la deuxième moitié de
1999. Ce chiffre est à mettre en relation avec les 17 victimes supposées
de la première moitié de l'année.
Il y a eu deux cas sérieux à la prison de Saint-Marc
début octobre, qui ont tous deux fait l'objet d'enquêtes internes.
Dans le premier cas, les gardiens auraient sévèrement battus cinq
prisonniers d'après les allégations (l'un d'entre eux étant
un mineur de 16 ans) le 2 octobre à la suite d'une tentative d'évasion.
Les victimes affirment que sept ou huit gardiens les auraient roulés
dans la boue et frappés avec un bâton et une batte de baseball.
Quatre d'entre eux portaient des blessures ou des traces de coups sur les jambes
et les fesses, qui avaient été soignées par l'infirmier
de la prison selon eux. L'un des prisonniers, qui éprouvait des difficultés
à se déplacer, déclara qu'il s'évanouissait, urinait
du sang depuis son passage à tabac et que sa vue était affectée.
Une enquête a été diligentée contre l'inspecteur
de la prison et plusieurs gardiens, dont deux ont été placés
en isolement au Pénitencier National pendant plusieurs semaines. Dans
le second cas, deux gardiens (dont une femme) auraient battu trois prisonnières
le 3 octobre lors d'une querelle provoquée par la pénurie chronique
d'eau à la prison. L'une des détenues, menottée selon les
témoignages pendant une partie des mauvais traitement subis, semble avoir
été particulièrement frappée aux fesses et aux épaules.
Après que les allégations ont été rendues publique
par le juge de paix, les investigations ont été conduites par
le coordonnateur de la DAP pour l'Artibonite et la Commission des Affaires Pénitentiaires
de l'Inspection Générale. Les deux gardiens ont été
conduits à Port-au-Prince pour interrogatoire, mais ont été
ultérieurement renvoyés à leur poste par suite de pénurie
de personnel, tout en restant à la disposition des enquêteurs.
Selon les autorités de la DAP, 17 détenus de la prison de Port-de-Paix
ont été sévèrement battu le 1er octobre
parce qu'ils se baignaient à l'intérieur de leur cellule. Le gardien
impliqué, qui se trouvait seul au moment de l'incident, avait été
transféré du Pénitencier National une semaine plus tôt
pour des raisons disciplinaires. Les autorités pénitentiaires
ont rapporté l'incident au bureau central de la DAP à Port-au-Prince,
à la suite de quoi une enquête a été ouverte par
l'Inspection Générale, et le gardien a été placé
en isolement au Pénitencier National. La MICIVIH a par la suite interrogé
11 des 17 détenus, qui ont dit qu'ils avaient été battus
à plusieurs reprises sur les jambes avec un baton. Ils portaient toujours
des traces de coups sur les jambes plusieurs semaines après l'incident.
Au Pénitencier National, trois détenus ont déclaré
qu'ils auraient été battus par des gardiens le 3 novembre parce
qu'ils avaient eux-mêmes corrigé un camarade de cellule (un ex
policier), d'après les témoignages, à la demande d'un ancien
commissaire de police détenu sur accusation de trafic de drogue. Les
fonctionnaires de la prison nièrent avoir brutalisé les trois
prisonniers, mais déclarèrent que les gardiens avaient été
obligés d'utiliser la force car ils résistaient à leur
transfert aux cachots. Quatre colombiens emprisonnés alléguèrent
qu'ils avaient reçu une bastonnade le 6 novembre, lorsqu'eux-mêmes
et 25 autres détenus étrangers organisèrent une protestation
pacifique dans la cour de la prison pour exiger une cérémonie
de commémoration pour le camarade guyanais, décédé
la veille au soir (voir plus haut). L'un des colombiens a été
traité à l'infirmerie de la prison pour une blessure qu'il aurait
reçue au cours du passage à tabac. Les autorités pénitentiaires
déclarèrent que les détenus avaient bousculé un
gardien afin de pénétrer dans la cour de la prison et que les
blessures auraient été infligées lorsque les gardiens voulurent
restaurer l'ordre.
Deux prisonnières adultes de la prison du Fort National
prétendirent séparément qu'elles avaient été
giflées et frappées à coups de pied par un policier affecté
à la prison au moment de leur transfert à la prison de Carrefour
le 8 novembre, à la suite de conflits avec les autorités pénitentiaires.
Une troisième prisonnière allégua qu'elle avait été
sévèrement battue par le même policier et une collègue
de ce dernier au cours de son transfert à la prison de Carrefour le même
jour. Les deux agents de police nièrent les faits, mais le policier admit
avoir donné au moins 10 coups de bâton à cette détenue
sur les fesses lors d'un incident survenu un mois plus tôt, lorsqu'elle
lui avait craché au visage. En même temps, une gardienne reconnut
avoir administré cinq ou six coups de bâton à cette détenue
la veille de son transfert après avoir reçu une gifle de la prisonnière.
La victime semblait éprouver des difficultés à marcher
lorsque la MICIVIH la visita à la prison de Carrefour.
La Mission constata encore que des prisonniers étaient enfermés
presque nus dans des cachots pour les punir, à la prison de Port-de-Paix,
comme il avait déjà été établi lors d'une
précédente visite en septembre (voir Droits de l'homme en
Haïti: Juillet Septembre 1999). En visitant la prison le 25
octobre, les observateurs notèrent que cinq prisonniers étaient
gardés dans des cachots, portant uniquement des caleçons et avec
un seul matelas placé entre eux. L'un d'entre eux était menotté
à une porte au moment de la visite car, selon les gardiens, il ne cessait
d'essayer d'escalader le mur. Dans le cas de deux des cinq détenus, des
punitions de 30 jours dans des cellules spéciales sans visites de la
famille avaient été ordonnées par l'inspecteur parce qu'ils
avaient, selon ce dernier, été trouvés en possession de
marijuana. Les fonctionnaires de la prison affirmèrent qu'ils n'avaient
pas d'autres moyens à leur disposition pour discipliner les prisonniers.
La MICIVIH a noté une amélioration lors de sa visite suivante,
quatre jours après, dans la mesure où seuls deux détenus
purgeaient leur peine dans les cachots et tous deux étaient entièrement
habillés.
Les conditions carcérales
Des réparations indispensables ont été effectuées
dans de nombreuses prisons avec l'appui du Comité International de la
Croix-Rouge au cours de la période examinée. Dans la prison d'Aquin,
des douches et des latrines ont été réaménagées
et une citerne a été construite. Dans la prison de Hinche,
la construction de douches et de latrines a été achevée
fin novembre. Lorsque la MICIVIH visita Hinche le 7 décembre, elle trouva
la cour de la prison partiellement pavée, la cuisine en cours de rénovation
et les cellules nettoyées au désinfectant tous les jours. La réparation
de la tuyauterie et des latrines de la prison de Port-de-Paix
a été terminée en décembre. La construction de douches,
de latrines et d'égouts a commencé fin octobre à la prison
des Cayes, où l'absence de ces installations a longtemps
été un sujet de préoccupation pour la MICIVIH et le CICR.
Une pompe à eau en panne a été réparée à
la prison du Cap Haïtien.
Cependant, les observateurs s'inquiétaient de constater que, à
la fin du mois de novembre, les autorités pénitentiaires n'avaient
pas encore pris de mesures pour la vidange des fosses septiques du Pénitencier
National, qui avaient débordé plus de deux mois auparavant,
causant depuis lors une odeur nauséabonde et représentant un risque
pour la santé. On s'était également abstenu de prendre
des mesures d'urgence dans le cas des fosses septiques de la prison de Delmas,
qui avaient débordé en octobre et n'avaient pas toujours pas été
vidées à la mi-décembre.
Beaucoup de prisons subissaient toujours de graves pénuries d'eau, en
particulier celles de Saint-Marc et Jérémie.
Comme par le passé, les détenus de Port-de-Paix
et de Saint-Marc n'ont pas été autorisés
à pénétrer dans les cours des prisons pour faire des exercices
car les périmètres de celles-ci n'étaient pas sécurisés.
L'inspecteur de la prison de Port-de-Paix a déclaré qu'il préparait
un rapport sur les conditions carcérales pour le bureau central de la
DAP.
La MICIVIH a observé une fois de plus une grave surpopulation et des
conditions précaires à la prison d'Aquin. Le
21 octobre, la prison hébergeait quatre prisonnières réunies
dans une seule cellule, et 66 prisonniers entassés dans trois petites
cellules, où il faisait très chaud, et qu'ils ne quittaient qu'une
fois par jour pour prendre un bain.
A une rencontre le 11 novembre avec le directeur adjoint du Pénitencier
National, la MICIVIH a fait part de son inquiétude au sujet
de l'absence de contrôle de l'utilisation des cachots punitifs par les
gardiens, ce qui avait pour conséquence que certains des détenus
soient laissés pendant plus d'un mois dans ces cellules. La Mission a
proposé qu'un registre provisoire pour les cachots soit utilisé
jusqu'à l'introduction du registre disciplinaire officiel envisagé
par les nouveaux règlements internes de la DAP. Un projet de registre
a été soumis à l'appréciation du DAP. Il nécessiterait
l'enregistrement du nom des détenus punis par les gardiens, le motif
de la punition, sa durée, la date du début de la punition et le
nom du fonctionnaire de la prison qui l'autorise.
L'approvisionnement alimentaire
En vue de trouver une solution durable au problème de l'approvisionnement
en nourriture pour les prisons, la DAP a fait un appel d'offres en décembre
de la part du secteur privé pour la fourniture et la distribution mensuelle
de produits alimentaires aux 19 prisons et centres de détention. Un avis
invitant à la soumission d'offres a été inséré
dans des journaux par la Direction Centrale de l'Administration et des Services
Généraux de la PNH à la demande de la DAP. Tout en améliorant
l'approvisionnement des stocks, on espérait qu'une telle organisation
signifierait que le personnel de la prison ne passerait plus une bonne partie
de son temps à aller chercher la nourriture à Port-au-Prince.
Dans l'intervalle, l'approvisionnement en nourriture a continué de représenter
un sérieux problème. Au cours des mois d'octobre et de novembre,
les prisons des Cayes, Aquin, Saint-Marc,
Port-de-Paix et Mirebalais fournissaient uniquement
un repas par jour, constitué souvent uniquement de riz et de haricots.
Les détenus de la prison de Port-de-Paix ont fait savoir qu'ils ont reçu
plus de nourriture en décembre, ce qui était possiblement dû
en partie à une baisse dans la population de la prison. A Mirebalais,
la malnutrition a été un facteur qui a contribué à
la mort à l'hôpital le 2 décembre d'un détenu de
la prison, selon le certificat de décès. Les autorités
de la prison déclarèrent que la nourriture fournie aux prisonniers
était insuffisante et attribuèrent cela aux difficultés
pour obtenir des stocks de nourriture suffisants et appropriés en provenance
de l'administration de la DAP à Port-au-Prince. Ils rapportèrent
qu'un autre détenu semblait souffrir d'une maladie similaire, liée
à la malnutrition, et ils exprimèrent leur inquiétude de
voir se multiplier les cas, en particulier parmi les détenus dont les
familles vivaient trop loin pour les approvisionner en nourriture.
La prison du Cap Haïtien a fourni un repas par jour en
octobre, puis deux repas alternant avec un repas par jour en novembre. Les détenus
de la prison de Carrefour recevaient parfois seulement un repas
par jour, mais deux repas quotidiens étaient fournis dans les autres
établissements carcéraux de la région métropolitaine,
bien que ceux du Pénitencier National fussent surtout
composés de riz.
Tous les détenus de la prison des Gonaïves recevaient
deux repas par jour pendant la période d'observation. En outre, le Comité
International de la Croix-Rouge poursuivait un programme aux Gonaïves qui
avait commencé en juin. Celui-ci prévoyait que les prisonniers
sous-alimentés (environ un quart de la population carcérale) reçoivent
un plat supplémentaire constitué de bouillie enrichie. Planifié
initialement pour une durée de deux mois, ce programme a été
étendu grâce aux dons du Programme Alimentaire Mondial et du Bureau
de Nutrition et de Développement. De la mi-octobre à la mi-novembre,
le CICR a mis en place un programme distinct d'un mois pour les détenus
sous-alimentés pour l'achat de produits alimentaires frais et l'envoi
de trois instructeurs culinaires de Port-au-Prince quatre fois par semaine à
la prison pour indiquer au personnel quels produits il fallait acheter et comment
les préparer. Le programme visait à fournir une aide de transition
à la prison jusqu'à ce que la DAP trouve une solution durable
au problème.
Journée Internationale du Détenu
Avec le soutien de la MICIVIH, un programme de cinq heures d'activités
a été organisé pour les détenus de la prison des
Cayes le 24 octobre, par deux ONG locales pour marquer l'anniversaire
de la Journée Internationale du Détenu. Le maire, le délégué
et un certain nombre de détenus prirent la parole. Parmi les activités,
figurait une projection de la version créole du documentaire vidéo
de 56 minutes de la MICIVIH, Oeuvre inachevée: les droits de l'homme
en Haïti, qui comprend des entretiens avec les détenus en prison.
Bien qu'elles aient reçu une invitation, les autorités judiciaires
et pénitentiaires, hormis le commissaire du gouvernement, étaient
absentes. On avait commencé à repeindre les cellules la veille
de l'événement avec de la peinture fournie par la MICIVIH.
Le documentaire de la Mission a également été montré
à 73 détenus de la prison du Cap Haïtien
le 27 octobre et à tous les prisonniers de la prison de Fort
Liberté au cours d'une série de projections présentées
entre le 28 octobre et le 3 novembre pour célébrer la Journée
Internationale du Détenu. A chaque fois, la projection a été
suivie d'un débat.
Formation/assistance aux fonctionnaires de la DAP
Un observateur de la MICIVIH qui avait été détaché
presqu'à plein temps depuis le mois de septembre pour fournir une assistance
technique aux 10 assistants juridiques constituant le personnel du Service de
l'Application des Peines et Grâce de la DAP a rédigé un
document de 16 pages proposant une définition de leurs responsabilités.
Visant à servir d'outil aux assistants juridiques et à informer
les autorités judiciaires de leur rôle, il a été
soumis comme projet lors d'une rencontre avec des représentants de la
DAP et des assistants juridiques début novembre. Il a par la suite été
approuvé et mis en application.
LYNCHAGES/BRIGADES DE VIGILANCE
Cette période a connu une recrudescence inquiétante des activités
de brigade de vigilance dans le district de Carrefour à Port-au-Prince
et de meurtres sommaires ou autres opérations punitives contre des criminels
présumés, exécutées par des groupes armés
de civils à Cité Soleil, et dans un cas au moins avec l'apparente
complicité de la police.
A Carrefour le 20 octobre, une brigade de vigilance assistée
par des résidents de la localité ont tué et brûlé
les corps de six membres de gangs présumés et sérieusement
blessé deux autres. Ces résidents ont rapporté que cet
acte avait été réalisé du fait de l'inaction de
la police face au taux élevé de la criminalité dans leur
quartier. L'incident a été largement commenté par les média,
notamment Le Nouvelliste qui en rejeta la responsabilité sur
l'Etat et l'érosion accélérée de son autorité.
Cela a également été déploré par le Directeur
Exécutif de la MICIVIH au cours d'un interview accordé à
plusieurs journalistes. Néanmoins, la population locale a continué
à frapper des individus suspectés de crimes, et la MICIVIH constata
que six détenus parmi 12 en garde à vue à Carrefour le
26 octobre avaient été battus par la population.
A Cité Soleil, plusieurs actions punitives contre des
criminels présumés auraient été réalisées
par des civils armés conduits par un ancien sergent de l'armée
et un ancien chef de gang. De nombreux résidents ont déclaré
à la MICIVIH qu'ils saluaient les activités de ce nouveau groupe
armé qui, d'après eux, serait basé dans le principal marché
de Cité Soleil et qu'ils portaient au crédit de cette brigade
la chute des viols et vols par les teenagers membres de gangs. Dans un cas,
une source judiciaire et plusieurs résidents rapportèrent que
l'ex sergent avait désarmé un jeune voleur appelé «Ricot»
et l'avait exécuté avec sa propre arme le 1er octobre.
Le corps est resté abandonné dans la rue pendant plusieurs jours.
Le 3 octobre, environ 40 individus armés d'armes à feu et de machettes
auraient enlevé cinq hommes de leur domicile, dans le district Ti Ayiti
de Cité Soleil, les auraient sévèrement battus, blessé
l'un d'eux par balle et poignardé un autre, les auraient attachés
et remis à la police, alléguant qu'ils avaient hébergé
un groupe de voleurs provenant de l'extérieur de Cité Soleil qui
avaient cambriolé des maisons à Ti Ayiti la nuit précédente.
Les autorités judiciaires avaient fait relâcher les présumés
bandits le lendemain, au motif de la gravité de leurs blessures. Selon
diverses sources, l'ancien chef de gang a tué accidentellement par balle
un jeune homme portant le nom de «Ernso» tandis qu'il visait quelqu'un
d'autre au cours d'un incident à la mi-octobre et, lors d'un autre incident
survenu le même mois, il aurait infligé une blessure à la
tête avec une machette à un jeune appelé «Lyonel»
qui mendiait devant le tribunal de Cité Soleil.
Un groupe d'hommes armés apparemment différent a procédé
à «l'arrestation», le soir du 14 novembre à Cité
Soleil, d'un voleur présumé, armé et répondant
au nom de Samuel Taillefer. Son corps sans tête a été
découvert le lendemain sur la route de «Batimat». Différentes
sources déclarent que la police était informée des agissements
de ce groupe et qu'il bénéficiait probablement de son soutien.
On prétend que son chef était un indicateur et collaborateur de
l'inspecteur de police Berthony Bazile, tué en juin. L'hypothèse
de la complicité de la police semblait renforcée par le fait que,
tout en soutenant que Taillefer semblait avoir été tué
par des membres non identifiés de la population en représailles
de ses crimes, la police déclarait qu'il était en possession
d'une arme à feu de la police lorsque la population s'est emparée
de lui. En outre, la police entreprit d'arrêter le frère de Taillefer
(un ancien gardien de prison) au motif, selon les témoignages, que Taillefer
avait confié que l'arme lui avait été remise par son frère.
Dans une autre zone de Port-au-Prince, un homme aurait été
lynché à Delmas 75 le 10 novembre, après avoir tiré
sur un motard et tenté de voler la motocyclette, tandis qu'un voleur
suspect a été lynché sur le Boulevard 15 octobre le 11
novembre. Au cours d'un autre incident la même semaine, un homme qui avait
blessé par balle deux mécaniciens au centre de Port-au-Prince
après une querelle sur le paiement de la réparation de son véhicule
a été poursuivi et lynché et sa voiture brûlée.
Un homme qui aurait tenté de violer une jeune fille a été
lynché le 21 octobre à Quartier Morin (Nord)
par les résidents de la localité, qui mutilèrent ensuite
son corps. La mère de la jeune fille et un autre individu furent arrêtés
en rapport avec ce meurtre et la police déclara être à la
recherche de six autres personnes. Un total de quatre bandits ou voleurs présumés
auraient été lynchés au Nord-Est pendant le mois de novembre:
deux dans la région de Fort-Liberté (à
Destouches et Malféty) le 19 novembre, un dans la section Dumas de Fort-Liberté
le 29 novembre, et l'autre à Ouanaminthe le 29 novembre.
Un lynchage a été rapporté au Plateau Central, celui d'un
bandit armé à Thomassique fin novembre qui, selon
les témoignages, aurait blessé deux personnes.
Le lynchage d'un voleur présumé à Marmelade
(Artibonite) le 22 novembre a été précédé
par une confrontation entre une foule et la police, accompagnée par le
maire, qui essayait de protéger la victime. Des personnes non identifiés
ont fait feu sur la foule, tuant un homme et blessant une jeune fille, et dans
la confusion qui s'ensuivit, la foule tua le présumé voleur à
coups de machettes. L'UDMO des Gonaïves se rendit dans la ville le même
jour pour ramener le calme. Par la suite, la maison du juge de paix aurait été
lapidée et le maire a été cité à comparaître
devant les autorités judiciaires de Gonaïves en rapport avec les
coups de feu.
LA SOCIETE CIVILE
ONG luttant pour la défense des Droits de l'Homme
A l'approche de la fin de son mandat, la Mission a continué à
accorder la priorité aux efforts de développement des ressources
nationales pour la promotion et la protection des droits humains, en fournissant
en particulier une assistance technique et une formation aux ONG locales de
défense des droits de l'homme.
Trente-six représentants d'environ 30 ONG de défense des droits
de l'homme provenant du pays tout entier ont pris part à un séminaire
de six jours sur les droits humains, tenu par la MICIVIH à Port-au-Prince
du 8 au 13 novembre. Cette activité a été organisée
au nom du Haut Commissariat des Nations Unies pour les Droits de l'Homme, qui
a un accord de coopération technique avec le gouvernement haïtien.
L'objectif du séminaire était d'accroître l'efficacité
des ONG par des présentations et des échanges d'idées et
d'expériences pratiques. Les thèmes retenus étaient l'utilisation
des mécanismes internationaux relatifs aux droits de l'homme, l'enquête
sur les violations de droits de l'homme, la gestion d'une organisation de défense
de ces droits et la planification d'une campagne de conscientisation et de plaidoyer.
Les intervenants comprenaient environ 30 experts nationaux et internationaux
en matière de droits humains, tandis que le Protecteur du Citoyen et
des membres de son bureau ainsi que quelques assistants juridiques de la DAP
assistaient à la rencontre comme observateurs. L'un des points forts
du programme a été une table ronde sur «les Droits Economiques,
Sociaux et Culturels et les Droits des Haïtiens», à laquelle
des participants de tous horizons ont été invités, notamment
des représentants du gouvernement haïtien, les organisations haïtiennes
luttant pour les droits humains, des personnalités publiques et des journalistes.
Dans une déclaration de presse au sujet du séminaire et de la
table ronde, diffusée le 10 novembre, la MICIVIH a félicité
les défenseurs des droits de l'homme en Haïti pour leur courage
dans l'accomplissement de leurs tâches malgré les conditions difficiles
et parfois dangereuses.
Une première assemblée générale a été
tenue par un réseau national de comités locaux, qui se sont constitués
avec l'encouragement de la MICIVIH, pour l'observation des conditions de détention
dans les prisons et les commissariats de police. La Mission a fourni une assistance
logistique et technique pour l'organisation de la rencontre de trois jours,
se déroulant du 13 au 15 octobre à Port-au-Prince. Celle-ci a
accueilli 17 délégués provenant des comités qui
avaient été créés à Port-au-Prince, Cap-Haïtien,
Les Cayes, Gonaïves, Jacmel, Port-de-Paix, Fort-Liberté et Arcahaie.
Le but de la rencontre était de renforcer le réseau pour en faire
une structure nationale appelée l'Observatoire des Droits Humains en
Milieu de Détention, avec pour objectif ultime d'avoir un comité
local formé par les ONG de défense des droits de la personne dans
chacune des villes haïtiennes dotées d'une prison. Un comité
de coordination pour l'Observatoire a été élu le dernier
jour de l'assemblée générale.
Du 15 au 19 novembre, la MICIVIH a mis en place un séminaire de cinq
jours sur le contrôle des droits des détenus pour 14 membres de
l'Observatoire récemment formé et quatre membres de l'Office de
la Protection du Citoyen. Les participants ont reçu une formation sur
les techniques d'observation des conditions en prison, d'entretien avec les
détenus, d'obtention des informations à partir des registres,
d'identification et de classification des violations des droits humains et de
préparation des rapports. Les intervenants ont été l'Inspecteur
Général en Chef de la PNH, les représentants de la DAP,
des conseillers du PNUD et des membres d'ONG travaillant dans le domaine des
droits humains. Le séminaire comprenait aussi une visite du Pénitencier
National et de la prison de Fort National, supervisée par la MICIVIH.
Dans l'intervalle, le bureau régional de la MICIVIH à Gonaïves
a continué à organiser des sessions de formation hebdomadaires
pour le comité de l'Observatoire de Gonaïves, qui est l'un des plus
organisés. Les membres de l'organisation de défense des droits
humains Justice et Paix, d'obédience catholique, et le représentant
du bureau régional de l'Office de la Protection du Citoyen ont commencé
à participer à ces sessions. Les observateurs ont également
aidé ce comité à finaliser une proposition de projet afin
de rechercher un financement et ont entrepris de fournir une formation en informatique
de base.
A Gonaïves, le bureau régional de la MICIVIH a
donné une conférence le 29 octobre devant environ 40 représentants
de Justice et Paix provenant de l'Artibonite et du Nord-Ouest réunis
à Gonaïves. L'exposé de la MICIVIH mit l'accent sur les droits
et responsabilités des citoyens dans le cadre des élections et
sur l'observation de celles-ci. Aux Cayes, le formateur de
la MICIVIH a débuté un nouveau cycle de séminaires sur
les droits de l'homme et l'éducation civique pour les formateurs de quelque
15 ONG locales en octobre et a offert un séminaire spécial d'une
journée aux 50 membres du Mouvement Humaniste Haïtien local le 24
novembre.
Les 29 octobre et 9 décembre, les membres de la MICIVIH ont animé
deux ateliers d'une demi-journée à Port-au-Prince
sur la méthodologie des enquêtes sur les violations des droits
humains à la demande de la Coalition Nationale pour les Droits des Haïtiens.
Les participants aux ateliers étaient des membres d'organisations populaires
provenant de tout le pays qui assistaient à des séminaires sur
le suivi des droits humains organisés par la Coalition. Pour cette année,
cela porte à six le nombre de ces ateliers mis en place par la MICIVIH
au profit de la Coalition.
Deux ONG haïtiennes, le Mouvement d'Appui aux Victimes de Violence (MAP-VIV)
et Haïti Solidarité Internationale ont cette année compté
parmi les récipiendaires de la distinction accordée par l'Assemblée
Nationale Française tous les ans en décembre pour la défense
des droits de l'homme. L'une des deux organisations, MAP-VIV, a reçu
l'appui technique et logistique de la MICIVIH depuis son inauguration. En novembre,
la Plate-forme des Organisations Haïtiennes des Droits de l'Homme a publié
le troisième de ses nouveaux rapports, régulièrement publiés
sur la situation des droits de l'homme.
Promotion des droits humains
Le Directeur exécutif adjoint de la MICIVIH a donné une conférence
intitulée «Quels droits de l'homme pour Haïti» à
l'Institut Français de Port-au-Prince le 23 novembre
à un auditoire qui comprenait des membres du corps diplomatique, des
juristes, des professeurs et des étudiants. Sa conférence a été
suivie de la projection du nouveau documentaire de la MICIVIH, Oeuvre inachevée:
les droits de l'homme en Haïti, qui a été suivi à
son tour d'un débat animé. Le bureau de la MICIVIH au Cap-Haïtien
a organisé deux représentations de théâtre
et de danse le 25 novembre sur le thème de la prévention de la
violence exercée contre les femmes afin de marquer l'anniversaire de
la Journée Internationale contre la Violence faite aux Femmes. L'une
des représentations a été donnée dans une école
et l'autre sur l'une des places centrales de la ville, où elle a attiré
une foule importante. La MICIVIH a donné des interviews aux radios locales
sur les représentations.
Le bureau de la MICIVIH aux Gonaïves a animé trois
séminaires de deux jours sur les droits de l'homme en novembre, chacun
avec environ 40 participants provenant d'ONG locales. Une conférence
sur les droits des enfants a également été présentée
à un groupe d'étudiants à Gonaïves le 20 novembre
dans le cadre d'un programme éducatif sur les droits humains organisé
par l'Alliance Française. Le Coordonnateur du bureau de la MICIVIH au
Cap-Haïtien a parlé du travail de la Mission et
des droits des enfants lors d'une rencontre organisée par le PAM à
Fort Liberté le 28 octobre à laquelle assistaient
les directeurs d'école, des professeurs et des parents provenant de 14
écoles dans la région de Fort Liberté. Une conférence
du même genre a été donnée lors d'une rencontre organisée
le 9 novembre par le PAM pour les directeurs d'école, les parents et
les élèves d'une école d'Acul du Nord.
Anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de
l'Homme
Le point central des activités de la MICIVIH pour le 51ème
anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme a été
une conférence sur «Le cadre Juridique des Droits de l'Homme, au
Plan National et International», donnée en collaboration avec la
Faculté de Droit de l'Université d'Etat dans une salle de cinéma
le 10 décembre à Port-au-Prince, devant un auditoire
de plus de 300 étudiants et professeurs de cette Faculté. Le Directeur
Exécutif adjoint de la MICIVIH a fait un exposé sur le droit international
en matière de droits de l'homme, tandis qu'un professeur de la Faculté
est intervenu sur les droits humains dans le contexte du droit haïtien.
Ces présentations ont été suivies de la projection du documentaire
de la MICIVIH Chemen an long et d'un débat présidé
par un consultant de la MICIVIH. Deux consultants de la MICIVIH ont également
offert à Port-au-Prince un séminaire sur la Déclaration
Universelle pour quelque 80 collégiens du Collège Métropolitain
d'Haïti le 7 décembre.
Les directeurs de la MICIVIH ont été interviewés sur la
situation des droits de l'homme en Haïti par la station de télévision
privée Télémax et la station gouvernementale TNH pour des
programmes diffusés respectivement les 9 et 10 décembre pour commémorer
l'anniversaire de la Déclaration. Des extraits du documentaire ont été
projetés lors de ces programmes. A la même période, un communiqué
de presse de la MICIVIH pour l'occasion mettait l'accent sur la vitalité
retrouvée des organisations haïtiennes de défense des droits
de l'homme, sur les efforts des autorités pour introduire d'importantes
améliorations et les élections prochaines. Tout en soulignant
les progrès réalisés dans le domaine des droits de l'homme
en Haïti depuis le retour à l'ordre constitutionnel, le communiqué
alertait l'opinion sur la nécessité de triompher des pratiques
pernicieuses du passé qui subsistaient encore.
D'autres activités ont été organisées dans quatre
villes provinciales. A Gonaïves, le documentaire de la
MICIVIH a été montré le 7 décembre à un auditoire
composé notamment de 40 agents de police venant de différentes
localités de l'Artibonite; la documentation sur les questions de droits
de l'homme a été distribuée à une dizaine d'écoles;
et une troupe de théâtre a joué pour les détenus
et gardiens de la prison. Le bureau de la MICIVIH à Gonaïves a en
outre enregistré deux programmes sur la Déclaration Universelle
qui furent diffusés par Radio Gonaïves, Vision 2000 et Radio Saint
Marc. Au Cap Haïtien, la MICIVIH
a organisé deux représentations sur des thèmes relatifs
aux droits humains, interprétées par des troupes de théâtre
et de danse, l'une sur la principale place de la ville devant un large auditoire
y compris le maire, l'autre dans la prison où le coordonnateur régional
de la MICIVIH a également donné une conférence sur la Déclaration
Universelle; les prisonniers ont reçu à cette occasion la visite
du commissaire du gouvernement et du doyen. A Fort-Liberté,
environ 400 personnes ont admiré à la bibliothèque une
exposition d'affiches sur des questions relatives aux droits de l'homme. L'exposition
se déroulait de concert avec une journée d'activités, comprenant
un exposé sur la Déclaration Universelle et des représentations
de théâtre et de danse sur des thèmes évoquant les
droits de l'homme. Aux Cayes, le bureau régional de
la MICIVIH a organisé un programme au centre culturel qui comprenait
une pièce de théâtre sur les droits des femmes et la projection
du film The Killing Fields.
Activité des média /Documentaire de la MICIVIH
La version anglaise du documentaire vidéo de la MICIVIH de 56 minutes,
Oeuvre inachevée: les droits de l'homme en Haïti, a été
projetée en première à l'Auditorium Dag Hammersjkold, au
bâtiment du Secrétariat à New York le 22 novembre devant
une assistance de 180 personnes, notamment des représentants des missions
diplomatiques, des membres de la presse internationale, des représentants
des ONG et des distributeurs de films. Comme il a été rapporté
dans Droits de l'homme en Haïti: Juillet Septembre 1999,
qui résume le contenu du documentaire, la version créole, Chemen
an long, avait été projetée en première à
Port-au-Prince, Cap Haïtien, Gonaïves,
Port-de-Paix, Les Cayes, Jacmel
et Mirebalais le 30 septembre. La distribution du documentaire
dans 122 pays en français, anglais et créole a commencé
en décembre. Le film a également été demandé
par des distributeurs privés américains pour les écoles
et les bibliothèques et de des copies ont été données
à leur demande aux missions diplomatiques des Amis d'Haïti. Le Département
de la Presse et de l'Information de l'Organisation des Etats Américains
a commencé à préparer une version en espagnol. Le documentaire
est disponible en français, anglais et créole aux Nations Unies,
Distribution of Audiovisual Productions, Office S-805 A, New York, NY 10017.
Tél. 1-212-963-6982 et e-mail : audiovisual@un.org
En Haïti, la version créole du documentaire a été
largement projetée à travers le pays au cours de la période
examinée à des assistances composées d'écoliers
et d'étudiants, de représentants des ONG, de militants des droits
de l'homme, d'avocats, de journalistes, de gardiens de prison et de prisonniers,
de fonctionnaires de justice et de juges stagiaires, d'agents de police et des
autorités locales. La MICIVIH a trouvé que le documentaire est
un bon outil pour informer sur le travail de la Mission et pour stimuler les
débats sur les questions relatives aux droits de l'homme. Dans la plupart
des cas, les projections du documentaire ont été suivies de débats
animés sur les problèmes soulevés. Les lieux de projection
du film au cours de la période de rédaction du présent
rapport incluaient Port-au-Prince (huit séances), Gonaïves
(3), Saint-Marc (3), Fort Liberté,
Port-de-Paix et Hinche. Le film a également
été diffusé dans les prisons du Cap-Haïtien,
des Cayes et de Fort Liberté.
Le bureau de la MICIVIH à Port-au-Prince a collaboré avec une équipe de télévision américaine spécialisée dans les informations générales et travaillant au programme de PBS Newshour, qui a effectué des visites au Pénitencier National et au commissariat de Pétionville le 6 décembre. Un membre de la Mission a été interviewé au cours des visites tandis que le Directeur Exécutif a donné à l'équipe de télévision une longue interview sur la situation des droits de l'homme et de la démocratie en Haïti. Le Directeur Exécutif a également accordé des entretiens, durant la période examinée, au New York Times, au Los Angeles Times, au Miami Herald, à The Economist et à la Finnish Broadcasting Company. Le Directeur Exécutif et son adjoint ont également fait des interviews périodiques avec des stations de radio et de télévision haïtiennes.
Préparé par l'Unité de Coordination,
Analyse et Rapports (UCAR)
Mission Civile Internationale en Haïti OEA/ONU
Misyon Sivil Entènasyonal ann Ayiti OEA/ONU
Boîte Postale 1602, Port-au-Prince, Haïti
(509) 246-2025 ou (1) 212-963-9921