|
juillet - septembre 1999 |
| Rapport trimestriel de la Mission Civile Internationale en Haïti OEA/ONU (MICIVIH) |
Droits de l'Homme en Haïti est un rapport
trimestriel rédigé par la MICIVIH. Ce document offre une vision
d'ensemble du travail de la police, dans les prisons et du système judiciaire
en Haïti, sous l'angle du respect des droits de l'homme. L'élaboration
de ce rapport renvoie aux activités de la Mission, tant au siège
que dans les bureaux régionaux, relatives aux trois volets de son mandat
à savoir la vérification, le renforcement institutionnel et la
promotion des droits de l'homme.
CONTEXTE GÉNÉRAL
Les controverses, débats et discussions entourant les élections
ont prédominé au cours de ce trimestre, contribuant ainsi à
détourner l'attention du climat de détérioration sociale
qui s'est caractérisé par de nombreuses manifestations, dont certaines
ont été fort violentes. A la fin du mois de septembre, bien qu'il
ait été annoncé que le premier tour des élections
aurait lieu le 19 mars 2000, le calendrier électoral n'avait toujours
pas été publié dans son intégralité. La question
de la carte d'identité avec photo a une fois encore soulevé des
critiques de la part des partisans de Fanmi Lavalas. Une campagne d'éducation
civique sur les élections a été reportée. Malgré
cela, le Conseil électoral provisoire (CEP) a commencé à
mettre en place le dispositif électoral, ce qui a provoqué des
manifestations et des actes d'intimidation dans des endroits où la constitution
des Bureaux électoraux communaux (BEC) et des Bureaux électoraux
départementaux (BED) était contestée.
Dans la nuit du 5 août, immédiatement après l'annonce de la nomination des BED composés chacun de trois membres, des individus non identifiés ont essayé d'incendier les locaux du BED de l'Artibonite à Gonaïves. L'incendie a été éteint par un veilleur de nuit avant qu'il n'y ait de sérieux dommages. Le Secrétaire du BED a rapporté que des coups de feu avaient été tirés sur sa maison au cours de la même nuit. On a également essayé d'incendier le BED de Jacmel dans la nuit du 10 août. La composition du Bureau électoral départemental a été contestée à Fort Liberté, où le premier président du BED a été remplacé du fait qu'il n'avait pu fournir les documents demandés et où la nomination de son second président a été remise en question par des organisations populaires qui ont affirmé qu'il était duvaliériste et vivait à Port-au-Prince. L'assermentation des responsables du BED a été retardée jusqu'au 15 septembre par des manifestations d'organisations populaires.
Les incidents électoraux les plus graves se sont produits à Jérémie où la tension à commencé à monter à la mi-septembre, suite aux appels lancés par le mouvement politique régional Kowodinasyon Resistans Grandans (KOREGA) pour dissoudre le BED qu'il a estimé avoir été imposé par l'Espace de concertation "macoute". Le 15 septembre, la population de Jérémie a trouvé à son réveil des pneus en train de brûler dans les rues et de nouveaux graffitis sur les murs attaquant le BED, auquel avaient été affectés 15 membres de l'Unité départementale pour le maintien de l'ordre (UDMO) afin d'en assurer la sécurité. La situation a continué à se détériorer jusqu'à ce qu'une crise éclate le 27 septembre, lorsque plusieurs centaines de partisans de KOREGA ont participé à une manifestation violente devant les locaux du BED. La police a déclaré que les manifestants avaient jeté des pierres, des bouteilles et du gaz lacrymogène, que certains d'entre eux portaient des armes à feu et que l'un des dirigeants de KOREGA avait attaqué un inspecteur. Après avoir arrêté deux manifestants qui auraient, selon la police, réussi à s'introduire dans les locaux du BED, les policiers ont dispersé les manifestants en ayant recours à leurs matraques et en tirant des coups de feu en l'air. Par ailleurs, alors qu'elle poursuivait les manifestants à travers la ville, la police a procédé à 42 arrestations. Selon le témoignage de la police, une femme originaire de Corail qui avait participé à la manifestation a trouvé la mort après avoir été écrasée dans les faubourgs de la ville alors qu'elle était tombée d'un camion dans lequel elle était en train de monter. Bien qu'un certificat médical ait également établi qu'elle avait succombé suite aux blessures reçues dans un accident de la circulation, KOREGA a estimé que la brutalité de la police avait été la cause de son décès. Tous les détenus, à l'exception de deux d'entre eux, ont été libérés du commissariat, tard dans la soirée du 27 septembre, après huit heures de négociations entre les dirigeants de KOREGA et les autorités policières. Le jour suivant, le maire KOREGA de Jérémie a annoncé qu'il fermait la mairie pour protester contre la brutalité policière et contre le fait que la police avait poursuivi à l'intérieur même du bâtiment de la mairie les manifestants qui avaient pris la fuite. Il a été rapporté que plusieurs autres maires de Grand'Anse en auraient fait de même.
Des organisations populaires proches de Fanmi Lavalas ont manifesté à Gonaïves, Saint-Marc, Petite-Rivière de l'Artibonite et Grande Saline au cours de la dernière semaine de septembre afin de protester contre la composition nouvellement annoncée des BEC. Les manifestants ont affirmé que les trois-quart des membres des BEC de l'Artibonite étaient affiliés à l'Espace de Concertation. Suite à l'arrestation, le 29 septembre, d'un membre de l'organisation populaire Bale Wouze au cours d'une manifestation devant le BEC de Saint-Marc, d'autres manifestations se sont déroulées afin de dénoncer son arrestation. Certains média ont également signalé que l'on avait essayé d'incendier le BEC de Saint-Marc au cours de la nuit du 26 septembre. Le jour suivant, une manifestation pour soutenir le BEC aurait été organisée.
Aux manifestations liées au contexte électoral, se sont ajoutées des perturbations sociales portant sur d'autres questions qui, bien que restant le plus souvent au niveau local, se sont propagées au cours du mois de septembre. De nombreuses grèves et débrayages ont eu lieu, particulièrement dans les départements du Nord et du Nord-Est (employés du secteur médical, des douanes et du gouvernement local, pompiers). Des grèves de médecins, d'infirmières et du personnel administratif ont été suivies à l'hôpital général de Port-au-Prince en août et en septembre. Les enseignants ont également menacé de se mettre en grève au début de la rentrée scolaire d'octobre, invoquant le fait que les promesses faites auparavant par les autorités n'avaient pas été tenues.
Certaines des manifestations et agitations de la population avaient des motifs politiques (notamment lorsqu'il était question du contrôle de postes clé dans les institutions de l'Etat). D'autres ont clairement résulté de frustrations par rapport au manque d'action de l'Etat pour fournir des infrastructures adéquates au niveau local. Des manifestations violentes, dans lesquelles on a signalé qu'il y avait eu des barricades enflammées et des jets de pierre, ont été organisées à Port-au-Prince par plusieurs organisations populaires ainsi que par d'autres groupes. Parmi ces manifestations, on notera notamment celles auxquelles ont participé les résidents de Cazeau pour protester contre l'incapacité de l'Etat à réparer les routes dans ce quartier, les résidents du quartier de l'aéroport qui ont protesté contre le fait que les autorités n'avaient rien fait pour enlever quatre corps du lieu d'un accident 24 heures après qu'il se soit produit, et également les marchands de rue pour protester contre la nomination d'un nouveau directeur au marché Hippolyte. Les résidents de Bel Air ont protesté contre la fermeture d'un centre éducatif et les partisans de Fanmi Lavalas ont protesté contre le meurtre d'un agent de police et également contre la rumeur de la révocation du Directeur de la compagnie téléphonique d'Etat (Téléco). La police a, en règle générale, fait preuve de retenue dans sa façon de contrôler les manifestations - qui ont pour certaines duré plusieurs jours - et peu d'arrestations ont été signalées malgré la violence de certains manifestants. De ce fait, les agitateurs ont bénéficié d'une impunité presque totale. La Compagnie d'intervention et de maintien de l'ordre (CIMO) a toutefois été accusée par certains d'avoir pris des mesures brutales pour restaurer l'ordre au cours des trois jours de violentes manifestations devant la Téléco. Une personne blessée par balle a affirmé que la police avait tiré sur la foule. Cependant, la MICIVIH n'a jusqu'à présent pas été à même de trouver des témoins qui pourraient corroborer cette allégation. Au moins quatre personnes, dont le commissaire de police de Port-au-Prince, ont été blessées par des pierres au cours des manifestations.
Des actes d'intimidation ont été encore une fois signalés dans la capitale, incluant le lancement d'un dispositif explosif en direction de la Chambre de commerce, le 4 septembre, peu de temps après la publication par cette dernière d'une déclaration protestant contre l'insécurité permanente. Le jour suivant, des coups de feu ont été tirés sur un véhicule appartenant au chef de l'Organisation du peuple en lutte (OPL), au volant duquel se trouvait à ce moment là le porte-parole de l'OPL, Sauveur Etienne. Bien que l'attaque ait eu lieu dans un endroit connu pour la fréquence des incidents de crime à main armée, le motif politique n'a pas été entièrement écarté. Il a en outre été signalé que des coups de feu, perçus comme étant probablement des actes d'intimidation, ont été tirés dans la nuit du 24 août devant la maison d'un membre du Conseil électoral provisoire (CEP), Emmanuel Charles, et le 10 septembre devant la maison du Vice-Président du CEP, Debussy Damier. Aucune nouvelle menace à l'encontre d'organisations de défense des droits de l'homme n'a été signalée à la MICIVIH durant ce trimestre.
Au cours de la période à l'examen, les activités de la
MICIVIH ont été restreintes du fait de la réduction de
sa présence sur le terrain, à la suite de la fermeture de cinq
de ses bureaux régionaux. Seuls les bureaux de Port-au -Prince, Les Cayes,
Gonaïves et Cap Haïtien sont restés ouverts. Les observateurs
de Port-au-Prince se sont également occupés du département
du Sud-Est et du Bas Plateau central (Mirebalais), ceux qui sont basés
aux Cayes ont dû couvrir la Grand'Anse, ceux qui sont établis à
Gonaïves ont en outre été responsables du Nord-Ouest en plus
de l'Artibonite, et ceux de Cap Haïtien ont couvert le Nord-Est et le Haut
Plateau Central. La réduction des ressources a eu des incidences sur
le nombre des programmes de promotion et des activités de défense
des droits de l'homme organisés par la MICIVIH. Malgré cela, la
Mission a réussi à couvrir les trois volets de son mandat.
POLICE
Les difficultés internes et les pressions extérieures ont continué
à avoir des répercussions négatives sur le développement
institutionnel de la Police nationale haïtienne (PNH). On a toutefois pu
constater qu'il y avait eu une diminution notable du nombre de violations graves
des droits de l´homme et des succès significatifs dans la lutte
contre le crime et le trafic de drogue au cours de la période examinée.
Dans de nombreux commissariats, les policiers ont fait part de leurs préoccupations
et de leur manque de motivation à cause de l'absence de soutien de la
part de la population, de graves contraintes logistiques, d'un appui inadéquat
en matière d'encadrement pour les agents de police, et de la recrudescence
d'assassinats d'agents de police. Les allégations faites sur l´implication
des forces de police dans le trafic de drogue ont continué à leur
causer du tort. Au cours de ce trimestre, un commissaire et au moins neuf agents
de police ont été détenus pour trafic de drogue. De plus,
le 17 septembre, trois commissaires de police et un inspecteur ont été
suspendus après avoir été appréhendés hors
de leurs juridictions dans un hôtel de la Plaine du nord au cours d'un
raid de police où une certaine quantité de cocaïne aurait
été découverte. Treize autres commissaires de police ont
menacé de démissionner si les quatre fonctionnaires étaient
inculpés. Des coups de feu ont été tirés en direction
des bureaux de Radio Vision 2000 qui avait été la première
à signaler l'arrestation des quatre fonctionnaires. Deux appels téléphoniques
menaçants auraient été reçus dans la demie heure
qui a suivie la transmission de cette information.
Le court débrayage entamé par les policiers du Plateau central
ne s'est pas propagé dans le reste du pays mais a mis en avant l'insatisfaction
de longue date de la police à la fois sur les salaires et les conditions
de travail. L'annonce récente de l'augmentation du salaire des responsables
de la justice a également exacerbé la situation . Des efforts
ont continué à être consentis pour améliorer les
conditions de travail. Ainsi, plusieurs nouveaux sous-commissariats ont été
ouverts comme à Cité Soleil, Delmas,
Martissant et La Colline. D´autres commissariats
de police, comme cela a été le cas à Aquin
et Saint Louis du Sud, ont été rénovés.
Des efforts ont été entrepris pour résoudre en partie le
problème généralisé du manque de ressources. Certains
commissariats de police de Grand'Anse, du Sud-Est
et du Centre, qui ne disposaient d´aucun moyen de transport
depuis de nombreux mois, ont reçu des motocyclettes. Par ailleurs, une
augmentation de salaire, qui devrait prendre effet à la fin du mois de
septembre, a été annoncée. La question des journées
de travail de 12 heures continue toutefois à être un sujet de désaccord.
Des visites de routines ont été effectuées par les observateurs
dans 72 commissariats et sous-commissariats de police au cours de la période
examinée. Certains commissariats, plus particulièrement ceux des
villes où sont basées les bureaux régionaux de la MICIVIH,
ont été visités de façon régulière.
Les commissariats où des visites ont été faites sont les
suivants: Port-de-Paix, Jean Rabel (Nord-Ouest);
Cap Haïtien (Arsenal, Aéroport,
Barrière Bouteille, Pont Neuf), Limonade,
Plaisance, Pilate, Saint Raphaël,
Grande Rivière du Nord, Limbé
(Nord); Fort Liberté, Ouanaminthe,
Terrier Rouge, Trou du Nord, Capotille
(Nord-Est), Gonaïves, Gros Morne, Anse Rouge, Terre Neuve, Petite
Rivière de l'Artibonite, Desdunes, Marchand Dessalines, Ennery, Marmelade,
Verrettes, Desarmes, La Chapelle, L'Estère, Pont Sondé, Saint
Marc, Freycineau, Montrouis (Artibonite); Hinche, Mirebalais
(Centre); Point à Raquette, Anse à Galets (Ile
de la Gonâve), Port-au-Prince (centre ville), Cafétéria,
Antigang, Carrefour, Saint Charles, Gressier, Martissant, Cornillon, Thomazeau,
Cazeau, Cité Soleil (2 commissariats), Delmas, Pétionville,
Kenscoff, Arcahaie, Cabaret, Bon Repos, Croix des Bouquets, Léogâne,
Petit Goâve (Ouest); Jacmel (Sud-Est); Les
Cayes, Cavaillon, Saint Louis du sud, Camp Perrin, Arniquet, Torbeck, Port-Salut,
Port-à-Piment, Tiburon (Sud); Jérémie,
Beaumont (Grand'Anse).
Meurtres de policiers
Au cours de ce trimestre, six agents de police ont été tués
à Port-au-Prince (trois d'entre eux pendant la dernière
semaine de septembre) et un à Belladère, ce qui
correspond à un total de 14 depuis le début du mois d'avril et
de 17 depuis le début de l'année. En comparaison, il y en avait
eu 14 en 1998 et 21 en 1997. Seize des dix-sept agents tués en 1999 n´étaient
pas en service au moment du meurtre, même s'il a été relevé
qu'au moins deux d'entre eux se dirigeaient vers leur lieu de travail. Trois
agents ont été tués à la station de tap tap
à Portail Léogâne (Port-au-Prince). La dernière des
victimes en date, Edgar Chery, a été tué par balle le 24
septembre. Son arme et sa radio de service ainsi que son portefeuille ont été
volés. Tandis que dans certains cas le vol s'est avéré
être le motif du meurtre d'agents de police, dans d'autres cas leur meurtre
aurait été lié à des règlements de comptes,
des activités de groupes armés ou des affaires de drogue. Du fait
que les agents de police continuent à porter leurs armes alors qu'ils
ne sont pas en service, se rendent à leur travail ou en reviennent, ceux-ci
sont plus à même d'être pris pour cibles.
Police et respect des droits de l'homme
Le rythme sans précédent auquel se sont succèdés,
entre mi-avril et début juin, les disparitions, exécutions sommaires
et autres types de meurtres attribués aux agents de police s'est considérablement
ralenti à la suite de l'arrestation de plusieurs personnes impliquées
dans les meurtres de Carrefour-Feuilles (voir Droits de l'homme en Haïti,
Avril-Juin 1999). Il semblerait que ces arrestations aient exercé
un effet dissuasif. Il est à signaler que l'un des agents de police arrêté
aurait également été associé à une brigade
de vigilance armée impliquée dans seize meurtres et quatre disparitions
à Port-au-Prince au cours du deuxième trimestre de cette année.
Quatre nouveaux meurtres commis par la police ont été rapportés
pendant la période examinée, l'un à Morne à
Cabrit (lors d'une attaque d'un tap tap par des voleurs armés)
et trois à Port-au-Prince. Dans l'un des derniers cas
signalés, un agent de police a tué par balle une femme à
Delmas après voir tiré, apparemment pour mettre
fin à une altercation entre la victime et une autre femme.
Bien qu'il soit impossible de fournir des statistiques détaillées,
les informations recueillies au cours des visites de commissariats de police
montrent que les mauvais traitements qui avaient été précédemment
relevés se poursuivent dans certains endroits. Des cas de passage à
tabac et d'autres formes de mauvais traitement ont été attribués
à des agents affectés aux commissariats suivants: Saint
Marc (1), Gros Morne (1), Les Cayes
(1), Belle Anse (Sud-est) (4), Port-au-Prince
(2), Pétionville (7), Delmas (1), Croix
des Bouquets (4), Cafétéria (1), Cité
Soleil (12), Cabaret (1), Cap Haïtien
(30), et Hinche (1). A Port-au-Prince, 25 des 28 détenus
qui avaient déclaré avoir été brutalisés,
portaient des marques de sévices corporels lorsqu'ils ont été
interviewés par la MICIVIH. Le nombre élevé de détenus
portant des marques de mauvais traitement suggère que la plupart des
policiers ont la certitude qu'ils ne seront pas punis. Cette impression est
renforcée par le fait qu'aucune action disciplinaire n'a été
engagée à l'encontre des récidivistes qui ont été
signalés aux autorités policières. Certains sévices
corporels particulièrement brutaux ont été signalés
au cours de la période à l'examen. Il y a ainsi eu plusieurs allégations
de brûlures de briquets, de chocs électriques, de semi-étranglement
et/ou de sacs en plastique mis sur la tête des détenus aux commissariats
de police de Pétionville, Cité Soleil et Cafétéria.
La recrudescence du nombre des cas de mauvais traitement signalés à
Cap Haïtien est particulièrement troublante et
reflète les méthodes brutales (gwo ponyèt) du
commissaire municipal. Le degré des sévices corporels infligés
à plusieurs des victimes arrêtées à la fin du mois
de septembre était tel que la police a dû les emmener à
l'hôpital. Il a été rapporté que le commissaire de
police a mis en place deux nouvelles unités spéciales de nuit
qui ont été accusées d'être responsables du mauvais
traitement de 13 des 30 détenus qui, pour la plupart, portaient des marques
de sévices corporels lorsqu'ils ont été interviewés
par la MICIVIH. Un haut fonctionnaire de police a admis que ces unités,
qui n'ont à rendre de comptes qu'au commissaire, utilisent des méthodes
plus brutales que les autres. Au moins cinq détenus ont déclaré
avoir reçu des coups de pieds et été battus lors de leur
arrestation, le 30 août, au cours d'une opération de police dirigée
par le commissaire et impliquant plusieurs membres de l'une des unités
spéciales. Trois enfants des rues faisaient partie des victimes des abus
commis. Dans un autre cas, impliquant deux frères, leur soeur et leur
mère - qui, d'après leur témoignage, auraient été
maltraités le 17 septembre - le nom de l'agent identifié comme
responsable avait été mentionné dans une série de
cas présentés par la MICIVIH à l'Inspection générale
au milieu de l'année 1998. Les victimes ont porté plainte devant
le Parquet. Le 21 septembre, le bureau régional de la MICIVIH à
Cap Haïtien a transmis au Directeur départemental un aide-mémoire
qui établissait une synthèse des cas de mauvais traitement sur
lesquels la Mission enquêtait depuis le mois d'août. Le bureau régional
attend les résultats des enquêtes qui, comme le lui a assuré
le Directeur départemental, devraient être poursuivies.
A Hinche, un fonctionnaire de la justice a reconnu que les
renforts de police avaient commis des "actes de barbarie" à l'encontre
d'une femme qui avait eu une altercation avec un agent de police et un juge
de paix lorsque ceux-ci avaient fouillé sa demeure. La femme en question
a déclaré avoir été battue et avoir reçu
des coups de pied jusqu'à ce qu'elle finisse par perdre connaissance.
A la suite de cela, elle a dû passer deux jours à l'hôpital.
Le fonctionnaire de la justice a refusé d'enquêter sur la plainte
qu'elle a porté sous prétexte qu'elle avait attaqué un
juge alors qu'il faisait son travail.
Il est par contre encourageant de noter que les rapports sur les passages à
tabac dans l'Artibonite, à Gonaïves en particulier,
ont notablement diminué depuis l´arrivée, mi-juillet, du
nouveau Directeur départemental (voir Droits de l'homme en Haïti,
Avril-Juin 1999 pour l´évaluation faite le trimestre précédent).
Lors de visites faites dans 17 commissariats de police au cours de la période
examinée, seule une allégation de mauvais traitement en garde
à vue a été signalée. A la suite d'allégations
de mauvais traitement lors d'une opération policière faite dans
une résidence privée, le Directeur départemental a entrepris
une enquête et suspendu l'agent de police responsable durant vingt jours.
Par ailleurs, l'état des cellules de garde à vue à Gonaïves,
qui avaient pendant longtemps été sales et malodorantes, s'est
considérablement amélioré. Il a été relevé
que les détenus étaient mieux traités à Saint
Marc depuis la nomination d'un nouveau commissaire.
On a également constaté des cas de traitements inhumains et négligents
lorsque certains détenus n'ont pas pu recevoir de soins médicaux
adéquats. En septembre, quatre détenus - l'un blessé par
balle le 24 septembre par la police de Cité Soleil et
trois autres blessés par balle le 6 septembre par la police de Carrefour
- n'ont pu qu'une seule fois avoir accès à des soins médicaux
professionnels et ont par la suite été maintenus pendant de longues
périodes dans des cellules de garde à vue sans pouvoir bénéficier
de suivi médical, notamment lorsqu'il fallait nettoyer leurs blessures
et remplacer leurs pansements. Les détenus étaient toujours en
garde à vue fin septembre. La MICIVIH, alertée par des Policiers
civils des Nations Unies (CIVPOL) de Carrefour sur l'état grave d'un
autre détenu souffrant de contusions internes, suite à un accident
de voiture au cours duquel le passager qui l'accompagnait avait été
tué, a facilité le transfert du détenu en question à
l'infirmerie du Pénitencier National après avoir appuyé
les efforts de la police pour obtenir un mandat de dépôt. Le détenu
avait été maintenu en garde à vue pendant dix jours avant
d'être transféré du fait que le juge qui avait ordonné
sa mise en détention était par la suite parti en vacances. A Cap
Haïtien, la police a emmené un détenu à l'hôpital
après qu'il a violemment été battu par une foule le 20
septembre. A cause d'une grève à l'hôpital, celui-ci a été
ramené sans avoir pu recevoir de soins. Les policiers ont laissé
le détenu dans une cellule alors qu'il perdait abondamment son sang.
Ils se sont moqué de lui et l'ont insulté devant les observateurs
qui ont fini par les convaincre d'apporter de l'eau pour qu'il puisse essuyer
le sang de son visage.
|
Allégations de mauvais traitements par la police, janvier - septembre 1999 (chiffres de 1998 entre parenthèses) |
||||||||||
| Dépt. | janvier | février | mars | avril | mai | juin | juillet | août | sept. | Total |
| Ouest | 4 (10) | 8 (5) | 11(17) | 6 (4) | 10 (7) | 6 (16) | 7 (8) | 10 (24) | 11 (18) | 73 (109) |
| Nord-Ouest | 0 (0) | 1 (0) | 2 (0) | 0 (0) | 1 (0) | 0 (0) | 0(2) | 0(0) | 0 (0) | 4 (2) |
| Nord | 3 (3) | 13 (0) | 5 (4) | 2 (3) | 2 (8) | 0 (0) | 0 (5) | 18 (4) | 12 (12) | 55 (39) |
| Nord-Est | 1 (0) | 1 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (3) | 0 (0) | 0 (6) | 2 (9) |
| Artibonite | 0 (16) | 0 (14) | 12 (7) | 9 (1) | 12 (16) | 5 (2) | 1 (0) | 1 (13) | 0 (5) | 40 (74) |
| Centre | 4 (3) | 12 (24) | 2 (2) | 3 (1) | 1 (0) | 2 (1) | 1 (1) | 1 (0) | 4 (2) | 30 (34) |
| Sud-Est | 9 (0) | 1 (1) | 0 (3) | 0 (0) | 2 (0) | 0 (1) | 4 (1) | 0 (0) | 0 (0) | 16 (6) |
| Sud | 0 (1) | 4 (2) | 2 (10) | 5 (1) | 1 (8) | 0 (7) | 0 (7) | 1 (4) | 0 (3) | 13 (43) |
| Grand'Anse | 3 (1) | 3 (3) | 2 (5) | 1 (1) | 0 (0) | 0 (2) | 0 (1) | 0 (1) | 0 (1) | 9 (15) |
| Total | 24 (34) | 43 (49) | 36 (48) | 26 (11) | 29 (39) | 13(29) | 13 (28) | 31 (46) | 27 (47) | 242 (331) |
Suite à la fermeture de cinq bureaux régionaux à la fin
du mois de juin, la MICIVIH n'a pu contrôler tous les commissariats régulièrement.
Les chiffres donnés ne sont de ce fait pas forcément exhaustifs
Les conditions de détention en garde à vue
Comme cela l'a déjà été mentionné, les conditions
de garde à vue dans les commissariats de police se sont améliorées
à Gonaïves ainsi que dans certains commissariats
de police récemment rénovés. Il a été rapporté
que les cellules étaient propres et en bon état dans plusieurs
autres commissariats de l'Artibonite, et notamment dans de nombreux commissariats
du Département du Sud. Dans ce dernier département, le commissariat
des Cayes a fait figure d'exception dans la mesure où
les cellules continuent à être extrêmement sales. Un détenu
jamaïcain a dû être maintenu en garde à vue dans le
couloir du fait que l'environnement malsain de la cellule affectait sa condition
asthmatique. Dans plusieurs autres endroits, les conditions de détentions
se sont détériorées au cours la période examinée,
ce qui laisse à penser qu'il y a à la fois de plus en plus de
laxisme dans l'encadrement et une détérioration de l'éthique
de travail même de la police. Certaines des attitudes relevées
chez les policiers semblent être liées à l'opinion selon
laquelle les personnes suspectées d'infractions ne méritent pas
d'être traitées avec humanité. Lorsque les observateurs
de la MICIVIH ont visité Port-de-Paix le 6 septembre,
ils ont constatés que douze hommes et trois femmes étaient en
garde à vue dans une seule cellule et avaient un accès limité
aux latrines. Plusieurs d'entre eux avaient été détenus
depuis plus de 48 heures sans voir un juge. Les conditions sanitaires dans les
cellules de garde à vue de Jacmel se sont également
détériorées en septembre. La MICIVIH a écrit, le
27 août, au Directeur de la PNH afin de lui faire part de son inquiétude
au sujet des 37 hommes, parmi lesquels cinq étaient condamnés
et plusieurs accusés de délits graves, qui étaient maintenus
en garde à vue dans une cellule sombre, sans air et mal ventilée
au commissariat de police de Croix des Bouquets. Un seau servait
de latrines, rendant les conditions de détention encore plus intolérables.
A l'exception des nouveaux arrivants, tous les détenus se sont plaints
de problèmes de santé, et plus particulièrement de maux
de tête, de ventre et de problèmes dermatologiques, qui seraient
en partie attribuables aux conditions de détention. Au cours des semaines
suivantes, le nombre de détenus a été considérablement
réduit, du fait que les agents de police se sont davantage efforcés
de faire comparaître les personnes arrêtées devant les tribunaux.
A Saint-Michel de l'Attalaye (Artibonite), où la PNH
est absente depuis que le commissariat de police a été pillé
et incendié en novembre 1998, les autorités judiciaires et municipales
ont maintenu les détenus en garde à vue dans les toilettes de
la mairie dans des conditions insalubres. La MICIVIH a constaté lors
de sa visite, le 1er juillet, que quatre adultes et deux mineurs de sexe masculin
étaient détenus dans les toilettes mesurant 1 mètre sur
3. Ils y avaient été détenus entre un à huit jours,
sans avoir accès à de l'eau, et étaient tributaires de
leurs familles qui leur apportait de la nourriture. L'un des détenus
avait des menottes depuis son arrestation, 24 heures auparavant, et une femme
était détenue dans le couloir. Ces détentions n'avaient
été consignées dans aucun registre. Les autorités
locales ont déclaré qu'elles déploraient les conditions
de garde à vue et qu'elles souhaitaient que la police revienne à
Saint Michel, comme cela leur avait été promis. Les autorités
judiciaires ont précisé que ceux qui étaient accusés
d'infractions mineures, notamment de voies de fait, étaient détenus
pendant plusieurs jours jusqu'à ce qu'un arrangement puisse être
conclu avec le plaignant, tandis que ceux qui étaient accusés
de délits plus importants étaient amenés au commissariat
de Gonaïves par un huissier dans des transports en commun à condition
que l'on ait pu réunir la somme correspondant au prix du trajet. Les
autorités de la police de Gonaïves ont fait part
de leur inquiétude à ce sujet et ont précisé à
la MICIVIH qu'ils ne disposaient pas de véhicules pour aller chercher
les détenus à Saint-Michel. Le 18 août, les agents de la
PNH de Gonaïves ont accompagné la MICIVIH à Saint-Michel
où ils ont expliqué au personnel de sécurité de
la mairie chargé des arrestations qu'il leur fallait respecter certaines
normes de détention, et notamment le fait que l'endroit servant de garde
à vue devait être maintenu propre et que l'on ne pouvait pas laisser
les détenus avec des menottes. Les agents ont informé un groupe
de résidents de Saint Michel qui s'était rassemblé de façon
informelle que la police devait être redéployée dans la
ville avant les élections. L'absence de policiers dans des régions
rurales et la peur de plus en plus grande de la criminalité ont amené
les autorités élues au niveau local à assumer les responsabilités
de la police. Cela devient une tendance à la fois inévitable et
préoccupante.
La question de l'alimentation des détenus en garde à vue dans
les commissariats de police continue à poser des problèmes pour
ceux dont la famille n'habite pas dans les environs. Certains détenus
à Port-de-Paix et L'Estère ont
déclaré qu'ils n'avaient pas mangé depuis plusieurs jours
pour cette raison, bien que la police de l'Estère ait affirmé
qu'elle avait donné aux détenus du pain et de l'eau. A Port-de-Paix,
la prison envoie normalement des repas aux détenus en garde à
vue mais certains problèmes ont émergé d'une part à
cause d'un manque de réserves de nourriture et d'assiettes à la
prison, et d'autre part parce que la police n'informe pas toujours la prison
du nombre exact de détenus en garde à vue. Des problèmes
d'alimentation ont aussi été signalés par la police et
les détenus à Gonaïves, du fait de réductions
de la nourriture fournie par la Direction de l'administration pénitentiaire
(DAP) qui est également utilisée pour les détenus en garde
à vue dans le commissariat de police.
Respect de la règle des 48 heures
La MICIVIH a rencontré, le 19 août, le Directeur départemental
de l'Ouest et le Directeur adjoint de la Direction centrale de la police judiciaire
(DCPJ) afin de lui faire part de sa profonde préoccupation en ce qui
concerne le manque de respect généralisé dans les commissariats
de police de Port-au-Prince du droit constitutionnel des détenus
à comparaître devant un juge dans les 48 heures après leur
arrestation, en particulier dans le cas des détenus accusés d'infractions
criminelles graves. De tels problèmes ont été également
relevés ailleurs, notamment à Jérémie
et au Cap Haïtien. Certains détenus sont maintenus
en garde à vue pour enquête au sujet de crimes non spécifiés
pendant plusieurs semaines sans comparaître devant un juge, la police
invoquant le fait qu'elle a besoin de davantage de temps pour réunir
des preuves contre eux et qu'elle a le devoir de s'assurer que ceux-ci ne peuvent
pas circuler librement dans les rues. Il est évident que les détenus
sont également maintenus en garde à vue pour subir des pressions
(à la fois par des abus psychologiques et physiques) pour donner des
informations ou passer aux aveux. Les détenus sont parfois relâchés
après avoir été maintenus en garde à vue par la
police de façon prolongée et sans jamais avoir comparu devant
un juge. Comme cela arrive souvent, les cas les plus extrêmes de garde
à vue prolongée signalés à Port-au-Prince
correspondaient à des affaires sur lesquelles la police judiciaire
(DCPJ) enquêtait.
Le non-respect de la règle des 48 heures dans la zone métropolitaine
a été particulièrement flagrant dans les commissariats
de Pétionville et de Delmas.
Au cours du mois de septembre, plus de 50 cas de détenus qui
n'avaient pas comparu devant un juge dans les 48 heures suivant leur arrestation
ont été relevés au seul commissariat de Pétionville.
Ainsi, lors d'une visite faite le 27 septembre, les observateurs ont constaté
que 27 des 29 détenus en garde à vue à Pétionville
étaient restés plus de 48 heures sans voir un juge. Quatre d'entre
eux étaient détenus depuis plus d'un mois, dix autres depuis plus
de deux semaines et trois autres depuis plus d'une semaine.
A Delmas, au moins 20 cas de détenus en garde à
vue ont été relevés en septembre, parmi lesquels quatre
se trouvaient en garde à vue depuis plus d'un mois. En août, 31
détenus ont été maintenus en garde à vue pendant
plus de deux semaines sans comparaître devant un juge. Le 19 août,
14 des 17 détenus étaient maintenus en garde à vue depuis
plus de 48 heures sans avoir vu un juge. Lorsqu'on lui a demandé de s'expliquer
sur cette situation, la police de Delmas a assuré qu'elle avait par deux
fois emmené les détenus au tribunal de paix de Delmas pour constater
qu'aucun juge n'était présent.
Plusieurs facteurs ont contribué à l'augmentation du nombre des
détenus maintenus de façon illégale dans les cellules de
garde à vue à Pétionville et à
Delmas en septembre. On a ainsi relevé une recrudescence
du nombre d'arrestations, une indifférence de la part des enquêteurs
de police, un manque de respect pour les procédures légales et
les décisions judiciaires, des contraintes logistiques importantes liées
au nombre insuffisant de véhicules et d´autres systèmes d'appui
et, dans certains cas, un manque de clarté et de coordination pour ce
qui est de l'attribution des dossiers sur lesquels on devait enquêter.
Pour ne citer qu'un exemple, la PNH de Pétionville a informé les
observateurs que les dossiers de trois détenus en garde à vue
depuis plusieurs semaines étaient entre les mains de la police judiciaire
tandis que le Directeur de la police judiciaire a affirmé aux observateurs
que son unité n'était pas responsable de ces cas. Dans le cas
de trois détenus en garde à vue à Delmas
depuis la mi-août, la police judiciaire est pleinement responsable du
fait que leur comparution devant un juge a été retardée.
La situation est aggravée par le fait que les policiers, et notamment
les hauts responsables, semblent être peu précis en ce qui concerne
les critères et les délais de transfert d'un dossier à
l'unité de police judiciaire. Une femme détenue à Croix
des Bouquets, accusée de meurtre, a été maintenue
en garde à vue pendant trois mois avant que son dossier ne soit transféré
à la police judiciaire.
Au cours de ce trimestre, il n'y a pas eu de progrès en ce qui concerne
les trois cas de prolongation excessive de gardes à vue dans les commissariats
de police de la zone métropolitaine. L'ancien membre des Forces Armées
d'Haïti (FAd´H), Steve Conserve, arrêté en mai 1996 et
inculpé de déstabilisation, assassinat de policiers et association
de malfaiteurs, est resté en garde à vue au commissariat de Port-au-Prince.
Le citoyen colombien Ricardo Gomez Cornejo, arrêté en février
1999, et l'ancien juge de Port-de-Paix, Luckner Pierre, arrêté
en octobre 1998, ont quant à eux été maintenus en détention
au commissariat de police de Pétionville. Les ordonnances
judiciaires de mise en liberté de Luckner Pierre et Steve Conserve n'ont
pas été exécutées malgré des démarches
répétées faites par la MICIVIH qui a fait valoir la nature
illégale et arbitraire de ces détentions.
Registres de rétention de la police
Les observateurs ont relevé une détérioration dans la
mise à jour des registres de rétention aux commissariats de police
de Port-au-Prince, Croix des Bouquets et Pétionville.
Les rubriques portant sur les comparutions aux tribunaux et le transfert des
détenus n'étaient pas entièrement remplies empêchant,
entre autres, que l'on puisse déterminer combien de détenus peuvent
se trouver dans les commissariats à un moment donné. Le nouveau
commissariat de police de la route nationale à Cité soleil
n'a toujours pas reçu un registre de rétention. Il est à
signaler que, dans différentes régions du pays, l'on trouve de
plus en plus souvent des cas de détenus qui ne sont pas du tout enregistrés.
Parmi ces cas figurent, au cours de la période à l'examen, ceux
de cinq agents de la PNH qui ont été arrêtés lors
d'une descente faite par la police de Cap Haïtien dans
le but de saisir de la drogue et détenus pendant plusieurs semaines sans
jamais avoir été enregistrés. Dans certains cas, le nom
des détenus n'avait pas été consigné dans le registre
et ceux-ci n'avaient pas comparu devant un juge du fait que leur détention
en garde à vue était considérée par la police comme
une mesure purement « disciplinaire ». Une jeune fille de
17 ans inculpée de vol a déclaré, lorsqu'elle a été
interrogée le 4 août, avoir été maintenue en garde
à vue pendant six jours dans le commissariat de police de L'Estère
sans avoir jamais été enregistrée. De telles détentions
en garde à vue sont arbitraires et illégales. La police d'Arcahaie
a également parfois omis d'enregistrer les détenus.
Le registre de rétention à Ouanaminthe, qui
avait été terminé en juin, n'avait pas encore été
remplacé à la fin de la période examinée. Le registre
du commissariat de Jacmel avait été relativement
bien tenu jusqu'à ce qu'il soit entièrement rempli,
le 3 août. Il n'avait toujours pas été remplacé fin
septembre et aucune autre méthode d'enregistrement des détenus
n'avait été mise en place. Le registre de rétention à
Port-de-Paix, qui avait été terminé à
la fin de l'année dernière, n'avait pas encore été
remplacé. Comme cela l'avait été constaté précédemment,
la police se servait de photocopies des pages du registre mais avec moins de
soin que par le passé. On a pu relever des erreurs ou des omissions dans
presque toutes les informations introduites au cours des trois derniers mois.
Lorsque la MICIVIH s'est rendue sur place, aucune information n'avait été
ajoutée depuis plus d'une semaine et aucun des 15 détenus (dont
sept étaient en garde à vue depuis 5 à 7 jours) n'avait
comparu devant un juge. Lorsque la MICIVIH est revenue le 30 septembre au commissariat,
elle a relevé qu'aucun des 13 détenus en garde à vue n'avait
été inscrit dans le registre et qu'aucune information n'avait
été introduite pendant deux semaines. Le nouveau Directeur départemental
du Nord-Ouest a estimé que cela était dû au manque de formation
des agents chargés des registres mais il semble que l'absence de supervision
y est également pour quelque chose. En fait, tous les inspecteurs avaient
été transférés récemment et il n'y avait
pas à Port-de-Paix de commissaire de police municipal.
De nombreuses omissions continuaient à apparaître dans le registre
de rétention du commissariat de Jérémie,
notamment en ce qui concerne le type d'arrestation (s'il s'agissait ou non de
flagrant délit), les décisions judiciaires, les transferts de
prison et les libérations. Lors de sa visite le 20 septembre, la MICIVIH
a noté que parmi les 12 détenus en garde à vue, trois n'avaient
pas été inscrits dans le registre alors que deux d'entre eux avaient
été arrêtés deux jours auparavant. De graves manquements
ont également été relevés dans la mise à
jour du registre aux Cayes. Ainsi, le 15 juillet, il n'y avait
aucun détenu en garde à vue alors que, d'après le registre,
il aurait dû y en avoir cinq. La police n'avait pas consigné les
comparutions à la Cour, les transferts à la prison et les libérations.
Au nombre des commissariats dont les registres étaient à jour
figuraient Petite Rivière de l'Artibonite, Mirebalais, Léogâne,
Cavaillon, Saint Louis du Sud ainsi que la plupart des plus petits
commissariats de l'Artibonite.
Les registres étaient généralement mieux tenus dans les
petits commissariats et les sous-commissariats que dans les commissariats de
police des capitales départementales. Il a été toutefois
relevé que le nombre d'informations dans les plus petits commissariats
supposait qu'il y avait un nombre extrêmement faible d'arrestations, ce
qui signifiait soit que le taux de criminalité était très
faible soit que la police intervenait peu pour maintenir l'ordre lorsqu'elle
ne disposait pas de véhicules (ce qui est habituellement le cas dans
les plus petits commissariats). Cette dernière interprétation
a été corroborée par le témoignage de résidents
et de juges de paix qui se sont plusieurs fois plaints de l'incapacité
ou du peu d'empressement de la police à mener des enquêtes ou à
exécuter des mandats d'arrêt au delà d'un périmètre
se limitant aux alentours du commissariat de police et ce, malgré les
rapports faits au sujet d'attaques, de viols et d'autres crimes violents commis
dans des zones rurales.
Policiers en isolement
A la fin du mois de septembre, sept agents de police étaient détenus
en isolement à Port-au-Prince, dont quatre depuis le
mois de juin. Dans l'un des cas, à savoir celui d'un officier de la CIMO
soupçonné de meurtre, les conditions de détention ont paru
extrêmement laxistes. La détention de deux des agents était
liée au massacre de Carrefour Feuilles (complicité dans une évasion).
Aucun des sept agents n'avait comparu devant un juge et l'on ne pouvait clairement
savoir si des poursuites en justice avaient été entamées
à leur encontre.
En dehors de la capitale, un agent de police accusé d'avoir été
soudoyé était détenu au commissariat de Jacmel
fin septembre. Un PNH de Gonaïves était maintenu
en isolement après avoir blessé un individu par balle, le 22 septembre,
à Saint Michel de l'Attalaye. Un PNH a été
détenu au commissariat de police de Fort Liberté
pendant quatre mois pour avoir abandonné son poste et avoir été
mêlé à des affaires de drogue. La MICIVIH a été
informée par un responsable de la police qu'il s'agissait d'une affaire
disciplinaire interne. Un inspecteur de police de Hinche a
été mis en isolement à Port-au-Prince le 13 septembre.
Le chef d'accusation de celui-ci, initialement inculpé d'avoir été
l'instigateur d'un arrêt de travail de la police début du mois
de septembre, a presque immédiatement été modifié
en ¨usurpation de titre¨ pour s'être arrogé la fonction
de commissaire municipal. Il semble pourtant que celui-ci avait en sa possession
une lettre officielle le nommant à ce poste par intérim. Bien
que toujours en isolement à la fin du mois, ce dernier a finalement été
libéré et, selon les rapports de la presse, promu. Un agent de
police de la même ville a été placé en isolement
le 26 septembre et suspendu pendant 20 jours pour avoir prêté son
arme de service à quelqu'un qui s'en était servi au cours d'un
incident dans une boîte de nuit. Un agent de police en poste à
Cavaillon s'est échappé, alors qu'on le conduisait
au tribunal. Il avait été détenu en isolement à
Hinche pendant trois jours, du 18 au 21 septembre, pour avoir tiré sur
une personne âgée de 16 ans soupçonnée de vol et
l'avoir atteint dans l'estomac. Le Chef de poste a été par la
suite mis en isolement pendant trois jours pour ne pas avoir été
suffisamment vigilant lors du transfert de l'agent de police au parquet de Hinche.
Policiers en détention
Au moins 58 agents de police de la PNH, dont certains ont été
révoqués depuis leur arrestation, étaient en prison fin
septembre. Onze agents étaient détenus pour violation des droits
de l'homme (voir ci-après). Cinquante-quatre d'entre eux étaient
détenus dans les prisons de Port-au-Prince. Parmi ceux-ci
figuraient six détenus accusés dans le massacre de Carrefour Feuilles
(voir ci-après) et quatre détenus accusés d'abus commis
durant la période du coup d'état, la plupart des autres - dont
le commissaire de police de Carrefour - étant accusés d'associations
de malfaiteurs, de vols à main armée et/ou de trafic de drogue.
Un agent de police était en prison aux Cayes pour cause
d'un décès en détention (voir ci-après) et un autre
à Jérémie pour avoir blessé par
balle un individu en 1998. Deux autres agents étaient détenus
à Saint Marc, l'un pour complicité dans une évasion
et l'autre pour trafic de drogue. Le commissaire de police de Anse d'Hainault,
arrêté pour détention de drogue au cours d'un accident,
s'est échappé d'un hôpital de Port-au-Prince où il
avait été amené en septembre pour y être soigné.
Cinq PNH étaient emprisonnés au Cap Haïtien
en septembre pour trafic de drogue.
Enquêtes sur les abus commis
A la fin du mois de septembre, six agents de police étaient détenus
au Pénitencier national et deux en isolement au commissariat de police
de Pétionville, leur détention étant liée aux 11
exécutions qui ont eu lieu le 28 mai à Carrefour Feuilles.
L'espoir qu'une enquête serait menée rapidement sur cette affaire,
suite à la nomination d'une commission de juges, ne s'est pas concrétisé.
Une source judiciaire a déclaré à la MICIVIH que le dossier
n'avait pas été transféré du parquet à la
Commission avant le 3 août, date à laquelle les quatre responsables
de la police ont été interrogés pour la première
fois. On a donné aux juges trois mois pour mener à bien leur enquête.
Un agent de police, qui était détenu en isolement au commissariat
de police de Pétionville a été transféré
au Pénitencier national le 9 août après avoir été
interrogé par la Commission. Les deux agents de la PNH, qui étaient
en isolement depuis le mois de juin pour avoir facilité la libération
de l'un des principaux suspects de la PNH, étaient toujours détenus.
Trois autres agents de la PNH, détenus ou en isolement, ont été
libérés en août. Les résultats de l'enquête
policière interne n'ont pas encore été communiqués.
Les familles des victimes se sont plaintes de la lenteur des procédures
et certains hauts responsables de la police ont fait part de leur doutes en
ce qui concerne la transparence des enquêtes.
En dépit du fait que les autorités judiciaires et policières
ont entendu des déclarations de témoins clé, il n'y a pas
eu de progrès dans les enquêtes menées sur l'arrestation
et la disparition de huit jeunes gens à Croix des Missions
en avril et sur la découverte de restes humains à Titanyen
(voir Droits de l'homme en Haïti, Avril-Juin 1999). La MICIVIH
a facilité les contacts entre la police, un substitut du commissaire
du gouvernement et une jeune femme qui avait identifié les vêtements
de certaines des victimes découvertes à Titanyen et s'était
échappée au moment de l'arrestation des huits jeunes gens. A l'époque,
le commissaire du gouvernement avait refusé de rencontrer la jeune femme.
Les cas pré-cités, ainsi que ceux de 16 individus tués
et de 4 autres disparus en mai à Bois Neuf, ont été
portés à l'attention du Ministère de la Justice, de la
direction de la PNH et de l'Inspection générale en juillet au
cours de réunions et sous forme d'aide-mémoires. Un communiqué
de presse a également été publié le 21 juillet pour
attirer l'attention du public sur la gravité de ces meurtres et de ces
disparitions.
Il est particulièrement préoccupant que l'on ait signalé
à différentes occasions que le Ministère de la Justice
était intervenu auprès des autorités judiciaires pour défendre
les agents de police accusés dans les tribunaux. A Cap Haïtien,
un juge d'instruction a été révoqué par le Ministère
de la Justice après avoir refusé d'être transféré
de Cap Haïtien à Grande Rivière
du Nord comme il en avait reçu l'ordre. En juin, le juge en
question avait émis un mandat d'amener à l'encontre du commissaire
de police municipal de Cap Haïtien du fait que ce dernier avait plusieurs
fois refusé de répondre à une convocation au tribunal (voir
Droits de l'homme en Haïti, Avril-Juin 1999). Cette convocation
était liée à une attaque dont aurait été
victime un chauffeur d'autobus. Les observateurs de la MICIVIH, qui avaient
enquêté sur cette affaire au moment où elle s'était
produite, avaient estimé qu'elle était crédible. Le juge
a déclaré qu'il avait recueilli plusieurs dépositions de
témoins dans cette affaire. L'ordre de transfert du juge d'instruction
a été émis suite à son refus de retirer le mandat
d'amener comme cela l'avait illégalement été demandé
par le Ministère de la Justice. Le juge a contesté le transfert
en précisant que celui-ci n'était pas légal et qu'il n'avait
rien fait de mal. Il a ultérieurement été révoqué
en août. A la suite de cette affaire, les autorités judiciaires
de Cap Haïtien ont menacé de prendre certaines
mesures et les relations entre la police et les autorités judiciaires
ont été au plus bas. La MICIVIH est extrêmement préoccupée
par le refus du Ministère de la Justice de soutenir les efforts entrepris
par un juge pour enquêter sur violations commises par la police. Cela
contribue à renforcer la perception défavorable selon laquelle
les agents de police sont au dessus des lois et à miner l'indépendance
de la justice.
Dans un des rares cas d'enquêtes judiciaires sur une violation grave
des droits de l'homme menées avec célérité, un magistrat
a renvoyé aux assises criminelles avec assistance de jury le cas d'un
PNH qui était accusé de meurtre. Selon les témoins, celui-ci
aurait battu en avril, au commissariat de police de Camp-Perrin,
un détenu qui est décédé deux jours après
à la prison des Cayes des suites des coups reçus (voir Droits
de l'homme en Haïti, Avril-Juin 1999). L'ordonnance n'a pas été
émise à temps pour que le cas soit jugé aux assises qui
ont débuté le 9 juillet. Les autorités judiciaires ont
déclaré à la MICIVIH qu'elles avaient resisté à
une série de pressions pour que la plainte soit retirée, qui avaient
été faites par plusieurs individus alleguant avoir été
envoyés sur ordre de la PNH. L'agent de la PNH en question avait été
détenu à la prison des Cayes depuis le 4 mai mais, suite aux menaces
faites par ses compagnons de détention, avait été tranferé
le 30 septembre au commissariat des Cayes où la MICIVIH avait constaté
qu'il pouvait circuler où bon lui semblait dans l'enceinte du bâtiment.
Le 21 juillet 1999, le substitut du commissaire du gouvernement de Port-de-Paix
a classé sans suite une affaire qui concernait un PNH inculpé
d'avoir tué un individu arrêté pour vol en faisant tomber
une pierre sur sa tête lors de son arrestation le 6 juin 1999 (voir Droits
de l'homme en Haïti, Avril-Juin 1999). Passant outre les résultats
d'une commission d'enquête composée de trois membres de la police,
le Substitut a conclu que le suspect avait résisté durant l'arrestation
et que le policier avait agi en légitime défense. La commission
avait quant à elle conclu que le PNH avait délibérément
infligé des coups et blessures qui avaient causé le décès.
La MICIVIH a également conclu, suite à son enquête, qu'il
était évident que l'agent de police avait recourru de façon
excessive à la force. L'agent de police, qui avait été
placé en isolement pendant une courte période, avait par la suite
été libéré et avait pu reprendre son poste. Dans
un autre cas signalé à Port-de-Paix - celui d'un agent de police
accusé d'avoir blessé un individu par balle en octobre 1998 (voir
Droits de l'homme en Haïti, Janvier-Mars 1999) - la MICIVIH a
appris que le substitut du commissaire du gouvernement avait classé sans
suite l'affaire, le 31 mai, après l'obtention par le plaignant d'un arrangement
de dommages et intérêts avec le PNH et le retrait de la plainte.
Bien que le précédent Directeur départemental ait recommandé
sa révocation, le policier avait repris ses fonctions et avait été
transféré de la capitale de la province dans un autre lieu d'affectation.
Un agent de police a été accusé d'avoir mortellement blessé
par balle, en décembre 1998, un individu durant une altercation liée
à un problème de circulation à Port-au-Prince.
Détenu depuis le début de l'année, celui-ci a
été libéré sur ordre d'un juge mi-septembre. Les
autorités policières ont déclaré à la MICIVIH
que, suite à une enquête de police sur cette affaire, il avait
été recommandé qu'il soit révoqué de la PNH.
Police et relations avec la population
Les résidents de Saint-Marc, parmi lesquels figuraient
des membres d'organisations populaires, ont rapporté que les relations
entre la police et la société civile s'étaient améliorées
depuis l'arrivée d'un nouveau commissaire municipal à Saint-Marc
le 26 juillet. Ce dernier pourvoyait un poste laissé vacant depuis le
6 juin, date à laquelle son prédecesseur avait été
grièvement blessé (voir ci-après). Les résidents
ont déclaré qu'il n'y avait eu aucune allégation de brutalité
policière, que les fouilles illégales de domiciles avaient cessé,
que des efforts étaient entrepris pour lutter contre le trafic de drogue,
et que la police était généralement plus disciplinée.
Les habitants du district de Délugé s'étaient
plaints à la MICIVIH au début du mois de juillet que les policiers
faisaient des descentes régulières en représailles du lynchage
d'un PNH de Saint-Marc et des blessures graves dont avaient été
victimes deux de leurs collègues dans un incident qui s'était
produit le 6 juin (voir Droits de l'homme en Haïti, Avril-Juin 1999).
La police a été accusée d'avoir tiré en l'air, fouillé
des domiciles sans mandats, poursuivi et maltraité les résidents
et fait des arrestations sans mandats.
Les relations entre la police et la population de Limbé
(Nord) sont demeurées tendues depuis le pillage du commissariat de police
en 1998. Lorsque la police avait arrêté, le 9 août, un suspect
pour ce pillage, il y avait eu des jets de pierres lancés en direction
du commissariat de police. Les CIVPOL, la MICIVIH et un spécialiste de
la PNH des relations entre la police et la société civile de Cap
Haïtien examinent actuellement les moyens qui permettraient de réunir
la police et la population et de combler le fossé qui les séparent.
A Mirebalais, où les relations entre la police et la
population locale ont souvent été tendues depuis le lynchage d'un
commissaire de police en février 1998, un inspecteur de police a contribué
à organiser une réunion entre la compagnie locale des eaux et
les représentants d'une organisation populaire qui avait été
à l'origine de la fermeture des bureaux de ladite compagnie, le 2 septembre,
au cours d'une violente manifestation. Les bureaux ont été réouverts
après qu'un arrangement sur les dommages et intérêts a pu
être obtenu.
Formation de la police
Deux consultants locaux de la MICIVIH ont organisé, du 26 au 30 juillet,
une formation de cinq jours destinée aux 10 formateurs de la police chargés
de la formation en matière de droits de l'homme à l'Académie
de police de Port-au-Prince. Chacune des cinq journées de formation était
consacrée à un thème différent. Il a ainsi été
question de la dignité humaine et des droits de l'homme; des droits des
femmes, de la violence à l'égard des femmes et des enfants, et
des techniques d'organisation de séminaires de formation dans le domaine
des droits de l'homme. Les discussions relatives à la dignité
humaine ont en partie porté sur ce qui constitue une violation des droits
de l'homme et sur l'impression exprimée par les policiers que la société
ne reconnait pas qu'ils ont également des droits. De même que dans
les séminaires organisés précédemment, la question
de la journée de travail de 12 heures s'est clairement dégagée
de l'ensemble de leurs préoccupations.
Les observateurs de la MICIVIH ont également organisé pour la
première fois, du 5 au 9 juillet, une série de sessions de formation
à l'Académie de police sur les abus commis à l'égard
des enfants. Les sessions, qui étaient proposées à cinq
groupes composés chacun de 26 cadets de la police, avaient pour but de
familiariser les policiers aux différents types de sévices que
subissent les enfants en Haïti, aux droits des enfants, et au rôle
de la police vis à vis des mineurs. La formation a, entre autres, inclu
des mises en situation et des études de cas particuliers permettant de
voir par exemple comment la police se comporterait face à certaines situations
impliquant des enfants des rues.
Les consultants de la MICIVIH sont en outre en train de préparer, en
collaboration avec la PNH, deux modules de formation de trois jours et d'élaborer
un guide sur la protection des droits de l'homme dans le contexte du processus
électoral.
ADMINISTRATION DE LA JUSTICE
Réforme judiciaire
Dans le cadre d'une importante initiative visant à lancer le processus
de réforme judiciaire, sept groupes de travail - auxquels on a confié
la tâche d'examiner une série de thèmes liés à
la réforme judiciaire et d'élaborer une législation appropriée
- ont été constitués au cours d'une réunion qui
s'est tenue le 29 septembre. Cette réunion avait été convoquée
par de hauts fonctionnaires du Ministère de la Justice. Au nombre des
participants figuraient des bailleurs de fonds internationaux impliqués
dans la réforme judiciaire et également deux représentants
de la MICIVIH. Les sept groupes, composés d'experts haïtiens et
internationaux, ont été chargés d'examiner de nombreuses
questions portant notamment sur l'Inspection judiciaire, l'assistance légale,
le système salarial pour les employés du système judiciaire,
ainsi que sur l'élaboration d'un code de déontologie, d'un projet
de loi sur le statut de la magistrature, d'un projet de loi sur l'indépendance
de la magistrature, et d'un système d'évaluation des magistrats.
Plusieurs groupes ont en outre été chargés de rédiger
un projet de statut de l'Ecole de la Magistrature et un projet de loi sur le
fonctionnement du Ministère de la Justice, de rechercher des solutions
au problème du surpeuplement des prisons, et d'élaborer un code
de procédures pénales ainsi qu'une circulaire sur le travail de
la police judiciaire. La MICIVIH doit participer à quatre des sept groupes
de travail organisés.
Ecole de la Magistrature (EMA)
Un autre élément positif a été l'organisation,
en septembre, de concours à Port-au-Prince, Gonaïves, Hinche,
Cap Haïtien et Les Cayes afin de sélectionner
la deuxième promotion des quarante étudiants devant être
formés pour devenir juges et commissaires du gouvernement. Le cours,
d'une durée d'une année, devrait débuter en novembre. La
première et unique promotion d'étudiants diplômés
de l'Ecole de la magistrature remonte à mai 1998. Les observateurs de
la MICIVIH ont apporté un appui logistique en se chargeant de la surveillance
des examens dans certaines villes et du ramassage des copies à la fin
de l'examen, soutenant ainsi les efforts déployés par l'EMA pour
assurer un processus de sélection transparent.
La détention préventive prolongée
La détention préventive prolongée continue à être
un indicateur du caractère dysfonctionnel du système judiciaire
et ce, malgré les efforts qui continuent à être consentis
pour résoudre ce problème et malgré quelques signes de
progrès. Selon un recensement des détenus en détention
préventive, les prisons de Anse à Veau, Aquin, Delmas,
Les Cayes et Petit Goâve avaient, au moment
de la visite de la MICIVIH, de un à cinq détenus qui étaient
maintenus en détention depuis plus d'un an sans avoir été
jugés. Mirebalais n'en avait aucun. Pour la première
fois depuis plus d'un an, une certaine évolution, marquée par
la libération d'un certain nombre de détenus, a pu être
relevée en ce qui concerne les détentions préventives prolongées
dans le Département de l'Ouest, même si les critères
de sélection de ceux qui devaient être libérés ont
été difficiles à déterminer.
Soixante-cinq détenus ont été libéré du
Pénitencier National, les 9 et 10 septembre, sur ordre
du commissaire du gouvernement, de l'un de ses substituts et d'un juge de paix.
Parmi ceux-ci, cinq avaient été maintenus en détention
préventive pendant plus de trois ans, 21 depuis plus de deux ans et 16
depuis plus d'un an. Les responsables de la prison et les détenus ont
été extrêmement perturbés par ce qui leur a paru
être une sélection arbitraire des détenus devant être
libérés de la part des autorités judiciaires. Les détenus
ont été particulièrement indignés par le fait que
13 des 65 individus libérés avaient été arrêtés
en 1999 et que certains d'entre eux avaient été accusés
d'infractions plus graves que celles d'autres détenus qui attendaient
d'être jugés depuis 1996.
Quatorze des 25 détenus placés en détention préventive
prolongée à la prison de Carrefour ont également
été libérés le 20 septembre. Deux d'entre eux étaient
détenus depuis 1995, tandis que cinq l'étaient depuis 1996 et
sept depuis 1997. Les 11 autres détenus maintenus en détention
préventive prolongée semblent ne pas avoir été pris
en considération du fait que leurs dossiers étaient soit vides
soit incomplets et que le commissaire du gouvernement qui était chargé
de décider des libérations ne pouvait déterminer le chef
d'accusation. De telles détentions sont tout à fait illégales.
Les observateurs ont transmis au Directeur des affaires juridiques du Ministère
de la Justice, le 19 septembre, une liste mise à jour des 175 détenus
qui se trouvent en détention préventive au Pénitencier
National depuis 1995 et 1996. Quatre-vingt-sept des 175 détenus
attendaient toujours de passer en jugement aux assises criminelles avec assistance
de jury. Celles-ci ne s'étaient pas tenues à Port-au-Prince depuis
juillet 1998. Les observateurs ont rencontré, pendant qu'ils mettaient
à jour ladite liste, les cinq juges d'instruction concernés afin
de s'entretenir avec eux de leurs nombreux dossiers concernant des cas de détentions
préventives prolongées. L'un des cinq juges d'instruction s'est
par la suite rendu, fin septembre, au Pénitencier National pour interroger
les 15 détenus figurant sur la liste établie par la MICIVIH et
dont il était chargé d'instruire les dossiers. Le 22 septembre,
un des assistants légaux travaillant avec le Bureau du contrôle
et de la détention préventive (BUCODEP) a également interrogé
toutes les personnes détenues depuis 1995. Le BUCODEP, qui avait été
établi pour s'occuper des cas les plus graves de détention préventive,
avait cessé ses activités depuis plusieurs mois. Le 23 juillet,
la MICIVIH avait présenté au Directeur des affaires juridiques
auprès du Ministère de la Justice un aide-mémoire sur le
travail du BUCODEP incluant une série de recommandations concernant le
renforcement de ses activités.
L'ancien Colonel des FAd'H, Léopold Clerjeune, maintenu en détention
préventive au Pénitencier National depuis août
1998, a entamé une grève de la faim le 22 septembre afin de protester
contre ce qu'il a appelé une discrimination dans la façon dont
les dossiers des anciens militaires détenus sont instruits. Les 26 et
27 septembre, 24 détenus se sont joints à Clerjeune en entamant
également une grève de la faim. A la fin du mois d'octobre, six
des grévistes avaient recommencé à manger tandis que neuf
d'entre eux avaient dû être mis sous perfusion car la grève
commençait à sérieusement mettre leur santé en danger.
Tous les grévistes, à l'exception d'un seul, demandaient à
être immédiatement libérés ou jugés. Certains
avaient des ordonnances de mise en liberté qui n'avaient jamais été
exécutées. Un autre gréviste, qui purgeait une peine de
neuf ans d'emprisonnement, demandait une révision de jugement. Parmi
les grévistes se trouvaient neuf anciens FAd'H qui avaient été
arrêtés devant le Ministère des finances en juillet 1998
alors qu'ils manifestaient contre le non-paiement des pensions. La MICIVIH n'a
trouvé aucune trace de leurs dossiers dans le système judiciaire.
Les 9 détenus en question ont tous été libérés
mi-octobre 1999.
Le problème de la détention préventive prolongée
persiste, en grande partie à cause de la négligence et de l'indifférence
des commissaires du gouvernement et des autorités judiciaires. En plus
des centaines de détenus maintenus en détention prolongée
au Pénitencier National, les observateurs ont relevé lors d'une
visite en août que trois des 109 détenus à la prison du
Fort National étaient en détention préventive
depuis 1996, huit depuis 1997 et 20 depuis 1998. A Pétionville,
sur 112 personnes en détention préventive au mois d'août
56 étaient détenues depuis plus d'un an. De ces 56 détenus,
cinq étaient maintenus en détention depuis quatre ans, quatre
depuis plus de trois ans et 14 depuis plus de deux ans, ce qui correspond à
une moyenne de 412 jours pour l'année 1997 alors que la moyenne se montait
à 291 jours en décembre 1998.
A l'exception de Port-au-Prince, Cap Haïtien a connu
le plus de cas de détentions préventives prolongées, principalement
du fait que la plupart des cas ont été confiés à
un juge d'instruction qui n'a pas beaucoup fait avancer les dossiers qu'il était
chargé d'instruire. Le 2 septembre, sur 154 détenus, 72 étaient
en détention préventive prolongée. Parmi ceux-ci, il y
avait un détenu qui était en détention depuis 1996, 20
depuis 1997 et 51 depuis 1998.
La MICIVIH a relevé en août que, mis à part les 17 inculpés
dans le massacre de Raboteau en 1994, la prison de Gonaïves
comptait 60 détenus qui attendaient d'être jugés depuis
plus d'un an. Elle a toutefois pris note que le nombre de détenus avait
diminué à la suite de la tenue d'assises criminelles au début
du mois d'août (voir ci-après). La moitié des 60 détenus
était accusée d'assassinat, de tentative d'assassinat ou de viol
tandis que la plupart des autres étaient détenus pendant de longues
périodes pour des motifs d'inculpation moins importants tels que le vol,
les voies de fait, la détention illégale d'armes à feu,
l'abus de confiance. Leurs dossiers ont été portés à
l'attention des autorités judiciaires auxquelles on a demandé
d'accélérer les procédures. Deux personnes détenues
pour meurtre à Gonaïves depuis septembre 1996 ont
été libérées le 11 août par le Substitut du
commissaire du gouvernement. Les autorités judiciaires avaient été
incapables de retrouver leurs dossiers pendant de nombreux mois. Ceux-ci ont
finalement été retrouvés au parquet et transférés
à un juge d'instruction avant que les détenus ne soient finalement
libérés.
A Jérémie, l'absence prolongée du nouveau
doyen - qui n'a toujours pas pris ses fonctions depuis sa nomination il y a
plusieurs mois - et le différend qui oppose depuis le mois d'avril le
commissaire du gouvernement et le Barreau ont continué à paralyser
le système judiciaire et à affecter sérieusement, en les
ralentissant, les procédures judiciaires. Il n'y a eu aucune audience
au tribunal correctionnel au cours de la période examinée et les
assises, qui étaient prévues pour juillet, ont été
reportées. Avec l'accord tacite de certaines autorités judiciaires,
les avocats avaient demandé inter alia la révocation
du commissaire du gouvernement qu'ils accusaient d'abus de pouvoir, notamment
dans une série de détentions arbitraires en août sur lesquelles
la MICIVIH avait enquêté et qu'elle avait confirmées. Quinze
détenus attendaient de passer en jugement depuis plus d'un an et cinq
depuis plus de deux ans. Parmi les cinq détenus figuraient trois mineurs
dont la situation était aggravée par le fait que le juge chargé
des mineurs était basé aux Cayes. Ce dernier a déclaré
à la MICIVIH qu'il ne pouvait rien faire vu qu'il ne disposait d'aucun
moyen de transport pour se rendre à Jérémie. La MICIVIH
a également fait part de son inquiétude au sujet d'un mineur accusé
d'avoir volé une radio qui était détenu dans la prison
de Jérémie depuis mi-février. Son mandat
de dépôt avait été émis par un substitut du
commissaire du gouvernement qui avait par la suite pris sa retraite. Depuis
lors, aucune action en justice concernant cette affaire n'avait été
intentée du fait que le dossier avait été perdu. Le mineur
a finalement été libéré le 8 octobre.
Quatre individus ont été traduits en justice à
Saint-Marc le 6 août pour le meurtre du responsable de la réforme
agraire, Chenel Gracien, et de sa femme en mai 1998. L'un d'eux a été
déclaré coupable et condamné à six années
d'emprisonnement mais les trois autres ont été acquittés.
Sept autres suspects avaient été relâchés en avril
par manque de preuves après avoir passé onze mois en détention
au cours desquels ils avaient participé à un certain nombre de
grèves de la faim pour protester contre l'inaction de la justice. Il
semblerait que, peut-être à cause de pressions politiques faites
dans le but d'obtenir des résultats, les autorités policières
et judiciaires ont procédé à de nombreuses arrestations
dans cette affaire en se basant uniquement sur des dénonciations, faisant
peu d'efforts pour vérifier les accusations et obtenir de véritables
preuves en poursuivant des enquêtes.
Assises criminelles
La MICIVIH a insisté auprès des autorités judiciaires
et ministérielles pour qu'elles organisent des assises criminelles avec
assistance de jury à Port-au-Prince (où les dernières
assises se sont tenues en juillet 1998) et à Cap Haïtien
(où des assises avec assistance de jury ne se sont pas tenues depuis
1997). Selon la loi haïtienne, les assises criminelles avec assistance
de jury doivent être organisées au moins tous les six mois.
Des assises criminelles avec assistance de jury ont pu être tenues dans
dix juridictions, pour la plupart en juillet ou début août. Des
problèmes sont apparus de façon récurrente lorsqu'il a
été question de constituer le jury, ce qui a eu pour résultat
de retarder ou de reporter un certain nombre d'auditions de cas et a indiqué
qu'il était nécessaire de trouver un moyen de s'assurer de la
présence des jurés. Les autorités judiciaires ont rapporté
que la tenue des assises avec assistance de jury à Port-de-Paix
du 12 au 16 juillet a été facilitée par le fait que le
Ministère de la Justice a alloué des fonds pour couvrir les frais
d'hôtel et de transport des jurés. De tels financements par le
Ministère sont devenus relativement rares.
Les premières assises avec assistance de jury depuis avril 1998 ont
été tenues à Jacmel du 9 juillet au 3
août. L'examen de douze affaires, concernant un total de 18 accusés,
a pu avoir lieu. Cinq des accusés avaient passé plus d'un an à
attendre d'être jugés. Six cas ont été examinés
aux assises avec assistance de jury qui se sont tenues aux Cayes
du 9 au 16 juillet. Aucun problème majeur n'a été signalé.
Les assises avec assistance de jury, qui se sont tenues à Gonaïves
pour la première fois depuis septembre 1997, ont été particulièrement
importantes. Dix cas, concernant un total de 16 accusés, ont été
examinés. Presque tous les accusés avaient passé de longues
périodes en détention en attendant d'être jugés.
Un des accusés avait été détenu depuis plus de quatre
ans, huit depuis plus de trois ans et cinq autres depuis plus de deux ans. Le
retard avec lequel la plupart des audiences ont été tenues a été
causé par la difficulté à constituer le jury. Le deuxième
jour, il a fallu aller chercher les jurés chez eux pour que le procès
puisse commencer. Dans de nombreux cas, on n'avait pas donné aux accusés
les 8 jours requis de préavis pour la signification de l'acte d'accusation
ou la citation à comparaître. Les preuves matérielles et
les témoins étaient rarement produits, les cas devant être
jugés étaient mal présentés, et les avocats de la
défense désignés par la Cour paraissaient connaître
peu les cas qu'ils devaient défendre. Treize des 16 accusés ont
été condamnés.
A Mirebalais, seul un accusé sur les douze devant être
jugés aux assises était représenté par un avocat
inscrit au barreau. Un accusé a obtenu d'être mis en liberté
provisoire à Hinche mais le commissaire du gouvernement
a refusé de le libérer pour protester contre le fait que les commissaires
du gouvernement n'ont aucun droit de faire appel lorsqu'il y a main levée
d'écrou. Ce dernier a par la suite libéré le détenu.
A Grande Rivière du Nord, tous les accusés ont
été acquittés, bien que plusieurs d'entre eux avaient plaidé
coupables. Des assises avec assistance de jury se sont tenues à Saint-Marc
du 2 au 10 août. Huit cas devaient y être jugés mais trois
d'entre eux ont été reportés par manque de jurés
(notamment ceux de deux hommes accusés d'avoir tué un huissier
de Saint-Marc qui attendaient d'être jugés depuis quatre ans) et
un autre a été reporté du fait que les témoins ne
se sont pas présentés.
Les assises avec assistance de jury d'Aquin ont été
repoussées suite aux manifestations répétées d'avocats
locaux demandant que l'un d'entre eux soit nommé au poste de commissaire
du gouvernement, resté vacant depuis mars. Ceux-ci ont empêché
la tenue des assises, le 26 juillet, en refusant de défendre les accusés.
A la suite de cela, le Ministre de la Justice a envoyé deux avocats de
l'Amicale des Juristes de Port-au-Prince pour les remplacer et une deuxième
tentative qui n'a pas abouti - a été faite pour essayer
de faire commencer les assises le 29 juillet. Tandis que les avocats d'Aquin
perturbaient l'ordre dans la salle d'audience, leurs partisans faisaient brûler
des pneus devant le tribunal et bloquaient la Route nationale 2 avec des barricades.
Une troisième tentative a également avorté le 2 août
après que des pneus ont été brûlés. Un des
substituts du commissaire du gouvernement qui n'était pas originaire
d'Aquin a officiellement pris ses fonctions de commissaire du gouvernement
le 3 août, après que le Ministère de la Justice lui a procuré
des gardes du corps et un véhicule. Grâce aux policiers anti-émeutes
postés devant la salle d'audience et aux deux avocats de Port-au-Prince
qui avaient été désignés pour assurer la défense,
les assises ont pu se tenir le jour même. Quatre des huit procès
prévus ont pu avoir lieu mais trois de ceux-ci ont été
reportés par manque de jurés. Le huitième cas a également
été reporté du fait que l'accusé a refusé
d'accepter un avocat de Port-au-Prince.
Les assises avec assistance de jury qui se sont tenues à Petit-Goâve
du 12 juillet au 2 août, au cours desquelles 14 cas ont été
entendus, ont été compromises par des menaces faites à
l'encontre des jurés et une certaine friction entre le commissaire du
gouvernement et les avocats de la défense. L'un des exemples les plus
flagrants de cette tension s'est produit dans la matinée du 28 juillet
lorsque le doyen a accepté, à la demande pressante de la défense,
que le jury revienne sur son verdict de culpabilité et a refusé
d'entendre les objections du commissaire du gouvernement. Le commissaire du
gouvernement a été accusé d'avoir brandi son pistolet dans
la salle audience, bien que ce dernier affirme le contraire. Le Ministère
de la Justice a entamé une enquête sur cette affaire dont les résultats
n'ont pas encore été communiqués.
Habeas corpus, non respect des ordonnances de mise en liberté
Les observateurs de Port-au-Prince ont fait en septembre un sondage au Pénitencier National, au Fort National et dans la prison de Pétionville, qui correspondait à une première étape pour déterminer le nombre de détenus restant en prison malgré l'existence d'ordonnances de mise en libération. Parmi les 2020 détenus interviewés, 211 ont affirmé qu'ils avaient obtenu de telles ordonnances mais étaient néanmoins restés en prison. Des recherches approfondies dans les registres des prisons, du parquet et des cabinets d'instruction devront être entreprises afin de vérifier les informations fournies par les détenus. Les observateurs espèrent pouvoir travailler en collaboration avec les assistants légaux de la DAP sur ce projet.
La MICIVIH est extrêmement préoccupée de la nature totalement
arbitraire et illégale de la détention prolongée des individus
qui ont obtenu des ordonnances de mise en liberté et dont les cas ont
une dimension soit politique soit liée à la sécurité.
La Mission a continué à faire pression sur les autorités
afin qu'elles exécutent les ordonnances de mise en liberté émises
par des juges dans 22 cas d'anciens FAd'H et autres détenus, parmi lesquels
neuf avaient été en détention pendant plus de 1000 jours
en attendant d'être jugés.
Les 22 détenus sont: Robert Lecorps, Patrick Moïse, Eric Thertulien,
Steve Conserve, Claude Raymond, Jean Enel Samedi, Léoncefils Céance,
Georges Metayer, Jean Michel Touvenaux, Méradieu Faustin, Léonard
Lucas, Rémy Lucas, Jean-Michel Richardson, Alexandre Paul, Thomas Assabath,
Jean-Louis Henry, Jean-Robert Lhérisson, Bertrand Constant, Rilande Louis,
Akis Deronette, Calero Bibas Fabien et Luckner Pierre. Un aide-mémoire
détaillant chaque cas particulier ainsi que des copies de certaines des
ordonnances de mise en liberté ont été transmis au
Directeur départemental un aide-mémoire qui établissait une
synthèse des cas de mauvais traitement sur lesquels la Mission enquêtait
depuis le mois d'août. Le bureau régional attend les résultats
des enquêtes qui, comme le lui a assuré le Directeur départemental,
devraient être poursuivies.
A Hinche, un fonctionnaire de la justice a reconnu que les
renforts de police avaient commis des "actes de barbarie" à l'encontre
d'une femme qui avait eu une altercation avec un agent de police et un juge
de paix lorsque ceux-ci avaient fouillé sa demeure. La femme en question
a déclaré avoir été battue et avoir reçu
des coups de pied jusqu'à ce qu'elle finisse par perdre connaissance.
A la suite de cela, elle a dû passer deux jours à l'hôpital.
Le fonctionnaire de la justice a refusé d'enquêter sur la plainte
qu'elle a porté sous prétexte qu'elle avait attaqué un
juge alors qu'il faisait son travail.
Il est par contre encourageant de noter que les rapports sur les passages à
tabac dans l'Artibonite, à Gonaïves en particulier,
ont notablement diminué depuis l´arrivée, mi-juillet, du
nouveau Directeur départemental (voir Droits de l'homme en Haïti,
Avril-Juin 1999 pour l´évaluation faite le trimestre précédent).
Lors de visites faites dans 17 commissariats de police au cours de la période
examinée, seule une allégation de mauvais traitement en garde
à vue a été signalée. A la suite d'allégations
de mauvais traitement lors d'une opération policière faite dans
une résidence privée, le Directeur départemental a entrepris
une enquête et suspendu l'agent de police responsable durant vingt jours.
Par ailleurs, l'état des cellules de garde à vue à Gonaïves,
qui avaient pendant longtemps été sales et malodorantes, s'est
considérablement amélioré. Il a été relevé
que les détenus étaient mieux traités à Saint
Marc depuis la nomination d'un nouveau commissaire.
On a également constaté des cas de traitements inhumains et négligents
lorsque certains détenus n'ont pas pu recevoir de soins médicaux
adéquats. En septembre, quatre détenus - l'un blessé par
balle le 24 septembre par la police de Cité Soleil et
trois autres blessés par balle le 6 septembre par la police de Carrefour
- n'ont pu qu'une seule fois avoir accès à des soins médicaux
professionnels et ont par la suite été maintenus pendant de longues
périodes dans des cellules de garde à vue sans pouvoir bénéficier
de suivi médical, notamment lorsqu'il fallait nettoyer leurs blessures
et remplacer leurs pansements. Les détenus étaient toujours en
garde à vue fin septembre. La MICIVIH, alertée par des Policiers
civils des Nations Unies (CIVPOL) de Carrefour sur l'état grave d'un
autre détenu souffrant de contusions internes, suite à un accident
de voiture au cours duquel le passager qui l'accompagnait avait été
tué, a facilité le transfert du détenu en question à
l'infirmerie du Pénitencier National après avoir appuyé
les efforts de la police pour obtenir un mandat de dépôt. Le détenu
avait été maintenu en garde à vue pendant dix jours avant
d'être transféré du fait que le juge qui avait ordonné
sa mise en détention était par la suite parti en vacances. A Cap
Haïtien, la police a emmené un détenu à l'hôpital
après qu'il a violemment été battu par une foule le 20
septembre. A cause d'une grève à l'hôpital, celui-ci a été
ramené sans avoir pu recevoir de soins. Les policiers ont laissé
le détenu dans une cellule alors qu'il perdait abondamment son sang.
Ils se sont moqué de lui et l'ont insulté devant les observateurs
qui ont fini par les convaincre d'apporter de l'eau pour qu'il puisse essuyer
le sang de son visage.
|
Allégations de mauvais traitements par la police, janvier - septembre 1999 (chiffres de 1998 entre parenthèses) |
||||||||||
| Dépt. | janvier | février | mars | avril | mai | juin | juillet | août | sept. | Total |
| Ouest | 4 (10) | 8 (5) | 11(17) | 6 (4) | 10 (7) | 6 (16) | 7 (8) | 10 (24) | 11 (18) | 73 (109) |
| Nord-Ouest | 0 (0) | 1 (0) | 2 (0) | 0 (0) | 1 (0) | 0 (0) | 0(2) | 0(0) | 0 (0) | 4 (2) |
| Nord | 3 (3) | 13 (0) | 5 (4) | 2 (3) | 2 (8) | 0 (0) | 0 (5) | 18 (4) | 12 (12) | 55 (39) |
| Nord-Est | 1 (0) | 1 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (3) | 0 (0) | 0 (6) | 2 (9) |
| Artibonite | 0 (16) | 0 (14) | 12 (7) | 9 (1) | 12 (16) | 5 (2) | 1 (0) | 1 (13) | 0 (5) | 40 (74) |
| Centre | 4 (3) | 12 (24) | 2 (2) | 3 (1) | 1 (0) | 2 (1) | 1 (1) | 1 (0) | 4 (2) | 30 (34) |
| Sud-Est | 9 (0) | 1 (1) | 0 (3) | 0 (0) | 2 (0) | 0 (1) | 4 (1) | 0 (0) | 0 (0) | 16 (6) |
| Sud | 0 (1) | 4 (2) | 2 (10) | 5 (1) | 1 (8) | 0 (7) | 0 (7) | 1 (4) | 0 (3) | 13 (43) |
| Grand'Anse | 3 (1) | 3 (3) | 2 (5) | 1 (1) | 0 (0) | 0 (2) | 0 (1) | 0 (1) | 0 (1) | 9 (15) |
| Total | 24 (34) | 43 (49) | 36 (48) | 26 (11) | 29 (39) | 13(29) | 13 (28) | 31 (46) | 27 (47) | 242 (331) |
Suite à la fermeture de cinq bureaux régionaux à la fin
du mois de juin, la MICIVIH n'a pu contrôler tous les commissariats régulièrement.
Les chiffres donnés ne sont de ce fait pas forcément exhaustifs
Les conditions de détention en garde à vue
Comme cela l'a déjà été mentionné, les conditions
de garde à vue dans les commissariats de police se sont améliorées
à Gonaïves ainsi que dans certains commissariats
de police récemment rénovés. Il a été rapporté
que les cellules étaient propres et en bon état dans plusieurs
autres commissariats de l'Artibonite, et notamment dans de nombreux commissariats
du Département du Sud. Dans ce dernier département, le commissariat
des Cayes a fait figure d'exception dans la mesure où
les cellules continuent à être extrêmement sales. Un détenu
jamaïcain a dû être maintenu en garde à vue dans le
couloir du fait que l'environnement malsain de la cellule affectait sa condition
asthmatique. Dans plusieurs autres endroits, les conditions de détentions
se sont détériorées au cours la période examinée,
ce qui laisse à penser qu'il y a à la fois de plus en plus de
laxisme dans l'encadrement et une détérioration de l'éthique
de travail même de la police. Certaines des attitudes relevées
chez les policiers semblent être liées à l'opinion selon
laquelle les personnes suspectées d'infractions ne méritent pas
d'être traitées avec humanité. Lorsque les observateurs
de la MICIVIH ont visité Port-de-Paix le 6 septembre,
ils ont constatés que douze hommes et trois femmes étaient en
garde à vue dans une seule cellule et avaient un accès limité
aux latrines. Plusieurs d'entre eux avaient été détenus
depuis plus de 48 heures sans voir un juge. Les conditions sanitaires dans les
cellules de garde à vue de Jacmel se sont également
détériorées en septembre. La MICIVIH a écrit, le
27 août, au Directeur de la PNH afin de lui faire part de son inquiétude
au sujet des 37 hommes, parmi lesquels cinq étaient condamnés
et plusieurs accusés de délits graves, qui étaient maintenus
en garde à vue dans une cellule sombre, sans air et mal ventilée
au commissariat de police de Croix des Bouquets. Un seau servait
de latrines, rendant les conditions de détention encore plus intolérables.
A l'exception des nouveaux arrivants, tous les détenus se sont plaints
de problèmes de santé, et plus particulièrement de maux
de tête, de ventre et de problèmes dermatologiques, qui seraient
en partie attribuables aux conditions de détention. Au cours des semaines
suivantes, le nombre de détenus a été considérablement
réduit, du fait que les agents de police se sont davantage efforcés
de faire comparaître les personnes arrêtées devant les tribunaux.
A Saint-Michel de l'Attalaye (Artibonite), où la PNH
est absente depuis que le commissariat de police a été pillé
et incendié en novembre 1998, les autorités judiciaires et municipales
ont maintenu les détenus en garde à vue dans les toilettes de
la mairie dans des conditions insalubres. La MICIVIH a constaté lors
de sa visite, le 1er juillet, que quatre adultes et deux mineurs de sexe masculin
étaient détenus dans les toilettes mesurant 1 mètre sur
3. Ils y avaient été détenus entre un à huit jours,
sans avoir accès à de l'eau, et étaient tributaires de
leurs familles qui leur apportait de la nourriture. L'un des détenus
avait des menottes depuis son arrestation, 24 heures auparavant, et une femme
était détenue dans le couloir. Ces détentions n'avaient
été consignées dans aucun registre. Les autorités
locales ont déclaré qu'elles déploraient les conditions
de garde à vue et qu'elles souhaitaient que la police revienne à
Saint Michel, comme cela leur avait été promis. Les autorités
judiciaires ont précisé que ceux qui étaient accusés
d'infractions mineures, notamment de voies de fait, étaient détenus
pendant plusieurs jours jusqu'à ce qu'un arrangement puisse être
conclu avec le plaignant, tandis que ceux qui étaient accusés
de délits plus importants étaient amenés au commissariat
de Gonaïves par un huissier dans des transports en commun à condition
que l'on ait pu réunir la somme correspondant au prix du trajet. Les
autorités de la police de Gonaïves ont fait part
de leur inquiétude à ce sujet et ont précisé à
la MICIVIH qu'ils ne disposaient pas de véhicules pour aller chercher
les détenus à Saint-Michel. Le 18 août, les agents de la
PNH de Gonaïves ont accompagné la MICIVIH à Saint-Michel
où ils ont expliqué au personnel de sécurité de
la mairie chargé des arrestations qu'il leur fallait respecter certaines
normes de détention, et notamment le fait que l'endroit servant de garde
à vue devait être maintenu propre et que l'on ne pouvait pas laisser
les détenus avec des menottes. Les agents ont informé un groupe
de résidents de Saint Michel qui s'était rassemblé de façon
informelle que la police devait être redéployée dans la
ville avant les élections. L'absence de policiers dans des régions
rurales et la peur de plus en plus grande de la criminalité ont amené
les autorités élues au niveau local à assumer les responsabilités
de la police. Cela devient une tendance à la fois inévitable et
préoccupante.
La question de l'alimentation des détenus en garde à vue dans
les commissariats de police continue à poser des problèmes pour
ceux dont la famille n'habite pas dans les environs. Certains détenus
à Port-de-Paix et L'Estère ont
déclaré qu'ils n'avaient pas mangé depuis plusieurs jours
pour cette raison, bien que la police de l'Estère ait affirmé
qu'elle avait donné aux détenus du pain et de l'eau. A Port-de-Paix,
la prison envoie normalement des repas aux détenus en garde à
vue mais certains problèmes ont émergé d'une part à
cause d'un manque de réserves de nourriture et d'assiettes à la
prison, et d'autre part parce que la police n'informe pas toujours la prison
du nombre exact de détenus en garde à vue. Des problèmes
d'alimentation ont aussi été signalés par la police et
les détenus à Gonaïves, du fait de réductions
de la nourriture fournie par la Direction de l'administration pénitentiaire
(DAP) qui est également utilisée pour les détenus en garde
à vue dans le commissariat de police.
Respect de la règle des 48 heures
La MICIVIH a rencontré, le 19 août, le Directeur départemental
de l'Ouest et le Directeur adjoint de la Direction centrale de la police judiciaire
(DCPJ) afin de lui faire part de sa profonde préoccupation en ce qui
concerne le manque de respect généralisé dans les commissariats
de police de Port-au-Prince du droit constitutionnel des détenus
à comparaître devant un juge dans les 48 heures après leur
arrestation, en particulier dans le cas des détenus accusés d'infractions
criminelles graves. De tels problèmes ont été également
relevés ailleurs, notamment à Jérémie
et au Cap Haïtien. Certains détenus sont maintenus
en garde à vue pour enquête au sujet de crimes non spécifiés
pendant plusieurs semaines sans comparaître devant un juge, la police
invoquant le fait qu'elle a besoin de davantage de temps pour réunir
des preuves contre eux et qu'elle a le devoir de s'assurer que ceux-ci ne peuvent
pas circuler librement dans les rues. Il est évident que les détenus
sont également maintenus en garde à vue pour subir des pressions
(à la fois par des abus psychologiques et physiques) pour donner des
informations ou passer aux aveux. Les détenus sont parfois relâchés
après avoir été maintenus en garde à vue par la
police de façon prolongée et sans jamais avoir comparu devant
un juge. Comme cela arrive souvent, les cas les plus extrêmes de garde
à vue prolongée signalés à Port-au-Prince
correspondaient à des affaires sur lesquelles la police judiciaire
(DCPJ) enquêtait.
Le non-respect de la règle des 48 heures dans la zone métropolitaine
a été particulièrement flagrant dans les commissariats
de Pétionville et de Delmas.
Au cours du mois de septembre, plus de 50 cas de détenus qui
n'avaient pas comparu devant un juge dans les 48 heures suivant leur arrestation
ont été relevés au seul commissariat de Pétionville.
Ainsi, lors d'une visite faite le 27 septembre, les observateurs ont constaté
que 27 des 29 détenus en garde à vue à Pétionville
étaient restés plus de 48 heures sans voir un juge. Quatre d'entre
eux étaient détenus depuis plus d'un mois, dix autres depuis plus
de deux semaines et trois autres depuis plus d'une semaine.
A Delmas, au moins 20 cas de détenus en garde à
vue ont été relevés en septembre, parmi lesquels quatre
se trouvaient en garde à vue depuis plus d'un mois. En août, 31
détenus ont été maintenus en garde à vue pendant
plus de deux semaines sans comparaître devant un juge. Le 19 août,
14 des 17 détenus étaient maintenus en garde à vue depuis
plus de 48 heures sans avoir vu un juge. Lorsqu'on lui a demandé de s'expliquer
sur cette situation, la police de Delmas a assuré qu'elle avait par deux
fois emmené les détenus au tribunal de paix de Delmas pour constater
qu'aucun juge n'était présent.
Plusieurs facteurs ont contribué à l'augmentation du nombre des
détenus maintenus de façon illégale dans les cellules de
garde à vue à Pétionville et à
Delmas en septembre. On a ainsi relevé une recrudescence
du nombre d'arrestations, une indifférence de la part des enquêteurs
de police, un manque de respect pour les procédures légales et
les décisions judiciaires, des contraintes logistiques importantes liées
au nombre insuffisant de véhicules et d´autres systèmes d'appui
et, dans certains cas, un manque de clarté et de coordination pour ce
qui est de l'attribution des dossiers sur lesquels on devait enquêter.
Pour ne citer qu'un exemple, la PNH de Pétionville a informé les
observateurs que les dossiers de trois détenus en garde à vue
depuis plusieurs semaines étaient entre les mains de la police judiciaire
tandis que le Directeur de la police judiciaire a affirmé aux observateurs
que son unité n'était pas responsable de ces cas. Dans le cas
de trois détenus en garde à vue à Delmas
depuis la mi-août, la police judiciaire est pleinement responsable du
fait que leur comparution devant un juge a été retardée.
La situation est aggravée par le fait que les policiers, et notamment
les hauts responsables, semblent être peu précis en ce qui concerne
les critères et les délais de transfert d'un dossier à
l'unité de police judiciaire. Une femme détenue à Croix
des Bouquets, accusée de meurtre, a été maintenue
en garde à vue pendant trois mois avant que son dossier ne soit transféré
à la police judiciaire.
Au cours de ce trimestre, il n'y a pas eu de progrès en ce qui concerne
les trois cas de prolongation excessive de gardes à vue dans les commissariats
de police de la zone métropolitaine. L'ancien membre des Forces Armées
d'Haïti (FAd´H), Steve Conserve, arrêté en mai 1996 et
inculpé de déstabilisation, assassinat de policiers et association
de malfaiteurs, est resté en garde à vue au commissariat de Port-au-Prince.
Le citoyen colombien Ricardo Gomez Cornejo, arrêté en février
1999, et l'ancien juge de Port-de-Paix, Luckner Pierre, arrêté
en octobre 1998, ont quant à eux été maintenus en détention
au commissariat de police de Pétionville. Les ordonnances
judiciaires de mise en liberté de Luckner Pierre et Steve Conserve n'ont
pas été exécutées malgré des démarches
répétées faites par la MICIVIH qui a fait valoir la nature
illégale et arbitraire de ces détentions.
Registres de rétention de la police
Les observateurs ont relevé une détérioration dans la
mise à jour des registres de rétention aux commissariats de police
de Port-au-Prince, Croix des Bouquets et Pétionville.
Les rubriques portant sur les comparutions aux tribunaux et le transfert des
détenus n'étaient pas entièrement remplies empêchant,
entre autres, que l'on puisse déterminer combien de détenus peuvent
se trouver dans les commissariats à un moment donné. Le nouveau
commissariat de police de la route nationale à Cité soleil
n'a toujours pas reçu un registre de rétention. Il est à
signaler que, dans différentes régions du pays, l'on trouve de
plus en plus souvent des cas de détenus qui ne sont pas du tout enregistrés.
Parmi ces cas figurent, au cours de la période à l'examen, ceux
de cinq agents de la PNH qui ont été arrêtés lors
d'une descente faite par la police de Cap Haïtien dans
le but de saisir de la drogue et détenus pendant plusieurs semaines sans
jamais avoir été enregistrés. Dans certains cas, le nom
des détenus n'avait pas été consigné dans le registre
et ceux-ci n'avaient pas comparu devant un juge du fait que leur détention
en garde à vue était considérée par la police comme
une mesure purement « disciplinaire ». Une jeune fille de
17 ans inculpée de vol a déclaré, lorsqu'elle a été
interrogée le 4 août, avoir été maintenue en garde
à vue pendant six jours dans le commissariat de police de L'Estère
sans avoir jamais été enregistrée. De telles détentions
en garde à vue sont arbitraires et illégales. La police d'Arcahaie
a également parfois omis d'enregistrer les détenus.
Le registre de rétention à Ouanaminthe, qui
avait été terminé en juin, n'avait pas encore été
remplacé à la fin de la période examinée. Le registre
du commissariat de Jacmel avait été relativement
bien tenu jusqu'à ce qu'il soit entièrement rempli,
le 3 août. Il n'avait toujours pas été remplacé fin
septembre et aucune autre méthode d'enregistrement des détenus
n'avait été mise en place. Le registre de rétention à
Port-de-Paix, qui avait été terminé à
la fin de l'année dernière, n'avait pas encore été
remplacé. Comme cela l'avait été constaté précédemment,
la police se servait de photocopies des pages du registre mais avec moins de
soin que par le passé. On a pu relever des erreurs ou des omissions dans
presque toutes les informations introduites au cours des trois derniers mois.
Lorsque la MICIVIH s'est rendue sur place, aucune information n'avait été
ajoutée depuis plus d'une semaine et aucun des 15 détenus (dont
sept étaient en garde à vue depuis 5 à 7 jours) n'avait
comparu devant un juge. Lorsque la MICIVIH est revenue le 30 septembre au commissariat,
elle a relevé qu'aucun des 13 détenus en garde à vue n'avait
été inscrit dans le registre et qu'aucune information n'avait
été introduite pendant deux semaines. Le nouveau Directeur départemental
du Nord-Ouest a estimé que cela était dû au manque de formation
des agents chargés des registres mais il semble que l'absence de supervision
y est également pour quelque chose. En fait, tous les inspecteurs avaient
été transférés récemment et il n'y avait
pas à Port-de-Paix de commissaire de police municipal.
De nombreuses omissions continuaient à apparaître dans le registre
de rétention du commissariat de Jérémie,
notamment en ce qui concerne le type d'arrestation (s'il s'agissait ou non de
flagrant délit), les décisions judiciaires, les transferts de
prison et les libérations. Lors de sa visite le 20 septembre, la MICIVIH
a noté que parmi les 12 détenus en garde à vue, trois n'avaient
pas été inscrits dans le registre alors que deux d'entre eux avaient
été arrêtés deux jours auparavant. De graves manquements
ont également été relevés dans la mise à
jour du registre aux Cayes. Ainsi, le 15 juillet, il n'y avait
aucun détenu en garde à vue alors que, d'après le registre,
il aurait dû y en avoir cinq. La police n'avait pas consigné les
comparutions à la Cour, les transferts à la prison et les libérations.
Au nombre des commissariats dont les registres étaient à jour
figuraient Petite Rivière de l'Artibonite, Mirebalais, Léogâne,
Cavaillon, Saint Louis du Sud ainsi que la plupart des plus petits
commissariats de l'Artibonite.
Les registres étaient généralement mieux tenus dans les
petits commissariats et les sous-commissariats que dans les commissariats de
police des capitales départementales. Il a été toutefois
relevé que le nombre d'informations dans les plus petits commissariats
supposait qu'il y avait un nombre extrêmement faible d'arrestations, ce
qui signifiait soit que le taux de criminalité était très
faible soit que la police intervenait peu pour maintenir l'ordre lorsqu'elle
ne disposait pas de véhicules (ce qui est habituellement le cas dans
les plus petits commissariats). Cette dernière interprétation
a été corroborée par le témoignage de résidents
et de juges de paix qui se sont plusieurs fois plaints de l'incapacité
ou du peu d'empressement de la police à mener des enquêtes ou à
exécuter des mandats d'arrêt au delà d'un périmètre
se limitant aux alentours du commissariat de police et ce, malgré les
rapports faits au sujet d'attaques, de viols et d'autres crimes violents commis
dans des zones rurales.
Policiers en isolement
A la fin du mois de septembre, sept agents de police étaient détenus
en isolement à Port-au-Prince, dont quatre depuis le
mois de juin. Dans l'un des cas, à savoir celui d'un officier de la CIMO
soupçonné de meurtre, les conditions de détention ont paru
extrêmement laxistes. La détention de deux des agents était
liée au massacre de Carrefour Feuilles (complicité dans une évasion).
Aucun des sept agents n'avait comparu devant un juge et l'on ne pouvait clairement
savoir si des poursuites en justice avaient été entamées
à leur encontre.
En dehors de la capitale, un agent de police accusé d'avoir été
soudoyé était détenu au commissariat de Jacmel
fin septembre. Un PNH de Gonaïves était maintenu
en isolement après avoir blessé un individu par balle, le 22 septembre,
à Saint Michel de l'Attalaye. Un PNH a été
détenu au commissariat de police de Fort Liberté
pendant quatre mois pour avoir abandonné son poste et avoir été
mêlé à des affaires de drogue. La MICIVIH a été
informée par un responsable de la police qu'il s'agissait d'une affaire
disciplinaire interne. Un inspecteur de police de Hinche a
été mis en isolement à Port-au-Prince le 13 septembre.
Le chef d'accusation de celui-ci, initialement inculpé d'avoir été
l'instigateur d'un arrêt de travail de la police début du mois
de septembre, a presque immédiatement été modifié
en ¨usurpation de titre¨ pour s'être arrogé la fonction
de commissaire municipal. Il semble pourtant que celui-ci avait en sa possession
une lettre officielle le nommant à ce poste par intérim. Bien
que toujours en isolement à la fin du mois, ce dernier a finalement été
libéré et, selon les rapports de la presse, promu. Un agent de
police de la même ville a été placé en isolement
le 26 septembre et suspendu pendant 20 jours pour avoir prêté son
arme de service à quelqu'un qui s'en était servi au cours d'un
incident dans une boîte de nuit. Un agent de police en poste à
Cavaillon s'est échappé, alors qu'on le conduisait
au tribunal. Il avait été détenu en isolement à
Hinche pendant trois jours, du 18 au 21 septembre, pour avoir tiré sur
une personne âgée de 16 ans soupçonnée de vol et
l'avoir atteint dans l'estomac. Le Chef de poste a été par la
suite mis en isolement pendant trois jours pour ne pas avoir été
suffisamment vigilant lors du transfert de l'agent de police au parquet de Hinche.
Policiers en détention
Au moins 58 agents de police de la PNH, dont certains ont été
révoqués depuis leur arrestation, étaient en prison fin
septembre. Onze agents étaient détenus pour violation des droits
de l'homme (voir ci-après). Cinquante-quatre d'entre eux étaient
détenus dans les prisons de Port-au-Prince. Parmi ceux-ci
figuraient six détenus accusés dans le massacre de Carrefour Feuilles
(voir ci-après) et quatre détenus accusés d'abus commis
durant la période du coup d'état, la plupart des autres - dont
le commissaire de police de Carrefour - étant accusés d'associations
de malfaiteurs, de vols à main armée et/ou de trafic de drogue.
Un agent de police était en prison aux Cayes pour cause
d'un décès en détention (voir ci-après) et un autre
à Jérémie pour avoir blessé par
balle un individu en 1998. Deux autres agents étaient détenus
à Saint Marc, l'un pour complicité dans une évasion
et l'autre pour trafic de drogue. Le commissaire de police de Anse d'Hainault,
arrêté pour détention de drogue au cours d'un accident,
s'est échappé d'un hôpital de Port-au-Prince où il
avait été amené en septembre pour y être soigné.
Cinq PNH étaient emprisonnés au Cap Haïtien
en septembre pour trafic de drogue.
Enquêtes sur les abus commis
A la fin du mois de septembre, six agents de police étaient détenus
au Pénitencier national et deux en isolement au commissariat de police
de Pétionville, leur détention étant liée aux 11
exécutions qui ont eu lieu le 28 mai à Carrefour Feuilles.
L'espoir qu'une enquête serait menée rapidement sur cette affaire,
suite à la nomination d'une commission de juges, ne s'est pas concrétisé.
Une source judiciaire a déclaré à la MICIVIH que le dossier
n'avait pas été transféré du parquet à la
Commission avant le 3 août, date à laquelle les quatre responsables
de la police ont été interrogés pour la première
fois. On a donné aux juges trois mois pour mener à bien leur enquête.
Un agent de police, qui était détenu en isolement au commissariat
de police de Pétionville a été transféré
au Pénitencier national le 9 août après avoir été
interrogé par la Commission. Les deux agents de la PNH, qui étaient
en isolement depuis le mois de juin pour avoir facilité la libération
de l'un des principaux suspects de la PNH, étaient toujours détenus.
Trois autres agents de la PNH, détenus ou en isolement, ont été
libérés en août. Les résultats de l'enquête
policière interne n'ont pas encore été communiqués.
Les familles des victimes se sont plaintes de la lenteur des procédures
et certains hauts responsables de la police ont fait part de leur doutes en
ce qui concerne la transparence des enquêtes.
En dépit du fait que les autorités judiciaires et policières
ont entendu des déclarations de témoins clé, il n'y a pas
eu de progrès dans les enquêtes menées sur l'arrestation
et la disparition de huit jeunes gens à Croix des Missions
en avril et sur la découverte de restes humains à Titanyen
(voir Droits de l'homme en Haïti, Avril-Juin 1999). La MICIVIH
a facilité les contacts entre la police, un substitut du commissaire
du gouvernement et une jeune femme qui avait identifié les vêtements
de certaines des victimes découvertes à Titanyen et s'était
échappée au moment de l'arrestation des huits jeunes gens. A l'époque,
le commissaire du gouvernement avait refusé de rencontrer la jeune femme.
Les cas pré-cités, ainsi que ceux de 16 individus tués
et de 4 autres disparus en mai à Bois Neuf, ont été
portés à l'attention du Ministère de la Justice, de la
direction de la PNH et de l'Inspection générale en juillet au
cours de réunions et sous forme d'aide-mémoires. Un communiqué
de presse a également été publié le 21 juillet pour
attirer l'attention du public sur la gravité de ces meurtres et de ces
disparitions.
Il est particulièrement préoccupant que l'on ait signalé
à différentes occasions que le Ministère de la Justice
était intervenu auprès des autorités judiciaires pour défendre
les agents de police accusés dans les tribunaux. A Cap Haïtien,
un juge d'instruction a été révoqué par le Ministère
de la Justice après avoir refusé d'être transféré
de Cap Haïtien à Grande Rivière
du Nord comme il en avait reçu l'ordre. En juin, le juge en
question avait émis un mandat d'amener à l'encontre du commissaire
de police municipal de Cap Haïtien du fait que ce dernier avait plusieurs
fois refusé de répondre à une convocation au tribunal (voir
Droits de l'homme en Haïti, Avril-Juin 1999). Cette convocation
était liée à une attaque dont aurait été
victime un chauffeur d'autobus. Les observateurs de la MICIVIH, qui avaient
enquêté sur cette affaire au moment où elle s'était
produite, avaient estimé qu'elle était crédible. Le juge
a déclaré qu'il avait recueilli plusieurs dépositions de
témoins dans cette affaire. L'ordre de transfert du juge d'instruction
a été émis suite à son refus de retirer le mandat
d'amener comme cela l'avait illégalement été demandé
par le Ministère de la Justice. Le juge a contesté le transfert
en précisant que celui-ci n'était pas légal et qu'il n'avait
rien fait de mal. Il a ultérieurement été révoqué
en août. A la suite de cette affaire, les autorités judiciaires
de Cap Haïtien ont menacé de prendre certaines
mesures et les relations entre la police et les autorités judiciaires
ont été au plus bas. La MICIVIH est extrêmement préoccupée
par le refus du Ministère de la Justice de soutenir les efforts entrepris
par un juge pour enquêter sur violations commises par la police. Cela
contribue à renforcer la perception défavorable selon laquelle
les agents de police sont au dessus des lois et à miner l'indépendance
de la justice.
Dans un des rares cas d'enquêtes judiciaires sur une violation grave
des droits de l'homme menées avec célérité, un magistrat
a renvoyé aux assises criminelles avec assistance de jury le cas d'un
PNH qui était accusé de meurtre. Selon les témoins, celui-ci
aurait battu en avril, au commissariat de police de Camp-Perrin,
un détenu qui est décédé deux jours après
à la prison des Cayes des suites des coups reçus (voir Droits
de l'homme en Haïti, Avril-Juin 1999). L'ordonnance n'a pas été
émise à temps pour que le cas soit jugé aux assises qui
ont débuté le 9 juillet. Les autorités judiciaires ont
déclaré à la MICIVIH qu'elles avaient resisté à
une série de pressions pour que la plainte soit retirée, qui avaient
été faites par plusieurs individus alleguant avoir été
envoyés sur ordre de la PNH. L'agent de la PNH en question avait été
détenu à la prison des Cayes depuis le 4 mai mais, suite aux menaces
faites par ses compagnons de détention, avait été tranferé
le 30 septembre au commissariat des Cayes où la MICIVIH avait constaté
qu'il pouvait circuler où bon lui semblait dans l'enceinte du bâtiment.
Le 21 juillet 1999, le substitut du commissaire du gouvernement de Port-de-Paix
a classé sans suite une affaire qui concernait un PNH inculpé
d'avoir tué un individu arrêté pour vol en faisant tomber
une pierre sur sa tête lors de son arrestation le 6 juin 1999 (voir Droits
de l'homme en Haïti, Avril-Juin 1999). Passant outre les résultats
d'une commission d'enquête composée de trois membres de la police,
le Substitut a conclu que le suspect avait résisté durant l'arrestation
et que le policier avait agi en légitime défense. La commission
avait quant à elle conclu que le PNH avait délibérément
infligé des coups et blessures qui avaient causé le décès.
La MICIVIH a également conclu, suite à son enquête, qu'il
était évident que l'agent de police avait recourru de façon
excessive à la force. L'agent de police, qui avait été
placé en isolement pendant une courte période, avait par la suite
été libéré et avait pu reprendre son poste. Dans
un autre cas signalé à Port-de-Paix - celui d'un agent de police
accusé d'avoir blessé un individu par balle en octobre 1998 (voir
Droits de l'homme en Haïti, Janvier-Mars 1999) - la MICIVIH a
appris que le substitut du commissaire du gouvernement avait classé sans
suite l'affaire, le 31 mai, après l'obtention par le plaignant d'un arrangement
de dommages et intérêts avec le PNH et le retrait de la plainte.
Bien que le précédent Directeur départemental ait recommandé
sa révocation, le policier avait repris ses fonctions et avait été
transféré de la capitale de la province dans un autre lieu d'affectation.
Un agent de police a été accusé d'avoir mortellement blessé
par balle, en décembre 1998, un individu durant une altercation liée
à un problème de circulation à Port-au-Prince.
Détenu depuis le début de l'année, celui-ci a
été libéré sur ordre d'un juge mi-septembre. Les
autorités policières ont déclaré à la MICIVIH
que, suite à une enquête de police sur cette affaire, il avait
été recommandé qu'il soit révoqué de la PNH.
Police et relations avec la population
Les résidents de Saint-Marc, parmi lesquels figuraient
des membres d'organisations populaires, ont rapporté que les relations
entre la police et la société civile s'étaient améliorées
depuis l'arrivée d'un nouveau commissaire municipal à Saint-Marc
le 26 juillet. Ce dernier pourvoyait un poste laissé vacant depuis le
6 juin, date à laquelle son prédecesseur avait été
grièvement blessé (voir ci-après). Les résidents
ont déclaré qu'il n'y avait eu aucune allégation de brutalité
policière, que les fouilles illégales de domiciles avaient cessé,
que des efforts étaient entrepris pour lutter contre le trafic de drogue,
et que la police était généralement plus disciplinée.
Les habitants du district de Délugé s'étaient
plaints à la MICIVIH au début du mois de juillet que les policiers
faisaient des descentes régulières en représailles du lynchage
d'un PNH de Saint-Marc et des blessures graves dont avaient été
victimes deux de leurs collègues dans un incident qui s'était
produit le 6 juin (voir Droits de l'homme en Haïti, Avril-Juin 1999).
La police a été accusée d'avoir tiré en l'air, fouillé
des domiciles sans mandats, poursuivi et maltraité les résidents
et fait des arrestations sans mandats.
Les relations entre la police et la population de Limbé
(Nord) sont demeurées tendues depuis le pillage du commissariat de police
en 1998. Lorsque la police avait arrêté, le 9 août, un suspect
pour ce pillage, il y avait eu des jets de pierres lancés en direction
du commissariat de police. Les CIVPOL, la MICIVIH et un spécialiste de
la PNH des relations entre la police et la société civile de Cap
Haïtien examinent actuellement les moyens qui permettraient de réunir
la police et la population et de combler le fossé qui les séparent.
A Mirebalais, où les relations entre la police et la
population locale ont souvent été tendues depuis le lynchage d'un
commissaire de police en février 1998, un inspecteur de police a contribué
à organiser une réunion entre la compagnie locale des eaux et
les représentants d'une organisation populaire qui avait été
à l'origine de la fermeture des bureaux de ladite compagnie, le 2 septembre,
au cours d'une violente manifestation. Les bureaux ont été réouverts
après qu'un arrangement sur les dommages et intérêts a pu
être obtenu.
Formation de la police
Deux consultants locaux de la MICIVIH ont organisé, du 26 au 30 juillet,
une formation de cinq jours destinée aux 10 formateurs de la police chargés
de la formation en matière de droits de l'homme à l'Académie
de police de Port-au-Prince. Chacune des cinq journées de formation était
consacrée à un thème différent. Il a ainsi été
question de la dignité humaine et des droits de l'homme; des droits des
femmes, de la violence à l'égard des femmes et des enfants, et
des techniques d'organisation de séminaires de formation dans le domaine
des droits de l'homme. Les discussions relatives à la dignité
humaine ont en partie porté sur ce qui constitue une violation des droits
de l'homme et sur l'impression exprimée par les policiers que la société
ne reconnait pas qu'ils ont également des droits. De même que dans
les séminaires organisés précédemment, la question
de la journée de travail de 12 heures s'est clairement dégagée
de l'ensemble de leurs préoccupations.
Les observateurs de la MICIVIH ont également organisé pour la
première fois, du 5 au 9 juillet, une série de sessions de formation
à l'Académie de police sur les abus commis à l'égard
des enfants. Les sessions, qui étaient proposées à cinq
groupes composés chacun de 26 cadets de la police, avaient pour but de
familiariser les policiers aux différents types de sévices que
subissent les enfants en Haïti, aux droits des enfants, et au rôle
de la police vis à vis des mineurs. La formation a, entre autres, inclu
des mises en situation et des études de cas particuliers permettant de
voir par exemple comment la police se comporterait face à certaines situations
impliquant des enfants des rues.
Les consultants de la MICIVIH sont en outre en train de préparer, en
collaboration avec la PNH, deux modules de formation de trois jours et d'élaborer
un guide sur la protection des droits de l'homme dans le contexte du processus
électoral.
ADMINISTRATION DE LA JUSTICE
Réforme judiciaire
Dans le cadre d'une importante initiative visant à lancer le processus
de réforme judiciaire, sept groupes de travail - auxquels on a confié
la tâche d'examiner une série de thèmes liés à
la réforme judiciaire et d'élaborer une législation appropriée
- ont été constitués au cours d'une réunion qui
s'est tenue le 29 septembre. Cette réunion avait été convoquée
par de hauts fonctionnaires du Ministère de la Justice. Au nombre des
participants figuraient des bailleurs de fonds internationaux impliqués
dans la réforme judiciaire et également deux représentants
de la MICIVIH. Les sept groupes, composés d'experts haïtiens et
internationaux, ont été chargés d'examiner de nombreuses
questions portant notamment sur l'Inspection judiciaire, l'assistance légale,
le système salarial pour les employés du système judiciaire,
ainsi que sur l'élaboration d'un code de déontologie, d'un projet
de loi sur le statut de la magistrature, d'un projet de loi sur l'indépendance
de la magistrature, et d'un système d'évaluation des magistrats.
Plusieurs groupes ont en outre été chargés de rédiger
un projet de statut de l'Ecole de la Magistrature et un projet de loi sur le
fonctionnement du Ministère de la Justice, de rechercher des solutions
au problème du surpeuplement des prisons, et d'élaborer un code
de procédures pénales ainsi qu'une circulaire sur le travail de
la police judiciaire. La MICIVIH doit participer à quatre des sept groupes
de travail organisés.
Ecole de la Magistrature (EMA)
Un autre élément positif a été l'organisation,
en septembre, de concours à Port-au-Prince, Gonaïves, Hinche,
Cap Haïtien et Les Cayes afin de sélectionner
la deuxième promotion des quarante étudiants devant être
formés pour devenir juges et commissaires du gouvernement. Le cours,
d'une durée d'une année, devrait débuter en novembre. La
première et unique promotion d'étudiants diplômés
de l'Ecole de la magistrature remonte à mai 1998. Les observateurs de
la MICIVIH ont apporté un appui logistique en se chargeant de la surveillance
des examens dans certaines villes et du ramassage des copies à la fin
de l'examen, soutenant ainsi les efforts déployés par l'EMA pour
assurer un processus de sélection transparent.
La détention préventive prolongée
La détention préventive prolongée continue à être
un indicateur du caractère dysfonctionnel du système judiciaire
et ce, malgré les efforts qui continuent à être consentis
pour résoudre ce problème et malgré quelques signes de
progrès. Selon un recensement des détenus en détention
préventive, les prisons de Anse à Veau, Aquin, Delmas,
Les Cayes et Petit Goâve avaient, au moment
de la visite de la MICIVIH, de un à cinq détenus qui étaient
maintenus en détention depuis plus d'un an sans avoir été
jugés. Mirebalais n'en avait aucun. Pour la première
fois depuis plus d'un an, une certaine évolution, marquée par
la libération d'un certain nombre de détenus, a pu être
relevée en ce qui concerne les détentions préventives prolongées
dans le Département de l'Ouest, même si les critères
de sélection de ceux qui devaient être libérés ont
été difficiles à déterminer.
Soixante-cinq détenus ont été libéré du
Pénitencier National, les 9 et 10 septembre, sur ordre
du commissaire du gouvernement, de l'un de ses substituts et d'un juge de paix.
Parmi ceux-ci, cinq avaient été maintenus en détention
préventive pendant plus de trois ans, 21 depuis plus de deux ans et 16
depuis plus d'un an. Les responsables de la prison et les détenus ont
été extrêmement perturbés par ce qui leur a paru
être une sélection arbitraire des détenus devant être
libérés de la part des autorités judiciaires. Les détenus
ont été particulièrement indignés par le fait que
13 des 65 individus libérés avaient été arrêtés
en 1999 et que certains d'entre eux avaient été accusés
d'infractions plus graves que celles d'autres détenus qui attendaient
d'être jugés depuis 1996.
Quatorze des 25 détenus placés en détention préventive
prolongée à la prison de Carrefour ont également
été libérés le 20 septembre. Deux d'entre eux étaient
détenus depuis 1995, tandis que cinq l'étaient depuis 1996 et
sept depuis 1997. Les 11 autres détenus maintenus en détention
préventive prolongée semblent ne pas avoir été pris
en considération du fait que leurs dossiers étaient soit vides
soit incomplets et que le commissaire du gouvernement qui était chargé
de décider des libérations ne pouvait déterminer le chef
d'accusation. De telles détentions sont tout à fait illégales.
Les observateurs ont transmis au Directeur des affaires juridiques du Ministère
de la Justice, le 19 septembre, une liste mise à jour des 175 détenus
qui se trouvent en détention préventive au Pénitencier
National depuis 1995 et 1996. Quatre-vingt-sept des 175 détenus
attendaient toujours de passer en jugement aux assises criminelles avec assistance
de jury. Celles-ci ne s'étaient pas tenues à Port-au-Prince depuis
juillet 1998. Les observateurs ont rencontré, pendant qu'ils mettaient
à jour ladite liste, les cinq juges d'instruction concernés afin
de s'entretenir avec eux de leurs nombreux dossiers concernant des cas de détentions
préventives prolongées. L'un des cinq juges d'instruction s'est
par la suite rendu, fin septembre, au Pénitencier National pour interroger
les 15 détenus figurant sur la liste établie par la MICIVIH et
dont il était chargé d'instruire les dossiers. Le 22 septembre,
un des assistants légaux travaillant avec le Bureau du contrôle
et de la détention préventive (BUCODEP) a également interrogé
toutes les personnes détenues depuis 1995. Le BUCODEP, qui avait été
établi pour s'occuper des cas les plus graves de détention préventive,
avait cessé ses activités depuis plusieurs mois. Le 23 juillet,
la MICIVIH avait présenté au Directeur des affaires juridiques
auprès du Ministère de la Justice un aide-mémoire sur le
travail du BUCODEP incluant une série de recommandations concernant le
renforcement de ses activités.
L'ancien Colonel des FAd'H, Léopold Clerjeune, maintenu en détention
préventive au Pénitencier National depuis août
1998, a entamé une grève de la faim le 22 septembre afin de protester
contre ce qu'il a appelé une discrimination dans la façon dont
les dossiers des anciens militaires détenus sont instruits. Les 26 et
27 septembre, 24 détenus se sont joints à Clerjeune en entamant
également une grève de la faim. A la fin du mois d'octobre, six
des grévistes avaient recommencé à manger tandis que neuf
d'entre eux avaient dû être mis sous perfusion car la grève
commençait à sérieusement mettre leur santé en danger.
Tous les grévistes, à l'exception d'un seul, demandaient à
être immédiatement libérés ou jugés. Certains
avaient des ordonnances de mise en liberté qui n'avaient jamais été
exécutées. Un autre gréviste, qui purgeait une peine de
neuf ans d'emprisonnement, demandait une révision de jugement. Parmi
les grévistes se trouvaient neuf anciens FAd'H qui avaient été
arrêtés devant le Ministère des finances en juillet 1998
alors qu'ils manifestaient contre le non-paiement des pensions. La MICIVIH n'a
trouvé aucune trace de leurs dossiers dans le système judiciaire.
Les 9 détenus en question ont tous été libérés
mi-octobre 1999.
Le problème de la détention préventive prolongée
persiste, en grande partie à cause de la négligence et de l'indifférence
des commissaires du gouvernement et des autorités judiciaires. En plus
des centaines de détenus maintenus en détention prolongée
au Pénitencier National, les observateurs ont relevé lors d'une
visite en août que trois des 109 détenus à la prison du
Fort National étaient en détention préventive
depuis 1996, huit depuis 1997 et 20 depuis 1998. A Pétionville,
sur 112 personnes en détention préventive au mois d'août
56 étaient détenues depuis plus d'un an. De ces 56 détenus,
cinq étaient maintenus en détention depuis quatre ans, quatre
depuis plus de trois ans et 14 depuis plus de deux ans, ce qui correspond à
une moyenne de 412 jours pour l'année 1997 alors que la moyenne se montait
à 291 jours en décembre 1998.
A l'exception de Port-au-Prince, Cap Haïtien a connu
le plus de cas de détentions préventives prolongées, principalement
du fait que la plupart des cas ont été confiés à
un juge d'instruction qui n'a pas beaucoup fait avancer les dossiers qu'il était
chargé d'instruire. Le 2 septembre, sur 154 détenus, 72 étaient
en détention préventive prolongée. Parmi ceux-ci, il y
avait un détenu qui était en détention depuis 1996, 20
depuis 1997 et 51 depuis 1998.
La MICIVIH a relevé en août que, mis à part les 17 inculpés
dans le massacre de Raboteau en 1994, la prison de Gonaïves
comptait 60 détenus qui attendaient d'être jugés depuis
plus d'un an. Elle a toutefois pris note que le nombre de détenus avait
diminué à la suite de la tenue d'assises criminelles au début
du mois d'août (voir ci-après). La moitié des 60 détenus
était accusée d'assassinat, de tentative d'assassinat ou de viol
tandis que la plupart des autres étaient détenus pendant de longues
périodes pour des motifs d'inculpation moins importants tels que le vol,
les voies de fait, la détention illégale d'armes à feu,
l'abus de confiance. Leurs dossiers ont été portés à
l'attention des autorités judiciaires auxquelles on a demandé
d'accélérer les procédures. Deux personnes détenues
pour meurtre à Gonaïves depuis septembre 1996 ont
été libérées le 11 août par le Substitut du
commissaire du gouvernement. Les autorités judiciaires avaient été
incapables de retrouver leurs dossiers pendant de nombreux mois. Ceux-ci ont
finalement été retrouvés au parquet et transférés
à un juge d'instruction avant que les détenus ne soient finalement
libérés.
A Jérémie, l'absence prolongée du nouveau
doyen - qui n'a toujours pas pris ses fonctions depuis sa nomination il y a
plusieurs mois - et le différend qui oppose depuis le mois d'avril le
commissaire du gouvernement et le Barreau ont continué à paralyser
le système judiciaire et à affecter sérieusement, en les
ralentissant, les procédures judiciaires. Il n'y a eu aucune audience
au tribunal correctionnel au cours de la période examinée et les
assises, qui étaient prévues pour juillet, ont été
reportées. Avec l'accord tacite de certaines autorités judiciaires,
les avocats avaient demandé inter alia la révocation
du commissaire du gouvernement qu'ils accusaient d'abus de pouvoir, notamment
dans une série de détentions arbitraires en août sur lesquelles
la MICIVIH avait enquêté et qu'elle avait confirmées. Quinze
détenus attendaient de passer en jugement depuis plus d'un an et cinq
depuis plus de deux ans. Parmi les cinq détenus figuraient trois mineurs
dont la situation était aggravée par le fait que le juge chargé
des mineurs était basé aux Cayes. Ce dernier a déclaré
à la MICIVIH qu'il ne pouvait rien faire vu qu'il ne disposait d'aucun
moyen de transport pour se rendre à Jérémie. La MICIVIH
a également fait part de son inquiétude au sujet d'un mineur accusé
d'avoir volé une radio qui était détenu dans la prison
de Jérémie depuis mi-février. Son mandat
de dépôt avait été émis par un substitut du
commissaire du gouvernement qui avait par la suite pris sa retraite. Depuis
lors, aucune action en justice concernant cette affaire n'avait été
intentée du fait que le dossier avait été perdu. Le mineur
a finalement été libéré le 8 octobre.
Quatre individus ont été traduits en justice à
Saint-Marc le 6 août pour le meurtre du responsable de la réforme
agraire, Chenel Gracien, et de sa femme en mai 1998. L'un d'eux a été
déclaré coupable et condamné à six années
d'emprisonnement mais les trois autres ont été acquittés.
Sept autres suspects avaient été relâchés en avril
par manque de preuves après avoir passé onze mois en détention
au cours desquels ils avaient participé à un certain nombre de
grèves de la faim pour protester contre l'inaction de la justice. Il
semblerait que, peut-être à cause de pressions politiques faites
dans le but d'obtenir des résultats, les autorités policières
et judiciaires ont procédé à de nombreuses arrestations
dans cette affaire en se basant uniquement sur des dénonciations, faisant
peu d'efforts pour vérifier les accusations et obtenir de véritables
preuves en poursuivant des enquêtes.
Assises criminelles
La MICIVIH a insisté auprès des autorités judiciaires
et ministérielles pour qu'elles organisent des assises criminelles avec
assistance de jury à Port-au-Prince (où les dernières
assises se sont tenues en juillet 1998) et à Cap Haïtien
(où des assises avec assistance de jury ne se sont pas tenues depuis
1997). Selon la loi haïtienne, les assises criminelles avec assistance
de jury doivent être organisées au moins tous les six mois.
Des assises criminelles avec assistance de jury ont pu être tenues dans
dix juridictions, pour la plupart en juillet ou début août. Des
problèmes sont apparus de façon récurrente lorsqu'il a
été question de constituer le jury, ce qui a eu pour résultat
de retarder ou de reporter un certain nombre d'auditions de cas et a indiqué
qu'il était nécessaire de trouver un moyen de s'assurer de la
présence des jurés. Les autorités judiciaires ont rapporté
que la tenue des assises avec assistance de jury à Port-de-Paix
du 12 au 16 juillet a été facilitée par le fait que le
Ministère de la Justice a alloué des fonds pour couvrir les frais
d'hôtel et de transport des jurés. De tels financements par le
Ministère sont devenus relativement rares.
Les premières assises avec assistance de jury depuis avril 1998 ont
été tenues à Jacmel du 9 juillet au 3
août. L'examen de douze affaires, concernant un total de 18 accusés,
a pu avoir lieu. Cinq des accusés avaient passé plus d'un an à
attendre d'être jugés. Six cas ont été examinés
aux assises avec assistance de jury qui se sont tenues aux Cayes
du 9 au 16 juillet. Aucun problème majeur n'a été signalé.
Les assises avec assistance de jury, qui se sont tenues à Gonaïves
pour la première fois depuis septembre 1997, ont été particulièrement
importantes. Dix cas, concernant un total de 16 accusés, ont été
examinés. Presque tous les accusés avaient passé de longues
périodes en détention en attendant d'être jugés.
Un des accusés avait été détenu depuis plus de quatre
ans, huit depuis plus de trois ans et cinq autres depuis plus de deux ans. Le
retard avec lequel la plupart des audiences ont été tenues a été
causé par la difficulté à constituer le jury. Le deuxième
jour, il a fallu aller chercher les jurés chez eux pour que le procès
puisse commencer. Dans de nombreux cas, on n'avait pas donné aux accusés
les 8 jours requis de préavis pour la signification de l'acte d'accusation
ou la citation à comparaître. Les preuves matérielles et
les témoins étaient rarement produits, les cas devant être
jugés étaient mal présentés, et les avocats de la
défense désignés par la Cour paraissaient connaître
peu les cas qu'ils devaient défendre. Treize des 16 accusés ont
été condamnés.
A Mirebalais, seul un accusé sur les douze devant être
jugés aux assises était représenté par un avocat
inscrit au barreau. Un accusé a obtenu d'être mis en liberté
provisoire à Hinche mais le commissaire du gouvernement
a refusé de le libérer pour protester contre le fait que les commissaires
du gouvernement n'ont aucun droit de faire appel lorsqu'il y a main levée
d'écrou. Ce dernier a par la suite libéré le détenu.
A Grande Rivière du Nord, tous les accusés ont
été acquittés, bien que plusieurs d'entre eux avaient plaidé
coupables. Des assises avec assistance de jury se sont tenues à Saint-Marc
du 2 au 10 août. Huit cas devaient y être jugés mais trois
d'entre eux ont été reportés par manque de jurés
(notamment ceux de deux hommes accusés d'avoir tué un huissier
de Saint-Marc qui attendaient d'être jugés depuis quatre ans) et
un autre a été reporté du fait que les témoins ne
se sont pas présentés.
Les assises avec assistance de jury d'Aquin ont été
repoussées suite aux manifestations répétées d'avocats
locaux demandant que l'un d'entre eux soit nommé au poste de commissaire
du gouvernement, resté vacant depuis mars. Ceux-ci ont empêché
la tenue des assises, le 26 juillet, en refusant de défendre les accusés.
A la suite de cela, le Ministre de la Justice a envoyé deux avocats de
l'Amicale des Juristes de Port-au-Prince pour les remplacer et une deuxième
tentative qui n'a pas abouti - a été faite pour essayer
de faire commencer les assises le 29 juillet. Tandis que les avocats d'Aquin
perturbaient l'ordre dans la salle d'audience, leurs partisans faisaient brûler
des pneus devant le tribunal et bloquaient la Route nationale 2 avec des barricades.
Une troisième tentative a également avorté le 2 août
après que des pneus ont été brûlés. Un des
substituts du commissaire du gouvernement qui n'était pas originaire
d'Aquin a officiellement pris ses fonctions de commissaire du gouvernement
le 3 août, après que le Ministère de la Justice lui a procuré
des gardes du corps et un véhicule. Grâce aux policiers anti-émeutes
postés devant la salle d'audience et aux deux avocats de Port-au-Prince
qui avaient été désignés pour assurer la défense,
les assises ont pu se tenir le jour même. Quatre des huit procès
prévus ont pu avoir lieu mais trois de ceux-ci ont été
reportés par manque de jurés. Le huitième cas a également
été reporté du fait que l'accusé a refusé
d'accepter un avocat de Port-au-Prince.
Les assises avec assistance de jury qui se sont tenues à Petit-Goâve
du 12 juillet au 2 août, au cours desquelles 14 cas ont été
entendus, ont été compromises par des menaces faites à
l'encontre des jurés et une certaine friction entre le commissaire du
gouvernement et les avocats de la défense. L'un des exemples les plus
flagrants de cette tension s'est produit dans la matinée du 28 juillet
lorsque le doyen a accepté, à la demande pressante de la défense,
que le jury revienne sur son verdict de culpabilité et a refusé
d'entendre les objections du commissaire du gouvernement. Le commissaire du
gouvernement a été accusé d'avoir brandi son pistolet dans
la salle audience, bien que ce dernier affirme le contraire. Le Ministère
de la Justice a entamé une enquête sur cette affaire dont les résultats
n'ont pas encore été communiqués.
Habeas corpus, non respect des ordonnances de mise en liberté
Les observateurs de Port-au-Prince ont fait en septembre un sondage au Pénitencier National, au Fort National et dans la prison de Pétionville, qui correspondait à une première étape pour déterminer le nombre de détenus restant en prison malgré l'existence d'ordonnances de mise en libération. Parmi les 2020 détenus interviewés, 211 ont affirmé qu'ils avaient obtenu de telles ordonnances mais étaient néanmoins restés en prison. Des recherches approfondies dans les registres des prisons, du parquet et des cabinets d'instruction devront être entreprises afin de vérifier les informations fournies par les détenus. Les observateurs espèrent pouvoir travailler en collaboration avec les assistants légaux de la DAP sur ce projet.
La MICIVIH est extrêmement préoccupée de la nature totalement
arbitraire et illégale de la détention prolongée des individus
qui ont obtenu des ordonnances de mise en liberté et dont les cas ont
une dimension soit politique soit liée à la sécurité.
La Mission a continué à faire pression sur les autorités
afin qu'elles exécutent les ordonnances de mise en liberté émises
par des juges dans 22 cas d'anciens FAd'H et autres détenus, parmi lesquels
neuf avaient été en détention pendant plus de 1000 jours
en attendant d'être jugés.
Les 22 détenus sont: Robert Lecorps, Patrick Moïse, Eric Thertulien,
Steve Conserve, Claude Raymond, Jean Enel Samedi, Léoncefils Céance,
Georges Metayer, Jean Michel Touvenaux, Méradieu Faustin, Léonard
Lucas, Rémy Lucas, Jean-Michel Richardson, Alexandre Paul, Thomas Assabath,
Jean-Louis Henry, Jean-Robert Lhérisson, Bertrand Constant, Rilande Louis,
Akis Deronette, Calero Bibas Fabien et Luckner Pierre. Un aide-mémoire
détaillant chaque cas particulier ainsi que des copies de certaines des
ordonnances de mise en liberté ont été transmis au Ministère
de la Justice qui a formé, en septembre, une commission de juges chargée
d'examiner ces cas. Aucune avancée n'a été toutefois relevée
fin septembre et les cas pré-cités continuent à être
des illustrations inexcusables de violations flagrantes des principes des droits
de l'homme, et notamment du droit à la liberté individuelle et
à un procès équitable. La situation de Evans François,
détenu sans chef d'accusation depuis avril 1996, est aussi impardonnable
que les cas mentionnés précédemment. Il est clair que la
raison d'Etat prévaut sur les procès équitables et l'Etat
de droit.
Détentions et autres incidents liés à une
évasion de la prison de Jacmel
A Jacmel, une ordonnance de libération provisoire concernant
deux civils et un superviseur de la prison, qui avait été émise
le 20 août, n'avait toujours pas été exécutée
à la fin de la période examinée. Ces trois personnes avaient
été mises en détention à la suite de l'évasion
de la prison de Jacmel, le 25 juillet, d'un détenu étranger sur
lequel portaient de graves accusations de trafic de drogue. Selon les informations
reçues par la MICIVIH, il n'y avait pas eu d'appel pour annuler l'ordonnance
de mise en liberté permettant de justifier la détention prolongée
des trois détenus. La MICIVIH a par la suite été informée
que les ordonnances de mise en liberté avaient été perdues.
La personne accusée de trafic de drogue, Emmanuel Laugel, ainsi que
deux autres étrangers, deux PNH et un troisième Haïtien avaient
été arrêtés à Cayes-Jacmel en
février pour des motifs qui incluaient association de malfaiteurs, détention
illégale d'armes à feu, et complot contre la sûreté
de l'Etat. Laugel a été libéré par quatre individus
qui ont tiré avec des armes à feu automatiques alors qu'il était
en train d'être raccompagné sous escorte à la prison après
s'être rendu au commissariat de police situé dans le bâtiment
voisin pour répondre à un appel téléphonique. La
police n'a pas riposté ni poursuivi les assaillants.
Le chef de poste de la PNH, un superviseur de la prison et un gardien de prison
soupçonnés d'être complices, ont été arrêtés
le jour même et détenus dans la prison qui a elle-même été
mise sous contrôle de la police. Deux civils ont également été
mis en détention. L'un d'entre eux, un employé du cabinet juridique
de Port-au-Prince qui était chargé d'assurer la défense
des six détenus arrêtés en février, a affirmé
être arrivé à Jacmel le jour précédant l'évasion
dans le but de discuter de ce cas avec le commissaire du gouvernement. L'autre
civil a déclaré qu'il était un ancien formateur de la police
et qu'il était venu voir un des PNH détenu avec Laugel.
Ces arrestations ont immédiatement été critiquées
par un des dirigeants de Fanmi Lavalas dans le Sud-Est, Joseph Lambert,
ancien Président du Conseil départemental, qui, lorsqu'interviewé
par la presse, a accusé le Directeur départemental de la police
d'avoir agi de façon dictatoriale et arrêté des citoyens
honnêtes. A la suite de cela, de nouveaux graffitis sont apparus à
Jacmel qui accusaient le Directeur départemental d'être un trafiquant
de drogue et des tracts anonymes ont circulé selon lesquels Lambert et
l'ancien formateur de la police étaient accusés de travailler
pour les cartels de drogue colombiens.
Le chef de poste de la PNH et le gardien de prison ont été libérés de la prison le 16 août lorsqu'une main levée d'écrou a été émise par un juge d'instruction pour manque de preuves. Alors que les responsables de la prison ont reçu des ordonnances de mise en liberté provisoire pour les trois détenus accusés de complicité dans l'évasion, leurs supérieurs hiérarchiques leur ont donné l'instruction de ne pas les exécuter.
A la suite de l'évasion, l'inspecteur de la prison et un deuxième superviseur de la prison ont été transférés pour occuper des postes dans d'autres prisons. Les deux substituts du commissaire du gouvernement de Jacmel et un des juges d'instruction ont été révoqués par le Ministère de la Justice aux termes de lettres reçues le 20 août qui ne donnaient aucun motif à leur révocation. Il n'a pas été possible d'établir clairement le lien qui existait, si toutefois y en avait un, entre leurs révocations et l'affaire Laugel du fait qu'il y avait eu précédemment à leur sujet des allégations de corruption. On les avait ainsi accusés de s'être laissés soudoyer pour que des individus accusés de trafic de drogue soient libérés. Le commissaire du gouvernement a été transféré un mois après à Port-au-Prince pour occuper un poste de juge.
Tribunaux de paix de l'Artibonite
Au cours de la période examinée, la MICIVIH a visité 22
des 23 tribunaux de paix de l'Artibonite et a relevé que les principales
préoccupations évoquées par les juges de paix étaient
liées à la capacité limitée de la police pour faire
garder les tribunaux, escorter les juges lors de visites sur le terrain, procéder
à des arrestations dans des zones rurales et assurer le transfert des
détenus. Les juges avaient une telle peur de représailles en l'absence
d'une protection de la police, que cela avait semble-t-il des incidences sur
leur indépendance et leur impartialité et sapait leur détermination
à remplir leurs fonctions. Les juges ont signalé que les mandats
d'arrêt n'étaient pas exécutés ou que certaines arrestations
étaient faites de façon illégale par des personnes qui
n'en avaient aucun droit - comme les membres des Conseils administratifs de
section communale (CASEC) ou leurs adjoints - et que les retards dans le transfert
de détenus avait eu pour résultat que ces derniers étaient
détenus de façon prolongée dans de petits commissariats
de police dont les conditions de détention étaient parfois inadéquates.
Les juges ont reconnu que la police manquait de véhicules et de ressources.
Ils ont toutefois fait remarquer que, contrairement aux juges, les agents de
police - pour la plupart citadins - refusaient de se rendre à pied dans
des lieux éloignés ou d'utiliser une mule dans l'exercice de leurs
fonctions. Les juges ont également fait part de la difficulté
d'avoir un contact régulier avec le parquet, ce qui empêchait souvent
les juges travaillant dans les localités les plus éloignées
de transmettre les dossiers judiciaires au parquet dans les temps requis et
contribuait à la prolongation excessive des détentions en garde
à vue.
Impunité
En ce qui concerne la question de l'impunité en Haïti, le mois de septembre a une signification particulière avec l'anniversaire du coup d'état qui tombe à la fin du mois, le meurtre d'Antoine Izmery en 1993 ainsi que le massacre de l'église Saint Jean Bosco en 1988 qui se sont également produits en septembre. Parmi les activités marquant cette année le huitième anniversaire du coup d'état, la Fondation 30 septembre, qui est une association de défense des victimes, a organisé à la mairie de Port-au-Prince une exposition sur deux jours de photographies de la période du coup d'état ainsi qu'une messe célébrée sur le Champ de Mars. La messe a été interrompue par une manifestation à l'allure carnavalesque et aux tonalités quelque peu politiques et électorales rassemblant plusieurs centaines de personnes qui demandaient à ce que l'on rende justice aux victimes du coup d'état. Des activités ont également eu lieu dans les provinces et notamment à Mirebalais où s'est déroulée dans le calme une manifestation de plus de 40 personnes qui avait été organisée par la Fédération des victimes du coup d'état du 30 septembre de Mirebalais.
La MICIVIH a publié un communiqué de presse à la mémoire des victimes et a exprimé l'espoir que les leçons tirées du passé aideraient Haïti à aller de l'avant dans le processus actuel de démocratisation qui, bien qu'encore fragile et difficile, devrait être guidé par un esprit de dialogue, de tolérance ainsi que par l'Etat de droit. De nombreuses déclarations communiquées à l'occasion de la commémoration ont évoqué l'importance de la restitution de l'intégralité des documents concernant les FRAPH/FAd'H. Une délégation du Congrès américain, qui s'est rendue en Haïti en septembre, a retranscrit dans son rapport les conclusions de la Division du droit américain du Service de recherche du Congrès à savoir que les documents sont la propriété du Gouvernement haïtien, et qu'il est clair que leur saisie a violé l'esprit, sinon la lettre, du mandat de la Force multinationale. L'affirmation faite par le Département de la défense et les autres départements du Gouvernement américain selon laquelle les documents devaient être modifiés pour être conformes à la Privacy Act est sans fondement. Les documents devraient par conséquent être restitués sous leur forme originale [Traduction non officielle de la MICIVIH].
Lors d'une conférence de presse qui s'est tenue le 28 septembre, la MICIVIH a présenté son rapport intitulé La lutte contre l'impunité et pour la réparation, qui est le fruit de trois années de recherche à la fois sur le terrain et au siège. Le rapport examine la façon dont sont traités les cas de violations des droits de l'homme dans les tribunaux de cinq juridictions Port-au-Prince, Hinche, Mirebalais, Saint Marc et Gonaïves et analyse les causes de l'impunité. Ce rapport donne un tableau sombre des efforts consentis par l'Etat pour rendre justice aux victimes et à leurs familles et souligne le manque généralisé de volonté politique de la part non seulement des commissaires du gouvernement et des autorités judiciaires mais également de l'Etat et du Gouvernement pour examiner les questions relatives à l'impunité et à la réparation, notamment en ce qui concerne le manque de suivi des recommandations de la Commission nationale Vérité et Justice. Le rapport se termine par une série de recommandations à l'intention du Gouvernement et de la société civile. Le rapport a été soumis au Gouvernement en mai sous forme de projet.
Les procédures juridiques dans cas du massacre de Raboteau de 1994 ont
franchi un seuil critique avec la rédaction du réquisitoire définitif
et la notification aux prévenus de l'ordonnance de renvoi du dossier
aux assises criminelles par le Juge d'instruction (le 29 septembre). Treize
individus détenus à Pétionville ont été transférés
à la prison de Gonaïves, le 28 septembre, où
il y avait déjà 17 autres détenus. Le 30 septembre, la
MICIVIH a expliqué aux détenus quelles étaient les implications
juridiques de leur ordonnance de renvoi et leur droit à faire appel.
Des ordonnances de non lieu ont été émises pour manque
de preuve au bénéfice de 8 des 30 accusés détenus,
mais ceux-ci ont été maintenus en détention par le commissaire
du gouvernement, bien qu'aucun appel n'ait été formé contre
ces décisions de non-lieu. Le refus de les libérer était
illégal selon l'avis des juristes de la MICIVIH. Des membres du haut
commandement des FAd'H figuraient également parmi les individus accusés,
in absentia, d'être les instigateurs du massacre. Deux consultants
recrutés par la MICIVIH à la demande des autorités haïtiennes
ont transmis au Ministère de la Justice un rapport sur les aspects militaires
de cette affaire. L'Association des victimes de Raboteau a continué à
demander avec insistance que l'on remplace le commissaire du gouvernement qui
a, finalement, été révoqué. D'énormes obstacles
sur le plan procédural et organisationnel persistent qu'il faudra dépasser
pour que le procès puisse avoir lieu.
La Plate-forme des organisations haïtiennes des droits de l'homme (POHDH)
a organisé une série de réunions rassemblant des membres
de plusieurs organisations des droits de l'homme ainsi que des représentants
de la MICIVIH pour préparer une conférence internationale sur
l'impunité qui devrait se tenir en l'an 2000. L'idée de cette
conférence avait été proposée par le prix Nobel
de la paix Adolfo Perez Esquivel lors de sa visite en Haïti en avril. Jusqu'à
présent, quatre réunions ont eu lieu. La première de ces
réunions préparatoires, qui s'est tenue le 24 août et à
laquelle ont participé environ 20 membres d'organisations non gouvernementales
(ONG), s'est concentrée sur l'examen de cinq rapports sur l'impunité
à savoir: deux rapports du POHDH (Plan d'action contre l'impunité-1998,
et Violence, insécurité et droits de l'homme: Réflexions
et propositions-Juin 1999); un rapport du Mouvement d'appui aux victimes
de la violence (MAPVIV) distribué en juillet 1999 (Jalons pour une
politique de réparation); le rapport de 1999 de la MICIVIH; et un
rapport sur l'impunité de 1997 du Rapporteur spécial des Nations
Unies sur la question de l'impunité des auteurs des violations des droits
de l'homme (droits économiques, sociaux et culturels). Les réunions
qui ont suivi ont abordé des thèmes devant être examinés
durant la conférence ainsi qu'un certain nombre d'activités devant
se tenir dans les mois précédant la conférence.
PRISONS
Sur la base de statistiques recueillies pour la plupart en août et en septembre, la MICIVIH a relevé que la population carcérale se montait à 3888 détenus, parmi lesquels 3227 (soit 83%) étaient en détention préventive. En comparaison, la population carcérale se montait le trimestre dernier à un total de 3471 détenus, dont 3003 (soit 81%) étaient en détention préventive. La population carcérale actuelle inclut 167 femmes parmi lesquelles seules 26 ont été condamnées. Soixante-dix-sept mineurs se trouvaient également au nombre des détenus, parmi lesquels 13 avaient été condamnés.
Il est de plus en plus alarmant que les progrès accomplis dans le programme
de réforme carcérale risquent d'être compromis si la gestion
et la coordination ne s'améliorent pas tant au niveau national, notamment
en ce qui concerne l'approvisionnement en nourriture (voir ci-après),
qu'au niveau des prisons elles mêmes. Ces problèmes sont exacerbés
par le fait que les prisons continuent à être surpeuplées
à la fois à cause de la prolongation des détentions préventives
et du nombre élevé d'individus mis en détention. Les prisons
des Cayes, de Grande Rivière du Nord, Port-de-Paix et
Cap Haïtien, figuraient parmi celles qui étaient
dans l'ensemble mal gérées. Dans de nombreuses prisons, les fonctionnaires
de la DAP chargés de la supervision, les inspecteurs et les gardiens
avaient du mal à essayer d'assurer, malgré un faible appui logistique,
des conditions de détentions acceptables. Les observateurs ont estimé
que la prison de Anse-à-Veau était bien tenue,
en termes de conditions de détentions, d'approvisionnement en nourriture,
de soins médicaux et de mise à jour des registres de rétention.
|
POPULATION CARCÉRALE |
||||
| Prison | Date de la visite | Pop. totale | Total en détention préventive | En dét. prév. depuis >1 an |
| Anse à Veau | 26/8/99 | 35 | 27 (77%) | 4 |
| Aquin | 36257 | 51 | 48 (94%) | 3 |
| Cap-Haïtien | 36199 | 204 | 154 (75%) | 75 |
| Carrefour | 15/7/99 | 82 | 73 (89%) | 21 |
| Delmas | 30/9/99 | 38 | 38 (100%) | 0 |
| Fort-Liberté | 36169 | 91 | 78 (86%) | 19 |
| Fort National (P-au-P) | 15/9/99 | 118 | 112 (95%) | 24 |
| Gonaïves | 36227 | 252 | 183 (73%) | 75 |
| Gde-Rivière du Nord | 17/9/99 | 34 | 25 (74%) | 0 |
| Hinche | 36379 | 118 | 78 (66%) | 12 |
| Jacmel | 36257 | 132 | 95 (72%) | N/A* |
| Jérémie | 20/9/99 | 145 | 105 (72%) | 15 |
| Les Cayes | 36411 | 116 | 105 (91%) | 5 |
| Mirebalais | 23/9/99 | 93 | 39 (42%) | 0 |
| Pénitencier National | 22/7/99 | 1933 | 1708 (88%) | N/A* |
| Pétionville | 25/8/99 | 124 | 112 (90%) | 56 |
| Petit-Goâve | 36349 | 97 | 71 (73%) | 5 |
| Port-de-Paix | 36169 | 121 | 89 (74%) | N/A* |
| Saint Marc | 28/7/99 | 104 | 87 (84%) | 14 |
|
TOTAL |
3888 | 3227 (83%) | ||
* chiffres incomplets.
DAP et respect des droits de l'homme
Huit incidents ont été rapportés ce trimestre au cours desquels des allégations de mauvais traitements en milieu carcéral ont été faites par une vingtaine de détenus (Les Cayes, Cap Haïtien, Gonaïves, Grande Rivière du Nord et au Pénitencier National) qui ont déclaré avoir été giflés ou battus par des gardiens de prison. Dans la majorité des cas, les coups étaient donnés en guise de punition, en violation de l'article 125 du règlement interne des établissements pénitentiaires de la DAP qui interdit les punitions corporelles. Parmi les cas relevés figuraient ceux de deux détenus aux Cayes et de 11 des 25 détenus transférés des Cayes au Pénitencier National dont il est question ci-après. Les onze détenus ont déclaré avoir été battus et piétinés par des gardiens à leur arrivée à la prison. Ils ont subi les mêmes sévices mais plus violemment le lendemain. Nombreux d'entre eux avaient sur leur corps les marques, dans certains cas inquiétantes, des mauvais traitement reçus. Les autorités pénitentiaires ont fait des déclarations contradictoires. Ainsi, un responsable a déclaré que les détenus étaient arrivés à la prison dans cet état tandis que d'autres ont affirmé que ceux-ci s'étaient battus entre eux. Des soins médicaux ont été donnés aux détenus blessés seulement après l'intervention de la MICIVIH.
Au moins deux cas de traitements dégradants ont été signalés. A la prison de Gonaïves, on a puni un détenu pour avoir mis dans sa poche une pièce de cinq gourdes qu'il avait trouvée en le forçant à se rouler dans la boue dans la cour de la prison. Au cours d'une visite à Port-de-Paix le 6 septembre, la MICIVIH a trouvé deux détenus, laissés entièrement nus, sans matelas ni quelque objet que ce soit dans une cellule disciplinaire où on leur refusait l'accès aux latrines. Les deux détenus ont été retirés de cette cellule après que la MICIVIH a fait part de ses inquiétudes au sujet des conditions déplorables de détention.
Seul un gardien de la DAP a été sanctionné pour avoir
été responsable de mauvais traitement au cours de la période
à l'examen. Il a été placé en isolement le 1er septembre
en attendant les résultats d'une enquête sur les accusations portées
à son encontre selon lesquelles il aurait battu un détenu au Pénitencier
National pour le punir d'avoir refusé de se rendre au tribunal avec des
menottes. A Gonaïves, un gardien qui était
déjà impliqué dans une punition infligée à
26 détenus en juin (voir Droits de l'homme, Avril-Juin 1999) a
été mis en cause avec un de ses collègues suite aux allégations
selon lesquelles ils auraient tous deux frappé trois des accusés
dans le massacre de Raboteau (voir la section "Impunité" ci-dessus) peu
après leur transfert de Port-au-Prince à la prison de Gonaïves,
le 28 septembre. Le coordinateur de la prison locale s'occupe actuellement de
surveiller le comportement du gardien de la DAP concerné.
|
FEMMES ET MINEURS EN PRISON |
|||||
| Prison | Date de la visite | Femmes | Mineurs | ||
| Total | Condamnées | Total | Condamnés | ||
| Anse-à-Veau | 26/8/99 | 1 | 0 | 1 | 0 |
| Aquin | 36257 | 1 | 0 | 0 | 0 |
| Cap-Haïtien | 36199 | 8 | 1 | 5 | 2 |
| Carrefour | 15/7/99 | 5 | 0 | 5 | 2 |
| Delmas | 30/9/99 | 0 | 0 | 1 | 0 |
| Fort-Liberté | 36169 | 1 | 1 | 2 | 0 |
| Fort National | 15/9/99 | 88 | 6 | 30 | 0 |
| Gonaïves | 36227 | 4 | 0 | 7 | 2 |
| Gde-Rivière du Nord | 17/9/99 | 0 | 0 | 1 | 1 |
| Hinche | 36379 | 6 | 3 | 3 | 0 |
| Jacmel | 36257 | 4 | 1 | 3 | 0 |
| Jérémie | 20/9/99 | 7 | 0 | 6 | 0 |
| Les Cayes | 36411 | 10 | 2 | 1 | 0 |
| Mirebalais | 23/9/99 | 5 | 1 | 1 | 0 |
| Pétionville | 25/8/99 | 2 | 2 | 2 | 1 |
| Petit-Goâve | 36349 | 7 | 6 | 2 | 2 |
| Port-de-Paix | 36169 | 10 | 3 | 4 | 0 |
| Saint Marc | 28/7/99 | 8 | 0 | 3 | 3 |
| TOTAL | 167 | 26 (16%) | 77 | 13 (17%) | |
A Hinche, un gardien de prison, suspendu depuis plus d'un
an à cause des mauvais traitements qu'il avait infligé aux détenus
et à qui on a officiellement interdit de travailler à la prison,
continuerait parait-il à toucher son salaire. Il a été
vu le 8 août dans l'enceinte de la prison en train d'insulter les détenus
lors d'une visite de la MICIVIH.
Les conditions de détention dans les prisons
A Carrefour, Cap Haïtien, Saint-Marc, Delmas, Pétionville,
Port-de-Paix, Les Cayes, Aquin et Arcahaie, les détenus
ont été autorisés à sortir de leur cellule uniquement
pour se laver, parce que, selon les autorités pénitentiaires,
il n'y avait pas suffisamment de gardiens pour les surveiller ou que la sécurité
était insuffisante dans les cours des prisons. De sérieuses inquiétudes
ont été exprimées quant à la présence prolongée
de détenus - auxquels on ne permettait pas de faire de l'exercice - dans
des cellules parfois surpeuplées et dans certains cas peu ventilées
ou éclairées, à l'intérieur desquelles des seaux
servaient de latrines. Dans la prison d'Aquin par exemple,
44 détenus étaient entassés dans deux petites cellules
et devaient partager les matelas. Les détenus étaient également
obligés de partager des matelas à Fort Liberté,
où les adultes, les mineurs et les malades étaient détenus
ensemble. Ceux-ci étaient toutefois autorisés à sortir
de leurs cellules à certains moments au cours de la journée. Lors
d'une visite en août à la prison de Delmas, la
MICIVIH a relevé qu'il y avait 54 détenus dans trois cellules
alors que celles-ci ne pouvaient contenir que trois matelas chacune. Les détenus
dormaient à tour de rôle. A la fin du mois de septembre, les conditions
de détention s'étaient quelque peu améliorées du
fait que le nombre des détenus était tombé à 40.
Les détenus à Gonaïves, Mirebalais et Jérémie
ont été régulièrement autorisés à
passer du temps hors de leurs cellules. A Hinche, les détenus
ont déclaré à la MICIVIH que, suite au transfert de sept
détenus causeurs de trouble au nombre desquels figuraient deux anciens
policiers qui avaient fait une tentative d'évasion le 22 septembre, les
conditions de détention s'étaient améliorées et
qu'ils étaient autorisés à passer des périodes relativement
longues dans la cour de la prison. La fourniture de matelas supplémentaires
a permis d'améliorer les conditions de détention à Cap
Haïtien et à Mirebalais.
Un manque d'eau a été signalé à Saint-Marc,
Port-de-Paix, Jacmel et Fort Liberté bien que
l'on ait reconnu qu'il était en partie lié à un problème
d'alimentation en eau de ces villes. A Jérémie,
le système des eaux, qui avait été réparé
en février, a une nouvelle fois été interrompu, obligeant
l'inspecteur à aller chercher de l'eau à l'extérieur de
la prison. Le Comité international de la Croix rouge (CICR) a informé
la MICIVIH qu'il finançait trois projets destinés à améliorer
les conditions sanitaires dans quatre prisons à savoir
Aquin, Les Cayes, Hinche et Port-de-Paix qui
devraient être menés à bien d'ici la fin de l'année.
Les projets en question ont pour objectif d'assurer la réparation ou
la construction de latrines et de veiller au bon fonctionnement des systèmes
d'alimentation en eau. Les conditions sanitaires au Pénitencier
National se sont détériorées lorsque des fosses
sceptiques ont débordé du fait que celles-ci n'avaient pas été
vidées depuis trois mois, rendant ainsi les conditions de détention
dangereuses pour la santé. L'amélioration des conditions sanitaires
a souvent été liée à l'approvisionnement par le
CICR en produits de nettoyage et en désinfectants.
De même qu'au cours des trimestres précédents, des cas
de maladies de peau qui se sont aggravées à cause de la
surpopulation, de la saleté des cellules, du manque d'eau pour se laver
et d'exercice à l'extérieur des cellules ont été
signalés dans de nombreuses prisons, notamment au Pénitencier
National et au Fort National, à Port-de-Paix,
Cap Haïtien, Carrefour, Saint Marc, Hinche, Arcahaïe
et Pétionville. Un responsable de la police de Port-de-Paix
a attribué le meilleur état de santé des femmes en détention
en partie au fait qu'elles passaient du temps hors de leurs cellules alors que
les hommes n'étaient pas autorisés à quitter les leurs
pour des raisons de sécurité.
Incidents à la prison des Cayes
La surpopulation et les conditions généralement déplorables
de détention, notamment à cause de l'absence de latrines et de
douches, ainsi que le caractère inadéquat du traitement médical
ont été identifiés comme des facteurs ayant contribué
à une rébellion à la prison des Cayes.
Celle-ci a semble-t-il été déclenchée le 23 juillet
à la suite du passage à tabac par des gardiens de deux détenus
qui avaient, le jour même, tenté de s'échapper en montant
sur le toit. Tous les détenus ont réussi à sortir de leurs
cellules et se sont rassemblés dans la cour de la prison pour protester.
Ils y sont restés pendant la plus grande partie de la journée
jusqu'à ce que le Directeur départemental de la police et le commissaire
du gouvernement réussissent finalement à les persuader de retourner
calmement dans leurs cellules.
Afin de réduire le nombre des détenus (qui se montait à
108 au moment de la rébellion), 10 d'entre eux dont les peines étaient
presques purgées ont été relâchés au cours
des jours suivants, et 15 autres détenus qui étaient condamnés
à de longues peines ont été transférés des
Cayes au Pénitencier National de Port-au-Prince.
Parmi ces derniers, il a été signalé que onze détenus
ont été battus à leur arrivée (voir ci-dessus).
Les autorités judiciaires des Cayes ont déclaré à
la MICIVIH qu'elles craignaient que d'autres troubles ne se produisent si des
mesures urgentes n'étaient pas prises pour augmenter le nombre de gardiens
et améliorer les conditions de détention dans la prison. Le Directeur
exécutif de la MICIVIH a écrit au Ministre de la Justice le 27
juillet en joignant un aide-mémoire sur les passages à tabac qui
auraient été infligés aux détenus, et a recommandé
que les hauts fonctionnaires de la DAP à Port-au-Prince se rendent de
façon urgente à la prison des Cayes du fait de la gravité
de la situation. Jointes à ce courier figuraient également les
copies de deux lettres que la MICIVIH avait adressées au Directeur de
la DAP en août et en novembre 1997 pour lui faire part de ses inquiétudes
au sujet de la surpopulation et des mauvaises conditions sanitaires à
la prison des Cayes et de leurs implications en matière de sécurité.
Au début du mois d'août, un représentant du CICR s'est
rendu à la prison avec un Directeur technique de la DAP. A la suite de
cette visite, il a été décidé que le CICR apporterait
son appui pour la construction de latrines et de douches ainsi que la rénovation
des cellules et que les travaux commenceraient en octobre. Au début du
mois de septembre, le CICR a réapprovisionné le dispensaire de
la prison et distribué du dentifrice, du papier hygiénique et
des seaux dans les cellules.
Le nombre des détenus a augmenté et se portait à 116 au
9 septembre, ce qui correspond à huit détenus de plus qu'au moment
de la rébellion. A la fin de la période examinée, la prison
n'avait cependant toujours pas reçu de gardiens supplémentaires.
A cause d'un manque de personnel et des risques d'évasion qui en découlent,
les gardiens ont déclaré à la MICIVIH qu'ils ne laissaient
pas les détenus sortir des cellules pour faire de l'exercice. Deux détenus
se sont échappés dans la matinée du 24 septembre par un
trou qu'ils avaient fait dans le toit. Les autorités pénitentiaires
ont rapporté que, à la suite de nouveaux troubles qui ont éclaté
à la prison dans la nuit du 29 septembre, neuf détenus avaient
été transférés au Pénitencier National.
Approvisionnement en nourriture
Des inquiétudes de plus en plus vives en ce qui concerne l'approvisionnement
des prisons en nourriture, et notamment la menace d'une augmentation des cas
de malnutrition, ont été exprimées par les détenus,
le CICR, les observateurs et les autorités pénitentiaires surtout
à la suite de la cessation fin septembre de l'accord passé avec
le Bureau de nutrition et de développement (BND), une ONG Néerlandaise,
qui correspondait à 75% du ravitaillement en vivres. Des solutions de
remplacement pour l'approvisionnement et la livraison de nourriture ont été
recherchées par les autorités de la DAP et un système temporaire
de remplacement a été mis en place. Malgré cela, la cessation
de cet accord semble déjà avoir des incidences négatives.
Les détenus à Jacmel, Cap Haïtien, Mirebalais
et Saint-Marc ont rapporté qu'ils avaient eu un seul
repas par jour en septembre. A Jérémie et à
Port-de-Paix, les repas ont varié entre un et deux par
jour, suivant le ravitaillement et le niveau des réserves en nourriture.
Le CICR a acheté en septembre de la nourriture supplémentaire
pour la prison des Cayes dont les réserves étaient
en train de s'épuiser. Les détenus de cette prison n'avaient qu'un
seul repas par jour qui comprenait rarement des produits frais. Les rations
alimentaires ont été réduites de moitié à
la prison de Carrefour. Le lait et le pain ont été
retirés des repas de la prison du Fort National. L'intendance
en matière de nourriture a semblé être bien gérée
à Pétionville et à Delmas.
Les détenus de Petit Goâve avaient quant à
eux deux repas par jour en septembre. Lors de la visite de la MICIVIH en août,
ceux de Anse-à-Veau avaient également deux repas
par jour. Les détenus de Fort Liberté avaient
aussi deux repas par jour mais on ne leur donnait pas d'aliments de base.
A Gonaïves, les détenus qui ne faisaient pas partie du programme alimentaire d'urgence pour les détenus sous-alimentés, mis en place avec le soutien du CICR, n'avaient qu'un seul repas par jour. Le nombre de ceux qui suivaient ledit programme - auxquels on donnait un repas supplémentaire constitué d'une bouillie faite de farine de maïs, de soja, de lait en poudre, d'huile et de sucre - est tombé de 92 en juin à 68 en septembre, suite à la libération de détenus et du fait que l'on a estimé par la suite que ceux qui suivaient initialement le programme ne souffraient plus de malnutrition.
Alors que cette amélioration à Gonaïves est encourageante,
bien que restant modeste, la situation en ce qui concerne la malnutrition dans
les autres prisons (à l'exception du Pénitencier National où
un programme alimentaire d'urgence a été mis en place en mars)
devrait être examinée avec soin, surtout du fait que les réductions
de l'approvisionnement en nourriture risquent d'avoir de graves conséquences
sur la santé des détenus.
Soins aux détenus malades
La qualité des services médicaux disponibles a été
variable et a dépendu d'un certain nombre de facteurs incluant notamment
la capacité professionnelle et la bonne volonté des infirmières
de la prison, la disponibilité des fournitures médicales, des
transports et des gardiens de prison pour escorter les détenus à
l'hôpital. A cause du manque de gardiens, les responsables de la prison
doivent souvent faire face à un dilemme, à savoir, soit laisser
le détenu malade à l'hôpital sans qu'un gardien ne le surveille
ou soit le laisser en prison sans soins. Dans au moins trois prisons, une attitude
négligente des infirmières ou leur absence fréquente a
été signalée aux autorités.
En juillet, un nouveau chef du service médical a pris ses fonctions
à la DAP, ce poste étant resté vacant depuis le mois d'octobre
1998, et a entamé une série de visites des prisons. Celui-ci est,
entre autres, chargé de former les infirmières des prisons et
de s'assurer que les fournitures médicales nécessaires sont mises
à la disposition des prisons. Des améliorations ont été
relevées au Fort National où l'on a nommé
deux autres spécialistes médicaux. A la suite d'une visite à
Cap Haïtien, où les observateurs de la MICIVIH s'étaient
plaints à plusieurs reprises du manque de soins médicaux, un accord
a été passé avec un hôpital local pour qu'un médecin
puisse se rendre régulièrement à la prison et soigner les
cas les plus graves.
Le CICR a envoyé des fournitures médicales dans plusieurs prisons
au cours de ce semestre, permettant ainsi de réapprovisionner les réserves
qui, dans certains cas, étaient déjà épuisées,
comme à Mirebalais. Les prisons de Jérémie
et des Cayes ont également reçu des fournitures
médicales. Par ailleurs, grâce à l'achat par le CICR d'une
chaise de dentiste mobile, le dentiste de la DAP pourra se rendre dans certaines
prisons de province ainsi qu´à celles de Port-au-Prince où
il était jusqu'à présent basé.
Maintien des registres
Il a été relevé que les dossiers et les registres étaient
bien tenus dans les prisons de Gonaïves, Saint Marc, Mirebalais,
Les Cayes, Anse à Veau et Cap Haïtien.
Des problèmes particuliers ont été relevés au
Pénitencier National où les registres comptaient 300
détenus de plus que lorsque ces derniers étaient physiquement
comptés par les gardiens de la prison. Les observateurs se sont également
inquiétés du fait qu'il n'existait pas de registre pour les détenus
en isolement, comme cela l'était exigé par le règlement
de la DAP, et que des abus pouvaient y être perpétrés plus
facilement du fait d'un manque de contrôle. Les observateurs ont fait
plusieurs fois part de leurs préoccupations à ce sujet aux autorités
pénitentiaires. Le manque d'organisation des registres et des dossiers
au centre de détention d'Arcahaie est également
une source d'inquiétude. Les registres de Jérémie
ne sont pas mis à jour systématiquement et il est parfois difficile
de trouver les dossiers. La Direction de l'administration pénitentiaire
a commencé un programme de formation des employés des prisons
chargés des registres qui a été interrompu avec la fermeture
du centre de formation de la DAP à la fin de 1998 (voir ci-après).
Formation/Assistance pour les responsables de la Direction de l'administration
pénitentiaire (DAP)
Un observateur de la MICIVIH a été détaché presque
à plein temps à la DAP au cours du mois de septembre pour donner
une assistance technique et une formation aux 10 assistants légaux de
la DAP qui avaient réussi à faire quelque peu avancer l'instruction
de dossiers au niveau des tribunaux de paix mais beaucoup moins au niveau du
parquet ou des cabinets d'instruction.
Plus de neuf mois après la fermeture du centre de formation de la DAP,
une solution de remplacement n'a toujours pas été trouvée.
De ce fait, plus de 100 personnes qui avaient été sélectionnées
n'ont toujours pas commencé leur formation de gardien de prison. La MICIVIH
avait organisé pour les groupes précédents des sessions
de formation portant sur les questions des droits de l'homme. Six inspecteurs
et 29 responsables de l'encadrement qui avaient déjà été
nommés au cours de l'année, et attendaient une formation supplémentaire,
n'ont toujours pas été envoyé à leurs nouveaux postes
et ce, malgré un besoin de personnel d'encadrement dans le système
pénitentiaire. Par ailleurs, les gardiens de prison du Pénitencier
National ont reçu une formation supplémentaire, organisée
par le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD) qui portait
sur la façon de réagir aux urgences en matière de sécurité
à la prison.
SOCIETE CIVILE
Documentaire de la MICIVIH
Dans le cadre de ses activités de promotion des droits de l'homme, la
Mission a lancé la version créole d'un documentaire réalisé
par le chef de l'Unité de presse et d'information et intitulé
Chemen an long: Dwa Moun ann Ayiti qui sera également disponible
en anglais (A work in Progress: Human Rights in Haïti) et en français
(Oeuvre inachevée: droits de l'homme en Haïti). Plusieurs
centaines de personnes - parmi lesquelles se trouvaient des responsables du
gouvernement, de la police et de la justice, des membres d' ONG, et des artistes
- ont assisté, le 30 septembre, à la première de la projection
du documentaire à Port-au-Prince. Celui-ci a également
été projeté le même jour à Mirebalais,
Jacmel, Gonaïves, Port-de-Paix, Cap Haïtien et aux
Cayes. La vidéo, d'une durée de 50 minutes, porte sur
la longue lutte pour les droits de l'homme et la dignité en Haïti,
les réformes institutionnelles actuellement en cours et les activités
de la MICIVIH qui contribuent au renforcement des institutions ainsi qu'à
la protection et à la promotion des droits de l'homme.
Education civique dans les écoles
Le Gouvernement haïtien a pris des mesures importantes pour favoriser
le développement de l'éducation civique dans les écoles
en organisant, les 27 et 28 septembre, une conférence sur l'éducation
et la citoyenneté. Cette conférence de deux jours a été
à l'origine d'un ambitieux programme d'activités pour promouvoir
la sensibilisation et les échanges de vues en ce qui concerne la nécessité
de réformer le système éducatif afin que l'éducation
civique soit inclue dans les programmes et que l'enseignement soit conçu
de façon à respecter les valeurs civiques. Le document principal
pour la conférence était un projet de programme d'études
pour les écoles, quelque soit leur niveau, intitulé Education
à la citoyenneté, qui avait été préparé
par le Ministère de l'Education. Les groupes de travail ont examiné
trois questions particulières à savoir: le rôle de l'école
pour développer la conception de citoyenneté, l'école comme
lieu de prédilection pour apprendre les valeurs d'égalité,
et la fonction de l'école par rapport aux libertés individuelles
et collectives. Environ 250 enseignants d'écoles publiques et privées,
des délégations d'étudiants et des représentants
du gouvernement ont participé à la conférence. Celle-ci
avait bénéficié de l'aide de la MICIVIH, qui s'était
chargée de distribuer des documents aux participants, et de l'Organisation
des Nations Unies pour l'éducation, les sciences et la culture (UNESCO).
Formation pour les Organisations non gouvernementales (ONG)
La réduction du personnel de la MICIVIH, en juin, a eu des incidences
graves sur ses activités de promotion des droits de l'homme du fait que
la plupart de ses programmes ont été suspendus. Malgré
cette situation, la Mission continue à accorder une importance primordiale
à la formation des formateurs et au renforcement des capacités
des ONG qui se consacrent à la promotion des droits de l'homme ainsi
que des autres ONG. Les activités de la MICIVIH ont porté de façon
prioritaire sur le renforcement d'un réseau national de comités
inter-ONG chargés de surveiller les conditions de détention dans
les prisons et les commissariats de police. En juillet, la MICIVIH a contribué
à organiser et à dispenser une formation d'une semaine pour les
membres de ce réseau qui a porté, entre autres, sur le concept
de violations des droits de l'homme, le système judiciaire, les études
de cas particuliers et les expériences des différents participants
au cours de leurs visites de prisons. Les obstacles auxquels font face les comités
sont souvent considérables, notamment à cause d'un manque de ressources
et d'une difficulté à avoir parfois accès aux prisons.
Des sessions de formation ont continué à être organisées
à l'intention des membres du réseau. Des formations ont été
offertes chaque semaine à un groupe d'avocats et d'assistants légaux
membres du comité de Gonaïves. Le nombre de ceux
qui suivent régulièrement ces sessions a augmenté, passant
de 5 à 13, du fait que de nouveaux membres - tous étudiants en
droit- y ont participé. Les sessions ont porté sur le développement
de modèles de rapports, les principes concernant l'utilisation de la
force et des armes à feu par les représentant des forces de l'ordre,
et la façon de préparer des avant projets. En septembre, les membres
du comité de Port-de-Paix ont suivi la session de formation
mensuelle du comité de Gonaïves pour échanger des informations
et des idées et bénéficier de la plus grande expérience
de ce dernier.
Le comité chargé de surveiller les conditions de détention
dans les prisons et les commissariats de police, que la MICIVIH a aidé
à mettre en place à Jérémie, a
accompagné les observateurs au cours de plusieurs de leurs enquêtes
en août. Le 1er septembre, les membres du comité ont évoqué,
au cours d'une conférence de presse, l'apparente illégalité
de l'arrestation, le 16 août, de six personnes et de leur transfert à
la prison sur l'ordre du parquet une semaine après et ce, sans même
avoir comparu devant un juge.
La coordinatrice du Bureau de la MICIVIH à Port-au-Prince
a organisé une formation d'une journée portant sur les techniques
d'enquête à 35 moniteurs des droits de l'homme travaillant dans
différentes parties du pays, dans le cadre du programme de formation
de la Coalition nationale pour les droits haïtiens. La MICIVIH collabore,
depuis 1995, à ce programme qui organise chaque année plusieurs
sessions de formation. Le 30 septembre, la Coordinatrice du Bureau régional
de la MICIVIH basé à Gonaïves a rencontré
30 représentants de Justice et Paix - une organisation catholique pour
les droits de l'homme - qui travaillent dans les départements du Nord-Ouest
et de l'Artibonite ainsi qu'au siège cette organisation à Port-au-Prince
et étaient de passage à Gonaïves pour suivre une formation
d'une semaine. La Coordinatrice a évoqué le travail de la MICIVIH,
notamment le type d'assistance technique et de formation qui sont proposées
aux militants haïtiens pour la défense des droits de l'homme en
Haïti, et a ensuite répondu à de nombreuses questions qui
portaient sur la façon d'agir face aux violations des droits de l'homme
et avec les victimes.
La MICIVIH a rencontré aux Cayes quelque 18 ONG afin de planifier une série de sessions de formation destinées aux formateurs. Vingt-neuf personnes ont participé à ces sessions qui ont débuté en septembre. Le programme se compose de 8 modules de quatre heures chacun, dirigés par une formatrice haïtienne, qui portent notamment sur les droits de l'homme, les droits civils et politiques en démocratie, les élections, les droits des femmes et des enfants, les techniques pour diriger des séminaires, et l'identification des personnes, organisations et institutions à contacter en cas de violation des droits de l'homme.
Préparé par l'Unité de Coordination,
Analyse et Rapports (UCAR)
Mission Civile Internationale en Haïti OEA/ONU
Misyon Sivil Entènasyonal ann Ayiti OEA/ONU
Boîte Postale 1602, Port-au-Prince, Haïti
(509) 246-2025 ou (1) 212-963-9921