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avril - juin 1999 |
| Rapport trimestriel de la Mission Civile Internationale en Haïti OEA/ONU (MICIVIH) |
Droits de l'Homme en Haïti est un rapport
trimestriel rédigé par la MICIVIH. Ce document offre une vision
d'ensemble du travail de la police, dans les prisons et du système judiciaire
en Haïti, pris sous l'angle du respect des droits de l'homme. L'élaboration
de ce rapport renvoie aux activités de la Mission, tant au siège
central que dans les bureaux régionaux; activités relatives aux
trois volets de son mandat, la vérification, le renforcement institutionnel
et la promotion des droits de l'homme.
CONTEXTE GÉNÉRAL
La situation générale des droits de l'homme a subi les effets
défavorables de la polarisation et des tensions générées
par les manuvres politiciennes à l'approche de la période électorale,
et aussi d'un certain nombre d'incidents sérieux s'inscrivant en violation
du droit à la vie (en particulier, l'exécution sommaire de 11
personnes par la police à Carrefour-Feuilles) et des libertés
fondamentales de rassemblement et d'expression. L'exemple le plus frappant de
violation de ces dernières a été la dispersion par des
manifestants pro-Aristide d'un rassemblement organisé le 28 mai par le
secteur privé et appuyé par un large éventail des représentants
de la société civile. En outre, la continuation d'une série
de manifestations de rue violentes, caractérisées par des actes
de vandalisme et des attaques contre la propriété privée,
notamment contre les marchands de rue, a constitué une source croissante
de préoccupations, contribuant ainsi au sentiment d'érosion de
l'autorité de l'état, et renforçant encore la perception
largement répandue de l'insécurité. Ces problèmes
ont été aggravés par une campagne orchestrée contre
la Direction de la police par Fanmi Lavalas et les groupes apparentés,
et des protestations, parfois violentes, contre les directeurs de plusieurs
organismes publics comme la Direction Générale des Impôts,
l'Autorité Portuaire Nationale et l'aéroport.
L'assassinat par balle le 20 avril au Bel Air de Michel-Ange PHILLIS, partisan
de Fanmi Lavalas, également connu sous le nom de "Bora", a déclenché
une des premières émeutes sérieuses, suite à la
diffusion de rumeurs selon lesquelles la police était responsable de
la mort de cet individu. Des informations ultérieures suggérèrent
que le meurtre était le résultat d'une querelle entre la victime
et un marchand de rue. Des rumeurs (parfois fondées, parfois non fondées)
laissant croire que la police avait été responsable d'autres assassinats
ont également été utilisées comme prétexte
pour d'autres incidents donnant lieu à des violences de rue. La riposte
de la police aux manifestations a été généralement
modérée, souvent en présence de provocations considérables.
Dans certains cas, l'absence d'intervention de la police a soulevé des
questions sur sa neutralité, en particulier lorsqu'elle n'est pas intervenue
pour arrêter les contre-manifestants pro Fanmi Lavalas, qui perturbaient
violemment le rassemblement organisé le 28 mai par la Chambre de Commerce
et d'autres organisations. Peu de temps après le début de la manifestation,
qui avait reçu une autorisation préalable, le Directeur Départemental
de police de l'Ouest en ordonna la dispersion. Le commissaire de police de Port-au-Prince,
arrêté par la suite pour une série de meurtres (voir plus
loin), aurait été impliqué dans l'arrestation et la bastonnade
d'un journaliste qui photographiait un autre individu en train d'être
passé à tabac par les agents de la CIMO à la fin de la
manifestation. D'autres journalistes qui portaient secours à leur collègue
furent également bousculés par des agents de la CIMO (voir plus
loin). A la suite de la manifestation, la MICIVIH a publié un communiqué
de presse condamnant la violation des libertés d'expression et de rassemblement
par les contre-manifestants, invitant Fanmi Lavalas à rappeler ses activistes
à l'ordre, et exhortant les personnalités influentes de la communauté
à user de leur autorité pour prévenir la violence.
Une des conséquences de la détérioration de la situation
politique a été la multiplication des rapports de menaces, d'actes
d'intimidation et de harcèlement, bien qu'aucun de ces cas n'ait été
directement lié aux autorités de l'Etat. Le Président de
la Chambre de Commerce, qui avait reçu des menaces de mort avant et après
la manifestation du 28 mai, a temporairement quitté le pays accompagné
de sa famille par crainte pour la sécurité des siens. Beaucoup
de ces actes ont été attribués par certains secteurs politiques
à Fanmi Lavalas, bien qu'il ait été impossible d'identifier
les coupables dans la plupart des cas, en particulier dans le cas des tracts
de menace et des allégations d'appels téléphoniques anonymes.
Au cours de cette période, cependant, il paraissait de plus en plus clair
que la campagne contre le Secrétaire d'Etat à la Sécurité
Publique, Robert Manuel, et contre la direction de la PNH était liée
à Fanmi Lavalas, surtout sur la base des déclarations publiques
des dirigeants de Fanmi Lavalas, appelant à leur destitution, comme la
découverte de tracts dans le véhicule d'un activiste de cette
organisation (voir plus loin).
Les militants des droits de l'homme ont de nouveau été la cible
du harcèlement. Au début du mois de juin, des tracts contenant
des menaces ont été distribués à diverses organisations,
dont l'Institut culturel Karl Lévêque, la Plateforme des organisations
haïtiennes des droits de l'homme et Sosyte Animasyon Kominikasyon Sosyal
(SAKS), un réseau de radiodiffusion communautaire. Les tracts renfermaient
des noms et donnaient des détails personnels sur certains des militants
et appelait la population à fournir des informations sur leurs déplacements
à destination et en provenance du lieu de travail, par exemple, et les
écoles fréquentées par leurs enfants. Ces organisations
ont continué de travailler, malgré ces menaces. Le lauréat
argentin du prix Nobel pour la paix, Adolfo Pérez ESQUIVEL, a visité
Haïti sur invitation de la MICIVIH du 8 au 11 avril, afin d'exprimer surtout
son soutien et sa solidarité aux organisations des droits de l'homme
soumises aux menaces, intimidations et violences (voir le Rapport sur les
Droits de l'Homme, Janvier-Mars 1999). Dans ses déclarations publiques
et ses rencontres avec le Président Préval et d'autres autorités,
il a fait part de ses préoccupations quant au climat de violence et a
indiqué que les menaces contre les militants pour les droits de l'homme
constituait une érosion de la démocratie haïtienne.
Quelques représentants de partis politiques se sont aussi plaints d'avoir
été ciblés, parmi eux trois anciens députés
OPL qui ont quitté le pays en avril, après que le domicile de
l'un d'eux à Port-au-Prince eût été mitraillé
de nuit selon ses déclarations. Le 18 juin, l'Institut Républicain
International a annoncé qu'il mettait un terme à son programme
en Haïti par suite de ses "inquiétudes relatives à
sa sécurité", compte tenu de la "recrudescence des actes d'intimidation"
auxquels était confronté son personnel. Une chronologie de ces
incidents à partir de 1998 a été rendue publique. Parmi
les incidents signalés figure celui d'une organisation populaire de Port-au-Prince
ayant déclaré à l'IRI qu'elle avait reçu des menaces
de Fanmi Lavalas à cause de sa participation aux « forums de
dialogue » de cet Institut. La fermeture temporaire par suite de menaces
du Fond pour les Droits de l'Homme (Fon Dwa Moun), qui bénéficie
d'un financement américain, a été également signalé.
Dans d'autres régions du pays, un tract proférant des menaces
a circulé aux Cayes à la veille de l'inauguration du Forum démocratique
du Sud, organisation mise en place par l'ancien député Gabriel
Fortuné. Le tract accusait les organisateurs d'être des macoutes
et adressait des mises en garde aux personnes pour que celles-ci restent à
l'écart de la cérémonie d'inauguration. Celle-ci eut lieu
sans incident et accueillit quelques 400 participants. A Mirebalais, trois actes
d'incendie criminel ont été rapportés entre le 25 et le
31 mai: le véhicule du délégué départemental
a été incendié et des individus auraient essayé
d'incendier la maison du doyen. Un bâtiment scolaire a aussi été
incendié. Des tracts pro Fanmi Lavalas et hostiles à l'OPL et
à la police avaient été distribués au cours des
nuits où les incidents se sont déroulés.
La MICIVIH a également reçu plusieurs rapports d'actes d'intimidation
et de menaces de mort échangés entre les membres de deux organisations
politiques de la Grand'Anse, Kowodinasyon Resistans Grandans (KOREGA) et Rasanbleman
Militan Grandans (RAMIG). Dans un cas, le secrétaire général
du RAMIG déclara à la MICIVIH qu'il avait été accosté
et menacé à Jérémie le 20 avril par quatre membres
armés du KOREGA, dont l'un de ses dirigeants.
Il y eut également une série de meurtres de policiers au cours
de la période observée, sept au total, en comparaison des trois
cas enregistrés pour le premier trimestre de l'année 1999. Tous
les incidents à l'exception de deux d'entre eux se sont produits à
Port-au-Prince. Les circonstances des meurtres varient. Un agent de police affecté
au département du Sud et un ancien inspecteur de police de Cité
soleil ont été tués et un autre agent affecté à
Jacmel a été sérieusement blessé à la station
de taptap du Portail Léogane à Port-au-Prince, au cours
d'incidents différents survenus entre le 1er et le 17 juin.
L'inspecteur de police avait été impliqué dans un certain
nombre de meurtres illégaux et avait été mis en isolement
pendant près de deux mois en 1998 avant d'être relâché.
Un policier de Saint Marc a été tué et deux autres, notamment
le commissaire de police de la ville, ont été sérieusement
blessés le 6 juin, lorsqu'ils ont été attaqués à
Délugé par la foule, qui les avait apparemment pris pour des zenglendo.
Les trois agents ne portaient pas d'uniforme au moment des faits. Selon des
sources policières, deux d'entre eux essayaient d'arrêter un suspect,
soupçonné de trafic de drogue, mais d'autres informations jettent
le doute sur cette version, et il n'a pas été clairement établi
si les agents étaient ou non impliqués dans une opération
de police lors de l'incident.
Dans ce contexte de manifestations violentes, d'indication persistante de l'existence
de pratiques de harcèlement et d'intimidation, de crimes à main
armée et de crise politique qui se prolonge, certains aspects de la situation
des droits de l'homme se sont gravement détériorés au cours
de cette période, en particulier concernant le droit à la vie.
Les premiers rapports de disparition suivis d'exécution ont été
reçus (au moins 12), et 38 autres rapports de meurtres par des policiers
ont été enregistrés en trois mois, et parmi eux on dénombre
des cas d'agents de police travaillant apparemment avec des civils armés
(voir plus loin). Bien que les média aient été capables
de mener des débats politiques en toute liberté, des journalistes
faisant des reportages sur des manifestations ont été agressés
par la police au moins à deux occasions. La plupart des incidents décrits
précédemment ont été confinés à Port-au-Prince,
et dans certains des cas les plus sérieux, la police et les autorités
judiciaires ont pris des mesures rapides pour entamer des poursuites contre
les coupables. Cependant, ces enquêtes doivent être menées
avec rigueur pour restaurer la confiance dans la police et dans ses engagements
à tenir son personnel comptable de ses actes. La MICIVIH a rencontré
régulièrement la direction de la police au cours de cette période
pour s'entretenir avec elle à la fois des menaces et des attaques dont
elle faisait l'objet et pour exprimer sa préoccupation concernant ces
nouvelles tendances troublantes.
En même temps, après des mois de paralysie, des signes positifs
prometteurs en faveur de la mise en place du processus de réforme judiciaire
ont pu être notés, à la suite de la nomination d'un nouveau
Ministre de la Justice en mars. Le renforcement de l'Ecole de la Magistrature
marque une importante évolution et des progrès ont été
relevés dans les poursuites judiciaires relatives au cas du massacre
de Raboteau en 1994, qui a été désigné comme une
priorité par le Ministère de la Justice.
A cette période critique, à la suite d'une réduction radicale
des contributions volontaires des Etats membres de l'Organisation des Etats
Américains (OEA), les contrats de la quasi-totalité des 40 observateurs
travaillant avec la MICIVIH ont été terminés le 30 juin.
Cinq des bureaux régionaux de la Mission ont été fermés
par voie de conséquence. Le travail des autres bureaux régionaux,
en particulier ceux du Cap Haïtien et des Cayes, a été sérieusement
perturbé en juin par suite du retrait des observateurs. La présence
de l'OEA en Haïti sur le terrain des droits de l'homme date de septembre
1992, lorsque le premier groupe d'observateurs est arrivé dans le pays.
La Mission continuera à traiter des trois domaines de son mandat, mais
ses activités seront cependant réduites. Quatre bureaux régionaux
resteront opérationnels, Port-au-Prince, Les Cayes, Cap Haïtien
et Gonaïves. A cause de la présence réduite de la MICIVIH
en juin, le présent rapport a été largement basé
sur les informations recueillies en avril et en mai, quand bien même les
activités se poursuivaient et que de graves incidents aient pu être
suivis aussi largement que le permettaient les ressources humaines disponibles.
LA POLICE
Meurtres attribués à des policiers et à leurs
complices civils
Cinquante meurtres attribués à des agents de police ont été
rapportés au cours de cette période trimestrielle, soit presque
le double des cas enregistrés pour toute l'année 1998 (31), bien
que le degré d'implication de la police dans certains des meurtres fasse
encore l'objet d'enquêtes. Certains de ces derniers ont été
attribués par des résidents d'un quartier à une brigade
de vigilance dans laquelle des éléments de la police ont été
accusés d'être impliqués. Ces actes ont été
perpétrés dans un contexte où la critique publique reprochait
à la police d'être trop laxiste dans sa lutte contre le crime.
Un élément commun dans un certain nombre de ces meurtres était
que les victimes étaient des présumés criminels notoires
ou leurs comparses. Il était particulièrement inquiétant
que beaucoup des cas ressemblaient à des exécutions sommaires.
L'une des 50 victimes est morte en garde à vue à la suite d'un
passage à tabac. Les autres auraient été tués par
balle. Les policiers, dont certains étaient haut gradés, ont été
détenus dans le cadre des enquêtes en relation avec ces meurtres.
Six des assassinats rapportés ont eu lieu dans les provinces, 44 à
Port-au-Prince. Parmi ces derniers, on dénombrait: un groupe de huit
individus qui auraient disparu après avoir été arrêtés,
dit-on, par des policiers à Croix des Missions dans
la nuit du 16 avril; 16 individus de Cité Soleil dont
le meurtre est attribué par les résidents du quartier à
une brigade de vigilance dirigée par un groupe de policiers connus; et
11 individus tués par un groupe de policiers à Carrefour Feuilles
le 28 mai. Parmi les cas qui ont eu lieu en province, on note celui d'un agent
de police de Port-de-Paix, emprisonné après avoir
fait tomber un énorme rocher sur un présumé voleur qu'il
venait d'appréhender; celui de deux policiers de Port-au-Prince,
placés en isolement en juin, après la mort par balle d'un individu
dans la commune des Cayes, le 30 mai; celui d'un policier à
Camp Perrin (Sud), emprisonné en avril sur l'inculpation
d'avoir battu un détenu au commissariat de police de cette ville qui
est mort par la suite (voir plus loin); et celui d'un agent de police du Cap
Haïtien, impliqué dans un meurtre par balle le 18 juin,
pour qui un avis de recherche a été lancé. Un individu,
soupçonné de faire partie d'un gang, aurait été
exécuté après que lui et plusieurs de ses complices aient
été arrêtés en pleine nuit le 17 mai par la police
de Saint Marc et un passant à Ferrier
(Nord-Est) a perdu la vie après avoir été atteint d'une
balle perdue au cours d'un échange de coups de feu entre la police et
un suspect armé en juin. Dans ce dernier cas, bien que la police ait
conclu qu'il s'agissait d'un accident, les dépenses pour les funérailles
de la victime ont été payées par la PNH.
Exécutions extrajudiciaires à Carrefour-Feuilles
Le meurtre de 11 individus par un groupe d'agents au cours d'une opération
de police régulière à Carrefour-Feuilles
a suscité l'indignation de l'opinion publique dans l'ensemble du pays
et à l'étranger. Au cours de ses enquêtes, la MICIVIH a
interviewé des fonctionnaires de police, notamment ceux qui étaient
détenus par suite de leurs implications dans les meurtres, les parents
de certaines des victimes, des personnes résidant dans la zone de Carrefour-Feuilles
et les autorités judiciaires. La Mission a également examiné
les corps des victimes à la morgue. Malgré certaines versions
policières selon lesquelles trois des victimes avaient été
tuées dans un échange de coups de feu et les huit autres tuées
par balle, alors qu'ils essayaient de s'échapper d'une camionnette découverte
de la police, la nature des plaies par balle visibles sur les corps, comme d'autres
témoignages recueillis par la MICIVIH, indiquaient que les 11 individus
avaient été exécutés de sang-froid. Un juge de paix
était présent lors de l'exécution du second groupe, car
elle avait été appelée pour rédiger les constats
de mort des trois victimes qui avaient déjà été
tuées.
| Meurtres qui auraient été
commis par des agents de police
(chiffres de 1998 entre parenthèses) |
|||||||
| jan. | fév. | mar. | avril | mai | juin | Total | |
| Ouest | 0 (2) | 0 (0) | 1 (4) | 10 (0) | 32 (0) | 2 (1) | 45 (7) |
| Nord-Ouest | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 1 (0) | 1 (0) |
| Nord | 1 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (1) | 1 (0) | 2 (1) |
| Nord-Est | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 1 (0) | 1 (0) |
| Artibonite | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (3) | 1 (0) | 0 (0) | 1 (3) |
| Centre | 0 (0) | 0 (1) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (1) | 0 (0) | 0 (2) |
| Sud-Est | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) |
| Sud | 0 (1) | 0 (0) | 0 (0) | 1*(0) | 1 (0) | 0 (0) | 2 (1) |
| Grand'Anse | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) |
| Total | 1 (3) | 0 (1) | 1 (4) | 11(3) | 34 (2) | 5 (1) | 52 (14) |
* Mort d'un détenu qui avait été battu
sévèrement par un agent à Camp Perrin
Les versions de la police concernant les 11 meurtres étaient contradictoires.
En outre, inévitablement, tous les policiers en détention nièrent
avoir été directement impliqués, malgré les accusations
de certains d'entre eux concernant la participation de leurs collègues
dans les exécutions. Un agent de police qui s'était échappé
peu de temps après avoir été placé en isolement
déclara, dans un enregistrement sur cassette envoyé à une
station de télévision, qu'il était à l'origine de
l'information initiale indiquant qu'un groupe d'hommes en grand nombre, lourdement
armés, qui se seraient réfugiés dans les mornes. Il ajouta
que les exécutions avaient été ordonnées par des
fonctionnaires de police haut placés. Concernant l'incident qui avait
motivé l'arrivée de la police dans la zone, la plupart des informations
collectées coïncident, faisant état de rivalités entre
deux quartiers locaux, à la suite desquels un individu avait été
tué par balle au cours d'un incident précédent. Cependant,
la nature de la "réponse" de la police est difficile à expliquer.
La police n'a jamais nié que le second groupe des huit individus arrêtés
et tués n'était pas armé. Seule une arme a été
trouvée dans le premier groupe de trois. La fuite de l'agent de police
placé en isolement n'a pas été élucidée,
ni le départ du pais du commissaire de police de Port-au-Prince (Jean
Coles Rameau), presqu'une semaine après les meurtres et la diffusion
des informations y relatives dans le public. C'est pourquoi les circonstances
complètes entourant ces incidents demeurent obscures.
Les enquêtes judiciaires et internes à la police introduites dans
le cadre de cette affaire ont débouché sur des arrestations. Au
moment de la rédaction du présent rapport, le commissaire de police
de Port-au-Prince (Jean Coles Rameau) et trois inspecteurs de police (Ernest
Dumond, Yader Desrosiers et Lucien Fabien, également connu sous le nom
de "Buf") étaient détenus au Pénitencier
National pour des charges liées à l'enquête. Quatre
autres agents de police étaient détenus en isolement. Des autopsies
ont été effectuées sur l'ensemble des 11 corps dans le
cadre de l'enquête judiciaire. Après des retards, le commissaire
du gouvernement de Port-au-Prince a finalement transmis le dossier au cabinet
d'instruction le 5 juillet. Les investigations sont actuellement menées
par une commission spéciale composée de trois juges qui disposent
de trois mois pour terminer leur tâche. La nomination de la commission
a été saluée par la MICIVIH comme un important projet pilote,
visant au renforcement des enquêtes judiciaires dans les cas de graves
violations des droits de l'homme. Les enquêtes des tribunaux relatives
aux abus des policiers sont encore rares, bien qu'elles soient plus communes
en province. L'absence d'enquêtes judiciaires sur des homicides perpétrés
par la police dans des circonstances suspectes à Port-au-Prince a été
particulièrement frappante. Les enquêtes internes de la police
sur les assassinats de Carrefour-Feuilles seraient avancées.
Les parents des victimes ont formé un comité, qui a eu des rencontres
régulières avec les autorités du Ministère de la
Justice. Le Ministère a offert une compensation aux familles et a payé
pour les funérailles des victimes le 2 juin. Celles-ci, auxquelles assistait
le Ministre de la Justice, ont été perturbées par un petit
groupe de manifestants qui lancèrent des slogans hostiles à la
police à l'intérieur de l'église et jetèrent plus
tard des pierres à la police et aux voitures circulant dans les parages.
Il est à noter que la plupart des agents de police détenus, y
compris le commissaire de police, ont été impliqués dans
d'autres abus sur lesquels la MICIVIH a attiré l'attention des autorités
par le passé. Par exemple, le commissaire de police était impliqué
dans une perquisition violente en avril 1998 contre une clinique gérée
par l'organisation féministe SOFA, et dans le passage à tabac
d'un groupe d'individus, également originaires de Carrefour-Feuilles,
au commissariat de Port-au-Prince en 1997. Son rôle exact dans le meurtre
d'un ancien officier des FAd'H, tué par balles aux abords de la Chambre
de Commerce le 27 mai 1999, la veille de la manifestation organisée par
la Chambre de Commerce et aussi la veille des assassinats de Carrefour-Feuilles,
nécessite également des éclaircissements. L'un des inspecteurs
de police en détention a aussi été accusé d'être
lié à une série de meurtres dans un quartier de Port-au-Prince
en mai (voir plus loin).
Restes humains découverts à Titanyen / disparitions
Au cours de la période examinée, la MICIVIH a mené des
recherches relatives à des allégations selon lesquelles les corps
de 14 individus tués par balle avaient été trouvés
dans la zone de Titanyen dans l'aire métropolitaine.
Des sources de Titanyen déclarèrent que deux groupes de corps
avaient été découverts dans cette zone vers la fin avril.
Le nombre exact de cadavres n'est pas encore confirmé, car les ossements
examinés par les observateurs étaient répandus sur une
grande superficie et quelques-uns étaient quasiment inaccessibles. Selon
d'autres sources, au moins quelques-unes des victimes auraient été
raflées à Port-au-Prince et tuées par balle par la police.
Alertée par la MICIVIH sur la présence des restes humains à
Titanyen à la mi-juin, une équipe mixte constituée des
enquêteurs du Bureau de Renseignement Judiciaire et du Bureau de la Police
Scientifique et Technique, accompagnée de leurs conseillers techniques
canadiens, d'un membre de la CIVPOL et de deux membres de la MICIVIH, s'est
rendue sur les lieux pour commencer une enquête officielle. Les résultats
préliminaires de ces investigations ont montré que les ossements
humains appartenaient à des individus des deux sexes, que certains des
os et qu'une partie des vêtements trouvés indiquaient des perforations
par balle, et que la majorité des os correspondait à de jeunes
squelettes
Dans son enquête ultérieure, la MICIVIH a établi des liens
entre ces restes humains et l'arrestation et la disparition présumées
d'un groupe d'individus, à la suite de l'assassinat d'un agent de la
CIMO, tué par balle dans la zone de Fontamara à
Port-au-Prince le 9 avril. Le meurtre a été attribué au
chef de gang Hippolite Elizé, aussi connu sous le nom de «Chuck
Norris». Au cours de l'opération de recherche effectuée à
Fontamara par la PNH le 9 avril après l'assassinat du policier, deux
jeunes hommes du quartier ont été abattus. Des sources suggèrent
qu'ils avaient été arrêtés et exécutés
par la police, mais celle-ci a nié ces allégations. On rapporte
que huit jeunes (six filles et deux garçons) auraient été
arrêtés dans la nuit du 16 au 17 avril et emmenés à
partir d'une maison située à la Croix des Missions,
qui aurait été louée par «Chuck Norris». Ils
n'ont plus jamais été revus, malgré les tentatives effectuées
pour les localiser dans les prisons, les commissariats et la morgue. "Chuck
Norris" a été par la suite abattu au cours d'une importante opération
de police réalisée le 19 avril. Des fragments de vêtements
trouvés à Titanyen ont été reconnus (ou décrits)
par des voisins ou des personnes proches des huit jeunes disparus comme étant
identiques à des articles portés par trois des victimes (deux
filles et un garçon).
Il faut noter que le 13 mai, la MICIVIH a également vu à Titanyen
les cadavres de 2 autres individus qui venait d'être assassinés
et qui, selon des informations obtenues par la suite, auraient été
enlevés par la police et des civils la nuit précédente
au quartier de Bois Neuf de Cité Soleil (voir ci-dessous).
Meurtres et disparitions attribués à la police travaillant
de concert avec des civils armés à la Cité Soleil
Dans le courant des mois de mai et juin, la MICIVIH a reçu des rapports
relatifs à 16 meurtres au moins et à quatre disparitions probables,
attribués à un groupe décrit par les résidents locaux
comme une brigade de vigilance. Cette dernière comprenait au moins deux
agents de police opérant avec des civils armés dans la zone de
Bois Neuf de la Cité Soleil. Un autre
policier soupçonné d'être lié au groupe est actuellement
en prison, inculpé dans l'affaire des meurtres de Carrefour-Feuilles.
Bien qu'il n'ait pas été possible de confirmer les détails
de toutes ces allégations à ce jour, des observateurs ont vu les
cadavres de quatre des 16 victimes d'assassinats confirmés. Dans deux
des quatre cas, ceux de Joubert JOSEPH (également connu comme Macoute)
et d'Ernst CETOUTE, des témoins disent qu'ils ont vu emmener ces personnes
de nuit par quelque 20 hommes (notamment plusieurs individus portant des uniformes
de police), armés d'armes à feu, de machettes et de pics à
glace. Les corps mutilés des victimes ont été découverts
à Titanyen le lendemain, soit le 13 mai. [Un cas similaire avait été
signalé dans la même zone en septembre 1998: après avoir
été dénoncés à la police par un indicateur,
deux individus ont été enlevés de leur domicile à
Bois Neuf en pleine nuit, au cours d'une vaste opération menée
par des hommes en noir qu'on disait membres de la police. L'un d'entre eux a
reçu une balle et est mort à l'extérieur de chez lui. L'autre
a été emmené dans un camion découvert et son corps
criblé de balles a été trouvé le lendemain à
Titanyen.]
Dans un troisième cas où la MICIVIH a vu le cadavre, celui de
Sonson Jocie ROUSSEAU, des témoins déclarent avoir vu emmener
la victime par des hommes armés avant la découverte de son cadavre
le 26 mai. Des observateurs qui ont vu le quatrième corps à cette
même date, celui d'un individu connu sous le nom de Junior, ont
été informés que ce dernier avait été tué
la nuit précédente, mais les témoins ne disposaient d'aucun
autre détail. Ces deux derniers cadavres ont été découverts
à Bois Neuf même. Dans les deux cas, les habitants de la localité
prétendent qu'ils étaient connus comme voleurs. Dans un cinquième
cas, malgré que la MICIVIH n'ait pas vu le corps, de nombreuses personnes
ont rapporté à la Mission qu'ils avaient vu la victime, un voleur
présumé appelé Althiese DESIR (également surnommé
Cheko), prise en chasse par trois hommes. L'un de ces derniers, un
agent de police connu, le força à s'arrêter et l'exécuta.
La Mission a pu confirmé qu'un constat de mort avait été
rédigé par un juge de paix.
Parmi les 11 autres meurtres signalés dans ce quartier de Cité
Soleil au cours de cette période, toutes les victimes
présumées sauf deux n'ont pas été identifiées,
mais la MICIVIH a pu localiser des témoins dans chacun des lieux où
les cadavres ont été découverts. Les témoins ont
confirmé avoir vu ces derniers et ont fourni des informations sur la
date de leur découverte. Pour deux des cas, les déclarations selon
lesquelles les individus avaient été trouvés les yeux bandés
et leurs cadavres jetés non loin de la zone de Batimat le 3 juin coïncidaient.
Les résidents du quartier signalèrent que des membres de la famille
des victimes provenant de Sans Fil (Bel Air) ont emmené les corps, apparemment
sans le constat d'un juge de paix
La MICIVIH a aussi collecté des informations sur quatre individus originaires de la zone de Bois Neuf, qui ont été porté disparus depuis le 17 mai 1999. Plusieurs personnes déclarent avoir vu les victimes prises en chasse par trois des policiers impliqués dans les actions de la brigade avant leur disparition, mais les témoignages diffèrent sur la date précise de cette chasse à l'homme, à savoir le jour même de la disparition ou la veille de celle-ci. Les familles des quatre individus ont mené des recherches pour retrouver les corps, restées à ce jour sans succès. Des déclarations, qui restent encore à confirmer, suggèrent que leurs cadavres semblent avoir été vus au nord de Bon Repos, dans un dépôt d'ordures.
Décès en prison survenu à la suite de mauvais
traitements lors de la garde à vue
Un agent de police en service à Camp Perrin a été
placé en détention pour la mort de Félix LAMY, survenue
le 13 avril. Lamy a été détenu à Camp Perrin et
aurait été sévèrement battu, avant d'être
transféré à la prison des Cayes, le 13
avril. Des fonctionnaires de la prison notèrent dans le registre qu'il
portait des marques de coups sur le corps à son admission dans l'établissement.
La MICIVIH avait déjà exprimé ses inquiétudes concernant
ce policier à maintes reprises, à l'endroit des autorités
policières du département de Sud. En effet, un certain nombre
de détenus s'était déjà plaint d'avoir été
battus par lui. Aucune sanction n'avait été prise contre l'agent.
A la suite de la mort de Lamy, une procédure judiciaire a été
rapidement entamée contre lui, et il a été mis en détention
le 20 avril. Vers la mi-juin, les enquêtes du juge d'instruction étaient
closes et le cas a été transmis au Parquet.
Traitement des détenus en garde à vue
Au cours de ce trimestre, la MICIVIH a effectué moins de visites aux
postes de police pour vérifier le traitement des détenus, à
cause de la réduction de son personnel, mais la plupart des commissariats
et sous-commissariats ont été visités au moins une fois
et certains, à plusieurs reprises. C'est pourquoi les chiffres fournis
plus loin doivent être considérés comme des indices plutôt
que des statistiques définitives. Néanmoins, 67 allégations
de passage à tabac ont été reçues, et la moitié
des détenus portait des traces ou des blessures, attribuées selon
leurs dires aux mauvais traitements subis. L'un des détenus est mort
des blessures infligées (voir plus haut), et plusieurs d'entre eux ont
dû bénéficier d'un traitement médical à l'hôpital.
Dans deux des cas, les détenus ont déclaré avoir reçu
des décharges électriques, provenant d'un petit instrument portatif
semblable à une radio. Un tout petit nombre de ce type d'allégations
a été enregistré par le passé, mais il a été
difficile de les confirmer. La plupart des cas signalés à Port-au-Prince
sont survenus au commissariat de police de Delmas.
Seize individus ont déclaré avoir été maltraités par la police des Gonaïves, le cas le plus sérieux étant celui de deux membres d'une organisation populaire, arrêtés de nuit à un barrage routier le 24 avril. La police déclare avoir été obligée de faire usage de la force "nécessaire" lorsque l'un des hommes aurait sorti une arme à feu et le complice aurait essayé de fuir. L'un d'entre eux a été hospitalisé avec deux chevilles et une cote cassées, et l'autre avec une fracture du poignet. Aucun des agents de police n'a été sanctionné dans cette affaire, bien qu'il semble qu'il y ait eu une sorte d'enquête interne. En avril, un commissaire de police des Gonaïves a catégoriquement réfuté des allégations selon lesquelles un inspecteur de police judiciaire et deux policiers de la PNH auraient été impliqué dans des passages à tabac, affirmant que les trois avaient été probablement cités par des suspects dans un cas récent parce qu'ils étaient bien connus comme membres d'une unité spéciale qui opérait de nuit. Le commissaire a en outre déclaré que les suspects affirment toujours à la MICIVIH qu'ils sont battus par la police et, comme par le passé, il a rejeté les demandes d'enquête de la Mission sur ces allégations et d'autres relatant des abus de la police, notamment plusieurs plaintes portées contre ces mêmes trois agents de police. D'après le commissaire, deux policiers avaient été transférés des Gonaïves ces derniers mois par suite de nombreuses plaintes déposées contre eux, mais il a refusé de donner plus de précisions à la MICIVIH.
|
Allégations de mauvais traitements par la police, jan-juin 1999 (chiffres de 1998 entre parenthèses) |
|||||||
| Dépt | jan. | fév. | mars | avril | mai | juin | Total |
| Ouest | 4 (10) | 8 (5) | 11(17) | 6 (4) | 10(7) | 5 (16) | 44 (59) |
| Nord-Ouest | 0 (0) | 1 (0) | 2 (0) | 0 (0) | 1 (0) | 0 (0) | 4 (0) |
| Nord | 3 (3) | 13 (0) | 5 (4) | 2 (3) | 2 (8) | 0 (0) | 25 (18) |
| Nord-Est | 1 (0) | 1 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 2 (0) |
| Artibonite | 0 (16) | 0 (14) | 12 (7) | 9 (1) | 12 (16) | 5 (2) | 38 (56) |
| Centre | 4 (3) | 12 (24) | 2 (2) | 3 (1) | 1 (0) | 2 (1) | 24 (31) |
| Sud-Est | 9 (0) | 1 (1) | 0 (3) | 0 (0) | 2 (0) | 0 (1) | 12 (5) |
| Sud | 0 (1) | 4 (2) | 2 (10) | 5 (1) | 1 (8) | 0 (7) | 12 (29) |
| Grand'Anse | 3 (1) | 3 (3) | 2 (5) | 1 (1) | 0 (0) | 0 (2) | 9 (12) |
| Total | 24 (34) | 43 (49) | 36 (48) | 26(11) | 29 (39) | 12(29) | 170 (210) |
Liberté d'expression
Des journalistes de Port-au-Prince ont organisé une
manifestation pacifique à la suite des incidents du 28 mai au Champ de
Mars, au cours desquels le journaliste d'Haïti Progrès, Roudy
CHERY, fut malmené par la police pour avoir photographié un agent
de la CIMO en train de donner des coups de bâton à un manifestant.
Quatre autres journalistes qui lui portaient secours déclarèrent
avoir également été agressés par la police. Chéry
a été arrêté pendant une courte période et
sa caméra confisquée. Son journal aurait déposé
une plainte en son nom. La MICIVIH a condamné ces incidents dans un communiqué
de presse le 31 mai et dans un second communiqué publié le 7 juin
pour célébrer le Journée latino-américaine de la
Presse, manifestant ainsi sa solidarité pour les journalistes et d'autres
travailleurs de la presse. La Mission a noté que la tâche des journalistes
haïtiens est devenue à la fois plus sensible et plus risquée
comme conséquence de la crise politique de deux ans, en particulier dans
une atmosphère marquée par la montée de l'intolérance
et des actes de violence, et les a encouragés à poursuivre leur
travail malgré ces obstacles.
Un journaliste qui travaille à Haïti en Marche aurait
été agressé et sa caméra et sa carte de presse confisquées
par un agent de la CIMO, lorsqu'il photographiait des incidents qui se produisaient
à l'extérieur de l'orphelinat Lafanmi Selavi au Bois Verna
le 24 juin. Des policiers de la CIMO, de la garde du palais (USGPN), du SWAT
et du commissariat de Port-au-Prince ont été envoyés à
l'orphelinat après qu'environ 40 jeunes ayant récemment terminé
leur scolarité, âgés de 16 à 21 ans, aient envahi
le complexe et protesté violemment contre la gestion de l'orphelinat,
lançant des pierres à l'intérieur de la propriété,
en direction des véhicules de passage et ensuite à la police.
Les jeunes déclaraient qu'on leur avait promis des emplois et un logement,
mais qu'ils n'avaient reçu ni l'un ni l'autre.
Dans le contexte de la campagne contre la direction de la police, un attaché
de presse du Palais national, qui est également le directeur des informations
de Radio Timoun de Lafanmi Selavi, a été arrêté
le 27 avril, après la fouille de sa voiture au cours d'une opération
de recherche de routine, lors de laquelle des tracts ont été trouvés
dans son véhicule, dénonçant le Secrétaire d'Etat
à la Sécurité Publique et exigeant la justice pour l'assassinat
de "Bora", membre de Fanmi Lavalas. Il a été accusé de
comploter contre la sûreté de l'état, mais relâché
le lendemain de son arrestation, après avoir été interrogé
par la police judiciaire. L'affaire a donné lieu à des déclarations
publiques de la police, qui menaçait d'arrestation toute personne incitant
à la violence.
Enquêtes internes sur les abus de la police
L'Inspection Générale a déclenché des enquêtes
relatives aux abus les plus sérieux enregistrés pour la période
examinée, tout en poursuivant les recherches concernant d'autres cas.
Ceux-ci comprennent les cas d'un agent de police détenu en décembre
pour avoir fait feu sur un individu à la suite d'une querelle liée
à un incident de circulation; le cas d'un passant tué par balle
accidentellement par un garde du palais au cours des défilés de
rue pré-carnanavalesques et celui de l'exécution extrajudiciaire
présumée de deux jeunes à Fontamara après l'assassinat
par balle d'un agent de la CIMO en avril. Les enquêtes ont été
menées à terme et des recommandations ont été émises
par l'Inspection Générale concernant la violente opération
de police à Plaisance (Nord) en novembre 1998, à
la suite de l'attaque d'un agent de police par la foule, et concernant la descente
opérée en mars 1998 par la SWAT dans une station de radio à
Milot (Nord) au cours de laquelle un gardien de nuit a été
blessé par balle. Une équipe de cinq membres de l'Inspection Générale
a mené une enquête de trois jours en avril sur les opérations
de police mises en uvre à Saint-Michel-de-l'Attalaye
après la mise à feu de son commissariat en novembre 1998. L'enquête
aurait conclu que l'UDMO des Gonaïves soumettait les personnes
à des mauvais traitements au cours de ses opérations, mais que
les détenus n'avaient pas été battus lorsqu'ils étaient
amenés aux Gonaïves ou au cours de leur détention dans cette
ville. Ces conclusions sont en contradiction avec les informations recueillies
par la MICIVIH (voir Droits de l'Homme en Haïti, Octobre-Décembre
1998). La police ne s'est toujours pas redéployée en permanence
dans la région, malgré les requêtes réitérées
de la part des résidents de la commune. L'Inspection Générale
a également déclaré à la MICIVIH qu'un commissaire
de police de Jérémie a été destitué.
Le commissaire avait été impliqué dans plusieurs cas de
brutalités, notamment des brûlures infligées aux détenus
à l'aide d'une cigarette ou d'une bougie allumée (voir Droits
de l'Homme en Haïti, Janvier-Mars 1999).
Sept membres d'une brigade spéciale du commissariat de Delmas
ont été accusés d'avoir volé de l'argent trouvé
au cours d'une fouille effectuée au domicile d'un présumé
trafiquant de drogue à Marigot (Sud-Est) dans la nuit
du 20 mai, la police de Delmas intervenant en appui aux unités de la
Direction Générale et au Bureau National de Lutte contre le Trafic
de Stupéfiants (BNLTS). L'un ou deux d'entre eux sont aussi accusés
d'avoir fait subir des sévices au suspect lors de la fouille. Ils ont
été interrogés le lendemain matin par le Directeur Départemental
de Jacmel, qui a ordonné leur suspension immédiate
et a confisqué leur arme et leur badge. Par la suite, six d'entre eux
(le septième aurait quitté le pays) ont été placés
en isolement à l'Anti-Gang de Port-au-Prince, mais ont été
relâchés le 4 juin, parce qu'aucune plainte n'aurait été
déposée contre eux selon les dires. Cependant, la MICIVIH a établi
que deux parents des suspects avaient déposé des plaintes séparées
au parquet de Jacmel (l'un des dossiers ayant été remis à
un juge d'instruction) et qu'un autre parent avait également adressé
une plainte à l'Inspection Générale.
Aux Cayes, un taxi motocycliste et la police sont parvenus
à un règlement à l'amiable après une dispute à
la suite de laquelle le chauffeur aurait reçu des coups de pieds et de
bâtons, et aurait été obligé à se rouler dans
la boue par un agent de l'UDMO en civil. Les deux parties sont parvenues à
un accord au cours d'une réunion tenue le 15 mai entre les autorités
policières, le policier de l'UDMO, la victime et les représentants
de l'Association des Taxis Motocyclistes. L'agent aurait été réprimandé
à cette occasion.
Policiers placés en isolement ou en détention
A la date du 28 juin, 43 agents de la PNH étaient détenus dans
les prisons de Port-au-Prince, parmi eux quatre policiers accusés
des meurtres de Carrefour-Feuilles. La plupart des autres étaient
inculpés d'activités criminelles. En dehors de la capitale, six
agents de la PNH étaient incarcérés, deux d'entre eux étant
accusés de violations de droits de l'homme. En outre, 13 policiers étaient
placés en isolement dans les commissariats de police de Port-au-Prince
au 28 juin. Dans les autres cas, la durée d'isolement la plus longue
était de 26 jours, considérablement supérieure à
la période de 48 heures autorisée pour la détention sans
être vu par une autorité judiciaire. Neuf des 13 agents cités
étaient détenus dans le cadre de violations des droits de l'homme,
en général liés aux assassinats de Carrefour-Feuilles,
deux autres en relation avec un meurtre dans la commune des Cayes.
Des mandats d'arrestation ont finalement été émis,
le 20 mai, contre deux agents de la PNH qui s'étaient échappés
le 29 mars du commissariat des Cayes où ils avaient
été placés en isolement, et qui étaient accusés
d'enlèvement et d'extorsion. Le juge avait fait savoir à la MICIVIH
qu'il avait attendu avant d'émettre les mandats, afin de constater si
la police réussirait à les capturer.
Enquêtes judiciaires relatives aux abus exercés par
la police
Comme il a été déclaré précédemment,
la nomination d'une commission spéciale de juges pour enquêter
sur les 11 meurtres de Carrefour-Feuilles constitue une étape
positive qui, si elle est mise en uvre avec succès, pourrait être
utilisée dans le cadre d'autres enquêtes sur des graves violations
des droits de l'homme. A Port-de-Paix, exemple encourageant
de coopération justice-police, une commission policière d'enquête
de trois membres a rédigé un rapport détaillé pour
le commissaire du gouvernement sur le meurtre d'un suspect par un policier.
L'agent de la PNH a été arrêté le 16 juin à
la suite d'un tollé contre le fait qu'il n'avait pas été
détenu et qu'il avait bénéficié d'une forme adoucie
de l'isolement, avec autorisation de rentrer à la maison. La commission
d'enquête a conclu que l'agent de police, qui avait laissé tomber
un énorme rocher sur la victime, avait infligé à celle-ci
"des coups et blessures volontaires ayant entraîné la mort". Cependant,
l'accusé a été relâché le 24 juin. Un troisième
cas d'assassinat, celui d'un détenu qui est mort à la suite d'un
passage à tabac à Camp Perrin (voir plus haut)
a aussi fait l'objet d'une enquête avec une célérité
inhabituelle (voir plus haut).
Trois policiers accusés d'avoir causé la mort en détention
préventive de Ludovic DIFFICILE le 6 juillet 1998 ont été
acquittés des inculpations de tortures par un jury de Fort Liberté
et relâchés le 17 juin, au bout d'un procès de 18 heures
qui a eu lieu lors des assises criminelles. Les jurés ont acquitté
les policiers après l'audition d'un témoignage incohérent
du témoin principal, et sur la base également du rapport d'un
médecin légiste d'après lequel la cause du décès
était la strangulation de la victime au moyen de son lacet de chaussure.
Les policiers avaient été emprisonnés pendant presqu'un
an avant leur jugement. Une autre affaire a été conclue le 14
mai dans le département du Sud avec la condamnation de quatre policiers,
initialement affectés au commissariat de Cavaillon,
puis démis de leurs fonctions au sein de la police. Ils ont été
condamnés à trois mois d'emprisonnement pour l'arrestation illégale
d'un juge en juillet 1998. Tous sauf l'un d'entre eux avaient déjà
passé trois mois en détention préventive avant d'être
libéré à titre provisoire. L'incident avait eu lieu parce
que la police est restée insatisfaite de la décision du juge de
relâcher un individu qui avait été arrêté et
battu par la PNH selon des allégations.
Les autorités judiciaires menant des poursuites contre des agents de
police ont fait rapport des difficultés rencontrées pour que ces
derniers répondent aux convocations. Par exemple, un juge au Cap
Haïtien a émis un mandat d'amener contre le commissaire
de police local le 9 juin parce que celui-ci avait omis à plusieurs reprises
de répondre aux invitations à comparaître par suite des
brutalités exercées contre un chauffeur d'autobus à la
fin de l'année 1998. L'incident avait eu lieu lorsque l'autobus tomba
en panne devant le commissariat de police. Le commissaire, qui a fait l'objet
de plusieurs plaintes, aurait été impliqué dans un certain
nombre d'abus, notamment d'avoir malmené un agent hospitalier le 5 mai,
qui n'avait pas servi le policier avec la rapidité voulue. En juin, l'Inspection
Générale a ordonné à un inspecteur de police de
Petit Goâve d'obtempérer à une convocation
du tribunal, émise par un juge d'instruction enquêtant sur les
allégations d'association de malfaiteurs dont il était l'objet.
La MICIVIH avait déjà envoyé un aide-mémoire à
l'Inspection Générale relatif aux implications présumées
de l'inspecteur dans un certain nombre de cas de mauvais traitements entre juin
1998 et janvier 1999. Dans un autre cas, la police refusa d'exécuter
un mandat d'arrestation émis par un juge contre un agent de police accusé
de détournement de mineur à Hinche. Bien que
le Ministère de la Justice ait accepté la responsabilité
pour l'attaque de la station de radio de Milot (voir plus haut)
et aussi pour la violente perquisition d'une clinique dirigée par l'organisation
féministe SOFA à Port-au-Prince en avril 1998,
il n'y a eu à ce jour aucun progrès dans les poursuites judiciaires
enclenchées dans les deux cas. En juin 1999, les autorités ont
offert à SOFA 400.000 Gdes en compensation des dommages subis. La SOFA
a déclaré qu'elle continuerait à agir pour que des sanctions
soient prises contre les responsables des méfaits. L'opération
de police était conduite par le commissaire de police de Port-au-Prince
qui est actuellement en prison.
Irrégularités dans les arrestations/détentions
Les exemples les plus courants de procédures irrégulières
d'arrestation et de détention rapportés par la MICIVIH ont été
mis en lumière dans Droits de l'Homme en Haïti, Janvier-Mars
1999. Au cours de ce trimestre, la Mission a été particulièrement
préoccupée par la libération, sur les ordres de l'Exécutif,
d'un individu étroitement associé à Fanmi Lavalas et de
deux autres, impliqués dans des protestations violentes au cours d'une
grève à l'Autorité Portuaire Nationale en juin. Les autorités
policières auraient refusé de relâcher l'individu au début,
mais elles auraient été obligées de le faire par la suite.
D'autres cas examinés au cours de la présente période sont
décrits ci-après:
Le 14 juin, une seconde ordonnance de libération, au motif de détention
illégale, abusive et arbitraire, a été prononcée
en faveur de l'ancien juge de Port-de-Paix, Luckner Pierre,
détenu sans charge ou jugement dans les cellules de garde à vue
de Pétionville depuis octobre 1998 (voir Droits
de l'Homme en Haïti, Janvier-Mars 1999), mais l'ancien juge est resté
en détention préventive.
Un déporté en provenance des Etats-Unis a été incarcéré
sans être inculpé depuis octobre 1998 à Pétionville
parce que, selon les autorités de police et les fonctionnaires de la
prison, personne n'était venu le réclamer. Il disait ne pas parler
le français ou le créole et ne pas avoir de parents en Haïti.
La pratique illégale de retenir les suspects "pour enquête" (sans
spécifier aucun délit) est devenue plus fréquente au commissariat
de Jérémie. La plupart des détenus de
ce type étaient incarcérés depuis plus de 48 heures et
ont été relâchés par la police sans avoir jamais
comparu devant un juge. Dans certains cas, une "autorisation" pour l'extension
de la période de garde à vue avait été requise auprès
du juge de paix, qui l'accordait habituellement sans même avoir vu le
prévenu. Les détenus accusés des délits spécifiques
au commissariat de Jérémie n'étaient pas
non plus vus par un juge dans le délai des 48 heures. La police citait
généralement le manque de véhicule comme motif de cette
violation de la Constitution, bien que le tribunal de paix et le parquet soient
situés à moins de 10 minutes à pied.
Dix-sept jeunes arrêtés le 24 juin en rapport avec une violente
manifestation à l'orphelinat de Lafanmi Selavi au Bois Verna
(voir plus haut) n'avaient pas vu un juge fin juin, date de leur transfert
en prison. Ils furent relâchés le jour suivant.
Treize citoyens indiens arrêtés au Cap Haïtien le 5 mars
et inculpés d'entrée illégale en Haïti ont été
déportés à la fin avril après près de deux
mois en garde à vue.
La femme enceinte d'un individu, accusé d'implication dans deux assassinats
politiques en 1993, a été appréhendée le 26 avril
par la police de Delmas après avoir apporté de
la nourriture à son mari. Elle a été relâchée
le 3 mai grâce à l'intervention de la MICIVIH. La femme d'un ressortissant
dominicain a été arrêtée le 14 mars par la police
de Delmas au sujet d'un meurtre que son mari aurait perpétré
il y a plusieurs années. Elle a été libérée
le 15 avril après l'intervention de la MICIVIH. Une femme arrêtée
le 1er mai à Moron (Grand'Anse) semblait
être en détention uniquement parce que la police n'arrivait pas
à trouver son mari, recherché comme suspect principal pour le
meurtre de "Bora" dans le quartier du Bel-Air à Port-au-Prince. Après
que la MICIVIH eût soulevé le problème de sa détention
illégale dans le commissariat de Jérémie, elle a finalement
été libérée sur les ordres du commissaire municipal
le 13 mai.
Un homme de 27 ans, incarcéré sans avoir été enregistré
et sans mandat de dépôt au centre de détention de Ouanaminthe,
à la demande de ses parents depuis le 28 novembre 1998, a été
mis en liberté par un juge de paix le 12 avril. Deux adolescents ont
été détenus pour de courtes périodes en garde à
vue à Jérémie à la demande de leurs
parents, pour des raisons punitives. Le commissaire municipal a déclaré
qu'il n'était pas au courant de ces faits et qu'il expliquerait à
ses chefs de poste qu'une telle pratique était inacceptable.
Deux cas ont été rapportés fin mai/début juin de
deux détenus retenus pendant cinq jours en garde à vue à
Port-de-Paix et relâchés sans jamais avoir vu
un juge. Dans l'un des cas, la police a libéré le détenu
après qu'il se soit entendu avec le plaignant. Dans le second cas, le
détenu a été libéré à la demande de
sa partenaire, qu'il était accusé d'avoir battue et menacée.
Lorsque la MICIVIH fit valoir que ces pratiques de détention étaient
illégales devant un représentant de la police, celui-ci répondit
que les plaignants cherchent parfois simplement à "faire souffrir un
peu" le détenu.
Par suite de l'absence fréquente de la police, un civil a supervisé
pendant six jours la détention en garde à vue d'un individu au
sous-commissariat de Bonneau (Nord-Ouest) en mai. L'arrestation
avait été ordonnée par le tribunal de paix. La détention
n'avait pas été inscrite dans le registre de rétention.
Un civil de 65 ans a été employé comme gardien de nuit
du poste de police de Baradère (Grand'Anse) depuis 1995,
avec des tâches incluant la surveillance des détenus.
Formation de la police
D'autres sessions de Droits de l'Homme, Communication et Résolution
des Conflits - formation conjointement organisée par la MICIVIH
et la PNH pour des policiers à travers le pays - ont eu lieu, cette fois
à Cap Haïtien, Port-de-Paix, Les Cayes, Croix des Bouquets,
Dame Marie, Gonaïves, Petit Goâve, Jérémie et Hinche.
Les sessions portant sur la violence contre les femmes et les mineurs ont été
tenues à l'Académie de police à Port-au-Prince
en avril et juin. Le contenu de ces deux cours a été décrit
dans Droits de l'Homme en Haïti, Janvier-Mars 1999.
LA JUSTICE
Le processus de réforme judiciaire
Avec la nomination du nouveau Ministre de la Justice, Me Camille Leblanc, à
la fin du mois de mars, le processus de réforme judiciaire a été
relancé après une longue période de quasi-paralysie. Plusieurs
rencontres ont eu lieu entre les représentants du Ministère, les
bailleurs de fonds internationaux et la MICIVIH au cours de la présente
période, au cours desquelles le Ministre a présenté un
plan d'action couvrant trois domaines : l'accès à la justice,
la gestion institutionnelle et l'assistance internationale. Le document définit
une série d'objectifs et des tâches à court et moyen terme
incluant la promotion de juges itinérants pour couvrir les communautés
rurales, la formulation d'un programme d'assistance légale, le renforcement
de l'Ecole de la Magistrature, la formation du personnel judiciaire, le renforcement
de l'unité d'inspection judiciaire, et la création de mécanismes
pour améliorer la coordination d'activités de la communauté
internationale concernant l'aide au système judiciaire. Le document a
aussi proposé l'établissement de groupes de travail communs composés
d'Haïtiens et d'experts internationaux, travaillant sur une série
de thèmes, incluant la détention préventive prolongée
et l'élaboration de statuts pour l'Ecole de la Magistrature.
L'Ecole de la Magistrature (EMA)
Un nouveau directeur a été nommé à l'Ecole de la
Magistrature, qui a actuellement commencé les préparations pour
un second programme de formation des juges. Depuis la remise de leur diplôme
à la première promotion en mai 1998, il n'y a pas eu de nouvelle
admission de candidats. Afin d'améliorer la qualité de l'enseignement,
deux formateurs de l'EMA de Bordeaux, patronnés par l'Agence française
de coopération et d'action culturelle ont organisé une session
de formation de cinq jours pour les formateurs haïtiens de l'EMA du 26
juin au 1er juillet, à laquelle la MICIVIH a participé.
Les juges qui avaient terminé leur cycle de formation en mai 1998 ont
aussi été réunis pour un séminaire de deux jours
à l'Ecole, les 18 et 19 juin, pour faire le point sur leur travail. L'un
des résultats de cette rencontre a été la décision
prise par les juges de créer une association nationale de magistrats
qui incluraient pour la première fois tous les niveaux du système
judiciaire.
Parmi les 120 juges de paix choisis pour développer leurs capacités
professionnelles à l'EMA, le troisième et dernier groupe a achevé
son cours de six semaines en juin (voir Droits de l'Homme en Haïti,
Janvier-Mars 1999). Des membres du personnel de la MICIVIH sont intervenus
en tant que formateurs dans deux des six composantes du cours, ceux traitant
des droits de l'homme et de la résolution pacifique des conflits. La
plupart des 120 juges ont également assisté à un programme
d'évaluation finale de deux jours à l'EMA les 28 et 29 juin, avant
la remise des diplômes le 2 juillet. L'Ecole a aussi organisé des
séminaires pour les autorités judiciaires dans différentes
régions du pays sur les thèmes de la commission rogatoire (le
pouvoir d'un juge de demander à un magistrat d'entreprendre une enquête
judiciaire dans une autre juridiction en son nom), la tentative (le concept
juridique de la tentative pour commettre un crime) et la complicité (le
concept juridique de la complicité criminelle).
L'assistance légale
Une autre initiative entreprise au cours de la présente période
a été une journée de réflexion sur la question de
la mise en place d'un système d'assistance légale qui a eu lieu
le 25 juin et qui était organisé par le Ministère de la
Justice et l'Agence française de coopération et d'action culturelle.
La rencontre a réuni les membres des barreaux du territoire national,
des représentants du Ministère de la Justice, ceux de l'Ecole
de la Magistrature et deux ONG haïtiennes et internationales qui ont des
programmes d'assistance légale, de même qu'un consultant de la
MICIVIH. Bien que les propositions initiales aient été d'établir
un programme d'assistance légale géré par le Ministère
de la Justice, il a été décidé que les fonds du
gouvernement affectés à ladite aide serait canalisés à
travers des barreaux. Une réunion aura lieu pour discuter de ces propositions
avec le Ministère. Dans l'intervalle, une autre conséquence de
cette rencontre de juin a été le second rassemblement de représentants
des barreaux et l'annonce, le 1er juillet, que la Fédération
des Barreaux d'Haïti avait été formée pour coordonner
leurs activités et leur travaux. La Fédération met actuellement
sur pied une proposition pour un programme d'assistance légale qui serait
administré par les barreaux individuels. Un tel programme est essentiel,
compte tenu que la majorité des détenus n'ont pas les moyens financiers
pour engager un avocat. Tout programme de ce genre nécessitera une supervision
et une coordination au niveau national pour lui assurer une administration adéquate,
selon des critères uniformes.
La détention préventive
Au cours de la présente période, la MICIVIH a concentré
une grande partie de ses efforts sur des cas de détention préventive
prolongée, visitant des prisons avec les autorités judiciaires
(dont quelques-uns ont consenti pour la première fois à le faire),
poursuivant des cas à travers les tribunaux et travaillant avec les assistants
légaux de la Direction de l'Administration Pénitentiaire (DAP).
Dans certains endroits, il y a eu des signes de progrès, par exemple
à Gonaïves et Fort-Liberté. A
Fort-Liberté, comme il a été rapporté précédemment,
la nomination d'un nouveau personnel judiciaire a entraîné des
améliorations notables. De nouveaux commissaires du gouvernement ont
accordé la priorité au réexamen des anciens dossiers et
à la préparation des cas à juger (voir ci-dessous, Assises
criminelles). Le commissaire du gouvernement a visité des détenus
en prison et, pour la première fois, les individus en détention
préventive au centre de détention de Ouanaminthe.
La MICIVIH a continué à tenir des réunions mensuelles
avec les autorités judiciaires aux Gonaïves pour
discuter la mise en place des mesures telles que la localisation des dossiers
judiciaires égarés, l'augmentation du nombre des auditions au
tribunal correctionnel, la planification des assises et les visites mensuelles
des prisons, conformément aux obligations prévues par l'article
447 du Code d'instruction criminelle. De telles réunions ont fourni peu
de résultats jusqu'à la mi-juin, lorsqu'un substitut du commissaire
du gouvernement visita la prison accompagné par la MICIVIH le 17 juin.
Apparemment choqué par la surcharge des cellules et les signes de malnutrition
chez beaucoup des détenus (voir plus loin), il exigea la présence
du commissaire et de l'autre substitut du commissaire du gouvernement. Ils ont
eu des entrevues avec plus de 40 détenus considérés comme
souffrant de malnutrition sévère, et ont visité toutes
les cellules où ils parlèrent brièvement avec d'autres
prévenus. Entre le 18 et le 28 juin, plus de 30 détenus ont été
libérés, dont 12 cas diagnostiqués mal nourris. Cinq détenus
gardés entre un et deux ans en détention préventive étaient
parmi les relâchés. Un juge d'instruction avait visité la
prison avec un observateur le 11 mai, le premier fonctionnaire judiciaire à
le faire en 1999. Cependant, d'autres fonctionnaires déclarèrent
qu'ils ne visiteraient jamais la prison parce qu'ils craignaient pour leur sécurité.
Dans la période trimestrielle examinée, deux autres cas de libération sont
à noter: celui d'un voleur présumé dont le dossier avait
été égaré et qui avait été incarcéré
pendant plus de deux ans et demi (il a été finalement relâché
le 15 avril par un substitut du commissaire du gouvernement à la suite
d'enquêtes conduites par la MICIVIH), et celui d'un autre prévenu
relâché en mai après trois ans et deux mois de détention
préventive.
| Personnes en détention préventive, avril-mai 1999 | ||||||
| Dept. | Prison | Total en détent. prév. | Prévenus en détention prolongée | |||
| plus d'un an | 1-2 ans | 2-3 ans | 3+ ans | |||
| Ouest | Carrefour | 52 | 22 | 14 | 7 | 1 |
| Delmas | 40 | N.d. | N.d. | N.d. | N.d. | |
| Fort Nat.
Femmes/ Mineurs |
72w | 29 | 18 | 8 | 3 | |
| 58m | 6 | 4 | 2 | 0 | ||
| Pénitenci-er Nati. | 1458 | N.d. | N.d. | N.d. | 98 | |
| Pétion-ville | 114 | N.d. | N.d. | N.d. | N.d. | |
| Petit-Goâve | 67 | 13 | 13 | - | - | |
| Artibonite | Gonaïves | 217 | 64 | 47 | 8 | 9 |
| Saint-Marc | 67 | 8 | 6 | - | 2 | |
| Centre | Hinche | 81 | 20 | 18 | 2 | - |
| Mirebalais | 45 | N.d. | N.d. | N.d. | N.d. | |
| Grand-Anse | Jérémie | 83 | 14 | 11 | 3 | - |
| Anse-à-Veau | 27 | 5 | 4 | 1 | - | |
| Nord | Cap-Haïtien | 155 | N.d. | N.d. | N.d. | N.d. |
| Grande Rivière | 31 | 1 | 1 | - | - | |
| Nord-Est | Fort
Liberté |
79 | 26 | 22 | 4 | - |
| Nord-Ouest | Port-de-
Paix |
70 | N.d. | N.d. | N.d. | N.d. |
| Sud | Les Cayes | 76 | 8 | 7 | 1 | - |
| Aquin | 52 | 2 | 2 | - | - | |
| Sud-Est | Jacmel | 104 | 11 | 7 | 4 | - |
| TOTAL | 2948 | 229* | 174* | 40* | 113* | |
*chiffres incomplets
A Port-au-Prince, la MICIVIH a poursuivi son enquête
relative aux dossiers des détenus gardés en détention préventive
prolongée au Pénitencier National (voir le Droits de l'Homme
en Haïti, Janvier-Mars 1999) en interviewant tous ceux qui étaient
incarcérés depuis 1995 et 1996, soit 173 prévenus, dont
10 ont été depuis libérés. Parmi les 173, 20 n'avaient
pas de dossier, 23 avaient des dossiers vides, et 31 avaient des dossiers qui
ne contenaient pas de mandat de dépôt. Plusieurs des mandats de
dépôt ne mentionnaient pas la date ou les charges retenues contre
l'accusé. La durée moyenne sans être vu par un juge pour
les détenus de 1995 a été évaluée à
959 jours, tandis que pour ceux de 1996 cette moyenne était de 596 jours.
Cent vingt-neuf (129) de ceux encore inscrits dans les registres de la prison
n'étaient plus détenus, ce qui soulève des interrogations
sur la procédure de certaines des libérations au moins. Un nouveau
juge d'instruction, qui avait affirmé à la MICIVIH avoir hérité
de 333 dossiers à sa prise de fonction en janvier et avait encore reçu
25 autres, a commencé à programmer des auditions de détenus
incarcérés depuis 1995/1996 sur la base des informations transmises
par les assistants légaux du DAP. Afin de prévenir quelques-unes
de ces irrégularités, chaque nouveau détenu est maintenant
interviewé par un assistant légal du DAP et un dossier individuel
est créé. Deux assistants légaux ont été
nommés pour vérifier les documents de libération, assurer
le suivi des enregistrements des comparutions devant le tribunal, et vérifier
que les détenus sont libérés par des juges avec une ordonnance
de libération en bonne et due forme. Les résultats de l'appel
nominatif du 4 avril à la prison sont encore attendus. Cette procédure
a été exécutée par le DAP, avec l'aide de la MICIVIH,
de l'UNDP et du sous-traitant de l'USAID, Checchi and Company Consulting, avec
l'objectif de mettre à jour les registres de la prison. Les données
informatisées pour le mois de mars indiquaient beaucoup plus de détenus
que les 1.650 enregistrés au cours de l'appel nominatif.
Dans les provinces, au Cap Haïtien, qui arrivait au troisième
rang pour le nombre de cas de détention préventive prolongée,
il y a eu peu d'amélioration pour les cas de dizaines d'individus gardés
en détention préventive depuis plus d'un an. Tous sauf un étaient
pris en charge par le même juge d'instruction. A Jacmel,
les observateurs de la MICIVIH ont rapporté qu'à la date du 20
mai le nombre de prévenus était de 104, plus du double du chiffre
enregistré pour le même mois en 1998.
Une réunion entre la MICIVIH, le commissaire du gouvernement de Jérémie
et ses deux substituts le 20 avril pour discuter quelque 10 cas de
prévenus en détention préventive pour des périodes
allant de 20 à 35 mois a conduit à la décision de libérer
quatre des accusés et de déférer deux autres au tribunal
immédiatement. Le commissaire a également promis de soumettre
au Ministre de la Justice le cas de trois mineurs, gardés pendant 21
mois sur inculpation de vol et d'incendie criminel.
A Anse-à-Veau (Grand'Anse), où le dysfonctionnement
du système judiciaire a longtemps été une source de préoccupations,
un juge d'instruction a finalement commencé à enquêter sur
les charges retenues contre un individu arrêté en avril 1997 et
accusé d'être un 'zenglendo'. Dix détenus ont été
relâchés entre le 21 avril et la mi-juin, deux d'entre eux ayant
été en détention préventive pendant plus d'un an.
Quelques-unes des ordonnances de libération ont été envoyées
directement à la prison et non via le parquet. De nouvelles autorités
judiciaires ont été nommées en mai : un juge et un
substitut du commissaire du gouvernement. Le poste de doyen, vacant depuis mars,
n'avait pas été rempli. Quelques résidents de la commune
auraient décidé de nommer leur propre doyen à cause de
l'absence de réaction du Ministère de la Justice.
Assises criminelles
Dans le contexte de la planification des assises criminelles, un séminaire
sur les critères de sélection du jury et la méthodologie
a été organisé au tribunal civil de Jacmel
pour 15 juges de paix du département du Sud-Est le 24 avril. Ce séminaire,
qui était une initiative de l'Ecole de la Magistrature, à également
été organisé à l'intention des autorités
judiciaires des Gonaïves, du Cap Haïtien
et des Cayes, pour la plupart pendant le mois de juin.
Les espoirs d'une réduction du nombre de détenus en détention
préventive grâce aux assises criminelles ont été
anéantis lorsque les assises qui devaient avoir lieu à Port-au-Prince
en avril ont été annulées, les raisons avancées
étant le manque de fonds et l'absence de sécurité pour
les membres du jury. Toutefois, les premières assises criminelles depuis
décembre 1997 ont eu lieu à Fort-Liberté
en juin. Pour tous les cas à l'exception d'un seul, celui de trois policiers
accusés du meurtre d'un détenu (voir ci-dessus), les prévenus
attendaient leur jugement depuis 1997. Bien que de nombreux problèmes
fussent encore rapportés, les observateurs ont noté que la salle
du tribunal était bien tenue et que les procédures étaient
observées, que les avocats de la défense étaient nommés
en temps utile pour préparer la défense et que les juges faisaient
des efforts considérables pour traduire les audiences en créole,
compte tenu que de nombreux membres du jury et accusés ne comprenaient
pas le français. En dépit du fait que quelque 300 individus avaient
été convoqués pour faire partie de la réserve du
jury, peu de personnes se présentèrent et la police et l'huissier
rassemblèrent des gens ramassés dans la rue. Voir aussi Droits
de l'Homme en Haïti, Janvier-Mars 1999 pour une analyse des problèmes
liés aux assises criminelles.
Des assises sans jury ont eu lieu à Aquin, Hinche
et Jacmel au cours de cette période. Les assises de
Petit Goâve ont été renvoyés.
Habeas corpus/Non-exécution des ordonnances de libération
La MICIVIH a continué à exhorter les autorités judiciaires
à tous les niveaux à libérer les prisonniers dont la détention
était qualifié illégale, mais pour lesquels le commissaire
du gouvernement avait refusé d'exécuter les ordonnances de libération,
ou lorsque celles-ci avaient été systématiquement suivies
de la présentation de nouvelles charges. Quelques-uns des détenus,
notamment des collaborateurs de l'ancien régime militaire, ont été
gardés en détention depuis 1996 (voir Droits de l'Homme en
Haïti, Octobre-Décembre 1998, et Janvier-Mars 1999).
Des lettres ont été envoyées de nouveau au Ministre de
la Justice les 3 et 31 mai concernant ces cas. En dépit du fait que les
copies de ces correspondances ont été acheminées au commissaire
du gouvernement de Port-au-Prince et que certaines plaintes antérieures
de la MICIVIH avaient été adressées directement à
ce dernier, il a exigé d'avoir une liste des cas sous le prétexte
fallacieux qu'il ne disposait d'aucune information. Il est de plus en plus clair
que ces cas ne sont pas la conséquence d'une négligence de procédure,
mais qu'il s'agit de violations flagrantes et scandaleuses du droit à
la liberté individuelle et des exigences relatives à un procès
équitable. En tant que telles, ces violations projettent une ombre sérieuse
et inquiétante sur les résultats en matière de droits de
l'homme des autorités haïtiennes. Le refus prolongé de la
part du commissaire du gouvernement de se conformer aux décisions judiciaires
semble de plus en plus bénéficier du soutien, tacite ou non, de
ses autorités de tutelle.
Le doyen de Port-au-Prince, Me. Gabriel Castor, a été remplacé
au début du mois de mai, après plusieurs mois de friction croissante
entre lui et le parquet, qu'il avait critiqué pour accomplissement inadéquat
de ses fonctions. Au cours de ses deux ans et demi à ce poste, Me Castor
a émis plusieurs des ordonnances de libération, basées
sur la détention illégale, qui sont restées inexécutées
par suite du refus du commissaire du gouvernement. Un juge d'instruction a été
nommé en tant que doyen par intérim, tandis qu'un poste à
la Cour d'appel a été offert à Me Castor, qui a refusé
de l'accepter.
Comme opérations de suivi à la publication en septembre 1998
de sa brochure Le Recours pour la protection de la liberté individuelle
dans la Constitution de 1987, la MICIVIH a organisé une série
d'activités en mars et avril pour promouvoir la connaissance des recours
à l'habeas corpus, et des problèmes liés à
la liberté individuelle, et pour encourager les avocats à faire
des pétitions dans les cas qui l'exigent. L'événement le
plus significatif a été une table ronde le 6 avril à l'Ecole
de la Magistrature auquel plus de 150 participants, notamment le nouveau Ministre
de la Justice, l'Inspecteur Général de la PNH, le Directeur du
DAP, divers autres représentants du corps judiciaire et de la police,
des membres des barreaux, des représentants des ONG et les membres du
personnel de la MICIVIH et des consultants locaux. Des juges de paix enrôlés
dans un programme de formation en cours de l'EMA participèrent également.
Les débats commencèrent sous l'égide d'un comité,
formé du Directeur adjoint de la MICIVIH, d'un juge qui est aussi formateur
à l'EMA, et de deux consultants de la MICIVIH spécialement invités
(l'historien Claude Moïse, et Me Jean Joseph Exumé, ancien Ministre
de la Justice et membre actuel de la Commission interaméricaine des Droits
de l'Homme), qui répondaient aux questions posées par un modérateur.
Ces réponses traitaient, inter alia, de l'évolution de
l'habeas corpus dans les constitutions haïtiennes, des questions
de procédure y relatives, des protections de l'habeas corpus
prévues dans les traités internationaux, et du besoin de renforcer
les procédures de l'habeas corpus en Haïti. Un débat
animé et productif a donné suite à la session question
réponse. Les deux consultants cités et le Directeur adjoint
de la MICIVIH ont également fait des présentations à un
séminaire sur le thème de l'habeas corpus à l'Ecole
de Droit de Hinche le 8 avril auquel environ 60 personnes ont
participé, y compris des représentants locaux du corps judiciaire
et de la police et des étudiants en droit. Une conférence similaire
a été tenue pour environ 30 membres d'ONG et des militants des
droits de l'homme à l'Office du Protecteur du Citoyen le 31 mars. Plusieurs
membres des bureaux régionaux de la MICIVIH ont fait aussi des présentations
sur le sujet à des étudiants en droit et à d'autres secteurs
intéressés (par exemple au Cap Haïtien)
et une table ronde a été organisée par les bureaux régionaux
à Port-de-Paix le 16 avril et Fort-Liberté
le 19 mai. A la conférence de Port-de-Paix, dont les participants comprenaient
le commissaire du gouvernement, des étudiants en droit et des juristes,
une partie des débats s'est concentrée sur le cas d'un individu
détenu en garde à vue à Port-de-Paix sans voir un juge
du 9 au 13 avril, et ensuite envoyé en prison par le commissaire du gouvernement
"pour enquête", sans qu'une entrevue lui ait été accordée.
A la suite des débats, le commissaire du gouvernement a rapidement accordé
deux entrevues au détenu et l'a libéré cinq jours plus
tard.
Mineurs en détention
Le tribunal pour mineurs récemment rénové (anciennement
tribunal de paix de la section est) à Port-au-Prince a
été inauguré le 21 mai en présence des officiels
du gouvernement et des représentants de la communauté internationale.
La rénovation du tribunal a été financée par le
CECI, une organisation de développement canadienne, qui avait déjà
financé la construction ou la rénovation de 12 tribunaux de première
instance sur une période de quatre ans. Le juge responsable des mineurs
en détention à Port-au-Prince était également
présent. [Le 2 juillet, la MICIVIH a constaté que le tribunal
était fermé à cause de problèmes de sécurité.
Il était toujours fermé début août.] L'un des principaux
obstacles à l'amélioration de la justice pour les mineurs est
l'absence de centre spécial pour les délinquants juvéniles.
Les mineurs sont actuellement détenus à la prison du Fort National.
Des observateurs au Cap Haïtien ont constaté que,
depuis l'introduction d'un registre séparé pour les mineurs à
la prison en avril 1998, 25 adolescents (16 garçons, 9 filles) âgés
de 13 à 17 ans ont été placés en détention,
pour des périodes allant de quelques heures à 61 jours. Seuls
trois d'entre eux ont été jugés, les autres ayant été
relâchés avant la fin des procédures judiciaires ou étaient
toujours en détention préventive au moment de l'enquête
de la MICIVIH.
L'impunité
Le nouveau Ministre de la Justice a fait une priorité de la conduite
à leur terme des procédures judiciaires relatives au massacre
du 22 avril 1994, perpétré par des militaires dans le district
des Gonaïves de Raboteau, . Des ressources humaines supplémentaires
ont été allouées au cas et une reconstitution partielle
des événements a eu lieu pendant trois jours du 7 au 9 juin. En
présence des résidents locaux, des témoins et des survivants
ont redit in situ ce qu'ils avaient vu ou les expériences qu'ils avaient
vécues, et ont été interrogées par le juge d'instruction
en charge de l'affaire, par le commissaire du gouvernement, et des avocats stagiaires
rattachés au Barreau des Gonaïves. Les procédures ont été
photographiées et enregistrées sur vidéo pour le Ministre
de la Justice. A cause des problèmes de sécurité, l'obligation
de présence des accusés n'a pas été respectée.
Des enregistrements vidéos devaient par contre leur être présentés.
Dans l'intervalle, les victimes du massacre et leurs familles ont continué
de mener campagne pour la destitution du commissaire du gouvernement, l'accusant
d'être responsable d'atermoiements dans les procédures.
Deux jours d'activité, une cérémonie officielle et aussi
une manifestation organisée par l'organisation Fondation 30 septembre,
basée à Port-au-Prince, ont eu lieu à Gonaïves
pour marquer le 5ème anniversaire du massacre de Raboteau.
La MICIVIH a fourni un support logistique pendant ces deux jours. Dans un communiqué
de presse pour célébrer l'anniversaire, la MICIVIH a fait savoir
que des défauts dans la conception, la planification et l'exécution
des politiques de procédure criminelle et de réparation continuaient
à être la cause profonde de l'impunité en Haïti. Le
communiqué de presse de la Mission a recommandé que les priorités
du Ministère devraient inclure l'installation de commissions de suivi
et de réparation, recommandées par la Commission Nationale de
Vérité et Justice et la création de la commission constituée
en premier lieu de juges, envisagée dans la loi de réforme judiciaire.
Le communiqué a également noté que la remise des documents
de la FAd'H et du FRAPH, saisis par les autorités américaines
en 1994, pouvait aider à combattre l'impunité.
Le lauréat du prix Nobel de la Paix, Adolfo Pérez ESQUIVEL, a
également réitéré son appel pour la remise des documents
de la FAd'H et du FRAPH au cours de sa visite en avril en Haïti, renouvelant
aussi d'autres recommandations exprimées précédemment dans
des lettres à des membres importants du gouvernement et aux organisations
luttant pour les droits de l'homme à la suite de sa première visite
en août 1998. Au cours de celle-ci, le prix Nobel avait mis l'accent sur
la lutte contre l'impunité. Il a rencontré le Président
Préval, le Président du Sénat et d'autres personnalités
du gouvernement, ainsi que l'ex-Président Aristide et des représentants
de diverses organisations haïtiennes de défense des droits de l'homme.
Ces dernières ont continué à faire pression sur le gouvernement
pour qu'il prenne des mesures contre l'impunité. Avec l'aide de la MICIVIH,
MAPVIV a achevé le document Jalons pour une politique de réparation,
qui devrait être publié en juillet, et qui est né d'une
analyse des groupes de victimes et de leurs revendications et d'une conférence
nationale en 1998. Le document contient une série de recommandations
adressées à la fois aux autorités et à la société
civile. En juin également, la Plateforme des Organisations haïtiennes
des droits de l'Homme (POHDH) a republié un document Pour un plan
d'action contre l'impunité, qu'elle avait publié pour la
première fois avec la Coalition Nationale pour les Droits des Haïtiens
en septembre 1998. Cette publication a été incorporée dans
le Rapport spécial sur la situation des droits humains en Haïti
de juin 1999, contenant une série de réflexions et propositions
sur les thèmes Violence, Insécurité et Droits de l'Homme.
Le rapport a été présenté à une conférence
organisée pendant une journée par le POHDOH. L'impunité
a été identifiée comme l'un des problèmes-clés
sous-jacent à la situation actuelle et le rapport de la POHDH a souligné
la nécessité d'exécuter les recommandations élaborées
par le POHDH et par d'autres organisations, notamment la Commission Nationale
de Vérité et de Justice (CNVJ) et la MICIVIH.
De nouveaux développements ont été notés pour trois
autres cas d'anciens violations des droits de l'homme, au cours de la présente
période. Aux Cayes, Fritznel JEAN-BAPTISTE, un garde du palais et ancien
membre des FAd'H connu sous le nom de "La Fimen", a été condamné
à cinq ans d'emprisonnement et à une amende de 50.000 Gdes le
21 mai, après avoir comparu devant les assises criminelles sans jury.
Il a été accusé d'arrestation illégale et de torture
d'un détenu à Maniche en janvier 1993. Il avait
été incarcéré en octobre 1998, après que
le maire des Cayes eût reconnu en lui l'individu recherché au cours
d'une visite au Palais National. Dans un autre cas dans le même département,
le 27 avril, un individu a été acquitté de l'inculpation
d'arrestation illégale et de torture de deux personnes dans le caserne
de Camp Perrin en 1994. Une deuxième personne a été
condamnée à trois ans de prison comme complice de l'arrestation
et de la détention illégale. Un ancien sergent des FAd'H et un
ancien chef de section ont été condamnés par contumace
à trois ans d'emprisonnement pour arrestation et détention illégale,
et sommés de payer 150.000 Gdes de dommages à l'une des victimes.
Le juge ne s'est pas prononcé sur les charges de torture qui pesaient
aussi sur les accusés, car il s'est déclaré incompétent
en la matière. Des sources locales ont laissé entendre que la
localisation des deux accusés jugés par contumace était
connue, mais qu'aucune tentative n'a été faite pour les arrêter
(voir Droits de l'Homme en Haïti, Janvier-Mars 1999). Dans le
département du Nord, un ancien adjoint du régime militaire du
Borgne a été relâché le 7 mai 1999
après trois audiences tenues cette année au cours de laquelle
les témoins n'ont pas comparu. L'adjoint était en détention
depuis juillet 1996, accusé d'incendie criminel (voir Droits de l'Homme
en Haïti, Janvier-Mars 1999).
Les manifestants ont continué à faire pression pour le paiement
d'une indemnité à ceux dont les maisons avaient été
brûlées par le FRAPH en décembre 1993 à Cité
Soleil (voir Droits de l'Homme en Haïti, Janvier-Mars 1999),
et à la fin du mois de juin le Ministère de la Justice a annoncé
que 25 millions de gourdes seraient mises à disposition des victimes.
Le décaissement des fonds a commencé en juillet en faveur de 914
victimes, chacune d'elles recevant 27.000 Gdes pour reconstruire sa maison.
Un autre groupe de 162 personnes devaient recevoir des habitations qui avaient
été construites pour les victimes, mais qui n'avaient jamais été
attribuées à celles-ci.
Des femmes victimes de viol et d'autres formes de violence au cours de la période
du coup d'état étaient parmi le groupe de femmes interviewées
par le Rapporteur Spécial de l'ONU sur la violence exercée contre
les femmes, Radhika Coomaraswamy, et sa délégation au cours de
leur visite en Haïti en juin. Elles ont également rencontré
des organisations de soutien aux femmes victimes de violence par le passé
ou pendant la période actuelle.
LES PRISONS
L'administration civile de la prison, à l'origine connue sous le nom
d'Administration Pénitentiaire Nationale et actuellement la Direction
de l'Administration Pénitentiaire, a célébré son
quatrième anniversaire le 30 juin par une journée ouverte pour
les journalistes au Pénitencier National. Même les prisonniers
ont reconnu l'existence d'amélioration dans leur condition carcérale,
tout en déplorant leur détention préventive arbitraire
et prolongée. La MICIVIH a également publié un communiqué
de presse pour marquer l'occasion.
Les règlements internes de la prison, rédigés sous forme
de projet depuis 1997 en attente d'approbation officielle, ont été
finalement adoptés et rendus publics le 30 juin. Les Règlements
Internes des Etablissements Pénitentiaires donnent des directives concernant
les procédures d'admission (notamment les procédures à
suivre pour traiter le cas des détenus ayant subi apparemment des mauvais
traitements en garde à vue), des procédures pour la tenue des
registres, pour les conditions de la prison (approvisionnement en nourriture,
conditions sanitaires, exercice, soins médicaux, réinsertion sociale,
droits de visite et autres liens avec la famille). Les règlements incluent
aussi des principes directeurs et procédures disciplinaires (notamment
la mise en isolement des détenus dans des cellules pour les punir) que
les gardiens de prison réclamaient depuis longtemps, et aussi des règles
pour l'exécution des fouilles corporelles et celles des cellules, faisant
partie du chapitre sur la sécurité.
Les conditions des prisons
Une enquête sur les prisons au cours de la présente période
indique que, au moins en ce qui concerne les soins médicaux et l'approvisionnement
en nourriture, les établissements pénitentiaires ne sont pas conformes
aux exigences figurant dans les règlements internes. Beaucoup de prisons,
par exemple, fournissaient seulement un repas par jour, au lieu de deux. Bien
que les autorités carcérales aient introduit de nouvelles formulaires
de contrôle de l'utilisation des stocks de nourriture sur une base journalière,
ces dernières semblaient être rarement utilisées. Des protestations
relatives à la pénurie de nourriture ont été organisées
dans les prisons des Cayes et de Fort Liberté
en avril. Dans le dernier cas, le Directeur Départemental de la PNH est
intervenu pour trouver des provisions pour deux jours tandis que l'inspecteur
était parti à Port-au-Prince pour obtenir des stocks. Pratiquement
aucun livre de stocks n'est tenu à la prison des Cayes et les détenus
prétendent que la nourriture disparaît avant d'arriver jusqu'à
eux. Les autorités carcérales de diverses prisons rapportent qu'elles
reçoivent rarement un budget pour l'achat de vivres alimentaires frais.
Les pénuries de nourriture étaient si graves dans certaines prisons
que le CICR a effectué des achats au cours de leur visite. Il y a de
sérieuses inquiétudes concernant également l'approvisionnement
à long terme pour les denrées alimentaires de base après
septembre, lorsque la BND, une ONG à financement hollandais qui fournissait
70% des aliments de première nécessité aux prisons mettra
un terme à cet arrangement.
L'impact de l'insuffisance de la nourriture s'est fait de plus en plus sentir.
A Gonaïves, par exemple, 92 détenus sur 293 ont
été considérés comme souffrant de malnutrition à
la suite d'examens par des représentants du Comité International
de la Croix-Rouge (CICR) en juin. Quarante-sept cas ont été jugés
"avancés" et six "sévères". Le CICR a commencé un
programme de nutrition pour ceux dont le diagnostic indiquait qu'ils étaient
mal nourris. Au moins trois détenus de la prison des Gonaïves sont
morts dans la première quinzaine du mois de juin, apparemment des suites
de maladies liées à la malnutrition. Au Pénitencier National,
à Port-au-Prince, des inquiétudes concernant
la malnutrition subsistent. Une équipe médicale qui a examiné
217 détenus en avril a trouvé que 153 souffraient d'un certain
degré de malnutrition et un centre d'alimentation a été
mis en place pour apporter un complément au régime habituel de
la prison. Vers la fin mai, 54 prisonniers étaient suffisamment rétablis
pour être exclus du programme d'alimentation. Les médecins de Fort
Liberté étaient également préoccupés
par des cas de maladies liées à la malnutrition.
Un certain nombre de cas de prisonniers malades a probablement été
encore aggravés par des retards dans le transfert des détenus
à l'hôpital, notamment aux Gonaïves où l'un des prisonniers
est décédé. Le manque de gardiens et/ou de transport a
souvent été évoqué comme raison. Des absences longues
et fréquentes de l'inspecteur de prison et du véhicule de l'établissement
pénitentiaire ont été rapportées dans plusieurs
prisons, et la question a été soulevée par la MICIVIH avec
le chef du DAP le 31 mai. Après la fuite d'un prisonnier de l'hôpital
de Port-de-Paix au début du mois d'avril, l'hôpital
local a refusé d'accepter des détenus sans la présence
d'un gardien du DAP. Par voie de conséquence, un autre détenu
dont le diagnostic avait révélé une pneumonie le 5 mai,
n'a pas pu être hospitalisé jusqu'au 17 juin, date à laquelle
il a été constaté qu'il souffrait également d'une
anémie sévère. A Jérémie,
les autorités carcérales n'ont jamais satisfait aux demandes répétées
de la Mission afin d'obtenir une radiographie du bras d'un prisonnier, blessé
selon les dires à la suite d'un mauvais traitement de la police aux Abricots
le 3 avril. En avril, la MICIVIH a constitué une liste de 32
personnes incarcérées aux Cayes souffrant apparemment
de maladies, tels que des dermatoses et des éruptions de fièvre.
Des observateurs ont essayé de persuader les autorités locales
de prendre des mesures, avec peu de succès. L'hôpital local était
peu disposé à traiter les prisonniers, s'ils ne payaient pas eux-mêmes
les interventions. A la fin mai, un observateur de la MICIVIH a accompagné
l'infirmière du Cap Haïtien au cours d'une visite
de sept cellules sur quinze pour vérifier la santé des détenus.
Trente prisonniers sur 77 interrogés par l'infirmière étaient
apparemment malades, mais il n'y avait pas de médicaments pour les soigner.
Les autorités ont été alertées sur les retards dans
la fourniture de soins médicaux et hospitaliers. La pénurie généralisée
de médicaments dans les prisons continue d'être une source de préoccupations.
| POPULATION CARCÉRALE | |||||
| Prison | Date de la visite | Pop. totale
|
En détention préventive | Détenus condamnés | |
|
Nbre. |
% |
||||
| Anse-à-Veau | 36408 | 33 | 23 | 10 | 30,3 |
| Aquin | 36377 | 68 | 49 | 19 | 27,94 |
| Arcahaie * | 21/6/99 | 11 | 3 | 8 | 72,72 |
| Cap-Haïtien | 27/5/99 | 213 | 155 | 58 | 27,23 |
| Carrefour | 10/5/99 | 67 | 52 | 15 | 22,39 |
| Delmas | 36223 | 45 | 40 | 5 | 11,11 |
| Fort-Liberté | 24/5/99 | 97 | 82 | 15 | 15,46 |
| Gonaïves | 07/5/99 | 279 | 225 | 54 | 19,35 |
| Gde-Rivière du Nord | 25/5/99 | 49 | 32 | 17 | 34,69 |
| Hinche | 18/5/99 | 129 | 81 | 48 | 37,21 |
| Jacmel | 20/5/99 | 144 | 104 | 40 | 27,78 |
| Jérémie | 21/5/99 | 129 | 83 | 46 | 35,66 |
| Les Cayes | 36346 | 134 | 94 | 40 | 29,85 |
| Mirebalais | 14/4/99 | 96 | 45 | 51 | 53,12 |
| Ouanaminthe * | 21/5/99 | 10 | 10 | 0 | 0 |
| PAP-Fort National | 19/5/99 | 142 | 130 | 12 | 8,45 |
| PAP-Pénitencier National | 14/6/99 | 1687 | 1458 | 229 | 13,57 |
| Pétionville | 16/6/99 | 128 | 114 | 14 | 10,94 |
| Petit-Goâve | 25/5/99 | 95 | 85 | 10 | 10,53 |
| Port-de-Paix | 14/5/99 | 96 | 70 | 26 | 27,08 |
| Saint-Marc | 10/5/99 | 89 | 68 | 21 | 23,6 |
| TOTAL | 3471 | 3003 | 718 | 19,19 | |
| FEMMES ET MINEURS EN PRISON |
|||||
|
Prison |
Date de la visite |
Femmes |
Mineurs | ||
| Total | Nombre de condamnés |
Total |
Nonbre de condamnés | ||
| Anse-à-Veau | 36408 | 0 | 0 | 1 | 1 |
| Aquin | 08/699 | 2 | 0 | 0 | 0 |
| Arcahaie * | 36284 | 0 | 0 | 0 | 0 |
| Cap-Haïtien | 27/5/99 | 8 | 3 | 5 | 1 |
| Carrefour | 10/5/99 | 1 | 0 | 3 | 1 |
| Delmas | 36223 | 8 | 0 | 2 (1f) | 0 |
| Fort-Liberté | 24/5/99 | 3 | 0 | 1 | 0 |
| Gonaïves | 07/5/99 | 5 | 1 | 2 | 1 |
| Gde-Rivière du Nord | 25/5/99 | 3 | 0 | 1(f) | 0 |
| Hinche | 18/5/99 | 7 | 2 | 3 | - |
| Jacmel | 20/5/99 | 10 | 2 | 6 | 1 |
| Jérémie | 21/5/99 | 5 | - | 9 | 2 |
| Les Cayes | 36346 | 8 | 2 | 0 | 0 |
| Mirebalais | 14/4/99 | 1 | 0 | 0 | 0 |
| Ouanaminthe * | 21/5/99 | 0 | 0 | 0 | 0 |
| PAP-Fort National | 19/5/99 | 82 | 10 | 43m
17f |
1m
1f |
| PAP-Pénitencier National | - | - | - | - | - |
| Pétionville | 16/6/99 | 5 | 1 | 4 | 2 (1f) |
| Petit-Goâve | 25/5/99 | 4 | 0 | 2 | 0 |
| Port-de-Paix | 14/5/99 | 2 | 1 | 1 | 0 |
| Saint-Marc | 10/5/99 | 8 | 0 | 2 | 2 |
|
TOTAL
|
162 | 22 | 102 | 13 | |
* Centres de détention gérés par la PNH et non pas la
DAP
Les conditions sanitaires de la prison des Cayes demeuraient
précaires, avec des prisonniers contraints de prendre leur bain dans
leur cellule. En mai, le CICR a distribué des articles de nettoyage et
d'autres produits sanitaires pour améliorer les conditions. La plupart
des prisonniers dormaient selon les dires sur le sol et n'étaient pas
autorisés à sortir de leur cellule pour faire des exercices. La
MICIVIH a commencé à se concerter avec les autorités locales
pour explorer la possibilité d'un projet financé par le CICR pour
construire des installations sanitaires (toilettes et salles de bain). La prison
du Cap Haïtien manquait également de produits pour
le nettoyage et la désinfection des cellules. Quelques prisonniers de
cet établissement dormaient à même le sol.
Le DAP / le respect des droits de l'homme
Le nombre d'allégations de mauvais traitement par les gardiens de prison
est resté relativement bas et s'est limité aux cas des prisons
de Fort Liberté et de Gonaïves
(comme dans le trimestre précédent). Dans le dernier cas, un fonctionnaire
de prison a affirmé à la MICIVIH que l'un des gardiens impliqués
dans le passage à tabac de six détenus, lors de leur passage de
leur cellule de garde à vue vers les douches du DAP entre le 26 et le
30 mai, avait déjà été transféré.
Le second gardien faisait encore l'objet d'une enquête. Les détenus,
battus par la police selon leurs allégations, avaient été
accusés de l'assassinat d'un policier de la PNH et de trois civils lors
d'un vol à main armée survenu le 24 mai. La Mission a également
commencé des enquêtes relatives à des allégations
selon lesquelles tous les 26 occupants d'une cellule aux Gonaïves ont été
battus par un gardien le 28 juin lorsqu'il a conclu par erreur que l'un d'entre
eux était manquant. Les prisonniers disent qu'ils ont été
emmenés dans la cour et que chacun d'entre eux a reçu cinq coups
sur les fesses. A Fort Liberté, la plupart des cas rapportés
au bureau régional de la MICIVIH depuis sa réouverture en mai
1998 concernaient les mêmes deux gardiens, mais aucune mesure n'a jamais
été prise contre eux. L'un d'entre eux a été cité
dans le cadre de huit plaintes, l'autre accusé par cinq plaignants. Les
allégations comprennent le harcèlement sexuel d'une femme détenue.
LYNCHAGES/BRIGADES DE VIGILANCE
La MICIVIH a reçu des rapports concernant 14 individus lynchés
au cours de la période examinée, y compris un agent de la PNH
de Saint Marc (voir ci-dessus). Des cas ont été
enregistrés dans les départements de l'Ouest,
du Centre, du Sud, du Nord,
du Nord-Est et du Nord-Ouest. Le personnel
de l'Hôpital Général de Port-au-Prince
est entré en grève pendant deux jours après que la très
connue Brigade Fort St Clair liée, selon les déclarations
recueillies, au commissaire de police de Port-au-Prince emprisonné, malgré
ses dénégations eut traîné hors de la salle
d'attente des urgences un individu pour le lyncher à l'extérieur
de l'hôpital le 11 avril. La même brigade avait auparavant attrapé
et brûlé vif un présumé voleur. La brigade avait
déclaré par le passé que la police leur avait donné
des cartes d'identité. Une seconde brigade de vigilance constituée
de plusieurs agents de police et de civils armés avait été
signalée à Cité Soleil et de nombreux
assassinats leur avaient été attribués en mai et juin (voir
ci-dessus, Assassinats perpétrés par des policiers ).
Un fonctionnaire de justice a laissé entendre à la MICIVIH qu'une
brigade de vigilance locale assistait les tribunaux dans l'exécution
des mandats à cause de l'absence de la police et des membres des CASEC
à Mombin Crochu (Nord-Est). Les résidents et
aussi les détenus de certaines villes du Département du Centre
se sont plaints des activités illégales des brigades de vigilance
locales. Dans deux des cas de lynchage relatés à la MICIVIH, les
victimes ont été traînés hors des bureaux ou des
domiciles des CASEC. Dans un troisième cas, la victime a été
extraite de l'enceinte du tribunal. Les policiers ont pu empêcher certains
lynchages, en particulier lorsque la foule a assiégé le commissariat
de police de Léogâne le 17 mai, tentant de s'emparer
de deux suspects.
LA SOCIÉTÉ CIVILE
Les ONG des droits de l'homme
Des représentants des Comités inter-ONG pour la visite des prisons
et lieux de garde à vue qui ont été créés
dans tous les départements avec l'appui de la MICIVIH, se sont rencontrés
en deux fois au cours de cette période à Port-au-Prince. A la
suite de la première réunion, tenue les 9 et 10 juin, il a été
convenu de mettre en place un secrétariat pour coordonner les comités.
La deuxième rencontre, tenue du 28 juin au 3 juillet, consistait en un
programme de formation intensif de six jours pour développer la capacité
de travail des comités. Les sessions comprenaient des informations sur
le système judiciaire et la réforme judiciaire, les concepts relatifs
aux droits de l'homme, des études de cas pratiques et des discussions
au sujet des techniques pour les visites de prisons. Un peu de formation et
d'encadrement avait déjà été donné par des
observateurs dans les provinces. A Port-de-Paix par exemple, la MICIVIH et le
bureau régional de l'organisation des droits de l'homme de l'Eglise Catholique
Justice et Paix ont animé ensemble une conférence de deux jours
les 15 et 16 juin sur la vérification de la détention dans les
commissariats de police et les prisons pour un total de 28 militants des droits
de l'homme opérant à travers le Nord-Ouest. Un substitut du commissaire
du gouvernement et quelque 10 représentants de la PNH et du DAP (administration
de la prison) ont également pris part à la conférence,
qui comprenait des visites à la prison de Port-de-Paix et à la
garde à vue, où les détenus ont été interviewés.
La conférence s'est achevée par un accord de principe pour créer
un comité local inter-ONG qui effectuerait des visites régulières
de prison et de garde à vue dans le Nord-Ouest. En avril, le bureau régional
de la MICIVIH aux Gonaïves a commencé à
tenir des sessions hebdomadaires de formation de deux heures pour un groupe
de six membres d'un comité régional formé pour surveiller
les conditions de détention en prison et en garde à vue. Les participants,
principalement des avocats et des professionnels para-légaux, ont reçu
une formation sur des sujets tels que les instruments internationaux des droits
de l'homme et des normes pour le traitement des détenus.
|
Cas de "justice" populaire: nombre de victimes (nombre d'incidents entre parenthèses si différent) |
|||||||
| jan. | fév. | mar. | avr. | mai | juin | Total | |
| Ouest | 0 | 5 (2) | 1 | 4 | 0 | 0 | 10 (7) |
| Nord-Ouest | 0 | 0 | 1 | 0 | 2 | 0 | 3 |
| Nord | 2 | 0 | 0 | 0 | 1 | 0 | 3 |
| Nord-Est | 0 | 0 | 3 (1) | 2 (1) | 0 | 0 | 5 (2) |
| Artibonite | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 1* | 1 |
| Centre | 3 (2) | 2 (1) | 0 | 3 (2) | 0 | 0 | 8 (5) |
| Sud-Est | 1 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 1 |
| Sud | 0 | 0 | 0 | 0 | 1 | 0 | 1 |
| Grand'Anse | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 | 0 |
| Total | 6 (5) | 7 (3) | 5 (3) | 9 (7) | 4 | 1 | 32 (23) |
* un agent de police de Saint-Marc
Séminaires sur l'éducation civique
Comme nous l'avons signalé précédemment, une série de séminaires de formation de six jours sur l'éducation civique, les droits humains et les droits des femmes pour des formateurs de la Secrétairerie d'Etat à l'Alphabétisation (SEA), organisés d'un commun accord par la MICIVIH et le SEA, a eu lieu entre avril et juin. Des séminaires ont été donnés par des formateurs sélectionnés par la MICIVIH à Hinche, Port-au-Prince, Cap Haïtien, Saint Louis du Nord, Petit Goâve, Jacmel, Fort Liberté, Saint Louis du Sud et Belle Anse.
Préparé par l'Unité de Coordination,
Analyse et Rapports (UCAR)
Mission Civile Internationale en Haïti OEA/ONU
Misyon Sivil Entènasyonal ann Ayiti OEA/ONU
Boîte Postale 1602, Port-au-Prince, Haïti
(509) 246-2025 ou (1) 212-963-9921