DROITS DE L'HOMME en Haïti janvier - mars 1999 |
Rapport trimestriel de la Mission Civile Internationale en Haïti OEA/ONU (MICIVIH) |
Droits de l'Homme en Haïti est un rapport
trimestriel rédigé par la MICIVIH. Ce document offre une vision d'ensemble du travail de
la police, dans les prisons et du système judiciaire en Haïti, pris sous l'angle du
respect des droits de l'homme. L'élaboration de ce rapport renvoi aux activités de la
Mission, tant au siège central que dans les bureaux régionaux; activités relatives aux
trois volets de son mandat, la vérification, le renforcement institutionnel et la
promotion des droits de l'homme.
CONTEXTE GÉNÉRALE
La déclaration du Président Préval annonçant que le mandat du
Parlement était arrivé à son terme le 11 janvier et que les cartels des maires élus
seraient remplacés par des agents exécutifs intérimaires ou des commissions municipales
a soulevé l'inquiétude générale au sujet de l'érosion du processus démocratique
résultant de l'invalidation de l'une de ses institutions-clés. Cette décision a
entraîné les critiques de la majeure partie de l'opposition politique et des autres
secteurs de la société, arguant que la déclaration du chef de l'Etat équivalait à un
coup d'état constitutionnel. La dégradation du climat politique a encore été
exacerbée par une vague de protestations, certaines violemment exprimées, à la suite de
la décision et a également été accompagnée d'une multiplication des menaces et des
actes d'intimidation et de violence, visant parfois des personnalités de premier plan. La
détérioration de la situation politique et l'agitation qui s'ensuivit, déclenchée par
la décision contestée, ont eu un effet défavorable sur la situation générale des
droits de l'homme. Par ailleurs, la tendance à la diminution des allégations de mauvais
traitements de détenus par la police s'est inversée. Les violations de la liberté
individuelle, liées au comportement arbitraire du commissaire du gouvernement de Port-au-Prince,
refusant d'exécuter des ordonnances de libération, se sont poursuivies. Le peu de zèle
manifesté par les autorités judiciaires et le Parquet à traiter des cas sensibles sur
le plan politique ou dans le domaine de la sécurité a persisté, ainsi que le
phénomène de la détention préventive prolongée. La montée de l'insécurité a nui le
climat socio-politique et a donnée cours à un certain nombre de protestations et
manifestations de la part de groupes socio-professionnels.
Le lendemain de l'annonce faite par le président Préval de
l'expiration des mandats de la plupart des parlementaires et d'autres autorités élues,
la sur du chef de l'Etat fut sérieusement blessée et son chauffeur tué au cours d'un
attentat que les sources policières estimèrent d'origine crapuleuse. Le 27 février, un
médecin bien en vue, le Dr Lalanne, a été tué après avoir reçu des menaces de mort
à la suite du décès d'un patient. Deux jours plus tard, le 1er mars, le
sénateur de l'OPL, M.Yvon Toussaint, fut assassiné. Les investigations relatives à ce
meurtre sont restées infructueuses à ce jour, en ce qui concerne et les auteurs et les
motifs. Le crime a cependant été largement dénoncé comme étant de nature politique.
Avant sa mort, le sénateur avait fait part à ses collègues de l'OPL à Mirebalais des
menaces de mort qu'il avait reçues. L'on a aussi fait état des allégations de menaces
de mort et d'autres actes d'intimidation contre un certain nombre de parlementaires de
l'OPL et de leaders de l'opposition.
Le 8 mars, des hommes de main non identifiés ont attaqué le
militant des droits de l'homme Pierre Espérance et un de ses collègues. L'incident a
été largement condamné à la fois en Haïti et à l'étranger. M. Espérance,
Secrétaire général de la Coalition Nationale pour les Droits des Haïtiens (NCHR) et
Trésorier de la Plate-forme des Organisations Haïtiennes des Droits de l'Homme (POHDH),
a été grièvement blessé à la suite de cet attentat. Un tract de menaces à l'encontre
des organisations membres de la POHDH avait été trouvé dans les bureaux de la
Plate-forme le 1er mars. Préoccupée par l'attaque et les menaces contre des militants
des droits de l'homme, la MICIVIH a publié des communiqués de presse réclamant des
enquêtes et la punition des responsables de ces méfaits, et soulignant aussi la
nécessité du dialogue pour résoudre la crise politique et prévenir la spirale de la
violence.
Le constat de la fin des mandats des cartels municipaux et des CASECs a provoqué de petites manifestations, généralement le fait d'individus membres d'organisations populaires, cherchant à influencer le choix de nouveaux titulaires et à s'opposer à l'intention déclarée du gouvernement dans plusieurs cas de reconduire des élus sortants dans les nouvelles commissions. La majeure partie des protestations consistaient à bloquer les rues, à brûler des pneus et parfois à barricader l'entrée de la mairie concernée. Les départements de l'Artibonite, du Centre, du Nord-Ouest et du Nord-Est ont été particulièrement affectés par les protestations, dont
certaines étaient violentes. A la fin du mois de février, les
protestations avaient diminué d'intensité après l'investiture de la plupart des
commissions communales, bien que des incidents sporadiques ont continué d'être
signalés. Dans la plupart des cas, la police a agi avec retenue et peu d'abus ont été
rapportés dans le cadre des opérations de maintien de l'ordre, bien que quelques
manifestations à Port-au-Prince aient tourné à la violence, notamment celle contre le
Parlement le 11 janvier (voir plus loin).
Les critiques formulées contre les autorités gouvernementales et
le Président ont été largement diffusées par la presse et les médias électroniques
au cours de cette période, ce qui indique que la liberté d'expression et de
rassemblement pacifique continue d'être respectée dans ses grandes lignes par l'Etat.
Néanmoins, le climat général des droits de l'homme a été affecté par la
détérioration de la situation politique, et cela a eu des répercussions sur le travail
de la Mission. L'agitation politique et sociale a conduit la MICIVIH à accentuer le
travail de vérification des droits de l'homme, notamment l'observation du traitement des
manifestations et arrestations par la police et la façon dont les autorités judiciaires
ont traité les dossiers des personnes détenues à cette occasion. L'absence de prise de
décision par les autorités a sérieusement gêné le renforcement des institutions ainsi
que l'étendue de l'appui apporté à ce processus par la MICIVIH et d'autres secteurs de
la communauté internationale.
En mars, un nouveau Conseil Electoral Provisoire et un nouveau
gouvernement ont été installés. En dépit du caractère extra-constitutionnel de ces
décisions, d'aucuns s'accordent à penser qu'elles devraient concourir à une
amélioration du climat socio-politique et faciliter une résolution de la crise politique
et institutionnelle.
LA POLICE
Le respect des droits de l'homme
Deux violations du droit à la vie ont été rapportées durant la présente période, alors que huit cas d'individus tués par la police ont été signalés au cours de la même période en 1998.1 Aucun des deux cas relevés n'est survenu au cours d'opérations de police.(1) Le 8 janvier, à Cap Haïtien, un individu a été tué par balle par un agent de police en dehors de son service à la suite d'une dispute liée à un incident de la circulation. Un jeune homme a été tué par balle à Pétionville
| Allégations de mauvais traitements
par la police (chiffres 1998 entre parenthèses) |
||||
| Dépt. | Jan. | Fév. | Mars | Total |
| Ouest | 4 (10) | 8 (5) | 11 (17) | 23 (32) |
| Nord-Ouest | 0 (0) | 1(0) | 2 (0) | 3 (0) |
| Nord | 3 (3) | 13 (0) | 5 (4) | 21 (7) |
| Nord-Est | 1 (0) | 1 (0) | 0 (0) | 2 (0) |
| Artibonite | 0 (16) | 0 (14) | 12 (7) | 12 (37) |
| Centre | 4 (3) | 12 (24) | 2 (2) | 18 (29) |
| Sud-Est | 9 (0) | 1 (1) | 0 (3) | 10 (4) |
| Sud | 0 (1) | 4 (2) | 2 (10) | 6 (13) |
| Grand'Anse | 3 (1) | 3 (3) | 2 (5) | 8 (9) |
| Total | 24 (34) | 43 (49) | 36(48) | 103(131) |
le 7 mars par un agent hors service de la PNH de Thomonde,
qui aurait soupçonné la victime du vol de son portefeuille. Celle-ci et un autre jeune
auraient été sévèrement battus dans un ravin avant le tir mortel. Dans les deux cas,
les agents de police ont été détenus, celui du Cap Haïtien ayant
été relaxé par un juge d'instruction le 10 février, arguant qu'il y avait
"beaucoup d'autres motifs". Le policier de Thomonde a été transféré en
prison le 22 mars, mais le mandat de dépôt faisait seulement mention de vol d'une arme
à feu.
Après une baisse du nombre de cas de mauvais traitements vers la
fin de 1998 (voir Droits de l'Homme en Haïti, octobre décembre 1998), il est
malheureux de noter que le nombre d'allégations a recommencé à croître: 24
allégations ont été reçues en janvier, 43 en février et 36 en mars, soit un total de
103 allégations(2) , bien que ces chiffres
indiquent une baisse, comparés au total enregistré pour la même période en 1998 (131).
Dans deux cas, des commissaires municipaux de police étaient impliqués. Environ 70 des
103 détenus portaient des blessures ou des marques visibles, allant des plaies et
ecchymoses à un bras cassé, selon ce qui ressort des entrevues avec la MICIVIH.
Plusieurs détenus ont signalé des problèmes auditifs après avoir reçu des kalot
marasa (gifles simultanées sur les oreilles), méthode de mauvais traitement dont
l'utilisation par la police est devenue plus fréquente. Certains autres ont dû
bénéficier d'un traitement médical ambulatoire ou l'hospitalisation. Dans au moins un
des cas celui d'un détenu qui aurait été brûlé sur les deux oreilles et sur le
bras après son arrestation par la police de Jérémie le 24 février
il s'agirait d'un cas de torture. Trois semaines après son arrestation, la victime
présentait encore les cicatrices de brûlure sur les oreilles et le bras, ainsi que des
marques de coups de bâton sur les joues et l'épaule.
Dans quelques cas, les détenus déclarèrent à la Mission qu'ils
avaient d'abord été battus par la population, puis qu'ils avaient été ensuite
brutalisés une fois remis entre les mains de la police, soit au moment de leur
arrestation, soit au poste de police. Dans un cas, un détenu signala à la MICIVIH que
d'autres agents de police étaient intervenus pour empêcher son passage à tabac par un
policier.
La Mission est particulièrement préoccupée par l'absence de
sanctions contre certains officiers de police récidivistes. En mars, elle a écrit au
Directeur Départemental de l'Ouest, soulignant ses préoccupations concernant 21
allégations de mauvais traitements, notamment deux incidents qui pourraient être
assimilés à des actes de torture, et dans lesquels un inspecteur de police avait été
impliqué entre juin 1998 et janvier 1999 à Petit Goâve. Le Directeur
Départemental répondit qu'une enquête complète serait menée et que les résultats
seraient envoyés à la MICIVIH.
A mesure que les tensions politiques augmentaient, les unités de la
CIMO et d'UDMO, spécialement formées au contrôle des foules, étaient appelées plus
souvent que d'habitude pour assurer le maintien de l'ordre et devaient opérer dans des
circonstances délicates et souvent difficiles, quelques fois en présence de manifestants
agressifs et violents. Ces forces ont été particulièrement mises à l'épreuve lors de
la cérémonie marquant l'ouverture du Parlement le 11 janvier, lorsque des centaines de
manifestants se rassemblèrent pour réclamer la fin du mandat de la législature, et au
cours de violentes protestations d'écoliers à Port-au-Prince en
février et mars avec des bris de vitres de voitures et des jets de pierres à la
police. Dans les deux cas, celle-ci a été félicitée pour son professionnalisme et son
sang-froid. Les personnes arrêtées ont généralement été relâchées peu de temps
après.
Bien qu'il n'y ait pas eu d'opérations UDMO dont la brutalité
était similaire à celles menées à Plaisance (Nord), St Michel de l'Attalaye
(Artibonite) et dans d'autres lieux au cours du dernier trimestre de l'année 1998 (voir Relations
Police/communauté, Droits de l'Homme en Haïti, octobre-décembre 1998), certains
abus ont été attribués à ces unités spéciales. Des témoins rapportent que des
membres de la CIMO ont utilisé une violence inutile ou disproportionnée en battant un
certain nombre de manifestants de Cité Soleil lorsque ces derniers
arrivèrent à proximité du Palais National le 2 février. Les manifestants réclamaient
des dédommagements pour les familles dont les maisons avaient été brûlées par le
FRAPH le 27 décembre 1993. Des membres des UDMO ont été cités comme étant
responsables dans 23 des 103 cas de mauvais traitements rapportés entre janvier et mars.
Plusieurs personnes auraient subi des blessures après avoir reçu des coups de bâton
lorsque des unités de l'UDMO du Cap Haïtien dispersèrent ce qu'ils
considéraient être une manifestation d'écoliers non autorisée le 8 février. A Limbé
(Nord), après le saccage du commissariat de police par la population locale le
26 janvier, les pare-brises de plusieurs véhicules ont été défoncés, et au moins deux
personnes arrêtées ont déclaré avoir été battues. Un troisième individu, qui aurait
été battu en dehors de sa maison, a été interviewé par la MICIVIH à l'hôpital où
il récupérait de ses blessures. D'autres abus ont été signalés au cours d'opérations
d'arrestation à Belladère et Maïssade (Centre) et à Terre
Neuve (Artibonite). La police a opposé un démenti à toutes ces allégations.
La MICIVIH n'a eu connaissance d'aucune autre mesure qui aurait
été prise à date contre les agents de l'UDMO impliqués dans les incidents de
violence et d'abus précédemment rapportés à Plaisance, Cabaret,
Arcahaie, Ouanaminthe et Saint Michel de
l'Attalaye (voir Relations Police/communauté, Droits de l'Homme en Haïti,
octobre-décembre 1998).
La Constitution et les lois haïtiennes ont prévu des procédures
pour l'arrestation et la détention par les autorités policières, en particulier le
droit du détenu de comparaître devant un juge dans un délai de 48 heures après son
arrestation. Le non-respect de ces procédures risque d'avoir pour conséquence la mise en
liberté de détenus au motif de détention illégale, que le suspect soit ou non coupable
du délit dont il est accusé. Dans beaucoup de régions, la police a maintenu ses efforts
afin de faire comparaître les détenus dans les 48 heures, ou au moins dans des délais
plus courts que par le passé, mais il y a eu de nombreuses exceptions. Des observateurs
ont rapporté que la police des Gonaïves détenait couramment des
individus au-delà de cette période. Lors d'une visite au commissariat de police de Pétionville
le 10 mars, il a été constaté que 11 détenus sur 15 avaient été gardés à vue
pendant plus de 48 heures. Les plus touchés par ces abus sont les individus accusés
d'attaques contre la police, de délits de drogues et d'appartenance à des gangs armés.
Un groupe de détenus arrêtés à Jacmel le 23 février étaient
toujours en garde à vue au commissariat de police de Carrefour le 24
mars sur les ordres de la Police Judiciaire (DCPJ).
L'un des cas les plus sérieux de détention illégale en garde à
vue est celui de l'ancien juge d'instruction de Port-de-Paix, Luckner
Pierre, qui avait été détenu au commissariat de police de Pétionville sans
avoir vu un juge depuis le 18 octobre 1998. L'ancien juge avait été arrêté le 16
octobre à Port-de-Paix et transféré deux jours plus tard, en dépit d'une ordonnance de
libération prononcée par le doyen de Port-de-Paix le 17 octobre, en motif de
l'illégalité de l'arrestation illégale. La MICIVIH n'a pu trouver aucune plainte
déposée contre lui dans aucun des tribunaux de Port-de-Paix, et aucun juge de
Port-au-Prince n'avait été chargé d'instruire son cas. La détention du juge ne figure
pas dans le registre de rétention de Pétionville.
D'autres exemples d'irrégularités concernent un groupe de
détenus, notamment un greffier, qui ont été retenus pendant près de deux semaines sans
voir un juge au Cap Haïtien, en rapport avec l'attaque du poste de
police du Limbé. Il s'agit également d'un groupe d'individus détenus
à Fort-Liberté en rapport avec l'assassinat d'un agent de police à Ouanaminthe en
décembre, et dont la garde à vue s'est prolongée pendant plus de deux semaines avant
d'être transférés et de comparaître devant un juge à Port-au-Prince. Un autre exemple
est un individu menotté et en détention préventive au poste de police de Jérémie
pendant près d'un mois parce qu'il était considéré comme "trop dangereux"
pour être transféré en prison. Arrêté le 19 décembre, il a finalement été
transféré à Port-au-Prince à la fin janvier 1999.
D'autres irrégularités relatives aux procédures
d'arrêt/détention par la police ont été signalées à la MICIVIH et comprenaient:
des arrestations sans mandat lorsque le crime présumé survenait plus de 24 heures avant l'arrestation;
des arrestations entre 18.00 h et 06.00 h en l'absence de flagrant délit;
des mandats d'arrêt improprement rédigés (ils doivent être rédigés en créole et en français, indiquer la raison de l'arrestation et les dispositions juridiques importantes, et être émis par une autorité judiciaire compétente en la matière);
la détention pour des actes qui ne sont pas passibles de peine privative de liberté (par exemple une dette);
l'arrestation et la détention sur la base d'une seule dénonciation ou de la clameur publique avant une quelconque enquête préalable pour déterminer l'existence ou l'absence de motifs légitimes de détenir la personne dénoncée;
l'arrestation/détention pour des actes qui ne constituent pas des crimes (par exemple concernant l'autorité parentale, la sorcellerie);
l'arrestation de mineurs en-dessous de l'âge de la responsabilité
pénale.
S'il est convenablement tenu, le registre de rétention (dans lequel
sont consignées les informations relatives à chaque détenu, y compris les détails de
l'arrestation, l'interrogation, l'état de santé, les accusations et la mise en
liberté/le transfert devant un juge) est un moyen efficace de contrôler le respect de la
liberté individuelle. La plupart des commissariats de police ont maintenant des
registres, à l'exception de quelques sous-commissariats sans cellule de garde à vue(3), et aussi les commissariats de Port-de-Paix
et de Saint Louis du Nord (Nord-Ouest) où les registres ont
été totalement utilisés vers la fin de 1998 et n'ont jamais été remplacés, de Bainet
(Sud-Est), où les informations sont enregistrées dans un cahier parce que le registre a
été mis sous clé et n'aurait jamais été utilisé, de Côtes de Fer (Sud-Est)
et de Pestel (Grand'Anse), où la police n'a pas de bureau pour accomplir
ses tâches. Le commissariat central de Port-au-Prince a finalement reçu
un nouveau registre à la mi-mars pour remplacer celui qui avait disparu au cours d'une
grève de police en mars 1998. Dans les 12 mois qui s'ensuivirent, la police était
souvent incapable de dire combien de personnes étaient en garde à vue, ou s'ils avaient
vu un juge ou non.
La tenue des registres varie considérablement avec le lieu. Là où
ils sont mal tenus, certaines catégories d'informations sont systématiquement
omises : le nom des agents ayant procédé à l'arrestation et à l'interrogation,
des informations spécifiques relatives aux charges (« pour enquête » étant
souvent indiqué comme raison de la détention), et aussi ce qui est arrivé au détenu
(date de libération ou du transfert devant un juge etc.). Durant des visites aux
commissariats de Pétionville, Grand Goâve, Jacmel, La Vallée (Sud-Est),
Carice (Nord-Ouest), Miragoâne et Ouanaminthe,
la MICIVIH a noté que quelques détenus maintenus en garde à vue au moment de la visite
n'avaient pas été inscrits dans le registre.
Au moins 49 postes de police, tous en province et en dehors du
département de l'Ouest, ne disposaient pas de moyens de transport pendant une partie ou
la totalité de la période examinée. Dans certains cas, l'absence de transport a duré
pendant de nombreux mois. Non seulement cette situation a des implications pour le travail
de la police en général, mais elle a également de sérieuses conséquences pour les
détenus, car il s'ensuit des retards dans le transport des détenus à la prison ou
devant les tribunaux. Des agents sont obligés de prendre les transports publics avec les
détenus, courant ainsi le risque d'attaques ou d'évasions. Les conditions physiques
de nombreux commissariats de police ruraux demeurent
insatisfaisantes, avec des bâtiments dans un état délabré, notamment les cellules de
garde à vue. Des toits percés font partie des problèmes signalés, et dans
certains cas l'absence de ventilation dans les cellules de garde à vue. L'absence de
moyens préservant la sécurité de certains commissariats signifie que les prévenus sont
gardés dans leur cellule la plupart du temps.
Dans certains endroits, les détenus sont gardés dans les
commissariats malgré l'émission d'un mandat de dépôt par un juge, et parfois pour de
longues périodes à cause des problèmes de transfert dans des prisons situées ailleurs.
Dans certains cas, les individus condamnés à de courtes périodes de détention (par
exemple un mois) ne sont jamais transférés à la prison et purgent leur peine au
commissariat de police. En plus des problèmes de transport, les retards sont parfois
imputables aux autorités policières et judiciaires, se disputant la responsabilité du
transfert une fois émis un mandat de dépôt (par exemple dans la région du Bas
Plateau et à Miragoâne). La détention préventive au-delà de
la période de garde à vue peut être problématique pour la police, car elle ne dispose
pas d'un budget pour fournir de la nourriture aux détenus. Cela peut être à l'origine
de problèmes de santé pour ces derniers, bien que la police fasse en général des
efforts pour les nourrir ou que les familles leur amènent de la nourriture. Miragoâne
et Belladère (Centre) sont parmi les commissariats où les transferts
semblent être retardés pendant de longues périodes. A Miragoâne par exemple, un mineur
a été détenu au commissariat de police pendant plus de deux mois dans l'attente de son
transfert à l'Anse-à-Veau. Après l'intervention de la MICIVIH, 17
détenus en attente de transfert à Belladère depuis le dernier
trimestre de 1998 ont été finalement emmenés à la prison de Mirebalais le 2 février.
Enquêtes internes sur les abus de la police
Aucune révocation de policiers n'a été signalée pendant la
présente période.(4) Peu d'information n'a
été fournie sur les enquêtes internes relatives aux cas d'abus rapportés à la
MICIVIH, particulièrement au niveau local, bien qu'il y ait eu quelques exceptions au
cours de la période examinée, outre l'arrestation de deux agents de police en rapport
avec des assassinats (voir plus haut). Six policiers ont été suspendus par le Directeur
Départemental du Sud-Est après avoir été impliqué dans le passage à tabac de sept
hommes, arrêtés à Anse à Pitres le 25 janvier en rapport avec la
découverte présumée d'un lot de cocaïne. La prompte réponse des autorités
policières qui s'étaient rendus sur place le 26 janvier notamment la libération des
détenus et la rotation des autres agents de police a aidé à atténuer les tensions
entre la police locale et la communauté. Dans le Nord-Est, le Directeur Départemental a
suspendu deux agents de la PNH de Mont Organisé pour des brutalités
exercées sur un détenu en février et leur a ordonné de remettre leur arme et leur
badge. La victime a dû être hospitalisée. Dans un autre cas suivi par la Mission, les
autorités policières déclarèrent qu'elles avaient identifié certains des agents
impliqués dans le passage à tabac d'un détenu aux commissariats de Quatre Chemins
et des Cayes le 4 mars. La victime souffrait de problèmes d'audition
causés par les coups reçus aux oreilles.
Enquêtes judiciaires relatives aux abus exercés par la police
Vers la fin mars, environ 48 agents de police étaient emprisonnés
(41 à Port-au-Prince), la plupart pour des inculpations de trafic de drogue ou d'autres
délits. Il semble que sept d'entre eux étaient inculpés de violation des droits de
l'homme. Il y avait parmi eux, en plus de l'agent de police de Thomonde accusé
d'avoir tué un jeune homme en mars (voir plus haut), trois policiers arrêtés en juillet
1998 et accusés d'avoir torturé un détenu, décédé au commissariat de police de Fort
Liberté (voir Droits de l'Homme en Haïti, octobre-décembre 1998). Les
enquêtes judiciaires ont suivi leur cours contre les trois inculpés, qui ont comparu
devant les assises criminelles sans jury le 26 mars. Cependant, le cas a été référé
aux assises criminelles avec jury à une date ultérieure cette année, compte tenu de la
gravité des charges retenues contre eux. Un rapport d'autopsie, effectuée au mois
d'août 1998, n'a été envoyé au tribunal qu'en février 1999. Peu de temps après
l'audience, les agents de police essayèrent de s'échapper, mais la population locale les
a empêchés de quitter la ville. Un autre agent de police, détenu au Pénitencier
National de Port-au-Prince, avait été révoqué de ses fonctions au
sein de la police en 1996 après avoir administré une sévère bastonnade à un chauffeur
de tap-tap. Il s'était enfui du commissariat peu de temps après son
arrestation, mais il a été repris vers le milieu de l'année 1998.
Comme il a été dit plus haut, l'agent de police arrêté en
rapport avec l'assassinat d'un individu au Cap Haïtien, a été libéré
par un juge un mois plus tard. Un membre de l'Unité de Sécurité de la Réforme Agraire
(USRA), détenu depuis juillet 1998 pour avoir tué par balle un handicapé mental à L'Estère,
a été mis en liberté sous caution de 17.000 gourdes le 25 mars, l'inculpation retenue
n'étant plus le meurtre mais l'homicide involontaire. Le cas avait donné lieu
précédemment à une procédure d'appel pour la libération de l'inculpé au motif de
détention illégale, mais l'appel avait été rejeté (voir Droits de l'Homme en
Haïti, octobre-décembre 1998). Relativement à un autre incident au cours duquel un
homme a été tué le 28 octobre par balle à l'intérieur ou à l'extérieur du
commissariat de Miragoâne (voir Droits de l'Homme en Haïti,
octobre-décembre 1998), le commissaire du gouvernement n'avait toujours pas, à la
fin mars, transmis le dossier au cabinet d'instruction.
Un juge de paix a entamé une enquête sur la blessure par balle
d'un homme par un membre de l'USRA, au cours d'une opération de police menée le 28
janvier pour enlever les barricades érigées par des manifestants à Pont-Sondé
(Artibonite). Le juge de paix a pris l'initiative de demander au personnel médical de
vérifier si la balle qui lui avait été remise par l'USRA avait vraiment été extraite
du corps de la victime par les médecins. L'USRA a nié avoir tiré des balles durant
l'opération de police et a déclaré avoir elle-même emmené la victime à l'hôpital.
Dans un autre cas soumis à l'examen d'un juge d'instruction des Cayes
un individu ayant reçu une balle au pied en août 1998 l'agent de police accusé du
méfait a été tué par balle le 7 mars à Grand Goâve par des individus non
identifiés, après avoir abandonné son poste à Port Salut une semaine
auparavant. En janvier, un juge d'instruction a envoyé le dossier au parquet de Port-de-Paix
pour le réquisitoire définitif d'informer contre un agent de la PNH, placé en isolement
au commissariat de Port-de-Paix le 29 octobre 1998, à la suite d'un tir
non mortel survenu au cours d'une rixe avec une connaissance. Le cas sera jugé aux
prochaines assises criminelles, mais aucun mandat de dépôt n'a été émis. A la
mi-mars, l'agent concerné se trouvait théoriquement en isolement. Après avoir constaté
la présence de l'agent en état d'ébriété le 14 mars à une certaine distance du
commissariat de police, la MICIVIH a porté les faits à la connaissance du Directeur
Départemental.
La Mission a reçu une liste de 32 dossiers que l'Inspection
générale a passé au Parquet de Port-au-Prince en 1998. Dans 11 de ces
dossiers il s'agirait de cas de violations des droits de l'homme. Le Parquet a confirmé
que 16 dossiers dans lesquels la police est impliquée avaient été reçus entre avril et
décembre 1998. Ils se trouvaient tous entassés d'après ce que la MICIVIH a pu
constater. Vers la fin mars, seuls trois de ces dossiers avaient été transmis au cabinet
d'instruction. Un fonctionnaire de justice a fait savoir à la MICIVIH que douze dossiers
contiennent uniquement des photocopies, ce qui les rend non valides. L'un des dossiers
renferme seulement la lettre de transmission du dossier. Deux d'entre eux font référence
à des cas de juridictions situées hors de Port-au-Prince, mais ils n'ont jamais été
transmis au Parquet compétent. Les autorités judiciaires ont affirmé avoir informé
l'Inspection générale de ces problèmes et qu'elles attendaient des renseignements
complémentaires.
Il semble n'y avoir eu d'enquête judiciaire que pour deux des
nouvelles allégations de mauvais traitements, malgré les déclarations faites par des
détenus, quant aux brutalités subies, auprès de juges de paix ou du commissaire du
gouvernement. Une de ces exceptions concerne le cas d'une femme, matraquée par la police
pendant une violente manifestation d'écoliers à Jacmel le 2 mars, qui
fut hospitalisée pour être soignée des blessures reçues à la tête. L'agent de la PNH
impliqué a été accusé de voies de fait suivies de blessures graves par le commissaire
du gouvernement et le cas devait être entendu par le tribunal correctionnel en mars.
L'agent concerné n'est pas en détention et n'a pas été suspendu de ses fonctions.
Selon les déclarations de la police, le policier aurait fait un usage approprié de la
force, compte tenu des circonstances. Cependant, les enquêtes de la MICIVIH suggèrent
que l'usage de la violence contre la femme n'était pas motivé. Dans un autre cas, un
agent de l'UDMO a fait défaut de comparaître devant le tribunal à trois reprises pour
répondre à des charges retenues contre lui après le matraquage d'un individu à la
tête. Celui-ci avait déposé une plainte auprès du tribunal de paix des Cayes.
Concernant les précédents cas de passage à tabac dont les
tribunaux ont eu à connaître, le 19 février 1999, un juge d'instruction des Cayes a
déféré devant le tribunal correctionnel le cas de 11 policiers accusés d'avoir
fracturé la mâchoire d'un individu lors de son arrestation à Camp Perrin, le
4 avril 1997. Celui-ci avait d'abord été jeté au sol, sa jambe artificielle se rompant
lors de sa chute. Deux cas antérieurs de passages à tabac, suivis par la MICIVIH devant
les tribunaux du Cap Haïtien, ont connu peu de progression (voir Droits
de l'Homme en Haïti, octobre-décembre 1998). Dans l'un des cas, qui s'est produit
en novembre, il a fallu quatre mois au commissaire du gouvernement pour transmettre
l'affaire au cabinet d'instruction. La seule mesure prise par le commissaire dans
l'intervalle avait été d'assigner à comparaître l'agent qui avait signé le rapport
d'arrestation. A Maïssade (Centre), on rapporte que le juge
d'instruction, enquêtant sur des allégations de mauvais traitements impliquant deux
agents de police, n'a pas poursuivi l'instruction parce que la victime n'avait pas
déposé de plainte. Cependant, la MICIVIH est d'avis que les dispositions de la loi
haïtienne n'exigent pas qu'une plainte soit déposée pour que le juge mène l'enquête
dans une telle affaire. Les deux agents de police avaient été suspendus pendant 40 jours
par les autorités policières locales, qui avaient recommandé leur révocation à la
suite de l'incident, qui a eu lieu en novembre.
Droits des policiers soumis à des mesures
disciplinaires
Comme il a été dit précédemment par la MICIVIH, il est
impératif que le droit à la liberté individuelle de tous les détenus - y compris les
agents de police - soit respecté. La Mission se félicite des assurances données le 26
mars par un représentant de l'Inspection générale, d'où il ressort que les autorités
policières font des efforts actuellement pour garantir que les agents de police placés
en isolement comparaissent devant un juge dans un délai de 48 heures. Au moment de la
rédaction du présent rapport, quelques cas d'irrégularité subsistent. A la mi-mars,
sept agents de la police étaient gardés en isolement sans avoir vu un juge, six à Port-au-Prince,
en plus du policier détenu depuis le 29 octobre au commissariat de Port-de-Paix
(voir plus haut). L'un d'entre eux, ancien commissaire de police de Port-de-Paix,
serait détenu en isolement au commissariat de police de la Cafétéria à Port-au-Prince
depuis septembre 1998. Un agent de police des Cayes est détenu au commissariat de police
de la Cafétéria depuis début décembre, apparemment sans avoir vu un juge. Deux agents
de la PNH sont détenus depuis le 25 février au poste de police de Carrefour.
Un gardien de la DAP est en isolement depuis le 8 mars au poste de police de l'Anti-gang.
Un policier de Saint Marc, mis en
isolement le 17 février, a finalement été entendu par un juge le 15 mars. Le 6
novembre, un agent de police a été mis en isolement au commissariat de police de Port-au-Prince
pour un mois, puis emmené à Aquin où il a été transféré en prison
le 11 décembre. Il a été libéré par un juge d'instruction le 3 mars pour manque de
preuves. Selon les rapports, le dossier ne contenait aucune plainte écrite. Il n'y avait
pas non plus de corps du délit. Malgré de nombreuses assignations, le plaignant
présumé n'a jamais comparu devant le tribunal, et une visite effectuée par le juge dans
la localité d'où provenaient les allégations supposées n'a permis de révéler la
moindre information. L'agent et son cousin, qui avait été détenu dans les mêmes
conditions et également mis en liberté le 3 mars, étaient accusés de trafic de drogue.
Pour la première fois, à la connaissance de la MICIVIH, un
policier, accusé d'avoir vendu son arme de service et qui avait été mis en isolement au
commissariat de police des Cayes depuis le 6 janvier 1999, a été
libéré de sa détention disciplinaire le 5 février, au motif, selon le doyen du
tribunal civil, que cette détention continue de l'agent violait les propres règlements
internes de la PNH concernant la période de l'isolement. La décision du doyen donnait
suite à un mémoire présenté par l'avocat de l'agent de la police. Le doyen avait
rejeté un précédent mémoire demandant la libération de l'agent de police, au motif
que la PNH avait ses propres règlements internes qui devaient être respectés. Le
policier concerné avait initialement été enfermé dans une cellule de garde à vue,
mais après l'intervention de son avocat il avait reçu l'autorisation de circuler à
l'intérieur du commissariat de police. A la connaissance de la MICIVIH, aucune poursuite
judiciaire n'a jamais été entamée contre cet agent, qui n'avait pas comparu devant un
juge.
Les relations police/communauté
La question des relations entre la police et les communautés
locales dans lesquelles ils évoluent a été traitée en priorité par la police, encore
que beaucoup de chemin reste à parcourir, si l'on se réfère ne serait-ce qu'à la
désillusion de la population face aux efforts de la police pour endiguer la criminalité
armée, au comportement abusif de certains agents, au saccage des commissariats par des
foules en colère, aux attaques perpétrées contre la police et d'autres incidents. Par
exemple, les relations entre la population de Mirebalais et la police ne
sont toujours pas revenues à la normale depuis le lynchage du commissaire de police et la
mise à sac du commissariat en février 1998, bien que le commissaire nouvellement nommé
ait réintroduit des patrouilles à pied dans la ville à partir de mars 1999 et ait
organisé une rencontre préliminaire avec les autorités locales comme première mesure
concourant au rétablissement des bonnes relations antérieures.(5)
La police n'a pas encore été redéployée, ni au poste de Saint Michel de
l'Attalaye, saccagé en novembre 1998, ni à Limbé, dont
le poste de police a subi le même sort en janvier 1999. Les habitants de Mare
Rouge ont essayé en vain de mettre à sac le commissariat de police de Môle
Saint Nicholas, où un individu avait trouvé refuge à la suite d'un meurtre
(voir le chapitre Lynchages ci-après).
Le 12 mars, lors d'une réunion organisée conjointement par
l'organisation Fon Dwa Moun (financée par l'USAID) et l'Office du Protecteur
du Citoyen auquel assistaient plus de 100 participants, le Directeur général de la
PNH a souligné la nécessité pour les agents de police d'être régulièrement en
contact personnel avec la population locale, d'agir en tant que médiateur, d'être
capable de détecter un comportement suspect et de le traiter de manière appropriée.
Comme l'a fait comprendre le directeur, l'agent de police devrait être "un
généraliste adapté à toutes les circonstances de la rue." L'attitude et le
comportement individuels de chaque policier, dont le rôle est de travailler avec la
population et non de la réprimer, comme dans les régimes précédents, sont essentiels
pour le développement de bonnes relations entre la police et la population locale. En
même temps, il est nécessaire qu'un dialogue s'instaure entre les deux parties.
De nombreuses autres initiatives ont été lancées pour
reconstruire et renforcer les relations entre la police et les différentes communautés
locales, notamment par la formation (voir plus loin) et par des rencontres organisées
entre la police et la société civile. Beaucoup de ces initiatives ont été facilitées
par la MICIVIH, et certaines d'entre elles ont été décrites dans le chapitre Relations
Police/communauté, Droits de l'Homme en Haïti, octobre-décembre 1998. A
la suite de la montée de la criminalité à main armée dans la capitale vers la fin
1998, le Directeur Départemental de l'Ouest a commencé à mettre en place "un
processus participatif expérimental". Le 17 mars, par exemple, le commissaire de Pétionville
a annoncé un renforcement des patrouilles à pied, et qu'il veillerait à ce que des
rencontres régulières s'établissent avec les résidents de la commune. Des initiatives
similaires avaient déjà été introduites à Carrefour. A Fort
Liberté, un agent de police responsable du développement des relations avec la
communauté, a organisé une présentation du film Ghandi à des étudiants de la
localité, suivie d'un débat sur la tolérance/non-violence et sur le travail de la PNH.
Dans un effort pour éviter certains des problèmes survenus dans
d'autres localités du département du Nord et la détérioration des relations entre la
police et la population locale, les observateurs de la MICIVIH ont organisé au Cap
Haïtien un séminaire sur la prévention des conflits, réunissant les membres
de la police affectés au commissariat de police récemment inauguré de Pignon
(Nord) et des membres d'organisations populaires, des professeurs et le juge de paix local
(25 participants en tout). L'objectif de la réunion était d'examiner les causes
éventuelles de conflit entre différents secteurs de la société et la police, et les
solutions possibles à apporter avant l'apparition de la violence. Aussi, les thèmes
abordés comprenaient les droits et responsabilités des citoyens, le rôle de la PNH, les
procédures d'arrestation et le flagrant délit, et une réflexion sur certains des
problèmes liés à la sécurité à Pignon. Les sujets de discussion comprenaient aussi
des incidents qui avaient eu lieu à Limbé, Plaisance et St Michel de l'Attalaye, à
l'origine de confrontations entre la police et la population locale (voir Droits de
l'Homme en Haïti, octobre-décembre 1998), le rôle de l'UDMO, de la CIMO et de la
police ordinaire, de même que la définition de l'usage approprié de la force.
La formation de la police
En octobre 1998, des représentants de deux ONG haïtiennes
MAP'VIV et la Coalition Nationale pour les Droits des Haïtiens la MICIVIH et le
Directeur Départemental de l'Ouest se sont rencontrés pour un échange de vues sur les
performances en matière de droits de l'homme de la police du département et sur la
façon de modifier le comportement de la police et d'empêcher les abus par une réflexion
approfondie sur certains problèmes. Des rencontres de ce genre, qui ont été élargies
aux représentants de la Direction des Ecoles et de la Formation Continue de la PNH, ont
été tenues régulièrement depuis. Elles ont été centrées sur le développement d'un
programme de formation pour les membres de la hiérarchie de la police dans le
département (le directeur départemental, les commissaires principaux et municipaux, les
inspecteurs de police et chefs de poste). Six thèmes principaux ont été identifiés:
les origines et principes des droits de l'homme, le rôle et la responsabilité des
directeurs de police, les origines et les manifestations de la violence, la communication
et la résolution pacifique des conflits, ainsi que la société civile et la démocratie
en Haïti. Ces thèmes sont actuellement développés dans des modules en cours
d'élaboration pour les sessions de formation, programmées plus tard dans le courant de
l'année.
En partenariat avec la Direction des Ecoles et de la Formation
Continue de la PNH, la MICIVIH a aussi continué à élaborer son cours de dix jours
intitulé : Droits de l'homme, communication et résolution pacifique des
conflits. Des groupes de policiers au Cap Haïtien, à
Port-au-Prince, Port-de-Paix, Jérémie, Fort
Liberté et Petit Goâve ont déjà participé au cours à la
fin de 1998 (voir Droits de l'Homme en Haïti, octobre-décembre 1998). Au cours
du présent trimestre, des sessions ont été organisées à Fort Liberté,
Jacmel, Mirebalais et Hinche et d'autres
sessions sont également prévues dans d'autres villes. A Jacmel, trois
consultants locaux ont été embauchés pour produire un programme de télévision de 45
minutes sur le séminaire. Diffusé le 17 mars, il comprend des entretiens avec
l'animateur, les participants et un instructeur de l'Académie de police.
Le cours, dont la partie essentielle est centrée sur la dignité
humaine, y compris en passant en revue les expériences professionnelles et personnelles,
est maintenant assuré conjointement par des formateurs de l'Académie de la PNH et la
MICIVIH. Les formateurs se rencontrent une fois par mois pour analyser les sessions
réalisées, adapter le cours aux besoins de la police, renforcer la capacité des
formateurs à organiser la formation et pour approfondir leurs connaissances sur les
questions relatives aux droits de l'homme. Bien que la formation soit actuellement
dispensée sur le terrain, l'objectif final est de développer un module qui sera
incorporé dans la formation de base des policiers à l'Académie de police. Une version
abrégée du cours, étalée sur deux jours, a été organisée pour des policiers de l'Ile
de la Gonâve et à Kenscoff en mars.
En février et mars, la MICIVIH a aussi dispensé une série de
courtes sessions de formation à six groupes de 30 cadets de la police sur le problème de
la violence contre les femmes et les mineurs. Le but de ces formations était d'informer
sur le cadre légal de la protection des droits des femmes et des mineurs en utilisant les
dispositions de la loi et de la Constitution haïtiennes, ainsi que les traités
internationaux. Ces formations avaient également pour objectif de promouvoir le rôle et
les responsabilités de la PNH vis à vis de la protection des femmes et des mineurs.
Enfin, elles avaient pour but d'offrir un cadre de réflexion sur la question de la
violence domestique et des moyens à utiliser pour venir en aide aux victimes.
A la demande de la Direction générale de la PNH, la
MICIVIH a dressé une liste d'activités de formation depuis la création de la PNH en
1995. Le tableau indique un large éventail de séminaires de formation, organisés à la
fois à l'Académie de police à Port-au-Prince, au quartier général de la MICIVIH et
dans chacun des neuf départements. Des centaines de policiers de tous grades ont
participé aux sessions, à commencer par les nouvelles recrues pour aller jusqu'aux
commissaires de police et directeurs départementaux, la garde présidentielle et les
gardes du palais, et enfin la police judiciaire et les inspecteurs. Les thèmes évoqués
dans les sessions allaient des principes fondamentaux des droits de l'homme à la
protection des droits de l'homme dans le cadre des opérations de police, en passant par
l'utilisation du registre de rétention, l'éthique de la police, la coopération
inter-institutionnelle, la résolution des conflits, les enquêtes criminelles et les
procédures judiciaires. La formation de la PNH dans les domaines en rapport avec les
droits de l'homme a été l'axe central des activités de renforcement des institutions
depuis la création de la nouvelle force de police. Pour alimenter ces formations, la
Mission prend enfin appui sur les cas étudiés dans le cadre de son travail de
vérification, dans le but de développer des études de cas destinés au travail en
atelier et susceptibles d'alimenter les débats.
LE SYSTÈME JUDICIAIRE
La paralysie du gouvernement précédent et la fin du mandat du
Parlement ont encore retardé la réforme judiciaire tant attendue; aucune initiative
majeure n'ayant été prise au cours de la période examinée. Sur le terrain, cependant,
quelques mesures étaient prises pour résoudre des problèmes. Après plusieurs mois de
perturbation dans les tribunaux, liée au manque de personnel judiciaire et aux
protestations contre les nouvelles nominations, le système judiciaire a finalement
commencé à travailler à Fort-Liberté à partir du mois de février,
à la suite de la prestation de serment d'un nouveau commissaire du gouvernement et de son
substitut. Les deux fonctionnaires ont immédiatement commencé leur activité en
procédant à l'examen des dossiers en souffrance et en mettant en liberté plusieurs
détenus au cours de la première semaine. Les assises criminelles sans jury ont eu lieu
en mars et les deux fonctionnaires précités ont donné l'assurance qu'ils
rendraient visite régulièrement aux prisons. La MICIVIH avait écrit au ministre de la
Justice en janvier, pour exprimer de sérieuses inquiétudes quant au non fonctionnement
des tribunaux.
De nouveaux bâtiments pour les tribunaux de paix ont été ouverts
à Lascahobas et Saut d'Eau (Centre). De nouveaux
fonctionnaires de justice/commissaires du gouvernement ont été nommés aux Cayes
et à Torbeck, et à Marigot et Jacmel,
où l'administration de la justice s'était détériorée ces derniers mois, entraînant
des retards accrus dans le traitement des affaires en cours. L'on attend de la nomination
d'un quatrième juge d'instruction au Cap Haïtien et d'un nouveau
système de répartition des dossiers qu'ils aident à accélérer les enquêtes (voir
plus loin, Détention préventive). Le tribunal de paix de Limbé (Nord)
est resté fermé un certain temps du fait d'une part de l'arrestation du juge de
paix et du greffier faisant suite à l'attaque du poste de police (les deux fonctionnaires
ont été ensuite licenciés), et d'autre part de l'absence du juge de paix, en formation
à Port-au-Prince. A La Victoire (Nord), le tribunal de paix a cessé
d'être opérationnel pendant plus de deux ans, les deux juges n'étant plus en fonction
depuis 1996. Seul le greffier était resté en poste. Lorsque des observateurs ont visité
le tribunal à Ranquitte, il était fermé et portait un avis sur la
porte, datant du 8 mars 1999, accusant l'un des juges d'avoir volé une vache. Deux
tribunaux de paix du Nord-Est à Mombin Crochu et Bois de
Laurence sont restés sans juges de paix depuis le début de l'année 1999,
parce que les titulaires sont partis en retraite anticipée. Dans les deux tribunaux de
paix de Mont Organisé et Ferrier, un poste de juge de
paix était vacant depuis novembre/décembre 1998. Un juge de paix de Thomassique
(Centre) a été suspendu après avoir libéré le 26 janvier trois présumés assassins
trois jours après leur arrestation. Un autre juge de paix à Anse à Pitres,
(Sud-Est) a été démis de ses fonctions le 29 janvier par le ministre de la Justice pour
"de sérieuses fautes administratives", liées à la libération le 26 janvier
de trois individus qui avaient été arrêtés à la suite de la découverte présumée
d'une grande quantité de cocaïne. Le juge s'était abstenu de consigner par écrit la
comparution des suspects devant lui et sa décision de libérer ces derniers. Le
commissaire du gouvernement de Jacmel a ouvert une enquête contre le juge licencié, mais
aucune charge n'a été retenue contre lui.
Pour la première fois, le Parquet du Cap Haïtien
a publié les statistiques de traitement des dossiers par les tribunaux de la juridiction
pour l'année 1998. De telles statistiques sont importantes dans la mesure où elles
constituent un moyen d'évaluation des performances de la justice. Les observateurs ont
également débattu des moyens d'améliorer le compte-rendu des activités des tribunaux
de paix destinés au Parquet, de façon à ce que celui-ci puisse mieux superviser les
activités de ces tribunaux. Les Parquets sont en droit de recevoir des rapports mensuels
des tribunaux de paix, mais il en est rarement ainsi. Les copies des jugements sont
également supposés être transmis au Parquet, accompagné des rapports mensuels. Dans
cet ordre d'idée, le Tribunal de paix de Camp Coq a établi des
statistiques pour la première fois, pour la période allant de septembre 1997 à août
1998. D'après ces statistiques, les juges de paix ont réglé 331 affaires par
conciliation, 246 contraventions ont été traitées, et parmi celles-ci une condamnation
a été prononcée.
La détention préventive
D'après les statistiques établies par la MICIVIH, la population
carcérale s'élevait à 3665 individus en mars, dont 2968 en détention préventive. Il y
avait 103 mineurs en prison et 167 femmes. Vingt mineurs et 24 femmes purgeaient des
peines. Sur la base d'une analyse des listes de prisonniers, dressées en grande partie le
mois de février 1999, il a été noté que, parmi le groupe de 3090 détenus en
détention préventive pour ce mois, quelques 1172 l'étaient pendant plus d'un an. Parmi
ces 1172 individus, 775 avaient été incarcérés pendant une à deux années, 287 entre
deux et trois ans, et 110 d'entre eux pendant plus de trois ans (voir tableau). La plupart
des détenus incarcérés durant ces périodes excessives de détention préventive
étaient au Pénitencier National. Cependant, 59 cas relevaient de la
prison des Gonaïves, 61 de celle de Pétionville, et 25
de celle du Cap Haïtien. Dans les prisons de Delmas, Mirebalais et
Grande Rivière du Nord aucune détention préventive n'excédait un an. (6)
L'état de dysfonctionnement du système judiciaire n'était nulle
part aussi criante qu'à Port-au-Prince. La plupart des personnes
détenues depuis plus de trois ans se trouvaient au Pénitencier National. Un examen des
dossiers des prisonniers effectué par les observateurs de la MICIVIH a montré ainsi
qu'à la mi-janvier, 91 détenus étaient incarcérés sans jugement depuis 1995. A vu de
leur dossier individuel, 21 d'entre eux n'avaient pas vu un juge depuis un mois ou moins
à compter de leur arrestation. Dans ce dernier groupe, 14 n'avaient jamais vu un juge
depuis leur admission en prison; 17 étaient en prison sur la base d'une inculpation de
vol sans plus de précision, deux l'étaient pour complicité de vol, un détenu était
inculpé de vol d'une ampoule de tube néon et deux "rouchines", et 21 pour
association criminelle. Au 20 février, les observateurs avaient enregistré 207 cas de
détenus du Pénitencier National, emprisonnés depuis 1996 sans jugement. Parmi ceux-ci,
et à l'examen de leur dossier individuel, 50 n'avaient pas vu un fonctionnaire de justice
depuis 1996. Les charges retenues évoquaient la dénonciation (cas d'un prisonnier
détenu depuis le 5 janvier 1996, et dont la dernière rencontre avec un juge remonte au 7
janvier 1996), l'enquête en cours (cas d'une personne détenue depuis juin 1996), le vol
d'une chaîne (cas d'une personne détenue depuis janvier 1996 sans voir un juge), le vol
d'un baladeur (cas d'une personne détenue depuis août 1996), le vol d'un pantalon (cas
d'un individu en détention depuis juillet 1996). Dans dix cas, la charge renvoyait à
l'indication "non mentionnée". Deux prisonniers, l'un arrêté en 1995 et
l'autre en 1996, étaient incarcérés sur inculpation de dette, ce qui ne motive pas une
incarcération. En dépit des recommandations de la MICIVIH, les cas dont l'audition est
prévue au cours des prochaines assises criminelles à Port-au-Prince, concernent des
détenus dont l'arrestation n'est pas antérieure à 1997. Le nombre élevé de personnes
en détention préventive prolongée est un signe clair du dysfonctionnement du système
de justice pénale et de son caractère inhumain. Ce constat appelle des mesures
correctives énergiques.
Le 9 février, le ministre de la Justice adressait une circulaire aux fonctionnaires de justice fixant un calendrier pour l'audition des affaires correctionnelles et criminelles du ressort du Palais de Justice à Port-au-Prince, et dont l'objectif recherché était le traitement effectif des affaires pendantes. Cependant, certains fonctionnaires ont indiqué à la MICIVIH que d'autres problèmes nécessitent également d'être résolus pour qu'il y ait de réelles améliorations dans le traitement des affaires, notamment,
la prise en compte de longs délais au niveau du Parquet pour l'acheminement des dossiers au cabinet d'instruction;
la transmission de dossiers vides, sans rapports de police, ou avec des rapports de police imprécis ou incomplets;
la transmission par les juges de paix de dossiers sans les adresses des victimes et des témoins;
l'absence d'autopsies dans la plupart des cas de décès suspects ;
l'arrivée tardive des suspects au tribunal, ce qui réduit d'autant
le temps disponible pour leur audition.
Dix assistants juridiques recrutés par la Direction de l'Administration pénitentiaire (DAP) ont travaillé dans les cinq prisons de la région de Port-au-Prince, en vue de réduire les cas de détention illégale et d'aider à diminuer la durée de la détention préventive. En l'absence d'assistants juridiques dans les provinces, ceux de Port-au-Prince se rendent occasionnellement dans les prisons de province. Leur tâche est d'identifier et de suivre des cas bloqués au niveau du le système judiciaire ou faisant l'objet d'autres irrégularités (par exemple, des cas de détention illégale, de dossiers perdus, d'application incorrecte de la Loi Lespinasse laquelle exige que la période passée en garde à vue et en détention préventive soit déduite de la peine) et de faire des recommandations pour les résoudre. Il est demandé à ces assistants de soumettre à leur hiérarchie des rapports réguliers sur leurs interventions, leurs conclusions ainsi que des listes de détenus en détention préventive. Ils doivent aussi rédiger des rapports sur d'autres types de violations des droits de l'homme à l'intérieur des prisons, accompagnés de recommandations pour y apporter des améliorations.
| Personnes en détention préventive, mois de février 1999 | ||||||
| Dépt. | Prison | Total en détention préventive | Prévenus en détention prolongée | |||
| de plus d'un an | 1-2 ans | 2-3 ans | 3+ ans | |||
| Ouest | Carrefour | 85 | 40 | 27 | 12 | 1 |
| Delmas | 48 | 1 | - | 1 | - | |
| Fort Nat. Women/ Minors |
90 W | 28 | 17 W | 10 | 1 | |
| 42 M | 15 | 14 M | 1 | - | ||
| National Peniten.* | 1494 | 847 | 528 | 216 | 103 | |
| Pétion-ville | 139 | 61 | 52 | 8 | 1 | |
| Petit-Goâve | 76 | 6 | 6 | - | - | |
| Artibonite | Gonaïves | 237 | 59 | 34 | 21 | 4 |
| Saint-Marc | 90 | 9 | 2 | 7 | - | |
| Centre | Hinche | 73 | 14 | 12 | 2 | - |
| Mirebalais | 58 | - | - | - | - | |
| Grand' Anse |
Jérémie | 97 | 14 | 11 | 3 | - |
| Anse-à-Veau | 24 | 4 | 4 | - | - | |
| Nord | Cap Haïtien | 136 | 25 | 19 | 6 | - |
| Grande Rivière | 28 | - | - | - | - | |
| Nord-Est | Fort-Liberté | 84 | 19 | 19 | - | - |
| Nord-Ouest | Port-de-Paix | 81 | 10 | 10 | - | - |
| Sud | Les Cayes | 73 | 10 | 10 | - | - |
| Aquin | 47 | 2 | 2 | - | - | |
| Sud-Est | Jacmel | 88 | 8 | 8 | - | - |
| T O T A L | 3090 | 1172 | 775 | 287 | 110 | |
* Les chiffres du Pénitencier National ont été obtenus à partir
de la banque de données de cette prison et ne peuvent pas être considérés comme
définitifs. Un appel nominatif prévu pour le mois d'avril 1999 devrait apporter des
chiffres plus précis.
La MICIVIH a apporté son assistance technique aux assistants
juridiques à Port-au-Prince et a aussi accompagné à Jérémie, Anse à Veau et
Jacmel au début du mois de mars une équipe chargée d'examiner les registres de
prison et les dossiers individuels. Ce dernier déplacement a aussi permis de constater
que la date de libération des condamnés était souvent mal calculée et que
conséquemment, les condamnations étaient souvent plus longues que celles prononcées.
Trois détenus ont été libérés à Cap Haïtien
à la suite de recours basés sur l'existence d'irrégularités dans leur dossier. Deux de
ces détenus, qui avaient été en détention préventive depuis avril 1996, ont été
relâchés le 3 février, près de 3 ans après, parce que leur dossier avait été
égaré. Dans un autre cas, un individu, détenu depuis le 13 février 1998 et accusé de
viol, a été libéré le 24 mars 1999, suite à un recours présenté par le Bureau
d'Assistance Juridique, arguant une détention illégale et abusive, et faisant
référence au fait que le juge avait émis un mandat de dépôt sans interroger le
détenu. Le recours citait l'article 26.2 de la Constitution, l'article 103 du décret de
1995 relatif à la loi organique sur l'organisation judiciaire (qui fait référence aux
procédures pour le dépôt et l'audition des recours relatifs aux libérations qui ne
tombent pas sous le coup de l'article 26 de la Constitution) et aussi la Convention
américaine sur les Droits de l'Homme. Le juge nommé par le doyen pour entendre l'appel
n'accepta pas les arguments avancés par les avocats de la défense au sujet de la
détention illégale prévue à l'article 26, mais ordonna la libération du détenu au
motif qu'il avait été placé trop longtemps en détention préventive et que le viol
dont il avait été accusé n'avait pas été prouvé. Ce cas fait partie de nombreuses
autres affaires de détention préventive traitées par un juge donné (voir Droits de
l'Homme en Haïti, octobre décembre 1998). Au cours des deux jours suivant ce
dernier jugement, le juge cita quelque 30 détenus à comparaître devant lui, parmi
lesquels beaucoup avaient été gardés en détention préventive pour des périodes plus
longues que celle du détenu récemment libéré.
La non-exécution des ordonnances de libération/habeas
corpus/droit à la liberté individuelle
Le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince a continué à
bloquer la libération de nombreux détenus, la plupart de ces détentions étant des cas
politiquement sensibles (voir Droits de l'Homme en Haïti, octobre décembre 1998):
parmi eux, le cas de Steve Conserve, détenu au commissariat central de Port-au-Prince
depuis son arrestation en mai 1996. Une ordonnance de libération a été émise depuis
juin 1996 et une seconde depuis décembre 1997. En dehors des cas mentionnés
précédemment, la MICIVIH a été informée qu'une ordonnance de non-lieu émise début
février 1999 dans le cas du leader d'une organisation populaire (accusé d'avoir lynché
le commissaire de police de Mirebalais en février 1998) n'avait toujours pas été
exécutée à la fin du mois de mars.(7) La
Mission a également écrit au ministre de la Justice le 1er février pour exprimer sa
préoccupation relative à la non-exécution d'une ordonnance de libération émise le 15
janvier par le doyen de Port-au-Prince, dans le cas du leader politique Reynold Georges.
Le doyen décida que la détention était illégale parce que les délais judiciaires
prescrits n'avaient pas été respectés et que le dossier était resté entre les mains
du commissaire du gouvernement. Le prévenu a fait finalement l'objet d'une libération
provisoire le 4 février, à la suite de l'intervention des leaders de l'Espace de
Concertation, qui avaient fait de sa libération une condition préalable à l'initiation
de négociations avec le Président Préval sur la crise politique. Les conditions de la
libération de Me. Georges n'ont rien fait pour améliorer l'image du système judiciaire
haïtien ni son indépendance.
La non-exécution des ordonnances de libération et le grand nombre
de personnes en détention préventive prolongée dont les dossiers n'indiquent aucune
preuve d'activité judiciaire sont parmi les violations les plus graves du droit à la
liberté individuelle. La réticence continue des autorités à prendre les mesures
nécessaires contre le comportement arbitraire du commissaire du gouvernement et le manque
total d'activité judiciaire ou de mesures prises par le Parquet concernant des cas
sensibles sur le plan politique et de la sûreté de l'Etat ont conduit inévitablement
des organisations locales de défense des droits de l'homme à dénoncer l'existence de
prisonniers politiques.
En mars, la MICIVIH a lancé un programme d'activités pour
sensibiliser le public, les avocats et les autorités judiciaires sur le thème du droit
à la liberté individuelle, y compris les procédures d'habeas corpus à
l'occasion de la distribution de sa publication Le recours pour la protection de la
liberté individuelle dans la Constitution de 1987. Ces activités comprenaient une
table ronde pour les autorités judiciaires locales et les avocats de Port-de-Paix,
et une conférence/débat sur le sujet pour les ONG le 31 mars, à l'Office du Protecteur
du Citoyen à Port-au-Prince. A l'invitation de la MICIVIH, les débats
ont été animés par M. Claude Moïse, historien et constitutionnaliste, ainsi que par
Me. Jean Joseph Exumé, ancien ministre de la Justice et membre de la Commission
Interaméricaine des droits de l'homme. Les débats ont traité de la gestion du droit à
la liberté individuelle, ainsi que des voies de recours contre les détentions
illégales. Parallèlement, les débats ont porté sur la nécessité de renforcer
l'obligation de respecter les procédures d'arrestation et de détention, comme moyen de
réduire le nombre d'arrestations/détentions illégales.
Cas de détentions illégales: détention basée sur
l'autorité parentale
Le problème des individus, adultes et mineurs, détenus sans
audition à la demande de leurs parents sur la base des dispositions du code civil
relatives aux mineurs a de nouveau été soulevé à maintes reprises avec les autorités
judiciaires des Gonaïves. L'un des cas les plus récents est celui d'un jeune de 13 ans
"condamné" à trois mois de détention par le doyen le 31 décembre à la
demande d'un de ses parents. Cette pratique est illégale en vertu de nombreux articles de
la Constitution et des traités internationaux qui ont force de loi en Haïti, et
dont les textes ont été distribués aux autorités judiciaires concernées des
Gonaïves. Néanmoins, ces dernières ont continué à défendre ce type de détentions,
arguant qu'elles étaient "plutôt disciplinaires que pénales" et servaient à
protéger les parents et leur éviter "d'être attaqués ou tués" par leurs
enfants. Les autorités judiciaires ont aussi suggéré que ces détentions avaient un
caractère plutôt moral que juridique, le doyen agissant comme « père de
famille » dans la société des Gonaïves. Elles ont rejeté la responsabilité des
détentions sur l'absence de dispositions prises par l'Etat sur le cas des personnes
mentalement instables ou des utilisateurs de drogues, bien que la MICIVIH ait constaté
que la plupart des détenus impliqués ne rentraient dans aucune des deux catégories
citées. Après beaucoup d'insistance de la part de la MICIVIH, les autorités judiciaires
ont finalement accepté d'effectuer des auditions dans certains cas à l'instar des
procédures de jugement habituelles.
Mandats de dépôt collectifs
L'émission de mandats de dépôt irréguliers et illégaux par des
juges, et en particulier les mandats collectifs, continue de poser des problèmes, surtout
pour le personnel des prisons, tentant de suivre la situation juridique de chaque détenu.
Les mandats collectifs un seul mandat pour un groupe de détenus rendent difficile
la tenue des dossiers individuels des détenus. Ces mandats sont souvent incomplets,
sans mention du délit ou de la disposition juridique invoqués. En vue de surmonter
certains de ces problèmes, les assistants juridiques de la DAP ont organisé des sessions
de formation sur l'usage correct des mandats de dépôt à l'Ecole de la Magistrature en
février (voir le chapitre Formation des juges pour avoir plus d'information sur
les cours dispensés).
| (8)POPULATION CARCÉRALE | |||||
| Prison | Date de visite | Pop. totale | Total en détention préventive | Détenus condamnés | |
No. |
% |
||||
| Anse-à-Veau | 10/3/99 | 34 | 25 | 4 |
11.8 |
| Aquin | 8/3/99 | 54 | 50 | 4 |
7.4 |
| Arcahaie * | 23/3/99 | 27 | 16 | 11 |
40.7 |
| Cap-Haïtien | 29/3/99 | 190 | 135 | 55 |
28 9 |
| Carrefour | 8/3/99 | 68 | 52 | 16 |
23.5 |
| Delmas | 12/3/99 | 34 | 33 | 1 |
2.9 |
| Fort-Liberté | 2/3/99 | 86 | 80 | 6 |
7 |
| Gonaïves | 23/3/99 | 290 | 235 | 55 |
19 |
| Gde-Rivière du Nord | 4/3/99 | 42 | 29 | 13 |
31 |
| Hinche | 10/3/99 | 125 | 76 | 49 |
39.2 |
| Jacmel | 23/3/99 | 137 | 93 | 44 |
32.1 |
| Jérémie | 15/3/99 | 134 | 97 | 37 |
27.6 |
| Les Cayes | 9/3/99 | 110 | 70 | 40 |
36.4 |
| Mirebalais | 11/3/99 | 108 | 53 | 55 |
50.9 |
| Ouanaminthe * | 9/3/99 | 26 | 25 | 1 |
3.8 |
| PAP-Fort National | 11/3/99 | 142 | 130 | 12 |
8.5 |
| PAP- Pen. National | 10/3/99 | 1585 ** |
1371 | 214 |
13.5 |
| Pétionville | 11/3/99 | 141 | 128 | 13 |
9.2 |
| Petit-Goâve | 26/3/99 | 104 | 89 | 15 |
14.4 |
| Port-de-Paix | 2/3/99 | 101 | 79 | 22 |
21.8 |
| Saint-Marc | 23/3/99 | 127 | 102 | 25 |
19.7 |
TOTAL |
3665 | 2968 | |||
FEMMES ET MINEURS EN PRISON |
|||||
Prison |
Date de Visite |
Femmes |
Mineurs |
||
| Total | No. condamnés | Total |
No. condamnés | ||
| Anse-à-Veau | 10/3/99 | 1 |
0 |
0 |
0 |
| Aquin | 8/3/99 | 1 |
0 |
0 |
0 |
| Arcahaie * | 23/3/99 | 1 |
1 |
0 |
0 |
| Cap-Haïtien | 29/3/99 | 8 |
3 |
9 |
4 (1f) |
| Carrefour | 8/3/99 | 8 |
0 |
8 |
5 |
| Delmas | 12/3/99 | 3 |
1 |
0 |
0 |
| Fort-Liberté | 2/3/99 | 1 |
0 |
1 |
0 |
| Gonaïves | 23/3/99 | 7 |
1 |
6 |
1 |
| Gde-Rivière du Nord | 4/3/99 | 4 |
0 |
1 |
0 |
| Hinche | 10/3/99 | 5 |
2 |
2 |
1 |
| Jacmel | 23/3/99 | 10 |
2 |
2 |
0 |
| Jérémie | 15/3/99 | 11 |
0 |
11 |
2 |
| Les Cayes | 9/3/99 | 6 |
2 |
1 |
1 |
| Mirebalais | 11/3/99 | 2 |
0 |
1 |
0 |
| Ouanaminthe * | 9/3/99 | 0 |
0 |
1 |
0 |
| PAP-Fort National | 11/3/99 | 82 |
10 |
42m 16f | 1m, 1f |
| PAP-Pen. National | - |
- |
- |
- |
- |
| Pétionville | 11/3/99 | 2 |
0 |
0 |
0 |
| Petit-Goâve | 26/3/99 | 5 |
1 |
1 |
1 |
| Port-de-Paix | 2/3/99 | 4 |
1 |
1 |
0 |
| Saint-Marc | 23/3/99 | 6 |
0 |
0 |
2 |
TOTAL |
167 |
24 |
103 |
20 |
|
Les assises criminelles(9)
La MICIVIH a prêté son assistance technique (par exemple en
fournissant des listes de détenus dont les cas devaient être jugés par les autorités
judiciaires, en diffusant des informations au public sur le rôle des jurés, etc) et
suivi sur une base régulière le déroulement des assises criminelles au cours des
dernières années. Les difficultés rencontrées par le personnel judiciaire lors de la
tenue de ces procès permettent de mettre en évidence beaucoup des problèmes de
l'administration de la justice.
Les assises criminelles sans jury observées en janvier aux Gonaïves
et en février à Saint-Marc ont montré un affaiblissement en ce qui
concerne le respect des normes judiciaires et ont illustré de nombreuses violations des
principes les plus fondamentaux de la loi, de la justice et des droits de l'homme.
Celles-ci comprenaient des arrestations illégales, des allégations des aveux obtenus
sous la contrainte, une absence quasi totale d'enquête judiciaire sérieuse, des
défaillances relatives à l'identification des témoins ou à leur comparution devant le
tribunal, l'absence de preuves matérielles, des inculpations incorrectes, des charges non
discutées au cours du procès et des efforts minimes pour établir la preuve de la
culpabilité. Toutes les carences observées au cours de ces assises ont été soulevées
par la MICIVIH lors d'une rencontre avec la magistrature des Gonaïves le 24 février.
Notons qu'avant les assises sans jury aux Gonaïves, le commissaire du
gouvernement avait accordé le 13 janvier une interview d'une heure à une station de
radio locale sur la question en général des procès d'assises. L'interview a été
rediffusée deux fois par semaine pendant un mois.
La MICIVIH a également suivi les assises criminelles à Jérémie,
aux Cayes et à Fort Liberté pour l'année en cours, et
plusieurs séances d'assises en décembre 1998, notamment celles tenues à Hinche.
Des neuf procès prévus à Hinche, quatre ont été reportés par suite
de l'absence des membres du jury ou, dans un cas, la non comparution des témoins devant
le tribunal. Les assises avec jury qui devaient être tenues à Petit Goâve
et Jacmel ont été différées à cause de retards liés à
l'installation ou d'autres problèmes relatifs aux nouvelles commissions communales,
compliquant ainsi la procédure de constitution des jurys. Les assises criminelles avec
jury d'Anse-à-Veau, dont la tenue était prévue pour mars après avoir
été reportée en décembre 1998, ont de nouveau été ajournées, par suite du manque de
personnel, dû en partie au départ de plusieurs greffiers, ce qui a entraîné des
retards supplémentaires dans les procédures contre les détenus.
Une liste des exemples des irrégularités les plus criantes au
cours des procès qui ont eu lieu et ont été observés par la Mission est fournie
ci-après :
A un procès pour meurtre à Saint-Marc en
février, aucune preuve ni témoin d'aucune sorte n'ont été présentés, à part la
déposition d'un témoin, lue devant la cour, déclarant que celui-ci avait "entendu
dire" que l'accusé avait causé la mort de la victime par empoisonnement.
Néanmoins, l'accusation a plaidé pour la condamnation sur la base de son aveu, malgré
les déclarations de la défense selon lesquelles l'accusé avait été battu par la
police et avait avoué à celle-ci pour éviter la poursuite des mauvais traitements.
Lors du procès aux Gonaïves de cinq hommes
accusés d'avoir détruit des documents publics dans un tribunal de paix, les alibis
présentés par deux accusés n'ont jamais été vérifiés, une confusion sur les
dates d'arrestation est restée sans clarification, deux accusés ont déclaré qu'ils
avaient fait de faux aveux à la police par suite de mauvais traitement au cours de
l'interrogatoire effectué en absence d'avocats ou de témoins. Aucun des deux témoins
n'a été capable d'identifier l'un des accusés comme étant présent au cours de la
destruction des documents. Néanmoins, les cinq accusés ont été reconnus coupables
Les défaillances judiciaires notées dans l'un des procès aux Gonaïves
de cinq hommes accusés d'une attaque à main armée en juillet 1996 sur le leader de
quartier, Amio METAYER, dit le Cubain, ont été soulignées en détail dans un rapport de
six pages, remis au ministre de la Justice. A la question de la MICIVIH concernant la
présence d'un seul témoin au tribunal, malgré que la fusillade ait eu lieu en plein
jour sur une place publique, les autorités judiciaires des Gonaïves ont répondu que
cela venait du fait que "tout le monde savait" que le principal accusé était
l'auteur du délit. Malgré les irrégularités constatées, quatre des accusés ont été
condamnés à des périodes allant d'un à neuf ans d'emprisonnement. L'un d'entre eux a
été acquitté.
Différents procès prévus lors des assises criminelles de Jérémie
du 7 au 18 décembre n'ont pu aboutir parce que les plaignants et les témoins de
l'accusation ne se sont pas présentés par devant le tribunal. De nombreuses et vives
disputes ont opposé le commissaire du gouvernement et la cour sur des points de droit ou
de procédures . Après l'une de ces disputes, le juge d'instruction aurait braqué son
revolver sur le commissaire du gouvernement dans les couloirs à l'extérieur du tribunal.
Les résultats de l'enquête du ministre de la Justice relative à cet incident ne sont
pas encore connues.
Au cours des assises sans jury tenues à Petit-Goâve
du 15 au 19 mars, deux des cinq procès prévus n'ont pas eu lieu; dans le premier cas
parce que le Parquet était incapable de produire une copie de l'acte d'accusation, et
dans le deuxième cas par suite de la non comparution du plaignant.
Le cas de trois personnes accusées d'incendie volontaire, détenues
depuis septembre/octobre 1997, a été entendu aux assises criminelles sans jury des Cayes
en février, même si le commissaire du gouvernement avait déclaré qu'il n'y
avait aucune raison d'exercer des poursuites judiciaires. Lorsque l'affaire est finalement
parvenue devant la cour, les deux témoins à charge présentés ont
été discrédités. Devant l'inexistence de toute autre preuve, les trois accusés ont
été libérés pour absence de preuves, après quelques 520 jours de détention.
Aux assises sans jury tenues en décembre à Jérémie, le
doyen a prononcé une ordonnance de libération provisoire en faveur de
deux accusés dont le jugement pour meurtre fut suspendu à cause de la non comparution
des témoins à charge le 14 décembre. Persuadé que la décision du doyen n'avait aucun
fondement juridique, le commissaire du gouvernement l'a d'abord ignorée. Puis, donnant
suite à des plaintes déposées par les avocats des accusés, il relaxa ces derniers le
25 décembre, mais ils furent immédiatement arrêtés de nouveau pour la même
inculpation. Les étudiants en droit qui avaient agi comme avocats de la défense
réagirent en protestant auprès de la MICIVIH et de la presse locale et en écrivant au
ministre de la Justice.
Le 14 décembre, le tribunal d'Anse-à-Veau a
décidé la libération provisoire d'un détenu dont l'affaire aurait dû être
auditionnée par les assises criminelles, reportées parce que le commissaire du
gouvernement n'avait pas dressé de liste des membres du jury. Cependant, le commissaire,
au lieu de faire formellement appel de la décision, a simplement ordonné à la police
d'arrêter l'accusé à son domicile quelques minutes plus tard au motif qu'il n'était
pas d'accord avec la libération. Le détenu a de nouveau été relaxé le 11 février
après que des observateurs de la MICIVIH ont fait valoir l'illégalité de l'affaire
auprès du commissaire du gouvernement.
La MICIVIH a été informé qu'un homme accusé d'après les
dispositions de l'Article 99 du Code Pénal d'avoir utilisé 3400 gourdes en faux billets
- acte passible d'une amende comme peine maximale - a été condamné à l'emprisonnement
à vie, aux termes de l'Article 97 du Code, régissant la production de faux billets ou
leur introduction dans le pays, après avoir été jugé aux assises sans jury à Saint
Marc le 2 juillet 1998. Ces charges n'ont pas été mentionnées au cours du
procès, aucune preuve n'a été produite pour les étayer et les billets de banque
prétendument contrefaits n'ont même pas été présentés. Interrogés par la suite sur
le lieu où se trouvaient les billets, le juge qui avait entendu l'affaire a dit à la
MICIVIH qu'ils avaient été déposés dans une banque.
La formation des juges
En février, l'Ecole de la Magistrature (EMA), de concert avec l'ONG
belge, Réseau des Citoyens, a inauguré une série de sessions de formation de six
semaines, devant prendre fin en juin, et destinée à un total de 120 juges de paix, dans
le cadre d'un programme pour l'amélioration des capacités professionnelles du personnel
judiciaire. Vers la fin mars, un groupe de 30 juges avait terminé le cours et faisait la
place à un second groupe. Les six semaines de formation comprennent un mois à l'école
et une période de deux semaines sur le terrain. Le cours traite des fonctions du juge de
paix ainsi que des questions éthiques et juridiques utiles à l'accomplissement de leur
travail. La MICIVIH a dispensé à cette occasion des sessions de formation sur
l'application des traités internationaux relatifs aux droits de l'homme dans les
tribunaux haïtiens, notamment au regard des principes de la présomption d'innocence, de
certains types de détention illégale, ainsi qu'en matière de droits de l'homme et de
procédures criminelles. Des études de cas ont permis de centrer les débats sur des
questions comme le concept de flagrant délit, la détention (illégale) pour dettes et
pratiques superstitieuses, la compétence des juges de paix pour l'émission de certains
types de mandats, de même que la nécessité de respecter les procédures et les délais
prescrits pour le traitement des affaires. Les débats ont également été focalisés sur
les garanties juridiques protégeant les droits de l'homme (par exemple le droit à la
liberté individuelle, l'indépendance des juges). A la demande du ministre de la Justice,
la Mission a fait une présentation sur les principaux thèmes contenus dans le rapport de
1995 publié par la Commission Nationale de Vérité et de Justice (CNVJ) sur les
violations des droits de l'homme sous le régime de facto, et dans le document de
politique générale de 1998 relatif à la réforme judiciaire, préparé par la
Commission préparatoire à la réforme du droit et de la justice. Des copies des deux
documents ont été distribués à tous les participants de ces sessions de formations.
La Mission a aussi participé à la partie du cours intitulés Les
procédures de la fonction gracieuse : la conciliation et la médiation(10), qui a été dispensée pendant trois jours.
Le module, développé à partir du projet pilote de la MICIVIH sur la médiation pour des
juges de paix (voir Droits de l'Homme en Haïti, octobre décembre 1998), examine
le rôle des juges de paix lors de la conciliation et du règlement des disputes sans
recours aux procédures judiciaires (par exemple la compensation, la médiation, la
négociation), les notions de base sous-jacentes à la conciliation et la médiation, et
les outils pour la mise en oeuvre des procédures comme l'analyse des conflits et les
techniques de communication. Les présentations des deux procédures ont été données
avant la dernière journée qui incluait par ailleurs des exercices pratiques sur la
médiation. Les juges de paix ont également reçu une formation pratique pour la
rédaction du procès-verbal d'un accord de conciliation (ou de la non obtention d'un
accord). Les observateurs avaient noté par le passé que, tandis que les juges de paix
utilisaient souvent la procédure de conciliation, les procédures et les résultats
obtenus étaient rarement consignés dans des documents. Les sessions de formation sur la
conciliation/médiation ont été animées par deux juges de paix de l'Artibonite où le
programme pilote de la MICIVIH avait été initié, un juge de paix de Miragoâne et un
juge d'instruction près du Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince, ainsi que le
formateur de la Mission qui a élaboré le programme. L'inclusion de la
conciliation/médiation dans les attributions du juge de paix était aussi le thème de
l'un des trois ateliers organisés par l'Unité de suivi et de coordination de la réforme
du droit et de la justice dans le cadre du cours. L'évaluation des deux premiers cours a
eu lieu le 26 mars et il a été convenu en particulier de renforcer la formation des
formateurs responsables de l'enseignement des différents modules.
La MICIVIH a collaboré avec l'Ecole de la Magistrature à la fois
avant et depuis son ouverture officielle en 1997. Un groupe initial de 60 étudiants a
été rigoureusement sélectionné pour suivre un cours de formation à la profession de
juge. Depuis la sortie de cette promotion en mai 1998, aucun recrutement de nouveaux
étudiants n'a eu lieu. Bien que la formation continue des juges déjà en fonction reste
une priorité, la MICIVIH est d'avis que l'Ecole de la Magistrature devrait devenir une
vraie école de formation, ayant vocation à produire un personnel nouveau et qualifié,
apte à améliorer le fonctionnement du système judiciaire.
Une autre initiative importante pendant cette période a été un
symposium et deux jours de réflexion sur la médecine légale, organisés conjointement
par l'EMA et Médecins du Monde en janvier, en vue d'améliorer les connaissances et
l'expertise dans ce domaine, vital pour mener des enquêtes sur certains crimes, en
particulier les violations des droits de l'homme. Les conclusions et les recommandations
portaient sur différents thèmes, notamment l'éthique médicale, les constats et les
certificats médicaux, la législation du travail, et les certificats médicaux et le
viol. Parmi les participants, on notait la présence de médecins, de responsables du
secteur de la santé et judiciaire ainsi que des groupes de défense des droits de
l'homme. La MICIVIH a fait une présentation sur l'éthique médicale et les droits de
l'homme lors d'une des journées de réflexion, qui s'est tenue à la Faculté de
Médecine.
Les affaires d'impunité par devant les tribunaux
haïtiens
Les enquêtes judiciaires relatives au massacre de Raboteau de 1994
se sont poursuivies sous la direction du nouveau juge d'instruction des Gonaïves,
nommé en septembre 1998. Deux nouveaux suspects ont été arrêtés, portant à
31 le nombre total d'individus devant passer en jugement dans cette affaire. Les victimes
et les parents des victimes ont déploré que le commissaire du gouvernement bloque les
procédures par suite de ses absences répétées, tandis que ce dernier en rejetait la
responsabilité sur le juge d'instruction. Celui-ci est convaincu que d'importants
éléments de l'affaire nécessitaient un supplément d'enquête. Il a formellement
demandé que le commissaire du gouvernement lui passe la totalité du dossier et qu'il
l'autorise à faire des enquêtes sur l'ensemble de l'affaire, et non sur des aspects
isolés.(11)
Deux anciens cas de violation des droits de l'homme ont été
entendus devant les tribunaux des Cayes: le cas d'un ancien militaire des
FAd'H et garde du Palais National, accusé de détention illégale et de torture à Maniche
durant la période du coup d'Etat, a été entendu par les assises criminelles sans jury,
mais a été ajourné à la demande de la partie civile pour des raisons de procédure.
Par ailleurs, des auditions se sont poursuivies pendant le mois de mars au sujet du cas de
deux individus accusés de torture en 1994 à Camp Perrin. Le juge
d'instruction qui instruisait l'affaire avait aussi émis des mandats d'arrêt
supplémentaires contre un ancien chef de section et un ancien membre des FAd'H, mais ils
n'avaient pas été exécutés au 31 mars. Peu de preuves ont été réunies à ce jour
contre ces deux individus actuellement en détention.
L'audition du cas d'un ancien membre des FAd'H du Borgne
(Nord) qui a été détenu sans jugement depuis le 29 mai 1996 a été ajournée en trois
fois par suite de l'absence des témoins. Cette audition est actuellement prévue pour le
mois d'avril. Le prévenu a été accusé de vol, destruction de propriété, de pillage,
de meurtre et de viol. Cependant, il semble qu'il n'y aurait eu aucune investigation
relative au meurtre et au viol, et la victime présumée du viol n'aurait jamais été
entendue par la le juge.
L'impunité: des recours internationaux
Le 19 février, le Lawyers Committee for Human Rights, une
ONG américaine, a présenté à la Commission Interaméricaine des Droits de l'Homme
(IACHR) un Mémorandum d'Informations Supplémentaires de 31 pages sur l'affaire
de l'assassinat du ministre de la Justice Guy Malary. La pétition originale pour le cas,
déposée le 14 août 1994, alléguait que le gouvernement militaire de facto
était responsable de l'assassinat du 14 octobre 1993, et que le régime haïtien à
l'époque ne respectait pas ses obligations de fournir des recours légaux en enquêtant
sur ce meurtre et en engageant les poursuites judiciaires nécessaires. De telles
obligations constituent une exigence de la Convention Américaine sur les Droits de
l'Homme, ratifiée par Haïti. Dans le Mémorandum d'Informations Supplémentaires,
le Comité des Avocats met à jour les informations communiquées dans la requête
originale et demande que l'IACHR prenne en charge le cas eu égard à l'absence d'enquête
appropriée au niveau nationale et la passivité du système judiciaire interne(12) . Décrivant en détail l'évolution des
événements depuis le retour à l'ordre constitutionnel à la fin de 1994, le Comité
décrit l'enquête ultérieure du gouvernement sur le meurtre comme "inadaptée,
gâchée par un manque de coordination entre les groupes chargés des recherches, une
maigre collecte de preuves et la libération inopinée par le commissaire en chef du
gouvernement d'un individu clé, faisant l'objet d'une enquête et détenu en garde à
vue". La requête fournit des renseignements sur les graves erreurs qui se sont
produites au cours du procès des deux individus accusés d'avoir participé au meurtre
(en particulier en ce qui à trait à la composition du jury)(13),
de même que les défaillances du gouvernement dans la recherche d'informations valables,
notamment de témoins potentiels et de documents conservés par les autorités
américaines. Le Mémorandum se termine par une demande de réparation, pressant
la Commission, entre autres, à déclarer que le gouvernement haïtien a failli au respect
de ses obligations visées aux articles 1,4,8 et 25 de la Convention et en conséquence à
ordonner au gouvernement de "prendre des mesures adéquates pour obtenir le réexamen
de toutes informations pertinentes en relation avec l'assassinat de Me. Guy Malary, de
procéder de manière satisfaisante lors de l'instruction et également lors de l'enquête
effectuée par le Ministère Public, et enfin de poursuivre et punir tout autre individu
responsable de ce meurtre."
Réparation pour les violations passées des droits de
l'Homme
La construction de logements destinés à un groupe important de
résidents de Cité Soleil dont les maisons ont été brûlées par les
membres du FRAPH en décembre 1993 continue d'alimenter une controverse. Cent
soixante-trois maisons ont été construites et achevées, mais n'ont jamais été
attribuées ou habitées, avec pour conséquence maintenant qu'elles sont nombreuses à
avoir été endommagées par des vandales. En 1995, le Président Aristide avait annoncé
que 1000 maisons seraient bâties, mais le projet n'a jamais été mené à son terme. Le
2 février, un groupe se proclamant lui-même Komité Kay Boulé a organisé une
manifestation, à la suite de laquelle le ministre des Affaires Sociales a déclaré qu'il
examinerait leur demande. Une plainte est en cours d'examen par un juge d'instruction de Port-au-Prince
contre le leader du FRAPH Emmanuel Constant et 13 autres membres du FRAPH pour
leur responsabilité présumée dans l'incendie des maisons.
Aux Cayes, des protestations concernant la
distribution de fonds aux victimes de violations passées des droits de l'homme ont
perturbé deux journées de réflexion organisées les 6 et 7 mars par Konbit Viktim
Savann Okay, au cours desquelles une école érigée avec les fonds du Bureau
Poursuites et Suivi était inaugurée. Deux autres projets sont aussi en cours
d'exécution dans le même quartier, une coopérative de pêche et une boutique
communautaire. Le Bureau a été largement critiqué pour le manque de transparence dans
ses décisions concernant les projets qu'il finance. En janvier, le Bureau a publié un
rapport décrivant ce qu'il avait réalisé au cours de l'année fiscale 1997-1998,
notamment un programme de sensibilisation et de mobilisation, la fourniture de logements,
de centres de formation et d'écoles, et une assistance juridique et économique aux
victimes et à leurs associations. A une conférence de presse donnée le 2 mars, le
Bureau a annoncé qu'il avait dépensé 58 millions sur son budget de 60 millions de
gourdes.
L'Office du Protecteur du Citoyen
L'Office du Protecteur du Citoyen a organisé plusieurs conférences-débats au cours de la période examinée. Parmi les principales, il y a eu une conférence conjointe sur la police au sein de la communauté (voir plus haut) à laquelle ont assisté plus de 100 personnes, notamment des directeurs de la PNH. Cependant, les difficultés d'ordre budgétaire qui confronte l'Office n'ayant toujours pas été résolues, cette institution n'a pas été de même à ce jour d'étendre son travail aux provinces. Un consultant de la MICIVIH a été détaché auprès du Protecteur à la mi-février afin d'apporter son assistance au développement du travail institutionnel de l'Office.
LES PRISONS
Le respect des droits de l'homme par les gardiens de
prison
Onze détenus ont déclaré avoir été battus par des gardiens de
prison, neuf en janvier et deux en février. Cinquante-neuf allégations de passages à
tabac avait été enregistrées au cours des trois premiers mois de 1998. Les autorités
pénitentiaires ont confirmé que de nouveaux gardiens avaient battu deux groupes de
détenus à la prison de Jérémie. A Hinche, un membre
de la direction de la prison a admis que quatre détenus avaient été bastonnés pour les
punir de s'être battus entre eux, mais il a déclaré qu'il y avait pénurie de gardiens
pour surveiller tous les détenus et qu'aucun lieu n'était disponible pour mettre à
l'écart les prisonniers difficiles. Ce membre du personnel a ensuite été transféré,
bien que ce fût pour d'autres raisons. Les autres allégations concernaient deux détenus
aux Cayes. Des responsables du Pénitencier National ont informé à la
MICIVIH que les menottes et les bâtons n'étaient plus mis à la disposition des gardiens
parce que ceux-ci en faisaient un usage abusif.
| Rapports sur mauvais traitements par les gardiens DAP (chiffres 1998 entre parenthèses) | ||||
| Département | Jan. | Fév. | Mars. | Total |
| Ouest | 0 (4) | 0 (3) | 0 (2) | 0 (9) |
| Nord-Ouest | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) |
| Nord | 0 (0) | 0 (4) | 0 (0) | 0 (4) |
| Nord-Est | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) |
| Artibonite | 0 (4) | 0 (0) | 0 (36) | 0 (40) |
| Centre | 4 (0) | 0 (0) | 0 (1) | 4 (1) |
| Sud-Est | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) | 0 (0) |
| Sud | 0 (0) | 2 (0) | 0 (1) | 2 (1) |
| Grand'Anse | 5 (0) | 0 (0) | 0 (4) | 5 (4) |
| Total | 9 (8) | 2 (7) | 0 (44) | 11 (59) |
Mesures disciplinaires/Gardiens de la DAP en détention
Bien qu'aucun gardien de la DAP n'ait été sanctionné pour
violations des droits de l'homme pendant la période trimestrielle examinée, les
autorités hiérarchiques ont révoqué, suspendu ou transféré un certain nombre de
gardiens ou de personnels pénitentiaires pour d'autres types d'infractions. On peut citer
parmi eux la directrice de la prison du Fort National, transférée de
ses fonctions pour absence sans permission au cours du mois de mars. Six gardiens
affectés à la prison de Pétionville n'ont pas obtenu le renouvellement
de leur contrat à la fin de leur période probatoire de six mois à cause de fautes
disciplinaires ou de corruption. Un gardien de la DAP a été détenu, avec mandat de
dépôt, à Grande Rivière du Nord, après la mort d'une femme en prison
le 25 mars, bien qu'elle n'y était emprisonnée. La cause de la mort n'est pas claire. Un
autre gardien de la DAP a été mis en isolement dans un commissariat de Port-au-Prince
à la fin du mois de mars.
Les conditions de vie en prison (notamment l'accès à
la nourriture et aux soins médicaux)
Les autorités pénitentiaires ont pris des mesures pour améliorer
les conditions carcérales au cours de la période examinée. Des améliorations
considérables ont été apportées au Pénitencier National de Port-au-Prince
où un nouveau bâtiment de trois étages conçu pour loger 600 prisonniers accusés des
infractions les plus graves a été inauguré le 11 mars. Les prisonniers sont répartis
dans des étages séparés en fonction des infractions présumées, ce qui permet de
séparer ceux qui sont accusés de crimes sérieux des autres, accusés d'infractions
mineures. Le nouveau bloc va réduire la surpopulation excessive, à la fois au
Pénitencier National et aussi à Pétionville, d'où un groupe important de détenus sera
transféré. La sécurité et la surveillance des détenus ont été renforcées, des
groupes de gardiens de la DAP étant affectés à des groupes spécifiques de prisonniers.
En règle générale, les détenus étaient autorisés à sortir
dans la cour pour s'aérer et faire des exercices, les exceptions étant les prisons de Port-de-Paix,
Delmas, Pétionville, Aquin et Anse-à-Veau. Aux Cayes, où
les prisonniers étaient aussi gardés dans leur cellule 24 heures par jour, le directeur
de la DAP a donné des instructions à l'inspecteur pénitentiaire le 2 mars pour laisser
les prisonniers sortir de leur cellule chaque jour, après que la MICIVIH ait exprimé ses
préoccupations quant au bien-être des personnes incarcérées. Le directeur cherche
aussi à résoudre le problème des toilettes de la prison. L'eau était généralement
fournie pour la douche dans la plupart des prisons, bien que ceci dépendait parfois de
l'alimentation intermittente des services municipaux d'approvisionnement. Des
améliorations étaient attendues à la prison de Jérémie à partir de
la mise en oeuvre du projet financé par le Comité International de la Croix-Rouge pour
la construction de nouvelles conduites d'eau, de douches et de bassins d'eau. Une fuite
dans le réservoir d'eau de la prison de Hinche - non colmatée à ce jour - a eu pour
conséquence une réduction des douches, et le transport manuel de l'eau à l'intérieur
de la prison. La prison de Port-de-Paix ne disposait pas non plus de
système d'adduction d'eau, et celle-ci devait être amenée de l'extérieur.
Dans la majorité des prisons, les détenus ont reçu deux
repas par jour durant la période examinée. Le contrôle des stocks de nourriture est
encore d'actualité, mais les autorités pénitentiaires ont commencé à le résoudre en
nommant des superviseurs dont l'unique responsabilité est de gérer les stocks de
nourriture et le budget y relatif. A partir de début mars, ces superviseurs ont pris
fonction dans quatre prisons Carrefour, Gonaïves, Jacmel et
Fort National. Les autorités pénitentiaires cherchaient également des
méthodes d'améliorer l'approvisionnement en nourriture au Pénitencier National, où il
y a eu de fréquentes allégations selon lesquelles les stocks seraient vendus et où de
nombreux détenus montreraient des signes de malnutrition. Une attention particulière
doit être réservée à la fourniture d'une alimentation équilibrée et diététique. La
plupart des détenus ont eu accès à de l'eau potable, encore qu'en quantité réduite à
la prison du Cap Haïtien, à cause de la contamination du puits de la prison.
La MICIVIH et le Comité International de la Croix Rouge également
ont travaillé avec les autorités pénitentiaires pour garantir des soins médicaux
adéquats aux prisonniers. Une pénurie de médicaments a encore été constatée. La
fourniture de soins médicaux dans les prisons du Pénitencier National et du Fort
National à Port-au-Prince était toujours affectée par des retards liés au remplacement
du médecin en chef, licencié en octobre 1998. Des maladies épidermiques ont encore
été rapportées dans un certain nombre de prisons, notamment Port-de-Paix (par
suite du manque d'eau) et Grande Rivière du Nord, mais la recrudescence
des cas de ce genre à la prison de Fort Liberté a pratiquement disparu
depuis l'arrivée d'un nouvel inspecteur pénitentiaire l'an dernier. La Mission a
facilité des visites par le personnel médical local de Grande Rivière du Nord.
Dans cette prison, une évaluation des besoins médicaux avait été effectuée, des
recommandations formulées pour le traitement des maladies de peau et aussi pour
l'isolement ou le transfert à l'hôpital des prisonniers porteurs de maladies
contagieuses comme la typhoïde ou la tuberculose. De même, à la suite des efforts
d'intermédiation et de coordination de la MICIVIH au sujet de la nécessité de visites
médicales en milieu carcéral, des médecins cubains travaillant dans un hôpital local
à Port-de-Paix ont commencé des visites hebdomadaires en mars et ont
traité des détenus pour un ensemble d'affections mineures, mais aussi pour des maladies
plus sérieuses. Des arrangements similaires sont en train d'être mis en place à Jérémie
et à Hinche. Le manque de gardiens de prison pour surveiller
les prisonniers emmenés à l'hôpital a parfois entraîné l'ajournement des traitements.
Dans un cas, un prisonnier, atteint du SIDA, est mort peu après son transfert dans un
hôpital de Gonaïves les autorités pénitentiaires et judiciaires
s'étaient disputées pendant deux semaines pour savoir si le malade devait être relaxé
avant son hospitalisation. Ce cas soulève le problème des détenus parvenus au stade
terminal de leur maladie, notamment ceux souffrant des maladies liées au SIDA. En plus
des détenus des Gonaïves, 11 autres prisonniers seraient morts au cours de la période
examinée, dix provenant du Pénitencier National et un de Petit Goâve.
Les registres d'écrou
Un appel nominatif est prévu en avril au Pénitencier
National. Cette procédure est rendue nécessaire en partie du fait que les
enregistrements informatisés ne sont pas à jour (il a été découvert que 287 détenus
figurant dans le registre d'écrou entre mai et décembre 1998 ne pouvaient pas être
physiquement localisés). Les autorités carcérales, de concert avec la Mission et le
PNUD, se sont rencontrés pour planifier l'appel nominatif, lequel impliquera des
entretiens avec environ 1700 prisonniers et des vérifications de suivi. Des difficultés
d'obtention de listes exactes de détenus sont également signalés à Pétionville,
où le nombre de dossiers ne correspondait pas à l'appel nominatif en cellule effectué
en janvier, en dépit des efforts des employés chargés de la tenue des registres pour
améliorer l'organisation du greffe.
La formation du personnel de la DAP
Trois inspecteurs généraux de la DAP ont terminé leur formation
en février et ont été affectés à l'Inspection générale de la PNH, avec des
responsabilités particulières pour les enquêtes relatives aux abus disciplinaires des
gardiens de la DAP. C'est la première fois que des cadres sont spécialement formés pour
enquêter sur les abus de la DAP. L'approbation d'un ensemble de règlements relatifs aux
prisons ainsi qu'un code de conduite pour les gardiens est encore en cours, bien que cette
démarche date de 1996. La formation de gardiens de la DAP nouvellement recrutés a été
suspendue depuis décembre 1998 par suite de la fermeture du centre de formation et des
retards mis à trouver des locaux de remplacement. Cette suspension a eu pour conséquence
de retarder l'achèvement de la formation du personnel tant attendu pour être réparti
dans les prisons manquant de personnel. La formation des greffiers a aussi été
suspendue. La MICIVIH participait à ces deux programmes de formation (voir Droits de
l'Homme en Haïti, octobre décembre 1998). Des examens ont été organisés pour
la sélection de 65 superviseurs et de 15 inspecteurs choisis parmi les gardiens actuels
de la DAP; 29 gardiens obtenant en définitive les qualifications de superviseur et six
devenant inspecteurs. C'est la première fois dans l'histoire de l'administration
pénitentiaire qu'une promotion fait suite à procédures rigoureuses de sélection.
Des observateurs à Gonaïves ont
organisé des sessions de formation pour les gardiens de la DAP les 25 et 31 mars.
Les principes fondamentaux des droits de l'homme, les lois nationales et internationales
ainsi que les traités relatifs aux droits de l'homme et aux normes internationales sur le
traitement des détenus ont été abordés au cours du séminaire. Lors d'un de ces
séminaires, les autorités de la Police civile des Nations Unies et de la DAP ont fait
des présentations sur les méthodes non violentes de maîtrise des détenus ainsi que sur
la résolution des conflits.
LE LYNCHAGE PAR LA FOULE/LES BRIGADES DE VIGILANCE
Au cours de la période examinée, il y a eu 10 incidents au cours desquels 18 suspects ont été tués par la population locale. Cinq personnes ont été tuées au Plateau Central, l'une dans le Nord-Ouest, trois dans le Nord-Est, deux dans le Nord, une dans le Jacmel et six à Port-au-Prince. La faiblesse des autorités de l'Etat a été illustrée par l'incapacité de ses institutions à protéger des individus confrontés à des foules importantes et en colère, cherchant justice par leurs propres moyens. Dans un des cas, la victime assistait à une audition au tribunal de paix de Camp Coq (Nord), lorsqu'elle a été empoignée par la foule, poignardée et traînée au bout d'une corde passée autour de son cou jusqu'au cimetière.
| Cas de "justice"
populaire: No. de victimes (No. d' incidents entre parenthèses si différent) |
||||
| Jan. | Fév. | Mars | Total | |
| Ouest | 0 | 5 (2) | 1 | 6(2) |
| Nord-Ouest | 0 | 0 | 1 | 1 |
| Nord | 2 | 0 | 0 | 2 |
| Nord-Est | 0 | 0 | 3 (1) | 3 (1) |
| Artibonite | 0 | 0 | 0 | 0 |
| Centre | 3 (2) | 2 (1) | 0 | 5 (3) |
| Sud-Est | 1 | 0 | 0 | 1 |
| Sud | 0 | 0 | 0 | 0 |
| Grand'Anse | 0 | 0 | 0 | 0 |
| Total | 6 (5) | 7 (3) | 4 (2) | 18 (10) |
Des incidents se produisent souvent dans des endroits isolés, où
la police est mal équipée pour faire face à une telle situation. Un individu de Mare
Rouge (Nord-Est), qui avait tué un passant par balle, avait trouvé refuge au
commissariat de police du Môle Saint Nicolas. Il avait été placé en
garde à vue le 22 mars. Trois agents de police ont courageusement essayé de le mettre
dans un bateau pour échapper à la foule, forte de plusieurs centaines de personnes
provenant de Mare Rouge, qui attaqua et essaya de mettre à sac le poste de police.
Plusieurs centaines d'habitants de Môle Saint Nicolas empêchèrent le saccage mais la
victime fut finalement capturée par la foule et lapidée à mort. A Trou du Nord
(Nord-Est), la foule força l'entrée du commissariat et malgré les tentatives du Chef
de poste pour l'en dissuader, s'empara de trois détenus pour les lyncher. Ces
derniers étaient soupçonnés d'être des voleurs arrêtés au cours d'une imposante
opération de police pour combattre les attaques à main armée durant les derniers jours.
Lors d'une occasion ultérieure, la police revenant bredouille d'une opération lancée
pour l'arrestation de deux suspects, rencontra une foule imposante, armée de machettes et
de barres de fer, attendant l'arrivée des accusés. Les habitants insistent pour
accompagner la police lors des opérations d'exécution de mandats, avec des intentions
douteuses. A Limbé (Nord), c'est le lynchage à mort d'un habitant de
Limbé près de Pilate qui a entraîné le 26 janvier le pillage du commissariat par les
habitants de la localité, furieux que le corps de la victime n'ait pas été rendu à sa
famille. Tandis que des arrestations ont été effectuées dans certains cas à l'occasion
de lynchages, les autorités policières et judiciaires sont parfois soumises à de fortes
pressions pour relâcher les suspects. Un membre de CASEC et un autre individu accusés du
meurtre d'un voleur à Chalon (Sud), le 30 décembre, ont été mis en
liberté le 12 janvier, après les protestations de la population contre leur arrestation.
Trois autres sont restés par contre en détention.
Bien qu'il y ait eu peu de rapports de meurtres impliquant des
membres de brigades de vigilance au cours de la période examinée, la MICIVIH
est préoccupée par la persistance d'activités illégales menées par la Brigade
Fort St Clair, dans le quartier du même nom à Port-au-Prince.
Même si des déclarations faites à un journaliste américain par des membres de la
brigade faisant état de 18 exécutions au minimum depuis octobre 1998, n'ont pas été
confirmées, au moins un nouveau cas a été rapporté à la MICIVIH en mars. Quatre
membres de la brigade auraient extrait un ancien détenu de la file des visiteurs au
Pénitencier National et l'auraient emmené. Un membre du personnel de la prison a vu le
corps de l'ancien détenu dans une rue de Port-au-Prince peu de temps
après. Les autorités de la prison déclarèrent qu'elles ne sont pas intervenues parce
qu'elles pensaient que l'individu était en cours d'arrestation par la police. Un membre
du personnel de la PNH fit savoir qu'il avait entendu parler du cas mais qu'il avait
beaucoup d'autres affaires à régler.
LA SOCIÉTÉ CIVILE
Séminaires sur les droits de l'homme/éducation civique
par des institutions de l'Etat
Bien que la MICIVIH continue d'organiser ou d'apporter son soutien
à des séminaires avec des organisations locales, afin de rationaliser ses activités
dans le domaine de l'éducation civique et de contribuer aux projets de l'Etat, elle a
commencé à collaborer avec la Secrétairerie d'Etat à l'Alphabétisation (SEA)
pour la mise en place d'une série de séminaires à travers le pays. Ces derniers
traiteront des thèmes touchant aux droits de l'homme et à l'éducation civique, dans la
campagne d'alphabétisation de la SEA. Une rencontre entre la SEA et les représentants de
la MICIVIH, y compris les coordonnateurs régionaux des deux institutions, a été tenue
le 5 mars pour planifier les modalités de fonctionnement et le contenu des séminaires.
Il a été convenu que la Mission développerait trois types de programmes de deux jours
sur l'éducation civique, les droits de l'homme et les droits de la femme, qui seraient
dispensés sur une période de trois mois débutant en avril dans le cadre des séminaires
animés par des formateurs identifiés par la MICIVIH. Les participants aux séminaires
seront des moniteurs de la SEA, qui organiseront en retour des séminaires dans
leur propre communauté. Une évaluation de l'efficacité ainsi que le suivi seront
effectués à la fin de la période de trois mois. La MICIVIH consent également à
financer l'impression de certains documents, qui seront distribués dans les kiosques
d'information recensés par la SEA dans environ 30 communes à travers le pays.
La Journée Internationale de la Femme, le 8 mars 1999
La MICIVIH a travaillé en étroite collaboration avec d'autres
agences de l'ONU, avec les autorités gouvernementales haïtiennes et les ONG
représentées dans le pays, dans le cadre d'une série d'activités pour célébrer la
Journée Internationale de la Femme. Un groupe inter-agences de l'ONU, coordonné par
l'UNICEF et comprenant la MICIVIH, le PNUD, le PAM, l'OMS et l'UNESCO entre autres a
travaillé avec le Ministère de la Condition féminine et des Droits de la femme
pour organiser différents événements, notamment une journée porte ouverte sur le Champ
de Mars, au centre de Port-au-Prince. Lors de cet événement, les agences de l'ONU et les
ONG ont dressé des stands et des étalages fournissant des informations sur leurs
activités ainsi que des matériels sur les droits de la femme. Parmi les festivités, la
MICIVIH a sponsorisé un spectacle par le groupe de théâtre Kaselezo, qui
mettait en question des perceptions des femmes dans la société haïtienne. Avec le
Comité International de la Croix Rouge et les représentants de la DAP, la MICIVIH a
organisé des activités centrées sur la Journée Internationale de la Femme dans la
prison du Fort National à Port-au-Prince. Celles-ci comprenaient un séminaire et un
débat sur la violence domestique.
Les observateurs de la MICIVIH ont travaillé avec des membres
d'organisations de femmes à travers le pays sur un grand nombre d'événements relatifs
aux droits de la femme. Des représentants du Centre de recherche et d'action pour le
développement (CRAD) et Solidarite ak fanm ayisyen yo (SOFA) ont rencontré la
MICIVIH pour discuter de la question de l'assistance juridique aux femmes victimes de la
violence durant la période du coup d'Etat. La Mission a aussi apporté son aide au
membres de SOFA dans la planification et la tenue d'un meeting sur les droits de la femme
à Saint Michel de l'Attalaye. D'autres événements ont encore permis à
la MICIVIH d'apporter son soutien aux groupes de femmes, comme les Journées de réflexion
au Cap Haïtien, au cours desquelles un groupe, sponsorisé par la
MICIVIH, a donné une représentation théâtrale et à Limonade. Quelque
80 personnes ont assisté à un débat lancé par la MICIVIH sur la situation des femmes
haïtiennes dans le quartier le plus pauvre de Port-de-Paix et quelque 20
personnes ont participé à un séminaire de trois jours sur les droits de la femme à Fort
Liberté.
Les événements médiatiques parrainés par la MICIVIH comprenaient un programme radiophonique, produit et distribué sur tout le territoire, et dans lequel des représentantes haïtiennes des droits de la femme ont analysé la situation actuelle, marquée par la lutte des femmes pour leurs droits. A Jacmel, la Mission a produit un programme télévisé, contenant une interview avec une paysanne et avec une agent de police, également responsable locale de l'unité de police communautaire. Des observateurs aux Cayes ont distribué des prix lors d'une compétition organisée sur une station de radio locale pour marquer cette journée.
Préparé par l'Unité de Coordination,
Analyse et Rapports (UCAR)
Mission Civile Internationale en Haïti OEA/ONU Misyon Sivil Entènasyonal ann Ayiti OEA/ONU
Boîte Postale 1602, Port-au-Prince, Haïti
(509) 249-6152, 249-6155, 249-6812, 249-6817 ou (212) 963-9921
1.
Lors de la rédaction du présent rapport à la mi-avril, la MICIVIH enquêtait sur de graves allégations de représailles de la CIMO à la suite de l'assassinat d'un de ses agents à Fontamara, Carrefour et qui auraient eu pour conséquence au moins trois morts. Un compte rendu plus détaillé sur ce cas figurera dans le prochain rapport trimestriel.2.
Les chiffres devraient être considérés comme des indicateurs, plutôt que des statistiques définitives. La MICIVIH n'est pas présente en permanence dans les postes de police. Ces données se basent sur des informations recueillies au cours de visites régulières.3.
Les détenus sont parfois gardés pendant la nuit ou durant des heures dans les sous-commissariats. L'absence de registre de rétention rend difficile la vérification des informations relatives à ces cas, notamment l'identité de l'agent responsable de la mise en détention et les raisons de l'arrestation4.
Depuis la rédaction de la version originale de ce document, la MICIVIH a appris que 83 policiers ont été révoqués entre janvier et mars 1999.5.
MICIVIH a su par la suite que le commissaire a été transféré de Mirebalais au début d'avril.6.
A Mirebalais, cela était en partie dû au fait que tous les prisonniers s'étaient enfuis en février 1998 à la suite du saccage du commissariat de police et de la prison, après le lynchage du commissaire de police. Cependant, le traitement des dossiers s'est généralement amélioré pendant les derniers mois, avec un plus grand respect des délais judiciaires prescrits.7.
Il a été libéré le 7 avril.8.
* Centres de détention gérés par la PNH et non pas la DAP.** Diffère du total officiel lequel inclue des détenus qui n'ont pas été retrouvés en prison
9. Les assises criminelles avec jury doivent se tenir au moins deux fois par an dans chaque juridiction. Elles ont pour but de juger les auteurs de meurtres et de tentatives de meurtres, à l'exception des décès par empoisonnement. Ces derniers cas ainsi que les autres crimes sont jugés lors des assises criminelles sans assistance du jury. Celles-ci sont convoquées autant de fois que de besoin.
10. La conciliation est une procédure par laquelle un conciliateur essaie d'amener deux parties à un accord, notamment en proposant des solutions. Les dispositions juridiques sont souvent utilisées comme base de discussions. La médiation est une procédure par laquelle un médiateur facilite les discussions entre deux parties de manière à ce qu'elles arrivent à un accord, mais seules les deux parties peuvent proposer des solutions, et non le médiateur. Alors que la procédure de la conciliation existe dans la législation haïtienne, la médiation n'y est pas encore prévue. Cependant, l'Unité de suivi et de coordination de la réforme du droit et de la justice continue de faire des propositions pour intégrer le concept dans la procédure de réforme judiciaire.
11. En avril le dossier a été remis au juge d'instruction pour qu'il puisse continuer l'instruction de l'affaire.
12. Pour qu'une requête soit déclarée admissible par le système des plaintes de la Commission Inter-américaine, le requérant doit normalement montrer que les recours déposés devant les tribunaux locaux ou d'autres institutions du pays où le non respect des obligations est survenu ont été épuisés. Dans cette affaire, le Comité des Avocats a opposé l'argument selon lequel la "doctrine de l'épuisement" ne s'applique pas, car l'accès aux recours locaux a été refusé et la tentative d'utilisation de tels recours entraînerait des "retards injustifiables".
13. Deux individus accusés d'avoir participé au meurtre furent acquittés le 24 juillet 1994. A cette époque, la MICIVIH avait établi l'existence de sérieuses irrégularités dans l'enquête et dans le procès. Les deux hommes sont encore détenus, l'un s'acquittant d'une peine pour un autre crime, l'autre étant en détention, apparemment sans base légale.