Voyage à Pays Perdu

Par Natalie de Oliveira

15/9/95 - Micivih-Zen

En l'absence d'élections complémentaires dans la Grande Anse pour le 13 Août, du moins la zone couverte par notre Base de Jérémie, quatre d'entre nous se sont rendus aux Cayes afin d'y seconder l'équipe MICIVIH/OEA.

Redéployés vers d'autres sites, des Cayes à Baradéres, je suis finalement arrivée en compagnie de mon ami Serge Noël de l'OEA à Font-Tortue, petit village dans les montagnes au-delà duquel il n'existe plus aucune route praticable en voiture. Mais mon coéquipier s'était chargé de tous les détails pour nous permettre de visiter les BIV nécessaires à notre mission d'observateurs.

Effectivement, au matin du jour J, devant la maison du curé qui nous offrait le logis, se trouvaient deux mulets qui nous attendaient patiemment pour notre expédition jusqu'au Pays Perdu. Sous des allures forts calmes et assurément têtus, les mulets peuvent se montrer très récalcitrants, et c'est mon coéquipier qui a pu en faire la désagréable expérience, projeté à terre une demi-heure après notre départ.

Nous avons ainsi parcourus de nombreux kilomètres, alternant marches et mulets, montant et descendant les sentiers plus propices à l'escalade qu'à une paisible promenade. Notre arrivée dans les villages a provoqué l'étonnement et la surprise amusée de la population. Nous pensions bien que c'était la première fois que des observateurs se rendaient au milieu de nulle part avec un tel attelage. Mais la surprise était aussi pour nous de trouver un BIV à l'intérieur d'une très belle église avec isoloirs sur l'autel, bien disposés de chaque côté de la croix !

Évidement, nous sommes perdus ! Et comme ce fut entre 12 et 15 h., il était difficile de trouver ça très agréable, et notre guide n'admettra qu'après coup qu'il ne connaissait pas si bien cette région ! Mais les habitants que l'on croisaient nous guidaient et parfois même marchaient avec nous pour s'assurer que nous arriverions à bon port. À chaque halte, ils nous offraient des cocoye qui se révélaient être d'excellents substituts à notre réserve d'eau qui diminuait rapidement. Mon coéquipier, plutôt sympathisant Beck ou Labatt, n'en reviendra pas de sitôt d'en avoir bu autant, son record: 6.

Nous avons atteint Pays Perdu sans trop de dommage et ravis. Si toute la région est magnifique et qu'elle ne nous faisait pas regretter notre épuisante expédition, l'arrivée à Pays Perdu-village est une véritable surprise et beauté. Au milieu des vallons et des forêts, c'est un oasis de cocotiers plantés à flanc de montagne à travers la roche, les sentiers du villages sont délimités par des haies de cactus et je pense bien que nos montures trouvaient un malin plaisir à nous les faire apprécier!

Si je me souviens de tout cela, je me souviens aussi d'avoir rencontrer un vieux monsieur à Savon, qui, averti de l'arrivée de "Blancs", a accouru pour nous donner un message pour Titid! J'ai eu du mal à lui faire entendre que je ne le connaissais pas personnellement, et que j'étais incapable de demander au Président des pelles et des pioches pour que le village puisse faire une route. Il me regardait et assurément se demandait ce que alors je faisais là ! Les élections ? Il m'a regardé en souriant gentiment et dit qu'ils avaient déjà voté, que c'était à Port-au-Prince et qu'ils avaient perdus les procès verbaux, alors!...

Jérémie