Port-au-Prince, le 10 décembre 1999
COMMUNIQUE DE PRESSE
Aujourd'hui nous célébrons de nouveau un anniversaire qui nous
touche tous de près, celui de la Déclaration Universelle des Droits
de l'Homme adoptée par l'Assemblée Générale des
Nations Unies le 10 décembre 1948. En Haïti, la lutte continue pour
que les principes fondamentaux de la Déclaration inscrits dans la Constitution
de 1987 deviennent une réalité concrète pour tous les citoyens.
Cette année, la commémoration de l'anniversaire de la Déclaration
Universelle illustre, si besoin est, la vitalité accrue des organisations
de défense des droits de l'homme qui célèbrent l'événement
à travers des activités diverses de promotion, de sensibilisation
et de prise de position pour la cause. Cet engagement civique en faveur des
droits de l'homme et des libertés fondamentales est de bon augure.
Parallèlement aux efforts de la société civile, l'Etat
haïtien fait montre d'une volonté de changement en rupture avec
certaines pratiques et réflexes longtemps dénoncés. C'est
ainsi que l'emphase a été placée sur la responsabilisation
des agents de la PNH et des gardiens des centres de détention, domaine
où les services de l'Inspection Générale jouent un rôle
clé en sévissant contre les abus. Ces services devraient être
appuyés davantage par la Justice en ce qui concerne la poursuite des
délits. L'adoption récente de deux textes fondamentaux relatifs
à la vie carcérale qui portent sur le respect des droits des détenus
et sur le règlement interne des établissements pénitentiaires
participe également à cet effort rénovateur, tout comme
les activités croissantes de l'Office de la Protection du Citoyen.
Dans le domaine de la justice, des velléités se font jour de
rompre avec des pratiques inacceptables et arbitraires qui débouchent
sur des violations systémiques du droit à la liberté individuelle
à travers le phénomène de la détention provisoire
prolongée et le non-respect des ordonnances de mise en liberté,
pratiques abondamment condamnées par la Mission civile Internationale
en Haïti OEA/ONU (MICIVIH) et des organisations haïtiennes de défense
des droits de l'homme. Des tentatives de rectification récentes dans
ce domaine ont créé des tensions.
A cet égard, la MICIVIH applaudit l'initiative du Ministère
de la Justice qui, avec l'appui du Haïti Solidarité Internationale
et de la Coopération française, organise actuellement un colloque
sur le thème du "recours pour la protection de la liberté individuelle
dans la Constitution Haïtienne de 1987". La MICIVIH espère que ce
colloque aidera les différents acteurs à trouver une approche
commune et les moyens pour améliorer l'application des dispositions de
la Constitution en la matière (Habeas Corpus).
La montée de la délinquance armée, avec son cortège
d'assassinats qui sème le deuil et avive le sentiment d'insécurité
au sein de toutes les couches sociales, interpelle le gouvernement haïtien
et les institutions étatiques au regard de leurs obligations de protection
du citoyen.
L'anniversaire de la Déclaration Universelle coïncide cette année avec la fin d'une des phases capitales du processus électoral. Pour que les devoirs civiques et les libertés fondamentales puissent trouver leur pleine expression, il faudrait que tous les acteurs - l'Etat, la police, les partis politiques et les citoyens - conjuguent leurs efforts en vue d'instaurer un climat de paix, de tolérance, de dialogue, de participation et de sécurité, éléments incontournables pour la réussite des élections. Il y va de l'avenir de la démocratie haïtienne.
Il est indéniable que des progrès ont été accomplis en matière de respect des droits de la personne et des libertés publiques depuis le retour à l'ordre constitutionnel. Cependant, la persistance de certaines pratiques répréhensibles et la pesanteur de mauvaises habitudes acquises sont autant d'obstacles que seules la vigilance, la détermination et la mobilisation à la fois de l'Etat et de la société civile pourront surmonter afin que la justice sociale, le plein respect des droits de la personne et l'Etat de droit puissent être accomplis.
Comme l'a souligné le Secrétaire Général des Nations
Unies, Kofi Annan, dans son message de circonstance "la journée des droits
de l'homme de 1999 est le jour du souvenir et le jour du renouveau. Aujourd'hui,
nous nous souvenons des nombreuses victimes de violations des droits de l'homme
tout au long de ce siècle. Aujourd'hui, nous nous engageons à
nouveau à oeuvrer afin que les droits de l'homme soient une réalité
pour l'humanité entière - et non pas un espoir lointain".
(REF. CP25/99)