Port-au-Prince, le 13 octobre 1999
COMMUNIQUE DE PRESSE
La Mission Civile Internationale en Haïti déplore l'annulation,
le lundi 11 octobre dernier, pour la sixième fois consécutive
depuis le mois de décembre 1998, de la session d'assises criminelles
du Tribunal de Port-au-Prince.
La MICIVIH rappelle que la dernière session à s'être régulièrement
tenue date de juillet 1998, soit il y a plus de quatorze mois, alors même
que le Code d'Instruction Criminelle fait obligation aux juridictions haïtiennes
d'organiser au minimum deux sessions par an d'assises criminelles avec assistance
du jury.
S'ils sont un exemple manifeste des graves dysfonctionnements que connaît
la justice criminelle en Haïti, les motifs successifs d'annulation invoqués-
défaut d'envoi des listes de jurés par les juges de paix, défaut
d'enveloppe budgétaire, contestation par le Parquet de la liste des accusés
appelés à comparaître, absence des jurés à
l'audience- ne peuvent en aucune façon constituer une excuse.
Sur les dix-huit accusés qui auraient dû normalement comparaître
lors de cette session, cinq étaient détenus depuis 1995, huit
depuis 1996 et cinq autres depuis 1997. En définitive, seuls deux de
ces accusés ont été jugés, les autres étant
renvoyés, une fois encore, à une session ultérieure et
maintenus en détention.
Une telle situation bafoue gravement le droit de ces justiciables à
être jugés dans un délai raisonnable ou remis en liberté
dans l'attente de leur jugement, conformément aux dispositions des traités
internationaux relatifs aux droits de l'homme ratifiés par Haïti.
En effet, il n'est pas tolérable, en la circonstance, que des individus
présumés innocents puissent ainsi attendre plusieurs années
en prison que la justice se décide à examiner leur cas.
La MICIVIH ne méconnaît pas les efforts entrepris ces derniers
mois par les autorités de la juridiction de Port-au-Prince pour tenter
de remédier à cette situation, mais constate avec regret qu'ils
n'ont pas produit l'effet escompté. Dans ce contexte, la Mission encourage
vivement les autorités à accroître leurs efforts et à
mettre en uvre les procédures nécessaires afin que, comme elles
s'y sont engagées, la prochaine session puisse se tenir dans des conditions
régulières avant la fin de l'année. Pour ce faire, il conviendrait
de développer une étroite concertation entre le ministère
de la Justice et les magistrats concernés.
Ref. CP21/99