COMMUNIQUE DE PRESSE
Port-au-Prince, le 28 septembre 1999
A la veille du huitième anniversaire du coup d'Etat, la Mission Civile
Internationale en Haïti, OEA/ONU (MICIVIH) a rendu public le mardi 28 septembre
1999, un rapport d'environ 150 pages intitulé "La lutte contre l'impunité
et pour la réparation en Haïti".
Ce rapport représente l'aboutissement de trois ans de recherches minutieuses
sur les dossiers judiciaires relatifs aux graves violations des droits de l'homme
commises sous le régime de facto. Ces recherches ont été
menées dans les juridictions de Port-au-Prince, Hinche, Mirebalais, Saint-Marc
et Gonaïves. Le document vise à mettre un outil d'analyse et de
réflexion ainsi qu'un ensemble de données chiffrées à
la disposition des institutions de l'Etat et de la société civile.
Tout comme les autres études institutionnelles et thématiques
qui l'ont précédé, le rapport résulte du travail
de la Mission dans ses domaines traditionnels d'intervention : la vérification
et la promotion des droits de l'homme, le renforcement institutionnel et l'assistance
aux victimes.
Ce rapport prend en considération à la fois le rôle de
l'Etat, en insistant sur l'obligation de poursuite et de réparation qui
lui incombe et celui de la société civile qui revêt une
importance cruciale, avec l'engagement des ONG haïtiennes de défense
des droits de l'homme par rapport à la problématique de l'impunité.
Il insiste aussi sur le rôle et la mobilisation de la communauté
internationale en matière de lutte contre l'impunité et pour la
réparation et la réhabilitation des victimes. Enfin, il comporte
un chapitre détaillé de conclusions et de recommandations qui
mettent en relief les initiatives relatives à la consolidation d'une
culture respectueuse des droits de l'homme.
L'examen de la situation en Haïti montre que l'impunité ne relève
pas seulement des obstacles légaux. Parmi les causes fondamentales de
l'impunité en Haïti, on peut citer les défaillances dans
la conception, la planification et l'exécution de politiques en matière
d'établissement de la vérité, de poursuites criminelles
et de réparation morale et matérielle due aux victimes. En outre,
il faut ajouter le retard dans la réforme du droit et de la justice,
réforme qui est un élément clé dans la lutte contre
l'impunité.
Les données compilées dans ce rapport dressent un tableau sombre
quant aux résultats obtenus dans la lutte contre l'impunité en
Haïti. Ainsi, jusqu'au mois de mai 1998, dans l'ensemble des cinq juridictions
étudiées, seulement cinquante personnes avaient été
jugées et seules trois victimes avaient bénéficié
d'un jugement leur octroyant une réparation. Pourtant, quelques recommandations
qui figurent dans ce rapport remis aux autorités haïtiennes en mai
dernier, font déjà l'objet d'initiatives embryonnaires mais encourageantes
de mise en uvre.
La Mission relève ainsi l'annonce par le ministre de la Justice, de
la formation de commissions de magistrats pour enquêter sur les massacres
de Jean Rabel, Piatre et Gervais. Elle note aussi l'existence de travaux préparatoires
effectués en collaboration avec des organisations de victimes et de défense
des droits de l'homme, en vue de l'établissement d'une Commission spéciale
de réparation aux victimes du régime de facto. Dans le même
ordre d'idée, un appui substantif continue à être apporté
aux préparatifs du procès de Raboteau. En effet, la réussite
de ce procès, qui porte une charge symbolique considérable, pourrait
aider à rétablir la confiance de la population dans le corps judiciaire.
Par la publication de cette étude, la MICIVIH espère encourager
les Haïtiens à poursuivre la longue lutte contre l'impunité
des violations flagrantes des droits de l'homme afin d'empêcher la répétition
de ces atteintes les plus graves à la dignité humaine.
(Ref.CP17/99)