le 13 mars 1996
COMMUNIQUE DE PRESSE
Le Président Préval ayant demandé le maintien de la Mission Civile Internationale en Haïti
(MICIVIH), la Mission attend maintenant que l'Assemblée Générale des Nations Unies et le Conseil
Permanent de l'Organisation des Etats Américains adoptent les résolutions pour le renouvellement
de son mandat. Le nombre d'observateurs a été réduit de 162 à 64 (32 OEA/32 UN), et le nombre
de bureaux régionaux de 12 à 7 (Port-au-Prince, Gonaïves, Les Cayes, Cap Haïtien, Jérémie, Hinche
et Jacmel).
Depuis la reprise de ses activités à la fin du mois d'octobre 1994, la MICIVIH a régulièrement
et publiquement fait état de la situation des droits de l'homme en Haïti et de ses propres activités par
le biais de communiqués de presse, d'interviews avec les médias, de conférences de presse et de
bulletins d'information. La Mission a préparé également 5 rapports globaux sur la situation de la
Démocratie et des Droits de l'Homme en Haïti qui ont été publiés par l'Organisation des Etats
Américains et l'Organisation des Nations Unies, dont deux au cours du mois de février 1996. En
outre, la MICIVIH a soumis chaque mois aux autorités haïtiennes des rapports détaillés sur la
situation des droits de l'homme à travers le pays.
Ces rapports reflètent les progrès considérables qui ont été accomplis dans le domaine des
droits de l'homme suite à la neutralisation du FRAPH (Front Révolutionnaire pour l'Avancement et
le Progrès d'Haïti) et des attachés, et suite également à la dissolution des chefs de section et des
Forces Armées d'Haïti (FADH). Ils décrivent également les efforts entrepris par le Gouvernement
d'Haïti avec le soutien de la communauté internationale pour le renforcement des institutions
existantes, en particulier du système judiciaire, et pour la création de nouvelles institutions telles que
la nouvelle administration pénitentiaire civile (APENA) et la Police Nationale d'Haïti (PNH), dont
le bon fonctionnement est crucial pour le respect des droits de l'homme. Ces rapports font également
état d'un certain nombre de problèmes et de faiblesses qui portent gravement atteinte au
fonctionnement de ces institutions.
Au cours de cette période, l'amélioration de la situation des droits de l'homme a conduit la
MICIVIH à réajuster son action pour mettre l'accent sur le renforcement institutionnel et la promotion
des droits de l'homme plutôt que sur la dénonciation systématique des violations. Il s'agit pour la
MICIVIH d'aider à établir des mécanismes et des procédures qui permettent de combattre l'impunité
et d'empêcher de nouvelles atteintes aux droits de l'homme. Des recommandations ont été soumises
au Ministre de la Justice, à la Direction générale de la police, à l'administration pénitentiaire et aux
autorités judiciaires sur les thèmes suivants: l'usage de la force et des armes à feu, la protection contre
les détentions arbitraires, les principes fondamentaux sur le traitement des détenus, la justice pour
mineurs, le procès équitable sans retard excessif, la conduite des enquêtes criminelles, les procédures
relatives aux perquisitions et fouilles en matière d'armes à feu, la responsabilité criminelle et
administrative de la police et des gardiens de prison et la ratification des traités internationaux relatifs
aux droits de l'homme et au droit humanitaire.
La MICIVIH a organisé des cours de formation sur les droits de l'homme dans
l'administration de la justice pénale à l'intention des magistrats, des policiers et du personnel
pénitentiaire, en se basant à la fois sur l'observation du fonctionnement de ces institutions dans la
pratique et sur les codes de conduite des Nations Unies. Ces cours ont eu lieu à l'Ecole de la
Magistrature, à l'Académie de police haïtienne et à l'APENA.
La MICIVIH a organisé des séminaires d'éducation civique et d'éducation aux droits de
l'homme dans tout le pays aussi bien que des programmes de formation de formateurs dans ces
domaines. Elle a aussi participé, en collaboration avec des organisations et des associations haïtiennes
et les élus locaux, à de nombreuses activités visant à promouvoir et à protéger les droits de l'homme.
Malgré cette nouvelle orientation, la MICIVIH a continué à effectuer des enquêtes lorsque des
cas de violations des droits de l'homme lui étaient rapportés, enquêtes concernant l'usage excessif de
la force par des policiers, des cas de mauvais traitements, d'arrestations illégales et arbitraires ou de
retards aux diverses étapes de la procédure pénale. La MICIVIH a attiré l'attention des autorités
concernées sur ces cas de violations des droits de l'homme.
Le sort des victimes de violations des droits de l'homme est étroitement lié à la question de
l'impunité. La MICIVIH a travaillé sur ces deux problèmes à plusieurs niveaux. Au niveau individuel,
elle a offert une assistance médicale et juridique, conseillant notamment les victimes sur les voies de
recours existantes pour obtenir réparation. Au niveau institutionnel, la Mission a conseillé et
encouragé les commissaires du gouvernement et les juges d'instruction dans le cadre de poursuites
engagées contre des auteurs de violations des droits de l'homme. La Mission a également observé le
déroulement des poursuites judiciaires dans ce domaine à travers le pays. Récemment, la MICIVIH
a transmis au Ministre de la Justice une liste de 62 cas dont la justice est saisie, et qui engagent la
responsabilité de 90 présumés membres du FRAPH. Jusqu'à présent, huit de ces individus ont été
condamnés. La MICIVIH examine actuellement les informations dont elle dispose concernant
d'anciens attachés et d'ex membres des FADH. Un examen préliminaire et partiel indique que plus
de 250 de ces individus font l'objet de dénonciations ou de plaintes devant les tribunaux.
La MICIVIH a coopéré avec l'Unité d'Enquête Spéciale mise sur pied par le Gouvernement
d'Haïti pour enquêter sur plusieurs cas de meurtres commis dans le passé ou plus récemment et
susceptibles de présenter des mobiles politiques. Elle a aussi contribué à la création et au
fonctionnement de la Commission Nationale de Vérité et de Justice (CNVJ) qui a récemment soumis
son rapport final. En tant qu'organe international, la MICIVIH doit respecter les règles que lui
imposent son mandat et son statut juridique; en particulier, elle est tenue de respecter la confidentialité
de ses sources. C'est donc seulement après avoir obtenu l'autorisation des victimes ou témoins de
violations des droits de l'homme, que la MICIVIH a été en mesure de transmettre des informations
contenues dans ces dossiers à la CNVJ à la requête de celle-ci, ou à l'Unité d'Enquête Spéciale à la
requête du Ministre de la Justice.
Les poursuites judiciaires concernant les cas de violations des droits de l'homme ont été
freinées par les faiblesses structurelles de la justice haïtiennne ainsi que par les appréhensions des
victimes et des témoins, qui souvent, n'ont pas confiance dans l'intégrité et l'efficacité du système
judiciaire. En outre, la police et les autorités judiciaires n'ont pas été en mesure de mener des enquêtes
approfondies et de rassembler des éléments de preuve leur permettant de constituer des dossiers
complets et de les présenter devant les tribunaux. A cet égard, les documents des FADH et du
FRAPH saisis par les Forces Multinationales pourraient se révèler utiles, et devraient, comme la
MICIVIH l'a déjà déclaré, être rendus aux autorités haïtiennes.
Une fois son mandat prolongé, la MICIVIH a l'intention de poursuivre ses efforts pour aider
au renforcement des institutions et des mécanismes de promotion et de protection des droits de
l'homme, et notamment de ceux visant à combattre l'impunité. La MICIVIH espère également
pouvoir continuer à travailler avec les instances de l'Etat et les organisations non gouvernementales
dont l'action et le concours sont déterminants pour assurer le respect des droits de l'homme et
instaurer l'Etat de Droit.
(Ref. CP96/02)