La Mission civile internationale OEA/ONU dont le mandat est de s'informer de la situation des droits de l'homme en Haïti a repris ses activités le 26 octobre, après le retour d'un premier groupe de 13 observateurs qui étaient en évacuation en République Dominicaine. Le nombre d'observateurs présents actuellement en Haïti s'élève à 20. D'autres arriveront dans les prochaines semaines pour renforcer la précense de la Mission.
Pour évaluer la situation des droits de l'homme, outre des visites régulières dans la capitale et sa banlieu, des équipes de la Mission se sont rendues dans plusieurs localités des départements de l'Ouest, de l'Artibonite, du Centre et du Nord. Lors de ces visites, les observateurs ont pris contact aussi bien avec les autorités civiles, judiciaires, religieuses et les membres des organisations démocratiques et populaires qu'avec les autorités militaires locales, les détachements des Forces Multinationales (MNF), des Moniteurs de Police Internationaux (IPM) et des observateurs militaires de la MINUHA. La Mission rouvrira son premier bureau de province la semaine prochaine aux Gonaïves.
En moins d'un mois, près de 800 visiteurs se sont présentés dans l'unique bureau de la Mission à Port-au-Prince, pour apporter des témoignages sur les violations des droits de l'homme, ou solliciter une assistance médicale, légale ou humanitaire.
Il ressort de toutes les informations recueillies que la situation des droits de l'homme s'est considérablement améliorée, notamment dans les régions où la présence des forces multinationales a créé un environnement de sécurité et de liberté. Dans l'ensemble, les populations exercent à nouveau leurs droits fondamentaux à la liberté d'expression et de réunion pacifique. De nombreux déplacés internes qui avaient été contraints par la répression et le climat d'insécurité de quitter leurs foyers retournent peu à peu. Les secteurs qui ont souffert du coup d'Etat réclament le jugement des auteurs de violations des droits de l'homme.
Malgré la présence des forces multinationales, un certain degré de violence politique a prévalu jusqu'à la fin du mois d'octobre. Sans avoir disparu entièrement, les incidents de violence ont beaucoup diminué depuis. Des violations des droits de l'homme commises par des membres FADH, d'anciens attachés et d'anciens chefs de section ont été portées à la connaissance de la Mission. Les observateurs ont aussi recueilli des témoignages sur des actes de violence exercés par Des partisans du Président de la République à l'encontre des membres des FAD'H, du FRAPH et des attachés, en particulierr dans la semaine qui a suivi le retour du Président. Des cas d'incendie, de pillage et de destruction de maisons ou de magasins ont aussi été signalés à la Mission. Les autorités constitutionnelles ont réagi promptement à ces actes en les dénonçant, en prenant des mesures pour les circonscrire et en prônant la réconciliation.
Nonobstant la baisse de la violence politique, la Mission a enregistré les inquiétudes grandissantes de plusieurs secteurs de la société haïtienne. Les uns estiment que le désarmement et le démantèlement des groupes qui faisaient partie de l'ancien appareil répressif ont été insuffisants. Les autres, préoccupés par la recrudescence des activités criminelles, notamment dans la capitale, déplorent le vide sécuritaire créé par la réticence des FAD'H à accomplir leurs responsabilités traditionnelles de protection des vies et des biens, le refus des forces multinationales d'assumer des tâches de police, et la dissolution du corps des chefs de section.
(Ref.: CP/94/31)