Port-au-Prince, le 17 juin 1994
La Mission Civile Internationale OEA/ONU a pu observer une fois de plus que les graves
violations des droits humains qui surviennent en Haïti n'épargnent nullement les femmes et les
enfants.
La Mission note tout d'abord que 20 nouveaux cas de viols à caractère politique ont été portés
à sa connaissance pour le seul mois de mai. Depuis le 31 janvier, le nombre de ces violations s'élève
désormais à 66. La Mission a également reçu des informations sur 27 cas d'exécutions extra-judiciaires dont les victimes étaient des femmes.
Dans l'après-midi du 15 juin, à Port-au-Prince, trois attachés et deux militaires en uniforme
ont fait irruption au domicile d'une militante du "Sendika Nasyonal Ti Machann-Yo", Mme Marie
Auxiliatrice DECOSSA. Sous les yeux de ses trois jeunes enfants, ces individus lui ont reproché ses
activité syndicales et l'ont ensuite frappée à coups de crosse dans la poitrine. Entrainée à l'extérieur
et malmenée, Mme Decossa a repoussé l'un des militaires qui, furieux, a saisi une arme et lui a tiré
une balle dans le ventre. Le projectile lui a traversé l'abdomen pour aller se loger dans le pied d'un
attaché. Mme Decossa a été transportée en état grave à l'Hôpital général; où elle est décédée hier
après-midi des suites de ses blessures.
Entre le 1er février et le 12 juin, la Mission a également enregistré 42 violations des droits
humains contre des enfants. Près de la moitié des cas ont été commis dans le quartier populaire de
Cité Soleil, généralement par des civils armés non identifiés. Dans certains cas, des témoins
oculaires ont pu reconnaître parmi les agresseurs des membres du FRAPH ou des Forces Armées
d'Haïti. Dans 14 des 42 cas, les victimes étaient les enfants, les frères et soeurs ou les cousins de
militants d'organisations populaires. Ils ont été pris pour cible en l'absence de leurs parents ou
pendant l'arrestation de ceux-ci, avec l'intention manifeste de punir ou de menacer.
Dans la nuit du 12 au 13 avril, à Carrefour, cinq civils armés à la recherche de M. Jean Marie
Dericin, un supporter déclaré du président Aristide, ont investi le domicile de sa soeur. En l'absence
du militant, ils ont fouillé la maison et frappé violemment ses deux neveux, Kindy (deux ans) et
Rosemarie (cinq mois), ainsi que leur nourrice. Kindy est décédé quelques heures plus tard et
Rosemarie le lendemain.
La Mission note avec regret que la vague de répression qui frappe la société haïtienne a des
répercusions considérables sur la famille. Les exécutions extra-judiciaires et les déplacements
internes des personnes persécutées contribuent à la destabilisation de la cellule familliale et font
planer Des dangers sur l'avenir des enfants. La Mission invite les autorités haïtiennes à respecter les
termes de la Déclaration universelle des droits de l'Homme et de la Constitution Haïtienne relatifs à
la protection de la famille et de l'enfant.
(Ref: CP/94/28)