COMMUNIQUE DE PRESSE


Port-au-Prince, le 7 juin 1996

A l'occasion de la journée inter-américaine de la presse, la Mission Civile Internationale OEA/ONU souhaitre rendre un hommage appuyé aux journalistes haïtiens dont la tâche a été rendue plus difficile encore ces dernières semaines par des menaces accrues contre leur profession.

Depuis la reprise de ses activités le 31 janvier, la Mission a reçu peu d'informations relatives à des atteintes à la liberté de la presse, bien que le climat général de répression touche autant les représentants des média que le reste de la population.

Le 1er février, des civils armés qui recherchaient un ancien journaliste à Radio Intrer et militant politique, ont enlevé son frère. Le sort de la victime n'est toujours pas connu.

Le 4 février, lors d'une manifestation organisée par le FRAPH, des membres de cette organisation ont pris à partie Des journalistes, qu'ils ont accusés d'être des "Lavalas" et des "communistes". Le garde du corps d'un dirigeant du FRAPH a alors frappé au visage un journaliste de Radio Caraïbes. Le 21 mars, des hommes armés, qui étaient à la recherche du même journaliste, ont violé sa soeur et battu ses deux cousins.

Plusieurs autres journalistes de la capitale ont fait état d'actes d'intimidation caractérisés à leur encontre, mais ils ont souhaité que leur témoignage ne soit pas utilisé. Ils ont admis par ailleurs que l'autocesure, qu'ils sont contraints de pratiquer pour se protéger contre de possibles représailles, est devenu un phénomène plus amplifié. La Mission partage leur inquiétude devant la détermination du gouvernement provisoire de facto de restreindre plus encore le libre exercice de leur profession, ainsi qu'il ressort du comuniqué de presse de Monsieur Jacques Saint-Louis en date du 23 mai.

Le travail des journalistes semble encore plus délicat en province, où ils sont exposés jour après jour à une répression plus directe. Récemment, à Thiotte (Département du Sud-Est), un journaliste a été arrêté et battu pour s'être prétendument livré à des activités politiques. Interpellé sans mandat, il a pu être libéré et s'est apparemment réfugié hors de la région.

La Mission salue le courage et la détermination des hommes et des femmes d'Haïti qui continuent à combattre pour le droit à l'information. Elle apporte son soutien moral le plus total à l'exercice de leur profession et regrette les entraves répétés à leurs activités par les autorités de facto.



(Ref.: CP/94/24)