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Misyon Sivil Entènasyonal an Ayiti, OEA/ONU
International Civilian Mission in Haiti, OAS/UN - Mission Civile Internationale en Haïti, OEA/ONU
Port-au-Prince, le 21 mars 1994
La Mission civile internationale OEA\ONU est profondément troublée par les nombreux cas de viols qui ont
été portés à sa connaissance. Bien qu'il soit très difficile de recueillir des témoignages à cause du caractère privé de
ces crimes, les observateurs enquêtent actuellement sur une douzaine de cas, survenus depuis un mois et dont certains
paraissent revêtir un caractère nolitique.
La majorité des viols sont commis dans les quartiers populaires de la capitale, souvent à l'encontre de proches
parents de militants politiques et syndicaux. Les auteurs des agressions sont généralement des civils armés non
identifiés. Cependant, dans plusieurs cas, les victimes ont déclaré avoir reconnu des membres des Forces armées
d'Haïti ou du Front révolutionnaire pour 1'avancement et le progrès haïtien (FRAPH).
Le 19 février, une quinzaine de civils armés ont fait irruption au domicile d'un partisan du président Aristide
à Port-au-Prince. En son absence, ils ont interrogé son père avant de l'abattre froidement. Plusieurs autres ont ensuite
violé la soeur du militant, âgée de 14 ans.
Le 2 mars, trois membres du FRAPH ont pénétré par la force dans la maison d'un militant d'une association
paysanne du Plateau central. Ils l'ont battu et deux d'entre eux ont violé son épouse. Deux jours plus tard, dans une
localité proche, un groupe de militaires et de membres du FRAPH ont battu les occupants d'une maison et violé une
des femmes présentes. Ils ont dérobé de l'argent et détruit partiellement l'habitation avant de repartir.
Dans la nuit du 16 au 17 mars, des civils armés, qui recherchaient un militant d'une organisation populaire
de Cité Soleil, ont violé son épouse et enlevé son fils âgé de quatre ans. Ce kidnapping, contre lequel la Mission
s'élève vigoureusement, constitue un fait sans précédent.
La Mission civile internationale OEA\ONU s'insurge contre ces violations inacceptables des droits de la
femme haïtienne, qui semblent faire partie intégrante de la violence et de la terreur politiques. Elle condamne les
viols commis par des défenseurs de l'ordre public, leurs auxiliaires ou des membres du FRAPH. Elle en appelle au
haut-commandement des Forces armées d'Haïti à enquêter et traduire les auteurs de ces crimes devant les tribunaux.
La Mission exige également que la justice haïtienne apporte à ces atteintes aux droits de la femme toute l'
attention qu'elles méritent.
(Ref: CP/94/8)