COMMUNIQUE DE PRESSE

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Port-au-Prince, le 26 août 1993. La Mission civile internationale OEA/ONU en Haïti est vivement préoccupée par le nombre croissant d'enlèvements et de disparitions portés à sa connaissance ces dernières semaines dans la région de Port-au-Prince. Sur les nombreuses disparitions forcées, signalées depuis début juin, dix sont survenues au cours du seul mois d'août. La Mission a receuilli des informations détaillées sur certains des cas dont les cibles sont des membres d'organisations polulaires ou leurs proches.

Pfifner Valéry, membre de la Fédération nationale des étudiants haïtiens, a été enlevé dans la soirée du 20 août à Carrefour Péan par quatre civils armés qui l'ont emmené, les yeux bandés, vers une destination inconnue. Il a été ligoté, frappé à coups de poings et de crosses de revolver et interrogé sur ses activités politiques. Il a été relâché le 23 août près de l'ancien centre de détention de Fort-Dimanche. Les médecins de la Mission ont constaté des plaies en voie de cicatrisation sur différentes parties de son corps. Les membres de sa famille, qui ont alerté la Mission, les organisations de défense des droits de l'homme et la presse, font actuellement l'objet d'intimidations.

Ernst Charles, membre, entre autres, du Mouvement Paysan Tèt à Bèf, de Ti Legliz et de la CGT, a été enlevé à Carrefour, le 21 août par sept civils armés qui se trouvaient à bord d'une pick-up. Conduit, les yeux bandés, vers une destination inconnue, il a été ligoté et battu à plusieurs reprises pendant qu'on l'interrogeait sur les organisations au sein desquelles il milite. Ses ravisseurs l'ont relâché, le 23 août, non loin de la cité militaire. Les membres de la Mission, qui l'ont rencontré, ont constaté qu'il avait le crâne rasé, crachait du sang, parlait difficilement et présentait sur le dos, les fesses et le cou, des traces de sévices et de tortures, notamment du <djak>.

La Mission dénonce ces graves violations des droits à l'intégrité physique et á la sécurité de la personne. Elle estime que la répétition de ces pratiques vise á intimider et á terroriser les membres d'organisations populaires et leurs familles. Elle est extrêmement inquiète du nombre élevé de personnes enlevées et dont le sort reste inconnu. Cette inquiétude est d'autant plus grande qu'elle continue d'enregistrer des cas de morts suspectes et de cadavres non identifiés dont le nombre à Port-au-Prince est passé de 36, le 11 août, à 50, le 25 août. Dans un cas au moin, le corps d'une victime d'enlèvement était parmi les cadavres découverts. IL s'agit du cousin du photographe-reporter Claudy Vilmé (lui-même kidnappé le 2 juillet), Jackie Délice enlevé le 10 juillet par des civils et dont le corps criblé de balles a été découvert le 13 juillet, sur la route nationale no. 1 à la hauteur du lieu-dit "source puante".

La Mission civile internationale OEA/ONU en haïti condamne les enlèvements et les disparitions, et demande encore une fois aux autorités de prendre des mesures urgentes pour assurer la sécurité de la population, faire la lumière sur les cas de tous les disparus et endiguer la recrudescence de la violence répressive qui vise certains secteurs de la société.