COMMUNIQUE DE PRESSE

REF:/CP/93/29

Port-au-Prince, le 11 août 1993. La Mission civile internationale OEA/ONU en Haïti exprime sa vive préoccupation devant les nonbreuses violations des droits de l'homme constatées en Haïti. Elle condamne, en particulier, les exécutions arbitraires et les morts suspectes qui ont atteint un niveau particulièrement alarmant dans la région de Port-au-Prince, où 36 cas ont été signalés depuis le 1er juillet.

Les cibles de ces graves violations des droits de l'homme sont aussi bien des membres d'organisations populaires et d'associations de quartiers, que de simples citoyens qui ont eu le malheur de se trouver sur le chemin des tueurs.

Les principaux auteurs de ces exécutions sont des bandes organisées de malfaiteurs armés agissant en totale impunité. Connues sous le nom de <Zenglendos>, elles sèment la terreur, à la tombée de la nuit, dans les quartiers populaires de Port-au-Prince. Ces dernières semaines, des zones jusqu'ici épargnées, comme Canapé Vert, sont le théatre de la violence et de la terreur <Zenglendos>. Dans quelques cas, les responsables des exécutions sont, selon des témoins oculaires, des policiers ou leur auxiliaires civils.

Par ailleurs, les violations du droit à la vie se poursuivent dans d'autres régions du pays. La Mission mène des enquêtes sur des cas d'exécutions arbitraires et de cadavres découverts dans la commune de l'Arcahaie , à Saint-Marc, Miragoâne, et à Fond des Blancs (9ème section de la commune d'Aquin, département du Sud).

Les atteintes à la liberté d'association et d'expression persistent , de même que les violations du droit à l'intégrité physique et à la sécurité de la personne. Des victimes de violations des droits de l'homme et leurs proches comme Claudy Vilmé (Port-au-Prince), Monique Brégard et Pierre Joseph (Jérémie) sont persécutés parce qu'ils ont témoigné des sévices corporels qui leur ont été infligés pendant leur détention.

A notre connaissance, aucun auteur présumé des exécutions arbitraires n'a à ce jour été arrêté. Bien que des juges de paix aient, dans plusieurs cas, procédé au constat de décès et ordonné la levée des corps, les enquêtes judiciaires ne semblent pas progresser.

La Mission civile internationale OEA/ONU a écrit au Commandant en Chef des Forces armées d'Haïti et au Chef du Département militaire de la zone métropolitaine pour les inviter à prendre des mesures rapides et efficaces afin de mettre un terme à la violence, aux violations des droits de l'homme et assurer la sécurité de la population.