COMMUNIQUE DE PRESSE

REF:CP/93/22

Port-au-Prince, le 2 juillet 1993. La Mission civile internationale OEA/ONU exprime sa vive inquiétude devant l'escalade de la violence et les atteintes répétées aux droits de l'homme constatées ces derniers jours en Haïti. En effet, les tentatives de certains secteurs de la population d'exercer leurs droits fondamentaux - droits d'expression et d'association - ont entraîné des violations du droit à l'intégrité physique et à la sécurité de la personne de la part des membres des forces armées et de leurs auxiliaires civils. Parallèlement plusieurs cas d'intimidations et de pressions exercées contre des journalistes ont été signalés à la Mission.

Dans le Plateau central, à Zabricot, le mardi 29 juin 1993, 13 personnes, pour la plupart des membres du Mouvement des Paysans de Papaye (MPP) ont été arrêtées après une manifestation réclamant le retour du chef de section qui commandait cette commune rurale à l'époque du président Jean-Bertrand Aristide. Ces personnes ont été détenues à la caserne de Hinche où elles ont été battues à coups de crosses de fusils et de bâtons. Elles ont été soumises, par ailleurs, à d'autres formes de traitements cruels tels que la "kalot marasa". Elles ont comparu devant le juge de paix de Hinche, le 2 juillet, sous l'accusation de "manifestation non autorisée visant à troubler la paix". Le juge a renvoyé les détenus en prison jusqu'au lundi 5 juilet dans l'attente d'un complément d'informations.

Le lundi 28 juin, après qu'une manisfestation de soutien au président Jean-Betrand Aristide eût été dispersée près du marché de Cité Soleil (Port-au-Prince) par des policiers, M. Vesnel François, âgé de 24 ans, membre de la Plateforme des organisations populaires de Cité Soleil, a été arrêté. Au moment de son arrestation il s'est défendu. Des coups de crosses de fusil lui ont été assénés par un policier. Il a été tranféré à l'avant-poste de Cité Soleil où il a été sévèrement battu par des policiers. Des membres de la Mission qui tenaient en vain d'y accéder, ont entendu les cris qu'il poussait sous les mauvais traitements. Il a été, par suite, emmené à la caserne de Delmas 33. Le lendemain 29 juin, en fin d'après-midi, quand les observateurs ont fini par avoir accès à ce lieu de détention, ils ont appris que le détenu a été transféré à l'Hôpital militaire pour recevoir des soins médicaux. Il n'a comparu devant le juge de paix que le jeudi 1er juillet sous l'accusation de "voies de fait contre un agent de police dans l'exercice de ses fonctions". Il a été mis en liberté provisoire. Les membres de la Mission ont constaté que Vesnel François présente des fractures aux avant-bras et aux poignets.

Le jeudi 1er juillet, une manifestation organisée par le groupe "Tèt Kole Nan Sid" a été violemment réprimée par des militaires au quartier la Savane aux Cayes. Plusieurs manifestants ont été bastonnés et trois ont été arrêtés et placés en détention à la caserne. Les membres de la Mission qui ont visité les détenus dans l'après-midi du jeudi, ont constaté que l'un d'eux portait des plaies ouvertes à la joue et au dos. Plusieurs heures après la dispersion de la manisfestation, des attachés continuaient à battre sans discernement des habitants de la Cité populaire La Savane. D'autres manifestations avaient été dispersées les 25 et 28 juin par les militaires à coups de bâtons, sous la menace de leurs armes et, dans un cas, par l'utilisation de gaz lacrymogènes.

Plusieurs cas de pressions et d'intimidations à l'encontre de journalistes ont été siganlés à la Mission. Il s'agit de menaces liées à l'exercice de leur droit d'informer, notamment, dans la couverture d'incidents où des violations des droits de l'homme ont été commises.

Les représentants d'agences de presse opérant en Haïti ont été convoqués, le 29 juin, au Ministère de l'information où il leur a été reproché d'avoir diffusé de façon partisane des informations sur les incidents survenus le dimanche 27 juin à l'église Notre Dame du Perpétuel Secours au cours desquels plusieurs personnes dont Nixton Desrosiers ont été arrêtées et sévèrement battues. Les 29 et 30 juin, un journaliste de radio Métropole a été convoqué au Quartier général de la police après la diffusion d'une information relative aux négociations en cours à NewYork pour dénouer la crise politique en Haïti. Le 30 juin, le correspondant de Radio Plus à Léogâne a été arrêté, emmené à la caserne et interrogé pendant près d'une heure au sujet d'un journaliste de Tropic FM qui est recherché par les militaires aprés un reportage diffusé par cette station sur une manifestation qui s'est tenue le dimanche 27 juin à Léogâne. Le 1er juillet, un journaliste de Tropic FM et un photographe de l'hebdomadaire Haïti-Progrès

qui couvraient la comparution de M. Vesnel François devant le juge de paix de Port-au-Prince, ont été molestés par des policiers et des civils armés et le matériel photographique confisqué.

La Mission civile internationale OEA/ONU dénonce toutes ces atteintes aux droits fondamentaux de l'homme. La tendance des militaires, policiers et attachés à bastonner systématiquement les personnes qu'ils arrêtent est inacceptable. Elle demande au Haut commandement des Forces armées d'Haïti (FAD'H) de rappeler aux membres des Forces armées les ordres relatifs au respect de l'intégrité physique et de la sécurité des citoyens.