Commission du développement social: les ONG se mobilisent pour réclamer des seuils de protection sociale et l’inclusion de toutes les catégories de population

SOC/4861
5 février 2018
Cinquante-sixième session, 10e séance – matin

Commission du développement social: les ONG se mobilisent pour réclamer des seuils de protection sociale et l’inclusion de toutes les catégories de population

La Commission du développement social a poursuivi ses travaux, ce lundi, en donnant la parole aux organisations non gouvernementales, ainsi qu’aux agences de l’ONU, qui ont été nombreuses à réclamer la mise en œuvre de programmes de protection sociale comme moyen efficace pour combattre la pauvreté.  Elles ont aussi attiré l’attention sur les efforts à faire pour inclure chaque catégorie vulnérable de la population.

Au cours de cette dernière matinée du débat général, délégations et représentants d’ONG ont appelé au relèvement des seuils de protection sociale, l’ONG ATD Quart monde ayant même encouragé la Commission à adopter un langage fort à ce sujet dans les textes qu’elle adoptera à la fin de la session, mercredi, après une dernière journée de consultations, demain.

Le représentant de la Guinée avait donné le ton en début de séance en soulignant que les mesures de protection sociale sont plus qu’urgentes, dans un contexte où le système traditionnel d’entraide sociale se désorganise du fait de la pauvreté.  La Société des missionnaires catholiques médicaux est allée jusqu’à dénoncer l’impact des politiques néolibérales sur la persistance de la pauvreté dans le monde.

Alors que la majorité des pauvres et des personnes souffrant de la faim vivent dans des zones rurales, l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), a en outre prévenu que c’est seulement en accordant la priorité à ce secteur notamment dans les pays les moins avancés (PMA), qu’il sera possible d’éradiquer la faim et la pauvreté.  La FAO a aussi plaidé en faveur de l’autonomisation des petits producteurs et des femmes agricultrices, ces dernières étant « l’épine dorsale de l’économie rurale » alors même qu’elles ne reçoivent qu’une fraction réduite des terrains, des crédits, des intrants et des formations.

Très présente sur le terrain, la S M Sehgal Foundation a d’ailleurs parlé des nombreuses innovations qu’elle a mises sur pied pour renforcer la sécurité hydrique et alimentaire en Inde comme, par exemple, la création de cultures qui résistent au sel, soulignant que la réussite de tels modèles dépend toutefois de la qualité de la gouvernance rurale.

Comme pendant les jours précédents, la situation des jeunes a aussi suscité de nombreuses préoccupations, ces derniers représentants 70,9 millions des personnes au chômage dans le monde selon l’Organisation internationale du Travail (OIT).

L’International Federation for Family Development (IFFD) a averti que le sentiment de futilité et de désœuvrement qu’on peut retrouver chez les jeunes, en raison de leur incapacité à trouver un emploi, peut entraîner une hausse de la criminalité, de problèmes de santé mentale, de violences, de conflits et de consommation de drogues.  Cette ONG a donc plaidé avec force en faveur de l’obtention d’un emploi décent, « une nécessité non seulement en soi, mais aussi pour pouvoir fonder une famille et contribuer au développement social d’une manière durable ».

L’ONG African Youth Mouvement a proposé une piste pour créer des emplois en Afrique et dans les pays en développement en général: il faut stimuler l’industrie de la mode, un secteur susceptible de créer des millions d’emplois.

De nombreuses ONG ont aussi insisté sur l’importance de l’éducation, ainsi que sur la nécessité d’investir dans la petite enfance pour pouvoir briser les cycles de pauvreté intergénérationnelle.

La BJD Reinsurance Consulting a par ailleurs abordé le problème du relèvement après une catastrophe naturelle, prônant une meilleure couverture en termes d’assurance car les dégâts occasionnés par les aléas naturels ne sont souvent pas assurés.  

En ce qui concerne les urgences humanitaires, la Fédération internationale des associations de personnes âgées a plaidé pour l’élaboration urgente de programmes de réponse qui tiennent compte de ces personnes, faisant valoir que la gestion du stress post-traumatique spécifique aux populations les plus âgées, n’est jamais prise en compte alors que se multiplient pourtant, après les catastrophes, les états de sidération, de dépression et d’exclusion.

L’exclusion dont sont victimes, quant à elles, les personnes séropositives et l’impact que cela a sur leur accès au marché du travail ont également soulevé des inquiétudes au cours de cette matinée de débats. 

La Commission du développement social se réunira à nouveau le mercredi 7 février, à partir de 10 heures, pour achever les travaux de sa cinquante-sixième session.

SUITE DONNÉE AU SOMMET MONDIAL POUR LE DÉVELOPPEMENT SOCIAL ET À LA VINGT-QUATRIÈME SESSION EXTRAORDINAIRE DE L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE (A/73/61–E/2018/4, E/CN.5/2018/2, E/CN.5/2018/3 ET E/CN.5/2018/4)

Thème prioritaire: stratégies d’élimination de la pauvreté visant à parvenir à un développement durable pour tous

Déclarations

M. MCCALLUM SIBANDE, Directeur de l’administration au Ministère du genre, de l’enfance et du handicap du Malawi, a parlé des initiatives lancées par son pays pour combattre la pauvreté, précisant que l’accent était mis sur toutes les classes de la population, y compris les personnes souffrant d’albinisme.  Toute une gamme de services sont prévus, notamment à l’intention des personnes handicapées, a-t-il précisé.  Il a insisté sur l’importance de consulter les organisations pertinentes lors de l’élaboration et de l’examen des stratégies nationales.

La Constitution du Malawi, a-t-il poursuivi, inclut le respect des droits des personnes handicapées.  Sur le plan pratique, il a mentionné des initiatives qui ont été lancées pour promouvoir l’intégration horizontale des personnes handicapées.  Un comité de coordination national a ainsi été mis sur pied, tandis que des collaborations sont lancées avec le secteur privé, sachant en outre que les lois du pays sont en cours de réexamen pour inclure les personnes handicapées.

Au titre des mesures prises pour la protection sociale, M. Sinbande a parlé d’un programme de transfert de fonds à l’intention des plus pauvres, qui a permis de toucher plus de 175 000 foyers, dont 73% ont une femme à leur tête.  De plus, un programme de développement de la prime enfance a débouché sur la création de 12 200 centres, permettant d’atteindre 48% des enfants âgés de moins de 5 ans.  Les programmes d’enseignement supérieur sont par ailleurs en cours de révision, afin de s’assurer qu’ils correspondent aux demandes du marché du travail.

M. VINICIUS CARVALHO PINHEIRO, de l’Organisation internationale du Travail (OIT), a estimé que pour briser le cycle de la pauvreté dans le monde, il fallait créer des emplois décents en faveurs des 200 millions de chômeurs que compte le monde.  Quand des emplois décents font défaut, a-t-il expliqué, les gens sont poussés vers le secteur informel, sans aucune protection sociale.  Les jeunes et les femmes sont les plus marginalisés dans le monde de l’emploi, a-t-il noté, soulignant que 70,9 millions de jeunes sont au chômage à travers le monde et jugeant urgent d’établir des programmes pour faire face au problème.  De plus, l’OIT préconise d’améliorer les conditions de travail des groupes sociaux les plus vulnérables, a-t-il dit avant d’insister également sur l’égalité salariale entre les sexes et de suggérer de revoir à la hausse les salaires minimums au niveau mondial et de respecter davantage le dialogue social.   

M. MOHAMED DIABY (Guinée) a déclaré que 83% de chômeurs en Guinée sont des jeunes, alors que le taux national est de 52%.  C’est pourquoi près d’un demi-million de Guinéens ont pris le chemin de l’exil rien qu’en 2015, a-t-il expliqué.  Néanmoins, le Gouvernement guinéen a mis en place un plan national de développement social grâce auquel 1 800 ménages ont bénéficié de transferts monétaires conditionnels.  Un programme d’insertion économique des jeunes a en outre été lancé après la crise sanitaire d’Ébola.  La politique en faveur des femmes permet par ailleurs de lutter contre la violence dont elles sont victimes, y compris les mutilations génitales.  Des programmes d’alphabétisation et de formation professionnelle leur sont également dédiés, a ajouté le représentant en mentionnant aussi les microcrédits à hauteur de six millions de dollars dont elles ont bénéficiés.

M. Diaby a expliqué que, dans un contexte où le système traditionnel d’entraide sociale se désorganise du fait de la pauvreté, les mesures de protection sociale sont plus qu’urgentes.  Les personnes vivant avec un handicap sont également prises en compte par le Gouvernement, a-t-il indiqué, citant un programme qui leur permet d’accéder aux services de base et d’assurer leur employabilité.  La Guinée a fait sienne le credo de « No one left behind », même si elle regrette que les messages de cette session ne soient pas accessibles aux handicapés auditifs, a lancé le représentant.  Il a enfin plaidé pour la création d’une agence onusienne dédiée exclusivement aux personnes vivant avec un handicap.

Mme URSULA WYNHOVEN, Union internationale des télécommunications (UIT) a fait observer que la moitié de la population mondiale n’a toujours pas accès à Internet, et que les femmes, les personnes âgées ou handicapées font face à des obstacles supplémentaires pour se connecter.  Le risque d’être laissé de côté augmente avec l’accélération des changements technologiques, a-t-elle averti, soulignant en même temps que l’interconnectivité peut autonomiser les groupes vulnérables et leur permettre d’appuyer le développement socioéconomique.  Elle a également constaté que les jeunes n’ont pas toujours les capacités numériques que les employeurs recherchent.  L’UIT participe donc à la campagne UIT-OIT « des aptitudes numériques pour des emplois décents pour la jeunesse ». 

Mme MARIANN KOVACS, de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), a présenté les données alarmantes de la dernière édition du rapport de la FAO sur l’état de l’insécurité alimentaire dans le monde.  En effet, le nombre de personnes chroniquement malnutries dans le monde a augmenté de 38 millions entre 2015 et 2016.  Elle a imputé ce phénomène à l’augmentation du nombre de conflits et expliqué qu’il était souvent exacerbé par des évènements climatiques.

La majorité des pauvres et des personnes souffrant de la faim vivant dans des zones rurales, c’est seulement en accordant la priorité à ces zones qu’il sera possible d’éradiquer la faim et la pauvreté, a-t-elle prévenu.  Elle a plaidé en faveur d’investissements dans le secteur rural des pays les moins avancés (PMA), soulignant par ailleurs l’importance d’autonomiser les petits producteurs, les femmes agricultrices, les jeunes et les personnes autochtones.  Les femmes sont l’épine dorsale de l’économie rurale mais, a-t-elle regretté, elles reçoivent seulement une fraction des terrains, des crédits, des intrants et des formations, comparé aux hommes.  Mme Kovacs a donc conseillé d’autonomiser et d’investir dans les femmes rurales pour ainsi augmenter de manière notable la productivité et réduire la faim et la malnutrition.  Elle a également appelé, dans un même esprit, à répondre aux défis qu’affrontent les jeunes vivant en milieu rural, faisant observer que ces derniers ont accès insuffisant à l’éducation, aux terres et aux services financiers.

Mme Kovacs a aussi mis en garde contre l’importance du danger que représentent les changements climatiques pour la production alimentaire mondiale.  Elle a appelé à faire front commun contre la faim, la pauvreté et les changements climatiques en tenant compte des liens entre pauvreté rurale, agriculture durable, utilisation efficace des ressources et protection de biodiversité.

Mme MARINE DAVTYAN, ONUSIDA, a appelé à renforcer les services de traitement du VIH/sida, faisant observer qu’outre un impératif moral, cela constitue un investissement économique important.  Elle a aussi engagé à résorber le déficit budgétaire de l’ONUSIDA.  La représentante a ensuite alerté sur le fait que dans 22 pays plus d’une personne sur cinq vivant avec le VIH s’est vue refuser un emploi, les chiffres étant comparables en ce qui concerne les personnes qui ont été congédiées pour des raisons similaires.  Elle a appelé à combattre la discrimination sur le lieu du travail, notamment en mettant en œuvre les normes de l’OIT. 

Mme Davtyan a ensuite souligné que la protection sociale permet de combattre la propagation de la maladie, notamment en ciblant les comportements à risque et en fournissant un accès aux soins.  En outre, les programmes de transferts d’espèces permettent aux jeunes femmes de rester scolarisées et de contribuer ainsi à la société.  Elle a appelé à augmenter de manière significative, d’ici à 2020, le nombre de personnes vivant avec le VIH/sida qui ont accès à des services sociaux

Mme LILY GRAY, de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), a insisté sur l’importance de l’éducation dans la perspective de l’éradication de la pauvreté.  Pour lutter contre les disparités, aucun groupe social marginalisé ne doit être mis de côté dans le cadre de la mise en œuvre des objectifs de développement durable, a-t-elle préconisé.  Elle a rappelé que l’UNESCO avait présenté l’an dernier son rapport sur les sciences et les disparités, qui faisait ressortir le besoin de voir davantage d’études menées sur les disparités dans le domaine des sciences sociales.  Les responsables politiques doivent aussi chercher des solutions innovantes pour réduire et éliminer les disparités, a-t-elle ajouté tout en précisant que ces politiques et programmes doivent s’appuyer sur des données factuelles.

Mme SUBRAMANIAM a parlé au nom de la Commission économique et sociale des Nations Unies pour l’Asie et le Pacifique (CESAP) et de la Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale (CESAO).  S’agissant de la CESAO, elle a indiqué que le défi majeur était de créer des emplois en faveur des jeunes du monde arabe.  Elle a en outre attiré l’attention sur les personnes âgées de plus de 60 ans dans les pays arabes dont le nombre représentait 7% en 2015 et devrait passer à près de 15% d’ici à 2050.  Soucieuse de prendre à bras le corps cette question, la CESAO va publier d’ici peu un rapport sur le vieillissement dans la dignité dans le monde arabe, a-t-elle annoncé avant de parler aussi des mesures prises ces dernières années par de nombreux pays arabes en faveur des droits des personnes handicapées.  La CESAO s’est d’ailleurs engagée à renforcer l’accès aux données sur cette couche sociale dans les pays arabes.

En ce qui concerne la CESAP, près de 400 millions de personnes de la région Asie-Pacifique sont encore victimes de la pauvreté, a indiqué la représentante.  En 2017, a-t-elle signalé, la CESAP a lancé une série de rapports sur les disparités dans la région, y compris sur le vieillissement rapide qui est une préoccupation majeure en Asie et dans les pays du Pacifique.  Elle a enchaîné avec la situation de plus de 690 millions de personnes handicapées qui sont confrontées à de nombreux obstacles, indiquant qu’une stratégie les concernant avait été revue en novembre dernier à Beijing afin de renforcer leur développement inclusif.  Les jeunes d’Asie et du Pacifique font face à de nombreux défis dans leur transition entre l’école et le monde du travail, a aussi relevé la représentante.  Dans ce contexte, la CESAP a lancé, en novembre dernier à Bangkok, une politique jeunesse qui se résume en un portail numérique pour la promotion des meilleures pratiques en matière de politique de transition des jeunes de l’école à l’emploi. 

M. VAZQUEZ ALARCON, International Federation for Family Development (IFFD), a constaté que de plus en plus de jeunes âgés de plus de 18 ans restent chez leurs parents et sont « au moins partiellement » dépendant d’eux financièrement, surtout s’ils sont en train d’achever leurs études.  D’ailleurs, a-t-il ajouté, jamais autant de membres des jeunes générations n’ont été si dépendants de leur parents ou grand-parents pendant si longtemps.  Il a parlé du projet FamiliesandSocietes, lancé au sein de l’Union européenne avec un budget de 6,5 millions d’euros, auquel participe l’IFFD.  Ce projet sur quatre ans a permis de mieux comprendre comment les politiques peuvent promouvoir le bien-être ainsi que le développement sociétal durable et sans exclusive au sein des familles.  De nombreuses recommandations découlant de cette initiative tiennent compte du sentiment de futilité et de désœuvrement qu’on peut retrouver chez les jeunes en raison de leur incapacité à trouver un emploi, a-t-il indiqué, avertissant que cette situation pouvait provoquer une hausse de la criminalité, de problèmes de santé mentale, des violences, des conflits et une consommation de drogues.

« Ne pas agir dès maintenant risque de mettre en péril l’intégration des futures générations dans la société », a-t-il aussi mis en garde.  Il a fait observer que si l’obtention d’un emploi est le premier pas à franchir vers l’intégration sociale, de nombreux jeunes qui ont un emploi continuent malgré tout de vivre dans la pauvreté, principalement dans les pays émergents et en développement.  C’est pour cela que l’obtention d’un emploi décent est une nécessité, a plaidé le représentant.  Une nécessité non seulement en soi, mais aussi pour pouvoir fonder une famille et contribuer au développement social d’une manière durable, a-t-il précisé.

Mme MONICA JAHANGIR, ATD Quart monde, a appelé à renforcer les seuils de protection sociale pour pouvoir effectivement combattre la pauvreté et encouragé la Commission du développement social à adopter un langage fort en la matière.  Elle a aussi recommandé que les programmes à l’intention des plus démunis soient élaborés en tenant compte de leur vécu et privilégient donc une approche participative.  Elle a annoncé la parution prochaine d’une étude d’ATD Quart Monde, qui a été élaborée dans le but de mieux comprendre les facteurs de pauvreté.

Mme CELINE PARAMUNDA, Société des missionnaires catholiques médicaux, a fait observer que si de nombreuses organisations confessionnelles fournissent des services à l’intention des plus démunis, elles sont souvent exclues des délibérations politiques ou alors elles voient leurs services limités par l’action des pouvoirs publics.  Qui plus est, des missionnaires et religieux sont parfois assassinés pendant leurs missions, a-t-elle rappelé.  Elle a appelé à combattre les causes profondes de la pauvreté, « à commencer par les politiques néolibérales ».  Elle a aussi voulu que les organisations confessionnelles, de femmes et de pauvres puissent participer aux réunions des organisations internationales.  Elle a ensuite exhorté à garantir des services de protection sociale, notamment en détournant en ce sens les fonds consacrés à l’armement.

Mme BARRETT, parlant au nom de WOOMB International Ltd, a prôné une plus grande coopération entre gouvernements dans les efforts d’éradication de la pauvreté, étant donné que les effets de la pauvreté peuvent se propager d’un pays à l’autre.  Elle a aussi insisté sur l’autonomisation des femmes qu’elle a vue comme un facteur important de la lutte contre la pauvreté.  WOOMB International Ltd est présente dans plus de 50 pays où elle œuvre notamment en matière de santé génésique, a indiqué la représentante.  Des avancés dans ce domaine, à son avis, aideraient les femmes à mieux se focaliser sur la lutte contre la pauvreté.

Mme MATHEW, de l’Institut de la Sainte Vierge Marie, a appelé à garantir la mise en œuvre des engagements pris en 2015 dans le cadre du programme de développement international.  Elle a déploré les inégalités économiques qui sapent les droits de l’homme, provoquant de fait des conflits sociaux.  Des actions doivent donc être engagées pour combler les lacunes entre pays et au sein même de pays, a-t-elle préconisé, ajoutant que le monde a les ressources nécessaires pour mettre fin à la pauvreté.  Elle a donc invité les Nations Unies à lutter de manière résolue contre les inégalités et la corruption à tous les niveaux. 

M. FABIO MENICACCI, Fédération internationale des associations de personnes âgées, a indiqué que cette organisation avait mis en place, en 2006, une branche dédiée aux urgences humanitaires internationales en gérontologie.  Les aînés, a-t-il indiqué, souffrent plus que les autres catégories de la population de séquelles des pandémies, des catastrophes naturelles et des faits de guerre, précisant que ce problème est aggravé quand il n’y a pas de services de gérontologie sur le plan local.  Le représentant a aussi remarqué que la gestion du stress post-traumatique spécifique aux populations les plus âgées n’est jamais prise en compte alors que se multiplient, après les catastrophes, les états de sidération, de dépression et d’exclusion sociale.  Il a appelé à mettre en œuvre de manière effective le Cadre d’action de Sendai pour la réduction des risques de catastrophes, insistant sur la nécessité d’assurer la participation des personnes âgées à l’élaboration des programmes d’urgences gérontologiques dont la création s’impose, selon lui, « dans les plus brefs délais ».

Mme PRIJA, UDISHA, a appelé à prendre davantage en considération la situation des zones rurales en Inde dans le cadre des politiques de lutte contre la pauvreté.  Elle a insisté sur le rôle des petites entreprises pour stimuler le marché de l’emploi et a appelé à mettre en place des mesures sexospécifiques à tous les niveaux.  Elle a également souligné l’importance de l’assainissement.  UDISHA estime que la communauté internationale doit faire front commun contre le problème mondial qu’est la pauvreté, a-t-il conclu.

Mme MALINA GILKA, Association des étudiants en relations internationales de l’Université McGill, a dénoncé « l’adultisme », ce « parti pris du subconscient » que l’on trouve chez les adultes qui ne prennent pas en compte les avis et préoccupations des jeunes.  Elle a aussi parlé de « cassure » entre les jeunes, d’une part, et les politiques et institutions, d’autre part, regrettant que cela empêche d’entendre la voix des jeunes.  Pour accélérer le développement social, elle a conseillé de ne pas s’accrocher à un présent qui se meurt, mais de mener des efforts conjoints avec les jeunes et de faire ainsi avancer les idées. 

Malheureusement, a poursuivi la représentante, les mécanismes de participation des jeunes ne leur permettent pas de pouvoir faire des contributions sérieuses aux mesures qui influent sur leur avenir.  Elle a appelé à multiplier les initiatives d’inclusion des jeunes, à l’image du Conseil des jeunes du Premier Ministre canadien.  Elle a rappelé, enfin, que tout adulte fut d’abord jeune, « même si peu s’en souviennent », espérant en outre que les Nations Unies resteraient à jamais jeune. 

M. ILUNG, de Hope Foundation, une organisation qui œuvre en faveur du développement social des populations vivant dans les zones rurales de la République démocratique du Congo (RDC), a souligné combien la paix, la sécurité et la stabilité sont cruciales pour le développement.  Des formations ciblées pour les jeunes ruraux sont urgentes dans le domaine agricole notamment, a-t-il prôné.  Il faut aussi, à son avis, améliorer le réseau routier pour permettre aux ruraux de pouvoir écouler leurs produits dans les centres urbains.  Il est tout aussi important d’autonomiser les ONG locales qui sont proches des populations, a-t-il encore recommandé.

M. AJAY PANDEY, S M Sehgal Foundation, a expliqué que son association, qui vise à autonomiser les pauvres vivant en zone rurale, avait lancé de nombreuses innovations pour renforcer la sécurité hydrique et alimentaire.  Il a notamment parlé de la création de puits de rechange à haute pression, de filtres à sable et de cultures qui résistent au sel.  Ces modèles sont actuellement en train d’être adaptés aux conditions de différentes régions du monde, a-t-il indiqué, mais leur réussite dépend toutefois de la qualité de la gouvernance rurale.  La S M Sehgal Foundation a donc formé plus de 15 000 bénévoles qui œuvrent pour combler le fossé entre les politiques et leur mise en œuvre, et qui veillent à ce que les politiques donnent une place centrale à l’être humain.  Le représentant a aussi insisté sur l’importance du rôle des femmes dans l’élimination de la pauvreté.

Mme PANAGOPULU, Association hellénique des politologues, a estimé que les jeunes devraient pouvoir occuper leur place dans les communautés locales, ce qui implique qu’ils aient conscience de leurs obligations en la matière.  Elle a insisté sur l’importance de l’éducation, tout en soulignant que les institutions éducatives ne sont pas adaptées aux changements, y compris dans les pays développés.  Évoquant la situation en Grèce, elle a indiqué que le Gouvernement cherchait à intégrer les enfants réfugiés au système éducatif du pays.  L’éducation doit être le principal outil de lutte contre la pauvreté, a-t-elle insisté, jugeant inacceptable qu’il existe encore des personnes analphabètes en 2018.

M. RUDOLF BÜHLER, Bauerliche Erzeugergemeinschaft Schwabisch, une organisation d’agriculteurs en Allemagne, a regretté le fait que les petits agriculteurs soient spoliés.  Il a plaidé pour qu’un accès au marché mondial soit donné à leurs produits, ainsi que pour la création de nouvelles chaînes de valeurs pour ces petits producteurs, notamment ceux des pays du Sud.  Il a donc appelé à de nouveaux partenariats Nord-Sud, comme celui du programme « graines d’espoir » par lequel son organisation a permis de contribuer à l’essor des petits agriculteurs des pays du Sud en leur ouvrant les marchés d’Allemagne et d’Europe. 

M. BOGDAN J. DUMITRESCU, BJD Reinsurance Consulting, a souligné que les pertes dues aux catastrophes naturelles n’étaient malheureusement pas assurées.  Le rôle des assurances est pourtant important, a-t-il dit, car une meilleure couverture permettrait un relèvement plus rapide après une catastrophe.  Il a rappelé qu’en novembre 2017, le partenariat mondial des assurances pour le financement de la lutte contre les catastrophes avait été lancé à Bonn, en Allemagne, au cours de la vingt-troisième conférence des États parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP23).  Le but majeur de ce partenariat est de permettre aux pays de fournir une réponse plus appropriée après les catastrophes, et de mieux se préparer à celles qui sont liées aux changements climatiques par la souscription d’assurances risques.  L’assurance est l’un des moyens les plus adéquats de partager les risques et cela concerne tous les pays du monde, a-t-il souligné.

« La pauvreté ne devrait pas être le destin d’un enfant », a déclaré Mme JUDITH WAGNER, World Organisation for Early Childhood Education.  Elle a déploré les facteurs de risque qui entravent la croissance des plus jeunes enfants, soulignant que les interventions dès la plus jeune enfance peuvent permettre aux enfants et à leurs familles d’être plus résistants, selon les contextes.  Les investissements dans la petite enfance permettent de briser les cycles de pauvreté intergénérationnelle, a-t-elle insisté en vantant ses bons rendements.  Or, trop peu de familles qui en auraient besoin y ont accès, a-t-elle dénoncé.  Elle a conclu en appelant à prendre en compte la petite enfance dans tous les programmes mondiaux de lutte contre la pauvreté.

Mme DAVIES AIBIAMU, African Youth Mouvement, a vu dans la mode africaine un moyen de lutter contre la pauvreté au Nigéria, faisant valoir que les créateurs nigérians avaient permis de créer de nombreux emplois.  Selon elle, le secteur de la mode a le potentiel de créer des millions d’emplois.  Elle a évoqué sa propre expérience à la tête d’une entreprise qui a permis de voir des vies transformées par la mode.  Elle a déploré que le potentiel de ce marché ne soit pas encore réalisé, avant de lancer un appel à l’ONU pour que soit adoptée une résolution sur les industries de la mode des pays en développement, le but étant de favoriser la création d’un marché mondial de la mode en Afrique.

Mme ADA OKIKA, Irene Menakaya School Onitsha, a insisté pour que l’éducation à la culture de la paix soit introduite dans tous les programmes scolaires.  Elle a noté que l’élimination de la pauvreté devrait contribuer à la paix, puisque cette dernière est souvent menacée par des conflits qui trouvent leur origine dans la pauvreté.  Il faut donc établir des liens entre l’éducation à la paix et les programmes qui établissent des seuils de protection sociale, a-t-elle proposé en soulignant que l’élimination de la pauvreté commence au sein des familles et des communautés. 

Mme SIVARAM CHELLURI, Comité international pour la paix et la réconciliation, a trouvé scandaleux de voir la persistance de la pauvreté dans le monde, y compris aux États-Unis.  « La pauvreté continuera d’exister, mais nous devons essayer de la réduire », a-t-elle souhaité, invitant les plus riches à faire œuvre de compassion envers les plus démunis.  Si chaque pays adoptait des politiques adéquates, alors la pauvreté reculerait, a-t-elle assuré en prônant par exemple une assurance santé universelle dans tous les pays du monde.  Elle a aussi conseillé aux pays de se consacrer en priorité aux services sociaux de base tels que la santé et l’assainissement. 

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