8237e séance – après-midi
CS/13304

Attaque de Salisbury: la Fédération de Russie rejette les conclusions du Royaume-Uni et de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques

Pour la troisième fois depuis l’attaque menée le 4 mars dernier à Salisbury, au Royaume-Uni, contre deux ressortissants russes, M. Sergei Skripal et sa fille Yulia, à l’aide d’un agent neurotoxique, le Conseil de sécurité s’est penché, cet après-midi, sur cette affaire, à la demande du Royaume-Uni.  La Secrétaire générale adjointe et Haut-Représentante pour les affaires de désarmement, Mme Izumi Nakamitsu, a transmis au Conseil les informations reçues de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), laquelle a confirmé la thèse des autorités britanniques.  Pendant cette séance, la représentante du Royaume-Uni a continué d’imputer la responsabilité de l’empoisonnement à la Fédération de Russie.  Son homologue russe a de son côté clamé haut et fort son innocence.

Le 14 mars, le Royaume-Uni avait déjà porté l’affaire devant le Conseil de sécurité, estimant que cette agression -opérée avec un neurotoxique issu d’une classe d’agents de guerre chimiques appelée « Novitchok » et de conception soviétique– indiquait, selon la Première Ministre britannique, Mme Theresa May, que la Fédération de Russie est « très probablement » à l’origine de l’empoisonnement.  Le 5 avril, le Conseil de sécurité s’était de nouveau réuni, à la demande cette fois de la Fédération de Russie, qui, accusée par le Royaume-Uni, a véhémentement nié toute implication de son pays dans cette attaque. 

Le 12 avril, l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques, saisie par le Royaume-Uni en vertu de l’article 8 de la Convention sur les armes chimiques, a rendu public un résumé de son rapport.  L’OIAC, a rapporté Mme Nakamitsu, a conclu que les résultats des analyses des échantillons biomédicaux et environnementaux conduites par les laboratoires qu’elle a désignés indiquent que M. Skripal et sa fille, ainsi qu’un officier de police, ont bien été exposés au produit neurotoxique identifié par le Royaume-Uni.  Ce produit était « très pur », a précisé la Haut-Représentante. 

Mme Nakamitsu a ajouté que, lors d’une réunion de son Conseil exécutif, le Directeur général de l’OIAC avait assuré, aujourd’hui, que les travaux menés par son équipe technique sur le terrain, entre le 19 et le 23 mars, l’avaient été de façon indépendante, en dehors de l’enquête interne du Royaume-Uni.

Les conclusions de l’OIAC confirment celles de mon pays sur l’utilisation d’un agent neurotoxique très pur à Salisbury et sa concentration sur la poignée de porte des Skripal, a déclaré la représentante du Royaume-Uni.  Il s’agit du Novitchok dont nous avions parlé, a-t-elle poursuivi, précisant qu’elle utilisait la terminologie russe, à la différence de l’OIAC, mais qu’il s’agissait bien du même produit. 

La Russie a stocké du Novitchok et n’a pas déclaré ses stocks auprès de l’OIAC, a insisté la représentante, accusant donc ce pays de n’avoir pas respecté ses obligations au titre de la Convention sur l’interdiction des armes chimiques.  Elle a ajouté que le Président Putin lui-même avait été impliqué dans le programme d’armes chimiques, assurant qu’aucun acteur non étatique ne pourrait fabriquer un produit aussi pur.

« À Londres, on pense apparemment que le Président russe peut mener pendant son temps libre un programme chimique », a rétorqué le représentant de la Fédération de Russie.  « Vous devriez plutôt remercier notre président de faire preuve de tant de retenue », a-t-il ironisé.  D’après lui, il n’y a « rien » dans le rapport de l’OIAC qui aiderait la partie britannique à justifier sa position faussée.  Le rapport, a-t-il souligné, ne fait que confirmer que « cette substance aurait pu être produite dans tout laboratoire doté des substances et des capacités nécessaires ». 

« Nous ne vous laisserons pas vous défiler », a prévenu le représentant russe, pour qui le Royaume-Uni s’attèle à faire disparaître toutes les preuves.  Il a dénoncé en outre le refus d’un accès consulaire à Sergei et Yulia Skripal, ressortissants russes, « alors qu’une tentative d’assassinat ayant un caractère terroriste » a été commise à leur encontre.  Concernant la demande de protection consulaire formulée par la Russie auprès de Yulia Skripal, Mme Pierce a affirmé que celle-ci l’avait déclinée pour le moment.  Les Skripal ont exceptionnellement bien réagi aux soins qu’ils ont reçus, le Novitchok attaquant le système nerveux et entraînant maladie et hallucinations, a-t-elle ensuite annoncé.

Faisant référence à l’attaque chimique alléguée en Syrie la semaine dernière, M. Nebenzia a déclaré que « Salisbury et Douma sont liés: dans les deux cas, il s’agit d’une provocation et on accuse la Russie pour la discréditer ».  Et il a averti: « Il n’y aura pas d’impunité.  Les responsables de ces provocations devront être punis. »

À l’opposé, la représentante des États-Unis a déclaré que « Douma et Salisbury sont les deux incidents les plus récents qui nous rappellent que ce sont là des armes de terreur ».  « Si les armes chimiques peuvent apparaître dans une petite ville d’Angleterre, où peuvent-elles apparaître demain? » a-t-elle demandé.  L’OIAC a établi un rapport indépendant qui confirme l’analyse du Royaume-Uni, a relevé la représentante, pour qui l’attaque de Salisbury est un acte qui fait fi du consensus international sur l’interdiction d’utiliser des armes chimiques. 

Pour sa part, le représentant du Kazakhstan a déploré que l’esprit de confrontation et la polarisation prévalent au Conseil et aient conquis d’autres enceintes, « y compris à La Haye », où, a-t-il estimé, les membres de la Convention sur les armes chimiques sont eux aussi divisés.  À l’instar de la Guinée équatoriale, il a appelé les parties concernées à la retenue.

LETTRE DATÉE DU 13 MARS 2018, ADRESSÉE AU PRÉSIDENT DU CONSEIL DE SÉCURITÉ, PAR LE CHARGÉ D’AFFAIRES PAR INTÉRIM DE LA MISSION PERMANENTE DU ROYAUME-UNI DE GRANDE-BRETAGNE ET D’IRLANDE DU NORD AUPRÈS DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES (S/2018/218)

Déclarations

Mme IZUMI NAKAMITSU, Secrétaire générale adjointe et Haut-Représentante pour les affaires de désarmement, a expliqué au Conseil de sécurité qu’en l’absence de moyens propres aux Nations Unies, elle transmettait les informations reçues de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC).  Le Royaume-Uni, a-t-elle rappelé, a requis l’assistance technique de l’OIAC en vertu de l’article VIII de la Convention sur les armes chimiques, dans l’incident qui s’est produit à Salisbury, le 4 mars dernier, et a impliqué un agent neurotoxique.

Le Directeur général de l’OIAC a donc décidé de dépêcher au Royaume-Uni une équipe afin de mener une visite d’assistance technique, a expliqué Mme Nakamitsu. 

Au cours de son déploiement, entre le 19 et le 23 mars dernier, l’équipe a reçu des informations relatives à la santé des trois individus affectés par l’agent contaminant et collecté des échantillons de sang, qu’elle a envoyés au laboratoire du l’OIAC, puis à d’autres laboratoires désignés par l’OIAC pour des analyses supplémentaires. 

Par ailleurs, a poursuivi la Haut-Représentante, l’équipe en question a mené un échantillonnage environnemental, tout en continuant d’assurer la traçabilité des éléments de preuve. 

L’équipe a reçu des informations concernant le produit chimique toxique identifié par le Royaume-Uni.  Elle a analysé les résultats provenant de l’analyse chimique des échantillons biomédicaux et des échantillons environnementaux collectés sur le site par les autorités britanniques. 

L’OIAC a conclu que les résultats des analyses des échantillons biomédicaux conduites par les laboratoires qu’elle a désignés indiquent que les trois individus ont été exposés à ce produit toxique. 

De plus, les résultats des analyses des échantillons environnementaux ont montré que ce produit chimique toxique était présent dans les échantillons collectés, a rapporté la Haut-Représentante.  Ils confirment les conclusions du Royaume-Uni quant à l’identité du produit neurotoxique utilisé le 4 mars, à Salisbury. 

En outre, a souligné Mme Nakamitsu, le produit chimique en question était « très pur ».

Sur la base des analyses menées par quatre laboratoires, le Secrétariat technique de l’OIAC a élaboré un rapport qui a été envoyé au Royaume-Uni, et, sur sa demande, à tous les autres États parties à la Convention, le 12 avril.  L’OIAC a également rendu public un résumé dudit rapport.

Mme Nakamitsu a informé que le Secrétaire général de l’OIAC a assuré aujourd’hui que la capacité et la fiabilité techniques des laboratoires désignés par l’Organisation ont fait l’objet d’examens approfondis et réguliers au fil des ans.  Les travaux menés par l’équipe de visite l’ont été de façon indépendante, sans l’implication d’autres États parties et en dehors de l’enquête interne du Royaume-Uni.

« L’emploi d’agents neurotoxiques ou toute arme chimique est inacceptable et représente une grave violation du droit international », a conclu Mme Nakamitsu.

Mme KAREN PIERCE (Royaume-Uni) a déclaré que le rapport de l’OIAC avait été distribué sans amendements des États parties.  Les conclusions de l’OIAC confirment celles de mon pays sur l’utilisation d’un agent neurotoxique très pur à Salisbury et sa concentration sur la poignée de porte des Skripal, a-t-elle dit.  Il s’agit du Novitchok dont nous avions parlé, a-t-elle poursuivi, précisant qu’elle utilise la terminologie russe, à la différence de l’OIAC, mais qu’il s’agissait bien du même produit. 

Sa pureté suggère que ce produit a été fabriqué par un laboratoire très sophistiqué, a poursuivi la représentante, en notant que ni l’OIAC ni les laboratoires britanniques n’identifiaient un pays ou un laboratoire responsable.  Néanmoins, a-t-elle ajouté, d’après le Royaume-Uni, c’est bien la Russie qui est derrière l’attaque de Salisbury.  Seul ce pays dispose des moyens techniques et opérationnels et d’un mobile », a-t-elle accusé, en citant un ensemble de sources fiables et de renseignements. 

Mme Pierce a ainsi déclaré que l’URSS avait élaboré du Novitchok, qui appartient à la famille des défoliants, pour contourner les contrôles de l’Occident et de l’OIAC.  La Russie a stocké du Novitchok et n’a pas déclaré ses stocks auprès de l’OIAC, a-t-elle déclaré, accusant donc ce pays de n’avoir pas respecté ses obligations au titre de la Convention sur les armes chimiques.  La représentante a ajouté que le Président Putin lui-même avait été impliqué dans le programme d’armes chimiques, assurant qu’aucun acteur non étatique ne pourrait fabriquer un produit aussi pur.

Mme Pierce a ensuite mentionné les meurtres commis par la Russie à l’étranger, mentionnant l’empoisonnement mortel d’Alexandre Litvinenko au polonium par le FSB -les services secrets russes-, qui a, selon elle, sûrement été approuvé par le Président Putin.  La Russie a aussi des motifs pour tuer Sergei Skripal, qui est un ancien agent du GRU -les services secrets militaires russes- condamné pour espionnage en 2006.  Il est fort probable qu’il était une cible pour les services secrets russes, a estimé Mme Pierce. 

Concernant la demande de protection consulaire formulée par la Russie auprès de Yulia Skripal, Mme Pierce a affirmé que celle-ci l’avait déclinée pour le moment.  Les Skripal ont exceptionnellement bien réagi aux soins qu’ils ont reçus, le Novitchok attaquant le système nerveux et entraînant maladie et hallucinations, a-t-elle ensuite annoncé.

La représentante a insisté sur la complexité de l’enquête, expliquant que 250 détectives y participaient, avant d’indiquer qu’il faudrait plusieurs mois pour décontaminer le site à Salisbury, lequel ne sera plus accessible avant la fin de la décontamination.  Mme Pierce a jugé absurde l’accusation selon laquelle Yulia Skripal aurait été empoisonnée par le Royaume-Uni.  Cela se produit peut-être en Russie mais pas dans mon pays, a-t-elle assuré. 

Le Ministre des affaires étrangères russe, M. Sergey Lavrov, ayant parlé récemment de l’utilisation d’un agent nommé BZ, Mme Pierce a ensuite expliqué que le Directeur général de l’OIAC avait dit qu’un échantillon distinct de ceux prélevés sur les corps et dans l’environnement des Skripal, et qui contenait du BZ, avait été transféré aux fins d’analyse à un laboratoire.  C’est ce qu’on appelle un échantillon de contrôle, qui est une pratique suivie dans ce type d’analyse, a expliqué la représentante.  Contrairement à ce qu’a pu affirmer le Ministre des affaires étrangères russe, aucun échantillon de BZ n’a été retrouvé à Salisbury, a affirmé Mme Pierce, qui s’est interrogée sur les raisons qui avaient pu pousser M. Lavrov à mentionner la présence de BZ. 

La Russie continue de chercher à participer à l’enquête indépendante du Royaume-Uni, a poursuivi Mme Pierce, y voyant là l’agissement d’un pompier pyromane.  La représentante a toutefois assuré que son pays répondrait à la demande de la Russie formulée dans le cadre de l’article 9 de la Convention sur les armes chimiques, ajoutant toutefois que le Royaume-Uni disposait, aux termes de la Convention, de 10 jours pour ce faire, jusqu’à demain donc, ce qui explique qu’il ne l’ait pas encore fait, même si la Russie avait demandé des réponses pour le 17 avril.  Nous partagerons notre réponse avec tous les États parties à la Convention et, si celle-ci le permet, avec tous les membres du Conseil de sécurité, a conclu la déléguée. 

M. JUAN MARCELO ZAMBRANA TORRELIO (Bolivie) a déclaré que, face aux allégations récentes concernant l’utilisation d’armes ou d’agents chimiques, il fallait en priorité préserver la crédibilité de la Convention sur les armes chimiques, en s’assurant notamment que toute enquête faisant suite à de telles allégations soit menée en accord avec les dispositions de cet instrument.  Cela suppose, a-t-il ajouté, que ces enquêtes soient réalisées de façon « approfondie », « impartiale » et « objective », afin de parvenir à des conclusions basées sur des preuves « fiables ».  Il est également très important, a ajouté le représentant, que les pays concernés aient recours aux canaux diplomatiques de rigueur, afin de garantir le respect du principe de coopération bilatérale, en vue de parvenir à une solution par la voie du dialogue.

Pour Mme NIKKI R. HALEY (États-Unis), « nous faisons face à une réalité effrayante ».  « Si les armes chimiques peuvent apparaître dans une petite ville d’Angleterre, où peuvent-elles apparaître demain? » a-t-elle demandé.  L’OIAC a établi un rapport indépendant qui confirme l’analyse du Royaume-Uni, a relevé la représentante, pour qui l’attaque de Salisbury est un acte qui fait fi du consensus international sur l’interdiction d’utiliser des armes chimiques. 

Les États-Unis, a rappelé Mme Haley, partagent l’analyse du Royaume-Uni sur la responsabilité de la Fédération de Russie.  Faisant allusion à la récente attaque présumée à l’arme chimique en Syrie, la représentante a déclaré que « Douma et Salisbury sont les deux incidents les plus récents qui nous rappellent que ce sont là des armes de terreur ».  Elle a fermement condamné l’utilisation d’un agent neurotoxique russe sur le sol d’un autre État Membre.

« L’utilisation d’armes de destruction massive ne doit pas devenir routinière », a insisté la représentante.  Il nous faut adopter une position ferme, sinon, a-t-elle averti, « la prochaine attaque nous attend, auquel cas il sera trop tard pour les victimes et les survivants ».  C’est là une question de morale fondamentale, a-t-elle conclu.

M. FRANÇOIS DELATTRE (France) a rappelé que la France avait soutenu le Royaume-Uni depuis le début dans cette affaire.  Il a de nouveau exprimé sa solidarité avec le Royaume-Uni, partageant sans réserve son analyse et saluant sa « volonté de transparence ». 

Constatant que les résultats de l’OIAC, « tels qu’ils nous ont été exposés, confirment les conclusions britanniques », M. Delattre a déclaré que la France souscrivait aux conclusions de l’enquête de l’OIAC.  Elle invite de nouveau la Russie à répondre aux interrogations des Britanniques et lui demande « d’apporter toutes les clarifications nécessaires » sur le développement d’un éventuel programme d’armes chimiques à l’échelle de l’État.

Dressant un parallèle entre l’attaque de Salisbury et celle ayant frappé la ville de Douma dans le cadre du conflit syrien, M. Delattre a rappelé que la France avait lancé, au mois de janvier, un partenariat pour bannir l’emploi des armes chimiques, auquel 28 pays avaient déjà adhéré, « dont quatre cette dernière semaine ».

La multiplication des attaques chimiques soulève « le risque d’une terrible régression pour nous tous », a insisté le représentant.  Pour lui, « ceux qui bloquent notre action et qui trichent avec leurs engagements, qui pratiquent délibérément des campagnes de désinformation et de manipulation des faits, visant à diviser et désorienter les opinions publiques, prennent la responsabilité d’une grave banalisation de l’emploi d’armes chimiques » et contribuent au risque de mettre à bas le régime de non-prolifération dont ils devraient être les garants.  M. Delattre a conclu en déclarant que la France, « marquée dans sa chair par les effets dévastateurs des armes chimiques au cours du premier conflit mondial, ne tolérera jamais que leur emploi reste impuni ».

M. MA ZHAOXU (Chine) s’est dit opposé à l’emploi d’armes chimiques en toutes circonstances.  Notant que les parties concernées n’étaient pas arrivées à des conclusions acceptables pour tous, le délégué a souligné la nécessité d’une enquête impartiale et complète.  Il a demandé pour cela une collecte de preuves irréfutables.  « Nous devons élucider les faits », a-t-il dit.  Enfin, le représentant a exhorté les parties à rejeter la mentalité de la guerre froide et à coopérer.  Les membres du Conseil doivent rester unis, a-t-il conclu. 

M. PAWEL RADOMSKI (Pologne), réitérant ses préoccupations face à l’utilisation d’un agent neurotoxique, a salué le rapport de l’OIAC, qui confirme les conclusions du laboratoire britannique et demandé à la Russie de « répondre aux demandes légitimes du Royaume-Uni ».  Il est hautement probable que le Gouvernement de la Fédération de Russie soit responsable de cet incident, a-t-il estimé.  Pour la Pologne, la Russie doit informer l’OIAC de tout programme pertinent lié à cette affaire.  C’est là un exemple parmi d’autres de violation du droit international et des dispositions de la Convention sur les armes chimiques, a conclu le représentant. 

M. THÉODORE DAH (Côte d’Ivoire) a dit accorder une attention particulière aux suites de l’enquête menée par les autorités britanniques, en vue de faire définitivement la lumière sur cet incident.  Le représentant a invité les différentes parties prenantes à faire preuve de retenue et à collaborer, conformément à leurs obligations internationales.  Condamnant tout recours à l’arme chimique, il a salué les efforts collectifs en cours pour mettre en place un mécanisme de responsabilisation à l’encontre des utilisateurs d’armes chimiques.

M. KAIRAT UMAROV (Kazakhstan) a constaté que le rapport de l’OIAC montrait que cette organisation et le Royaume-Uni confirmaient tous deux l’utilisation d’un produit chimique toxique à Salisbury, estimant que cela constituait déjà un signe alarmant exigeant une enquête transparente. 

Malheureusement, a poursuivi le représentant, l’utilisation d’armes chimiques est devenue une priorité dans le programme de travail du Conseil de sécurité.  Or, cette même question est aussi le talon d’Achille du Conseil, d’autant qu’il est de plus en plus difficile de se faire un jugement car nous ne sommes pas des experts en substances chimiques dans ce cas particulier, a ajouté M. Umarov.  Il est également difficile de maintenir un dialogue constructif et de faire preuve de bonne volonté afin de trouver une solution équilibrée et consensuelle à cause de la politisation qui entoure cette question, a regretté le représentant. 

M. Umarov a ainsi déploré que l’esprit de confrontation et la polarisation prévalent au Conseil et aient conquis d’autres enceintes, « y compris à La Haye », où, a-t-il estimé, les membres de la Convention sur les armes chimiques sont aussi divisés et font face à des obstacles pour tenir des discussions purement professionnelles et techniques sur ces préoccupations hautement importantes. 

Le Kazakhstan escompte une enquête complète, objective et transparente sur cet incident conformément aux normes du droit international, a encore déclaré le représentant, qui a appelé les parties concernées à la retenue et à ne pas prendre de mesures hâtives sans donner des preuves irréfutables et complètes de l’implication ou de la culpabilité d’une partie ou de l’autre. 

M. CARL ORRENIUS SKAU (Suède) a déclaré, « comme sa collègue britannique », qu’il était « hautement probable » que la Russie soit responsable de l’attaque de Salisbury.  Il n’y a pas d’autre scénario possible, a-t-il poursuivi.  Le représentant a dit sa confiance dans les travaux de l’OIAC sur l’identité de l’agent neurotoxique utilisé à Salisbury.  Il a enfin exhorté la Russie à répondre aux questions du Royaume-Uni, avant de fermement condamner l’emploi d’armes chimiques. 

M. ANATOLIO NDONG MBA (Guinée équatoriale) a salué le rapport établi par l’OIAC suite aux analyses des échantillons menées par ses laboratoires.  Le rapport démontre que les individus en question ont été exposés à des agents chimiques très purs dont nous devons condamner l’utilisation, a-t-il insisté.  Il faut trouver une solution pour identifier l’auteur ou les auteurs de l’utilisation de ces produits et les sanctionner « sans hésiter ». 

Le représentant a demandé aux Gouvernements russe et britannique de faire montre de retenue et les a engagés à trouver une solution pour apaiser cette crise diplomatique.  En conclusion, il a rejeté l’utilisation, le stockage, la mise au point et la distribution d’armes chimiques où que ce soit et par qui que ce soit, et a insisté sur la nécessité de créer un mécanisme indépendant et professionnel à cette fin. 

M. DAWIT YIRGA WOLDEGERIMA (Éthiopie) a souligné que le travail de l’OIAC s’était limité à identifier le produit utilisé à Salisbury mais pas le pays responsable de l’attaque.  Il a demandé la conduite d’une enquête approfondie et indépendante, avant de dénoncer l’emploi d’armes chimiques, en toutes circonstances.  « Nous devons coopérer et respecter les règles que nous nous sommes fixées », a recommandé le délégué.

Après avoir condamné une nouvelle fois l’attaque de Salisbury, Mme LISE GREGOIRE VAN HAAREN (Pays-Bas) a exhorté la Fédération de Russie à changer son fusil d’épaule et à coopérer pleinement.  Choquée par cette attaque commise avec une arme chimique sur le sol britannique, la représentante a renouvelé sa solidarité avec le Royaume-Uni et souscrit aux conclusions de l’Union européenne du 22 mars dernier.  Elle a aussi rappelé que l’enquête indépendante de l’OIAC confirme les conclusions des autorités anglaises: l’attaque contre Mme Yulia Skripal et M. Sergei Skripal avait été menée en utilisant du Novitchok.  « Ce fait est maintenant au-dessus de tout soupçon. »

La Fédération de Russie doit coopérer, a-t-elle demandé en soulignant que, comme le rapport de l’OIAC l’a rendu plus évident qu’auparavant, il est très probable que la Russie soit responsable de l’attaque.  Il n’y a pas d’autre explication plausible, selon elle.  La représentante n’a pas jugé utile que ce pays continue à diffuser une version alternative, non plausible, des événements de Salisbury.  « Nous n’approuvons pas les tentatives de la Fédération de Russie, à l’OIAC et ailleurs, de créer des obstacles procéduraux », a-t-elle lancé, souhaitant que les autorités britanniques puissent effectuer leur suivi de cette attaque chimique sur leur sol. 

Pour arriver à résoudre cette question, Mme Gregoire Van Haaren a demandé à la Fédération du Russie de donner au Royaume-Uni toutes les informations relatives aux questions en suspens sur les événements de Salisbury.  Elle l’a aussi appelée à coopérer aux efforts pour traduire devant la justice les responsables, avant d’exiger qu’elle donne à l’OIAC toutes les informations sur son programme sur le Novitchok. 

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) a souhaité un prompt rétablissement aux victimes de l’attaque de Salisbury.  Le délégué a condamné l’usage d’armes chimiques en toutes circonstances et exprimé sa solidarité avec le Royaume-Uni.  Enfin, il a exhorté les parties concernées à coopérer aux enquêtes de l’OIAC. 

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a dit n’avoir rien entendu de nouveau aujourd’hui, ajoutant en ironisant qu’on n’en était plus à Alice au pays des merveilles, mais à « Alice qui se regarde dans un miroir ».  Nos partenaires occidentaux ne cherchent pas à obtenir la vérité, s’est plaint le représentant, pour qui le Royaume-Uni n’a pas attendu de recevoir de réponses aux questions qu’il avait lui-même posées.  « N’hésitez pas à nous poser des questions aujourd’hui », a-t-il lancé. 

Pour M. Nebenzia, il n’y a « rien » dans le rapport de l’OIAC qui aiderait la partie britannique à justifier sa position faussée.  Le rapport, a-t-il souligné, ne fait que confirmer que « cette substance aurait pu être produite dans tout laboratoire doté des substances et des capacités nécessaires ».  La formule de cette substance est connue depuis 1998, elle est listée par le Centre de recherche pour la défense des États-Unis et une recherche sur Google du mot clef « Novitchok » révèle que plus de 140 brevets existent pour des antidotes, a-t-il affirmé. 

Selon le représentant, « il reste toujours autant de points flous dans cette histoire » et l’incertitude ne fait qu’augmenter.  Il a cité la déclaration faite aujourd’hui par le représentant du Royaume-Uni au Conseil exécutif de l’OIAC, lui reprochant de reprendre « les mêmes accusations infondées ».  « Tout cela nous rappelle tristement l’affaire Litvinenko », a poursuivi M. Nebenzia.  Affaire dans laquelle, a-t-il rappelé, les Britanniques avaient interdit aux experts de l’OIAC de mentionner le type d’assistance technique demandée et d’identifier la substance chimique.

Comme les règles ne l’autorisent pas à parler de ce qu’il y a dans l’actuel rapport de l’OIAC, M. Nebenzia a annoncé qu’il parlerait de ce qui ne s’y trouve pas.  « Ce qui est absent du présent rapport, c’est toute mention de la Fédération de Russie et des facteurs d’empoisonnement des trois individus », a-t-il affirmé, ajoutant qu’il n’y était fait aucune mention des soins qui leur sont prodigués ni de la façon dont la substance toxique aurait pu être trouvée en haute concentration près de trois semaines après l’incident, ou encore pourquoi elle n’a pas été létale. 

« Ne trouvez-vous pas étrange qu’on ne présente pas les raisons pour lesquelles on ne trouve pas dans les échantillons de sang une substance neurotoxique? » a demandé le représentant.  Pour lui, « il est fort probable qu’avant qu’on ne récolte les échantillons de sang, on ait injecté les échantillons dans le corps des victimes pendant qu’elles étaient dans le coma; voilà pourquoi cet agent n’a pas eu le temps de réagir ».  Les experts disposeraient-ils de substances toxiques comme le A234 qui ne sont pas sur les listes de l’OIAC? a-t-il également demandé. 

Le Royaume-Uni et ses alliés ne cherchent pas à faire preuve de professionnalisme et les experts continuent de contredire la version britannique, a poursuivi M. Nebenzia.  « Tout doute de la bonne volonté des États parties de respecter la Convention sur les armes chimiques doit être régi conformément à l’article 9 de la Convention », a-t-il fait valoir.  Il a indiqué que la Fédération de Russie lancerait une enquête indépendante au titre du point 2 de l’article 9 et que des questions avaient été envoyées le 13 avril au Royaume-Uni par le truchement du Secrétariat technique de l’OIAC. 

M. Nebenzia a dénoncé une « guerre de désinformation » menée par le Royaume-Uni contre la Russie dans le cadre de l’affaire dite Skripal et les contradictions qui découlent des analyses évoquées.  Aux 47 questions envoyées, il a dit n’avoir reçu pour l’instant que deux réponses partielles. 

« Nous ne vous laisserons pas vous défiler », a prévenu le représentant, pour qui le Royaume-Uni s’attèle à faire disparaître toutes les preuves.  On a notamment fait disparaître les animaux dans la maison de Sergei Skripal, a-t-il accusé, dénonçant en outre le refus d’un accès consulaire à Sergei et Yulia Skripal, ressortissants russes, « alors qu’une tentative d’assassinat ayant un caractère terroriste » a été commise à leur encontre. 

« Nous n’accepterons pas les résultats de quelque enquête que ce soit sans que soit réalisé notre accès consulaire à ces citoyens et à toutes les informations », a averti M. Nebenzia.  Après les accusations de la représentante britannique directement à l’encontre du Président Putin de Russie, il a constaté ironiquement que, « à Londres, on pense apparemment que le Président russe peut mener pendant son temps libre un programme chimique ».  « Londres a dépassé les limites », s’est indigné M. Nebenzia, qui a ajouté: « Vous devriez plutôt remercier notre président de faire preuve de tant de retenue. »

Faisant à son tour référence à l’attaque chimique alléguée en Syrie, M. Nebenzia a déclaré que « Salisbury et Douma sont liés: dans les deux cas, il s’agit d’une provocation et on accuse la Russie pour la discréditer ». 

En conclusion, le représentant a dit attendre avec impatience « la suite de cette série ».  Se réservant le droit de convoquer également une nouvelle séance du Conseil de sécurité, il a averti en conclusion: « Nous allons demander de votre part la vérité.  Nous sommes d’accord sur un point: il n’y aura pas d’impunité.  Les responsables de ces provocations devront être punis. »

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) s’est dit préoccupé par l’utilisation d’un agent chimique létal dans un lieu public au Royaume-Uni, qui a mis gravement en danger la vie d’au moins trois personnes.  Réaffirmant la solidarité de son pays envers la population potentiellement exposée à cet agent chimique, il a condamné l’utilisation de toutes les armes chimiques quelles qu’elles soient.  Cette pratique, a-t-il ajouté, constitue de facto une menace pour la paix internationale, un « crime atroce » et une « violation flagrante » du régime de non-prolifération.  Le représentant a rappelé que la Convention sur les armes chimiques proscrit toute utilisation d’un agent chimique en tant qu’arme.  Il a appelé les parties concernées à coopérer pleinement avec les enquêtes en cours, de façon à trouver les responsables et décider des sanctions.

Mme PIERCE (Royaume-Uni), intervenant de nouveau, a rappelé que l’enquête conduite dans son pays sur l’attaque de Salisbury était indépendante et menée dans le plein respect des règles de l’OIAC.  Nous ne possédons pas d’armes chimiques, a-t-elle ensuite assuré, ajoutant que le laboratoire de Porton Down respectait la Convention sur les armes chimiques.  Elle a répété que son pays disposait de 10 jours pour répondre aux questions posées par la Russie et qu’il le ferait dans ces délais.  Nous respectons la Russie et n’avons aucun problème avec son peuple, a poursuivi la représentante, « mais nous nous élèverons contre tout comportement irresponsable, en Syrie ou à Salisbury ».  Ce qui s’est passé à Salisbury est digne du roman 1984 de George Orwell, mais à la sauce russe, a-t-elle conclu. 

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