Loin d’être achevée, la lutte contre Daech est entrée dans une nouvelle phase, déclare le Chef du Bureau de lutte contre le terrorisme des Nations Unies

CS/13202
8 février 2018
8178e séance – matin

Loin d’être achevée, la lutte contre Daech est entrée dans une nouvelle phase, déclare le Chef du Bureau de lutte contre le terrorisme des Nations Unies

Daech continue de poser une menace significative, malgré la perte de son ancrage territorial, la détérioration de son appareil de propagande et une diminution de 90% de ses revenus depuis 2015, a déclaré ce matin, devant le Conseil de sécurité, le Secrétaire général adjoint et Chef du Bureau de lutte contre le terrorisme des Nations Unies, M. Vladimir Voronkov, pour qui « la lutte est loin d’être achevée ».

Ce point de vue a été partagé par les membres du Conseil, qui se sont montrés préoccupés notamment par les dangers que représentent l’utilisation d’Internet à des fins de propagande par les terroristes et le retour dans leur pays d’origine des combattants terroristes étrangers partis en Syrie ou en Iraq, ou encore leur passage dans des pays tiers. 

Venu présenter le sixième rapport du Secrétaire général sur la menace posée par Daech et l’action de l’ONU pour aider les États Membres à y remédier, M. Voronkov a détaillé « la nouvelle phase » dans laquelle est entrée la lutte contre Daech, depuis les revers militaires essuyés par ce dernier en Syrie, en Iraq et dans le sud des Philippines.  « Daech n’est plus axé sur la conquête de territoire mais a dû se recentrer autour d’un plus petit groupe d’individus, très déterminés à préparer, encourager ou commettre des attaques », a-t-il expliqué. 

Présentant le retour ou le passage dans un pays tiers des combattants terroristes étrangers comme une « menace considérable », le Secrétaire général adjoint a insisté sur la menace grandissante posée par Daech et ses groupes associés en Égypte, en Libye, au Mali ou encore en Afghanistan. 

Pour y remédier, M. Voronkov a tout d’abord souligné l’importance de la liste des sanctions du Comité Al-Qaida et d’un partage des renseignements entre États.  Il a également appelé à pleinement appliquer le cadre international contre le terrorisme, à combler les lacunes dans la coopération antiterroriste et à remédier aux raisons sous-jacentes expliquant l’attrait de l’extrémisme violent sur les jeunes.  Le sommet des chefs des agences antiterroristes des États Membres prévu en juin prochain à l’ONU devrait apporter des éléments de réponse, a-t-il estimé. 

Loin de se « reposer sur leurs lauriers », selon l’expression utilisée par les représentants du Royaume-Uni et de l’Éthiopie, les membres du Conseil ont présenté les grands axes de leur action pour vaincre définitivement ce que la représentante des Pays-Bas a appelé « le mythe de Daech ». 

La représentante des États-Unis, qui a mis en avant les actions de son pays et de la coalition d’États Membres dans l’affaiblissement de Daech en Syrie et en Iraq, a ainsi promis de poursuivre le combat « jusqu’à ce que son territoire disparaisse des cartes ». 

Sur un plan financier, elle a exhorté tous les États Membres à intensifier leurs efforts pour tarir les sources de financement de Daech et d’Al-Qaida et à prendre leurs obligations « au sérieux ».  « Nous nous attendons à ce que Daech tente de s’infiltrer dans des entreprises légitimes en Iraq et en Syrie pour trouver de nouveaux moyens de lever des fonds », a-t-elle mis en garde.  Le représentant de la Fédération de Russie a estimé à ce propos que certaines sociétés occidentales n’étaient pas opposées à faire des affaires avec des terroristes et a exhorté les autorités des pays concernés à y remédier. 

Face au risque que représente le retour des combattants terroristes étrangers, plusieurs délégations ont plaidé pour la pleine mise en œuvre de la résolution 2396 (2017), adoptée le 21 décembre dernier, qui prévoit des mesures visant à renforcer la sécurité aux frontières et le partage d’informations, ainsi que des dispositions pour améliorer la coopération judiciaire et policière.  « Nous devons améliorer nos outils de détection et renforcer le partage d’informations, en particulier avec Interpol, mais aussi concevoir des réponses judiciaires adaptées », a ainsi déclaré le représentant de la France, appuyé par son homologue du Pérou. 

Rappelant que l’un des aspects essentiels de cette résolution portait sur la collecte des données des dossiers passagers pour améliorer la détection des combattants terroristes étrangers, la représentante des Pays-Bas a encouragé les États Membres à faire du développement de cette capacité leur priorité.  Son homologue de la Guinée équatoriale a fait observer que les systèmes de données biométriques et de reconnaissance faciale laissaient « des angles morts en termes de protection », ajoutant que les frontières maritimes ou terrestres de certaines régions comme l’Afrique centrale étaient « très perméables ». 

Plusieurs délégations, à l’image de l’Éthiopie, ont souhaité un appui au renforcement des capacités antiterroristes des pays qui en ont besoin.  Le représentant de la Côte d’Ivoire a invité la Direction exécutive du Comité contre le terrorisme à apporter aux États qui lui demandent un appui pour traduire en mesures concrètes les obligations que leur imposent les résolutions du Conseil. 

Les membres du Conseil ont également été nombreux à souligner l’importance de la lutte contre la propagation de l’extrémisme violent sur Internet, « nouvelle frontière de notre combat contre Daech », selon les mots du représentant français.  Son collègue du Royaume-Uni a appelé les grandes entreprises technologiques à se montrer proactives dans la suppression des contenus terroristes.  Le représentant de la Suède a, quant à lui, rappelé la condamnation l’an dernier à une peine de prison, dans son pays, d’une personne qui avait incité à commettre un acte terroriste sur les médias sociaux:  « Le défi est de savoir protéger nos citoyens tout en préservant la circulation libre, ouverte et sûre de l’information. » 

Dernier axe de la lutte contre Daech, plusieurs membres ont rappelé la nécessité de lutter contre l’impunité des crimes commis par Daech, tout en respectant l’état de droit et les droits de l’homme.  Plusieurs ont cité en exemple le mécanisme indépendant international d’enquête sur les crimes commis par Daech en Iraq, créé en septembre dernier par le Conseil.  La représentante des Pays-Bas a souhaité que l’équipe d’enquêteurs soit rapidement mise en place.  Comme son homologue des États-Unis l’a rappelé, « le dernier délai pour agréer les termes du mandat de l’équipe d’enquêteurs prévue par cette résolution est fixé à demain ».  Elle a donc souhaité que l’ONU et l’Iraq parviennent à un accord. 

MENACES CONTRE LA PAIX ET LA SÉCURITÉ INTERNATIONALES RÉSULTANT D’ACTES DE TERRORISME

Sixième rapport du Secrétaire général sur la menace que représente l’État islamique d’Iraq et du Levant (Daech) pour la paix et la sécurité internationales et sur l’action menée par l’Organisation des Nations Unies pour aider les États Membres à contrer cette menace (S/2018/80)

Déclarations

M. VLADIMIR VORONKOV, Secrétaire général adjoint du Bureau de lutte contre le terrorisme des Nations Unies, a affirmé que « la lutte contre Daech est entrée dans une nouvelle phase ».  Le sixième rapport du Secrétaire général sur la question montre que, malgré les revers enregistrés par Daech en Iraq, en Syrie et au sud des Philippines l’année dernière, ce groupe et ses associés continuent de poser une menace significative, a-t-il fait observer.  M. Voronkov a expliqué que Daech n’était plus axé sur la conquête de territoires mais avait dû se recentrer autour d’un plus petit groupe d’individus, très déterminés à préparer, encourager ou commettre des attaques. 

S’il est difficile d’évaluer le nombre de combattants terroristes étrangers qui demeurent en Syrie et en Iraq, le flux des combattants vers ces deux pays a quasiment cessé, a précisé le Secrétaire général adjoint, pour qui les combattants qui reviennent ou rejoignent d’autres régions continuent quant à eux de poser une menace considérable.  M. Voronkov a également mentionné la détérioration de l’appareil de propagande de Daech, ajoutant que ses membres continuaient néanmoins de communiquer sur l’« Internet sombre » pour planifier et mener des enquêtes. 

Affirmant que les revenus de Daech avaient diminué de plus de 90% depuis 2015, le Secrétaire général adjoint a souligné la nécessité de faire en sorte que les flux financiers destinés au relèvement des zones reprises à Daech ne tombent pas entre les mains de l’organisation terroriste. 

Évoquant ensuite la menace posée par Daech hors d’Iraq et de Syrie, M. Voronkov a insisté sur la menace grandissante posée par les groupes qui lui sont associés en Égypte.  Daech est déterminé en outre à rebâtir ses capacités en Libye et continue de perpétrer des attaques sporadiques, a-t-il ajouté, avant de rappeler que des groupes associés à Daech continuaient d’opérer au Mali et dans les pays voisins.  En outre, malgré les opérations militaires menées par les forces afghanes et internationales, Daech en Afghanistan continue de perpétrer des attaques d’ampleur, notamment à Kaboul, a-t-il rappelé.

Face à la menace évolutive posée par Daech et au retour des combattants terroristes étrangers, le Secrétaire général adjoint a souligné l’importance pour les États d’un partage des renseignements et de la liste des sanctions du Comité Al-Qaida.  Il a salué l’adoption par le Conseil, ces derniers mois, de résolutions visant notamment à empêcher les terroristes d’acquérir des armes, à assurer la redevabilité pour les crimes commis par Daech en Iraq ou à remédier au phénomène du retour des combattants terroristes étrangers. 

Des partenariats innovants entre agences gouvernementales et acteurs du secteur privé ont permis un partage renforcé d’informations sensibles sur les circuits de financement du terrorisme et sur les individus suspects, a également fait observer M. Voronkov, qui a mentionné en outre l’attention croissante accordée par les États aux programmes de réhabilitation et de réintégration.  Le Secrétaire général adjoint a aussi précisé que 35 des 50 projets inclus dans le plan de l’ONU de renforcement des capacités contre les combattants terroristes étrangers ont été réalisés. 

Nous devons néanmoins éviter l’autosatisfaction, a averti le Secrétaire général adjoint, en soulignant la nécessité de garder « un temps d’avance » sur Daech, qui continue d’évoluer et de s’adapter à la nouvelle réalité.  M. Voronkov a ainsi souligné la robustesse du cadre international contre le terrorisme et plaidé pour sa pleine application, avant de souhaiter que soient comblées les lacunes dans la coopération antiterroriste aux niveaux international, régional et national.  En juin, le Secrétaire général devrait réunir dans un sommet les chefs des agences antiterroristes des États Membres pour renforcer ladite coopération, a déclaré M. Voronkov.

Ce dernier a aussi insisté sur la nécessité de remédier aux raisons sous-jacentes expliquant l’attrait de l’extrémisme violent sur des jeunes hommes et femmes.  La plupart des nouvelles recrues ont entre 17 et 27 ans, a fait observer M. Voronkov, pour qui les groupes extrémistes exploitent leur sentiment d’aliénation et leur offrent un but, aussi erroné soit-il.  Enfin, M. Voronkov a souligné la détermination de son bureau à renforcer la mise en œuvre des instruments antiterroristes internationaux.  « La lutte contre Daech et ses groupes associés est loin d’être achevée », a-t-il conclu. 

Mme KELLEY ANNE ECKELS-CURRIE (États-Unis) s’est félicitée des revers subis par Daech au cours de l’année écoulée.  « Quand vous regardez les cartes du territoire de Daech en Iraq et en Syrie, elles racontent une histoire saisissante », a-t-elle déclaré.  En 2013 et 2014, cette organisation terroriste étendait son emprise.  L’État islamique avait saisi de larges portions des territoires de la Syrie et de l’Iraq pour son califat autoproclamé.  Certaines des plus grandes villes de la région, comme Mossoul, étaient tombées aux mains de Daech.  Aujourd’hui, en 2018, c’est une histoire bien différente que racontent les cartes ».

Les États-Unis ont dirigé une coalition décisive d’États Membres qui a contribué à affaiblir Daech en Syrie et en Iraq, s’est enorgueillie la représentante.  « Notre résolution pour une défaite durable de l’État islamique ne faiblira pas.  Nous poursuivrons ce combat jusqu’à ce que son territoire disparaisse des cartes », a-t-elle assuré.  Mais, a-t-elle averti, cela sera insuffisant, au moment où le groupe terroriste adapte ses tactiques.  En effet, ses combattants restants essaieront de saper la stabilisation et la reconstruction en Iraq et en Syrie.  Les combattants terroristes étrangers de l’État islamique tenteront également de rentrer chez eux et d’ouvrir de nouveaux fronts.  En collaboration avec Al-Qaida, les cellules du groupe État islamique et leurs franchises représentent une menace sérieuse pour la propagation de la terreur aux communautés du monde entier, a rappelé la représentante.

Nous voyons déjà ces attaques méprisables, a poursuivi Mme Eckels-Currie.  Il y a quelques semaines à peine, l’État islamique a revendiqué la responsabilité d’une attaque lâche en Afghanistan contre Save the Children, une ONG humanitaire qui aide plus de 700 000 enfants afghans.  En septembre dernier, en Égypte, c’est encore Daech qui a revendiqué la responsabilité d’une attaque méprisable contre une mosquée, faisant plus de 300 victimes qui étaient en train de prier.  « Alors même que nous renversons Daech sur son territoire principal, il nous faut être vigilants et œuvrer de concert à vaincre ce mal », a ajouté la représentante.

Alors que la lutte contre Daech entre dans une nouvelle phase, une grande partie du travail à faire incombera aux agences d’application de la loi et de renseignements, qui devront mettre en commun leurs ressources et leurs informations pour empêcher les attaques d’être perpétrées, a poursuivi la représentante.  Elle a demandé aux États Membres d’intensifier leurs efforts pour tarir les sources de financement de l’État islamique et d’Al-Qaida.  « Au cours des prochains mois, nous nous attendons à ce que Daech tente de s’infiltrer dans des entreprises légitimes en Iraq et en Syrie pour trouver de nouveaux moyens de lever des fonds.  Tous les États Membres ont pour obligation de geler les avoirs de tous les terroristes figurant sur la liste 1267.  Ils doivent prendre cette obligation au sérieux et s’acquitter de leurs responsabilités de manière globale », a insisté la représentante.  Pour leur part, a assuré Mme Eckels-Currie, les États-Unis exerceront une « vigilance maximale » pour localiser et perturber les réseaux de financement de l’État islamique et d’Al-Qaida.

Nous devons aussi tous redoubler d’efforts pour perturber le flux de combattants terroristes étrangers de part et d’autre des frontières, a poursuivi la représentante, qui a rappelé l’importance à cet égard de la résolution 2396 (2017) du Conseil, dans la mesure où celle-ci prévoit des mesures cruciales visant à renforcer la sécurité aux frontières et le partage d’informations, ainsi que des dispositions pour améliorer la coopération judiciaire et policière.  Cette résolution fixe de plus des normes élevées quant à la manière pour les États d’améliorer leurs outils de contrôle aux frontières et encourage fortement les gouvernements à développer des stratégies de poursuite, de réhabilitation et de réinsertion, aux côtés de la société civile, pour aider à briser le cycle du terrorisme. 

Pour la délégation américaine, il faut également s’appuyer sur la résolution 2379 (2017), qui a établi un mécanisme d’enquête pour documenter les crimes de l’État islamique en Iraq.  L’établissement des responsabilités pour les atrocités commises par Daech est un volet crucial pour surmonter le règne de terreur imposé par cette organisation, a rappelé Mme Eckels-Currie.  Or, a-t-elle rappelé, « le dernier délai pour accepter les termes de référence de ce mécanisme d’enquête est demain.  Nous espérons que l’Iraq et l’ONU parviendront à un accord pour mettre pleinement et rapidement en œuvre cette résolution », a-t-elle souligné.

M. FRANÇOIS DELATTRE (France) a déclaré que si Daech avait perdu son ancrage territorial, la lutte contre le groupe en Syrie et en Iraq n’était pas pour autant terminée.  Nous devons poursuivre nos efforts, y compris au plan militaire, pour empêcher la constitution de sanctuaires, en particulier en Libye, en Afrique de l’Ouest, en Afghanistan et en Asie du Sud-Est, a déclaré le représentant. 

Au-delà des efforts au plan militaire, la France insiste sur quatre domaines d’action prioritaires.

Premièrement, l’évolution des flux de combattants terroristes étrangers doit nous amener à constamment adapter nos législations et nos dispositifs, a déclaré M. Delattre, pour qui il faut anticiper les risques posés par de potentiels retours ainsi que par les combattants qui décident de gagner un pays tiers.  Cela implique notamment d’améliorer nos outils de détection et de renforcer le partage d’informations, en particulier avec Interpol, mais aussi de concevoir des réponses judiciaires adaptées, a ajouté le représentant.  C’est un exercice infiniment complexe compte tenu de la diversité des profils concernés, et dans le cas de la France, du nombre important de femmes et d’enfants, a reconnu M. Delattre, qui a insisté sur le fait que la France attache beaucoup d’importance à une prise en charge spécifique des enfants. 

Deuxièmement, la lutte contre le financement du terrorisme doit rester une priorité absolue.  Notre mobilisation ne doit pas faiblir, a affirmé le représentant, qui a rappelé que la France avait convié une conférence internationale sur le financement du terrorisme à Paris, le 26 avril prochain, afin de permettre un partage d’expertise et d’appeler à un engagement politique renouvelé dans ce combat. 

Troisième priorité, a poursuivi le représentant, il faut continuer à combattre la propagation de cette idéologie barbare, en particulier sur Internet.  La lutte contre Daech sur Internet est bien la nouvelle frontière de notre combat, a affirmé M. Delattre, qui a ajouté que la France était fortement mobilisée afin de mener une discussion franche avec les grands groupes privés d’Internet sur les moyens de contrer la propagande meurtrière de Daech.  Pour le représentant, cette discussion peut avoir lieu aux Nations Unies, mais également dans le cadre du G 7, comme en témoigne la déclaration des Ministres de l’intérieur de ces pays, publiée à Ischia en octobre dernier, ou encore dans le cadre de l’Union européenne, où la France soutient activement les travaux lancés par la Commission européenne dans le cadre du Forum de l’Internet.  M. Delattre a également insisté sur le soutien aux efforts de la société civile en matière de contre-discours, qui visent à exposer les contradictions des groupes terroristes sur le terrain. 

Pour la France, la quatrième priorité consiste en une lutte contre l’impunité pour les crimes commis par Daech, seule méthode effective et durable.  La justice doit faire partie de la réponse à ce fléau, a déclaré M. Delattre, qui a rappelé que la France avait soutenu la création du mécanisme indépendant international d’enquête sur les crimes commis par Daech en Iraq créé en septembre dernier par le Conseil de sécurité.  La France promeut les efforts d’enquête et les poursuites menées dans le respect de l’état de droit et les droits de l’homme, et rappelle à cet égard son opposition constante à la peine de mort en tout lieu et en toute circonstance, a poursuivi le représentant qui a conclu en insistant sur le rôle unique que les Nations Unies devaient jouer dans ce combat multi-fronts contre le terrorisme, et en particulier contre Daech. 

M. STEPHEN BENEDICT HICKEY (Royaume-Uni) s’est dit fier du rôle joué par son pays dans la défaite de Daech.  Nous ne devons néanmoins pas nous reposer sur nos lauriers, a-t-il ajouté, et il faut au contraire redoubler nos efforts pour vaincre Daech une bonne fois pour toutes.  Le représentant a souligné l’importance de la lutte contre l’utilisation d’Internet à des fins terroristes, affirmant que les grandes entreprises technologiques devaient jouer un rôle proactif pour supprimer les contenus terroristes sur Internet. 

Nous devons également lutter contre le retour des combattants terroristes étrangers, a poursuivi M. Hickey, qui a plaidé pour le partage de données biométriques des passagers.  Le délégué a également appelé au renforcement des programmes de réintégration et de réinsertion.  Il a ensuite apporté son soutien au Bureau de lutte contre le terrorisme des Nations Unies et a souhaité qu’il se dote des capacités nécessaires pour apporter une assistance aux pays qui en ont besoin.  Nous devons rester unis pour contrer la nouvelle menace internationale posée par Daech, a-t-il conclu. 

Après avoir salué les progrès réalisés dans la mise en œuvre de la résolution 2368 (2017), M. GUSTAVO MEZA-CUADRA (Pérou) a estimé qu’il était devenu nécessaire de relever le défi posé par le retour des combattants terroristes étrangers dans leur pays d’origine ou leur réinstallation dans des pays tiers.  Il est urgent d’identifier les terroristes, en nous appuyant sur les instruments biométriques, par le biais d’Interpol ou la mise en place de systèmes nationaux de renseignements préalables concernant les voyageurs, a déclaré le représentant. 

M. Meza-Cuadra a ensuite plaidé pour définir des stratégies globales pour enquêter, poursuivre en justice et réprimer ces individus, dans le respect de l’état de droit et des droits de l’homme.  Par ailleurs, il faut mieux coopérer pour contrer la dynamique de plus en plus forte qui existe entre terrorisme, criminalité transnationale organisée et recours au cyberespace, a affirmé le représentant, qui a rappelé que l’utilisation, par les terroristes, des technologies de l’information, en particulier d’Internet, avait permis à des organisations terroristes comme Daech de maintenir une emprise sur les réseaux sociaux.  Enfin, le Pérou encourage les États Membres à se pencher sur les causes profondes de l’extrémisme violent, propice au terrorisme. 

Mme LISE HUBERTA JOHANNA GREGOIRE VAN HAAREN (Pays-Bas) a déclaré que, « même si Raqqa a été libérée, le mythe de l’État islamique d’Iraq et du Levant n’a pas été défait pour autant ».  La représentante s’est inquiétée du niveau élevé de menaces que pose le groupe au Yémen, en Égypte ou encore au Mali.  Elle s’est aussi montrée préoccupée de l’augmentation du nombre de combattants terroristes étrangers qui quittent la Syrie et l’Iraq accompagnés de leur famille.  À cet égard, elle a rappelé qu’un des éléments clefs de la résolution 2396 (2017), adoptée en décembre dernier, portait sur la collecte des données des dossiers passagers pour améliorer la détection des combattants terroristes étrangers.  Elle a encouragé les États Membres à faire du développement de cette capacité leur priorité.

La représentante a également appelé à la création rapide de l’équipe d’enquêteurs à l’appui des efforts engagés à l’échelle nationale en Iraq pour amener l’EIIL à rendre des comptes, telle que mandatée par la résolution 2379 (2017).  La Syrie et l’Iraq doivent en outre devenir parties au Statut de Rome ou au moins accepter la juridiction de la Cour pénale internationale, a-t-elle ajouté. 

Mme Gregoire Van Haaren a par ailleurs appelé à fournir l’assistance technique nécessaire aux pays en manque de capacités, rappelant que la Direction exécutive du Comité contre le terrorisme jouait un rôle clef pour évaluer ces besoins.  En outre, pour que notre lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent soit durable, il nous faut mieux comprendre les racines du phénomène et impliquer les communautés locales pour y faire face, a-t-elle ajouté.

M. TEKEDA ALEMU (Éthiopie) a mis en garde contre toute diminution des efforts de lutte contre le terrorisme.  Il s’est félicité des progrès accomplis dans la lutte contre Daech, avant d’inviter les États Membres à « ne pas se reposer sur leurs lauriers ».  Des défis demeurent, a-t-il dit, en mentionnant l’importance de lutter contre l’utilisation d’Internet à des fins terroristes et la menace posée par le retour des combattants terroristes étrangers.  Il a détaillé la menace posée par Daech et les groupes qui lui y sont associés en Somalie, au Sahel mais aussi en Libye, où lesdits groupes prospèrent. 

M. Alemu a demandé la pleine application du cadre juridique international contre le terrorisme, tout en rappelant le manque de ressources des pays en développement pour une telle application.  La coopération antiterroriste internationale n’est, en l’état, pas suffisante, a conclu le représentant. 

M. OLOF SKOOG (Suède) a déclaré que la capacité à s’adapter aux changements de Daech serait essentielle pour faire face à l’organisation terroriste, avant d’appeler à mettre en œuvre les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité adoptées l’an dernier.  Le représentant a mentionné le lien entre le terrorisme et les conflits, faisant notamment observer que depuis l’an 2000, 99% des décès liés à un acte terroriste avaient été recensés dans un pays en conflit ou connaissant un niveau élevé d’instabilité politique.  Il a aussi souligné que la pleine mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030 devait figurer au cœur des efforts de lutte contre le terrorisme.  Il a également jugé essentiel de gérer la propagation de l’extrémisme violent dans les prisons et a exhorté le Conseil de sécurité à prêter davantage attention à la nécessité de prévenir l’extrémisme violent.

Le représentant a ensuite indiqué que l’an dernier, une personne avait été condamnée, en Suède, à une peine de prison pour avoir utilisé les médias sociaux pour inciter des membres du public à commettre un acte terroriste.  Il a appelé à traiter le phénomène de l’utilisation que font les terroristes des technologies de l’information et des communications sans porter atteinte aux droits de l’homme ni à l’état de droit.  Le défi est de savoir protéger nos citoyens tout en préservant la connectivité mondiale et la circulation libre, ouverte et sûre de l’information qui facilite le développement économique, a-t-il indiqué, ajoutant que les droits dont jouissent les personnes hors ligne devaient également être protégés en ligne, y compris la liberté d’expression.

M. Skoog a aussi appelé à prêter attention aux dimensions sexospécifiques de la lutte contre le terrorisme.  Il a notamment indiqué que, selon une récente étude de la Women´s Alliance for Security Leadership, les associations de défense des droits des femmes sont souvent les premières à avertir des risques d’une hausse de l’extrémisme violent.  Enfin, le représentant a salué la décision du Secrétaire général de convoquer, au mois de juin, une réunion des chefs des agences de lutte contre le terrorisme des États Membres.

M. KAIRAT UMAROV (Kazakhstan) s’est dit gravement préoccupé par le phénomène des combattants étrangers qui, de retour chez eux, commettent des actes terroristes et créent des réseaux satellites dans les pays d’Asie centrale.  Le réseau des « cellules » opère désormais avec une certaine autonomie, compliquant la tâche des services nationaux de sécurité, a constaté le représentant qui a jugé essentiel que les États intensifient l’échange d’informations.  Il a aussi prôné un contrôle plus strict et mieux coordonné d’Internet pour identifier et contenir la propagation de l’idéologie terroriste.  Comme des organisations comme Daech continuent à tirer profit de la vente illégale de pétrole, le représentant a recommandé des mesures exhaustives pour bloquer le transport illégal d’hydrocarbures.  Préoccupé par la situation en Afghanistan qui représente une menace pour tous les États d’Asie centrale, il a apporté son ferme appui à l’agenda du Secrétaire général sur la prévention, lequel a justifié la mission que le Conseil de sécurité a menée le mois dernier à Kaboul.  Le représentant a ensuite fait part des succès dans la mise en œuvre du Plan d’action conjoint pour l’application de la Stratégie antiterroriste mondiale des Nations Unies en Asie centrale.  Il a énuméré les mesures prises pour mettre en œuvre la résolution 2368.  Le Kazakhstan, a-t-il annoncé, est sur le point d’adopter son Programme 2018-2022 de lutte contre l’extrémisme religieux et le terrorisme qui prévoit des mesures pour encourager une implication active de la société civile. 

M. WU HAITAO (Chine) a déploré les attaques terroristes perpétrées récemment en Égypte et en Afghanistan.  Plaidant pour une mise en œuvre intégrale des résolutions du Conseil de sécurité, il a souhaité que soit dégagé un consensus international sur le terrorisme, par l’adoption d’une position commune, dans le respect de la souveraineté de chaque État. 

Il nous faut nous attaquer aux causes profondes du terrorisme, alimenté par les haines religieuses et ethniques, mais aussi par la pauvreté, a exhorté le représentant.  Aussi est-il nécessaire de promouvoir un développement sans exclusive et l’harmonie entre civilisations pour éviter que le terrorisme soit rattaché à une confession spécifique.  M. Wu s’est dit alarmé par la vague de retours dans leurs pays d’origine ou l’arrivée dans des pays tiers de combattants terroristes étrangers, susceptibles d’ouvrir de nouveaux fronts et de propager la menace du terrorisme.  La Chine a, pour sa part, participé à des mécanismes de coopération multilatéraux, notamment au sein de l’Organisation de coopération de Shanghai, et elle est disposée à prêter assistance aux pays qui en auraient besoin.

M. VASSILY A. NEBENZIA (Fédération de Russie) a mentionné la défaite matérielle et financière de Daech en Iraq et en Syrie, tout en se disant préoccupé par la présence grandissante de l’organisation terroriste en Afghanistan.  Il s’est félicité de la diminution drastique des revenus de Daech depuis 2015, grâce notamment aux efforts militaires de la Russie et de la Syrie, qui ont eu pour effet d’empêcher l’accès de Daech aux champs de pétrole et aux gisements de gaz.  Il a indiqué que Daech utilisait le système traditionnel de paiement hawala et des passeurs pour transférer des fonds au bénéfice de comptes en Europe et dans les pays du Golfe.  La Fédération de Russie a alerté le Groupe d’action financière (GAFI) sur cette question, a fait observer le représentant, qui a ensuite estimé que certaines sociétés occidentales n’étaient pas opposées à faire des affaires avec des terroristes, avant d’inviter les autorités des pays concernés à y remédier. 

Le représentant s’est en outre étonné que les autorités du Kurdistan syrien aient récemment décidé de gracier des combattants de Daech, 120 d’entre eux ayant rejoint les forces de l’opposition syrienne.  Il est étonnant que cela soit passé inaperçu, a-t-il déclaré.  Enfin, M. Nebenzia a déploré une mise en œuvre insuffisante de la résolution 2253 (2015), relative aux sanctions contre l’EIIL (Daech) et Al-Qaida et à l’inscription sur la Liste de leurs membres ou de leurs soutiens. 

M. SACHA SERGIO LLORENTTY SOLÍZ (Bolivie) a salué le travail accompli par le du Bureau de lutte contre le terrorisme des Nations Unies jusqu’à présent.  Il s’est alarmé de l’entreprise de désinformation dans laquelle se sont lancées les organisations terroristes, en particulier Daech, avant de rappeler que l’un des principaux arguments de recrutement de tels groupes est la lutte contre l’injustice et les inégalités, sans compter la perspective d’une rémunération, qui exerce un attrait sur une jeunesse désœuvrée. 

Le représentant s’est par ailleurs inquiété de la réinstallation de ces combattants étrangers dans des pays tiers, où ils pourraient commettre des attentats et propager une idéologie de terreur.  Il a plaidé en faveur d’une meilleure coordination des comités des sanctions pertinents du Conseil de sécurité avant d’avertir que l’absence de mécanisme commun d’échange de renseignements appropriés était une lacune qui devait être comblée, et de proposer de fixer des normes spécifiques pour le retour de combattants mineurs.  Enfin, le représentant a appelé à combattre les causes structurelles du terrorisme, en mettant fin notamment aux renversements de régimes, comme ceux qui ont été perpétrés en Iraq et en Libye.

M. BERNARD TANOH-BOUTCHOUE (Côte d’Ivoire) a souligné la nécessité, pour les États Membres, de travailler en faveur d’un objectif commun, par le renforcement des mécanismes de coopération régionale et internationale.  En outre, le représentant a invité la Direction exécutive du Comité contre le terrorisme à accompagner les États qui en manifestent le besoin, en vue de traduire dans leurs législations nationales les mesures concrètes devant leur permettre de s’acquitter pleinement de leurs obligations, aux termes des résolutions pertinentes des Nations Unies.

Le représentant a aussi appelé le Conseil de sécurité à accorder une attention particulière aux régions les plus sensibles, notamment la zone de l’Afrique de l’Ouest, fortement impactée par le phénomène des combattants terroristes étrangers et l’extrémisme violent.  M. Tanoh-Boutchoue a également invité le Conseil de sécurité à soutenir les initiatives des pays du G5 Sahel et les efforts des pays de la région du lac Tchad.  Il a appelé à la solidarité entre États, afin de renforcer les capacités des pays les moins nantis à faire face à l’évolution de cette menace permanente.  Avant de clore, le représentant a annoncé que la Côte d’Ivoire abriterait, dès le mois de juillet 2018, et avec le concours de la France, une école régionale de lutte contre le terrorisme qui aura pour vocation de former les cadres des armées, et notamment les forces spéciales, engagées dans la lutte contre le terrorisme. 

M. ANATOLIO NDONG MBA (Guinée équatoriale) a indiqué que la lutte contre le terrorisme était l’une des priorités de son pays pendant son mandat de membre du Conseil, expliquant que la Guinée équatoriale avait été victime de terrorisme plus d’une fois.  Il a salué les efforts internationaux qui ont permis de considérablement limiter la présence, la mobilité et les capacités financières de Daech dans les zones urbaines.  Il a également souligné les efforts du Secrétaire général et des Nations Unies pour renforcer les capacités de l’ONU à lutter contre la grave menace du terrorisme, saluant notamment le travail accompli par la Direction exécutive du Comité contre le terrorisme pour actualiser le Guide technique pour l’application de la résolution 1373 (2001) et d’autres résolutions pertinentes.

Très préoccupé par les menaces en cascade qu’entraîne le terrorisme, le représentant a constaté que les mesures prises par les États Membres et les sous-régions pour y faire face, comme les systèmes de données biométriques et de reconnaissance faciale, laissaient des « angles morts » en termes de protection.  Les frontières maritimes ou terrestres de certaines régions comme l’Afrique centrale sont en effet très perméables, a-t-il noté, en recommandant d’empêcher la collaboration entre les groupes terroristes. 

Le représentant a ensuite abordé la question des combattants étrangers qui reviennent dans leurs pays d’origine et appelé les États Membres à apporter leur soutien aux efforts de mise en œuvre du plan de développement des capacités pour faire face à ce problème, conformément à la résolution 2396(2017).

Mme JOANNA WRONECKA (Pologne) a souligné l’importance de prévenir l’extrémisme violent et de renforcer les capacités antiterroristes des États Membres.  Elle a déploré que les terroristes continuent d’utiliser l’« Internet sombre » grâce à des technologies d’encryptage sophistiquées pour planifier et commettre des attaques.  Elle a noté le manque actuel de préparation de la communauté internationale face à la « créativité » des terroristes et à la menace évolutive de Daech.  En conséquence, la représentante a plaidé pour le renforcement de la coopération internationale et indiqué que son pays, membre de la coalition internationale en Syrie et en Iraq, était prêt à y prendre toute sa part. 

M. MANSOUR AYYAD SH. A. ALOTAIBI (Koweït) a déclaré que les États Membres devaient redoubler d’efforts pour mettre en œuvre les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, et partager les informations et expertises nécessaires pour lutter contre le terrorisme.  Pour sa part, le Koweït est engagé dans une lutte acharnée contre ce fléau et ses causes profondes.  Le représentant a annoncé l’organisation, à Koweït City, le 13 février, d’une réunion ministérielle internationale contre Daech en vue de définir une stratégie de lutte commune.  Il a en conclusion réaffirmé l’opposition résolue de son gouvernement au terrorisme, sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations. 

 

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