Le nouveau Président de la Commission de consolidation de la paix fait du renforcement des liens avec le Conseil de sécurité une priorité en 2018

CCP/126
31 janvier 2018
Douzième session, 1re séance plénière – matin

Le nouveau Président de la Commission de consolidation de la paix fait du renforcement des liens avec le Conseil de sécurité une priorité en 2018

Le Comité d’organisation de la Commission de consolidation de la paix (CCP) a élu par acclamation, aujourd’hui, le Représentant permanent de la Roumanie, M. Ion Jinga, à la tête de la Commission, dont l’une des cinq priorités sera le renforcement de son rôle consultatif auprès du Conseil de sécurité.  « Le rehaussement du rôle de la Commission dépend de sa bonne relation avec le Conseil, dans le respect de ses compétences », a-t-il dit.

Les délégations ont favorablement accueilli la déclaration du Président, la représentante de la France notant le rôle complémentaire de la Commission et du Conseil sur certains dossiers, en particulier s’agissant de la situation dans le Sahel. 

La déléguée de la Colombie a, elle, estimé que la Commission avait d’ores et déjà « gagné sa place en tant qu’organe consultatif du Conseil » et encouragé la Commission à poursuivre dans cette voie.

M. Jinga remplace le Représentant permanent de la République de Corée auprès des Nations Unies, M. Cho Tae-yul, dont le pays assumera la vice-présidence de la Commission, aux côtés de l’Allemagne, également élue à la vice-présidence. 

Les pays suivants ont été réélus, par acclamation, à la présidence des configurations de la Commission jusqu’au 31 décembre 2018: le Brésil pour la Guinée-Bissau; le Canada pour la Sierra Leone; le Maroc pour la République centrafricaine; la Suède pour le Libéria; et la Suisse pour le Burundi. 

Les présidents de ces configurations ont brièvement pris la parole pour décrire la situation dans les pays à leur examen.  La Commission est un organe consultatif intergouvernemental de l’ONU qui appuie les efforts de paix dans les pays sortant d’un conflit. 

Le nouveau Président a donc fixé cinq priorités pour cette année, la première d’entre elles étant la promotion d’une approche régionale de la Commission.  « Depuis sa première réunion sur la crise à virus Ebola en 2014, la Commission a en effet montré sa valeur en tant qu’élément catalyseur de la réponse à des situations régionales », a-t-il dit. 

M. Jinga a ainsi annoncé qu’un accent sera mis sur les situations au Sahel et dans la région des Grands Lacs.  La Commission est bien positionnée pour prôner une approche cohérente dans le domaine de la consolidation de la paix et répondre aux causes profondes des conflits, a-t-il poursuivi, y voyant là l’occasion de montrer « le rôle unique » de la Commission dans les avis et le soutien qu’elle apporte au Conseil.

La deuxième priorité sera le renforcement des partenariats avec les organisations régionales, dont l’Union africaine, les institutions financières internationales, telles que la Banque mondiale, et la société civile, a affirmé le Président.

M. Jinga a prôné un engagement accru avec le secteur privé, estimant en effet que le principal enjeu de la consolidation de la paix d’un point de vue économique était d’instaurer un environnement durable pour le développement durable. 

« Je vous propose d’utiliser la session annuelle de 2018 afin de réunir les acteurs clefs pour examiner les défis sécuritaires, politiques et socioéconomiques que le Sahel doit relever et faciliter la mise en œuvre de la Stratégie intégrée des Nations Unies pour le Sahel. »

Pour sa troisième priorité, le Président a défendu la mise en œuvre d’une paix durable, en insistant sur l’importance de la prévention.  La Commission devait appuyer, dans le respect de son mandat, les pays en proie à un conflit qui cherchent à engager la communauté internationale lors de toutes les étapes d’un conflit, a-t-il déclaré, estimant que la Commission était un organe unique de recherche du consensus. 

Quatrième priorité, M. Jinga a prôné des synergies accrues entre la Commission et le Fonds de consolidation de la paix, dont il a espéré qu’il jouera un rôle accru dans la mise en œuvre des résolutions du Conseil et de l’Assemblée générale. 

« Je propose de tenir des discussions régulières sur ce Fonds, en vue de maintenir la Commission informée sur la situation des pays qu’il soutient », a-t-il dit, soulignant l’importance de préserver l’indépendance dudit Fonds. 

Le délégué du Kenya a noté, à ce propos, que ce Fonds est gravement sous-financé et a invité les États Membres à y remédier, sans quoi « la Commission ne pourra pas aller bien loin ».

Enfin, au titre de sa cinquième priorité, le Président a défendu une visibilité accrue de la Commission et suggéré, pour ce faire, l’organisation de débats publics de la Commission, qui seraient retransmis par le webcast de l’ONU.  Les médias doivent devenir nos partenaires pour la consolidation de la paix, a-t-il déclaré. 

En conclusion, le Président a invité la Commission à œuvrer en vue de présenter une plus grande valeur ajoutée au Conseil et aux pays qu’elle soutient.

Avant de passer le flambeau à M. Jinga, qui présidera la douzième session de la Commission, M. Cho a fait adopter le projet de rapport* de la CCP sur les travaux de sa onzième session.  Avant cette adoption, le délégué du Japon a pris la parole pour affirmer que la Commission allait dans la bonne direction « même si nous ne devons pas nous reposer sur nos lauriers ».

Faisant le bilan de sa présidence, M. Cho a indiqué qu’il s’était efforcé de rendre la Commission plus transparente, visible et efficace.  Il a mis en lumière certaines des avancées accomplies sous son mandat, mentionnant notamment la considération par la Commission de certaines situations régionales, notamment dans le Sahel, le bassin du lac Tchad ou encore dans la région des Grands Lacs. 

M. Cho a noté le renforcement des partenariats avec certains acteurs clefs, comme la Banque mondiale, avec laquelle la Commission a convenu de réunir des rencontres annuelles sur les pays qu’elle soutient.  Il a également souligné l’amélioration des liens avec le Conseil de sécurité, en prenant pour preuve le fait que l’année dernière le Conseil avait sollicité les avis de la Commission sur les situations au Libéria et au Burundi et dans la région du Sahel. 

« Pour améliorer de manière continue la perception de la Commission au sein de l’ONU, la Commission doit continuer de mobiliser les parties prenantes pertinentes et de fournir des avis de qualité. »

Les liens avec l’organe chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales ont été au cœur des interventions des nombreuses délégations qui ont pris la parole, le délégué de l’Allemagne plaidant pour leur renforcement. 

« Je ne suis pas surpris que le Conseil de sécurité ait un regard différent sur la Commission, car nous travaillons sur des sujets qui sont au cœur des missions de l’ONU », a affirmé de son côté le délégué du Kenya.

Son homologue de la France a salué la volonté du Conseil de faire davantage appel à la Commission, avant de louer la synergie entre les deux organes dans la région du Sahel en vue de renforcer la Force conjointe du G5 Sahel et d’œuvrer au développement économique de la région.  « Il s’agit là de deux priorités de mon pays. »

Le délégué de la Bolivie, qui a rappelé que son pays était membre élu du Conseil, a dit que la Commission jouait un rôle essentiel au sein d’un système multilatéral qui est en proie « à de nombreuses attaques ».  Il a souligné le rôle de la Commission pour répondre aux causes profondes, notamment la question des ressources naturelles.  « Certaines entreprises profitent en effet de l’instabilité de certains pays pour s’accaparer ces pays », a-t-il dénoncé. 

Son homologue du Burundi a, lui, pointé le « fossé grandissant » qui existe entre les pays africains inscrits à l’ordre du jour de la Commission et les pays non africains sur les stratégies de développement des premiers cités. 

Enfin, à l’instar du Sous-Secrétaire général chargé du Bureau d’appui à la consolidation de la paix, M. Oscar Fernandez-Taranco, de l’Argentine, les délégations ont souligné l’importance de la réunion de haut niveau sur la pérennisation de la paix organisée par le Président de l’Assemblée générale en avril prochain. 

Le représentant de la République de Corée a demandé, à ce titre, que cette réunion aboutisse à un document final, une « résolution brève », tandis que le Président élu a souhaité que les délégations soient représentées à un haut niveau. 

* PBC/11/OC/1

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