Palestiniens: le Secrétaire général dénonce les « tendances négatives sur le terrain » qui pourraient entraîner la réalité irréversible d’un seul État

AG/PAL/1402
5 février 2018
388e séance – matin

Palestiniens: le Secrétaire général dénonce les « tendances négatives sur le terrain » qui pourraient entraîner la réalité irréversible d’un seul État

« Les tendances négatives sur le terrain » ont été dénoncées par le Secrétaire général ce matin, à l’ouverture de la session de 2018 du Comité pour l’exercice des droits inaliénable du peuple palestinien.  M. António Guterres a craint de voir s’installer une réalité irréversible, celle d’un seul État, qui serait alors « incompatible avec la réalisation des aspirations nationales, historiques et démocratiques tant des Israéliens que des Palestiniens ».

La solution des deux États est « la seule voie » pour réaliser les droits inaliénables de ce peuple et garantir une solution viable au conflit israélo-palestinien, a martelé le Secrétaire général, tandis que l’observatrice de l’État de Palestine, Mme Feda Abdelhady-Nasser, estimait que l’année 2017 s’était achevée « de façon démoralisante » et que 2018 avait commencé sur le même ton. 

La question de Palestine est inextricablement liée à l’histoire des Nations Unies, a rappelé le Secrétaire général, qui a ajouté que, pendant « plusieurs décennies », la communauté internationale avait encouragé un processus négocié devant aboutir à une solution à deux États traitant de toutes les questions du statut final sur la base des résolutions des Nations Unies, du droit international et d’accords négociés. 

M. Guterres a ainsi rappelé que le Conseil de sécurité avait, de manière constante, exprimé la vision de deux États démocratiques, Israël et la Palestine, vivant côte à côte en paix, dans des frontières reconnues.  De même, il a fait valoir que l’Assemblée générale avait réaffirmé la solution des deux États et la création d’un État palestinien comme seul moyen de parvenir à la stabilité, la paix et la prospérité ainsi qu’au développement dans la région.  Il a ajouté qu’il avait toujours lui-même exprimé le désir de voir un État israélien et un État palestinien ayant tous deux Jérusalem comme capitale.

Le Secrétaire général n’en a pas moins appelé à « faire face à la réalité difficile d’aujourd’hui ».  Il a noté que des « décennies de convergence et de consensus » semblaient s’éroder, déplorant que cette situation rende plus difficile une action concertée à un moment où celle-ci est plus importante que jamais. 

« Illégale aux termes des résolutions des Nations Unies et du droit international », l’extension des établissements humains en cours en Cisjordanie et à Jérusalem-Est représente un « obstacle majeur aux efforts de paix », a poursuivi le Secrétaire général, qui s’est également dit profondément préoccupé par le manque de financement de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), qui risque de se retrouver dans l’incapacité de fournir aux réfugiés des services de base tels que soin ou éducation.  « Ce sont la sécurité humaine, les droits et la dignité de cinq millions de personnes qui sont en jeu », s’est inquiété le Secrétaire général.

Mais c’est aussi « la stabilité de toute la région qui risque d’être affectée si l’UNRWA se retrouve dans l’incapacité de remplir son mandat », a averti M. Guterres, qui a lancé un appel à la générosité de la communauté internationale, tout en appelant les Palestiniens à l’unité et la réconciliation.

Réélu ce matin à la présidence du Comité, M. Fodé Seck (Sénégal) a dit voir dans la présence du Secrétaire général non seulement un encouragement pour le Comité dans la mise en œuvre de son mandat, mais aussi « une traduction de l’engagement sans faille des Nations Unies en faveur de la solution des deux États en tant que seule option viable » pour garantir à la fois la sécurité, la paix, l’indépendance et la souveraineté aux Palestiniens comme aux Israéliens. 

M. Seck a ensuite exprimé sa préoccupation face à la récente adoption par le Parlement israélien d’une loi visant à interdire à tout futur gouvernement de céder tout ou partie de Jérusalem à un État palestinien indépendant dans le cadre de négociations de paix.  Il a également dénoncé la poursuite de la colonisation malgré l’adoption de la résolution 2334 (2016) du Conseil de sécurité et en dépit de la situation humanitaire catastrophique de Gaza, relevant aussi les conditions de vie déplorables des réfugiés palestiniens dispersés en Jordanie, en Syrie ou au Liban.  Il a également appelé la communauté internationale à poursuivre ses efforts pour accompagner la réconciliation interpalestiniennne et garantir la viabilité financière de l’État de Palestine. 

L’Observatrice de l’État de Palestine a remercié le Comité de ses efforts.  Le rôle du Comité est plus nécessaire et urgent que jamais, a-t-elle estimé, ajoutant qu’il lui fallait contribuer à régler une crise fondamentale en cette « période d’incertitude, de désespoir et de détérioration constante de la situation du peuple palestinien alors qu’Israël, Puissance occupante, accroît sa pression ». 

La décision du Président des États-Unis de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, le 6 décembre, et les « mesures punitives » prises depuis lors ont encouragé la Puissance occupante à poursuivre ses « violations gravissimes » du droit international et des résolutions des Nations Unies, y compris celle adoptée par l’Assemblée générale le 22 décembre, a estimé Mme Abdelhady-Nasser, qui a lancé un appel à la communauté internationale et au Comité en faveur d’une solution juste, « comme celle affirmée par l’Assemblée générale, le Conseil de sécurité et les capitales mondiales ». 

Invitant le Comité à se montrer « dynamique », l’observatrice lui a demandé son soutien, et plus largement celui de la communauté internationale, pour deux réunions: le débat trimestriel public du Conseil de sécurité sur la situation au Moyen-Orient, prévu le 20 février, à laquelle devrait participer le Président de l’Autorité palestinienne, M. Mahmoud Abbas, et la tenue deux jours plus tard d’une autre réunion du Conseil, selon le format Arria, afin de discuter de ce qui reste de la perspective des deux États, qui se rétrécit. 

« Il est évident qu’il faut un sursaut » dans le cadre d’un processus collectif, a commenté M. Seck, pour qui « quelque part, la confiance est rompue entre ceux qui étaient réputés être les plus à même de faire avancer la solution des deux États ». 

M. Seck, qui a fait le rappel des activités menées par le Comité depuis sa dernière réunion, le 14 décembre dernier, ainsi que des derniers développements au sein des Nations Unies –y compris le veto des États-Unis qui se sont opposés au projet de résolution sur le statut de Jérusalem le 18 décembre et le vote de la résolution de l’Assemblée générale sur le même sujet le 22 décembre-, a également présenté le programme de travail pour 2018 du Comité, qui l’a ensuite adopté.  Il a notamment expliqué que ses différentes activités s’inscriraient dans le cadre du soixante-dixième anniversaire de la Nakba, ajoutant que le Comité envisageait d’accorder la priorité au statut de Jérusalem et de mobiliser le soutien international le plus large possible pour aider l’État de Palestine à atteindre les objectifs de développement durable. 

Plusieurs membres du Comité ont ensuite pris la parole, qui ont tous rappelé leur soutien à la solution des deux États et approuvé le programme de travail du Comité.  Soutenir le Comité, ce n’est pas seulement soutenir les Palestiniens, c’est aussi soutenir le droit et la justice, a ainsi déclaré la représentante du Liban.  Le représentant de la Ligue des États arabes a, lui, rappelé le large rejet de la décision des États-Unis de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël, soulignant notamment que seuls huit États s’étaient rangés du côté des États-Unis lors du vote du 22 décembre à l’Assemblée générale.  Cela signifie que le Comité doit continuer à œuvrer pour s’adresser aux États qui se sont abstenus ou qui n’ont pas pris part au vote, a estimé le représentant, qui s’est dit conscient des pressions exercées par les États-Unis sur de nombreux États, exprimées au Conseil de sécurité comme à l’Assemblée générale. 

« Face aux provocations constantes qui diminuent les chances de règlement pacifique, notre devoir est de préserver la paix et la sécurité internationales et d’adopter des mesures collectives à cette fin », a estimé pour sa part le représentant de la Namibie.  Dans le même sens, la représentante du Nicaragua a rappelé que le Comité, mais aussi la communauté internationale au sens large, avaient un rôle fondamental à jouer car ce sont les États Membres qui ont adopté la résolution 181, en 1947 à l’Assemblée générale, et ainsi donné vie à la solution des deux États.  Dénonçant à son tour les développements récents, qui à son avis s’écartent toujours plus de la paix, elle a souhaité qu’en 2018 le plus grand nombre d’États possible reconnaissent la Palestine comme un État.

Satisfaite de l’intervention du Secrétaire général, la représentante de Cuba a rappelé les nombreuses réactions négatives provoquées par la décision des États-Unis du 6 décembre, déplorant une « modification du statut historique de Jérusalem » qui pourrait avoir des conséquences graves pour la stabilité et la sécurité au Moyen-Orient.  Préoccupée par le « chantage financier » exercé sur certains pays ou organisations, en premier lieu l’UNRWA, elle a estimé à son tour qu’il fallait arriver rapidement à faire en sorte que la Palestine devienne membre de plein droit des Nations Unies, avant d’annoncer la participation de Cuba aux réunions du Conseil de sécurité des 20 et 22 février. 

Le représentant de l’Indonésie s’est quant à lui inquiété du risque de voir la question de Palestine reléguée au second plan du fait d’autres crises.  Face aux difficultés financières croissantes de l’UNWRA, il a souhaité que le Comité trouve des solutions pour remédier à la situation humanitaire des réfugiés palestiniens, appelant à y accorder davantage d’importance, « et pas seulement dans les médias sociaux ».  « Pas seulement la responsabilité du Comité, même s’il est au premier plan.  Les 193 États Membres des Nations Unies doivent s’engager. »  Les représentants du Venezuela et de l’Afghanistan ont eux aussi pris la parole.

Outre M. Seck, le Comité a élu son bureau, constitué cette année de M. Mahmoud Saikal (Afghanistan), M. Dian Triansyah Djani (Indonésie), Mme Anayansi Rodríguez Camejo (Cuba), M. Neville Melvin Gertze (Namibie) et Mme María Rubiales De Chamorro (Nicaragua), Vice-Présidents, ainsi que M. Carmelo Inguanez (Malte), Rapporteur. 

 

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