République centrafricaine: nos objectifs sont de travailler à la sécurité des Centrafricains et à la réconciliation nationale, souligne le Secrétaire général

SG/SM/18765
25 octobre 2017

République centrafricaine: nos objectifs sont de travailler à la sécurité des Centrafricains et à la réconciliation nationale, souligne le Secrétaire général

On trouvera ci-après l’allocution qu’a faite le Secrétaire général de l’ONU, M. António Guterres, le 25 octobre, devant la communauté musulmane au petit séminaire de Bangassou:

C’est surtout une visite de solidarité avec tous et toutes les Centrafricains qui souffrent, victimes des exactions et des violences des groupes criminels, qui ont créé tant des problèmes et tant de souffrances au peuple centrafricain. 

J’ai eu l’occasion dans le passé, en tant que Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, de rencontrer beaucoup de Centrafricains réfugiés au Cameroun, réfugiés au Tchad, réfugiés en République Démocratique du Congo, et aussi, en 2014, des déplacés à Bangui près de l’aéroport.  Il y avait un grand camp de déplacés à Bangui près de l’aéroport.

Alors, je vous comprends, je suis profondément ému de voir votre souffrance, et malheureusement ce n’est pas une situation unique ici à Bangassou.  Il y a des centaines de milliers de Centrafricains qui se sont vus obligés de s’enfuir et qui vivent encore en exil hors du pays ou dans des situations de déplacés comme vous. 

C’est pour ça que, en tant que Nations Unies, nous avons deux objectifs.

Le premier objectif c’est de travailler mieux pour la sécurité des Centrafricains.  Et nous venons de demander au Conseil de sécurité la possibilité d’augmenter notre force en Centrafrique, et aussi des moyens pour qu’elle puisse être plus efficace, plus mobile, plus rapide pour réagir à des situations comme celle qui ont été vécues ici à Bangassou.  Et je crois que, même aujourd’hui, on est un peu mieux qu’il y a quelques semaines quand les incidents terribles dont vous avez [parlé] ont pris place.

Mais notre objectif est aussi d’appuyer le gouvernement pour qu’il y ait une véritable réconciliation nationale.  Je sais que ce n’est pas toujours facile de parler de réconciliation quand on a souffert.  Mais dans un pays où on va de vengeance en vengeance, chacun se rappelle toujours des mauvaises choses que les autres ont faites, et ne se rappelle pas des bonnes choses que chacun fait.  Et c’est ça qui engendre ce cercle vicieux de violence qu’il faut à tout prix arrêter. 

Il faut réconcilier le peuple centrafricain et il faut que la communauté musulmane centrafricaine puisse retrouver sa place, en termes naturels, comme on a constaté pendant des décennies et des siècles dans le passé.  Et je crois que le gouvernement est très engagé, et vis-à-vis des musulmans, et vis-à-vis des chrétiens, pour cette réconciliation, pour cette capacité de vivre ensemble.  Sinon, en division et en antagonisme, il n’y a pas de solution.  Un jour, ça sera aux chrétiens de souffrir, l’autre jour, ça sera aux musulmans de souffrir, la vie n’est pas possible, le pays n’ira nulle part - le développement, l’école, les hôpitaux, rien ne va fonctionner.  La seule façon de résoudre les problèmes que madame a décrit, c’est effectivement avec une réconciliation, y compris naturellement la justice.

Et nous savons que le Président de la République vient de nommer une cour spéciale, et il y aura dans cette cour hybride des juges et procureurs internationaux pour que ce processus de réconciliation soit accompagné aussi d’un véritable « rendement de comptes » face à des actes criminels qui auraient été commis.

Ça ne va pas se faire du jour au lendemain, ça va prendre du temps, il y a beaucoup de gens à convaincre, à qui faire comprendre que nous sommes tous des frères et des sœurs, et que même quand Dieu semble différent, c’est le même Dieu.  D’ailleurs, Allah en arabe veut dire Dieu, c’est à dire, c’est le même mot, c’est le même Dieu, et ce sont les hommes et les femmes qui quelques fois compliquent les choses. 

Il y a toutes les conditions pour que musulmans et chrétiens puissent vivre ensemble, se respecter, travailler ensemble et faire de ce pays un pays où les gens puissent prospérer.  Quand je regarde cette verdure, j’ai visité récemment des zones de sècheresse dramatiques, les zones du Sahel, ce n’est pas très loin.  Ici on voit le vert du paradis.  Il ne faut pas que des hommes [fassent] du paradis un enfer.  Il faut que ce paradis puisse être profitable à tout le monde, et pour ça, il faut vraiment que cette réconciliation que vous avez demandée puisse être la réalité.

On va travailler ensemble, on va faire de notre mieux, on ne va pas faire de miracles, on vous demande de la patience, de la résilience, et tout ça, il faudra du temps, il faudra convaincre beaucoup de gens, ça ne sera pas du jour au lendemain, mais on va travailler d’une façon déterminée pour que tous les Centrafricains puissent avoir le droit à une citoyenneté véritable sans discrimination, sans différence de nature religieuse.  Parce que vous êtes tous des Centrafricains, vous êtes tous des hommes et les femmes, il n’y a aucune raison de permettre que les manipulateurs politiques puissent utiliser la religion contre ce qui est la raison d’être et les valeurs de la religion.  Parce que toutes les religions prônent la paix, toutes les religions prônent le dialogue, l’amour et l’amitié entre les femmes et les hommes.  Et quand quelques-uns invoquent la religion pour combattre les autres, ils sont contre la religion elle-même.  Ils commettent des pêchés extrêmement graves et il faut les dénoncer parce que l’objectif de toutes les religions est la promotion de la concorde, de l’amitié, de la coopération.

Et nous ferons de notre mieux pour appuyer le gouvernement dans cette démarche, mais en même temps, nous demandons à la communauté internationale plus de solidarité pour appuyer la Centrafrique dans le but de son développement, pour créer plus d’opportunités, d’éducation, de santé, de travail, pour que toutes ces tensions et toutes ces confrontations puissent aussi être plus facilement gérées.  C’est plus facile de gérer des conflits quand il y a de la prospérité que dans la pauvreté, la pauvreté étant en elle-même beaucoup de fois la cause de conflits.  Alors, il faut qu’on puisse avoir l’appui de la communauté internationale pour qu’il y ait une véritable réconciliation nationale, pour donner à la MINUSCA plus de capacité, pour donner au gouvernement plus de capacité dans la logique de la paix et du progrès de ce pays, qui est un pays merveilleux, mais que, malheureusement, un groupe de criminels essaie de transformer en un enfer qui n’est pas mérité par les Centrafricains. 

Merci infiniment à vous tous.

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