Session de 2017, Forum politique de haut niveau,
1re & 2e séances, matin & après-midi
ECOSOC/6855

Le Forum politique de haut niveau entame deux semaines de travaux consacrés à l’élimination de la pauvreté et aux moyens de parvenir au développement durable

Le Forum politique de haut niveau pour le développement durable, sous les auspices du Conseil économique et social (ECOSOC), a entamé aujourd’hui sa deuxième session annuelle placée sous le thème « Éliminer la pauvreté et promouvoir la prospérité dans un monde en mutation » et qui va donner lieu à l’examen de 7 des 17 objectifs de développement durable.

Les travaux, qui vont s’étaler sur deux semaines, s’articuleront autour de tables rondes, dont deux ont eu lieu ce jour, de la présentation de 44 examens nationaux volontaires et d’un segment ministériel qui débutera lundi prochain. 

En présentant le rapport* du Secrétaire général qui fait le point de cette mise en œuvre, le Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, M. Wu Hongbo, a rappelé les grands progrès déjà réalisés puisque près d’un milliard de personnes ont pu s’extraire de la pauvreté depuis 1999.  Toutefois, en 2013, on estimait que 767 millions de personnes vivaient encore en dessous du seuil de pauvreté international, fixé à 1,90 dollar par jour.  En 2016, un peu moins de 10% des travailleurs et leurs familles dans le monde vivaient avec moins de 1,90 dollar par personne et par jour, contre 28% en 2000.  

Une des leçons apprises de la lutte contre la pauvreté est qu’il faut tenir compte du caractère multidimensionnel de celle-ci.  Mme Sabina Alkire, de l’Université d’Oxford, a présenté à cet égard l’indice de pauvreté multidimensionnelle qu’elle a élaboré en 2010 avec une collègue afin d’offrir un complément précieux aux mesures de pauvreté basées sur le revenu.  Cette approche ayant fait des émules, ce sont désormais 53 pays qui ont établi un tel indice afin de tenir compte de leurs réalités nationales.

Le Forum politique doit également se pencher sur les préoccupations régionales en matière de développement durable, qui constituent un niveau intermédiaire entre national et mondial, a expliqué, à l’ouverture des travaux, le Président de l’ECOSOC, M. Frederick Musiiwa Makamure Shava (Zimbabwe).

Au cours du débat de la matinée sur le thème « Application aux niveaux régional et sous-régional », la Secrétaire exécutive de la Commission économique et sociale pour l’Asie et le Pacifique (CESAP) a déploré le fait que de nombreux pays ne disposent pas suffisamment de données pour suivre les progrès dans la mise en œuvre du Programme 2030.

Même son de cloche auprès de la Commission économique pour l’Afrique (CEA) dont la représentante déploré l’insuffisance de statistiques.  La conséquence est que seulement 37% de l’ensemble des 232 indicateurs peuvent être appliqués à des données disponibles en Afrique.  D’où l’importance de disposer de données fiables et crédibles, ont renchéri de nombreux orateurs. 

Les besoins financiers pour combler ces lacunes et renforcer le domaine des statistiques sont évalués à 1 milliard de dollars par an, a rappelé Mme Sakiko Fukuda-Parr, Vice-Présidente du Comité des politiques de développement, également professeur à l’université newyorkaise « The New School ».  « La demande en matière de données est énorme et dépasse les capacités des agences de développement et des États », a-t-elle souligné en prévenant que cela met en danger la mise en œuvre du Programme 2030.

Dans son rapport, le Secrétaire général explique que certaines cibles ne sont pas encore utilisées, soit du fait de l’insuffisance des données, soit parce qu’elles sont mesurées par des indicateurs qui sont toujours en cours d’élaboration.

Certains participants ont aussi plaidé pour que les données sur la parité apparaissent clairement dans les statistiques nationales, afin de participer à la mise en œuvre de l’objectif 5 sur l’égalité des sexes.  « La réalisation du programme de développement n’est pas possible si l’on ne garantit pas la justice entre hommes et femmes », a martelé la représentante du grand groupe de la société civile à l’ouverture des travaux.

Le Forum politique de haut niveau, créé au Sommet Rio+20 pour remplacer la Commission du développement durable, a pour tâche principale d’examiner la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030.  Cette session, la deuxième d’un cycle quadriennal, a pour but d’examiner les objectifs 1, 2, 3, 5, 9, 14 et 17, relatifs respectivement à la pauvreté, la faim et l’alimentation, la santé, l’égalité des sexes, les infrastructures, les océans et les partenariats mondiaux.

Le thème de la présente session a été fixé par une résolution** de l’Assemblée générale adoptée le 29 juillet 2016.  Par le même texte, les États Membres avaient également décidé que chacune des sessions du cycle quadriennal serait consacrée à l’examen d’un groupe d’objectifs et des liens qui les unissent, sachant que les moyens de mise en œuvre, notamment ceux relatifs à l’objectif 17, seront examinés tous les ans. 

Le Forum politique de haut niveau, qui a par ailleurs adopté son ordre du jour*** provisoire, poursuivra ses travaux demain, mardi 11 juillet, à partir de 9 heures. 

E/2017/66
**  A/RES/70/299 
*** E/HLPF/2017/5

FORUM POLITIQUE DE HAUT NIVEAU POUR LE DÉVELOPPEMENT DURABLE, ORGANISÉ SOUS LES AUSPICES DU CONSEIL

Déclarations liminaires

Le Président du Conseil économique et social (ECOSOC), M. FREDERICK MUSIIWA MAKAMURE SHAVA (Zimbabwe), a rappelé que cette session du Forum politique de haut niveau pour le développement durable était la deuxième depuis l’adoption du Programme de développement durable à l’horizon 2030, et la première depuis l’adoption par l’Assemblée générale, le 29 juillet 2016, de la résolution 70/299 portant sur le « Suivi et l’examen de la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030 au niveau mondial ».  Il a expliqué que la première semaine serait consacrée à l’examen des objectifs de développement durable faisant l’objet de l’attention de la présente session, soit les objectifs 1, 2, 3, 5, 9 et 14.  Ce sera l’occasion d’examiner les cas de 44 pays, notamment des pays en situation particulière, qui vont présenter des examens nationaux volontaires.

M. Shava a également indiqué que la session examinerait les moyens de ne laisser personne de côté en se focalisant sur le thème de la pauvreté qui est au centre des travaux.  La dimension régionale ne sera pas en reste, a-t-il ajouté, soulignant « l’importance des dimensions régionales pour soutenir la mise en œuvre effective du Programme de développement durable à l’horizon 2030 », d’autant plus que les aspects régionaux constituent un lien intermédiaire entre les niveaux national et mondial des préoccupations du Forum politique.

M. WU HONGBO, Secrétaire général adjoint aux affaires économiques et sociales, qui a présenté le rapport du Secrétaire général intitulé « Point annuel sur les objectifs de développement durable » (E/2017/66), a déclaré que la cause de l’élimination de la pauvreté qui rassemble la communauté internationale relevait de la responsabilité commune de celle-ci.  Seule cette responsabilité permettra de parvenir à de bonnes conditions de vie pour tous, tout en respectant les limites de la nature, a-t-il précisé.  Il a espéré que cette « prise de conscience de notre destin partagé » aiderait à trouver les moyens de mettre en œuvre le Programme de développement durable à l’horizon 2030, pour que les gens ordinaires puissent réaliser leur plein potentiel.  « Le Forum politique de haut niveau pour le développement durable est l’enceinte mondiale qui peut aider à y parvenir. »

Cette année, a indiqué M. Wu, 44 pays vont faire des présentations volontaires, plus de 2 400 partenaires sont inscrits pour participer au Forum et plus de 13 manifestations parallèles sont au programme.  En outre, plus de 600 délégués participeront au débat de haut niveau.  Tous ces participants exposeront les résultats de leurs partenariats, pendant que de nouveaux partenariats seront scellés dans la mesure du possible. 

Le rapport du Secrétaire général recense les efforts accomplis en vue d’atteindre les objectifs 1 (éliminer la pauvreté sous toutes ses formes et partout dans le monde), 2 (éliminer la faim, assurer la sécurité alimentaire, améliorer la nutrition et promouvoir l’agriculture durable), 3 (permettre à tous de vivre en bonne santé et promouvoir le bien-être de tous à tout âge), 5 (parvenir à l’égalité des sexes et autonomiser toutes les femmes et les filles), 9 (bâtir une infrastructure résiliente, promouvoir une industrialisation durable qui profite à tous et encourager l’innovation), 14 (conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines aux fins du développement durable), ainsi que pour les progrès dans le renforcement des moyens de mettre en œuvre le Partenariat mondial pour le développement durable et le revitaliser.  Il fait également le lien entre ces objectifs. 

M. Wu a rappelé que, depuis 1999, près d’un milliard de personnes avaient pu s’extraire de la pauvreté.  En 2013, on estimait que 767 millions de personnes vivaient en dessous du seuil de pauvreté international, fixé à 1,90 dollar par jour.  Nombre d’entre elles vivent dans des régions où les conditions sont difficiles, mais beaucoup vivent dans des poches de pauvreté de pays dont les économies sont pourtant fortes.  Aujourd’hui, on est encore loin des objectifs fixés, a reconnu M. Wu en signalant que, en 2015, le taux mondial de mortalité maternelle était de 216 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes.  Pour atteindre l’objectif visé et passer sous la barre des 70 décès maternels d’ici à 2030, ce taux devra diminuer d’au moins 7,5% par an, soit le double du rythme annuel atteint entre 2000 et 2015, a-t-il indiqué en appelant à redoubler la cadence des efforts.

M. Wu a poursuivi sa présentation en indiquant que, toujours en 2015, 13 millions de personnes étaient décédées prématurément avant d’avoir atteint l’âge de 70 ans des suites de pathologies cardiovasculaires, de cancers, de maladies respiratoires chroniques ou du diabète.  Cela représente 43% de l’ensemble des décès prématurés recensés dans le monde à cette date.

En outre, les inégalités entre les sexes persistent dans le monde entier, empêchant les femmes et les filles de jouir de leurs droits fondamentaux et compromettant les perspectives qui s’offrent à elles.  D’après des données recueillies auprès de 87 pays, entre 2005 et 2016, 19% des femmes âgées de 15 à 49 ans affirmaient avoir subi des violences physiques ou sexuelles infligées par un partenaire intime au cours des 12 mois ayant précédé l’enquête.  Par ailleurs, la proportion de femmes occupant des sièges dans les parlements nationaux atteignait 23,4% à l’échelle mondiale en 2017, soit à peine 10 points de plus qu’en 2000.  Compte tenu de la lenteur des progrès accomplis dans ce domaine, il semblerait qu’un engagement politique plus vigoureux et des mesures et quotas plus ambitieux soient nécessaires pour encourager la participation politique et l’autonomisation des femmes.

Éliminer la pauvreté passe par l’amélioration des conditions de vie de tous, notamment des 155 millions d’enfants de moins de 5 ans souffrant d’hypotrophie nutritionnelle, c’est-à-dire d’une retard de croissance dû à la malnutrition chronique, et des 793 millions de personnes qui souffrent de la faim.  Un engagement plus ferme s’impose pour qu’il y ait plus de partenariats et plus de fonds mobilisés par le biais de l’aide publique au développement (APD).  À cet égard, M. Wu a invité à suivre l’exemple de l’Allemagne qui a atteint en 2015 l’objectif de 0,7% du PIB consacré à cette aide.  Il a insisté sur la nécessité d’un partenariat revigoré afin de mobiliser toutes les ressources disponibles en faveur du développement durable.  En outre, mobiliser les groupes vulnérables, en particulier les jeunes, est important pour réaliser les objectifs de développement durable.

M. Wu a ensuite soulevé le problème du manque de données qui renforce la vulnérabilité des groupes vulnérables en dissimulant leurs situations particulières.  Ce problème ne permet pas un suivi efficace des progrès, a-t-il aussi relevé en plaidant pour que l’on dispose d’un volume de données et de statistiques sans précédent, et ce, à tous les niveaux.  Si cela constitue un véritable défi pour les systèmes statistiques nationaux et internationaux, il a apprécié que la communauté statistique mondiale s’emploie à moderniser et à renforcer ces systèmes.

En concluant son intervention, M. Wu a insisté sur le fait que tous les efforts doivent être liés entre eux: il faut les décloisonner et avoir une perspective à long terme.  Il a espéré que le Forum offrirait des ressources sans pareil dont il faudrait savoir tirer parti pour accélérer la mise en œuvre des objectifs de développement durable.

Mme VIVANIA DITUKANA TATAWAQA, de l’organisation non gouvernementale (ONG) « Diverse Voices And Action for Equality » des Fidji et représentante du grand groupe des femmes, a pris la parole au nom des principaux grands groupes de la société civile.  Soulignant que celle dernière était à pied d’œuvre sur le terrain pour contribuer au développement durable, à travers diverses initiatives, elle a voulu s’assurer que le Forum politique entende sa voix et la reflète dans la déclaration qui sera adoptée à l’issue des réunions ministérielles de la présente session.

« Nous craignons que le Forum politique ne soit pas à la hauteur de son mandat d’être un cadre de reddition de comptes », s’est-elle inquiétée en souhaitant l’avènement d’une ONU plus que jamais forte et en faisant remarquer que « les gouvernements ne sont pas toujours disposés à lever les obstacles à l’épanouissement de la société civile ».  « Avons-nous besoin de prospérité et de richesse pour une poignée d’individus ou d’une prospérité partagée? »  Elle a plaidé pour que la deuxième option soit privilégiée, voulant éviter l’accaparement des richesses par un petit groupe.  C’est pourquoi, a-t-elle demandé, plutôt que des réunions de privilégiés du G20, il faudrait que l’ONU s’assure que l’intérêt public soit pris en compte avant tout.

La déléguée des grands groupes a par ailleurs rappelé que le Programme de développement durable à l’horizon 2030 a aussi pour vocation de protéger les droits de l’homme, y compris le droit à l’égalité que réclament les femmes.  « La réalisation de ce programme de développement n’est pas possible si l’on ne garantit pas la justice entre hommes et femmes », a-t-elle insisté, plaidant pour que ce principe soit pris en compte dans toutes les initiatives nationales de développement.

Mme Tatawaqa a également appelé la communauté internationale à s’appuyer sur les résultats de la Conférence des Nations Unies de haut niveau sur les océans qui a eu lieu il y a un mois.  Elle a souligné l’importance de la réalisation de l’objectif de développement durable 14 sur la santé des océans, appelant à mener des actions d’urgence pour faire face aux changements climatiques et promouvoir l’économie bleue qui est la clef du développement de la région du Pacifique à laquelle appartient son pays.  « Nous ne pouvons pas parler de développement durable si nous mettons en place des politiques qui ne prennent pas en compte les changements climatiques », a-t-elle affirmé.  

M. ROBERT JOHNSON, Président de l’« Institute for New Economic Thinking », a d’emblée prévenu que « les marchés ne sont pas des dieux ».  Selon lui, si les marchés ne sont pas des entités magiques, ils doivent pouvoir cependant faciliter les échanges.  Il a aussi remarqué que la gouvernance politique subit parfois l’action des marchés dans les pays développés.  Ce contexte, a-t-il prévenu, est dangereux pour les objectifs de développement durable et les mécontentements contre les marchés sont maintenant évidents.  Les problèmes qui se posent dans les pays avancés représentent des dangers pour l’ordre mondial, a-t-il ajouté.

M. Johnson a soulevé un autre problème important: la caducité du modèle de développement basé sur l’industrie, comme on a pu le voir à Taïwan et en République de Corée.  Ce modèle est en effet remis en question du fait que, aujourd’hui, ce sont les robots qui assurent la fabrication industrielle.  Il a donc recommandé aux pays en développement de trouver d’autres moyens pour arriver au même niveau de développement. 

Autre situation préoccupante: le taux d’intérêt qui s’applique aux infrastructures de production d’énergie est proche de 0% et n’est donc pas attrayant pour le partenariat public-privé déjà affaibli par la corruption.  Il en résulte que le secteur privé préfère investir dans les campagnes politiques plutôt que dans les infrastructures.  S’agissant de la question de l’égalité des sexes, M. Johnson a jugé qu’il était « trop simpliste » de se cantonner à reconnaître que ce problème existe.  Il faut améliorer la situation économique des femmes, a-t-il plaidé, en y voyant le moyen d’arriver à des changements impressionnants.  Pour lui, ce problème est, avec le réchauffement climatique, l’un des plus importants des années à venir.

Mme SAKIKO FUKUDA-PARR, Vice-Présidente du Comité des politiques de développement et professeur des affaires internationales à « The New School », une université privée de New York, a expliqué que si les priorités de développement ont été abordées au niveau international depuis des décennies, elles n’ont jamais été intégrées dans une seule dynamique comme cela est le cas avec le Programme de développement durable à l’horizon 2030.  Elle a aussi noté que les indicateurs mis au point par des experts internationaux permettent d’en assurer un suivi efficace.

Néanmoins, « la demande en matière de données est énorme et dépasse les capacités des agences de développement et des États », a-t-elle fait observer en soulignant que le problème des données pourrait mettre en danger la mise en œuvre des objectifs de développement durable.  Elle a ainsi souligné la faiblesse des capacités nationales en matière de collecte de données, précisant que les besoins financiers pour combler ces lacunes et renforcer le domaine des statistiques sont évalués à 1 milliard de dollars par an.

Pour Mme Fukuda-Parr, les statistiques sont un domaine prioritaire, surtout que la vulgarisation des données est cruciale pour l’examen de la mise en œuvre des objectifs de développement durable.  La grande difficulté, au-delà de la collecte des données, a-t-elle ajouté, sera de présenter celles-ci de manière ventilée, en tenant compte, par exemple, de l’approche sexospécifique.

En outre, au-delà des 232 indicateurs agréés par la communauté internationale, elle a remarqué que certains objectifs de développement et les cibles y afférentes sont difficiles à quantifier.  Elle a cité l’exemple des cibles en rapport avec la protection de l’environnement qui ont pour la plupart des indicateurs dits de niveaux 2 et 3 pour les mesurer.  Or, les indicateurs de niveau 2 souffrent d’un manque criard de données au niveau mondial, alors que ceux de niveau 3 n’ont pas encore de méthodologie claire établie pour la collecte des données correspondantes. 

En revanche, les indicateurs de niveau 1 ont une méthodologie de collecte agréée et les données les concernant abondent.  Avec les indicateurs de niveaux 2 et 3, on court donc le risque d’avoir des rapports de mise en œuvre déséquilibrés qui ne rendront pas bien compte de la réalité, a averti le professeur en soulignant que le rapport du Secrétaire général présenté ce matin faisait apparaître un tel déséquilibre.

Débat sur le thème « Application aux niveaux régional et sous-régional »

Animée par M. FREDERICK MUSIIWA MAKAMURE SHAVA, Président du Conseil économique et social (ECOSOC), cette table ronde a permis d’entendre les observations des représentants des cinq commissions économiques régionales de l’ONU relativement à la dimension régionale de la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030.  Ils ont aussi souligné les défis et les moteurs de leurs régions respectives en matière de développement durable.  M. Shava a rappelé que les commissions régionales sont là pour appuyer les efforts des États Membres qui veulent aligner leur programme national de développement sur celui des objectifs de développement durable fixés au niveau mondial. 

Au cours de la discussion qui a suivi, les intervenants ont notamment souligné les freins que constituent l’insuffisance de données et de statistiques pour mesurer les progrès, ainsi que le manque d’intégration régionale pour exploiter toutes les opportunités du commerce infrarégional et de la croissance économique.

« Dans de nombreux pays, nous n’avons pas suffisamment de données pour suivre les progrès », a regretté d’emblée Mme SHAMSHAD AKTAR, Secrétaire exécutive de la Commission économique et sociale pour l’Asie et le Pacifique (CESAP), avant de reconnaître l’ampleur du travail à mener pour lutter contre les inégalités, la faim et la pauvreté dans sa région.  Elle a souligné le rôle important de la CESAP pour aider les pays à mettre en place des stratégies nationales et provinciales tenant compte des objectifs de développement durable.  Bien que le taux de pauvreté ait baissé entre 2010 et 2016, en passant de 30% à 10%, elle a reconnu que la moitié des pauvres de la planète vivent dans la région Asie et Pacifique où 300 millions de personnes souffrent toujours de la faim en 2015.  Par ailleurs, elle a dit que la région avait perdu 19 millions d’hectares de terres agricoles depuis 2000 et était frappée par une très faible participation des femmes au marché de l’emploi.

De son côté, Mme ALICIA BARCENA, Secrétaire exécutive de Commission économique pour l’Amérique latine et les Caraïbes (CEPALC), a retenu six axes d’action pour les États de la CEPALC.  Il s’agit notamment de faciliter l’incorporation des objectifs de développement durable dans les budgets et les investissements et de favoriser la participation des citoyens, a-t-elle dit.  Dix-neuf pays sur 33 ont créé des institutions intersectorielles de haut niveau qui incluent des ministères, des collectivités locales et des parlementaires.  En outre, 14 pays sur les 44 qui ont présenté des rapports volontaires nationaux à l’ECOSOC viennent de la région », s’est-elle félicitée.  Mme Barcena a indiqué que la CEPALC voulait mettre en place des capacités et indicateurs capables de mesurer la mise en œuvre des objectifs de développement durable dans la région.

Le Forum politique de la région s’est tenu en avril dernier au Mexique, a-t-elle fait valoir avant de préciser qu’un rapport régional annuel avait été élaboré sur la base de données pour chaque pays.  Elle a aussi indiqué que la réduction de la pauvreté et des inégalités s’était stabilisée avec encore 75 millions de personnes vivant dans l’extrême pauvreté dans la région, les Caraïbes restant la zone la plus touchée.  Les femmes et les personnes vivant dans les zones côtières sont les plus affectées par les changements climatiques, a-t-elle encore observé en avertissant aussi que l’industrie du tourisme a été touchée par les effets de ces changements.

« Nous avons besoin de paix, de solutions politiques et de structures démocratiques inclusives dans le monde arabe », a affirmé pour sa part M. MOHAMED ALI ALHAKIM, Secrétaire exécutif de la Commission économique et sociale pour l’Asie occidentale (CESAO).  La Commission apporte une aide à 18 pays arabes qui font face à des défis différents.  Il a souligné les problèmes politiques spécifiques à sa région en notant le conflit syrien, la crise libyenne mais aussi l’occupation israélienne de la Palestine qui demeure la plus longue occupation de l’histoire.  S’agissant des défis transfrontaliers, il a particulièrement souligné l’impact des changements climatiques et de la désertification.

Mme OLGA ALGAYEROVA, Secrétaire exécutive de la Commission économique pour l’Europe (CEE), s’est intéressée à la façon dont les objectifs de développement durable sont traduits sur le plan des politiques nationales.  De nombreux pays de sa région ont revu leurs plans nationaux de développement afin de tenir compte de ces objectifs, a-t-elle signalé en soulignant les défis les plus importants en Europe que sont la pression sur l’environnement, la parité hommes-femmes, le niveau élevé de chômage, les inégalités en termes de couverture sociale, ainsi que la sécurité routière.  Sur ce dernier point, elle a prévenu que les décès dus aux accidents de la route continueraient d’augmenter jusqu’en 2020.  Elle a ajouté que les soins en faveur des enfants et des personnes âgées méritaient aussi davantage d’efforts dans les pays membres de la Commission.  Mme Algayerova a ensuite plaidé pour le renforcement de la coopération internationale.  Étant donné que de nombreux objectifs et cibles sont transversaux, les problèmes sont  mieux réglés sous l’angle de la perspective régionale, en particulier les problèmes liés à l’environnement.

Mme AIDA OPOKU-MENSAH, Conseillère spéciale du Secrétaire exécutif de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), a souligné les progrès du continent africain qui enregistre une croissance annuelle moyenne du PIB de 4% depuis 2000.  Si cette croissance a permis des progrès notoires dans la lutte contre la pauvreté et l’accès aux services de base, la représentante de la CEA a relevé que d’autres progrès restaient limités à cause d’investissements insuffisants.  Pour faire face à l’ambition du Programme 2030, elle a recommandé d’améliorer les systèmes fiscaux en Afrique.  Elle aussi a reconnu l’insuffisance de statistiques en notant que seulement 37% de l’ensemble des indicateurs peuvent être appliqués à des données disponibles.  Elle a aussi appelé à s’attaquer à la fuite des capitaux en Afrique, évaluée à 50 milliards de dollars par an, notant au passage que ce montant est sous-estimé. 

Dans le dialogue qui a suivi, le Président de l’ECOSOC a voulu savoir quels étaient les grands moteurs du développement durable.  Le représentant de la CESAO a dit qu’il n’y avait aucun doute pour le monde arabe: « la paix et la sécurité sont les deux priorités et les deux grands moteurs pour arriver au développement durable ».  Au-delà de la paix, il a exprimé la nécessité d’avancer dans l’autonomisation des femmes tout en reconnaissant que c’était « plus facile à dire qu’à faire dans notre région ».

Insistant pour sa part sur le moteur que constitue le secteur privé, la représentante de la CEE s’est félicitée de constater que, dans sa région, le secteur privé est de plus en plus conscient de la nécessité de la durabilité et, en même temps, de sa potentielle rentabilité.

Si la représentante de la CEA a estimé que la meilleure chose qui puisse arriver à l’Afrique est le développement de l’industrialisation et l’accès aux technologies, son homologue de la CEPALC, a estimé que « le plus grand changement dont pourraient bénéficier l’Amérique latine et les Caraïbes « serait de mettre fin à une culture de privilèges et à une culture de corruption ».  La fraude fiscale annuelle, a-t-elle précisé, représente 67% du PIB dans sa région.  Enfin, leur collègue de la CESAP a mis l’accent sur l’intégration régionale et la redistribution des richesses pour permettre à la majorité de la population d’atteindre la classe moyenne.

Les représentants des commissions régionales ont jugé indispensable une meilleure intégration régionale en particulier aux niveaux économique et fiscal.  « C’est essentiel pour favoriser le commerce infrarégional », a insisté la représentante de la CEPALC.  « Nous n’avons pas encore d’union douanière, 72 ans après la création de la Ligue des États arabes », a regretté la représentante de la CESAP qui a expliqué que cette absence de coordination fiscale était un frein au commerce infrarégional. 

L’insuffisance d’infrastructures nous gêne beaucoup pour le développement, le commerce et la mise en œuvre des objectifs de développement durable en général, a reconnu la représentante de la CEA.  Elle a aussi noté que seulement 0,4% du PIB africain était investi dans la recherche et le développement, comparé à 2,4% dans d’autres continents.

Abordant la dimension sous-régionale, au nom de l’Union économique eurasienne, M. OLEG PANKRATOV, Vice-Premier Ministre du Kirghizstan, a indiqué que les cinq États membres de cette union avaient intégré les objectifs de développement durable dans leurs plans de développement économique à l’horizon 2030.  Il a expliqué que le plus récent rapport de l’Union économique eurasienne contient une analyse et une évaluation exhaustive des priorités du développement durable.  Il s’est félicité que son groupe de pays connaisse un taux de chômage (5,7%) inférieur à celui de la plupart des pays développés et que les inégalités entre les sexes se réduisent.

Au nom des 33 États membres de la CEPALC, le représentant d’El Salvador a signalé la récente adoption d’un plan d’action CEPALC-2017 pour faire face aux défis régionaux en matière de développement durable.  Il s’est félicité que 14 des 33 États de la CEPALC aient déjà présenté un rapport national dans le cadre du Forum de haut niveau de l’ECOSOC sur la mise en œuvre du développement durable.  Au nom des pays des Caraïbes, le représentant du Guyana s’est inquiété de la persistance d’une croissance faible dans la sous-région qui doit en même temps faire face de manière disproportionnée à des soubresauts de l’économie mondiale et aux changements climatiques.  « Il nous faut des données fiables et ventilées qui peuvent servir de cadre à nos objectifs de développement », a-t-il réclamé.

Enfin, le représentant de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) a souligné les efforts du continent africain visant à intégrer le Programme 2030 à l’Agenda 2063 qui vise à atteindre une transformation du continent au profit de la prospérité. 

Débat sur le thème « Éliminer la pauvreté et promouvoir la prospérité dans un monde en mutation: intervenir sur les multiples facettes de la pauvreté et des inégalités »

L’histoire dramatique d’une jeune fille vivant dans un pays du Sud a été utilisée comme point de départ à la discussion.  L’animateur du débat, M. VIKAS SWARUP, Haut-Commissaire de l’Inde au Canada et auteur du Livre Q&A qui fut adapté au cinéma sous le titre « Slumdog Millionaire », a ainsi parlé de Malia, une jeune fille de 5 ans qui vivait dans un bidonville avant de mourir des suites du tétanos.  Ses parents, pauvres, n’avaient pas pu réunir les 20 dollars requis pour payer le prix du vaccin antitétanique dont elle avait besoin.  De manière générale, M. Swarup a déploré le fait que la pauvreté continue d’affecter des millions de gens à travers le monde, conduisant à des destins comme ceux de Malia.

Mme SABINA ALKIRE, professeur et Directrice de l’« Oxford Poverty & Human Development Initiative » de l’Université d’Oxford (Royaume-Uni), a parlé de l’indice de pauvreté multidimensionnelle (IPM) qu’elle a développé en 2010 avec sa collègue, Mme Maria Emma Santos.  L’IPM identifie les multiples privations subies par les individus ou les ménages en tenant compte de plusieurs facteurs, d’où son caractère multidimensionnel.  L’IPM offre un complément précieux aux mesures de pauvreté basées sur le revenu, a-t-elle expliqué en soulignant que la recherche qui a conduit à cette approche innovante s’est basée sur les limites relevées par l’ONU en ce qui concerne la définition et les manifestations de la pauvreté.  Elle a salué le fait que de nombreux pays, 53 au total, soient aujourd’hui engagés dans cette nouvelle approche, saluant notamment la Colombie, le Costa Rica ou encore la Chine qui ont établi des indices nationaux qui tiennent davantage compte de leurs réalités nationales. 

La Colombie, justement, se trouve dans un contexte particulier puisque le pays est dans une phase de transition entre la violence et la mise en œuvre du processus de paix.  De là devrait émerger un nouveau contexte pacifique, a espéré Mme CLAUDIA VASQUEZ MARAZZANI, Directrice des affaires économiques, sociales et environnementales au Ministère des affaires étrangères de la Colombie, avant d’exposer le premier défi que le pays doit relever: l’accès aux services publics pour toute la population.  En effet, si actuellement le nombre de femmes et d’hommes pauvres est presque le même dans la population, le niveau de pauvreté est très différent entre eux, a-t-elle indiqué.  C’est dans ce contexte que le Gouvernement a introduit l’indice de pauvreté multidimensionnelle en espérant pouvoir améliorer la prise de décisions.  L’utilisation de cet indice fait ressortir les besoins les plus urgents pour y faire face le plus rapidement et le plus efficacement possible.  Depuis la mise en place de cet indice en 2011, on s’est rendu compte des investissements à faire dans les régions et les différents secteurs, a constaté Mme Vaquez Marazzani en expliquant que cela avait permis notamment de combler le fossé entre les régions.

Se baser sur des données crédibles et accorder une attention renouvelée à l’équité, c’est la double approche qu’a préconisé M. ANTHONY LAKE, Directeur exécutif du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), pour réaliser les promesses du développement durable.  Il a souligné que les mesures multidimensionnelles de la pauvreté permettent de remodeler les programmes et de les exécuter aux niveaux national et communautaire de sorte que les engagements pris par les pays soient traduits en actions concrètes et mesurables pour leurs citoyens.  M. Lake a aussi évoqué une récente étude de l’UNICEF qui a évalué les progrès réalisés par 51 pays ces dernières années en suivant l’approche étique.  Sur le plan de la santé, l’Afghanistan, le Bangladesh et le Rwanda, parmi d’autres, ont réussi à réduire drastiquement le taux de mortalité des enfants de moins de 5 ans en investissant dans les communautés les plus pauvres et les plus difficiles à atteindre.  L’étude montre que les investissements dans les enfants et les communautés les plus pauvres sauvent deux fois plus de vies.  Cela met en évidence l’intérêt concret d’une approche étique du développement, selon lui.

Mme LAURA STACHEL, gynécologue, Directrice exécutive et fondatrice de « We Care Solar », a parlé d’une initiative basée sur les énergies renouvelables.  Scandalisée par le fait que des césariennes et autres soins obstétriques se déroulent dans la pénombre dans certains pays en développement, elle a expliqué avoir créé cette ONG dans le but de fournir aux centres de soins des kits d’éclairage utilisant des sources d’énergie renouvelable.  Des populations d’Afrique de l’Ouest et d’Asie du Sud-Est ont ainsi pu bénéficier de cette innovation grâce au programme de We Care Solar appelé « Light Every Birth ».  Mme Stachel a par ailleurs émis des doutes sur les chiffres officiels liés aux naissances et aux décès dans certains pays en développement, ce qui l’a conduit à créer elle-même des registres d’état civil dans de nombreux centres de santé où son organisation est intervenue.

La dernière panéliste à prendre la parole fut Mme EMEM OMOKARO, médecin nigériane, gérontologue et Directrice exécutive de la « Dave Omokaro Foundation » (DOF) et Secrétaire générale de la Société africaine pour les recherches sur le vieillissement et le développement.  Elle a assimilé la sortie de la pauvreté à une forme de quête de la liberté, invitant les pouvoirs publics à élaborer des politiques qui valorisent la vie humaine.  Elle a prévenu en effet que des politiques qui ne tiennent pas compte de la promotion des droits de l’homme et ne sont pas axées sur la personne ne peuvent pas conduire à des changements.  Elle a déploré, à cet égard, les nombreuses formes de discrimination qui constituent un obstacle à l’éradication de la pauvreté, insistant encore sur la nécessité de tenir compte de la valeur de la vie humaine.

La discussion interactive qui a suivi ces interventions a été centrée autour de l’indice multidimensionnel de pauvreté, en faisant valoir la nécessité de l’intégrer dans les politiques d’élimination de la pauvreté.  Plusieurs délégations ont fait part des problèmes auxquels elles ont dû faire face dans le passé, en partageant aussi les leçons apprises et les résultats généralement positifs obtenus après l’adoption de politiques de développement adaptées à leur cas.  Beaucoup ont aussi souligné l’importance de disposer de « bonnes données » relatives à la pauvreté.   

Le Gouvernement de la Chine a pris des mesures politiques afin de faire participer toute la population à l’objectif prioritaire de l’élimination de la pauvreté, a dit son représentant en précisant que l’aide aux plus démunis nécessite d’accorder une attention particulière à l’éducation.  Le Gouvernement de la Chine a pris des mesures innovantes qui ont permis notamment à 12 millions de personnes de sortir de la pauvreté dans les régions rurales ces dernières années. 

La représentante de la Finlande a rappelé que, alors que son pays était pauvre dans les années 40, la situation actuelle résulte notamment d’une politique de santé et d’« éducation pour tous » adoptée il y a de nombreuses années.  Récemment, le pays a mis en place un revenu de base universel, a-t-elle ajouté en précisant que les principes fondamentaux en Finlande sont basés sur le respect des droits de l’homme. 

Il faut une approche globale qui prenne en compte le développement humain et les droits de l’homme, a confirmé le délégué de l’Union européenne (UE) après avoir indiqué que l’objectif au niveau européen est d’éliminer la pauvreté sur le long terme.  À cet égard, il a souligné la nécessité pour les États membres de l’UE de travailler avec tous les pays, quel que soit leur stade de développement.  Il a aussi fait valoir l’approche intégrée adoptée par l’UE pour faire face à différents risques comme notamment les effets des changements climatiques et la crise des migrants.

Face aux problèmes qui dépassent les capacités des pays pauvres, comme les effets des changements climatiques, le représentant de l’Inde a réclamé l’aide de la communauté internationale. 

« Il est important de se doter d’instruments de mesure pour évaluer l’atteinte des 17 objectifs de développement durable », a enchaîné la représentante du Chili dont le Gouvernement a mis en place une mesure de pauvreté en fonction du revenu et une mesure multidimensionnelle universelle du bien-être, basée sur l’éducation, la santé, le logement, les transports publics et l’environnement.  Malgré ces efforts, 12,5% de la population souffre encore de pauvreté et 4% souffre de pauvreté multidimensionnelle.

Pour la représentante des grands groupes de femmes, ce sont les données sur la pauvreté des femmes et sur la problématique hommes-femmes qui manquent le plus.  Si l’on comprend mieux les liens entre pauvreté et parité, on pourra mesurer l’efficacité des programmes de lutte contre la pauvreté des femmes.  De son côté, la représentante des syndicats a défendu que la lutte contre la pauvreté passe par l’augmentation des salaires.  

« Quel objectif pourrait-il avoir le plus d’impact dans la lutte pour l’élimination de la pauvreté dès lors que tous les objectifs sont les mêmes? » s’est par ailleurs interrogée la représentante du Kenya.  La représentante du Ministère des affaires étrangères de la Colombie a indiqué que le plus important pour son gouvernement est d’assurer la pérennité de tous les programmes.  Ceux-ci devraient survivre au-delà des alternances politiques. 

En réponse toujours à la représentante du Kenya qui a voulu des précisions sur la façon dont les pauvres peuvent participer à l’élimination de la pauvreté, le paneliste de la Fondation Dave Omokaro a recommandé de leur donner la parole, « car ces gens savent ce qu’ils veulent: il faut dialoguer avec eux et les écouter ».    

« Que peut faire l’UNICEF pour améliorer les données? » a demandé le modérateur.  L’expert de l’UNICEF lui a répondu qu’un ensemble de mesures sur la petite enfance et sur d’autres thèmes relatifs à l’enfance est déjà utilisé par les États.  Ces mesures évoluent en fonction des données recueillies, pour tenir compte des groupes qui ne sont pas encore couverts par les dernières études, comme les migrants et les réfugiés.  Il a aussi parlé de l’initiative du Programme des Nations Unies pour l’environnement (PNUE) qui vise à aider les pays en développement à intégrer la question de l’environnement dans leurs politiques de lutte contre la pauvreté.

Plus sceptique, le représentant de la Sierra Leone a averti que les discussions sans fin sur les données, y compris celles d’aujourd’hui sur la pauvreté, risquaient de faire dévier les actions sur les données elles-mêmes au détriment des actions de lutte contre la pauvreté.

Le représentant de la Norvège a mis l’accent sur le rôle de la jeunesse en réponse au représentant des Comores qui a dit que son pays faisait face à deux défis pour pouvoir éliminer la pauvreté: le manque d’accès aux ressources énergétiques et le chômage des jeunes.  Il faut préparer les jeunes à l’avenir et non préparer l’avenir pour les jeunes, a paraphrasé son homologue de la Norvège.  La représentante de « We Care Solar » a évoqué à ce propos les programmes que mène son organisation avec les jeunes pour des projets qui les intéressent directement.

La Colombie a recensé les jeunes colombiens en 2011, a indiqué à son tour la représentante du  Ministère des affaires étrangères de la Colombie en expliquant que l’objectif était d’offrir des solutions à leurs problèmes spécifiques, à savoir l’accès à l’éducation et à l’emploi.  Pour résumer la discussion sur ce point, le représentant des jeunes et des enfants, après avoir dénoncé les injustices que subissent les jeunes, a conclu que l’avenir se construit avec eux et non à leur détriment.  

Comme pour les jeunes, il faut impliquer les handicapés et leurs représentants dans les programmes d’élimination de la pauvreté, a plaidé la représentante du groupe des personnes handicapées en appelant les gouvernements à s’engager à financer des politiques sociales à leur égard. 

Le représentant de l’Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI) a, lui, plaidé pour que le développement industriel, qui est essentiel à l’élimination de la pauvreté selon lui, aide les autres secteurs de l’économie à évoluer et favorise le développement des pays.  L’ONUDI est prête à aider les États Membres dans leur objectif d’éliminer la pauvreté.

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