La Conférence sur l’interdiction des armes nucléaires entre « dans les annales de l’Histoire » en adoptant un traité attendu depuis 70 ans

CD/3723
7 Juillet 2017
Conférence sur les armes nucléaires, 28e et 29e séances, Matin & après-midi

La Conférence sur l’interdiction des armes nucléaires entre « dans les annales de l’Histoire » en adoptant un traité attendu depuis 70 ans

Ovation debout, tonnerre d’applaudissements, acclamations pour un document attendu depuis 70 ans.  Les participants à la Conférence pour la négociation d’un instrument juridiquement contraignant visant à interdire les armes nucléaires ont adopté par 122 voix pour, l’opposition des Pays-Bas et l’abstention de Singapour, un traité qui rend illégales les dernières armes de destruction massive à ne pas faire l’objet d’une interdiction, au cours d’une réunion qui « entrera dans les annales de l’Histoire comme l’un des moments les plus importants dans la poursuite de la paix ». 

L’article 1 du traité dit: « Chaque État Partie s’engage à ne jamais, en aucune circonstance » mettre au point, mettre à l’essai, transférer, employer ni menacer d’employer des armes nucléaires ou d’autres dispositifs explosifs nucléaires.  Les 24 alinéas du préambule et les 20 articles du traité, adoptés en l’absence des États nucléaires, seront ouverts à la signature « de tous les États » au Siège de l’ONU, à New York, à compter du 20 septembre 2017.  Le traité entrera en vigueur 90 jours après le dépôt du cinquantième instrument de ratification, d’acceptation, d’approbation ou d’adhésion.

« Nous allons quitter cette salle aujourd’hui avec la satisfaction du devoir accompli », a déclaré la Présidente de la Conférence, Mme Elayne Whyte Gómez, du Costa Rica, « forts du désir des peuples du monde entier de forger un monde sans armes nucléaires ».

L’excitation était palpable dans la salle archicomble de la Conférence.  Journalistes du monde entier, caméras et appareils photos panotaient entre la tribune et les deux survivants d’Hiroshima venus assister, visiblement émus, à l’adoption du texte: Mme Setsuko Thurlow, Ambassadrice de la paix d’Hiroshima, et M. Toshiki Fujimori, Secrétaire général adjoint de la Confédération japonaise de l’organisation des victimes des bombes A et H (Hidankyo).

« Nous sommes sur le point de dire aux “Hibakusha” qu’après tant de décennies, nous avons enfin jeté les bases d’un monde sans armes nucléaires », a poursuivi Mme Elayne Whyte Gómez.  « Nous sommes sur le point de dire à nos enfants que, oui, il est possible d’hériter d’un monde exempt d’armes nucléaires », a-t-elle insisté, avant de saluer les négociateurs pour avoir travaillé « sans relâche ».

La Présidente a ensuite sanctionné d’un coup de marteau l’adoption du « projet de traité sur l’interdiction des armes nucléaires », seules armes de destruction massive à ne pas être considérées, jusqu’ici, comme illégales.  Dans un tonnerre d’applaudissements de plusieurs minutes, en ovation debout et parmi les cris d’acclamation de la société civile, la salle et la Présidente n’ont pas vu la demande de parole des Pays-Bas.

« Nous n’acceptons pas l’adoption par consensus du projet de traité et demandons une mise aux voix », a annoncé la représentante néerlandaise, devant un auditoire médusé et soudain silencieux.  Après l’adoption du texte à une majorité écrasante de 122 voix, l’opposition des Pays-Bas et l’abstention de Singapour, les applaudissements et les manifestations d’enthousiasme ont repris de plus belle. 

Ce texte, s’est expliquée la représentante des Pays-Bas, est incompatible avec les obligations d’un membre de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN).  Elle a dénoncé un traité « au libellé peu clair », notamment en ce qui concerne les interdictions et les garanties.  « Ce texte aurait dû compléter le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) », a-t-elle martelé.  Or, il se présente plutôt comme « supérieur » à ce dernier. 

L’adoption du traité ponctue plus de trois semaines de négociations intenses, marquées par les apports significatifs de la société civile et la présence médiatisée de plusieurs survivants d’Hiroshima et de Nagasaki – les « Hibakusha », dont le traité reconnaît les souffrances.  Au fil des négociations, entamées le 15 juin dernier, ce qui était un projet de convention est devenu un projet de traité.

Le délégué de Singapour, seul État à s’être abstenu, a regretté que les propositions de son pays concernant les libellés de l’article 7, sur la coopération et l’assistance internationales, et l’article 18, sur les relations avec d’autres accords, n’aient pas été prises en compte dans le texte définitif.  « Il aurait fallu que l’on fasse davantage d’efforts pour avoir des libellés justes et éviter toute mauvaise interprétation du texte », a-t-il ajouté, déplorant des négociations trop courtes.

Les autres négociateurs n’ont pas boudé leur plaisir.  « Aujourd’hui, 7 juillet 2017, entrera dans les annales de l’Histoire comme l’un des moments les plus importants de la poursuite de la paix », a affirmé le représentant de l’Équateur.  Ils ont mis en évidence trois principaux ajouts, fruits du consensus obtenu lors de ces dernières semaines. 

Les représentants de l’Afrique du Sud, de Cuba, de l’Iran et du Brésil ont ainsi salué l’inclusion, au nombre des interdictions de l’article 1, de la « menace de l’emploi des armes nucléaires ou d’autres dispositifs explosifs nucléaires ». 

De nombreuses délégations ont salué la reconnaissance, au paragraphe 6 de l’article 7 sur la coopération et l’assistance internationales, de la responsabilité de tout « État Partie qui a utilisé ou mis à l’essai des armes nucléaires ou tout autre dispositif explosif nucléaire de fournir une assistance suffisante aux États Parties touchés aux fins d’assistance aux victimes et de remise en état de l’environnement ».  Cette disposition est particulièrement importante pour nous, qui avons fait l’objet de 67 essais entre 1946 et 1958, a déclaré la représentante des Îles Marshall, ajoutant que son peuple avait porté « un fardeau plus lourd qu’aucun autre ».

La plupart des délégations ont salué la « souplesse » de l’approche adoptée dans les articles 3 et 4 sur les garanties et l’élimination des armes nucléaires, qui permettent aux puissances nucléaires de devenir États parties au traité avant même d’avoir procédé à l’élimination totale de leurs arsenaux nucléaires, et à condition de s’engager sur la voie vérifiable de cette élimination.  « Certes nous regrettons l’absence des puissances nucléaires », a déclaré le délégué de l’Algérie, « mais nous saluons le fait que la porte reste ouverte ». 

Plusieurs délégations ont reconnu que le texte de compromis était loin d’être parfait, regrettant notamment l’absence, dans l’article 1, d’une mention explicite à l’interdiction du transit des armes nucléaires, ainsi qu’à l’interdiction de tout type d’essais nucléaires.  Selon le représentant de l’Iran, le texte actuel pourrait en effet « inciter les puissances nucléaires à procéder à des essais par simulation informatique ». 

Ce dernier aurait également souhaité que le préambule considère l’utilisation de l’arme nucléaire comme un crime contre l’humanité.  Le délégué iranien a aussi regretté l’absence, dans le préambule, d’une référence à la modernisation des arsenaux nucléaires.  « Il ne faudrait pas oublier que la course à l’armement nucléaire est précisément le fruit de ces activités de modernisation », a-t-il dit. 

La Conférence s’est conclue par un discours émouvant de Mme Setsuko Thurlow, l’un des deux « Hibakusha » présents à la réunion.  « Honnêtement, je n’avais jamais pensé que je vivrais suffisamment longtemps pour vivre ce moment », a déclaré l’Ambassadrice de la paix d’Hiroshima.  « L’arme nucléaire a toujours été une arme immorale, et aujourd’hui, c’est une arme illégale. »

* A/CONF.229/2017/L.3/Rev.1

ADOPTION DU PROJET DE TRAITÉ SUR L’INTERDICTION DES ARMES NUCLÉAIRES DÉPOSÉ PAR LE PRÉSIDENT DE LA CONFÉRENCE (A/CONF.229/2017/L.3/REV.1)

En son article 1, le projet de traité dit: « Chaque État Partie s’engage à ne jamais, en aucune circonstance, mettre au point, mettre à l’essai, produire, fabriquer, acquérir de quelque autre manière, posséder ou stocker des armes nucléaires ou autres dispositifs explosifs nucléaires; transférer à qui que ce soit, ni directement ni indirectement, des armes nucléaires ou autres dispositifs explosifs nucléaires, ou le contrôle de telles armes ou de tels dispositifs explosifs; et accepter, ni directement ni indirectement, le transfert d’armes nucléaires ou autres dispositifs explosifs nucléaires ou du contrôle de telles armes ou de tels dispositifs explosifs. »

L’article poursuit: « employer ni menacer d’employer des armes nucléaires ou d’autres dispositifs explosifs nucléaires; aider, encourager ou inciter quiconque, de quelque manière que ce soit, à se livrer à une activité interdite à un État Partie par le présent Traité; demander ou recevoir de l’aide de quiconque, de quelque manière que ce soit, pour se livrer à une activité interdite à un État Partie par le présent Traité; et autoriser l’implantation, l’installation ou le déploiement d’armes nucléaires ou autres dispositifs explosifs nucléaires sur son territoire ou en tout lieu placé sous sa juridiction ou son contrôle. »

Explications de vote

Au nom de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC), la représentante d’El Salvador a rappelé que sa région est la première zone exempte d’armes nucléaires au monde.  Aujourd’hui, ces armes nucléaires sont frappées d’interdiction partout et leur utilisation est déclarée « crime contre l’humanité et violation du droit international et du droit international humanitaire ».  La seule mesure de précaution est donc leur élimination totale et il ne fait aucun doute qu’aujourd’hui est « un jour historique », a-t-elle conclu.   

Au nom du Groupe des États arabes, la représentante du Liban a salué la Présidente de la Conférence pour avoir réussi à mener avec succès cette « tâche complexe et difficile ».  C’est « un moment historique » que nous attendions depuis 70 ans, après Hiroshima et Nagasaki.  Les pays arabes soulignent que leur soutien à ce texte est une approche collective en faveur d’un monde exempt d’armes nucléaires.  La représentante a exhorté les pays dotés de l’arme nucléaire à s’impliquer dans l’élimination de ces armes de destruction massive et n’a pas manqué de relever qu’Israël, qui n’a pas pris part aux négociations, se terre dans son intransigeance et refuse de coopérer aux initiatives en faveur d’un monde pacifique.  Les projecteurs sont braqués, une fois de plus, sur l’importance qu’il y a à créer une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient, a souligné la représentante.

Son homologue de l’Afrique du Sud a estimé que ce jour restera dans l’Histoire comme le jour où les États et la société civile ont fait un pas en avant pour libérer le monde de la menace des armes nucléaires.  Nous avons dit « plus jamais ça », s’est-elle félicitée car le désarmement est « un devoir moral » vis-à-vis de nos citoyens et de l’humanité.  L’archevêque Desmond Tutu, a confié la représentante, serait heureux de ce que nous avons fait ici.  Notre continent, a-t-elle avoué, a été soumis à de très « grosses pressions » pour ne pas participer aux négociations mais il a tenu bon pour pouvoir adopter un traité, à quelques jours de la Journée internationale Nelson Mandela, un homme qui a tant œuvré pour la paix.  C’est sous la direction de Nelson Mandela que la dénucléarisation de l’Afrique du Sud a été concomitante au processus national de démocratisation. 

Au nom de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), la déléguée de Trinité-et-Tobago a promis que les générations futures se souviendront de ce traité que la CARICOM s’engage à appliquer pleinement et a espéré que les autres régions feront de même.

Pour le représentant de Cuba, l’adoption du traité est le résultat de négociations qui ont commencé il y a 70 ans.  Il s’est réjoui d’un texte qui interdit non seulement l’utilisation des armes nucléaires mais aussi la menace d’y recourir.  La seule manière efficace de faire en sorte que l’humanité ne souffrira plus jamais des conséquences de ces armes est de les interdire tout simplement.  Le commandant Fidel Castro, s’est souvenu le représentant, avait déclaré, en 1979, devant l’Assemblée générale des Nations Unies, qu’il fallait « mettre fin à ces armes qui peuvent tout détruire, excepté la faim ». 

Le représentant du Chili a estimé qu’hommage doit être rendu aux « collègues de la société civile » qui ont marqué « la cadence morale » de ces négociations, des décennies après la résolution 1 de l’Assemblée générale qui appelait déjà à l’interdiction des armes nucléaires.  Nous aurions voulu que ce traité ne soit pas mis aux voix mais cela ne mine en rien sa portée juridique, a-t-il souligné, en rappelant que même la Déclaration universelle des droits de l’homme avait été mise aux voix.  

Le délégué de la Colombie, qui a insisté pour que l’on libère une fois pour toutes le monde de la menace des armes nucléaires, a salué l’adoption d’un traité qu’il aurait tout de même souhaité plus complet sur certaines questions.

Pour son homologue du Costa Rica, on peut défendre des principes avec vigueur sans arme.  Il a remercié la Présidente de la Conférence et affirmé que la « démocratie a fait son apparition dans le cadre du désarmement nucléaire », car des États non dotés de l’arme nucléaire ont pu faire entendre leur voix.  Les racines du traité se trouvent à Hiroshima, Nagasaki et partout où ont eu lieu des essais nucléaires.  La seule arme que peuvent utiliser les États doit être le droit international, a-t-il plaidé.

Le représentant du Venezuela a salué l’effort diplomatique consenti par les délégations et déploré, une nouvelle fois, l’absence des puissances nucléaires.  Aucune doctrine militaire ne saurait justifier la « culture de la mort et de l’anéantissement », a-t-il taclé.

« Le monde a vécu sous le spectre de l’horreur atomique », a déclaré le représentant de la République islamique d’Iran.  Dans une région où le programme nucléaire israélien menace la paix, il a affirmé que son pays avait toujours été partisan d’un monde exempt d’armes nucléaires.  « C’est la seule garantie absolue et fiable contre l’utilisation et la menace d’utilisation des armes nucléaires », a-t-il insisté.  Quoique nous souhaitions la conclusion d’une convention globale sur l’élimination totale des armes nucléaires, notre position n’exclut pas l’adoption d’un traité sur l’interdiction des armes nucléaires, a expliqué le délégué iranien.  C’est pourquoi nous avons soutenu ce texte.

Le traité adopté aujourd’hui devrait renforcer les instruments internationaux existants en comblant leurs lacunes, tout en évitant les doublons, a estimé le délégué.  « Nous n’avons pas ménagé nos efforts pour améliorer ce traité et nous sommes heureux de voir que certaines de nos suggestions ont été reprises », a-t-il lancé, mentionnant notamment l’inclusion dans le texte de l’interdiction de la menace d’utiliser l’arme nucléaire. 

Le représentant a toutefois estimé que certains points faisaient défaut pour que le traité soit véritablement « dépourvu de toute ambiguïté » et devienne un « instrument véritablement contraignant ».  Il aurait notamment souhaité que le préambule, « qui traite de tous les aspects humanitaires catastrophiques de l’utilisation de l’arme nucléaire », reconnaisse toute utilisation de l’arme nucléaire comme un crime contre l’humanité, ce que l’Assemblée générale reconnaît selon lui depuis des décennies.

Tout en se félicitant de l’interdiction de la menace de l’emploi de l’arme nucléaire dans l’article 1, le représentant a regretté l’absence de ce concept dans le préambule, de même que l’absence de référence aux activités de modernisation des arsenaux nucléaires.  « Il ne faudrait pas oublier que la course à l’armement nucléaire est précisément le fruit de ces activités de modernisation », a-t-il dit.  À ses yeux, cette modernisation et les déclarations de certaines puissances nucléaires, qui se sont dites prêtes à élargir leur arsenal nucléaire, sont en effet un appel à la course à l’armement.  

Par ailleurs, le délégué a estimé que l’article 1 du traité souffrait de l’absence d’une mention explicite à l’interdiction du transit des armes nucléaires, ainsi qu’à l’interdiction de tout type d’essais nucléaires.  Selon lui, le texte actuel pourrait en effet inciter les puissances nucléaires à procéder à des essais par simulation informatique.  Quant aux articles 2 à 4, le représentant a salué l’approche flexible qui consiste à encourager les puissances nucléaires à se rallier au traité.  « Nous espérons que ces bonnes intentions seront suivies d’effet », a-t-il ajouté. 

Malgré les insuffisances du texte, le représentant de l’Iran a déclaré avoir voté en faveur du traité, dont l’objectif principal bénéficie du « soutien sans faille » de son pays.  « Toutes nos obligations juridiques et nos positions politiques relatives à la non-prolifération demeureront inchangées et ne doivent pas être considérées comme ayant évolué après notre participation à cette Conférence », a-t-il par ailleurs précisé, avant de réaffirmer le soutien de son pays à l’élimination totale des armes nucléaires.

Le statut exceptionnel accordé jusqu’ici aux armes nucléaires ne peut être justifié et le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) ne peut pas non plus être interprété comme justifiant la détention ad vitam aeternam de l’arme nucléaire, a déclaré l’observateur de l’État de Palestine, en saluant l’adoption du traité.  Il a par ailleurs appelé la communauté internationale à favoriser l’instauration d’une zone exempte d’armes nucléaires et d’autres armes de destruction massive au Moyen-Orient.  Il s’est enfin félicité de la participation de son pays, à égalité avec les autres pays, à la Conférence.

Depuis la première utilisation de l’arme nucléaire en 1945, le monde redoute ces armes aux conséquences humanitaires catastrophiques, a déclaré le représentant du Brésil, dont le pays, a-t-il rappelé, était coauteur de la résolution de l’Assemblée générale demandant la tenue de la Conférence.  Le représentant a rappelé que la Constitution du Brésil interdit tout essai nucléaire non pacifique sur son territoire.  Il a également rappelé que l’Amérique latine est une zone exempte d’armes nucléaires.  « Ce traité permettra de faire face efficacement à la menace de l’arme nucléaire », a-t-il salué, estimant que, tout comme dans le cas des armes chimiques, l’interdiction est souvent le préalable nécessaire à l’élimination totale.  « En dépit de ce moment historique, beaucoup reste encore à faire pour atteindre l’objectif ultime, à savoir un monde exempt d’armes nucléaires », a conclu le délégué brésilien.

« Aujourd’hui, 7 juillet 2017, entrera dans les annales de l’Histoire comme l’un des moments les plus importants de la poursuite de la paix », a affirmé le représentant de l’Équateur.  Nous ne serions pas ici sans la ténacité de la société civile, a-t-il poursuivi, ajoutant que le monde attend ce moment depuis 70 ans.  « Forts de la confiance de toute l’humanité, il nous faudra désormais convaincre un par un les États qui pensent que la paix et la sécurité passent par les armes nucléaires », a déclaré le représentant, avant de regretter l’absence d’une mention explicite à l’interdiction du transit des armes nucléaires dans l’article 1.

« Au Paraguay, l’interdiction des armes de destruction massives est prévue par une norme constitutionnelle », a indiqué le représentant du Paraguay, saluant par conséquent l’adoption du traité.  « Nous félicitons toutes les Nations éprises de paix et respectueuses du droit international humanitaire et des droits de l’homme qui ont adopté ce texte », a-t-il dit.

« Cet instrument renforce les normes internationales à l’encontre des armes nucléaires », a salué le représentant de la Malaisie.  « Il stigmatise ces armes et non pas les pays », a-t-il noté, invitant les puissances nucléaires à se joindre au traité, dont il a espéré qu’il mènera, à terme, à l’élimination totale des armes nucléaires.  « Nous ne devons pas nous reposer sur nos lauriers et nous devons œuvrer à la mise en œuvre de ce traité », a-t-il conclu.

« C’est une journée historique pour toutes les victimes des armes nucléaires », a déclaré le représentant du Pérou, ajoutant que son pays avait fortement contribué à l’établissement en Amérique latine de la première zone exempte d’armes nucléaires.  Le représentant a toutefois regretté l’absence d’une mention explicite à l’interdiction du transit des armes nucléaires dans l’article 1.

Le délégué de l’Argentine s’est félicité de ce que le caractère central du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) ait été reconnu dans le nouveau traité, estimant que ces deux textes sont complémentaires.  Il reste beaucoup à faire, a-t-il souligné, estimant que le mécanisme de vérification mentionné à l’article 4 devra s’appuyer sur les instances internationales telles que l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).

Le représentant de l’Indonésie a salué l’aboutissement d’un processus pour lequel il a assuré la vice-présidence.  Il a rappelé qu’aucun texte multilatéral n’est parfait, mais qu’il fallait, après son adoption, le mettre en application.

Le délégué du Kazakhstan a aussi regretté que le traité n’ait pas été adopté par consensus.

L’observateur du Saint-Siège a annoncé l’organisation cet automne, au Saint-Siège, de deux conférences sur l’élimination des armes nucléaires.  Ce traité n’est qu’un début, car il reste beaucoup à faire pour convaincre ceux qui n’ont pas pris part aux négociations du bien-fondé du désarmement nucléaire, a-t-il noté, en ajoutant: « nous avons frappé un coup de plus sur l’enclume de l’Histoire, en accomplissant la prophétie d’Isaïe », apologiste de la paix.

Pour le représentant du Liechtenstein, la communauté internationale a enfin comblé une lacune juridique en interdisant l’utilisation des dernières armes de destruction massive qui ne faisaient pas l’objet d’une interdiction.     

Les délégations peuvent quitter la Conférence la tête haute, a commenté le délégué de l’Égypte qui a évoqué les vertus du multilatéralisme et appelé les États à placer les objectifs communs au-dessus de leurs intérêts nationaux.  Il a salué la société civile qui, bien qu’étant assise à l’arrière de la salle, a pu jouer un rôle de premier rang.

La représentante de la Suisse a expliqué que son pays a voté en faveur du traité parce qu’il milite pour l’avènement d’un monde de paix.  Ce traité doit compléter les autres textes multilatéraux sur le désarmement.  Le traité, a tout de même estimé la représentante, aurait dû être plus ferme dans son engagement en faveur du TNP.  Elle a regretté que certaines dispositions ne puissent être vérifiables ou mettre des normes existantes.  Elle est aussi revenue sur des négociations « pas du tout ouvertes » qui ont conduit à un traité qui pourrait affaiblir des normes internationales et aggraver la polarisation entre les États dotés de l’arme nucléaire et les autres.

Sa collègue de la Suède a aussi critiqué un traité que ne répond pas à toutes les attentes, même si elle a voté en sa faveur parce qu’il souligne la perspective humanitaire de l’utilisation des armes nucléaires.  Elle a salué « un traité qui a tout simplement le mérite d’exister » et a rappelé que le TNP reste la pierre angulaire du désarmement nucléaire.  La représentante s’est désolidarisée de plusieurs alinéas du préambule, déplorant un libellé qui revient inutilement sur des dispositions propres au Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICE).

Son homologue des Pays-Bas a dénoncé un manque d’ambition dans le traité, promettant que son pays compte s’engager dans la sensibilisation aux risques des armes nucléaires, dans la mise en œuvre du TNP et le soutien aux autres initiatives de désarmement.  Les Pays-Bas, a-t-elle rappelé, ont voté contre ce texte car certaines dispositions sont incompatibles avec les obligations des membres de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN).  Nous avons été francs tout au long des négociations, a-t-elle souligné, dénonçant en outre un texte au libellé « peu clair » sur, par exemple, les obligations générales ou les garanties à l’article 3.  Ce texte aurait dû compléter le TNP mais malheureusement, il veut lui être « supérieur », a martelé la représentante. 

Le délégué du Nigéria a salué l’ouverture d’une nouvelle ère du désarmement nucléaire et promis que son pays et tout le continent africain tiennent à leur statut « exempt d’armes nucléaires ».  Il faut, a-t-il insisté, rallier les autres, surtout les États dotés de l’arme nucléaire.  Il faut les ramener dans le giron de ce traité, a-t-il plaidé.

Si l’Autriche a voté pour le traité, c’est pour mettre fin à plus de 20 ans d’impasse dans le désarmement nucléaire, a expliqué son représentant.  Il a invité les États dotés de l’arme nucléaire à rejoindre le traité et souhaité que les ratifications se fassent très rapidement.  Il a d’ailleurs proposé Vienne, notamment l’Office des Nations Unies, pour accueillir la première réunion des États parties.  Il n’a pas oublié de saluer la contribution de la société civile et des Hibakusha à cette Conférence.

Le délégué de Singapour, seul État à s’être abstenu, a souligné que son pays est profondément attaché à un monde exempt d’armes nucléaires.  Singapour, a-t-il dit, a pris part aux négociations de bonne foi mais les libellés qu’il a proposés pour l’article 7, sur la coopération et l’assistance internationales, et l’article 18, sur les relations avec d’autres accords, n’ont pas été pris en compte.  Il aurait fallu plus d’efforts pour avoir des libellés justes et éviter toute mauvaise interprétation du texte, a-t-il estimé, en déplorant le temps imparti aux négociations.

Consciente des conséquences catastrophiques de l’utilisation des armes nucléaires, la représentante du Guatemala a déclaré que son pays avait pris part avec enthousiasme aux « efforts inlassables » de ce « processus historique ».  Tout en mettant l’accent sur le rôle fondamental de la société civile durant les négociations, la représentante a estimé que le traité adopté aujourd’hui venait compléter efficacement le régime international de la non-prolifération nucléaire.  « Aujourd’hui nous pouvons déclarer avec fierté, pour la première fois en 70 ans, que les armes nucléaires sont illégales », s’est-elle réjouie.

Nous avons fait l’objet de 67 essais entre 1946 et 1958, a rappelé la représentante des Îles Marshall, ajoutant que son peuple avait porté un fardeau plus lourd qu’aucun autre dans ce domaine.  Elle a, par conséquent, salué l’adoption du traité, en espérant qu’il contribuera à l’élimination totale de ces armes.  La représentante a salué l’importance des dispositions liées à l’assistance aux victimes et à la restauration environnementale, qui reconnaissent notamment la responsabilité des États parties ayant utilisé ou testé des armes nucléaires.

Au nom de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN), le représentant des Philippines a salué l’adoption du traité, en espérant qu’il constituera un « jalon vers l’élimination totale des armes nucléaires ».  À titre national, le représentant a reconnu que le traité était un texte imparfait, fruit d’un « accouchement difficile », mais, a-t-il dit, « que tout le monde respectera ».

Saluant le rôle de la société civile qui a permis au fil des ans de changer la perception de l’opinion publique sur les armes nucléaires, le représentant de la Thaïlande a appelé la communauté internationale à prendre appui sur le nouveau traité pour éliminer totalement les armes nucléaires.  Il a espéré une entrée en vigueur rapide du texte.

Le désarmement mondial est un processus qui traine depuis des décennies, a rappelé le représentant de l’Algérie, ajoutant que l’adoption du traité représente une avancée majeure.  « Nous venons d’adopter l’un des instruments internationaux, fruit de négociations multilatérales, les plus importants », a-t-il salué.  « Nous continuons de souffrir des essais nucléaires réalisés sur notre territoire dans les années 1960 », a souligné le représentant, tout en se disant convaincu que l’interdiction complète des armes nucléaires est la seule solution.  Certes nous regrettons l’absence des puissances nucléaires, a-t-il avoué, mais nous saluons le fait que la porte reste ouverte.  Le représentant a invité ces puissances nucléaires à se joindre au traité.  « Les armes nucléaires ne représentent pas la liberté, elles créent une peur sans fin », a-t-il dit.  « Il faut les éliminer. »

« Le monde ne peut plus être divisé entre deux catégories, les pays dotés de l’arme nucléaire et les autres », a affirmé la représentante du Panama, appelant à ratifier et à mettre en œuvre sans délai le traité. 

« Mon pays se félicite d’être aux côtés de la majorité des États Membres aujourd’hui », a déclaré la représentante de Trinité-et-Tobago.  « L’Histoire nous donnera raison, nous sommes du bon côté de l’humanité », a-t-elle affirmé, saluant, en tant que petit État insulaire en développement, la prise en compte dans le préambule de l’assistance aux victimes et de la restauration environnementale.  La représentante a appelé à mettre en œuvre, « résolument et en toute bonne foi », ce traité d’une « portée historique ».

La représentante de l’Uruguay a déclaré que ce texte, qui rend illégales les armes nucléaires, montre notre ferme volonté politique de les interdire.  Cela prendra un certain temps mais il faut que ce texte entre en vigueur le plus tôt possible, comme « un pas de géant vers l’élimination totale des armes nucléaires ».

Son homologue de l’Irlande a salué un texte qui vient compléter le TNP et dont l’adoption illustre le pouvoir du multilatéralisme.  Nous sommes fiers de ce traité qui est robuste et qui concrétise notre vœu d’un monde exempt d’armes nucléaires, a-t-il dit.

Ce texte montre clairement notre rejet des armes nucléaires, en particulier en Amérique latine et dans les Caraïbes, première zone exempte d’armes nucléaires au monde, s’est enorgueilli le représentant de la Bolivie qui a tout de même insisté sur le droit des États à développer l’énergie nucléaire à des fins pacifiques.  Regrettant l’absence des États dotés de l’arme nucléaire, il a diagnostiqué un manque d’engagement en faveur des principes et buts de la Charte des Nations Unies.  

Mme Izumi Nakamitsu, Haute-Représentante pour les affaires de désarmement, s’est à son tour félicitée de l’adoption du traité et a rendu hommage à la société civile pour son appui sans faille.  Elle a vu dans le traité « une lueur d’espoir » pour tous ceux qui ont consacré leur vie à l’interdiction des armes nucléaires et dont le message doit être entendu.  Malgré la réduction du nombre des arsenaux nucléaires depuis la fin de la guerre froide, ces armes présentent toujours des risques, a-t-elle prévenu, en soulignant l’urgence de l’objectif commun de non-prolifération et d’interdiction des armes nucléaire. 

Ce traité devrait contribuer à la consolidation des autres composantes du régime de non-prolifération et braque les projecteurs sur le TNP en tant que pierre angulaire du système des garanties.  Il faut obtenir des États nucléaires qu’ils se joignent au traité, a poursuivi la Haute-Représentante.  Notant l’absence d’une autorité internationale pour vérifier le respect du traité, elle a voulu que les États parties comblent cette lacune.  Elle a rappelé, en concluant, que le Secrétaire général de l’ONU sera le dépositaire du traité, l’ONU, « le foyer institutionnel ».

Le représentant du Mexique a insisté sur le caractère juridiquement contraignant du traité.

Celle de la Fédération internationale de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a vu « la promesse d’un avenir exempt d’armes nucléaires » et « un rejet moral et politique » des armes nucléaires.  Nous ferons, a-t-elle promis, la promotion du traité auprès des États et nous les exhorterons à le ratifier.  Elle a voulu que Nagasaki soit, une fois pour toutes, le dernier exemple de l’utilisation des armes nucléaires.

« Nous sommes profondément fiers de voir comment une diplomate d’Amérique latine a su mener avec gentillesse, détermination et passion les négociations ayant mené à l’adoption de ce traité », a déclaré le représentant de l’Organisme pour l’interdiction des armes nucléaires en Amérique latine et dans les Caraïbes (OPANAL).  Ceci n’est qu’une étape, a-t-il ajouté, et le travail doit se poursuivre.  « Les armes nucléaires sont interdites, merci », a conclu le représentant.

Nos atolls du Pacifique, et notamment dans les Îles Marshall, dont je suis originaire, ont été contaminés pour toujours par les essais nucléaires, a déploré la représentante de la Campagne internationale pour abolir les armes nucléaires (ICAN).  « Nous portons la cicatrice de ces essais jusque dans nos corps », a déclaré la représentante, déplorant le fait que son pays ait été utilisé comme « cobaye », soi-disant « pour le bien de l’humanité ».  Nous sommes remplis de l’espoir de léguer à nos enfants un monde exempt d’armes nucléaires, a continué la représentante.  « Les armes nucléaires sont maintenant reconnues pour ce qu’elles sont, une aberration immorale », a-t-elle ajouté, saluant le pas historique franchi aujourd’hui.  Elle a ainsi appelé tous les pays à signer ce traité, le 20 septembre à New York.

« Honnêtement, je n’avais jamais pensé que je vivrais suffisamment longtemps pour vivre ce moment », a déclaré Mme Setsuko Thurlow, Ambassadrice de la paix d’Hiroshima et « Hibakusha », survivante d’Hiroshima.  Aujourd’hui, je voudrais avoir une pensée pour les centaines de milliers de personnes qui ont perdu la vie à Hiroshima et Nagasaki.  « Chacune d’entre elles avait un nom », a-t-elle rappelé. 

« Cela fait 70 ans que j’attends ce moment et je suis heureuse: ce jour est enfin arrivé », a déclaré Mme Setsuko Thurlow.  « C’est le début de la fin des armes nucléaires », a-t-elle dit, rejetant les politiques de dissuasion nucléaire qui n’ont pas fonctionné et la « contamination irréversible » de l’environnement engendrée par l’utilisation de l’arme nucléaire.  « Aux dirigeants du monde, je souhaiterais dire la chose suivante: si vous aimez cette planète, je vous en implore, signez ce traité », a déclaré Mme Setsuko Thurlow.  « L’arme nucléaire a toujours été une arme immorale, et aujourd’hui, c’est une arme illégale. »

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