Harvey, Irma, José et Maria: un ouragan de catastrophes souffle sur l’Assemblée générale

AG/11950
21 septembre 2017
Soixante-douzième session, 11e à 14e séances plénières - Matin, après-midi & soir

Harvey, Irma, José et Maria: un ouragan de catastrophes souffle sur l’Assemblée générale

La récente série de catastrophes naturelles dévastatrices qui s’est abattue sur l’Amérique du Nord et les Caraïbes, signe, pour beaucoup, d’une accélération des effets des changements climatiques, était au cœur des préoccupations de la trentaine de chefs d’État et de gouvernement à s’être exprimés lors de cette troisième journée du débat général annuel de l’Assemblée générale, qui a également été marquée par la crise en péninsule coréenne, le sort des Rohingya au Myanmar et la situation dans le Jammu-et-Cachemire.

« Nous réalisons l’importance de faire partie d’une véritable communauté internationale », a déclaré M. Luis Videgaray Caso, Secrétaire mexicain des affaires étrangères, dont le pays a été secoué ce mois-ci par deux tremblements de terre meurtriers en à peine quelques jours.  « En ces instants de douleur, le multilatéralisme et les Nations Unies nous ont montré leurs visages les plus généreux », a-t-il salué. 

La communauté internationale ne doit cependant pas se borner à répondre généreusement aux appels à l’aide des pays affectés par des catastrophes, a toutefois estimé M. Danny Faure, Président des Seychelles, mais également mettre en place des actions de grande ampleur pour les prévenir.  En effet, a renchéri M. Azali Assoumani, son homologue des Comores, les « catastrophes à répétition » de ces dernières semaines sont un « criant rappel à l’ordre des climato-sceptiques » sur l’urgence d’une action pour atténuer les effets dévastateurs des changements climatiques. 

Premier Ministre d’Antigua-et-Barbuda, État ravagé par le passage, ce mois-ci, de l’ouragan Irma, M. Gordon Browne, a d’ailleurs décrit l’étendue de la catastrophe subie par l’île de Barbuda, où 95% des immeubles ont été détruits ou sévèrement endommagés, laissant la quasi-totalité de la population sans domicile.

« Aujourd’hui, pour la première fois depuis 300 ans, Barbuda n’a pas d’habitant permanent.  L’empreinte d’une civilisation entière a été émasculée par la brutalité et la magnitude d’Irma, les habitants de l’île contraints de laisser tout ce qui les définissait comme société et comme peuple », a-t-il déploré.

Mais alors que les coûts de reconstruction de l’île sont évalués à 250 millions de dollars, soit 15% du produit national brut (PNB) du pays, M. Browne a averti que cette somme est « hors de notre portée ».

Justement, dans le but de pallier le manque de ressources des États insulaires pour se reconstruire après une catastrophe, M. Jovenel Moïse, Président d’Haïti, pays à peine remis du passage des ouragans Matthew et Irma et qui se trouve à présent menacé par l’ouragan Maria, a proposé la création d’un fonds régional pour financer les programmes d’atténuation des effets des catastrophes naturelles, alimenté sur la base d’un pourcentage du produit intérieur brut des pays affectés et des pays développés émetteurs de gaz à effet de serre. 

Estimant que les catastrophes naturelles récentes étaient des « avertissements brutaux de Mère Nature », M. Charlot Salwai, Premier Ministre de Vanuatu, a de son côté exhorté les États-Unis à revenir sur leur décision de se retirer de l’Accord de Paris sur les changements climatiques.  « C’est un peu comme si les récents ouragans et leurs effets désastreux venaient rappeler à l’Administration américaine que les changements climatiques sont réels », a commenté pour sa part M. Eric Mokgweetsi Masisi, Vice-Président du Botswana.

La situation dans la péninsule coréenne figurait également au centre des préoccupations des délégations.  Depuis la tribune, le Président de la République de Corée, M. Moon Jae-In, a souligné qu’il ne souhaitait ni l’effondrement de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), ni une unification par absorption. 

« Si la Corée du Nord prend la décision aujourd’hui de se tenir du bon côté de l’Histoire, nous sommes prêts à l’assister ensemble avec la communauté internationale », a notamment affirmé le Président, tandis que le Ministre des affaires étrangères de la Chine, M. Wang Yi, a exhorté la RPDC à « ne pas poursuivre sur la voie dangereuse sur laquelle elle s’est lancée », mais aussi les États-Unis à respecter leurs propres engagements.  Dans le même ordre d’idées, son homologue de la Fédération de Russie, M. Sergei Lavrov, a souligné que, si les sanctions du Conseil devaient être respectées, elles supposaient également le retour aux négociations et au dialogue, et non la répétition de menaces qui, a-t-il averti, peuvent avoir des conséquences catastrophiques. 

Réagissant, par ailleurs, à l’annonce récente concernant la volonté du Gouvernement américain de revenir sur l’accord sur le nucléaire iranien, M. Sigmar Gabriel, Vice-Chancelier et Ministre des affaires étrangères de l’Allemagne, s’est interrogé sur les conséquences d’une telle décision sur la crise dans la péninsule coréenne.  Comment, alors, convaincre la RPDC d’accepter un accord qui lui garantirait la sécurité en échange de certains engagements si l’accord sur l’Iran est annulé, a demandé M. Gabriel.

Plusieurs représentants ont par ailleurs dénoncé la tragédie affectant la minorité musulmane rohingya au Myanmar, à l’instar de Mme Sheikh Hasina, Premier Ministre du Bangladesh, qui a déclaré qu’elle arrivait à l’Assemblée avec le cœur lourd, après avoir vu les Rohingya « affamés et désespérés » trouver refuge à Cox’s Bazar, au Bangladesh.  Alors que plus de 430 000 Rohingya sont arrivés au Bangladesh au cours des trois dernières semaines, elle a appelé l’ONU à prendre des mesures immédiates pour trouver une solution permanente à cette crise prolongée.  Les représentants du Yémen et du Pakistan ont également dénoncé la xénophobie et l’islamophobie galopante à l’origine de ce nettoyage ethnique.

La communauté internationale a également été interpelée par le Premier Ministre du Pakistan, M. Shahid Khaqan Abbasi, qui l'a appelé à « agir vite » pour éviter l’escalade des tensions au Jammu-et-Cachemire, et à obtenir de l’Inde qu’elle cesse ses exactions, dont les 600 violations de la ligne de contrôle enregistrées depuis le mois de janvier.  « Si l’Inde s’aventure au-delà de cette ligne ou actionne sa doctrine de ''guerre limitée'' contre le Pakistan, elle s’exposera à une réaction forte et à la hauteur des enjeux », a-t-il notamment averti.  Cette intervention a valu à l’Inde et à l’Afghanistan d’exercer leur droit de réponse.

Le débat général de l’Assemblée générale se poursuivra demain, vendredi 22 septembre, à partir de 9 heures.

Suite du débat général

M. ALEKSANDAR VUČIĆ, Président de la Serbie, a commencé par constater que la situation actuelle dans le monde est encore plus difficile qu’il y a un an, avant d’axer son intervention sur « la Serbie d’aujourd’hui, la Serbie de demain et l’avenir de toute la région de l’ouest des Balkans ».  Il a jugé particulièrement important de parler de l’ouest des Balkans car, a-t-il averti, à moins de bien comprendre les problèmes auxquels la région fait face, il ne sera pas possible d’identifier, et encore moins de résoudre chaque problème individuel.

Pour M. Vučić, la première condition d’un avenir prospère pour toute la région est de préserver la paix et la tranquillité, et la Serbie investit beaucoup d’efforts pour stabiliser la situation dans la région.  Elle a également prouvé qu’en adoptant des politiques fiscales responsables sans privatisation excessive il a été possible de réaliser des surplus budgétaires et de faire tomber le taux de chômage de 26% à 12%, tout en créant un marché de l’emploi flexible par l’adoption de textes de loi modernes et en investissant dans la créativité des jeunes et dans la numérisation et l’intelligence artificielle. 

M. Vučić est ensuite revenu sur les questions politiques et en particulier sur les relations de Belgrade avec Pristina.  Pour lui, il est impératif de parvenir à un règlement pacifique de la question du Kosovo-Metohija.  Il s’agit là d’une priorité nationale pour la Serbie compte tenu de son impact économique considérable, a-t-il souligné.  Rappelant que la Serbie ne reconnait pas la déclaration unilatérale d’indépendance du « soi-disant Kosovo », le Président serbe a néanmoins insisté sur les efforts à déployer pour engager un dialogue avec les dirigeants albanais de Pristina.  Les résultats obtenus dans le cadre du processus de Bruxelles sont le fruit de compromis difficiles, et de concessions des deux parties, quoi que venant principalement de notre côté, a-t-il poursuivi, faisant part de l’engagement de la Serbie à poursuivre ce dialogue.  Il s’est également félicité du fait qu’au cours des quatre dernières années, depuis le lancement du processus de Bruxelles, personne n’a perdu la vie au cours de confrontations à caractère ethnique.

M. Vučić a toutefois dénoncé le fait « qu’en rentrant ce matin dans la salle de l’Assemblée générale », il avait appris que les autorités de Pristina avaient annoncé être parvenues à une majorité pour que le Kosovo devienne membre de l’UNESCO, une situation qu’il a dit contestée en raison de la destruction de plusieurs monastères serbes. 

Sur le plan économique, M. Vučić a plaidé en faveur de la création d’une zone économique régionale avec une zone douanière unique et un système fiscal commun, expliquant que les pays des Balkans représentent à eux seuls des marchés trop petits pour pouvoir être performants.  L’objectif final de la Serbie, et des pays des Balkans reste de devenir membre de l’Union européenne qui demeure leur plus grand partenaire commercial, a-t-il expliqué.  Pour M. Vučić, il s’agit de la voie privilégiée vers la stabilité, la progression économique et la consolidation des acquis démocratiques dans la région.  Il a toutefois regretté que parfois les Balkans n’étaient pas traités sur un pied d’égalité avec les États membres de l’Union européenne qui y ont adhéré après 2003.  « Nous ne demandons pas à l’Union européenne d’accélérer notre processus d’adhésion mais de nous traiter équitablement » a-t-il expliqué. 

Poursuivant son intervention, le Président serbe s’est engagé à ne jamais abandonner la politique de neutralité militaire.  Même si la Serbie tient à devenir membre de l’Union européenne et entretient d’excellents partenariats avec les pays occidentaux, elle « n’a pas honte de dire » qu’elle entretient également d’excellentes relations la Fédération de Russie et la Chine, a-t-il lancé.  S’agissant de la lutte contre l’extrémisme violent et le terrorisme, la Serbie aborde ce problème dans une approche de lutte contre la pauvreté et les inégalités sociales, a encore expliqué son Président, dont la vision consiste à intégrer les citoyens de toutes les religions et affiliations politiques dans une société moderne basée sur des valeurs communes et dans le respect mutuel de tous.

M. JOVENEL MOÏSE, Président d’Haïti, a rappelé l’attachement de son pays envers la dimension environnementale du développement durable.  « En tant qu’État insulaire, Haïti est déterminée à renforcer sa résilience aux effets des catastrophes naturelles qui affectent, chaque année, la région des Caraïbes », a affirmé le Président, qui s’exprimait pour la première fois devant l’Assemblée générale.  Dans ce cadre, a-t-il précisé, le peuple haïtien entreprend des « efforts gigantesques » pour se relever des dégâts causés par le passage des ouragans Matthew et Irma.

À ses yeux, la récente destruction « d’une ampleur inédite » par plusieurs ouragans successifs de certains pays des Caraïbes, y compris Antigua-et-Barbuda et la Dominique, ainsi que d’une partie des États du Texas et de la Floride, aux États-Unis, témoigne des effets néfastes du réchauffement climatique sur notre planète. 

Dans ce contexte, le Président a dit accorder une importance toute particulière au respect des engagements pris au titre de l’Accord de Paris sur les changements climatiques, à plus forte raison que les perspectives de développement durable sont, selon lui, de plus en plus remises en cause par les crises écologiques et le dérèglement climatique.  Pour remédier à cette situation, M. Moïse a appelé les pays émetteurs de gaz à effet de serre à allouer les ressources nécessaires à la mise en œuvre effective de l’Accord, y compris en dotant les pays les plus vulnérables des moyens nécessaires pour assurer leur transition énergétique vers les énergies renouvelables et développer leur résilience aux effets des changements climatiques.

« À l’instant même, l’ouragan Maria, d’une puissance spectaculaire, nous menace encore », a déploré le Président.  Cependant, a-t-il souligné, « tout ce qui nous arrive n’est pas dû à la fatalité, mais aux actions des êtres humains sur leur environnement ».  Face au manque de ressources dont souffrent Haïti et les petits États insulaires en développement des Caraïbes pour répondre efficacement aux changements climatiques, M. Moïse a lancé un appel « pour une augmentation de la couverture d’assurance contre les ouragans et autres catastrophes naturelles ».

Dans cette perspective, le Président a annoncé son intention d’organiser, en janvier 2018, une conférence régionale pour mettre en place une commission interétatique chargée de convenir d’une stratégie en la matière.  À cette occasion, il militera pour la création d’un fonds régional destiné à financer les programmes d’atténuation des effets des catastrophes naturelles dans la région, alimenté sur la base d’un pourcentage du produit intérieur brut des pays affectés et des pays développés émetteurs de gaz à effet de serre.  Le Président a appelé tous les États Membres à soutenir et adhérer à cette démarche.

Sur le plan politique, M. Moïse a déclaré que l’année 2017 avait marqué une « rupture » par rapport à l’instabilité qui a entravé le développement de son pays ces dernières années.  « Depuis mon accession à la présidence, le 7 février, mon administration n’a ménagé aucun effort pour consolider la démocratie et l’état de droit », a-t-il affirmé.  Ces efforts, a-t-il ajouté, ont notamment pris la forme d’une lutte contre la corruption, notamment la surfacturation des contrats publics, l’utilisation abusive des biens de l’État et les chèques au nom d’employés fictifs.  « La corruption sous toutes ses formes gangrène et atrophie l’économie », a-t-il dit, avant d’ajouter: « La corruption est un crime contre le développement ».

Sur le plan militaire, le Président a déclaré que, après le départ de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), Haïti mettra sur pied une force militaire pour accomplir trois missions: une unité de génie capable de contribuer aux grands travaux d’infrastructure et d’intervenir en cas de catastrophe; une unité d’aviation capable de former des jeunes en mécanique aéronautique et en pilotage d’aéronefs et d’hélicoptères pour intervenir, notamment lors des situations de catastrophes naturelles; et une unité médicale capable de soigner les victimes de catastrophes naturelles ainsi que les habitants des zones les plus reculées.

Tout en remerciant vivement l’ONU pour son engagement en Haïti, M. Moïse a par ailleurs rappelé deux situations « fort regrettables » qui ont, selon lui, résulté de sa présence dans le pays.  Il a dénoncé, d’une part, « les actes odieux d’exploitation et de violence sexuelles commis par certains soldats de la paix ou d’autres membres du personnel »; et d’autre part, « l’introduction de l’épidémie de choléra en Haïti ».  À ses yeux, ces « conséquences fâcheuses » de la solidarité internationale impliquent « l’obligation morale » d’adopter des mesures pour fournir les ressources nécessaires en vue de l’élimination du choléra en Haïti.  « Malgré les récents progrès enregistrés, la liste des victimes, autour de 10 000, de cette épidémie, continue malheureusement de s’allonger et les orphelins du choléra se comptent en dizaines de milliers », a déploré le Président.

Aux yeux du Chef d’État haïtien, l’ONU doit désormais donner tout son sens à ses nobles idéaux « en prenant toutes les responsabilités » dans une situation qui a causé de graves préjudices au peuple haïtien.  « Il est grand temps que soient honorés les engagements pris par l’ONU en vertu de la nouvelle approche préconisée par le Secrétaire général, et que l’Assemblée générale a approuvée, dans la lutte contre le choléra », a-t-il insisté. 

À cette fin, M. Moïse s’est associé à l’appel urgent lancé par le Secrétaire général pour la dotation du Fonds d’affectation spéciale en vue de la mise en œuvre intégrale des deux volets de la nouvelle approche.  Il a en outre salué la décision de l’Assemblée générale de réaffecter une enveloppe de 40,5 millions de dollars provenant du budget 2015-2016 de la MINUSTAH à la lutte contre cette épidémie.  « Nous souhaitons que cet accord soit suivi par d’autres partenaires internationaux », a-t-il appelé.

M. MOON JAE-IN, Président de la République de Corée, est revenu sur les « manifestations à la chandelle » qui se sont déroulées dans son pays l’hiver dernier, voyant dans ce « moment historique » la preuve de la réussite brillante de l’esprit des Nations Unies.  La révolution coréenne est née sur une place publique où le désir démocratique et la Constitution ont réveillé l’intelligence collective des citoyens, s’est félicité M. Moon, qui a indiqué y avoir participé lui-même « en tant que citoyen ».  Il n’a pas non plus caché sa fierté de voir son pays représenter pour le monde « un nouvel espoir démocratique ».

Enchaînant, le Président a indiqué que l’être humain figure au cœur de toutes les politiques de son administration, précisant que des mesures d’envergure sont en cours pour répondre aux inégalités économiques qui entravent la croissance et la cohésion sociale, en mettant l’accent sur l’augmentation du revenu des individus et des ménages et en promouvant la création d’emplois.

M. Moon a ensuite confié qu’il était né dans un village de réfugiés durant la guerre de Corée, un conflit qui n’a jamais véritablement cessé et qui a maintenant pris la forme d’un « cessez-le-feu précaire » dans la péninsule de Corée.

Se qualifiant de Président du seul pays divisé au monde, M. Moon a dit représenter l’appel à la paix de ses concitoyens et espérer que la Corée du nord s’avérera capable d’emprunter, elle aussi, son propre chemin vers la paix.

M. Moon a indiqué que suite aux essais nucléaires effectués par la Corée du Nord, la République de Corée a tenté de convaincre les pays de la région et du monde de la nécessité d’imposer des sanctions plus sévères à l’encontre de la Corée du Nord afin que celle-ci cesse ses provocations et choisisse le chemin du dialogue.  Il a salué l’adoption, avec une rapidité sans précédent, de la résolution du Conseil de sécurité imposant des sanctions plus sévères à l’encontre de la Corée du Nord.

Le Président a souligné qu’il ne souhaitait pas l’effondrement de la Corée du Nord, et qu’il ne chercherait pas non plus une unification par absorption ou autres moyens artificiels.  « Si la Corée du Nord prend la décision aujourd’hui de se tenir du bon côté de l’Histoire, nous sommes prêts à l’assister ensemble avec la communauté internationale », a-t-il indiqué, avant d’exhorter ce régime à cesser immédiatement de faire des choix dangereux, « qui ne mèneront qu’à son isolement et à sa chute », et de choisir la voie du dialogue.

Poursuivant son intervention, M. Moon a engagé le Conseil de sécurité à tenir compte du fait que pour résoudre de manière fondamentale la question du nucléaire nord-coréen, il importe de faire de l’esprit de la « communauté de sécurité », qui est consacré par la Charte de l’ONU, une réalité dans la péninsule coréenne et en Asie du Nord-Est.  Il importe, a-t-il dit, de combiner judicieusement le pilier fondamental qu’est la sécurité en Asie du Nord-Est avec le multilatéralisme.  Le Président de la République de Corée a également estimé que la paix et la prospérité ne pourront être véritablement atteintes qu’en solidifiant les bases d’une communauté économique d’Asie du Nord-Est et en concrétisant une coopération multilatérale en matière de sécurité.

M. Moon a ensuite indiqué que les prochains Jeux olympiques d’hiver, qui doivent s’ouvrir dans cinq mois à PyeongChang, se dérouleront à 100 km de la zone démilitarisée, zone symbole de division et de confrontation dans la péninsule coréenne.  « Mon cœur se remplit de joie lorsque j’imagine des athlètes nord-coréens entrant dans le stade pendant la cérémonie d’ouverture, encouragés par des Coréens du nord et du sud et par les sourires de gens venus du monde entier.  Ce n’est pas un rêve impossible, a affirmé le Chef de l’État, qui a précisé qu’il fera tout son possible, en coopération avec le Comité international olympique, pour pouvoir accueillir les Nord-Coréens aux Jeux olympiques d’hiver de PyeongChang.

« Tout comme les bougies brandies par les Coréens face à la crise de leur démocratie, je crois fermement que PyeongChang deviendra une lumière qui illuminera la paix », a-t-il déclaré avant de conclure.

M. MICHEL AOUN, Président du Liban, a affirmé que les attentats du 11 septembre qui ont frappé New York, il y a 16 ans, ont été le point de départ d’une guerre internationale contre le terrorisme, une guerre qui s’est ramifiée, déviant de ses objectifs en mettant le feu dans beaucoup de pays, surtout au Moyen-Orient.  Elle a donné naissance et nourri un fanatisme des plus redoutables, s’est-il alarmé, son but étant d’exterminer l’humain, la civilisation et la culture.  Ce terrorisme a fait tache d’huile et s’est étendu aux cinq continents d’une manière aveugle avec des méthodes d’une cruauté inégalée et personne ne peut prédire quelles peuvent être ses limites et quand sera sa fin. 

Dès le début du conflit syrien, a-t-il poursuivi, il était évident que le Liban allait en subir directement les conséquences et être déstabilisé par le terrorisme.  Pourtant, il a réussi à éviter l’implosion et à préserver son unité nationale et sa sécurité interne malgré les divisions politiques, s’est félicité son Président.  Le Liban a en outre réussi à éliminer les terroristes qui s’y sont infiltrés et vient de remporter une « victoire majeure » le long de sa frontière avec la Syrie.  Reste toutefois que le Liban assume aujourd’hui un fardeau considérable qui dépasse ses forces pour avoir accueilli dans ses maisons, ses écoles et ses hôpitaux un nombre considérable de réfugiés syriens.  M. Aoun a expliqué que la population a augmenté de 50% depuis l’arrivée des réfugiés et des migrants et que sa densité de population est passée de 400 à 600 par m2, une situation qui a un impact direct sur la situation économique du Liban.  Le Président a également indiqué que les terroristes ont utilisé certains rassemblements de migrants pour y trouver refuge, d’où l’urgence d’organiser le retour des migrants vers leur pays d’origine, d’autant plus que la majorité des régions d’où ils sont originaires sont à présent sécurisées en Syrie.  « Prétendre qu’ils ne seront pas en sécurité dans leur pays est à présent une excuse irrecevable », s’est-il exclamé. 

Poursuivant son intervention, le Président Aoun a indiqué que les migrants syriens vivent au Liban dans la misère malgré le soutien libanais et les aides internationales, jugeant préférable que l’aide fournie par les Nations Unies pour les maintenir dans des camps de misère soit maintenant utilisée pour les ramener dans leur pays.  M. Aoun a aussi rappelé qu’en plus des migrants syriens, son pays « supporte sur son sol » la présence de 500 000 Palestiniens qui attendent depuis 69 ans leur retour en Palestine.  Il s’est alarmé de la situation de l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient (UNRWA), « qui est sur la voie de la faillite » et du fait qu’aucune initiative, que ce soit des Nations Unies ou du Conseil de sécurité, n’est visible à l’horizon pour faire aboutir la solution des deux États.

Le Président libanais a ensuite accusé Israël de répondre « depuis toujours » à toute tentative de solution par la force militaire et la spoliation du droit.  « Le Liban en est le meilleur témoin puisque Israël viole sa souveraineté et la résolution 1701 de façon permanente », s’est indigné M. Aoun. « Le Liban ne peut devenir une patrie de substitution pour ces Palestiniens », a martelé le Chef d’État qui a appelé à la garantie de leur droit de retour.  Il a aussi affirmé que la « volonté de suppression » de l’UNRWA n’est qu’un premier pas vers la suppression de leur statut de réfugié afin d’aboutir à leur « intronisation ».  « Jamais, a-t-il tonné, le Liban n’acceptera l’implantation ni de réfugiés, ni de migrants sur sa terre, quel que soit le prix. »

Pour M. Aoun, pour permettre aux peuples de la région de vivre dans la dignité, il importe d’accompagner chaque proposition de paix de plans socioéconomiques aptes à générer de la croissance.  Il a appelé la communauté internationale à réfléchir sérieusement à un projet de marché commun du Levant, capable d’assurer à la fois le développement et la liberté.

M. NICOS ANASTASIADES, Président de Chypre, a estimé que l’un des principes les plus importants de la Charte des Nations Unies était le respect de l’indépendance, l’intégrité territoriale et la souveraineté de chaque État Membre.  « L’un des pays qui, malheureusement, continue de souffrir des conséquences de la violation flagrante des principes fondamentaux de l’ONU est mon pays, la République de Chypre, qui depuis l’invasion militaire par la Turquie, en 1974, demeure sous son occupation », a déploré le Président. 

Selon lui, le « prétexte » avancé à l’époque par la Turquie pour lancer cette « invasion » était la restauration de l’ordre constitutionnel, suite à la tentative de coup d’État contre le Président de la République chypriote orchestrée par la junte militaire au pouvoir en Grèce.  « Je me réfère délibérément à un prétexte, car, au lieu de restaurer l’ordre constitutionnel, la Turquie a occupé 37% du territoire chypriote, déplaçant de force plus d’un tiers de la communauté chypriote grecque de sa terre ancestrale, au prix de milliers de morts, alors que depuis 1974, plus d’un millier de Chypriotes grecs sont toujours portés disparus », a-t-il dénoncé.

M. Anastasiades a ajouté que la Turquie a également fait usage de la force pour contraindre « nos compatriotes chypriotes turcs » à quitter le territoire sous le contrôle du Gouvernement chypriote, « dans lequel ils résidaient pacifiquement », en direction des zones « occupées par la Turquie ». 

« Mon but n’est pas de rejeter la faute sur quelqu’un d’autre », a affirmé le Président.  « Au contraire, je souhaiterais véritablement être en mesure de vous dire que ma vision pour parvenir à un règlement, comme je l’ai souligné de manière répétée à ce podium, s’est matérialisée. »  Or, a-t-il déploré, en dépit d’efforts « constructifs » pour réaliser des progrès, le dernier cycle de pourparlers lancé en mai 2015, qui a culminé en juillet 2017 à Crans-Montana, en Suisse, se trouve désormais dans l’impasse.  M. Anastasiades a attribué « exclusivement » la responsabilité de cette situation à la « position intransigeante » de la Turquie, qui tente selon lui de faire de Chypre un « protectorat turc », au lieu de contribuer à en faire un État indépendant et souverain.

À l’appui de cette conviction, le Président a rappelé que, lors de la Conférence sur Chypre lancée en 28 juin 2017, le Secrétaire général avait formulé un cadre de négociation composé de six groupes thématiques, dont le retrait des troupes étrangères du territoire chypriote.  Or, selon M. Anastasiades, « en flagrante contradiction avec le cadre du Secrétaire général », la Turquie a adopté une position « inflexible » qui insistait sur le maintien du Traité de garantie, du droit d’intervention et d’une présence militaire permanente.

Dans son discours à l’Assemblée générale, a poursuivi M. Anastasiades, le Président de la Turquie a prétendu que l’échec des négociations de Crans-Montana incombait à la position « incompréhensible » de la partie chypriote grecque.  « Est-il incompréhensible d’aspirer à l’établissement d’un État indépendant et souverain, sans garanties étrangères ou droit d’intervention par un pays tiers et sans la présence de troupes étrangères? » s’est-il interrogé.

Malgré sa déception, le Président a réaffirmé sa volonté de mettre fin au « statu quo inacceptable » actuel et d’instaurer un « État dirigé par les Chypriotes pour les Chypriotes ».  Pour ce faire, il s’est dit prêt à reprendre « immédiatement » les négociations, conformément au cadre établi par le Secrétaire général et aux résolutions pertinentes de l’ONU.  Pour éviter les erreurs passées et faire en sorte de convoquer une nouvelle Conférence sur Chypre, il a insisté sur l’importance des préparatifs et la nécessité, pour toutes les parties prenantes, de disposer d’une volonté politique forte.  Dans cette perspective, M. Anastasiades a estimé que la rétrocession et la réinstallation de Varosha contribuerait à instaurer un climat propice à la reprise des négociations.  « En conclusion, j’exhorte une nouvelle fois la Turquie et nos compatriotes chypriotes turcs à réaliser que seuls le respect mutuel et les compromis, et non l’obsession obsolète envers des pratiques vouées à l’échec, nous permettrons de parvenir à un règlement viable et durable », a déclaré le Président.

« Comment oublier que, chaque jour, dans mon pays, en Afrique et dans d’autres pays de cette planète, des femmes et des hommes continuent de perdre la vie par manque de soin et de nourriture? » a demandé M. ROCH MARC CHRISTIAN KABORE, Président du Burkina Faso.  « Des enfants ne peuvent jouir de leur droit fondamental à l’éducation, des jeunes se résignent à défier la furie des mers et des océans à la recherche de lendemains meilleurs, des populations sont condamnées à une errance sans fin, victimes de conflits et de catastrophes ».

Le Président s’est ensuite félicité du succès de la table ronde des bailleurs de fonds publics et privés du Plan national de développement économique et social du Burkina Faso, suite à l’appel qu’il avait lancé à l’Assemblée générale l’année dernière.  Le pays, a-t-il précisé, s’est engagé dans un processus de relance économique à travers d’importantes réformes structurelles dont l’un des objectifs est d’attirer des investissements.  Sur le plan de la gouvernance, un avant-projet de constitution a été élaboré et sera soumis à référendum.

« Cible depuis quelques temps des forces terroristes et obscurantistes, mon pays a pris la pleine mesure de leur volonté affichée de le déstabiliser, ainsi que l’ensemble des pays de la région », a déclaré M. Kabore.  La lutte contre le terrorisme est donc désormais une priorité nationale.  Le Président a salué l’inauguration du Poste de commandement de la Force du G5 Sahel, le 10 septembre dernier, à Sévaré, au Mali, ainsi que la mise en place de l’Alliance pour le Sahel, dont la première réunion de haut niveau est prévue en octobre prochain à Washington.  Il a rappelé que l’un des défis majeurs à relever à cet égard demeure la mobilisation des ressources, espérant par ailleurs que la Conférence internationale de planification, prévue par la résolution 2359 (2017), et qui aura lieu en décembre prochain à Bruxelles, remplira toutes ses promesses.

Préoccupé par la situation sécuritaire précaire dans le nord du Mali, le Chef d’État burkinabé a espéré que la mise en place par le Conseil de sécurité, le 5 septembre dernier, d’un régime de sanctions à la demande du Gouvernement malien soit un levier efficace pour la mise en œuvre de l’Accord de paix.  Il a invité toutes les forces en présence au Mali, en l’occurrence les Forces armées nationales, la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations Unies pour la stabilisation au Mali (MINUSMA), Barkhane et la Force du G5 Sahel à travailler en bonne intelligence, afin d’accélérer le retour définitif à la paix et à la sécurité dans la région.

M. Kabore a réaffirmé l’engagement de son pays en faveur du désarmement général et complet, et son soutien aux efforts des Nations Unies dans ce domaine, concernant aussi bien les armes de destruction massive que les armes classiques.  Il a exhorté tous les pays à faire de l’entrée en vigueur rapide du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires une priorité.  Il s’est également dit convaincu que la mise en œuvre du Traité sur le commerce des armes contribuera à éradiquer la prolifération des armes légères et de petit calibre, « véritable obstacle au développement de nos États ».   

En ces graves moments d’incertitudes et de turbulences que nous vivons, a-t-il poursuivi, nous avons l’obligation d’offrir à nos concitoyens des raisons de croire en des lendemains meilleurs et de léguer aux générations futures un monde plus sûr.

M. NANA ADDO DANKWA AKUFO-ADDO, Président du Ghana, a déclaré qu’il se passait chaque jour quelque chose dans le monde pour nous rappeler que nous, habitants de cette planète, sommes tous logés à la même enseigne.  « L’une des villes les plus modernes de la nation la plus riche, la plus puissante sur terre, a souffert le même sort que Niamey dans la région du Sahel, en Afrique, l’une des régions les plus pauvres du monde », a-t-il relevé en faisant allusion aux récentes inondations à Houston, au Texas.  Il a réitéré toute l’importance d’atteindre les objectifs de développement durable.

Cette année, a poursuivi M. Afuko-Addo, marque le soixantième anniversaire de l’indépendance du Ghana.  Il est temps, a-t-il lancé, que l’Afrique arrive à maturité et qu’elle occupe la place qui lui revient de droit sur la scène internationale.  « L’Afrique ne sera ni une victime, ni un pion », a-t-il ajouté, se félicitant par ailleurs de la stabilité politique dont jouit le Ghana depuis 25 ans, dans le cadre d’une démocratie multipartite.

Élu en décembre dernier pour un mandat de quatre ans, le Président a assuré qu’il était déterminé à réaliser le potentiel du Ghana et en faire une nation prospère.  « Les Ghanéens ne devraient plus avoir à traverser le Sahara dans des conditions intolérables et inhumaines, à couler en mer Méditerranée, dans l’espoir de gagner leur vie en Europe. »  Il a ensuite indiqué que son gouvernement venait de lancer un programme d’éducation secondaire gratuite pour tous les enfants.

« Nous voulons abandonner une mentalité de dépendance; nous voulons édifier un Ghana sans assistance » et bâtir des relations durables, a insisté le Président Afuko-Addo. Il a confirmé son plein engagement vis-à-vis des organisations régionales et de la communauté internationale.  À ce sujet, il a jugé qu’il était temps de corriger l’injustice qui prévaut dans la composition du Conseil de sécurité, conformément à la position commune de l’Afrique sur la réforme de l’ONU.     

Pour M. ALI BONGO ONDIMBA, Président du Gabon, la paix est un préalable au développement et si la paix internationale est essentielle, la paix et la sécurité intérieures constituent les ingrédients de base du développement et de la participation de tous au débat démocratique.  Le Gabon tient à demeurer « ce havre de fraternité et de solidarité qu’il a toujours été », raison pour laquelle M. Bongo Ondimba a convoqué, cette année, un dialogue politique auquel toutes les forces vives de la nation ont été invitées.  Ce dialogue a porté sur les réformes nécessaires, les modes de scrutin, l’organisation électorale et l’organisation des pouvoirs et la mise en œuvre de ses conclusions a commencé par la composition récente d’un nouveau Gouvernement qui intègre des représentants de l’opposition et de la société civile, a-t-il expliqué.

Au plan économique, ce nouveau Gouvernement mise sur l’émergence du Gabon à l’horizon 2025 dans une optique de développement durable, a poursuivi M. Bongo Ondimba.  Concrètement, a expliqué ce dernier, il a opté pour réduire la dépendance des industries extractives et la volatilité des cours des matières premières à travers un tissu industriel créant emplois et richesses dans la zone économique à régime privilégié de Nkok.  Pour faire face à la crise économique mondiale, le Gabon a aussi adopté un programme de relance économique visant à impulser une dynamique économique nouvelle sur la base de mesures d’ajustement budgétaire, de développement des infrastructures et de promotion du secteur privé.  Parallèlement, le Gouvernement s’efforce d’offrir des conditions de vie meilleures à tous ses citoyens allant de la réduction des prix des denrées de base à la construction d’hôpitaux universitaires de troisième génération.

M. Bongo Ondimba a également réaffirmé l’attachement du Gabon à la mise en œuvre de l’Accord de Paris sur les changements climatiques, précisant que ses politiques publiques s’inscrivent dans une gestion responsable et durable des ressources, alors que 20 aires marines protégées ont d’ores et déjà été mises en place en plus de 13 parcs nationaux.  M. Bongo Ondimba a en outre accepté d’assumer la coordination du Comité des chefs d’État et de gouvernements africains sur les changements climatiques (CAHOSCC) et, au niveau sous-régional, la présidence en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) avec pour mission de conduire le processus de réforme institutionnelle de cet outil de l’intégration régionale.

Pour M. Bongo Ondimba la lutte antiterroriste représente un combat multiforme et de longue haleine qui nécessite coopération entre États et solidarité avec les victimes.  Il a annoncé l’organisation imminente d’un sommet conjoint CEEAC/CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) sur cette question et a salué l’initiative des pays du G5 Sahel de mettre sur pied une force sous-régionale pour lutter contre le terrorisme.  L’une des autres menaces qui pèse sur de nombreux pays africains est le braconnage, a-t-il aussi indiqué.   À ce sujet, le Gabon est coauteur d’une résolution visant la mise en commun des efforts en vue d’endiguer ce phénomène qui « décime la faune et la flore et entretient la déstabilisation dans certaines régions, notamment en Afrique ».

Abordant également la situation en République centrafricaine (RCA), M. Bongo Ondimba a invité les différents partenaires à soutenir le plan d’action élaboré par la CEEAC et la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) et à lever l’embargo sur les armes, exclusivement pour le Gouvernement légal et légitime de la RCA afin de lui permettre de rétablir la sécurité et son autorité sur l’ensemble du territoire national.

M. ABDRABUH MANSOUR HADI MANSOUR, Président du Yémen, a rappelé que la guerre endurée par son pays durait depuis désormais trois ans, une guerre selon lui entièrement « imposée » par la coalition formée des troupes fidèles à l’ex-Président Ali Abdallah Saleh et des rebelles houthistes.  « Au nom du peuple yéménite, nous avons demandé un soutien pour faire face à cette situation, et notre appel a été entendu par la coalition menée par l’Arabie saoudite », a salué le Président.

M. Hadi a dit aspirer par-dessus tout à une paix durable qui permettrait de jeter les bases d’un nouvel État, capable de garantir la paix et la sécurité à tous ses citoyens et d’empêcher les milices armées de pulluler dans le pays.  « Nous sommes face à une secte religieuse extrémiste qui pense que Dieu leur a conféré une supériorité ethnique et le droit de diriger », a mis en garde le Président.  Selon lui, le soulèvement des rebelles va non seulement à l’encontre « de toutes les valeurs humaines », mais également au-delà des coups d’État traditionnels, « qui préservent habituellement les institutions de l’État ».  À l’inverse, a-t-il affirmé, ces rebelles détruisent systématiquement les institutions étatiques, qui sont progressivement remplacées par des milices « dévouées uniquement à la cause de leur ethnicité ».

Le Président du Yémen a affirmé que ces dernières bénéficient de l’appui financier et militaire de l’Iran, « un État résolu à déstabiliser notre région ».  À ses yeux, une paix durable au Yémen ne sera envisageable que si l’Iran cesse de « s’ingérer dans nos affaires et d’attiser la violence et la haine ».  « Nous devons contrôler les visées expansionnistes de l’Iran dans la région », a ainsi appelé M. Hadi, dénonçant les gardes révolutionnaires iraniens, qui fournissent selon lui aux milices yéménites des missiles de longue portée. 

Le Président yéménite a également dénoncé le fait que les rebelles refusent « tous les appels » lancés en faveur de la paix, que ce soit au Koweït ou ailleurs.  « Ils ont même essayé d’assassiner nos envoyés », s’est-il insurgé, ajoutant que les rebelles menacent également les Émirats arabes unis de tirs de roquettes.

Sur le plan humanitaire, M. Hadi a remercié les bailleurs de fonds et tous ceux qui s’efforcent de combattre l’épidémie de choléra et l’insécurité alimentaire dans le pays.  « La situation est particulièrement difficile dans tous les États sous le contrôle des rebelles », a-t-il affirmé, compte tenu du non- versement des salaires et du pillage de l’aide humanitaire dans ces territoires.  Il a par conséquent appelé les Nations Unies à faire pression sur les rebelles pour que ces derniers autorisent un accès humanitaire sans entrave, avant de s’engager lui-même à tout faire pour faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire dans l’ensemble des régions du pays.  « Nous voulons protéger la vie de tous les Yéménites, y compris ceux qui tirent dans notre direction », a-t-il affirmé. 

Pour y parvenir, M. Hadi a souligné que le Gouvernement yéménite avait besoin de davantage d’aide, notamment afin de renforcer la sécurité, fournir des services à la population et lutter contre le terrorisme.  Il a appelé les pays et donateurs à respecter les engagements pris lors de la Conférence de Genève pour le Yémen d’avril dernier.

M. Hadi a en outre condamné l’occupation israélienne des territoires palestiniens et la politique de colonisation du pays, l’une des principales sources de tension, selon lui, dans la région.  Il a également condamné les « évènements atroces » dont est victime la minorité musulmane rohingya au Myanmar et a appelé la communauté internationale à agir pour leur porter secours. 

M. DANNY FAURE, Président des Seychelles, a déclaré que les pensées du Gouvernement et du peuple des Seychelles vont aux millions de personnes en Asie du Sud, en Afrique, aux États-Unis, et au Mexique, ainsi qu’à nos îles « sœurs » dans les Caraïbes, qui ont souffert d’innombrables pertes dues aux inondations, ouragans et autres formes de perturbations climatiques de ces derniers mois.

Il a appelé la communauté internationale a ne pas seulement répondre généreusement aux demandes d’aides de ces pays, mais à également mettre en place des actions de plus grandes ampleurs pour prévenir, préparer, s’adapter et se remettre de telles catastrophes.

Revenant sur la situation politique de son pays, M. Faure a expliqué que pour la première fois de leur histoire, les Seychelles expérimentaient un système de cohabitation politique où le Président et le Chef de l’exécutif travaillaient avec un Parlement dominé par l’opposition.  « La cohabitation se passe bien » , a-t-il précisé.

M. Faure a déclaré que son pays était en train d’écrire un nouveau chapitre de son histoire, où tout le monde travaillait ensemble pour dépasser les obstacles et respecter toutes les différences d’opinions dans l’intérêt des Seychelles.

Intervenant ensuite en français, M. Faure a jugé qu’il était grand temps d’écouter « l’appel assourdissant » pour des réformes réelles et justes de l’ONU, une façon, a-t-il dit, de répondre aux accusations selon lesquelles l’Organisation des Nations Unies n’est qu’une simple chambre de longs bavardages.

Poursuivant son discours en anglais, le Président seychellois a expliqué que le secteur privé, la société civile, les ONG et les membres du Parlement s’étaient joints au secteur public dans un effort national commun pour intégrer le Programme de développement durable à l’horizon 2030 et les objectifs de développement durable dans le budget du pays et ses projets de développement.  Une nouvelle stratégie de développement nationale est en train d’être mise sur pied, ainsi qu’un plan national de développement durable pour les prochaines 15 années, appelé Vision 2032.

M. Faure a ensuite déclaré que selon la science, et à la lumière des évènements récents, il importe d’augmenter de manière considérable l’action climatique mondiale afin de réaliser les objectifs établis dans l’Accord de Paris sur les changements climatiques.  Il a expliqué que les Seychelles s’étaient accordées, l’année dernière avec, entre autres, le Club de Paris sur une conversion inédite de leur dette en programme d’adaptation d’un mondant de 21 millions de dollars afin de protéger 30% de leur zone économique exclusive de 1,37 million de m2.  Il a aussi annoncé que les Seychelles comptent émettre, d’ici à la fin de l’année, les premières « obligations bleues » afin de lever 15 millions de dollars en financement pour appuyer la pêche durable.

M. ERIC MOKGWEETSI MASISI, Vice-Président du Botswana, a introduit son discours en notant que, malgré ses imperfections, les Nations Unies restent la seule organisation universelle qui a l’autorité morale et la légitimité pour trouver des solutions globales aux défis actuels.  Il a rappelé que la paix et le développement durable étaient étroitement liés et que son pays donnait la priorité à la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030 et de l’Accord de Paris sur les changements climatiques.  Il a indiqué que le Botswana avait entamé une série de consultations avec les secteurs privé et public, la société civile, les autorités locales, le monde universitaire, pour formuler le Plan national de développement et la Vision 2036, qui s’alignent avec le Programme 2030 et l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

M. Mokgweetsi Masisi a également rapporté que son gouvernement avait pris la décision audacieuse de passer d’une politique de réduction de la pauvreté à une politique d’élimination de la pauvreté extrême, avec des résultats significatifs: la population vivant avec moins de 1,25 dollar par jour est passée de 24,5% en 2002-2003 à 6,4% en 2009-2010, une avancée d’autant plus remarquable lorsque l’on sait qu’en 1985-1986, ce pourcentage s’élevait à 59%.  Le chômage des jeunes est aussi une des priorités de son pays, et au cours des deux dernières décennies, plus de 25% du budget total du Gouvernement a été consacré à l’éducation.

Après avoir rappelé que son pays figurait parmi les premiers à avoir signé et ratifié l’Accord de Paris sur les changements climatiques, M. Mokgweetsi Masisi a appelé à protéger l’intégrité de cet Accord. Il a notamment demandé aux États-Unis de reconsidérer leur décision de se retirer de cet accord. « Aucun pays ne peut faire face à ce défi seul. Et c’est un peu comme si les récents ouragans et leurs effets désastreux venaient rappeler à l’Administration américaine que les changements climatiques sont réels. » Bien que ne possédant pas de littoral, le Botswana accorde beaucoup d’importance à la protection des ressources marines, et M. Mokgweetsi Masisi s’est réjoui de la récente Conférence sur les Océans qui s’est tenue à New York.

Sur le plan de la paix et de la sécurité, le Vice-Président s’est dit inquiet de la situation au Soudan du Sud, « un pays au bord du précipice ». Il a appelé les pays de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD), en tant que garants de l’Accord conclu au mois d’août 2015 sur la résolution du conflit dans le pays, à intervenir de manière constructive auprès des dirigeants et des parties prenantes du Soudan du Sud afin que ces derniers s’engagent de manière inconditionnelle en faveur d’une pleine mise en œuvre de l’Accord.

Concernant la Syrie, le Vice-Président du Botswana s’est dit déçu des échecs répétés du Conseil de sécurité à résoudre la crise, soulignant que l’Assemblée générale devait user de son « autorité morale » quand le Conseil de sécurité est paralysé.  Les nombreuses violations du droit international par la République populaire démocratique de Corée sont aussi une source de préoccupations pour M. Mokgweetsi Masisi, qui a appelé la communauté internationale à prendre des décisions rapides et décisives.  Il a également rappelé le soutien de son pays à la lutte des peuples du Sahara occidental et de Palestine pour leur droit à l’autodétermination et a annoncé que le Botswana avait établi des relations diplomatiques avec l’État de Palestine depuis le 8 mars 2017.  Après avoir condamné le terrorisme, l’extrémisme violent et l’intolérance raciale, le Vice-Président du Botswana s’est félicité de l’adoption du Traité sur l’interdiction complète des armes nucléaires.

M. ANDREJ PLENKOVIĆ, Premier Ministre de la Croatie, a rappelé que son pays était entré à l’ONU il y a 25 ans et que depuis lors, il a été reconstruit et s’est profondément transformé.  Fervent adepte du multilatéralisme, la Croatie est désormais membre de l’Union européenne et de l’OTAN et participe activement aux missions de maintien de la paix notamment de l’ONU.  En interne, la Croatie a misé sur la paix et la justice ainsi que des institutions d’État fortes.  Compte tenu de son expérience, pour avoir été un pays en situation post conflit et pour avoir bénéficié de l’aide de l’ONU, elle souhaite pouvoir en faire bénéficier d’autres pays.  Son Premier Ministre a insisté sur la volonté de son pays de mettre à disposition cette expertise, notamment dans le contexte de la mise en œuvre des accords de Minsk en Ukraine.

Il a également appuyé la volonté du Secrétaire général de réformer l’ONU, qualifiant d’impérative la réforme du Conseil de sécurité pour que ses membres reflètent mieux le monde actuel.  Pour y parvenir, le Ministre a préconisé un élargissement des deux catégories de ses membres -permanents et non-permanents- avec un siège pour les pays de l’Europe orientale.

Constatant ensuite que l’un des effets de la mondialisation soit les migrations massives et une crise sans précédent de réfugiés, il a expliqué que la Croatie avait opté pour une approche axée sur l’être humain pour appréhender ce phénomène, appelant par ailleurs à travailler de concert pour combattre les causes profondes de ces migrations.  La Croatie cherche d’ailleurs à endiguer les flux migratoires dans l’est des Balkans, par le truchement de l’aide au développement accordée aux pays dont ces migrants sont essentiellement originaires.

Constatant que les conflits sont souvent à l’origine des migrations massives, le Ministre a estimé que le monde et l’ONU devaient les traiter au cas par cas, ce qui suppose, selon lui, d’associer les organisations régionales et sous-régionales ainsi que des populations locales à la recherche des solutions aux conflits et aux processus de paix. 

La Croatie a contribué à 19 opérations de maintien de la paix et prépare actuellement sa contribution à la FINUL, au Liban, a encore annoncé le Ministre pour lequel il ne faut ménager aucun effort pour la protection des droits de l’homme et des libertés fondamentales.  Dans cet esprit, il a préconisé notamment une plus forte collaboration entre le Conseil des droits de l’homme et le Conseil de sécurité.  Il a également salué la nouvelle architecture de la lutte contre le terrorisme de l’ONU.

S’agissant par ailleurs de la stabilité régionale dans le sud-est de l’Europe qui, a-t-il affirmé, reste encore fragile, M. Plenković a encouragé l’intégration de tous ces pays dans l’Union européenne, en particulier celle de la Bosnie-Herzégovine.

Abordant également la question du réchauffement climatique, le Ministre a indiqué que la Croatie avait ratifié l’Accord de Paris et qu’elle appuie la nouvelle initiative française du Pacte mondial pour l’environnement.

M. JUSTIN TRUDEAU, Premier Ministre du Canada, a estimé que le thème du débat général de cette année, « Priorité à l’être humain », résonne de façon particulière au Canada, où l’essentiel pour les Canadiens a toujours été « les gens, la paix et une bonne qualité de vie » ainsi que l’environnement et « l’équité pour tous ».  Il a parlé des leçons que le Canada, qui demeure un projet en « perpétuelle évolution », a apprises en cours de route, ainsi que des erreurs qui ont marqué son histoire.

L’approche du Canada, a dit le Premier Ministre, est fondée sur des valeurs de « dignité humaine » qui accordent de véritables opportunités à tous.  Il s’agit d’une approche que le pays tente de mettre en œuvre non seulement au niveau national, mais également à l’échelle mondiale.  Rappelant que le Canada célèbre cette année son cent-cinquantième anniversaire, il a souligné qu’en réalité, le « Canada, est beaucoup plus vieux que cela ».  Des autochtones y ont vécu « depuis des millénaires », a poursuivi le Premier Ministre, soulignant que le pays a été bâti sur les terres ancestrales des peuples autochtones, sans qu’ils aient eu l’occasion d’y participer de façon significative et sans que les traités qu’ils ont signés avec les autorités coloniales ne soient respectés ni mis en œuvre.  Pour les Premières Nations, les Métis et les Inuits, l’expérience de la colonisation en a plutôt été une « d’humiliation, de négligence et d’abus » par une série de gouvernements qui ont « choisi de miner leurs droits et leur dignité », a déploré le Premier Ministre.  Cela « nous fait grandement honte », a-t-il regretté.

Aujourd’hui, les autochtones vivant dans les réserves ne reçoivent pas les services de base auxquels ils ont droit, y compris une éducation et des services sanitaires de qualité.  Pour plusieurs femmes autochtones, la vie au Canada est faite de menaces de violence d’une sévérité telle qu’Amnesty international a qualifié leur situation de « crise de droits de l’homme ».  Le Premier Ministre Trudeau s’est également attardé sur les déplacements forcés et les pensionnats autochtones visant à assimiler de force les enfants de ces communautés parmi les fléaux qui ont affligé les Premières Nations au cours de leur histoire. 

Devant ce sombre constat, M. Trudeau a appelé à une réconciliation « vraie, significative et durable » entre le Canada et ses communautés d’origine, guidée par la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones et sur les travaux de la Commission de vérité et réconciliation du Canada.  Il a noté, à cet égard, que les lois fédérales canadiennes sont revues et corrigées et que des programmes sont mis en place pour corriger la situation, notamment aux niveaux linguistique, politique et social.  Enfin, il a annoncé que le Canada démantèlera sous peu les « vieilles structures bureaucratiques » existantes, qui seront remplacées par un Ministère des affaires autochtones et du Nord ainsi que par un Ministère des services aux autochtones.  Cependant, a-t-il ajouté, les autochtones devront examiner leur propre mode de gestion et apporter eux-mêmes les changements qu’ils croient nécessaires.

Par ailleurs, a poursuivi M. Trudeau, le Gouvernement du Canada entend adopter sous peu une loi visant à assurer la parité salariale entre les hommes et les femmes.  Il s’est dit déterminé à mettre en œuvre les objectifs de développement durable au Canada et à en faire la promotion dans le monde. 

Abordant la question des changements climatiques, le Premier Ministre a rappelé l’importance de l’Accord de Paris, « qui nous concerne tous ».  Il a expliqué que les peuples autochtones et les communautés du nord du pays sont particulièrement vulnérables aux changements climatiques, alors que la fonte des glaces rend la chasse et les voyages périlleux.  Il s’est dit prêt à aider ces communautés à faire face à ces défis.  Il a par ailleurs assuré le monde de son engagement inflexible à combattre les changements climatiques et à défendre l’Accord de Paris.  Le Canada, a-t-il ajouté, entend imposer un tarif sur la pollution causée par le carbone, moyen efficace selon lui de « réduire les émissions tout en faisant croître l’économie ».

Poursuivant son intervention, M. Trudeau s’est engagé à œuvrer pour réduire les « inégalités à l’intérieur des pays et entre les pays ».  Il a souligné que son gouvernement a augmenté les allocations familiales et l’impôt pour les Canadiens les plus riches.  Il entend également rendre l’éducation plus abordable afin de créer des emplois bien rémunérés dans des secteurs novateurs.  Enfin, il a souligné l’entrée en vigueur, aujourd’hui, de l’Accord économique et commercial global avec l’Union européenne, qui, a-t-il expliqué, contribuera à la création d’emplois et de nouvelles opportunités d’affaires pour tous les Canadiens. 

M. TUILAEAPA SAILELE MALIELEGAOI, Premier Ministre du Samoa, a fait part de son inquiétude face aux dynamiques mondiales qui poussent notre monde « vers une catastrophe potentielle aux proportions inimaginables ».  En tant que petits pays insulaires du Pacifique, nous ne sommes plus protégés par notre isolation, a-t-il constaté.  Nous sommes spectateurs du drame qui se joue dans la péninsule coréenne.  Priant pour un leadership qui donne une chance à la paix, il a expliqué avoir signé, hier, le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires.

« Les changements climatiques sont une menace existentielle », a affirmé M. Malielegaoi.  C’est en permanence une priorité pour le Samoa et la région du Pacifique.  Dans ces petites îles, comme on l’a vu récemment, les catastrophes naturelles peuvent décimer un pays entier, d’autant plus que leurs ressources limitées font de la reconstruction une tâche colossale.  Il a salué la résilience de son peuple face à ces phénomènes, non sans rappeler que les cicatrices qu’ils laissent mettent des années à se refermer.

Le Premier Ministre a ensuite indiqué que le Samoa avait été le premier pays du Pacifique à accueillir, le mois dernier, un groupe d’experts du Conseil des droits de l’homme, en l’occurrence pour évaluer les progrès accomplis vers l’élimination de la discrimination à l’égard des femmes.  En matière de maintien de la paix, le pays a déployé des contingents de police au Libéria, au Darfour, au Soudan du Sud et au Timor Leste. 

L’adoption de la feuille de route régionale du Pacifique pour les objectifs de développement durable complète la stratégie de développement du Samoa, qui se fonde aussi sur les Orientations de Samoa et l’Accord de Paris, a par ailleurs expliqué M. Malielegaoi.  Il a jugé important de renforcer les partenariats avec les petits États insulaires en développement et de travailler sur les cibles de l’objectif 14 de développement durable: « Conserver et exploiter de manière durable les océans, les mers et les ressources marines ».  

Enfin, le Samoa a accueilli, début septembre, le Forum des dirigeants des îles du Pacifique sur le thème « Le Pacifique bleu: Notre sécurité à travers le développement, la gestion et la conservation durables ».  Ces dirigeants ont fait de « l’identité du Pacifique bleu » le moteur central de leur action collective.  M. Malielegaoi s’est dit confiant que la présidence des Fidji à la prochaine COP23, Conférence des parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques, saura mettre l’accent sur ces défis.  

Toujours sur le plan régional, le Premier Ministre a salué la conclusion de la Mission régionale d’assistance aux Îles Salomon (RAMSI).  Préoccupé par les contaminants radioactifs situés dans les Îles Marshall, il a compté sur l’assistance des Nations Unies.    

M. MIRO CERAR, Premier Ministre de la Slovénie, a d’abord insisté sur le rôle essentiel joué par la coopération internationale au sein du système des Nations Unies, dans un monde confronté à de nombreux défis, des conflits armés et la dégradation de l’environnement, en passant par le terrorisme et les violations des droits de l’homme.  Il a confirmé l’engagement de son pays vis-à-vis des objectifs de développement durable et de l’Accord de Paris sur les changements climatiques, dont « le véritable test est leur mise en œuvre ».  La Slovénie s’y attèle de manière urgente, et le pays est dans le top 10 des 157 États évalués pour leur réalisation des objectifs de développement durable, s’est-il félicité.

La question environnementale est importante pour la Slovénie et M. Cerar s’est dit déterminé à éveiller les consciences.  Il a notamment insisté sur le rôle essentiel des abeilles et des autres pollinisateurs dans la prévention de la faim, la sécurité alimentaire et la santé humaine.  Il a proposé que l’Assemblée générale adopte une résolution pour que le 20 mai soit dorénavant la journée mondiale des abeilles.  Ce qui est vrai pour l’environnement l’est également pour les migrations globales et les flux de réfugiés, a-t-il ajouté: il faut que la responsabilité et la solidarité soient les principes directeurs d’une réponse globale.  La Slovénie s’est investie dans le processus de consultation du pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières et le pacte mondial pour les réfugiés. M. Cedar s’est dit confiant que l’adoption des deux pactes en 2018 constituera une avancée significative.

Rappelant que la Slovénie est actuellement membre du Conseil des droits de l’homme, M. Cerar a aussi rappelé l’attachement de son pays à la défense des droits de l’homme, en mettant l’accent sur les droits de l’enfant, les inégalités de genre, l’émancipation des femmes, les droits des personnes âgées et l’importance des collaborations intergénérationnelles.  Il a appelé à davantage d’actions pour protéger les civils dans les contextes de conflits armés et prévenir toutes les formes de violence sexuelle, pour laquelle, a-t-il affirmé, il faut une politique de tolérance zéro.

Après avoir rappelé l’attachement de son pays à promouvoir la justice internationale, il a affiché son soutien vigoureux à la mise en œuvre des amendements de Kampala, les Amendements au Statut de Rome de la Cour pénale internationale relatifs au crime d’agression.

M. Cerar s’est ensuite félicité de la réforme du dispositif de lutte contre le terrorisme des Nations Unies, ainsi que de la résolution de l’Assemblée générale visant à aider les États Membres à mettre en œuvre la stratégie antiterroriste mondiale des Nations Unies.  Il a également exprimé le soutien de son pays à un monde sans armes nucléaires grâce à la mise en œuvre du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires, et a fermement condamné les violations, par la République populaire démocratique de Corée, des résolutions du Conseil de sécurité et de ses engagements internationaux.  Les Nations Unies peuvent désamorcer des conflits latents, a conclu M. Cedar, tout en saluant les efforts de réforme portés par le Secrétaire général.  « Nous avons besoin d’une organisation bien informée et plus réactive, qui obtient des résultats tangibles. »

Face aux vagues de catastrophes naturelles et au « ton belliqueux » de certains, M. SIGMAR GABRIEL, Vice-Chancelier et Ministre des affaires étrangères de l’Allemagne, a appelé les « politiciens responsables » à s’engager dans une voie différente qui renforce la paix et la stabilité et assure la prospérité dans le monde.

M. Gabriel a longuement dénoncé « une vision du monde qui met à l’avant-plan ses propres intérêts nationaux et ne vise plus un équilibre des intérêts entre les différentes nations de la planète », vision qui, s’est-il inquiété, « semble gagner du terrain ».  Or, a-t-il insisté, cette vision d’un monde considéré comme une arène dans laquelle chacun se bat contre tous et où prévaut la loi du plus fort, ne nous permettra pas de résoudre les problèmes actuels et « appartient au passé ».  Nous avons besoin de moins d’égoïsme et non l’inverse.  Aucune nation ne gagne si elle ne défend que ses propres intérêts, a affirmé M. Gabriel, pour qui le slogan « mon pays d’abord » ne peut mener qu’à davantage de confrontations, avec à la fin seulement des perdants ».

Il faut donc travailler ensemble en vue d’un monde plus sûr, a poursuivi le Vice-Chancelier, qui s’est félicité des sanctions adoptées par le Conseil de sécurité à l’encontre de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) et a souhaité leur mise en œuvre rapide au plan européen.  Il a lancé un appel à l’apaisement des tensions et au lancement de négociations.  Si on laisse la RPDC poursuivre impunément, d’autres pays seront tentés de se comporter comme elle, ce qui aurait pour résultat l’émergence de nouvelles zones de tensions nucléaires dans le monde, a averti M. Gabriel, qui a en outre souligné que « l’acquisition par la RPDC de l’arme nucléaire est bien un enjeu mondial auquel nous devons tous faire face ensemble, et non une question régionale ».

Mais si on ne peut tolérer les efforts de certains pour se doter de l’arme nucléaire, les traités existants pour lutter contre la prolifération ne doivent pas être mis en cause, a poursuivi le Vice-Chancelier.  Cela vaut en particulier pour l’accord sur le programme nucléaire iranien.  L’Allemagne travaillera à la stricte application de cet accord par toutes les parties, a-t-il promis.

 Comment pourra-t-on convaincre la Corée du nord d’accepter un accord national qui lui garantirait la sécurité en échange de certains engagements si l’accord sur l’Iran est annulé, a demandé M. Gabriel qui a insisté sur l’importance de la confiance pour revitaliser le processus de désarmement nucléaire.

Après la Seconde Guerre mondiale, l’Allemagne a fait un autre choix, a expliqué M. Gabriel, celui de la coopération et de l’amitié avec les voisins anciens ennemis.  Rendant hommage à la France, la Belgique et d’autres pays d’Europe qui avaient accepté de faire de l’Allemagne, ancienne ennemie, un partenaire et une amie, il a affirmé que c’est en s’engageant dans la voie européenne et de la coopération internationale que l’Allemagne avait trouvé la prospérité et gagné une « nouvelle souveraineté ».  Il n’est pas toujours facile ni populaire d’appeler à la coopération internationale, a-t-il reconnu, mais c’est la voie de la paix.

M. Gabriel a en outre affirmé que, face à l’escalade de la violence contre les Rohingya et le flot de réfugiés, l’Allemagne renforcera son aide à la population par le truchement de la Croix-Rouge internationale.

Le Vice-Chancelier a toutefois pu se réjouir de certains progrès réalisés, notamment en Iraq, et a annoncé que son pays mettrait à disposition 250 millions d’euros supplémentaires pour la reconstruction de Mossoul car « on ne peut pas abandonner maintenant les victimes des voyous de l’État islamique ».  Il a en outre demandé au Gouvernement régional du Kurdistan de ne pas déclencher de nouveau conflit, « la dernière chose dont l’Iraq a besoin ». 

M. Gabriel a par ailleurs estimé qu’il faudrait examiner plus avant l’idée d’une mission de maintien de la paix en Ukraine, « même si on est encore loin d’un consensus ».

M. Gabriel s’est également félicité des projets de réformes du Secrétaire général des Nations Unies, tout en rappelant que leur succès dépendra aussi de l’attitude des États Membres.  Les Nations Unies auront notamment besoin de plus de ressources pour s’acquitter de leur mission, ce qui supposera en retour une plus grande transparence dans leur utilisation, a-t-il ajouté.  Rappelant que l’Allemagne a toujours été un contributeur majeur au budget des Nations Unies –le quatrième actuellement-  il a également demandé que le Conseil de sécurité soit réformé de manière à refléter enfin la réalité du monde du XXIe siècle et a annoncé la candidature de son pays à un poste de membre non permanent du Conseil pour 2019-2020.

M. SERGEY LAVROV, Ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie, a rappelé qu’en 2016 l’Assemblée générale avait adopté une résolution portant sur un ordre international véritablement démocratique, libre d’ingérence dans les affaires intérieures des États.  Il a dénoncé les États qui tentent d’imposer leur système politique et leurs valeurs aux autres pays, croyant détenir la vérité dans tous les domaines.  Il a plaidé pour le respect du principe de souveraineté dans les affaires internationales, fondement des affaires étrangères des États-Unis, rappelant que cela avait été souligné depuis la tribune par le Président américain Donald Trump, « une position à laquelle tous les pays peuvent souscrire ».

Au cours des 25 dernières années, la Fédération de Russie a tout fait pour liquider les vestiges de la guerre froide.  Cependant, les partenaires occidentaux ne l’ont pas fait, a-t-il dénoncé, et se complaisent dans un sentiment de supériorité fondé.  Il a accusé l’OTAN de refuser d’appliquer dans la pratique les principes d’équité dans la sécurité internationale, faisant passer ses propres intérêts devant tous les autres.  L’Occident croit que ceux qui ne sont pas avec lui sont contre lui, et il est malheureux qu’il mette en application cette pratique aux affaires internationales, a-t-il déploré.

Se tournant vers l’Ukraine, le Ministre Lavrov a affirmé que le Gouvernement ukrainien ne respecte toujours par les accords de Minsk et se refuse à les mettre en œuvre, ajoutant que Kiev continue ses actions militaires dans l’est de l’Ukraine en toute impunité.  La Fédération de Russie, pour sa part, compte poursuivre son travail constructif pour faire appliquer pleinement les accords de Minsk.  M. Lavrov a rappelé la proposition du Président Putin de mettre sur pied une force de maintien de la paix pour protéger les travailleurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) au Donbass, précisant qu’une résolution allant dans ce sens sera présentée au Conseil de sécurité prochainement.  Nous comptons sur une approche constructive, sans jeu à somme nulle de la part des partenaires américains et européens, afin d’appliquer les accords de Minsk et ramener la paix dans cette région, a dit le Ministre.

Il faut combattre le retour des idéologies fascistes et nazies et l’extrémisme islamiste, a poursuivi M. Lavrov, dénonçant au passage la destruction, en Europe, de monuments érigés à la mémoire des héros de la Seconde Guerre mondiale et dont l’action a conduit à la fondation de l’ONU.  La Fédération de Russie compte prendre des mesures pour faire interdire ce genre de pratique, a-t-il prévenu.  

Le règlement solide des différends n’est possible que par le dialogue entre les parties au conflit, a continué M. Lavrov, pour qui l’adoption de mesures unilatérales par l’Occident est contre-productive.  M. Lavrov a notamment dénoncé les restrictions extraterritoriales imposées par les États-Unis contre l’Iran ainsi que le blocus américain contre Cuba, dont la levée, a-t-il fait observer, est demandée par la presque totalité des États Membres de l’Assemblée générale depuis des décennies.

En ce qui concerne la République populaire démocratique de Corée (RPDC), il a souligné que, si les résolutions et les sanctions adoptées par le Conseil de sécurité doivent être respectées, elles supposent également le retour aux négociations et au dialogue, et non la répétition de menaces qui, a-t-il averti, peuvent avoir des conséquences catastrophiques.  Il a invité à cet effet les parties prenantes à se joindre à la feuille de route proposée par la Fédération de Russie et la Chine le 4 juillet dernier, et à la reprise du dialogue.  Le Ministre a également parlé de la situation au Venezuela, jugeant inacceptable de s’ingérer dans les affaires intérieures de ce pays sous prétexte d’y imposer un ordre démocratique.  Il faut plutôt entreprendre des négociations constructives reposant sur un véritable dialogue, a-t-il dit.

Poursuivant son intervention, M. Lavrov a estimé que, malgré le recul enregistré par Daech en Syrie, il importe de poursuivre le dialogue afin de mettre un terme à ce conflit, soulignant au passage ne pas comprendre la raison pour laquelle la coalition menée par les États-Unis protège les terroristes du groupe el-Nosra.  Il s’est félicité du rôle joué par la Fédération de Russie, avec la collaboration de la Turquie et de l’Iran, dans la création de quatre zones de désescalade en Syrie, appelant par ailleurs à un règlement rapide du problème du terrorisme dans ce pays et au rétablissement de son unité territoriale.  En outre, a déclaré M. Lavrov, tout emploi de l’arme chimique doit faire l’objet d’une enquête crédible, sans intervention extérieure dans les affaires de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC).

Quant à la question israélo-palestinienne, le Ministre a apporté son soutien à l’initiative de paix arabe et aux efforts menés par l’Égypte, avec la participation de la Ligue des États arabes et du Quatuor.  L’absence d’accord dans le conflit israélo-palestinien continue de favoriser le terrorisme et l’extrémisme, a-t-il déploré.

Le Ministre a en outre félicité le Secrétaire général de l’ONU pour les réformes entreprises dans la lutte contre le terrorisme et s’est félicité de la nomination d’un citoyen russe à la tête du Bureau de lutte contre le terrorisme de l’ONU, ce qui montre, a-t-il ajouté, l’engagement de la Russie sur cette question.  Il s’est par ailleurs dit favorable à un monde sans armes nucléaires, réaffirmant son soutien au Traité sur l’interdiction complète des armes nucléaires, mais s’est opposé aux initiatives actuelles qui, ignorant le contexte contemporain, font plutôt reculer l’atteinte de cet objectif.  Il s’est aussi dit en désaccord avec la « militarisation » des communications informatiques, tout en appuyant la lutte contre la cybercriminalité.

Concluant son intervention, M. Lavrov s’est dit favorable à la nouvelle tendance à un ordre mondial polycentrique qui favorise les échanges internationaux, invitant les États à s’y adapter et, pour certains, à s’abstenir de se comporter en maîtres du monde.  Il a plaidé pour le pluralisme politique et la primauté du droit, vantant l’implication de la Fédération de Russie dans nombre d’organisations internationales.  Pour conclure, il a plaidé pour l’unité des êtres humains et l’équilibre entre les États dans la recherche d’intérêts communs, conditions d’une vraie démocratisation des affaires internationales.

M. WANG YI, Ministre des affaires étrangères de la Chine, a rappelé que les Nations Unies défendent la paix et ont montré à ce titre leur utilité depuis 70 ans.  De même, les Nations Unies ont aidé de nombreux pays à accélérer leur développement.  Les idéaux des Nations Unies restent toutefois à réaliser et les États Membres doivent donc poursuivre leurs efforts, dans un monde en constante mutation où les défis sont nombreux et changent.  Il est temps de faire le choix entre l’ouverture et la fermeture, l’unité et la division, la paix et la guerre, a-t-il déclaré. 

Garantir le développement, la paix et la dignité pour tous, c’est un objectif qui doit être embrassé par tous, a rappelé le Ministre, qui a notamment invité les membres permanents du Conseil de sécurité à donner l’exemple et à déployer tous les efforts possibles pour trouver des terrains d’entente et régler pacifiquement les conflits.  De même, le Ministre a appelé à lutter contre le terrorisme sans l’associer à des groupes particuliers.  Là encore, la réponse est dans le dialogue et la coopération, a affirmé M. Wang, qui a appelé à utiliser davantage le Chapitre VI de la Charte.  Il a cité en exemple la crise en Syrie, insistant sur la négociation et notamment le processus d’Astana.  Il faut aussi apporter au peuple palestinien une solution qu’il n’attend que depuis trop longtemps et qui doit être basée sur la solution politique des deux États.

Poursuivant son intervention, M. Wang a fait observer que le 19 septembre marquait le douzième anniversaire de la déclaration commune publiée à l’issue du quatrième cycle des pourparlers à six, établissant une feuille de route pour la dénucléarisation de la péninsule coréenne.  Certains pensent aujourd’hui que les choses ont changé et que ce texte est devenu obsolète mais ce n’est pas le cas, a affirmé M. Wang, qui a exhorté d’une part la République populaire démocratique de Corée (RPDC) à « ne pas poursuivre sur la voie dangereuse sur laquelle elle s’est lancée et de l’autre les États-Unis à respecter les engagements pris dans la région.  « L’espoir de paix demeure, ne renonçons pas, la négociation est la seule solution », a plaidé le Ministre qui a assuré que la Chine restera engagée en faveur du dialogue, de la négociation et de la dénucléarisation de la péninsule coréenne. 

Dans le domaine du développement, la mise en œuvre du Programme de développement durable à l’horizon 2030 devrait être la priorité absolue des Nations Unies, a enchaîné le Ministre, qui a plaidé pour un renforcement de la coopération Nord-Sud, tout en utilisant la coopération Sud-Sud et la coopération tripartite.  Il a aussi invité tous les États à renforcer la coopération climatique au plan international et à mettre en œuvre l’Accord de Paris sur la base du principe de responsabilité commune mais différenciée.

Le Ministre a par ailleurs promu la libéralisation des échanges commerciaux au niveau mondial et estimé que la question des migrants devait être résolue en appuyant le développement des États.  Face à une mondialisation qui ne s’arrêtera pas, nous ne devons pas laisser la loi de la jungle l’emporter, a poursuivi M. Wang, qui a par ailleurs plaidé pour la diversité culturelle, estimant que l’UNESCO et l’Alliance des civilisations de l’Organisation des Nations Unies avaient un rôle important à jouer.

M. LUIS VIDEGARAY CASO, Secrétaire des relations extérieures du Mexique, a débuté son allocution en revenant sur les secours apportés aux victimes du séisme qui a frappé Mexico et a remercié les Nations Unies et tous les pays ayant fourni une assistance aux équipes de secours sur place.

« Le multilatéralisme est ce qui fait la différence entre un système international d’États qui se limitent à une coexistence mutuelle et une société internationale où les États souverains s’engagent dans une communauté solidaire et responsable afin de trouver une solution aux défis communs », a-t-il ajouté.

M. Videgaray Caso a appelé à gérer la question de la migration en privilégiant une approche multilatérale, notamment sous la forme d’un pacte mondial sur les migrations afin de règlementer les flux migratoires tout en les sécurisant et en les ordonnant.

 

Revenant sur le séisme qui a frappé son pays, il a indiqué que les Mexicains bénéficiaient des valeurs du multilatéralisme grâce au soutien offert par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires (OCHA).  « Nous réalisons l’importance de faire partie d’une véritable communauté internationale », a-t-il insisté.  « En quelques minutes, l’OCHA nous a aidé à identifier les pays capables de nous assister.  En ces instants de douleur, le multilatéralisme et les Nations Unies nous ont montré leurs visages les plus généreux ».

M. Videgaray Caso a ensuite loué le Programme de développement durable à l’horizon 2030 avant de s’attarder sur le rôle du Mexique au sein des opérations de maintien de la paix de l’ONU.  Il a expliqué que le Gouvernement du Mexique avait signé, hier, le Traité sur l’interdiction complète des armes nucléaires et que son pays soutiendra toutes les résolutions du Conseil de sécurité relatives à la dénucléarisation.

Réaffirmant l’ouverture au monde de son pays, le Secrétaire des relations extérieures du Mexique a expliqué que la catastrophe naturelle que vit actuellement son pays était la preuve que la solidarité qui est la valeur la plus importante pour les pays de la région.

Il a ensuite renouvelé son soutien au processus d’intégration nord-américain, mentionnant au passage l’expression de sa solidarité aux Mexicains vivant aux États-Unis « quel que soit leur statut juridique dans le pays ».

Revenant sur le séisme, il a déclaré que « les Mexicains dépasseront cette catastrophe et notre nation en ressortira plus forte.  Le Mexique est un pays fort et reconnaissant malgré la tragédie.  La population et le Gouvernement du Mexique sont debout ».

M. SALVADOR SÁNCHEZ CERÉN, Président d’El Salvador, a indiqué que son pays avait adopté un programme national de développement durable pour réaliser le Programme de développement durable à l’horizon 2030, qu’il met en œuvre grâce à toute une architecture institutionnelle.  Il a précisé que plus de la moitié du budget de l’État est consacrée aux secteurs de l’éducation, la santé et la protection sociale, tandis que des ressources sont affectées spécialement à la réduction de la pauvreté.

Le Président a recensé les progrès réalisés dans ces domaines, citant notamment l’amélioration de la sécurité alimentaire et le soutien apporté à l’agriculture familiale et aux petits exploitants.  En outre, le Système national d’emploi permet aux jeunes de renforcer leurs compétences professionnelles.

M. Sánchez Cerén a ensuite mentionné le processus de dialogue politique en cours dans son pays, qui a donné naissance au Plan El Savador Sûr qui, a-t-il expliqué, est axé sur le respect des droits de l’homme.

Soulignant les difficultés rencontrées pour la mise en œuvre du Programme 2030 sans stratégie de financement, le Président a insisté sur la nécessité urgente de lier ce Programme au Programme d’action d’Addis-Abeba sur le financement du développement, ce dernier prévoyant plus de 100 mesures pour susciter des investissements en soutien au développement durable.

En tant que Président d’un pays à revenu moyen, il a expliqué qu’il fallait éliminer les mesures basées uniquement sur les résultats économiques, ce critère ne tenant pas compte des inégalités économiques, sociales et culturelles.  Il a plaidé en faveur d’un calcul qui prenne en compte toutes les dimensions.  Il faut également, a-t-il ajouté, un mécanisme de restructuration de la dette souveraine qui permette une répartition juste entre les débiteurs et les créanciers, tout en tenant compte des exigences sur le plan humain.

La migration est un sujet crucial pour El Savador, a continué le Président, en attirant l’attention sur la contribution positive des migrants au développement inclusif et durable.  C’est son pays, a-t-il rappelé, qui a poussé à inclure ce thème dans les objectifs de développement durable.  Il a appelé à conclure un pacte mondial pour des migrations sûres, ordonnées et régulières et à lutter énergiquement contre la xénophobie à l’égard des réfugiés et des migrants.  Faisant valoir la contribution de ces personnes au développement de leur pays d’accueil, il a cité le cas de la population salvadorienne qui bénéficie d’un statut de protection provisoire aux États-Unis, demandant une prorogation de ce statut.  Il a également parlé d’un projet d’initiative nationale visant à régulariser la situation migratoire des nationaux de pays voisins résidant à El Salvador.

Venant aux questions relatives à la paix, le Président a affirmé son attachement au règlement pacifique des différends, d’autant que son pays a connu un conflit armé interne il y a plus de 10 ans.  Il a dès lors apprécié les efforts de dialogue entre le Gouvernement du Venezuela et l’opposition dans ce pays.  Il a par ailleurs lancé un appel aux États-Unis pour qu’ils mettent fin au blocus à l’égard de Cuba, souhaitant de manière générale que soient évitées les mesures unilatérales contre un pays.

Le Président s’est, enfin, inquiété des menaces découlant des armes de destruction massive et des changements climatiques, ne voulant pas, notamment, que l’on recule en matière de consensus international sur le climat.

M. AZALI ASSOUMANI, Président des Comores, a estimé que les catastrophes à répétition, notamment l’ouragan Irma, étaient un « criant rappel à l’ordre » des climato-sceptiques, sur l’urgence d’un engagement et d’une action pour atténuer dans la mesure du possible, les effets dévastateurs du dérèglement climatique. Il a, à son tour, exprimé ses condoléances au Président du Mexique après le séisme qui a frappé son pays.  Il a ensuite rendu hommage aux Gouvernements de la France et du Maroc pour les réussites successives de la COP21 et de la COP22.

Quand on parle de l’être humain, on parle aussi des droits de l’homme et de la dignité humaine, a estimé M. Assoumani, qui a appelé à combattre ensemble le terrorisme, les problèmes liés à la migration, les conflits, les guerres et le réchauffement climatique. Il s’est toutefois refusé à toute confusion entre terrorisme et islam. « Les terroristes n’appartiennent à aucune croyance, ce sont simplement des barbares », a-t-il lancé.

Le Président a condamné les atrocités dont sont victimes les minorités et les communautés, « hier en Bosnie-Herzégovine, aujourd’hui en Birmanie contre les Rohynga, ainsi que partout ailleurs ».  Il a souhaité que l’Organisation puisse défendre les droits les plus élémentaires des opprimés, indépendamment de toute considération d’origine, de race, de sexe et de croyance. 

C’est en garantissant la paix, la sécurité et les droits humains que nous pourrons faire collectivement la promotion des objectifs de développement durable, a poursuivi M. Assoumani qui s’est notamment attaché à l’objectif 7, concernant l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables et modernes.  Il a ainsi rappelé que l’absence d’un tel accès généralisé à l’électricité en Afrique constituait une grave entrave à la croissance durable du continent, avant de rappeler que son pays avait réussi en un an à enrayer les pénuries d’électricité qui plombaient son économie.  Toutefois, à plus long terme et pour réaliser l’ensemble des 17 objectifs, les Comores auront aussi besoin de la solidarité internationale, des investisseurs internationaux et du secteur privé, a fait savoir le Président.

M. Assoumani a expliqué que son pays, petit État insulaire en développement, avait pour ambition de devenir, d’ici à 2030, un pays émergent et a décrit la stratégie nationale de développement des Comores.  Il a annoncé la tenue d’une grande consultation nationale sous forme d’assises, en décembre prochain, afin de faire le bilan de 42 années d’indépendance, d’en tirer les leçons et de se projeter vers l’avenir.  Il a demandé une nouvelle fois l’assistance de la communauté internationale, rappelant, en la remerciant, que celle-ci avait accompagné son pays il y a 20 ans quand il avait failli sombrer dans le chaos.

Tout en reconnaissant que les déplacements de population déstabilisent à la fois les pays d’origine et d’accueil, le Chef de l’État s’est toutefois dit opposé à ce que le terme d’immigrés soit appliqué aux Comoriens qui se rendent sur l’île de Mayotte, « partie intégrante de son territoire resté malheureusement sous administration française ».  Pour M. Assoumani, la question de « L’île comorienne de Mayotte est relative à l’intégrité territoriale » et l’absence de solution depuis 42 ans, fragilise la stabilité politique et entrave le développement économique de son pays.  Il a dit se réjouir de la poursuite du dialogue avec la France dans la recherche d’une solution juste et équitable, conforme au droit international et respectueuse des intérêts de chaque partie.

Enfin, le Président des Comores a dénoncé l’absence de solutions au conflit israélo-palestinien et l’injustice faite au peuple palestinien, avant d’indiquer qu’il avait lui-même signé au nom de son pays, hier, le nouveau Traité sur l’interdiction des armes nucléaires et demandé que soit enfin réalisée la réforme du Conseil de sécurité qui lui permettra de refléter dans sa composition la communauté internationale du XXIe siècle.  Il a conclu en réaffirmant que les Comores « croient aux Nations Unies et en leur capacité à faire face aux défis actuels ».  

M. TOMMY ESANG REMENGESAU JR, Président des Palaos, a estimé que les tempêtes record qui ont frappé plusieurs pays dernièrement sont une illustration de ce qui attend l’humanité.  Pour les États insulaires du Pacifique, ces tempêtes constituent un sombre présage, a dit le Président, ajoutant que, pour faire face à ces menaces, il convient de faire des liens entre les causes et les effets des problèmes auxquels nous sommes confrontés.  De plus, nous devons nous doter de lignes directrices claires qui guideront notre action et notre coopération, a-t-il ajouté, comptant sur la collaboration de l’ONU pour combler les lacunes existantes.

Nous avons créé 17 objectifs de développement durable afin de fournir des opportunités à toute l’humanité, a poursuivi le Président, s’attardant en particulier sur l’objectif 14, qui reconnaît que les océans fournissent des ressources durables à toute l’humanité.  Il s’est félicité de l’adoption de l’Accord de Paris sur les changements climatiques, notant au passage les progrès réalisés au cours des années dans la réduction des gaz à effet de serre.

Parmi les défis de notre temps, le Président a cité les essais nucléaires effectués par la République populaire démocratique de Corée et la situation des migrants qui prennent la route dans des conditions dangereuses.  Il a plaidé pour un renforcement de l’ONU afin que tous ses Membres soient convaincus de la valeur des négociations lors de différends.  Il est nécessaire de s’y mettre pour sauvegarder durablement une planète, a ajouté le Président. 

Les Palaos appuient toutes les initiatives de l’ONU visant à ramener la paix dans la péninsule coréenne, après les menaces proférées contre Guam.  Il a toutefois dénoncé la faible présence de l’ONU dans la région du Pacifique et invité l’Organisation à respecter son mot d’ordre de ne laisser aucun pays de côté.  Le Président a par ailleurs réaffirmé son appui au Traité sur l'interdiction des armes nucléaires.

Tournant ensuite l’attention sur le Programme de développement durable à l’horizon 2030, M. Remengesau a signalé que les coûts de sa réalisation seront très élevés.  Il a appelé à définir des programmes ciblés et à renforcer la coopération entre les États, soulignant l’importance à cet égard du Programme d’action d’Addis-Abeba.

Le Président des Palaos a ensuite indiqué que son pays avait créé des aires marines protégées parmi les plus étendues au monde, insistant sur l’importance de la coopération afin d’augmenter les aires marines protégées et de limiter la pollution atmosphérique.  Il a également salué la nomination de M. Peter Thomson, des Fidji, comme premier Envoyé spécial pour les océans.  Il a également salué l’appui des États-Unis à la création d’un sanctuaire marin national dans son pays.  Par ailleurs, le Président s’est réjoui du renouvellement de l’Accord de libre association des Palaos avec les États-Unis.

M. TEODORO OBIANG NGUEMA MBASOGO, Président de la Guinée équatoriale, a dit que, en accord avec la Charte des Nations Unies, tous les gouvernements doivent s’efforcer d’assurer le bien-être de leurs citoyens, dans le respect des droits de l’homme, de la démocratie et du développement.  Il s’est dit « vivement préoccupé » par les conflits armés causés par l’ingérence de certains pays dans les affaires intérieures des États.  Ces pays, a continué le Président, oublient « que la guerre n’a jamais résolu les conflits, mais les a plutôt multipliés et prolongés », détruisant des nations entières. 

La Guinée équatoriale, a poursuivi le Président, considère que les termes du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires sont « insuffisants », et devraient inclure leur destruction obligatoire.  Par ailleurs, la Guinée équatoriale, qui occupera un siège non permanent du Conseil de sécurité, entend coopérer avec tous les États pour « imposer la paix dans le monde », ce qui implique de « garantir » la paix et d’assurer la protection des droits politiques, économiques, sociaux et culturels de tous les pays.

Le Président Obiang Nguema Mbasogo s’est dit inquiet des progrès modestes réalisés au cours des deux dernières décennies dans la lutte contre la sous-alimentation et les changements climatiques.  Malgré tous les programmes internationaux qui ont été adoptés au cours de cette période, tels que les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), le nombre de personnes souffrant de la faim a augmenté et l’environnement a continué de se dégrader, provocant des cataclysmes meurtriers.  L’ONU demeure bien loin des objectifs qu’elle s’est fixée, a-t-il observé, ajoutant que le terrorisme, la xénophobie, le trafic des personnes et la criminalité transnationale organisée ont pris de l’ampleur.

Tous ces phénomènes rendent nécessaires une plus grande « sensibilisation des nations » et l’instauration d’une coopération directe entre les États.  « Aucun pays n’est exempt de responsabilité » face à ces problèmes, a poursuivi le Président, pour qui les États doivent redoubler d’efforts pour que triomphe la paix, sans toutefois se « prétendre des gendarmes qui imposent aux autres les principes de bonne gouvernance ». 

Ce dont le monde a besoin, a insisté le Président, c’est d’un « esprit participatif » entre les hommes et les femmes, et entre les petits et les grands États.  Il a plaidé à cet effet pour une réforme du Conseil de sécurité garantissant les « droits de toutes les nations » et une participation équitable de tous les continents.  Il s’agit de la prémisse à partir de laquelle le monde pourra avancer vers un développement durable et réaliser le Programme de développement durable à l’horizon 2030 ainsi que l’Agenda 2063 de l’Union africaine.

De son côté, la Guinée équatoriale a accompli des progrès importants dans son développement, a affirmé M. Obiang Nguema Mbasogo, tempérés cependant par les effets de la crise économique.  Après avoir décrit les menaces destinées à « déstabiliser le système de gouvernance pacifique et démocratique » de son pays, ainsi que les accusations « injustes et gratuites » contre ses dirigeants, sans égard à la souveraineté nationale, le Président a réaffirmé son appel à travailler « au progrès et au bien-être de l’humanité ».

M. EVARISTO DO ESPIRITO SANTO CARVALHO, Président de São Tomé-et-Principe, a jugé urgent de réformer l’ONU afin de répondre à la dynamique d’un monde globalisé et permettre aux différentes agences spécialisées des Nations Unies d’agir rapidement et efficacement dans un processus qui devrait être inclusif de tous les pays. 

Il a aussi appelé à renforcer la mise en œuvre de mécanismes qui permettent une plus grande inclusion dans le processus de prise de décisions et de planification stratégique qui sont les principes directeurs des institutions financières internationales comme le Fonds monétaire international et la Banque mondiale.  Nous croyons fermement que c’est là la seule voie pour les économies en développement d’intégrer rapidement le processus mondial de développement, a-t-il affirmé.

Le Président a énuméré ensuite les différentes crises dans le monde pour appeler au dialogue, souligner le rôle central de la médiation des Nations Unies et pour faire cesser les tensions dans la péninsule coréenne.  Il est aussi nécessaire que les armes se taisent en Syrie, et d’accélérer le processus de dialogue au Moyen-Orient. 

Le Chef d’État a également jugé urgent de trouver une solution, autour d’une table de négociation, à la situation en Guinée-Bissau, se disant par ailleurs préoccupé par la détérioration de la situation sécuritaire en République centrafricaine.  Évoquant en outre les atrocités commises par Boko Haram, au Nigéria et dans les pays voisins, il a affirmé que São Tomé-et-Principe se tiendra toujours aux côtés de ses partenaires régionaux et internationaux dans toutes les initiatives visant à éradiquer ce phénomène de nos sociétés.

Le Président a aussi parlé de l’urgence de faire face aux crises migratoires.  C’est une responsabilité civique, éthique et morale que d’accueillir les migrants en leur offrant l’aide humanitaire indispensable et également pour créer les conditions d’atténuer le phénomène dans les pays d’origine, a-t-il affirmé. 

Poursuivant son intervention, M. Carvalho a déclaré que « lutter contre les changements climatiques est peut-être l’objectif le plus complexe auquel toute l’humanité est appelée à réaliser ».  Toutefois, dans le contexte de l’Accord de Paris, les mesures proposées ne sont toujours pas mises en œuvre, a-t-il regretté.  « Tous les jours, nous reportons cette question à plus tard. »  Selon lui, des accords de coopération devraient être établis avec un financement ambitieux pour les problèmes climatiques et aussi pour assurer le transfert efficace et effectif de technologies par les pays développés. 

Le Gouvernement de Sao Tomé-et-Principe a décidé de mettre en œuvre un programme de transformation ambitieux à l’horizon 2030 visant à changer le paradigme de la croissance et des politiques de développement économique et social du pays avec une attention particulière sur le secteur privé.  Cette nouvelle direction stratégique est en harmonie parfaite avec les aspirations des objectifs de développement durable et de l’Agenda 2063 de l’Union africaine, a-t-il indiqué.

M. ROBERT GABRIEL MUGABE, Président du Zimbabwe, a estimé que le nouveau programme de développement mondial était très différent de ceux qui l’ont précédé, le jugeant « ambitieux, révolutionnaire, transformatif, universel et embrassant toutes les facettes de la vie humaine ».  Pour réussir, le Programme de développement durable à l’horizon 2030 exige un changement de paradigme radical, dans tous les aspects de la vie humaine, a-t-il estimé.

Pour lutter contre la destruction des habitats, nous devons changer nos modes de production et de consommation; pour combler le fossé croissant entre riches et pauvres, nous devons approfondir une coopération internationale véritable, a plaidé M. Mugabe qui a constaté que le système actuel est structurellement construit pour enrichir les riches et appauvrir les plus nombreux et ne peut donc satisfaire aux ambitions du Programme 2030.  De même, M. Mugabe a réaffirmé son soutien total au « Consensus Ezulwini », la position africaine commune sur la réforme du Conseil de sécurité.

« Nous récoltons ce que nous semons », a rappelé M. Mugabe, qui a dès lors jugé étrange qu’on affirme pouvoir atteindre la paix alors que l’on dépense autant de richesses et de technologies dans la guerre.  Opposant les 1 600 milliards de dollars de dépenses en armements de l’année 2016 aux 142,6 milliards dépensés au titre de l’aide au développement la même année, il a estimé que ces dépenses en armement, loin d’assurer la paix, n’avaient fait que répandre misère et souffrances.  Il est urgent de mettre fin à cette tendance pour le bien de l’humanité, a-t-il souligné. 

Nous croyons à la possibilité d’un monde meilleur, a enchaîné M. Mugabe, qui a estimé que le Secrétaire général allait dans le bon sens en proposant de mettre l’accent sur la prévention, la médiation, la diplomatie préventive, la résolution pacifique des différends, la consolidation et la pérennisation de la paix.  Il a appelé à s’attaquer aux multiples causes profondes des conflits, citant notamment la pauvreté, l’inégalité dans l’accès aux ressources, le refus du droit des peuples à l’autodétermination, ainsi que l’ingérence dans les affaires intérieures des États.  Il a en outre demandé au Conseil de sécurité de mettre en œuvre ses propres résolutions et d’organiser sans délai, en coopération avec l’Union africaine, un référendum d’indépendance au Sahara occidental.

Tout en mettant en avant l’intérêt des partenariats, M. Mugabe a insisté sur la nécessité de respecter la souveraineté et l’indépendance des États. Aussi s’est-il félicité du projet de réforme du Secrétaire général visant à ce que l’appui apporté à un pays donné par l’Équipe de pays des Nations Unies soit guidé par les priorités nationales dudit État.  Il y a vu le moyen de mieux appliquer le principe de l’appropriation nationale des processus de développement.

Rappelant que les effets des changements climatiques sont mondiaux, M. Mugabe a estimé qu’on ne pouvait rester silencieux quand une puissance économique majeure décide unilatéralement d’abandonner l’Accord de Paris, mettant ainsi davantage en péril les autres pays.  Il est vital que chacun apporte sa contribution et respect les dispositions de la Convention-cadre de Nations Unies sur les changements climatiques afin de mettre fin à la marche inexorable vers la destruction, a-t-il affirmé.

Le monde est très interconnecté; « il demande davantage de solidarité, pas moins; davantage de coopération, pas moins; davantage de multilatéralisme, pas moins », a conclu M. Mugabe, en estimant une fois encore que le Programme de développement durable à l’horizon 2030 reconnaissait cette situation et appelait à une solidarité, un partenariat et une coopération renforcés auxquels il a appelé les États à répondre de manière positive et active.

M. JUSUF KALLA, Vice-Président de l’Indonésie, a d’abord tenu à exprimer sa solidarité envers les pays récemment endeuillés par des catastrophes naturelles: le Mexique touché par un séisme, les Caraïbes et certaines zones des États-Unis frappées par des ouragans, et l’Asie du Sud affectée par des inondations.

« Nous sommes tous sur la même planète », a-t-il poursuivi, « mais nous en avons une perception différente, et notre monde est loin d’être équitable ».  Le Vice-Président a alors souligné combien le thème de cette année était pertinent puisque la paix, la prospérité et le développement durable se renforcent mutuellement.

Estimant nécessaire de travailler à la construction d’un écosystème durable, il a jugé que l’expérience indonésienne au sein de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) prouvait que bâtir un tel écosystème était fondamental, à la fois pour le développement économique et pour la prospérité des peuples.  Convaincu que cet objectif est réalisable, il a cependant insisté sur le fait qu’il passera par un renforcement du dialogue et de l’inclusivité, mais aussi par le règlement pacifique des conflits et le non-recours à la force. Plus important encore, a-t-il poursuivi, nous devons renforcer l’institution de l’ONU. « La clef, c’est de s’assurer que la réforme des Nations Unies rende le système plus fort et plus efficace », a-t-il affirmé.

Notre pays, a enchaîné le Vice-Président, a fourni quelque 38 000 membres du personnel des Nations Unies dans 28 opérations de maintien de la paix. Actuellement, 2 700 Casques bleus indonésiens sont même déployés dans neuf de ces opérations et nous prévoyons d’augmenter ce nombre.

Poursuivant son intervention, M. Kalla a plaidé pour davantage de synergies entre les questions de paix et de développement durable, assurant que le système international est capable de garantir une vie décente pour tous.  À ce titre, « les engagements déjà pris doivent se traduire concrètement ».  Réclamant des moyens financiers et humains, il a également demandé à ce qu’on appuie les régions qui ont du potentiel, notamment l’Afrique.  Pour l’Indonésie, les coopérations Sud-Sud et triangulaire sont une bonne manière d’avancer sur cet agenda.  C’est pourquoi, a-t-il expliqué, son pays sera fier d’accueillir le premier forum Indonésie-Afrique en 2018. 

À propos de la situation au Myanmar, l’Indonésie a dit partager les préoccupations de la communauté internationale, insistant sur l’importance de veiller au bien-être des populations, de garantir la sécurité de tous, et d’assurer l’acheminement de l’aide humanitaire.

Abordant ensuite la question des changements climatiques, le Vice-Président a fait savoir que l’Indonésie et d’autres États insulaires en ressentent déjà les effets et a averti que cette menace risque de saper les capacités de développement de son pays et de mettre en danger la survie de la population.  Il a ensuite apporté tout son soutien à l’Accord de Paris et appelé tous les États à en appliquer les recommandations.

M. Kalla s’est aussi soucié de l’impact du terrorisme, une menace réelle et imminente qui hypothèque le développement.  Il a plaidé pour qu’une action mondiale coordonnée s’attaque aux causes profondes du problème, à commencer par le chômage, l’illettrisme, avant d’appeler au renforcement de l’état de droit, du dialogue interconfessionnel et interculturel et du travail de déradicalisation.

Annonçant par ailleurs la candidature de l’Indonésie au rang de membre non permanent du Conseil de sécurité, M. Kalla a positionné son pays comme un défenseur d’un partenariat global.  Un idéal qui, selon lui, se retrouve jusque dans la devise du pays: « Ensemble nous nous élevons, divisés nous échouons. »

Le Prince AL HUSSEIN BIN ABDULLAH II de Jordanie, fils du Roi Abdullah II, s’est exprimé aujourd’hui à la fois en tant que représentant de la Jordanie et en tant que membre de la plus importante génération de jeunes dans l’histoire.  « Comme toute génération, nous avons hérité de la sagesse collective et des valeurs de nos prédécesseurs.  Et comme d’autres avant nous, nous avons souvent du mal à les réconcilier avec la réalité actuelle », a remarqué le Prince avant de décrire cette réalité: un monde à la veille de la quatrième révolution industrielle qui redéfinit le fonctionnement même de nos sociétés et les rapports entre les hommes.  Un monde hyper connecté qui à la fois rapproche les gens et creuse les divisions.  Compte tenu de cette réalité, quelles sont les valeurs qui sous-tendent la citoyenneté mondiale de nos jours?  Dans quelle direction balance notre compas moral et peut-il nous amener à la justice, la prospérité et la paix pour tous?

Regrettant que les gens de sa génération soient trop souvent taxés de « rêveurs » ou « d’idéalistes », il a rétorqué que tous les grands actes étaient un rêve au départ et que l’idéalisme est intrépide.  Il a ensuite indiqué que pour avoir enduré tout au long de son histoire des chocs externes, ces dernières années ont été particulièrement difficiles pour la Jordanie en raison des crises profondes dans les pays voisins, l’implosion de son plus grand marché externe, l’Iraq; l’arrêt quasi total du commerce avec la Syrie et la perte de routes commerciales vitales vers l’Europe et la Turquie.

« Malgré nos efforts inlassables, l’instabilité régionale a également sapé notre tourisme et nos investissements », a regretté le Prince, avant de rappeler que la Jordanie accueille actuellement 1,3 million de réfugiés syriens en plus d’un million de réfugiés palestiniens et des centaines de milliers d’Iraquiens.   Les répercussions de la crise syrienne représentent près du quart du budget national puisque tous les secteurs sont sous pression de l’hébergement à l’alimentation, l’énergie, les services de santé et d’éducation à l’emploi.  Cela n’a pas empêché la Jordanie de faire face à ces défis, a poursuivi le Prince, ni de poursuivre sur la voie des réformes.  Cependant, pour réduire le chômage et offrir des opportunités aux jeunes, il est impératif, selon lui, de favoriser les investissements ainsi que l’intégrité, de privilégier la responsabilisation, de mettre à niveau le système éducatif et de venir en aide aux jeunes entrepreneurs.  Pour cela, il a dit demeurer convaincu que dans le contexte actuel, seule l’aide internationale pourra permettre de faire aboutir les réformes politiques et économiques.

Le Prince a également rappelé l’engagement continu de son pays pour une solution juste et durable au conflit israélo-palestinien; son dévouement en tant que gardien des sites religieux chrétiens et musulmans à Jérusalem et sa participation active à la lutte internationale contre le terrorisme ainsi que sa promotion des « vraies valeurs de l’islam ». 

Tout en reconnaissant que la communauté internationale a souvent fait l’éloge de la Jordanie pour son action humanitaire et morale, il n’a pas hésité à lui reprocher « que des mots doux ne permettaient pas d’équilibrer les budgets, de construire des écoles et de promouvoir l’emploi ».  Pour les jeunes jordaniens il est difficile de comprendre comment un pays aussi petit que le leur, qui fait face à tant d’adversité, doit s’entendre dire que ses amis sont atteints de la fatigue des donateurs », a expliqué le Prince qui a reproché dans la foulée aux pays plus riches d’avoir eu du mal à accueillir quelques milliers de réfugiés.  Que faut-il penser de notre humanité commune lorsque le monde a dépensé plus de mille sept cent milliards de dollars l’an dernier en armes alors qu’il n’a pas été en mesure de mobiliser 1,7 milliard de dollars pour répondre aux appels de fonds de l’ONU pour venir en aide aux Syriens et à leurs communautés d’accueil?  Le message envoyé aux jeunes jordaniens et de la région est clair: ce n’est pas l’argent qui manque pour combattre le mal, mais l’appétit de récompenser la vertu est quasi inexistant. 

Alors, quel est le message de la communauté internationale aux jeunes? a demandé le Prince.  Serait-ce que nos valeurs sont sans valeur ou que le pragmatisme l’emporte sur les principes et que la complaisance l’emporte sur la compassion?  Pour le jeune Prince le moment est venu de rompre le silence et de commencer à trouver des réponses à ces questions en vue de sauver notre humanité commune.

M. GIORGI KVIRIKASHVILI, Premier Ministre de la Géorgie, a d’abord présenté ses condoléances aux pays meurtris par les récents désastres climatiques, soulignant que le risque environnemental menace tout le monde, y compris son propre pays.

Enchaînant sur la question intérieure, le Premier Ministre a longuement expliqué la stratégie nationale de la Géorgie qui, a-t-il indiqué, place les citoyens géorgiens au centre.  Égrenant les progrès du pays dans nombre de classements internationaux, il a souligné que la Géorgie était passée en 25 ans d’un pays bénéficiaire d’aides à un pays en tête sur le plan des réformes, que ce soit en matière de lutte contre la corruption, de la justice, des droits fonciers, de la politique, de l’éducation, ou encore des taxes.  Les changements dans tous ces domaines sont loin d’être « cosmétiques », et sont au contraire destinés à mieux intégrer la Géorgie au reste du monde, a-t-il indiqué, estimant que cette volonté de respecter les plus hauts standards internationaux témoigne, à son sens, de l’aspiration des Géorgiens à se rapprocher de l’Europe et de l’OTAN.

Soucieux de profiter de sa position géographique, la Géorgie souhaite jouer un rôle de pivot entre l’est et l’ouest, a poursuivi M. Kvirikashvili.  Un objectif qui passe, a-t-il ajouté, par une modernisation des infrastructures, seule garante de services efficaces, d’une attractivité touristique et d’une bonne logistique.  « Nous y voyons un moyen puissant de créer de l’emploi et de faire reculer la pauvreté », a-t-il indiqué.  Revenant sur les accords de libre-échange passés avec l’Europe et la Chine, il s’est réjoui des promesses de développement qui découleront de ces partenariats.

Le Premier Ministre a cité quelques grands chantiers comme le projet de ligne Bakou-Tbilisi-Kars qui relierait l’Asie et l’Europe en passant par la Géorgie, ou le nouveau port d’Anaklia sur la mer Noire qui sera opéré par une « compagnie américaine renommée ».  « La Géorgie est désormais à moins de 10 jours de l’Asie de l’Est et à 5 jours de n’importe quel point de l’Europe », s’est-il félicité, voyant dans ces achèvements la preuve du lien entre stabilité économique et pacification régionale.

À ce titre, il a pointé l’attitude de la Russie qui, selon lui, « continue d’occuper des régions historiques du territoire souverain de la Géorgie en violation de ses obligations internationales ».  Citant l’Abkhazie et « l’Ossétie-du-Sud-Alanie », il a dénoncé la manière dont la Russie tenterait de mettre en œuvre des « traités d’intégration » et des accords pour absorber ces régions occupées.

Poursuivant ses récriminations, il a ensuite vertement critiqué le renforcement des frontières par la Russie qui, a-t-il accusé, use de tranchées, de barbelés et de signes frontaliers pour séparer ces régions du reste de la Géorgie.  Selon lui, ce sont les plus faibles des citoyens qui souffrent de cette situation: des malades ayant besoin de soins médicaux et des écoliers souhaitant étudier dans leur langue maternelle auraient ainsi été retenus en différents points frontaliers.

Faisant référence aux différentes résolutions prises par l’Assemblée générale pour garantir le retour des déplacés et des réfugiés dans les régions occupées, il a regretté que ce ne soit pas le cas dans son pays parce qu’« un membre des Nations Unies refuse de se conformer à ses obligations internationales ».  Rappelant que la Géorgie reste fermement attachée à un règlement pacifique de ce conflit et qu’elle respecte le cessez-le-feu négocié suite à la médiation européenne, le Premier Ministre a regretté que la Russie n’ait pas fait de même, et a appelé la communauté internationale à appuyer une rapide résolution pacifique de ce conflit et à apporter son soutien à l’intégrité territoriale de la Géorgie.

Malgré ses propres défis, la Géorgie demeure, selon M. Kvirikashvili, un acteur majeur de la sécurité euro-atlantique.  Décrivant notamment le partenariat stratégique passé avec les États-Unis comme « clef pour son développement et sa sécurité », il a exprimé le souhait d’approfondir ces liens.  Rappelant que son pays continue de participer aux opérations internationales comme en Afghanistan, en République centrafricaine et au Mali, il a par ailleurs souligné que la Géorgie était devenue membre de la coalition mondiale pour vaincre l’EIIL et s’impliquait fortement dans la lutte contre le terrorisme.

M. ENELE SOSENE SOPOAGA, Premier Ministre des Tuvalu, a annoncé que c’est « avec fierté » qu’il a signé hier le Traité sur l’interdiction des armes nucléaires.  Il a parlé de l’espoir qu’a suscité un autre traité: l’Accord de Paris sur les changements climatiques.  Mais cet espoir, a-t-il avoué, s’est évaporé après que les États-Unis eurent annoncé leur décision de se retirer de l’Accord.  Le Premier Ministre a donc attiré l’attention sur les marginalisés, les vulnérables, les pauvres, les femmes et les enfants qui souffrent le plus des changements climatiques, en particulier dans les basses terres et les zones côtières.  Ces gens se comptent en millions et leur nombre augmente à un rythme alarmant, a-t-il prévenu.  Les intérêts économiques et politiques à court terme, qui ne profitent qu’à une poignée d’entre nous, ne devraient pas être protégés en compromettant la promotion d’une vie décente pour tous sur une planète viable, s’est-il impatienté.  Le Premier Ministre a exhorté les États-Unis à rejoindre les autres pays du monde et à donner aux plus vulnérables la chance d’assurer leur salut. 

Il s’est en revanche dit encouragé par le leadership fort du Premier Ministre canadien et du Président français et s’est félicité de l’intention du Secrétaire général de convoquer un sommet sur le climat en 2019 et d’intensifier l’engagement politique pour limiter l’augmentation de la température en-deçà de 2 degrés Celsius.  De la même manière, il s’est dit encouragé par le dévouement du Secrétaire général à faire en sorte que le système des Nations Unies aide au mieux les États Membres, en mobilisant les ressources nécessaires et en renforçant les partenariats.  Le Premier Ministre a tout de même réitéré l’idée de nommer un représentant spécial sur les changements climatiques et la sécurité et d’inscrire cette question de manière permanente dans l’ordre du jour du Conseil de sécurité. 

Pour des pays comme les Tuvalu, les changements climatiques sont la menace « immédiate, fondamentale et générale », a-t-il poursuivi.  Si les tendances actuelles se maintiennent, les Tuvalu disparaîtront dans les 50 prochaines années, forçant sa population à fuir alors que c’est elle qui contribue le moins au réchauffement de la planète et à la montée du niveau de la mer.  Nous ne pouvons renoncer à nos efforts pour deux raisons, a martelé le Premier Ministre, en insistant sur le fait que la réinstallation des populations et la perte de leur État sont tout simplement « inacceptables » et que les Nations Unies ont les moyens et les ressources pour sauver les Tuvalu et les autres petits États insulaires. 

C’est une question de volonté et de courage, a tranché le Premier Ministre, en rappelant que la communauté internationale, « peut-être pour des intérêts politiques et économiques », a su réagir avec célérité contre Ebola et sauver des vies.  En revanche, a-t-il dénoncé, quand il s’agit des déplacements provoqués par les changements climatiques, il n’y a plus personne.  Des dernières migrations massives vers l’Europe nous avons appris une leçon et ce sont les mêmes systèmes de contrôle et de gestion des migrants et de protection de leurs droits qu’il faut mettre en place pour les déplacés des changements climatiques, a plaidé le Premier Ministre.  Il a donc réitéré l’idée d’adopter une résolution sur la création d’un processus juridique pour protéger les droits de l’homme et, en conséquence, sauver la vie des personnes déplacées par l’impact des changements climatiques. 

M. Sopoaga a également abordé la question de la gradation, estimant qu’un pays ne devrait sortir de la catégorie des pays les moins avancés (PMA) que lorsqu’il est capable d’assurer son développement durable et non pas lorsqu’il devrait en être capable.  Selon lui, les vulnérabilités uniques des petits États insulaires en développement devraient être le seul critère de gradation.  Avant de conclure, le Premier Ministre a relayé l’appel à un instrument juridiquement contraignant pour protéger la biodiversité au-delà des limites de la juridiction nationale. 

M. GASTON ALPHONSO BROWNE, Premier Ministre d’Antigua-et-Barbuda, a rappelé que le 6 septembre, les deux îles formant son pays ont été victimes de l’ouragan Irma, la plus large tempête qui ait frappé l’Atlantique.  Notre pays a été décimé et toute sa population laissée sans domicile tandis que les immeubles ont été réduits en coquilles vides, a-t-il témoigné.  Il a dit qu’ayant vécu les ravages de l’ouragan Irma à Antigua-et-Barbuda, son cœur saigne quand il pense aux populations des pays qui viennent d’être touchés par l’ouragan Maria, et à celles qui vont vivre son passage dans les prochains jours. 

Le Premier Ministre a décrit les ravages infligés à son pays par l’ouragan Irma.  Face à un ouragan de 375 miles de diamètre et à des vents soufflant à 220 miles à heure, l’île de Barbuda n’avaient aucune chance de faire face à une telle férocité.  L’île a été complètement détruite et, aujourd’hui, pour la première fois depuis 300ans, Barbuda n’a pas d’habitant permanent. L’empreinte d’une civilisation entière a été émasculée par la brutalité et la magnitude d’Irma, a déploré M. Browne, expliquant que les habitants avaient été contraints de laisser tout ce qui les définissait comme société et comme peuple.

Heureusement, la plus grande des deux îles du pays, dénommée Antigua, a été relativement épargnée, mais sa population a augmenté de 3% du jour au lendemain et ses services sociaux subissent à présent une forte pression.

Il a expliqué que l’île de Barbuda reste impropre à toute vie humaine, car il n’y a ni électricité, ni eau potable et 95% des immeubles ont été détruits ou sévèrement endommagés.  Les coûts de reconstruction sont chiffrés à 250 millions de dollars, ce qui représente 15% du produit national brut (PNB) du pays.  « C’est hors de notre portée », a-t-il reconnu en appelant à une assistance internationale urgente pour la reconstruction de Barbuda.  « Barbuda n’est pas seulement un désastre naturel, c’est également une crise humanitaire qui consume en ce moment l’île voisine d’Antigua », a-t-il affirmé.

M. Browne a ensuite remercié les États qui ont déjà apporté une assistance à son pays, notamment le Venezuela.  Il a également expliqué que plus le temps de relèvement est lent, plus les conditions sur le terrain se détériorent et les coûts augmentent, ce qui impose au Gouvernement de faire des emprunts sur les marchés financiers à des taux très élevés, accentuant ainsi le poids de la dette nationale « déjà considérable ».  Le Premier Ministre a en outre fait le parallèle entre ces ouragans et les changements climatiques, faisant observer que les 14 pays des Caraïbes produisent à peine 0,1% des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Ils sont « les moins pollueurs mais pourtant les plus grands victimes », a-t-il dénoncé.

Poursuivant, le Premier Ministre a indiqué que pour bâtir des infrastructures plus résilientes, il faut des fonds, mais que malheureusement, les pays comme Antigua-et-Barbuda n’ont pas accès à des prêts concessionnels car ils sont considérés comme des pays à revenu intermédiaire.  Il a déploré le classement des pays sur la base de leur produit national brut, appelant l’abolition immédiate de cette méthode.  Il a en outre expliqué qu’un nombre limité de résidents de ces pays, notamment des investisseurs étrangers, détiennent la plupart des revenus produits sur ces îles, alors que la majorité de la population vit avec des revenus bas. 

« Mon pays et ses citoyens ne veulent pas quémander pour vivre », a-t-il assuré, mais plutôt travailler pour gagner leur vie. Or cela n’est pas possible si le système international leur refuse les moyens et les outils de construction de leur avenir.  « L’accès aux prêts concessionnels est un impératif », a-t-il martelé, en soulignant que cela va les sortir de la spirale de la dette. 

Où est donc la justice si les pays les plus riches empruntent à un taux d’intérêt de 3% quand les petits États insulaires le font plutôt à un taux de 12% par an pour reconstruire sans cesse les infrastructures détruites après le passage d’ouragans?  Où est la justice?  M. Browne a ensuite souligné que, malgré la situation de crise que connaît Antigua-et-Barbuda, le Club de Paris, formé par des pays riches, lui demande de régler une dette de 130 millions de dollars, un prêt vieux de 40 ans, effectué à une époque où les prêts concessionnels lui étaient déjà impossibles.  Il a indiqué que ce serait réduire un poids pour Antigua-et-Barbuda si cette dette était effacée, ou, à défaut, réduite significativement dans un contexte où le pays doit trouver 250 millions de dollars pour sa reconstruction.

Le Premier Ministre a aussi rappelé que son pays avait obtenu gain de cause, en 2004, dans un litige commercial contre les États-Unis porté devant l’Organisation mondiale du commerce (OMC).  Et depuis lors, les États-Unis n’ont pas toujours payé le dédommagement de 200 millions de dollars auquel ils sont astreints, alors que, dans le même temps, ce pays gagne des milliards de dollars chaque année dans ses échanges commerciaux avec Antigua-et Barbuda. 

Il a conclu en affirmant que son gouvernement est engagé à reconstruire Antigua-et-Barbuda, quel que soit le temps que cela prendra, et quelles que soient les ressources qui seront disponibles.

M. SHAHID KHAQAN ABBASI, Premier Ministre du Pakistan, a regretté qu’au cours de ce nouveau millénaire, les principes de la Charte se soient progressivement érodés.  Certains pays, a-t-il dénoncé, montrent un penchant de plus en plus marqué pour le recours à la force unilatérale et les interventions contre les autres États.  La coercition et les menaces sont, de nouveau, monnaie courante dans la gestion des conflits et différends entre États, a-t-il déploré, et les tensions est-ouest pourraient pousser l’Europe dans une autre guerre froide, tandis qu’en Asie, la paix et la prospérité sont menacées par les frictions entre puissances émergentes et les tensions croissantes au sud, à l’est et à l’ouest.  Le Moyen-Orient est déchiré par les guerres, la violence terroriste s’est répandue jusqu’en Afrique et pour la Palestine, l’horizon reste bouché.  La xénophobie et l’islamophobie s’aggravent et le nettoyage ethnique des Rohingya n’est pas seulement un affront à toutes les normes de l’humanité mais aussi un défi à notre conscience collective, a-t-il affirmé.  Après ce tour du monde, le Premier Ministre a estimé que les Nations Unies sont plus que jamais nécessaires.  Il s’est donc félicité des efforts déployés par le Secrétaire général pour revitaliser les capacités de paix et de sécurité, de développement et de gestion de l’Organisation. 

Le Pakistan, a-t-il poursuivi, qui vient de célébrer le soixante-dixième anniversaire de son indépendance et de son accession à l’ONU, n’a jamais cessé d’être confronté à « l’hostilité acharnée de son voisin de l’est » qui refuse de mettre en œuvre les résolutions du Conseil de sécurité sur le Jammu-et-Cachemire, préférant maintenir 700 000 soldats sur place pour étouffer la lutte légitime des kashmiris pour leur droit à l’autodétermination.  Le Pakistan demande une enquête internationale sur les crimes commis par l’Inde et exhorte la communauté internationale à obtenir de ce pays qu’il cesse ses exactions, dont les 600 violations de la ligne de contrôle enregistrées depuis le mois de janvier de cette année.  Si l’Inde s’aventure au-delà de cette ligne ou actionne sa doctrine de « guerre limitée » contre le Pakistan, elle s’exposera à une réaction forte et à la hauteur des enjeux, a prévenu le Premier Ministre, qui a appelé la communauté internationale à agir vite pour éviter l’escalade, conseillant au Secrétaire général de nommer un Envoyé spécial pour le Cachemire.

Le Pakistan, a-t-il affirmé, est prêt à reprendre le dialogue avec l’Inde mais ce dialogue doit s’accompagner de la fin de la campagne de subversion et de terrorisme d’État contre le territoire pakistanais, y compris à sa frontière occidentale.  Après le peuple afghan, a en effet souligné le Premier Ministre, c’est le Pakistan qui a souffert le plus des quatre décennies d’interventions étrangères et de guerres civiles en Afghanistan, charriant leur lot d’extrémistes, de terroristes, d’armes et de drogues, sans compter les millions de réfugiés.   Personne ne souhaite plus la paix en Afghanistan que le Pakistan, a martelé le Premier Ministre.  Après 16 ans de guerre, il est clair que la force militaire ne fera pas revenir la paix, a-t-il répété, s’étonnant que l’on blâme aujourd’hui son pays pour l’impasse militaire et politique en Afghanistan.  Nous ne serons les boucs émissaires de personne, a-t-il tonné.  Les sanctuaires des Taliban ne sont pas au Pakistan mais dans les larges régions qu’ils contrôlent en Afghanistan, a-t-il dit. 

C’est vrai, a-t-il concédé, les attaques transfrontalières existent et nous demandons au Gouvernement afghan et à la coalition de nous aider et de compléter les efforts que nous avons déployés pour renforcer le contrôle des frontières et suivre tous les mouvements.  Ce que le Pakistan ne fera pas, a prévenu le Premier Ministre, c’est faire la guerre afghane sur son propre sol.  Le Pakistan n’appuiera pas non plus les stratégies vouées à l’échec qui prolongent et aggravent les souffrances des Afghans, des Pakistanais et des autres pays de la région.  Ce qu’il faut, a conseillé le Premier Ministre, c’est une action concertée contre Daech, Al-Qaida et leurs associés dont le TTP et le Jamaat-ul-Aharar, que le Conseil de sécurité vient d’inscrire sur la liste des organisations terroristes; mais aussi des négociations entre Kaboul et les Taliban afghans dans le cadre du Groupe de coordination quadrilatéral ou tout autre format trilatéral.  Ces deux mesures offrent les perspectives les plus réalistes de rétablir la paix et la stabilité en Afghanistan et dans la région, a estimé le Premier Ministre.

L’action antiterroriste du Pakistan ne peut en aucun cas être remise en doute, s’est impatienté le Premier Ministre, en imputant l’échec de la communauté internationale à son incapacité de combattre le terrorisme d’État et de traiter des causes sous-jacentes de ce phénomène comme la pauvreté et l’ignorance mais aussi et surtout l’absence de réponse aux revendications politiques ou autres légitimes ou perçues comme telles.  Le Premier Ministre, qui a décrit la capacité nucléaire de son pays comme une « dissuasion crédible » contre un voisin hostile, a estimé que la communauté serait bien inspirée d’aider le Pakistan à rejoindre les arrangements internationaux de non-prolifération, comme le Groupe des fournisseurs nucléaires.  Le Premier Ministre a conclu sur les changements climatiques, les objectifs de développement durable et le potentiel remarquable du Couloir économique Chine-Pakistan.  

 Les premiers mots de M. PRAVIND KUMAR JUGNAUTH, Premier Ministre de Maurice, ont été pour la population et le Gouvernement du Mexique suite au tremblement de terre dévastateur.  Le Premier Ministre a ensuite insisté longuement sur la nécessité de réformer le Conseil de sécurité, pour refléter les changements advenus depuis 1965, date de la dernière réforme.  Il a proposé que la position africaine serve de base pour les négociations, affirmant son soutien au Consensus d’Ezulwini.  « L’Afrique a été laissée de côté trop longtemps dans la gouvernance globale.  Il est temps de corriger cette grossière injustice », a-t-il insisté.  La République de Maurice a aussi fait part de son soutien à la demande de l’Inde d’occuper un siège au Conseil de sécurité, ainsi que celle, « légitime et appropriée », des petits États insulaires en développement, qui veulent un siège non-permanent.

Après avoir affirmé sa volonté d’un monde débarrassé des armes nucléaires, M. Jugnauth a condamné les violences au Myanmar, et a proposé d’y répondre en mettant en œuvre les recommandations de la Commission consultative de l’État de Rakhine.  La situation au Moyen-Orient, notamment en Palestine, continue aussi de le préoccuper.  Il a rappelé que son pays a toujours plaidé pour une solution des deux États.  M. Jugnauth s’est ensuite attardé sur l’Afrique et l’importance de l’intégration de son pays dans le continent.  Il a mis en évidence le potentiel du continent africain qui est en train de devenir un moteur de la croissance économique et un énorme marché de consommateurs. 

Les changements climatiques et l’environnement sont aussi deux sujets importants pour la République de Maurice, qui a exprimé sa sympathie aux gouvernements et aux peuples victimes des destructions provoquées par les ouragans. Le Premier Ministre a indiqué que son pays voulait être plus résilient face à ces catastrophes naturelles mais a noté que la réduction des effets des changements climatiques, ainsi que la mise en œuvre du Cadre de Sendai pour la réduction des risques de catastrophe, allaient demander de substantiels efforts de la part des petits États insulaires en développement.

Tout en saluant la création du Fonds vert pour le climat, il a demandé à ce que les procédures d’accès à ce fonds soient simplifiées pour les petits États insulaires en développement, surtout à la lumière des événements récents.  Il a aussi regretté que la classification de la République de Maurice comme pays à revenu intermédiaire la rende inéligible à l’aide publique au développement, le rendant ainsi en quelque sorte victime de son succès.

Poursuivant, M. Jugnauth a indiqué que les océans sont d’une importance vitale pour la République de Maurice, qui comporte une zone économique exclusive de 2,3 millions de km2.  Le Gouvernement a donc développé une stratégie de gestion de l’océan et appelle ses partenaires à l’aider à la mettre en œuvre, en vertu du paragraphe 13Q de l’appel à l’action de la Conférence des Nations Unies sur les océans.

M. Jugnauth est ensuite revenu sur la question de l’intégrité territoriale, clamant que la décolonisation de son pays est encore inachevée.  Il a fait allusion à l’éviction forcée des habitants de l’archipel de Chagos avant l’indépendance de son pays, et ce, en violation des résolutions des Nations Unies. La République de Maurice, en tant que membre du Groupe des États d’Afrique, souhaite se tourner vers la Cour international de justice pour un avis consultatif sur les conséquences légales de la séparation de l’archipel de Chagos de la République de Maurice.  Il s’est réjoui qu’une résolution lui permettant de le faire ait été adoptée à une majorité écrasante.  Ce vote a redonné aux habitants de l’archipel l’espoir qu’ils puissent un jour retourner sur leur pays de naissance, s’est-il félicité.

SHEIKH HASINA, Premier Ministre du Bangladesh, a déclaré qu’elle arrivait à l’Assemblée générale le cœur lourd, après avoir vu les Rohingya du Myanmar affamés et désespérés qui ont trouvé refuge à Cox’s Bazar, au Bangladesh.  Ce peuple déplacé de force fuit un « nettoyage ethnique » dans son propre pays, où il vit depuis des siècles, s’est-elle indignée.  Elle a dit ressentir leur peine, elle qui, avec sa jeune sœur, a elle-même été refugiée pendant six ans après l’assassinat de son père, le Père de la nation du Bangladesh, Bangabandhu sheikh Mujibur Rahman, en 1975.

Le Bangladesh accueille actuellement plus de 800 000 Rohingya du Myanmar déplacés de force, a précisé Mme Hasina.  Les atrocités et les violations des droits de l’homme perpétrées dans l’État de Rakhine ont aggravé une fois de plus la situation à la frontière entre le Bangladesh et le Myanmar, a-t-elle déploré. D’après l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 430 000 Rohingya sont arrivés au Bangladesh au cours des trois dernières semaines.  Elle s’est dite « horrifiée » de voir que les autorités du Myanmar posent des mines terrestres le long de leurs frontières pour empêcher les Rohingya de retourner au Myanmar. 

Le Premier Ministre a appelé l’ONU et la communauté internationale à prendre des mesures immédiates et efficaces pour trouver une solution permanente à la crise prolongée des Rohingya.  À cet égard, elle a exhorté le Myanmar à cesser la violence et la pratique du nettoyage ethnique une fois pour toutes, avant d’engager le Secrétaire général de l’ONU à dépêcher immédiatement une mission d’établissement des faits au Myanmar.  Elle a appelé à ce que tous les citoyens, quelle que soit leur religion ou leur ethnie, soient protégés au Myanmar et a suggéré, à cette fin, que des « zones sécurisées » soient créées au Myanmar sous la supervision de l’ONU.  Elle a également réclamé la garantie du retour durable de tous les Rohingya déplacés de force dans leur foyer au Myanmar, le pleine application, immédiate et inconditionnelle, des recommandations du rapport de la Commission Kofi Annan.

Mme Hasina a ensuite annoncé deux contributions de 100 000 dollars au Fonds des Nations Unies pour la consolidation de la paix et au Fonds d'affectation spéciale en faveur des victimes d’exploitation et d’atteintes sexuelles respectivement.  En tant qu’important pays fournisseur de contingents et de personnel de police, le Bangladesh souligne en outre l’importance de maintenir l’efficacité et la crédibilité des opérations de maintien de la paix de l’ONU.

Poursuivant son intervention, le Premier Ministre a condamné le terrorisme sous toutes ses formes et a dénoncé l’utilisation de la religion pour justifier l’extrémisme violent.  Elle a expliqué avoir impliqué les familles, les femmes, les jeunes, les médias et les dirigeants religieux au niveau communautaire pour contrecarrer la propagation de l’extrémisme violent au Bangladesh.  À ce sujet, elle a lancé un nouvel appel: « Arrêtez de fournir des armes aux terroristes; arrêter de financer le terrorisme; réglez pacifiquement tous les différends internationaux ».  Elle a également prié l’ONU de se pencher sur les menaces émanant du cyberspace.

Par ailleurs, Mme Hasina a qualifié l’Accord de Paris de « flambeau de l’espoir pour la justice climatique ».  Le Bangladesh, a-t-elle rappelé, a enregistré des résultats exemplaires en matière de résilience face aux inondations et autres catastrophes naturelles.  Dans le cadre du développement durable, elle s’est engagée à faire du Bangladesh un pays à revenu intermédiaire d’ici à 2021 et un pays développé d’ici à 2041. 

Nous savons, a déclaré M. CHARLOT SALWAI TABIMASMAS, Premier Ministre du Vanuatu, que le chemin sera dur pour mettre en œuvre notre plan national de développement à l’horizon 2030, compte tenu des faiblesses structurelles, des phénomènes météorologiques extrêmes, des tremblements de terre et des chocs économiques externes.  Pendant quatre années de suite, a-t-il rappelé, le rapport sur les risques dans le monde a classé le Vanuatu au rang des pays les plus exposés aux catastrophes et « pour rendre encore le parcours plus épineux », l’Assemblée générale a décidé de relever le statut en décembre 2020.  La décision de faire sortir un pays de la catégorie des pays les moins avancés (PMA), a estimé le Premier Ministre, ne tient pas compte de ses vulnérabilités et des obstacles structurels.  Les mesures en place pour aider les pays qui sont sortis de cette catégorie sont tout simplement insuffisantes, a-t-il tranché.  Le Vanuatu devrait être maintenu dans la catégorie.

Le Premier Ministre a poursuivi en prévenant que le terrible tremblement de terre au Mexique, les cyclones Irma et Maria dans les Caraïbes, Harvey au Texas et le cyclone tropical qui a dévasté le Vanuatu en 2015 sont des « avertissements brutaux de Mère Nature » qui nous nous dit que le climat est en train de changer plus vite que nos efforts d’adaptation.  Résoudre un problème qui a mis des siècles à se révéler nécessite plus de réflexion et plus d’efforts, a-t-il estimé.  En réduisant collectivement le rythme auquel nous émettons des gaz à effet de serre, nous pouvons faire la différence.  Nous pouvons, a insisté le Premier Ministre, limiter la hausse moyenne de la température à moins de 1, 5 degré Celsius, changer la chimie des océans, gérer la hausse du niveau de la mer et éviter des catastrophes aux générations futures.  Il a exhorté les États-Unis à revenir sur leur décision de se retirer de l’Accord de Paris sur les changements climatiques.  Il a réitéré son attachement au document final de la Conférence des Nations Unies sur les océans et l’objectif de son pays de parvenir à 100% d’énergie renouvelable d’ici à 2030.  Le Vanuatu a déjà lancé sa politique nationale sur les océans et compte parvenir à l’interdiction complète des sacs en plastique d’ici à 2018. 

M. UMARO SISSOCO EMBALO, Premier Ministre de la Guinée-Bissau, a expliqué que son pays continuait de faire face à un certain nombre de défis, en lien avec le fonctionnement d’institutions centrales telles que le Parlement et le Gouvernement.  Malgré ces difficultés, M. Sissoco Embalo a défendu le bilan de son gouvernement, se félicitant notamment des progrès réalisés en matière de sûreté publique, de versement des salaires des fonctionnaires et de remboursement de la dette externe du pays.  Il a aussi indiqué que l’état des finances publiques de son pays avait été salué par le Fonds monétaire international.  Il a également affirmé que la société civile et l’État n’en étaient pas à un point de rupture.

Le Premier Ministre bissau-guinéen a ensuite fait état de la situation dans la sous-région de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), notamment les tensions terroristes présentes au Mali, Niger, Côte d’Ivoire et au Nigéria, tout en soulignant le soutien de son pays à la mise en commun des efforts dans le contexte du G5 Sahel.

« Les objectifs de développement durable sont notre défi mais aucune stratégie de développement ne mérite un tel titre si elle ne place pas le concept de sécurité alimentaire au cœur de son action », a par ailleurs déclaré le Premier Ministre.  Il a en outre reconnu que laisser la Guinée-Bissau, « un pays avec de telles capacités agricoles », être dépendante de l’importation de larges quantités de riz était sans doute une des pires erreurs de politique économique possibles. Il sera impossible de faire baisser les taux de mortalité et de morbidité qui nous accablent, en raison du VIH/sida, du paludisme et des maladies diarrhéiques et infectieuses, sans s’attaquer au fléau de la pauvreté et sans répondre avec succès au défi moral de « zéro faim », a-t-il fait valoir.

M. Sissoco Embalo a ensuite commenté les questions environnementales en précisant que 12% du territoire du pays étaient des zones écologiques protégées. Il s’est félicité de l’attention que son pays porte à l’écologie, tout en reconnaissant la longue route qui l’attend avant d’être capable de conjuguer exploitation des ressources naturelles et durabilité environnementale.

Le Premier Ministre bissau-guinéen a également abordé la question de l’égalité entre les genres, concédant que les femmes de son pays étaient encore loin d’avoir la place qu’elles méritaient au sein de la société et des institutions en général.  « Ceci représente un réel défi pour les partis politiques et le Gouvernement de Guinée-Bissau, et j’espère que tous les acteurs de mon pays continueront de défendre le droit des femmes et les droits de l’homme en général », a-t-il indiqué.

M. KOMI SELOM KLASSOU, Premier Ministre du Togo, a indiqué que son pays s’apprêtait à adopter, avant la fin de l’année, son plan national de développement pour la période 2018-2022.  Dans cette perspective, le Gouvernement a mis en place, en février dernier, une cellule de suivi stratégique des objectifs de développement durable et des accords internationaux sur le développement.  « La recherche du bien-être de l’humain est au cœur de la politique générale du Gouvernement togolais », a-t-il résumé en citant l’appui aux populations vulnérables, l’accès à l’eau potable et à l’énergie, l’entreprenariat rural, la gratuité de l’école et la mise en place récente d’un système de couverture médicale pour les élèves de l’école publique.

S’appuyant sur les travaux de la Commission vérité, justice et réconciliation, le Gouvernement a par ailleurs transmis à l’Assemblée nationale un projet de loi portant sur les articles de la Constitution relatifs à la limitation des mandats, soit un mandat de cinq ans renouvelable une fois pour le Président, qui a été adopté avant-hier par plus des deux tiers des députés.  Sur le plan des droits de l'homme, a assuré le Premier Ministre, le Togo reste déterminé à consolider les acquis et à renforcer davantage les mesures garantissant les libertés fondamentales.

Face aux menaces du réchauffement climatique, le pays, régulièrement confronté aux aléas que sont l’érosion côtière, les inondations ou des saisons des pluies irrégulières, estime que l’Accord de Paris est un cadre idéal pour des initiatives communes.  Par ailleurs, M. Klassou a enjoint les États à intensifier la lutte pour prévenir la résurgence d’épidémies déjà éradiquées et éliminer d’autres maladies comme le VIH/sida, le paludisme et la tuberculose qui continuent de faire de nombreuses victimes en Afrique.

Le Chef du Gouvernement togolais a salué la Charte sur la sûreté et la sécurité maritimes et le développement adoptée après le Sommet extraordinaire de l’Union africaine, qui s’est tenu en octobre 2016, à Lomé, afin de promouvoir l’économie bleue sur le continent.  Au-delà des efforts qui doivent être consentis dans la mise en œuvre des objectifs de développement durable, il a en outre jugé important d’accroître les investissements dans les domaines de la science et de l’industrie, de l’agrobusiness et de la haute technologie.  Enfin, en sa qualité de Président en exercice de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), il s’est engagé avec ses pairs à faire de la CEDEAO « une communauté des peuples ».

M. VLADIMIR MAKEI, Ministre des affaires étrangères du Bélarus, a appelé à réunir les acteurs clefs de la scène internationale, à savoir la Chine, la Fédération de Russie, les États-Unis et l’Union européenne, autour d’un dialogue pour définir une vision stratégique visant à bâtir de nouvelles relations internationales constructives dans le but de remplacer la situation de « fragmentation politique » consécutive à la fin de la guerre froide.  Le Bélarus est prêt à accueillir un tel conclave, dans la même perspective que celle ayant guidé les accords de Minsk visant à mettre fin au conflit en Ukraine, a-t-il indiqué.  Il a reconnu que cette idée pourrait apparaître irréaliste aux yeux de certains, mais a fait observer que c’est le même sentiment qui était partagé il y a trois ans quand le Président du Bélarus avait requis l’envoi de soldats de la paix en Ukraine, une éventualité qui est actuellement discutée au sein des Nations Unies.

Le Ministre a aussi relevé que la mondialisation, la seconde grande tendance mondiale de l’heure à côté de la fragmentation politique, a conduit le monde vers une ère où la pauvreté reste de mise tandis que les inégalités ne cessent de croître.  Il a imputé cette situation au fait que l’économie mondiale n’est pas guidée par une approche « gagnant-gagnant », mais plutôt par le triomphe des intérêts des grandes entreprises au détriment de ceux des populations.  M. Makei a vu dans l’intégration régionale la clef du succès, celle-ci ne laissant pas de place à la fragmentation politique.  Il a même appelé à une « intégration des intégrations », afin de rassembler les divers processus d’intégration engagés dans diverses régions du monde.  Il a ensuite dit l’engagement du Bélarus à prendre part à l’initiative « Une ceinture, une route » promue par la Chine, y voyant une nouvelle forme de multilatéralisme économique. 

Poursuivant son intervention, le Ministre a estimé qu’à cette époque de fragmentation politique, les Nations Unies pourraient servir de force d’union du système des relations internationales dans son ensemble.  Il a estimé que les succès futurs des Nations Unies seront fonction de la transparence des réformes que le Secrétaire général entend mener.  Il a souhaité voir des réformes inclusives qui tiennent compte de la voix de chaque État Membre.  Mais la plus grande réforme à effectuer concerne nos attitudes vis-à-vis de l’Organisation, a-t-il ajouté, expliquant que les États Membres doivent regagner ce sentiment que l’Organisation leur appartient, un sentiment perdu, a-t-il regretté.  Pour le Ministre du Bélarus, la véritable réforme des Nations Unies verra le jour lorsque les États créeront ensemble les conditions nécessaires pour faire de l’Organisation un outil pratique de résolution pacifique des différends.

M. KAIRAT ABDRAKHMANOV, Ministre des affaires étrangères du Kazakhstan, a rappelé que le Président Noursoultan Nazarbaïev a endossé le concept de « diplomatie préventive » lors de sa première déclaration devant les Nations Unies, en 1992, un concept repris aujourd'hui par le Secrétaire général et l’Assemblée générale.  Cette idée a, depuis son indépendance, contribué à faire du Kazakhstan un État proactif et responsable, a expliqué le Ministre, ajoutant que son pays est maintenant un contributeur net aux efforts de paix et de stabilité, ainsi qu’au développement économique et social, dans la région et au-delà. 

Au cours de cette période, le Kazakhstan a su développer un modèle économique efficace et compétitif, a poursuivi le Ministre, soulignant que son pays avait une « vision claire de son développement futur », avec l’objectif d’en faire l’une des 30 économies les plus performantes de la planète d’ici à 2050 ainsi qu’un modèle de bonne gouvernance.  Il a aussi rappelé que le Président Nazarbaïev a annoncé la « Troisième modernisation » du Kazakhstan, un nouveau modèle de croissance économique mettant l’emphase sur la modernisation technologique.  Par ailleurs, le pays compte moderniser ses infrastructures ferroviaires et routières.

Sur le plan politique, le Président Nazarbaïev a initié une réforme constitutionnelle visant à « redistribuer » les pouvoirs entre les trois branches du Gouvernement afin de poursuivre la démocratisation du pays.

Pour M. Abdrakhmanov, le thème du débat général, mettant l’emphase sur les personnes, est un reflet réaliste des défis auxquels font face les Nations Unies ainsi que son importance.  Malgré les critiques dont elle fait l’objet et la réforme tant attendue visant à la rendre plus apte à répondre aux crises, l’ONU demeure une lueur d’espoir pour des milliards de personnes.  Il a salué les efforts du Secrétaire général pour revitaliser les Nations Unies, ajoutant que le Kazakhstan s’efforce de mettre sur pied un centre régional de l’ONU dédié à la diplomatie multilatérale, au développement durable, à l’aide humanitaire et à la réduction des risques de catastrophe. 

S’agissant de la question nucléaire, le Ministre a rappelé que l’expérience « amère » de son pays, avec des centaines d’essais nucléaires, l’a conduit à demander l’élimination du « danger nucléaire », incluant son interdiction complète et la destruction des stocks existants.  Il a déclaré que le développement d’armes nucléaires par la République populaire démocratique de Corée est « totalement inacceptable », plaidant en faveur d’un règlement politique afin de faire baisser les tensions. 

En août de cette année, a-t-il poursuivi, l’Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a ouvert, au Kazakhstan, la Banque d’uranium faiblement enrichi afin de contribuer à l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques.  À cette occasion, le Président kazakh avait déclaré son intention de convoquer une réunion des États détenteurs de l’arme nucléaire, de développer des zones exemptes d’armes nucléaires et d’assurer la mise en œuvre du Traité sur l'interdiction complète des armes nucléaires en 2020.

Abordant la question du terrorisme, le Ministre a rappelé le soutien de son pays à la création du Bureau des Nations Unies de lutte contre le terrorisme. Le Kazakhstan est en outre l’hôte des pourparlers d’Astana sur la Syrie, qui a déjà permis la mise en place de zones de désescalade et de procédures de vérification. 

En outre, a poursuivi M. Abdrakhmanov, le Kazakhstan appuie la réforme des opérations de maintien de la paix initiée par le Secrétaire général, sur la base de la prévention et de la pérennisation de la paix.  À l’occasion de sa présidence du Conseil de sécurité, en janvier 2018, le Kazakhstan compte organiser une réunion de haut niveau sur la paix et la sécurité, et s’intéresser notamment à la situation en Afghanistan et en Asie centrale.  Enfin, le Ministre a réaffirmé l’engagement de son pays envers le développement durable et la lutte contre les changements climatiques.

M. ALFONSO DASTIS QUECEDO, Ministre des affaires étrangères et de la coopération d’Espagne, est d’abord revenu sur les attentats qui ont récemment endeuillé son pays et exprimé la gratitude du peuple espagnol pour les marques de soutien international reçues à la suite de ces drames.

Il a enchaîné en soulignant que l’Espagne était une société libre et ouverte, basée sur des principes et des valeurs démocratiques et qu’elle ne reculerait pas dans sa défense de l’état de droit.  « Les autorités publiques ont le devoir de protéger les droits et libertés de tous les Espagnols », a-t-il poursuivi, ajoutant que « tout défi aux règles de la démocratie constitue un grave assaut contre notre coexistence libre et pacifique ».  Jugeant toute remise en cause de la loi constitutionnelle incompatible avec la démocratie, et estimant que cette attitude violerait de facto les droits de millions de citoyens, le Ministre des affaires étrangères espagnol a réaffirmé sa foi dans les valeurs et les principes portés par la Charte de L’ONU.

Après cette mise au point, M. Dastis Quecedo s’est félicité de l’action de l’Espagne au sein du Conseil de sécurité au cours de son mandat 2015-2016.  Estimant que son pays a apporté une contribution significative en matière de non-prolifération, de lutte contre le terrorisme, de diplomatie, d’action humanitaire et de transparence du Conseil, il a assuré qu’il aurait exactement la même exigence s’il devait siéger au Conseil des droits de l’homme en 2018-2020.

Appelant à des efforts concertés pour lutter contre l’extrême pauvreté, la faim, la désertification, le réchauffement planétaire et la protection de l’environnement, M. Dastis Quecedo a réaffirmé l’engagement de l’Espagne en faveur du Programme de développement durable à l’horizon 2030 et de l’Accord de Paris.  Conscient de l’immense effort collectif exigé par ces engagements, il a néanmoins rappelé l’importance de la lutte contre les inégalités et la nécessité de travailler pour la prospérité, afin que la planète demeure habitable pour les générations futures.

Le Ministre a aussi insisté sur la situation des réfugiés et des migrants dont le nombre a atteint des niveaux inégalés ces dernières années.  Conformément aux textes des deux pactes mondiaux sur les réfugiés et les migrants, qui devraient être adoptés en 2018, il en a appelé à des solutions concertées, équitables et humaines pour endiguer ces phénomènes « qui doivent être traités différemment ».

Il a enchaîné sur les différents conflits et tensions qui émaillent le monde.  S’il s’est dit satisfait des récentes victoires contre l’EIIL en Syrie, il a exprimé son inquiétude face à des comportements qui semblent faire passer des « intérêts particuliers » avant toute solution politique.  Après avoir salué le rôle crucial joué par l’ONU au Yémen et au Liban, le Ministre s’est réjoui des succès du Gouvernement iraquien contre l’EIIL, saluant notamment la reprise de la ville de Mossoul.  Il a dit la volonté de l’Espagne de s’impliquer dans la construction d’un nouvel Iraq, notamment via un appui à la formation de ses forces de sécurité.

Sur la question israélo-palestinienne, M. Dastis Quecedo a plaidé pour un retour à la table des négociations.  Estimant qu’un statu quo n’est plus tenable, le Ministre a souligné que seule la solution des deux États comblerait les exigences et attentes légitimes des peuples israéliens et palestiniens.

Exprimant l’attachement de son pays à la paix et à la prospérité de l’Afrique, le Ministre s’est félicité des signaux de relance des discussions autour du conflit du Sahara occidental et cité le Libéria et la Côte d’Ivoire comme des succès et des exemples à suivre.  Exprimant ses inquiétudes face à la situation au Mali, en République centrafricaine, au Soudan du Sud, mais aussi en République démocratique du Congo, il a par ailleurs salué le travail effectué par les Casques bleus au péril de leur vie.

« Les programmes de prolifération nucléaire et balistique de la Corée du Nord sont devenus une des principales menaces pour la paix internationale », a poursuivi M. Dastis Quecedo.  Préoccupé par ces violations flagrantes des résolutions du Conseil, l’Espagne a de nouveau enjoint la Corée du Nord à se détourner de ce programme nucléaire militaire qui le conduirait inévitablement vers un isolement économique et politique.

Commentant la situation en Amérique du Sud, le Ministre des affaires étrangères a salué l’accord de paix obtenu en Colombie et la remise des armes à laquelle l’Espagne a pris part par l’intermédiaire Mission des Nations Unies en Colombie, se disant par ailleurs ouvert à participer à la nouvelle mission qui consisterait à surveiller la réintégration des combattants des Forces armées révolutionnaires de Colombie – Armée populaire (FARC-EP).

S’agissant de la situation au Venezuela, il a en revanche appelé le Gouvernement à engager un véritable dialogue avec l’opposition, « un dialogue qui respecte le cadre constitutionnel, l’intégrité et la séparation des pouvoirs et les droits de l’homme ».

Le Ministre a finalement dénoncé l’annexion de la Crimée, une annexion « qui viole la souveraineté territoriale de l’Ukraine » et « transgresse clairement le droit international ».  Toujours en Europe, le Ministre a évoqué dans la foulée la question du statut de Gibraltar dans le cadre du Brexit.  Évoquant une proposition généreuse qui conjuguerait un respect de la souveraineté de l’Espagne sur ce territoire tout en garantissant un statut favorable à ses habitants qui continueraient ainsi de bénéficier des avantages du système européen, il a encouragé le Royaume-Uni à négocier un accord sur ces bases.

« Ce n’est pas parce que certaines choses sont difficiles qu’il ne faut pas oser les faire, c’est parce qu’on n’ose pas les faire qu’elles sont difficiles », a conclu le Ministre en reprenant les mots de Sénèque.

M. JEAN ASSELBORN, Ministre des affaires étrangères et européennes du Grand-Duché de Luxembourg, a fait part de sa pensée particulière pour l’Amérique, le Mexique et les Caraïbes, frappés à répétition par le sort.  À l’heure où les foyers de crise se multiplient dans le monde, il a rappelé que le Luxembourg était attaché au multilatéralisme et à la coopération.  Il s’est félicité des chantiers de réforme des Nations Unies amorcés par le Secrétaire général, d’autant que 30% de l’aide publique au développement de son pays transite par les organisations multilatérales.  Il a cependant appelé à plus de progrès du côté du Conseil de sécurité, en pointant les recours abusifs au droit de veto.  Le Luxembourg a aussi affirmé son appui à l’initiative franco-mexicaine, afin que les États concernés renoncent à exercer leur droit de veto en cas d’atrocités.

M. Asselborn a ensuite évoqué la situation budgétaire difficile des Nations Unies, en raison notamment de la « nouvelle approche américaine », et a soutenu l’idée d’un pacte budgétaire pour le développement.  La contribution du Luxembourg à l’aide au développement, a-t-il précisé, s’élève à 1% de son revenu national brut.  Il a rapporté la création, par son pays, d’une « bourse verte » dont la capitalisation s’élève à 57 milliards d’euros et qui pourrait servir de modèle pour la mise en place d’instruments de financement du développement durable.  M. Asselborn a affirmé l’attachement plein et entier de son pays à l’Accord de Paris sur les changements climatiques et a fait part de sa volonté de voir revenir « l’un des grands acteurs internationaux qui a pris ses distances avec cet instrument ». Le Ministre a ensuite abordé le chapitre des migrations. Tout en ne niant pas les appréhensions suscitées par la crise des réfugiés en Europe, il a tenu à rappeler que l’essentiel des mouvements se fait aujourd’hui du Sud vers le Sud.

La situation au Moyen-Orient continue à susciter les craintes du Luxembourg. M. Asselborn a insisté sur la centralité du conflit israélo-palestinien où l’absence d’horizon politique peut mener à une nouvelle éruption de violence et nourrir la haine et le terrorisme.  Selon lui, la résolution 2334 du Conseil de sécurité exigeant d’Israël qu’il arrête ses activités de peuplement vise « un statu quo devenu intenable et inacceptable » et non Israël lui-même.  Il a indiqué que la poursuite de la colonisation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est mettait en péril la solution des deux États.  Il a assuré le Président Abbas de sa confiance après l’annonce récente de l’organisation d’élections générales en Palestine, qui offre un espoir en vue d’une réconciliation.

S’agissant de la Syrie, il a insisté pour que les négociations menées sous l’égide des Nations Unies se poursuivent et progressent.  « Astana seul ne suffit pas », a-t-il souligné.  M. Asselborn a aussi parlé du référendum annoncé le 25 septembre prochain au Kurdistan iraquien, précisant que sa position de principe est de soutenir l’intégrité territoriale de l’Iraq.  De manière générale, il a appelé à calmer le jeu dans la région, en insistant sur le rôle « incontournable » de l’accord nucléaire avec l’Iran.  Appelant à être ferme mais à éviter l’escalade avec le régime « nord-coréen », M. Asselborn a ensuite fait part de son inquiétude concernant l’Afrique et les situations politiques au Soudan du Sud, autour du Lac Tchad, en République centrafricaine et en République démocratique du Congo.  Il s'est dit par ailleurs soulagé que le mouvement de désengagement des États africains vis-à-vis de la Cour pénale internationale ait été endigué.  Enfin, il a condamné fermement le nettoyage ethnique envers la minorité rohingya au Myanmar, « qui n’a pas sa place au XXIe siècle ».

Après ce tour d’horizon international, M. Asselborn s’est longuement attardé sur la question de l’intégrité physique des femmes, rappelant que chaque jour, plus de 800 femmes et adolescentes meurent de causes liées à la grossesse et l’accouchement.  Il a pointé le chiffre de 22 millions d’avortements non médicalisés enregistrés chaque année, le qualifiant d’effrayant. Au côté du Danemark, de la Belgique et des Pays-Bas, le Luxembourg a rejoint l’initiative SHE DECIDES, en débloquant environ 2 millions d’euros en 2017 afin de soutenir le Fonds des Nations Unies pour la population. Il a aussi indiqué que son pays avait débloqué 10 millions d’euros pour répondre à l’urgence créée par la famine en Somalie, au Soudan du Sud, au Nigéria et au Yémen.

M. Asselborn a conclu son intervention en évoquant la situation en Europe, « qui n’est pas l’abri en soubresauts du monde ».  Il a concédé que le partage du fardeau de l’accueil des réfugiés avait loin d’avoir été exemplaire mais qu’il y avait un regain d’optimisme et qu’il se réjouissait du recul, depuis un an, des mouvements nationalistes qui se nourrissent du réflexe anti-immigré.  Concernant l’Ukraine, il a fait part de son espoir de voir se poursuivre les pourparlers en Format Normandie, afin que soient pleinement mis en œuvre les accords de Minsk.

Mme ULLA TØRNAES, Ministre de la coopération pour le développement du Danemark, a estimé que face aux grands défis mondiaux tels que la pauvreté, le terrorisme, les changements climatiques, les violations des droits de l’homme, l’inégalité des genres, les conflits armés et les déplacements de populations, les réponses doivent se fonder sur la coopération, susciter de nouvelles solutions et conduire à des institutions internationales plus efficaces.  C’est pourquoi il est fondamental, a-t-elle dit, de réformer les Nations Unies si « nous voulons préserver sa légitimité ».  Elle a annoncé que le Danemark est candidat pour un siège au Conseil des droits de l’homme pour la période 2019-2021, une institution où le pays n’a jamais siégé, a—t-elle précisé. 

Dans le contexte de la mise en œuvre des objectifs de développement durable, la Ministre a rappelé que le Danemark y a consacré au moins 0,7% de son produit national brut (PNB) au cours des derniers 40 ans.  Elle a aussi appelé à soutenir le plan de réforme du Secrétaire général de l’ONU.  Il faut rompre avec le statu quo, a-t-elle dit, en insistant notamment sur la réforme du système de développement des Nations Unies afin de rompre avec l’approche des silos et la compétition pour les ressources entre différentes agences.  Elle a également proposé de créer des liens plus étroits entre la réaction immédiate aux crises et les efforts de développement sur le long terme. 

Les partenariats sont tout aussi cruciaux pour réaliser les objectifs de développement durable, a-t-elle plaidé en expliquant que c’est cette idée qui a guidé le partenariat du Danemark avec certains États pour lancer l’initiative pour une croissance verte en faveur des objectifs de développement durable, plus connu sous l’acronyme « P4G ».  Elle a en outre souligné que l’égalité des sexes est centrale à la réalisation du Programme de développement durable à l’horizon 2030.

Mme Tørnaes a ensuite condamné les tirs de missiles de la République populaire démocratique de Corée.  Elle a également appelé à la fin des violences dans l’État de Rakhine au Myanmar, se félicitant du fait que le Gouvernement du Bangladesh accueille les réfugiés.  Sur la question de la lutte contre le terrorisme, elle a jugé nécessaire, qu’outre la solution militaire, que les financements des terroristes soient bloqués, que leurs messages soient retirés des sites Internet et que les régions reprises à Daech soient stabilisées.

Droits de réponse

Faisant usage de son droit de réponse, le représentant de l’Ukraine a réagi au discours du Ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie.  Il a affirmé que la Russie est reconnue par l’ONU comme un agresseur de l’Ukraine.  En tant que puissance d’occupation, elle n’a, selon lui, pas le droit de parler de l’Ukraine.

La représentante de l’Inde a également exercé son droit de réponse, suite au discours du Premier Ministre du Pakistan, jugeant extraordinaire que ce dernier ait le « toupet » de se présenter comme une victime.  Elle a déclaré que le Pakistan était devenu synonyme de terreur, accusant ce pays de protéger le terrorisme et de l’exporter dans le monde entier.  Considérant que l’Inde n’a pas de leçons à recevoir sur les droits de l’homme de la part du Pakistan, elle l’a enjoint à abandonner sa politique qui cause des dégâts dans le monde entier.

Réagissant lui aussi à l’intervention du Premier Ministre du Pakistan, le représentant de l’Afghanistan a accusé ce pays de chercher à détourner l’attention de ce qu’il n’a pas fait.  Multipliant les questions rhétoriques pour signifier un lien entre ce pays et le terrorisme islamiste, il a estimé qu’il est maintenant temps pour le Pakistan d’apporter des réponses concrètes à cette menace.  Il a par ailleurs rappelé l’engagement inébranlable de l’Afghanistan à lutter contre le terrorisme.

À son tour, le représentant du Pakistan a pris la parole pour réagir au discours des représentants de l’Inde, du Bangladesh et de l’Afghanistan.  Il a notamment accusé l’Inde d’avoir sapé la paix et la stabilité au Jammu-et-Cachemire, affirmant que des tirs de mortier auraient encore eu lieu hier soir en faisant une dizaine de victimes parmi les civils.  Il a par ailleurs accusé le Bangladesh de répandre des mensonges sur le compte de son pays et conseillé à l’Afghanistan de se concentrer sur ses propres problèmes.

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