Le Vice-Secrétaire général appelle à une Commission de consolidation de la paix « plus flexible, plus dynamique et à l’orientation plus stratégique » pour gagner en pertinence face au monde actuel

DSG/SM/836-SC/11335-PBC/103
14 janvier 2015

Le Vice-Secrétaire général appelle à une Commission de consolidation de la paix « plus flexible, plus dynamique et à l’orientation plus stratégique » pour gagner en pertinence face au monde actuel

On trouvera ci-après le résumé du rapport du Secrétaire général sur la consolidation de la paix au lendemain d’un conflit qu’a présenté, aujourd’hui, le Vice-Secrétaire général de l’ONU, M. Jan Eliasson, au Conseil de sécurité:

Je vous remercie, Monsieur le Président, de l’occasion qui m’est donnée de présenter au Conseil le rapport du Secrétaire général sur la consolidation de la paix au lendemain d’un conflit (S/2014/694).

Ce rapport nous rappelle que la consolidation de la paix se trouve au cœur des objectifs et des ambitions de l’ONU.  Les défis et les réponses qui y sont décrits auront une incidence directe sur l’avenir de personnes, de communautés et de sociétés et sur leurs chances de vivre en paix.  Je voudrais mettre en exergue cinq points clefs du rapport. 

Premièrement, la consolidation de la paix s’avère plus efficace si les acteurs œuvrant dans les domaines politique, de la sécurité et du développement appuient une stratégie commune, complète et claire de consolidation de la paix.  Nous en avons vu des exemples en Guinée et au Burundi.  En Guinée, l’équipe de pays des Nations Unies a soutenu un accord interpartis pour la conduite des élections parlementaires facilité par l’ancien Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afrique de l’Ouest, Said Djinnit.  L’équipe a organisé des réunions publiques avec des dirigeants politiques locaux et a aidé à former des observateurs électoraux.  Au Burundi, la Commission de consolidation de la paix et l’équipe de pays ont appuyé les efforts déployés par le Bureau des Nations Unies pour favoriser un environnement politique plus ouvert.  Ils s’y sont employés en facilitant de vastes consultations avec les partis politiques et la société civile.  Cela a abouti à l’adoption d’un nouveau code électoral et d’un code de conduite pour les élections à venir. 

Deuxièmement, des institutions robustes et qui fonctionnent, indispensables à la consolidation de la paix, doivent reposer sur des accords politiques effectifs et ouverts.  Ces accords légitiment et favorisent le développement et la réforme des institutions.  En l’absence d’accords sans exclusive, les dissensions politiques pourraient persister et le contrôle de l’État pourrait continuer d’être contesté.  Dans de telles circonstances, il nous faut admettre que les stratégies nationales de consolidation de la paix ont un potentiel limité.  Nous l’avons vu au Soudan du Sud, où les importants investissements effectués dans le renforcement des institutions ont été perdus lorsque des accords politiques faibles et instables entre différentes factions ont abouti à une tragique reprise du conflit. 

Troisièmement, la consolidation de la paix exige un appui international soutenu tant politique que technique et financier.  Malheureusement, nous observons des lacunes en la matière dans plusieurs endroits, en particulier là où l’établissement de fonctions gouvernementales de base et la prestation de services sociaux sont nécessaires pour entretenir la paix.  Le Fonds pour la consolidation de la paix peut aider à combler les lacunes financières à court terme, mais il reste problématique de garantir l’assistance et l’appui nécessaires à plus grande envergure et à plus long terme.  J’encourage la Commission de consolidation de la paix à poursuivre ses efforts pour mobiliser l’appui des États Membres aux missions et mandats de l’ONU.  Les groupes des amis et les groupes de contact peuvent jouer un rôle important.  De même, les pactes noués entre les États qui se relèvent d’un conflit et les principaux partenaires internationaux peuvent aligner l’appui international sur les priorités nationales, comme ce fut le cas en Sierra Leone et en Somalie.

Quatrièmement, les acteurs régionaux et les pays voisins peuvent, en collaborant avec l’ONU, jouer un rôle critique dans la création d’un environnement propice à une paix durable.  La Commission de consolidation de la paix peut aider à appuyer ces efforts, comme elle l’a fait récemment en République centrafricaine et en Guinée-Bissau, en convoquant des réunions avec les organisations régionales, les États voisins et les partenaires internationaux.  Cela montre bien comment, dans le monde d’aujourd’hui, les conflits affichent de plus une plus souvent une dimension régionale, ce dont, j’en suis certain, les membres du Conseil ont pris note lors de leurs délibérations sur de nombreux thèmes.  Je pense que cette dimension régionale devrait être mieux intégrée dans la manière dont, à l’avenir, nous traiterons globalement du règlement des conflits et de la consolidation de la paix après un conflit. 

Cinquièmement, promouvoir l’inclusion implique que nous devons veiller à une participation égale des femmes dans les processus politiques et de développement après un conflit.  Le rapport du Secrétaire général détaille les approches novatrices adoptées par la Guinée, la Guinée-Bissau, le Kirghizistan et le Libéria, notamment une initiative prise en Guinée, baptisée Centre de situation des femmes, qui a fourni un appui à un réseau d’organisations de femmes locales, permettant à ces dernières de jouer un rôle crucial d’observatrices électorales.  Cette même initiative a également facilité l’établissement de la confiance entre les partis et renforcé la participation politique des femmes.  Nous avons besoin de davantage d’initiatives comme celle-là, et je voudrais ajouter qu’elles pourraient être très précieuses cette année, alors que nous célébrons le vingtième anniversaire de la tenue de la Quatrième Conférence mondiale sur les femmes –une conférence importante– qui s’était tenue à Beijing. 

Je voudrais faire part au Conseil de certaines réflexions et pensées sur l’examen important du dispositif de consolidation de la paix de l’ONU lancé par l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité le mois dernier.  Comme certains ici s’en souviendront peut-être –notamment vous, Monsieur le Président, qui étiez Représentant permanent du Chili à l’époque– j’ai eu le privilège, en tant que Président de l’Assemblée générale il y a 10 ans, de prendre part à la création des structures de consolidation de la paix: la Commission de consolidation de la paix, le Fonds pour la consolidation de la paix et le Bureau d’appui à la consolidation de la paix.  Les membres du Conseil se rappelleront peut-être que ces travaux visaient à répondre au phénomène troublant, fréquent à l’époque, de la reprise des conflits. 

Depuis lors, nous pouvons voir que les efforts de consolidation de la paix sont plus nécessaires que jamais.  Récemment, la République centrafricaine et le Soudan du Sud ont connu une reprise dramatique des hostilités.  Les trois pays touchés par l’Ebola –la Guinée, le Libéria et la Sierra Leone– sont tous inscrits à l’ordre du jour de la Commission de consolidation de la paix.  Outre les nombreuses et tragiques pertes de vies humaines, cette épidémie a également eu des répercussions considérables sur la cohésion sociale et les institutions publiques.  Comme la Commission de consolidation de la paix l’a noté dans ses premières réunions consacrées à l’épidémie, un appui global est nécessaire pour garantir la résilience des institutions publiques et un relèvement rapide.

L’implication de l’ONU dans la consolidation de la paix a prodigieusement évolué depuis 2005, avec des mandats élargis et des acteurs plus nombreux, agissant dans des environnements toujours plus difficiles.  Nos soldats de la paix et nos missions politiques spéciales sont souvent, dans de telles situations, appelés à appuyer des processus politiques ouverts et à mettre en place des institutions efficaces chargées de l’état de droit et de la sécurité, avec le concours des organismes, fonds et programmes des Nations Unies. 

La Commission de consolidation de la paix a été conçue pour être une plateforme politique diverse, flexible et dynamique qui appellerait une attention internationale soutenue sur les difficultés des pays présentant un risque de retomber dans la violence.  Bien que la Commission ait fait d’importants progrès, nombreux sont ceux qui concèdent à présent que sa structure et ses méthodes de travail doivent être revues, améliorées et adaptées à un environnement en mutation rapide.  À cet égard, je voudrais saluer les efforts du Représentant permanent du Brésil, l’Ambassadeur Antonio de Aguiar Patriota qui, à la présidence de la Commission de consolidation de la paix, lui a insufflé une direction très positive, de même que le nouveau chef du Bureau d’appui à la consolidation de la paix, M. Oscar Fernandez-Taranco, qui est présent derrière moi, et ses prédécesseurs.  Nous sommes sur la bonne voie, et je crois que nous devons nous atteler à cette tâche avec un esprit ouvert. 

Nous avons besoin d’une enceinte à même d’agir rapidement pour mobiliser l’appui collectif des États Membres aux mandats et missions des Nations Unies.  Nous devons également tenir compte des circonstances dans lesquelles la Commission de consolidation de la paix peut être particulièrement utile.  Une Commission plus flexible, plus dynamique et à l’orientation plus stratégique pourrait gagner en pertinence face à une gamme plus large de situations dans le monde d’aujourd’hui.  Ces idées, entre autres, sont intégrées dans les contributions du système des Nations Unies en amont de l’examen.  J’espère que les membres du Conseil leur accorderont une attention sérieuse.  Le système des Nations Unies est déterminé à accroître son appui à une Commission de consolidation de la paix dynamique, flexible et ciblée, ainsi que ses interactions avec elle. 

L’examen du Conseil va coïncider avec l’examen par le Secrétaire général des opérations de maintien de la paix et avec l’étude mondiale visant à évaluer les progrès accomplis dans la mise en œuvre de la résolution 1325 (2000).  Les travaux et conclusions de ces trois examens, ainsi que leurs suivis, se doivent d’être complémentaires et, de mon point de vue, se renforcer mutuellement.  Ces examens interviennent à une époque où les menaces qui pèsent sur la paix, la sécurité et le développement sont complexes.  Ils nous offrent une occasion importante d’affûter et de remodeler notre réflexion et nos actions.

Nous avons une obligation envers les peuples que nous servons : nous devons veiller à adopter aujourd’hui une approche audacieuse, ambitieuse et, par-dessus tout, efficace de la consolidation de la paix.  J’exhorte les États Membres à rester ouverts, sincères et constructifs dans leur évaluation des risques et opportunités de la consolidation de la paix.  J’ajouterais que, lorsque l’on examine le cycle d’un conflit, nous avons tendance à nous focaliser sur la section centrale – lorsqu’il a atteint son stade le plus médiatisé, celui des souffrances, celui où des décisions urgentes sont prises concernant les opérations de maintien de la paix.  Je crois que nous devons tous envisager d’accorder la même attention aux phases antérieures et postérieures.  Dans le cycle d’un conflit, nous devrions commencer à agir dès que nous ressentons les premières vibrations sur le terrain.  Puis, à la fin d’un conflit, au stade des cessez-le-feu, etc., nous devons, comme pour un patient en convalescence, prendre conscience du fait qu’il y a alors du travail à faire afin de ne pas retomber dans un cercle vicieux. 

Nous avons besoin que toutes les parties prennent des engagements robustes pour concrétiser la vision originale des structures de consolidation de la paix et améliorer l’appui du système des Nations Unies aux pays qui sortent d’un conflit.  C’est cela qui, pour des millions de personnes dans le monde, pourrait faire la différence cruciale entre la paix et la poursuite du conflit.  C’est une occasion que l’ONU et ses États Membres ne doivent pas rater. 

 

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