Conférence de presse de fin d’année: le monde a connu des progrès malgré « une année marquée par la discorde, la maladie et de violentes perturbations », dit Ban Ki-moon

SG/SM/16430
17 décembre 2014

Conférence de presse de fin d’année: le monde a connu des progrès malgré « une année marquée par la discorde, la maladie et de violentes perturbations », dit Ban Ki-moon

Le Secrétaire général partira ce soir pour la Guinée, le Libéria, le Mali, la Sierra Leone et le Ghana pour marquer sa solidarité et celle de l’ONU avec les pays et peuples affectés par le virus Ebola

Au cours de sa conférence de presse de fin d’année, qu’il a tenue aujourd’hui au Siège de l’Organisation à New York, le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, s’est félicité des progrès récents accomplis par des États Membres sur la question du changement climatique et du succès, en cours, obtenus par les opérations de réponse à l’épidémie à virus Ebola, tout en passant en revue les différentes crises politiques et sécuritaires actuelles.  M. Ban a annoncé la visite qu’il va effectuer, dès demain, dans les pays d’Afrique de l’Ouest affectés par le virus Ebola, avant de fixer les priorités de l’ONU pour l’année 2015.  Celles-ci concernent des questions cruciales: forger un nouveau programme de développement mondial; mettre un terme au cauchemar en Syrie et éviter d’autres crises; lutter contre l’extrémisme, et adapter l’Organisation au nouveau paysage mondial.

Tout juste de retour de Lima, où a eu lieu la vingtième Conférence des Parties à la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (COP-20), le Secrétaire général a noté qu’au cours de cette Conférence les gouvernements s’étaient appuyés sur les succès du Sommet sur le climat de septembre dernier pour poser les fondements d’un accord sur le climat qui soit universel et significatif, en vue de l’adopter à Paris l’an prochain.

« Les États Membres ont progressé sur plusieurs fronts », a observé M. Ban Ki-moon en parlant du climat, faisant référence tout d’abord au projet de texte qui a été élaboré à Lima pour servir de base aux négociations prévues en février 2015 à Genève.  Les États ont également fourni des précisions sur les mesures d’atténuation et autres engagements à inclure dans les plans d’action nationaux, les « Contributions prévues déterminées au niveau national », qui doivent être adoptés au mois de mars prochain.

Le Secrétaire général a souligné que les États Membres avaient aussi rehaussé le niveau de confiance sur la question climatique, notamment en capitalisant le Fonds vert pour le climat avec un montant initial de 10 milliards de dollars.  Il a également salué les progrès réalisés dans l’élaboration d’un programme d’action qui présentera la pléthore de possibilités qui s’offrent dans le cadre d’une transition vers un avenir à faible teneur en carbone.

« Il reste encore beaucoup de travail à accomplir sur le financement et d’autres questions difficiles », a relevé le Secrétaire général tout en s’appuyant sur le fait que tous les gouvernements, ainsi que les entreprises privées et la société civile, s’accordent aujourd’hui sur la nécessité de freiner la hausse des émissions de gaz à effet de serre.  Ban Ki-moon a reconnu que la COP-20 de Lima était « la Conférence de parties la plus encourageante » qu’il ait connue au cours des huit années qu’il a passées à la tête de l’ONU.

Cette année, a poursuivi le Secrétaire général, nous avons également fait des progrès sur la voie de la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et pour jeter les bases d’un nouveau programme de développement durable.  Il a annoncé les trois réunions de haut niveau qui auront lieu en 2015, et qui permettront d’ouvrir une nouvelle ère de développement durable.  Il s’agit respectivement de la Conférence des Nations Unies sur le financement du développement qui va avoir lieu à Addis-Abeba, en Éthiopie, au mois de juillet 2015; du Sommet sur le développement durable qui aura lieu en septembre 2015 à New York; et de la COP-21 qu’accueillera la France, à Paris, en décembre 2015, ceci sans compter la réunion de haut niveau que tiendra l’Assemblée générale sur le changement climatique à New York en juin prochain.

Comme je l’ai indiqué plus tôt ce mois-ci dans mon rapport intitulé « La dignité pour tous », les astres sont favorables à ce que le monde prenne des mesures historiques afin de transformer des vies et de protéger la planète, a dit M. Ban.

Le Secrétaire général a mis en parallèle ces progrès avec les évènements de « l’année de discorde, de maladie et de perturbations » que le monde vient de vivre.  Il a prévenu qu’en 2014 les opérations de paix, la diplomatie et les capacités humanitaires, avaient été poussées au bout de leurs limites.  « Plus de 100 millions de personnes ont besoin d’aide et plus de 50 millions ont été chassées de leurs foyers, ces chiffres étant les plus élevés depuis la Deuxième Guerre mondiale », a-t-il indiqué.

« L’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest a mis au défi la communauté internationale d’une manière sans précédent », a-t-il remarqué avant de rappeler que l’ONU avait mobilisé sa toute première mission de santé d’urgence à l’échelle de tout le système: la Mission des Nations Unies pour l’action d’urgence contre l’Ebola (MINUAUCE).

Le Secrétaire général a annoncé qu’il partait ce soir même en voyage pour la Guinée, le Libéria, le Mali et la Sierra Leone, soit les quatre pays les plus touchés par l’épidémie d’Ebola, et qu’il se rendra aussi au Ghana où siège la MINUAUCE.  Le Secrétaire général a dit qu’il sera accompagné par les docteurs Margaret Chan, Directrice générale de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), et David Nabarro, Coordinateur des Nations Unies pour la lutte contre Ebola, et qu’il entend ainsi montrer sa solidarité avec les personnes touchées et exhorter la communauté internationale à intensifier l’action au niveau mondial.  « M. Anthony Banbury, Représentant spécial au Ghana et Chef de la MINUAUCE, m’accompagnera tout au long de ce voyage », a indiqué le Secrétaire général.

« Tous ceux qui interviennent contre l’Ebola font un travail héroïque », a-t-il remarqué en saluant aussi la forte détermination dont font preuve les communautés locales et les gouvernements nationaux.  Il a également noté la vague impressionnante de contributions aux secours venue de toute l’Afrique et de partout dans le monde.  « La stratégie de réponse à l’Ebola commence à porter des fruits, et nous commençons à voir des améliorations dans la situation », s’est réjoui le Secrétaire général.  Il a précisé que les cinq objectifs assignés à la Mission des Nations Unies commencent à être atteints.

M. Ban a toutefois averti que la Mission était à court de personnels et de ressources.  Il a demandé que tout soit fait pour mettre fin au plus vite à l’épidémie, car tant qu’il reste même un cas d’Ebola, le risque demeure, a-t-il tenu à rappeler.  Le virus Ebola continue en outre à faire monter les prix alimentaires, à empêcher les enfants d’aller à l’école et à nuire aux activités des entreprises, a regretté le Secrétaire général.

Passant à la situation en Syrie, M. Ban a estimé que le succès du démantèlement du programme d’armes chimiques avait été une bien maigre consolation pour les personnes qui ont connu la fureur de la guerre.  Répondant à une question sur le gel des hostilités à Alep, qui ne serait qu’une « démarche fragmentaire », Ban Ki-moon a indiqué que cette étape, proposée par son Envoyé spécial en Syrie, ne devait pas se substituer à une démarche globale.

En ce qui concerne le Soudan du Sud, le Secrétaire général a souligné que la politique de « portes ouvertes » de l’ONU avait sauvé des milliers de vies, mais a aussi indiqué que la situation dans les bases abritant les personnels et matériels du maintien de la paix, où l’ONU abrite 100 000 personnes, restait fragile, comme dans le reste du pays.

« Le Nigéria et l’Iraq ont connu la propagation des insurrections extrémistes », a ensuite rappelé Ban Ki-moon, avant de parler de la situation en Ukraine qui risque de se figer, avec des implications régionales et mondiales.  Il a exhorté les parties à s’asseoir ensemble et à respecter le Protocole de Minsk, en s’appuyant sur les efforts de facilitation déployés par les pays de la région.

M. Ban a aussi relevé que l’instabilité continue à prévaloir en Afghanistan et au Sahel.  En outre, a-t-il poursuivi, après les hostilités de cette année dans la bande de Gaza, les dirigeants d’Israël et de la Palestine ont la responsabilité de faire un pas en arrière face à l’abîme et au gouffre, d’apaiser les tensions actuelles, et de sauver les espoirs concernant la solution à deux États qui paraît de plus en plus difficile à atteindre.  Il a invité les dirigeants palestinien et israélien à s’asseoir ensemble pour résoudre toutes les questions en suspens.

L’année 2015 sera « le moment de mener une action mondiale », a dit le Secrétaire général en soulignant quatre impératifs et objectifs à atteindre.  Le premier est de maintenir un niveau élevé d’ambitions pour forger un nouveau programme de développement mondial et atteindre un accord sur le climat.  Le deuxième est de mettre un terme au cauchemar en Syrie et d’éviter l’escalade d’autres situations préoccupantes.

« Troisièmement, nous devons faire davantage d’efforts pour lutter contre l’extrémisme et la montée des partis politiques d’extrême-droite qui ciblent les minorités, les migrants et en particulier les musulmans », a dit Ban Ki-moon.  « Quatrièmement, nous allons continuer à adapter l’Organisation des Nations Unies elle-même à un nouveau paysage mondial », a-t-il souligné.

Un certain nombre d’examens clefs du travail de l’ONU se concrétiseront en 2015, a aussi annoncé M. Ban en faisant référence aux travaux menés par des groupes de travail sur les opérations de paix, la consolidation de la paix, le financement humanitaire et la mise en œuvre de la résolution 1325 du Conseil de sécurité, qui est un texte historique relatif aux femmes, à la paix, et à la sécurité.  

« Au cours de mes voyages cette année, j’ai vu énormément de souffrances, de Bangui à Gaza, en passant par le camp de réfugiés de Dadaab », a dit le Secrétaire général en se remémorant un grand nombre de personnes dont la vie est en danger, mais qui luttent pour bâtir une vie meilleure pour elles-mêmes et leurs familles.

Alors que l’ONU célébrera l’an prochain son soixante-dixième anniversaire, le Secrétaire général a déclaré que l’Organisation et ses États Membres ont l’obligation de répondre à l’appel des peuples du monde entier pour une prospérité partagée et un avenir durable pour tous.

Répondant ensuite aux questions des correspondants de presse accrédités auprès de l’ONU, le Secrétaire général a salué l’annonce, aujourd’hui, du début de normalisation des relations entre Cuba et les États-Unis.  Il a remercié les présidents de ces deux pays d’avoir franchi cette « étape très importante ».

Sur la situation des droits de l’homme en République populaire démocratique de Corée (RPDC), il a assuré qu’elle avait reçu une grande attention de la part de la communauté internationale, en citant par exemple le projet de résolution adopté par la Troisième Commission de l’Assemblée générale.  Il a exhorté la RPDC à écouter l’appel lancé par la communauté internationale, en protégeant les droits de l’homme et en promouvant le bien-être de la population.

Le massacre commis hier au Pakistan a été l’occasion pour le Secrétaire général de rappeler l’engagement de l’ONU avec les pays concernés par le terrorisme pour lutter contre l’extrémisme.  « Il faut que la communauté internationale mobilise ressources et volonté politique, en s’attelant à renforcer les capacités des pays affectés », a-t-il recommandé.

Sur cette lancée, en parlant du Nigéria, qui est confronté aux actes terroristes d’une organisation extrémiste, Boko Haram, le Secrétaire général a annoncé que l’ONU était en contact avec les autorités nigérianes pour organiser des ateliers et séminaires de renforcement des capacités du pays au mois de janvier 2015.  « Je pense aussi à ce que nous pourrions faire avec le Pakistan et d’autres pays affectés par l’extrémisme dans ce domaine », a dit M. Ban.

Pour ce qui est de la question de la Palestine, M. Ban a estimé qu’il appartenait aux États Membres de mettre en œuvre les résolutions pertinentes de l’Assemblée générale et du Conseil de sécurité.  Là encore, le Secrétaire général a suggéré aux parties de s’asseoir autour d’une table et de se montrer prêtes à négocier.  À un journaliste qui lui a demandé ce qu’il attendait du Conseil de sécurité sur cette question, notamment s’agissant de l’adoption éventuelle d’une résolution, M. Ban a répondu qu’il était informé de la tenue de plusieurs réunions intenses ces derniers jours entre des États Membres et diverses parties concernées.  Il appartient au Conseil de sécurité de décider de la démarche à adopter et de la voie à suivre, a dit M. Ban en indiquant qu’il se féliciterait d’un engagement du Conseil et des orientations qui pourraient en sortir pour faire avancer le processus de paix au Moyen-Orient.  Avec le Quatuor pour le Moyen-Orient, nous sommes d’accord qu’il faut sortir du blocage actuel.  Mais il appartient en fin de compte aux deux parties, qui ont identifié les questions les plus difficiles, de les résoudre.  Nous les avons exhortés, et je le fais une nouvelle fois, pour que les deux dirigeants en débattent de manière à trouver la voie vers la solution à deux États qui permettrait aux Palestiniens et aux israéliens de vivre côte à côte et dans la paix, a dit M. Ban.  

Le Secrétaire général a aussi été amené à s’exprimer sur le rapport du Sénat américain portant sur l’utilisation de la torture par la CIA, et il a fermement souligné qu’il fallait tout faire pour éliminer complètement ces pratiques dans le monde.  Ce rapport permet de lancer un débat sur cette question, a-t-il souligné en insistant sur l’importance de la protection des droits de l’homme et de la dignité humaine par les autorités officielles.

Le Secrétaire général a enfin répondu, en français, à une question sur la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine, que vient de lancer l’Assemblée générale.  À la question de savoir comment il entrevoyait les 10 prochaines années et ce qui pourrait changer dans les relations entre les personnes d’ascendance africaine et les auteurs de la traite transatlantique, le Secrétaire général a dit qu’à travers le monde les personnes d’ascendance africaine font toujours face à des difficultés en raison de l’héritage de l’esclavage et du colonialisme.  Elles sont souvent parmi les plus pauvres et les plus marginalisées et font face à la discrimination.  J’espère que dans 10 ans leur situation se sera grandement améliorée à travers le monde, a déclaré le Secrétaire général.  Nous devons faire plus pour leur garantir un traitement équitable, notamment en matière de justice et de maintien de l’ordre, a préconisé M. Ban, en invitant les États Membres et chaque personne à faire la différence par le lancement d’initiatives concrètes à cet effet.

 

 

 

 

 

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