La Réunion annuelle de l’ECOSOC avec la Banque mondiale, le FMI, l’OMC et la CNUCED s’ouvre sur fond de signes encourageants pour la relance économique mondiale

14 avril 2014
ECOSOC/6607

La Réunion annuelle de l’ECOSOC avec la Banque mondiale, le FMI, l’OMC et la CNUCED s’ouvre sur fond de signes encourageants pour la relance économique mondiale

14/04/2014
Conseil économique et social
ECOSOC/6607
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil économique et social                               

Réunion spéciale de haut niveau avec les institutions      

de Bretton Woods, l’OMC et la CNUCED

9e & 10e séances – matin & après-midi

LA RÉUNION ANNUELLE DE L’ECOSOC AVEC LA BANQUE MONDIALE, LE FMI, L’OMC ET LA CNUCED

S’OUVRE SUR FOND DE SIGNES ENCOURAGEANTS POUR LA RELANCE ÉCONOMIQUE MONDIALE

Les intervenants préviennent cependant que la relance ne peut être bénéfique sans

ajustements des politiques et une bonne coordination des efforts de mise en œuvre

C’est dans un contexte marqué par des signes de reprise économique encourageants au niveau mondial que le Conseil économique et social des Nations Unies (ECOSOC) a ouvert ce matin sa Réunion spéciale de haut niveau avec les organismes issus des accords de Bretton Woods -Banque mondiale et Fonds monétaire international (FMI)- l’Organisation mondiale du commerce (OMC) et la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED).  

Tout en chiffrant ces signes encourageants, qui se traduisent par un taux de croissance prévisionnelle mondiale de 3,6% en 2014 et de 3,9% en 2015, contre 3% en 2013, le Secrétaire exécutif du Comité du développement conjoint du FMI et de la Banque mondiale, M. Familiar Calderón, a prévenu que « favoriser une croissance forte nécessitera des ajustements de politiques et une bonne coordination dans leur application ».

Dans ses observations liminaires, le Président de l’ECOSOC, M. Martin Sajdik, de l’Autriche, a invité ce matin les décideurs à être créatifs pour encourager les investisseurs institutionnels, qui détiennent 85 000 milliards de dollars d’actifs, à investir dans le développement durable. 

Notant que les 85 personnes les plus riches du monde contrôlent une part de la richesse mondiale équivalente à celle des 3,5 milliards des personnes les plus pauvres de la planète, le Vice-Secrétaire général des Nations Unies, M. Jan Eliasson, a appelé à l’établissement d’un nouveau partenariat pour le développement basé sur l’équité, la coopération et, surtout, la responsabilisation.  Il a souligné à cet égard le rôle prépondérant que doit jouer l’ECOSOC afin de prouver que le multilatéralisme fonctionne.

Rappelant qu’aucune source d’aide financière au développement n’est suffisante pour couvrir à elle seule les besoins en la matière, plusieurs intervenants ont appelé à plus de coopération et de coordination pour assurer une complémentarité des quatre piliers de financement que sont les ressources publiques nationales, le secteur privé national, l’aide publique au développement (APD) internationale et le secteur financier international.

« Seul un secteur financier dûment réglementé permettra de réduire les investissements spéculatifs et de favoriser l’expansion des flux d’investissements destinés au développement durable », a insisté le représentant de la Bolivie, qui parlait au nom du Groupe des 77 et de la Chine.  « Si nous ne mettons pas plus l’accent sur le rôle du commerce pour réaliser les objectifs de développement durable pour l’après-2015, nous allons vers un échec », a quant à lui prévenu le représentant de la Chine, en rappelant que son pays a su réduire de 60 à 12% le taux de pauvreté en Chine entre 1990 et 2010 en s’appuyant sur les opportunités commerciales.  Le représentant de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes a lancé un appel pour l’APD et les politiques macroéconomiques qui mettent l’accent sur la lutte contre le chômage des jeunes.

Tout en soulignant l’importance de l’APD dans la lutte contre l’extrême pauvreté, le Coprésident du Comité intergouvernemental de 30 experts sur le financement du développement durable, M. Pertti Majanen, de la Findande, a rappelé que 90% des emplois mondiaux sont créés par le secteur privé.  Dans ce contexte, il a souligné qu’il est urgent de développer une approche basée sur l’implication de parties prenantes multiples.  Au nom de la société civile, la représentante de l’ONG allemande « Du pain pour le monde » s’est réjouie que le FMI ait reconnu, et ce pour la première fois, le caractère contreproductif des politiques d’austérité qui ont eu cours en Europe.

Au nom du Club économique eurasien des scientifiques, créé en 2008 à Astana, au Kazakhstan, M. Murat Karimsakov, a appelé les États Membres de l’ONU à étudier le plan anticrise imaginé par ce Groupe d’experts qui rassemble des spécialistes issus de 135 pays. 

Au-delà des appels à la réforme du système économique et financier international, des intervenants ont rappelé que la première des priorités était la paix et la stabilité.  Alors que le Gouverneur de la Banque centrale autrichienne, M. Ewald Novotny, s’inquiétait particulièrement des conséquences économiques potentielles de la crise ukrainienne, M. Jan Eliasson a rappelé que la crise syrienne a réduit à néant des décennies de développement économique.  Mme Georgieva, Commissaire européenne à la réponse aux crises, a souligné qu’il fallait prendre en compte dans la promotion du développement durable les dangers que posent aux pays et aux populations les conflits et les catastrophes naturelles.

Cette première journée de débats de la rencontre annuelle ECOSOC -institutions de Bretton Woods, OMC et CNUCED, a été marquée par la tenue de trois tables rondes thématiques.  La première, en matinée, a eu pour thème: « cohérence, coordination et coopération dans le contexte du financement du développement durable et du programme de développement pour l’après-2015 ».  Les deux autres, tenues dans l’après-midi, ont porté sur « la mobilisation de ressources financières et leur utilisation effective au service du développement durable », et sur « le partenariat mondial pour le développement durable dans le cadre du programme de développement pour l’après-2015 ».

Le Comité intergouvernemental de 30 experts sur le financement du développement durable, qui a reçu mandat de Rio+20 de proposer des options de financement du développement durable, tiendra encore cinq sessions plénières avant la conclusion de ses travaux attendue en septembre 2014.

L’ECOSOC poursuivra demain, mardi 15 avril à 10 heures, son dialogue avec les institutions de Bretton Woods, l’OMC et la CNUCED.

THÈME GÉNÉRAL: « COHÉRENCE, COORDINATION ET COOPÉRATION DANS LE CADRE DU FINANCEMENT DU DÉVELOPPEMENT DURABLE ET DU PROGRAMME DE DÉVELOPPEMENT POUR L’APRÈS-2015 » (E/2014/53)

Déclarations liminaires                                                           

Dans ses observations liminaires, le Président du Conseil économique et social des Nations Unies, M. MARTIN SAJDIK (Autriche) a déclaré que cette réunion se tient à un moment critique, dans le prolongement immédiat des réunions de printemps du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale, mais aussi à la veille de la Réunion de haut niveau sur les partenariats mondiaux pour une coopération au développement efficace, prévue à Mexico City.  Elle intervient également, a rappelé le Président de l’ECOSOC, alors que nous donnons forme au programme de développement pour l’après-2015.  Il a indiqué que la réalisation d’une croissance économique stable et équitable nécessitera davantage de coopération et de cohérence des politiques macroéconomiques.  C’est pourquoi, nous avons choisi le thème « cohérence, coordination et coopération dans le contexte du financement du développement durable et du programme de développement pour l’après-2015 » pour les deux prochaines journées, a dit M. Sajdik.  

Il a indiqué que la situation économique mondiale s’est améliorée, mais qu’elle reste soumise à des incertitudes et de nombreux risques.  Illustrant son propos, il a dit que le rapport de référence des Nations Unies sur la situation économique mondiale et les projections pour l’année 2014 estime que le PIB mondial devrait enregistrer une croissance de 3% au cours de cette année, ce qui constitue une amélioration significative par rapport à une croissance estimée à 2,1% en 2013. 

M. Sajdik a néanmoins attiré l’attention sur le fait que la situation de l’économie mondiale reste fragile, alors que des pays européens ont des taux de chômage de 27% et parfois de 50% en ce qui concerne leurs jeunes.  Il s’est aussi particulièrement inquiété d’un chômage structurel extrêmement élevé en Afrique du Nord et en Asie de l’Ouest.  Il a souhaité que les politiques macroéconomiques à l’échelle du monde se concentrent sur l’emploi des jeunes.

Parmi les signes encourageants, il a indiqué que les chiffres de l’emploi en Espagne sont à la hausse pour la première fois depuis 2007, alors que, pour sa part, la Grèce est revenue la semaine dernière sur les marchés financiers en attirant des investissements sains pour ses obligations d’État.  Il a souligné que le taux de chômage est tombé sous les 7% aux États-Unis.

Le Président de l’ECOSOC a ajouté que les coûts modérés de l’énergie, et notamment du gaz naturel, sont un vrai moteur de l’économie.  S’arrêtant sur le ralentissement des économies des quatre pays du BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine), il a noté qu’en général les monnaies des BRICS (BRIC et Afrique du Sud) se sont dépréciées non seulement en raison des ralentissements économiques et des spécificités des marchés financiers internationaux, mais aussi en raison de récents changements qui ont modifié le paysage économique de l’Europe de l’Est.

S’agissant du financement du développement durable, il a appelé à la mise en place de stratégies qui incorporent toutes les formes de financement, dont les financements publics et privés, et les financements nationaux et internationaux.  M. Sajdik a dit qu’il est important de passer par la mobilisation de ressources intérieures aux fins du financement du développement, ce qui peut être fait si on dispose d’un environnement international favorable.

Il a noté que le financement privé du développement durable est resté limité, bien qu’il y ait un immense potentiel en ce domaine puisque les investisseurs institutionnels détiennent 85 000 milliards de dollars d’actifs.  Il a appelé les décideurs à être créatifs pour encourager les investisseurs à investir dans le développement durable.  Le Président de l’ECOSOC a indiqué que cet après-midi, la réunion entendra le Comité intergouvernemental d’experts sur le financement du développement durable, dont les travaux seront décisifs pour le programme de développement pour l’après-2015.  Le programme de développement pour l’après-2015, qui aura en son centre des préoccupations portant sur la lutte contre la pauvreté et la promotion du développement durable, doit pouvoir s’appuyer sur un partenariat mondial pour le développement, a préconisé M. Sajdik.

Il a rappelé que l’Assemblée générale tiendra en 2015 ou 2016 la troisième Conférence internationale sur le financement du développement, afin d’évaluer les progrès réalisés dans la mise en œuvre du Consensus de Monterrey et de la Déclaration de Doha.  Il a dit que l’ECOSOC pouvait promouvoir des synergies entre différents processus et événements qui conduiront à l’élaboration d’un programme de développement pour l’après-2015 qui puisse s’appuyer sur une stratégie financière forte.

M. JAN ELIASSON, Vice-Secrétaire général des Nations Unies, a souligné les différents rythmes de croissance que l’on observe dans les pays développés et les pays en développement.  Il a néanmoins estimé que les prévisions économiques restent positives dans de nombreuses parties du monde.  La crise qui a affecté le monde n’est cependant pas encore une histoire du passé, a-t-il tempéré en notant l’insuffisance de la croissance et le fort taux de chômage dans de nombreux pays.  Il a ensuite indiqué que les 85 personnes les plus riches du monde possèdent autant que les 3,5 milliards les plus pauvres.  Relevant qu’on célèbre cette année le soixante-dixième anniversaire des institutions de Bretton Woods et le cinquantième anniversaire de la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED), il a appelé les États Membres et la communauté internationale à faire preuve d’un leadership audacieux pour renforcer le multilatéralisme.  Il a espéré que les négociations commerciales menées dans le cadre du Cycle de Doha seraient fructueuses et comprendraient une forte composante « développement », disant compter en cela sur l’aide de la CNUCED. 

M. Eliasson a demandé que les pays les moins favorisés ne soient pas abandonnés sur le bord de la route.  Il faut aussi accélérer les efforts de réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), a-t-il ajouté.  Il a suggéré de mobiliser toutes les sources de financement publiques et privées, ainsi que les ressources nationales et internationales à cette fin.  L’aide publique au développement (APD) reste cruciale pour les pays qui sont le plus dans le besoin, a-t-il souligné, avant d’inviter les pays développés à tenir leurs engagements en la matière comme pour le financement des mesures de lutte contre les changements climatiques.  M. Eliasson a estimé qu’il faut concevoir des politiques permettant d’accroître les revenus fiscaux de manière équitable dans les pays en développement, ce qui aurait l’avantage non seulement d’augmenter les fonds publics mais aussi de promouvoir la responsabilisation.

Le Vice-Secrétaire général a ensuite invité les États et les institutions internationales pertinentes à renforcer les systèmes financiers nationaux sur le long terme afin qu’ils soient stables, inclusifs, et exempts de toute corruption.  On ne peut pas continuer à ignorer les flux financiers illicites qui privent des pays de revenus dont ils ont tant besoin, a-t-il ajouté en appelant à traiter ce problème qui fait perdre au moins 50 milliards de dollars par an rien qu’aux pays d’Afrique.  Notre tâche est double, a-t-il dit en rappelant tout d’abord la nécessité de maintenir les acquis en matière de développement.  Comme la crise en Syrie le prouve, on peut perdre des décennies de développement à cause d’un conflit, a-t-il ensuite remarqué.  Il a aussi appelé à adopter un programme de développement pour l’après-2015 ambitieux axé sur des défis concrets à relever.  M. Eliasson a également recommandé de se baser sur un nouveau partenariat pour le développement fondé sur l’équité, la coopération et, surtout, la responsabilisation.  Il a souligné à cet égard le rôle du Conseil économique et social (ECOSOC) de l’ONU.  Nous devons prouver que le multilatéralisme fonctionne, a-t-il souligné.

Débat ministériel sur le thème 1: « Situation et perspectives de l’économie mondiale »

M. THOMAS HELBLING, Chef de la division des études économiques internationales du Fonds monétaire international, a noté que la croissance mondiale s’est accélérée au deuxième semestre 2013.  « Nous nous attendons à ce qu’elle s’accélère encore en 2014 et 2015 », a-t-il ajouté en précisant que les pays émergents et les pays en développement concentrent l’essentiel de cette croissance.  Tout en se félicitant de la reprise importante qu’on observe dans les pays développés, il a prévenu que le resserrement des conditions d’aide financière limitera cette impulsion.  Il a noté que la politique monétaire reste accommodante en Europe.  Il a ensuite précisé que la croissance mondiale devrait augmenter légèrement, en passant de 3% en 2013 à 3,6% en 2014 et à 3,9% en 2015.  Il a précisé que ce niveau de 4% de croissance attendu en 2015 reste cependant en dessous du potentiel de l’économie mondiale, et a relevé une reprise inégale selon les régions et les pays en s’inquiétant des écarts en termes de croissance existant entre les grands pays et qui affectent les taux de change.

Avec un taux de chômage de 6,5% aux États-Unis qui s’oriente vers le taux de chômage naturel d’environ 5,5%, la politique monétaire conventionnelle de ce pays devrait commencer à se resserrer, a estimé M. Helbling.  Nous nous attendons à ce que la demande intérieure reste faible dans les pays de l’Europe méridionale, a-t-il indiqué.  Il a dit que la baisse des crédits accordés aux petites et moyennes entreprises (PME) en Allemagne risque de se traduire par une baisse des taux de croissance actuels.  Au Japon, nous nous attendons à une croissance plus modérée en 2014 et 2015, a-t-il ensuite indiqué en notant que les investissements des entreprises ne sont pas à la hauteur des attentes. 

Si les perspectives sont meilleures dans les économies avancées, M. Helbling a noté que l’environnement est plus difficile pour les marchés émergents, parce que les investisseurs y sont moins tolérants vis-à-vis des risques potentiels.  Dans ce contexte, il a souligné l’exception que constitue la Chine, avec une perspective de croissance attendue à 7,5% en 2014 contre 7,7% en 2013.  « Nous nous attendons à ce que la Chine réussisse sa transition vers une croissance moins importante mais plus durable.  Si sa croissance devrait baisser de 7,5 à 6,5% dans les cinq années à venir, sa part dans l’économie mondiale continuera d’augmenter jusqu’à se stabiliser, a noté M. Helbling.

S’agissant des risques existant dans les pays de la Communauté d’États indépendants (CEI), il a  mis l’accent sur la détérioration du climat de l’investissement due à l’actualité récente.  Mais il a aussi cité un ajustement à la baisse corrigeant des prévisions trop optimistes qui avaient été faites concernant le milieu des années 2000.  Malgré la baisse de croissance des pays émergents, M. Helbling a dit que les fondamentaux de ces pays restaient intéressants en citant notamment leur importante réserve de devises, une inflation faible, un bon équilibre budgétaire et des comptes-courants positifs.  Malgré le ralentissement de leur croissance, les pays émergents sont néanmoins en position de force et devraient s’adapter aux chocs grâce à des politiques appropriées, a-t-il conclu.  

Mme KRISTALINA GEORGIEVA, Commissaire européenne chargée de la coopération internationale, de l’aide humanitaire et de la réaction aux crises, a abordé les questions des catastrophes naturelles et des conflits complexes, qui ont un important impact économique et social.  Elle a indiqué que 35 États fragiles sont concernés par le premier problème.  Les catastrophes font de nombreuses victimes et ont d’importantes conséquences négatives sur les économies, a dit Mme Georgieva.  Elle a souligné le coût croissant de cet impact, passé de 50 milliards de dollars en moyenne dans les années 1980 à près de 200 milliards de dollars au cours de la dernière décennie.  Ce dernier chiffre a lui-même été dépassé au cours des trois dernières années, a-t-elle noté.  Les conséquences se font sentir dans la dette publique et les chaînes d’approvisionnement, a-t-elle expliqué.  Elle a cependant remarqué que la reconstruction postcatastrophes stimule la croissance et l’emploi, avant d’inviter la communauté internationale à investir dans ces domaines afin de donner plus d’élan à la compétitivité des pays.  En ce qui concerne les conflits, a poursuivi Mme Georgieva, ils nuisent à l’économie nationale ainsi qu’aux activités économiques des pays voisins des zones en conflit.  Elle a donné l’exemple de la Jordanie et du Liban qui souffrent économiquement du conflit en Syrie.

En ce qui concerne l’Union européenne, la Commissaire a indiqué que des efforts sont déployés pour renforcer ses propres capacités de réaction face à des chocs devenus plus intenses, notamment dans le secteur de l’assurance.  Les efforts portent aussi sur l’aide humanitaire, a-t-elle ajouté.  L’Union européenne rassemble des fonds pour aider les pays les plus vulnérables face aux conflits et aux catastrophes naturelles, a indiqué Mme Georgieva.  La communauté humanitaire s’aperçoit des dangers auxquels sont soumises les populations bien avant le reste du monde, a-t-elle en outre remarqué.  Elle a enfin recommandé d’intégrer les risques posés par les catastrophes naturelles et les conflits dans les politiques macroéconomiques générales.

M. MOGENS JENSEN, Ministre du commerce et de la coopération au développement du Danemark, a plaidé en faveur d’une croissance large et inclusive, basée sur la création et le maintien d’emplois décents.  Ceci permettrait non seulement d’augmenter les revenus mais aussi de promouvoir les droits des femmes et des personnes marginalisées, a-t-il expliqué.  Il a invité chaque pays à décider comment restructurer son économie et sa société, notamment en créant des infrastructures à but social.  Les flux financiers nationaux et internationaux privés ont pris une nouvelle ampleur, a-t-il aussi noté, estimant que c’est une bonne nouvelle, tout en mettant cependant en garde contre les nouveaux défis que cela pose, notamment en termes de corruption et d’évasion fiscale.  Il nous faut aussi garantir que les conditions d’emploi sont décentes, a recommandé le Ministre.  Il a ensuite prôné une utilisation judicieuse des financements de tous les partenaires.  Le Danemark restera attaché à ses engagements, alors que nous entrons bientôt dans la période de l’après-2015, a-t-il assuré.  Mais, a-t-il précisé, il faut également que nos partenaires se mobilisent pour rassembler davantage de ressources à mettre au service du développement.

M. SACHA SERGIO LLORENTTY SOLÍZ (Bolivie), intervenant au nom du Groupe des 77 et de la Chine, a dit que la crise financière internationale a mis en lumière les lacunes et les failles du système financier international.  Il a appelé à une meilleure coopération entre toutes les institutions économiques et financières mondiales, tout en notant que les accords institutionnels actuels ont prouvé leur insuffisance pour faire face aux crises que nous avons connues.  Il a ajouté que les systèmes financiers et monétaires internationaux ont besoin que des réformes systémiques soient menées de manière urgente pour les rendre plus transparentes et crédibles.  Il faut un secteur financier dûment réglementé afin de réduire les investissements spéculatifs et favoriser les investissements dans le développement durable, a-t-il dit.  Il a appelé le FMI à réformer sa composition et sa structure pour mieux refléter le point de vue des pays en développement et mieux prendre en compte leurs réalités.  Le problème de la dette des pays en développement doit être au menu de la coopération internationale, a insisté le représentant du Groupe des 77 en notant que certains pays sont de plus en plus vulnérables aux problèmes de la dette.

M. EWALD NOVOTNY, Gouverneur de la Banque centrale autrichienne, a jugé important de rappeler qu’au-delà des essors et des déclins que peuvent connaître l’économie mondiale et les différentes économies, il faut y noter et y prendre en compte les évolutions à long terme.  Illustrant son propos, il a indiqué que sur le plan économique et de la croissance, la Chine a vu en 2013, pour la première fois, la part de ses services dépasser celui de son industrie.  La politique monétaire des pays développés est une question cruciale, a-t-il ajouté tout en soulignant que les fondamentaux macroéconomiques nationaux ont un rôle tout aussi fondamental dans les marchés émergents.  En Autriche, en 2014, la croissance va dépasser la moyenne européenne, alors que notre taux de chômage, qui est de 4,7%, est le plus bas de l’Union européenne, s’est félicité le Gouverneur de la Banque centrale autrichienne.  Il s’est particulièrement inquiété des conséquences économiques potentielles de la crise ukrainienne, en prévenant que toute escalade en matière de crise géopolitique ne sera dans l’intérêt ni de la Fédération de Russie, ni de l’Union européenne, ni des États-Unis.  Par ailleurs, il a souligné la nécessité d’aider les pays émergents à faire face aux conséquences du resserrement incontournable de la politique monétaire qui va être mise en place aux États-Unis.  

M. MORAJA BUHLAIGA, Vice-Ministre des finances de la Libye, a souligné le rôle déterminant du système des Nations Unies, et notamment de l’ECOSOC, dans la coordination des efforts internationaux en faveur du développement.  La promotion du développement durable conformément aux principes énoncés à la Conférence Rio+20est vitale, a-t-il dit.  Il a plaidé en faveur de la mise en place d’une coopération efficace au plan international en vue de permettre aux pays de parvenir aux Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) et de formuler les futurs objectifs de développement durable.  Il est grand temps de tirer les leçons de la crise et de tenir compte des avis des experts sur la réforme de l’architecture financière internationale, a estimé le Vice-Ministre.  Il a demandé que soient appuyés la coopération multilatérale et les échanges systématiques entre l’ONU et les autres institutions pertinentes, comme le FMI, la Banque mondiale et le G-20.

Le Vice-Ministre libyen a aussi invité la communauté internationale à respecter les engagements pris en termes d’aide publique au développement.  Le problème de la dette extérieure doit être résolu, celui des migrations internationales doit être maîtrisé, et il faut procéder à une supervision intergouvernementale de la résolution de ces questions, a-t-il aussi recommandé.  La Libye estime qu’il faut aussi diversifier les investissements internationaux, qui sont des moteurs de la croissance internationale, a dit M. Buhlaiga.  Il a également plaidé en faveur d’un accès accru des pays en développement aux marchés, ce qui implique que les pays doivent éviter d’imposer à leurs frontières des mesures protectionnistes.  En ce qui concerne la fuite des capitaux, il a estimé qu’elle entrave le développement et a appelé à mettre en œuvre la Convention internationale contre la corruption.

M. MUHAMMETGULY MUHAMMEDOV, Adjoint au Ministre des finances du Turkménistan, a recommandé la mise en place dans chaque pays d’une coopération harmonieuse entre l’État et les autres acteurs, afin de permettre un développement durable.  Au Turkménistan, nos plans nationaux ont pour but de rendre notre pays plus dynamique afin qu’il se développe rapidement, a-t-il indiqué.  Pour cela, il a recommandé d’englober la dimension humaine ainsi que les spécificités culturelle, environnementale et sociale dans le futur programme de développement pour l’après-2015.  La diversification de l’économie et la promotion du capital humain sont à la base du développement durable, a-t-il aussi remarqué.  Le Ministre turkmène a souhaité un plein succès à tous les pays et à toutes les organisations afin que le monde entier parvienne à un développement durable dynamique en ce XXIe siècle.

« Nous devons réfléchir aux moyens d’accélérer les progrès dans les pays qui accusent les plus grands retards notamment en Afrique », a dit le Gouverneur de la Banque centrale du Soudan, M. ABDELRAHMAN HASSAN BADELRAHMAN HASHIM, en s’inquiétant tout particulièrement du poids de la dette.  « Nous espérons que la dette du Soudan sera allégée pour nous permettre d’atteindre les objectifs de développement convenus au niveau multilatéral », a indiqué le Gouverneur de la Banque centrale du Soudan.

M. MURAT KARIMSAKOV, Président de l’Organe exécutif de l’Association « Club économique eurasien des scientifiques » du Kazakhstan, créé en 2008 à Astana, au Kazakhstan, suite à la crise économique et financière mondiale, a indiqué que ce forum rassemblait les experts et économistes de 135 pays en vue de jeter les bases d’un concept de plan anticrise respectant les intérêts de tous les pays.  Le Groupe est le fruit d’une coopération entre experts, économistes, organisations internationales et centres de réflexion du monde entier, s’est-il félicité.  Il a dit la volonté de ce Groupe d’éviter les risques de récessions futures tous en favorisant la croissance économique.  Il a précisé que la deuxième conférence anticrise qui aura lieu en mai, à Astana, se tiendra à la veille de la dix-septième Conférence de Bretton Woods, avant d’appeler les États Membres à étudier le plan anticrise du Groupe des scientifiques eurasiens.

Débat interactif

Des défis persistent en matière de développement, un domaine qui est plus que jamais une question de responsabilité internationale, a remarqué le représentant du Pakistan en ouvrant le débat.  Il a estimé que le niveau actuel de l’aide publique au développement (APD) reste insuffisant pour couvrir les besoins des pays en développement en la matière et a demandé qu’elle soit plus cohérente et coordonnée.  En outre, il a souhaité que les actions du secteur public et celles du secteur privé soient mieux coordonnées. 

Le représentant de la Chine a demandé aux gouvernements d’adopter des politiques macroéconomiques responsables et de faire en sorte que la croissance mondiale soit créatrice de synergie.  Il faut aussi tirer profit du commerce international, a-t-il dit.  Il a également plaidé en faveur de l’allègement de la dette des pays en développement, soulignant que ces pays doivent en outre recevoir une aide pour le renforcement de leurs capacités.

S’exprimant au nom de la Communauté des États d’Amérique latine et des Caraïbes (CELAC), le représentant du Costa Rica s’est inquiété du fort taux de chômage qui affecte actuellement de nombreux pays en développement, touchant en particulier les jeunes.  Pour y remédier, il a appelé à prendre des mesures plus fortes et bien concertées, tant au niveau national qu’au niveau international.  Concernant le programme de développement mondial, notamment celui pour l’après-2015, il a invité la communauté internationale à prendre en compte les priorités et les circonstances des pays en développement.  L’aide publique au développement (APD) reste essentielle pour les pays en développement, a-t-il ajouté, regrettant la baisse du niveau de cette aide depuis deux ans.  Il a aussi demandé la restructuration de la dette souveraine des pays, avec la participation de toutes les parties prenantes.  Il faut promouvoir un système d’emprunts responsables, a-t-il recommandé.  Par ailleurs, il a exprimé la déception des États de la CELAC face au manque de progrès dans la mise en œuvre des réformes lancées par le FMI en 2010 et a demandé qu’elles soient mises en place.  Il a également demandé que les réalités et la participation des pays en développement dans le processus de décision soient prises en compte de manière effective.  Le FMI doit apporter une réponse complète et souple aux besoins de ses membres, sans imposer de conditions procycliques, a-t-il souligné.

À son tour, le représentant de l’Afrique du Sud a noté tout à la fois les signes encourageants de croissance et les défis qui restent à relever.  Il a reconnu la nécessité de mettre l’accent sur une croissance inclusive.  En Afrique, les économies restent trop dépendantes des denrées de base et de leurs cours mondiaux, a-t-il expliqué.  Pour pallier les défauts de l’économie mondiale, il a recommandé de poursuivre la réforme des institutions de Bretton Woods afin que celles-ci puissent promouvoir le développement durable.  Les pays en développement doivent avoir la possibilité de s’y exprimer, en particulier les pays d’Afrique, a-t-il ajouté.  Il a également indiqué que l’Afrique du Sud appréciait la réforme de l’ECOSOC dont les délibérations doivent être mieux promues.

M. TRIYONO WIBOYO, Président du Conseil du commerce et du développement de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED), a rappelé que l’économie mondiale était toujours en proie à de nombreuses difficultés pour pouvoir retrouver le chemin d’une croissance robuste et durable.  La CNUCED, a-t-il dit, s’attend à un taux de croissance mondiale de 3% cette année et l’année prochaine, par rapport aux 2,2% de l’an passé.  La croissance des pays d’Asie sera supérieure à la moyenne, celle des pays d’Amérique latine inférieure à ce qu’elle a été, a-t-il fait observer.  Ces taux, qui sont largement inférieurs aux niveaux d’avant-crise, sont insuffisants pour créer de l’emploi et élargir l’assiette fiscale des pays, a prévenu le Président du Conseil du commerce et du développement de la CNUCED.  M. Wiboyo a ensuite expliqué qu’il était évident que les besoins en matière d’investissement pour financer le programme de développement pour l’après-2015 étaient colossaux, que ce soit dans les domaines de l’agriculture, des infrastructures et d’autres aspects du développement durable, tels que l’adaptation aux impacts du réchauffement de la planète et l’atténuation des effets des changements climatiques.  Le secteur privé doit donc plus que jamais s’impliquer pour combler les lacunes de l’aide publique au développement, a souligné M. Wiboyo, qui a insisté sur le rôle qui incombe aux milieux d’affaires dans la réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) à un an de la date-butoir.  Les défis qui se posent peuvent être relevés, à condition qu’un effort concerté soit déployé pour lever les fonds nécessaires et renforcer les capacités productives des pays en développement.  Il revient donc aux enceintes telles que celle du Forum mondial de l’investissement d’aider les gouvernements à se doter du cadre juridique approprié pour attirer l’investissement étranger direct (IED), a préconisé M. Wiboyo, pour qui l’ECOSOC est également le lieu d’une réflexion sur les moyens de concrétiser le partenariat mondial en faveur de l’appui de la réalisation des objectifs de développement.

M. JORGE FAMILIAR CALDERÓN, Vice-Président, Secrétaire commercial du Groupe de la Banque mondiale, et Secrétaire exécutif par intérim du Comité de développement de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI), a indiqué que les discussions du Comité de développement ont conclu qu’il fallait ajuster les politiques macroéconomiques actuelles et garantir une coordination plus efficace de leur conception et mise en œuvre, étant donné les liens intrinsèques qui existent entre une croissance inclusive et durable et l’économie mondiale.  Le Comité a donc encouragé le Groupe de la Banque mondiale et le FMI à travailler de concert, ainsi qu’avec tous les États Membres, à l’élaboration de politiques économiques responsables.  Il leur faut aussi œuvrer ensemble pour traiter des vulnérabilités macroéconomiques et renforcer une gestion plus prudente du système financier international, a dit M. Familiar Calderón.  Les membres du Comité ont aussi souligné la nécessité de l’inclusion sociale et de l’adoption de politiques permettant d’élargir les opportunités ainsi que la participation de tous les groupes sociaux, dont celui des femmes.  Ils ont aussi souligné qu’il faut intégrer les considérations environnementales dans les politiques. 

M. Familiar Calderón a ensuite parlé des discussions menées par les gouverneurs de banques centrales.  Il a parlé de la nouvelle stratégie pour la Banque mondiale, qui a été endossée par les gouverneurs à l’automne dernier.  La Stratégie comporte plusieurs dimensions pour renforcer la capacité du Groupe de la Banque mondiale à procéder à des analyses et à soutenir ses membres, a indiqué M. Familiar Calderón.  Mettre en œuvre la nouvelle stratégie nécessitera une meilleure utilisation des ressources et le renforcement des capacités financières de la Banque mondiale, a estimé le Comité.  Ses membres ont également invité le Groupe de la Banque mondiale à rester activement engagé avec les pays à revenu intermédiaire.  Nous l’avons aussi appelé à renforcer ses actions envers les pays du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord, a ajouté M. Familiar Calderón.

M. CALVIN MACDONALD, Secrétaire adjoint du Fonds monétaire international (FMI), a mis l’accent sur le rôle que joue le FMI en matière d’appui à ses États membres.  Il a dit que l’économie mondiale se caractérise par une activité qui se renforce, en notant cependant que la reprise se fait de manière inégale entre les pays ou groupes de pays, et que des tensions géopolitiques suscitent de nouvelles préoccupations.  Il a noté que la croissance s’accélère aux États-Unis grâce à une consommation intérieure plus forte.  Il a évoqué une reprise plus modeste dans la zone de l’Union européenne et de l’euro, reprise qui reste faible dans les pays de la périphérie sud de l’Union européenne.  Concernant le Japon, M. MacDonald a dit que le pays avait besoin de réformes structurelles.  Si l’activité ralentit dans les pays émergents, une demande de plus en plus forte dans les pays avancés permettra cependant d’appuyer à nouveau la croissance de ce groupe de pays, a-t-il noté.  Tout en se félicitant des résultats encourageants réalisés par de nombreux pays à faible revenu, il a appelé à surveiller l’érosion de l’espace budgétaire de ces pays.  Il a préconisé l’application de réformes structurelles et de politiques monétaires accommodantes pour lutter contre les taux de chômage élevés.

M. MacDonald a dit que le FMI aide les États à faire face aux déséquilibres issus de l’entrée massive de capitaux par le biais de politiques macroprudentielles.  Il a précisé que le FMI va achever la réforme en cours concernant la restructuration de la dette et contribuera au débat sur les politiques internationales en matière de fiscalité.  Nous aborderons aussi la question des inégalités et du vieillissement de la population mondiale.  Nous entreprenons des travaux avec les conseils compétents sur les activités bancaires parallèles et nous tiendrons compte des écarts qui entravent l’activité mondiale, a-t-il indiqué.  Il a annoncé la tenue de réunions visant à s’attaquer aux difficultés particulières auxquelles font face l’Afrique subsaharienne et les pays arabes en transition.  Il a qu’il est important de venir en aide aux pays souffrant d’importants déficits afin de les assister dans la recherche d’un équilibre dans leurs comptes internes et externes.

Nous restons engagés à parachever la réforme ayant trait aux quotas qui déterminent le niveau de représentativité des États dans les processus de prise de décisions et de conception des politiques au sein du FMI, a souligné M. MacDonald.

M. YI XIAOZHUN, Directeur général adjoint de l’Organisation mondiale du commerce (OMC), a invité la communauté internationale à parvenir à une croissance économique soutenue, équitable et inclusive.  Il faut favoriser la croissance tout en luttant contre la pauvreté et en promouvant les droits de l’homme et la durabilité de la planète, a-t-il préconisé.  Alors qu’on s’apprête à négocier le programme de développement pour l’après-2015, il a appelé les États Membres et les organisations et institutions pertinentes à mettre l’accent sur le rôle du commerce dans le développement.  Il a relevé avec surprise que le commerce n’a pas été défini jusqu’à présent comme un élément crucial du développement durable.  Or le commerce permet d’améliorer les conditions de vie des populations, a-t-il argué.  La réalisation des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), notamment celui visant la réduction de moitié de la pauvreté extrême, démontre le rôle que joue le commerce dans le développement d’un pays, a-t-il souligné.  Il a mentionné les réformes économiques menées en Chine après l’adhésion de ce pays à l’OMC, et qui ont permis d’améliorer avec succès la situation économique de ce pays et de sa population.  Aujourd’hui, les résultats de la Chine en font un pays et une économie très performants, s’est-il félicité en faisant valoir la baisse du taux de pauvreté, qui est passé en Chine de 60% à 12% de la population entre 1990 et 2010.  Le commerce peut donner des outils permettant de créer des emplois décents, a aussi fait valoir M. Xiaozhun.  La rémunération des emplois dans les secteurs liés à l’exportation est en général plus forte que celle observée dans les autres catégories d’emplois, a-t-il observé.  Il a donc recommandé de ne pas minimiser le rôle du commerce comme facteur de développement après 2015.  Les objectifs de développement durable devront promouvoir la cohérence des politiques économiques, a-t-il ajouté. 

Débat interactif sur le thème 2: « La mobilisation de ressources financières et leur utilisation effective au service du développement durable »

Exposés

M. PERTTI MAJANEN (Finlande), Coprésident du Comité intergouvernemental de 30 experts sur le financement du développement durable, a présenté l’état d’avancement des travaux de ce Comité qui a reçu mandat de la Conférence Rio+20 de proposer des options de financement du développement durable.  Il a mentionné la référence que constitue le Consensus de Monterrey, puisque le financement d’un développement durable va bien au-delà des ressources que peut offrir l’aide publique au développement (APD).  Il a estimé que la question qui se pose est celle de la complémentarité des quatre grandes sources de mobilisation de fonds pour le financement des projets de développement.  À cet égard, M. Majanen a souligné qu’il est urgent de développer l’approche basée sur l’implication de plusieurs parties prenantes.  « Il nous reste encore cinq sessions plénières avant la conclusion de nos travaux, attendue en septembre 2014 », a indiqué le Coprésident du Comité d’experts, avant de préciser que le travail à effectuer par les experts a été partagé entre trois groupes de travail.  Il a dit que l’APD demeure cruciale pour certains pays, notamment concernant leurs efforts de lutte contre la pauvreté extrême.  Nous avons commencé à examiner la qualité des mécanismes de financement, a-t-il dit en notant l’existence dans des pays riches, de subventions qui se révèlent nuisibles aux pays en développement et de flux financiers qui s’avèrent contraires à l’intérêt de la promotion du développement durable.  Il ne faut pas perdre de vue les problèmes de corruption que peut engendrer l’APD, a par ailleurs souligné M. Majanen. 

Il a d’autre part rappelé que dans la plupart des pays, 90% des emplois sont créés par le secteur privé.  Il a appelé à se concentrer sur la qualité des partenariats plutôt que la quantité, en examinant à cet effet le retour sur investissement.  Il a souhaité que toutes les activités de développement, qu’elles soient privées ou publiques, soient fondées sur les critères du développement durable.

De son côté, l’autre Coprésident du Comité de 30 experts, M. MANSUR MUHTAR (Nigéria), a salué la collaboration établie par le Comité avec le Groupe de travail à composition non limitée sur les objectifs de développement durable qui a formulé des objectifs novateurs, transformateurs et originaux.  Il a salué la contribution de l’équipe de la Banque mondiale et du Département des affaires économiques et sociales de l’ONU (DAES) aux efforts visant à recenser les bonnes pratiques.  En termes de financement du développement, il faut se concentrer sur toute la gamme des ressources, qu’elles soient nationales, internationales, publiques ou privées, pour mesurer leur viabilité et efficacité afin d’en renforcer les synergies et la complémentarité.  Il faut aussi se concentrer sur les recettes fiscales pour rendre plus efficaces les sources domestiques de mobilisation de fonds en combattant les flux illicites de capitaux, qui représentent 50 milliards de dollars perdus par an pour le continent africain, a-t-il dit en dénonçant les sorties massives d’argent quittant le continent pour aller vers les pays développés et les paradis fiscaux.  Il a dit que le Groupe avait la volonté d’identifier les politiques publiques les plus idoines pouvant favoriser les investissements dans le développement durable en s’assurant que le secteur privé soit partie de ce contrat.   

M. MAHMOUD MOHIELDIN, Envoyé spécial du Président du Groupe de la Banque mondiale pour les Objectifs du Millénaire pour le développement et le développement financier, a rappelé la complémentarité et les défis des quatre piliers de mobilisation de ressources de financement du développement que sont les fonds publics nationaux, le secteur privé national, l’aide publique au développement (APD) et l’aide et les financements privés internationaux.  Il a dit que la lutte contre les flux illicites de capitaux nécessite une coopération internationale pour réprimer ce phénomène.  Avant de parler de l’appui du secteur privé, il faut examiner les moyens de soutenir ce secteur privé au niveau national, a dit M. Mohieldin en rappelant aussi que 50% des adultes n’ont pas accès à un quelconque service financier dans certains pays.  « Parce qu’aucune de ces sources de financement ne suffit à elle seule à soutenir la promotion du développement, il faut utiliser toutes les sources de mobilisation de ressources en assurant leur complémentarité et en évitant les doublons », a-t-il dit.  Il a souligné l’importance du secteur privé, où se trouve 90% du potentiel de création d’emplois.  Il a mis l’accent sur la responsabilité sociale des entreprises avant de souligner le rôle croissant de la philanthropie et des fondations.  Tous les pays doivent réexaminer leurs stratégies pour pouvoir soutenir une croissance inclusive, qui favorisera les femmes et sera équilibrée entre les régions, a-t-il préconisé.

L’Envoyé spécial du Président du Groupe de la Banque mondiale a ensuite dit qu’il est nécessaire d’attirer les investissements dans les infrastructures.  Il a à cet égard noté que les marchés des capitaux nationaux peuvent parfois être aptes à remplir ce rôle.  Tout en se félicitant que l’investissement étranger direct (IED) destiné aux pays en développement soit pour la première fois supérieur à l’IED destiné aux pays développés, M. Mohieldin a cependant noté que trop peu d’IED était consacré aux services sociaux, dont la santé et l’éducation.  S’appuyant sur des exemples de l’Inde, du Kenya, du Brésil et du Rwanda, il a souligné l’importance de partenariats secteur public/secteur privé.  Il s’est appuyé sur une étude de cas portant sur 10 pays connaissant différents niveaux de développement et qui sont à différentes étapes de leur développement, constituant ainsi une panoplie consultative en matière de partenariats pour le développement.  

Débat interactif

La représentante de l’ONG « Du pain pour le monde »s’est réjouie que le FMI constatait maintenant qu’il y avait trop de politiques d’austérité, notamment en Europe, et s’est félicitée des signes de réformes visibles dans les secteurs financiers en Europe et aux États-Unis.  Elle a appelé à la mise en place d’un cadre pour le financement du développement par le secteur privé. 

Le représentant d’El Salvador a déclaré que la crise économique et financière a permis de mettre en évidence la nécessité de réformer les institutions économiques et financières internationales.  Il a regretté l’insuffisance de l’APD en direction de l’Amérique latine en notant que cette région compte 180 millions de pauvres, dont 60 millions vivent dans la misère la plus totale.  Le moment est venu de redonner de la crédibilité aux institutions financières et économiques mondiales au moyen d’une nouvelle « constitution économique », a-t-il estimé. 

Le représentant de la Serbie a exprimé la nécessité, pour son pays, de stimuler la croissance économique aux fins de la réduction du chômage des jeunes.  S’appuyant sur les difficultés que rencontre la Serbie, le représentant a souhaité que l’état de droit, ainsi que la lutte contre la corruption et contre la criminalité transnationale organisée figurent au programme de développement durable pour l’après-2015.

Débat interactif sur le thème 3: « Le partenariat mondial pour le développement durable dans le cadre du programme de développement pour l’après-2015 »

M. GEORGE WILFRED TALBOT (Guyana), Cofacilitateur des préparations de la troisième Conférence internationale sur le financement du développement, a rappelé que le concept de partenariat mondial incarne une série d’engagements pris tout au long de l’histoire des Nations Unies, mais qui s’aligne plus récemment sur les engagements dans le Consensus de Monterrey, issu de la Conférence de Monterrey sur le financement du développement et la Déclaration de Doha.  Cette notion de partenariat a été consacrée par l’OMDº8, jugé essentiel pour réaliser les sept autres, en permettant l’avènement d’un environnement financier international propice.  Malgré l’importance de ses contributions, le partenariat reste un chantier inachevé, a fait observer le Cofacilitateur.  Son potentiel, a-t-il expliqué, a été amoindri par les lacunes des pays développés à s’acquitter de leur obligation de consacrer 0,7% de leur produit intérieur brut à l’aide publique au développement (APD).  Il est donc grand temps de relancer la mobilisation en tenant compte des nouveaux défis, notamment les investissements à consentir pour financer les actions d’adaptation et d’atténuation aux changements climatiques, a déclaré M. Talbot, qui s’est félicité des négociations qui se tiennent en prévision de la tenue de la prochaine conférence sur le financement du développement pour renforcer le partenariat à venir.

M. SERGE TOMASI, Directeur adjoint de la coopération pour le développement à l’Organisation pour la coopération au sein de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), a commencé par évoquer la situation actuelle des flux de financement extérieurs allant vers les pays en développement.  Il a rappelé que l’aide publique au développement, qui représentait 50% des financements reçus par ces pays en 1970, n’en représentait plus que 18% en 2012.  Cette baisse s’est accompagnée d’une montée en puissance des financements privés, qu’il s’agisse d’investissements directs et d’investissements de portefeuille, ou des envois de fonds des migrants.  Toutefois, a souligné M. Tomasi, l’OCDE s’inquiète de la baisse considérable du niveau de l’APD allant vers l’Afrique subsaharienne et les pays les moins avancés (PMA), qui en dépendent beaucoup.  Les problèmes rencontrés sont multiples, a dit M. Tomasi.  Le Directeur adjoint de la coopération pour le développement à l’OCDE a dans un premier temps expliqué que l’assistance devait être, par définition, concessionnelle, et qu’elle devrait comporter un élément d’au moins 25% consacré aux dons et calculé avec un taux d’actualisation de 10%.  Or, l’évolution des marchés financiers, avec des taux très faibles et une abondance de liquidités, fait qu’un taux de 10% paraît aujourd’hui à de nombreux acteurs excessivement généreux.  Avec des prêts dont la maturité dépasse souvent 15, voire 20 ans, les donateurs peuvent davantage respecter le critère de 25% de concessionnalité, a estimé M. Tomasi.  Aussi faudrait-il recentrer l’APD sur « l’élément dons » des prêts au lieu de prendre pour mesure leur « valeur faciale », c’est-à-dire que le capital ne serait plus pris en compte dans l’APD, l’élément don étant seul retenu.  Il faudrait également, a poursuivi le Directeur adjoint, réviser les modalités de taux d’actualisation des prêts et recentrer l’APD sur les pays qui en ont le plus besoin.  Enfin, l’OCDE recommande de créer, à côté de l’APD, un deuxième indicateur visant à mieux appréhender la totalité des financements publics alloués au développement, même s’ils ne sont pas concessionnels.

Débat interactif

Ouvrant le débat interactif qui a suivi les présentations des panélistes, la représentante du Mexique a estimé qu’il fallait plus que jamais consolider le concept de partenariat mondial, auquel doivent prendre part gouvernements, société civile, secteur privé, autorités locales et parlementaires.  Seule une véritable unité des acteurs étatiques et non étatiques peut permettre de financer le programme de développement de l’après-2015, a-t-elle plaidé. 

Le représentant de la Fondation mondiale pour la démocratie et le développement a abondé dans ce sens, soulignant que c’était le seul moyen de réduire les « déséquilibres internationaux » qui pourraient compromettre les partenariats pour le financement d’un développement durable.

S’exprimant au nom de la Communauté des Caraïbes (CARICOM), le représentant d’Antigua-et-Barbuda, a jugé pour sa part qu’il est impératif pour les pays développés d’honorer leurs engagements, et de consacrer le pourcentage agréé de 0,7% de leur PIB à l’APD, ceci à l’heure où le nouveau rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) révèle l’ampleur du défi supplémentaire posé par les changements climatiques.

La représentante du Comité intergouvernemental sur le financement du développement a également lancé un appel en ce sens, expliquant que le programme de développement pour l’après-2015 devait tenir compte des nouveaux défis de l’atténuation et de l’adaptation aux effets des changements climatiques.

Le représentant du Centre pour les droits économiques et sociaux a jugé qu’un ensemble de principes devait prévaloir dans le cadre du partenariat pour le développement, notamment la notion des droits de l’homme.  En effet, a-t-il estimé, si le secteur privé a le droit, et même le devoir, de s’impliquer dans le financement du développement durable, il revient à tout gouvernement légitime de veiller à ce que les investissements consentis par une compagnie donnée ne se fassent pas au détriment des droits fondamentaux des populations locales.

La représentante de l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) a renchéri, insistant sur l’importance de la lutte contre la corruption dans ce contexte.

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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