Le Conseil de sécurité se déclare disposé à examiner les signes avant-coureurs des conflits et à envoyer des « missions politiques de prévention » si les circonstances s’y prêtent

21 août 2014
CS/11528

Le Conseil de sécurité se déclare disposé à examiner les signes avant-coureurs des conflits et à envoyer des « missions politiques de prévention » si les circonstances s’y prêtent

21/08/2014
Conseil de sécurité
CS/11528
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Conseil de sécurité

7247eséance – matin

LE CONSEIL DE SÉCURITÉ SE DÉCLARE DISPOSÉ À EXAMINER LES SIGNES AVANT-COUREURS DES CONFLITS ET À ENVOYER DES « MISSIONS POLITIQUES DE PRÉVENTION » SI LES CIRCONSTANCES S’Y PRÊTENT

Le Conseil de sécurité s’est déclaré aujourd’hui disposé à examiner promptement les signes avant-coureurs des conflits portés à son attention par le Secrétaire général, y compris l’envoi, si les circonstances s’y prêtent, de missions politiques de prévention.  Cette résolution 2171 (2014) sur la prévention des conflits est la première que le Conseil adopte depuis 2001, a fait observer le représentant de la France.

À l’invitation de leur homologue du Royaume-Uni et Président du Conseil de sécurité pour le mois d’août, les 57 délégations, qui ont pris la parole, n’ont pas hésité à reconnaître qu’en matière de prévention des conflits « le bilan du Conseil est mitigé » alors qu’« il est difficile de penser à une situation pour laquelle nous n’avions pas vu de signes avant-coureurs se dessiner à l’horizon »*.  Difficile, en effet, a estimé le représentant du Canada, d’aborder cette thématique sans ressentir un sentiment d’échec face aux conflits qui font rage en Syrie, au Moyen-Orient, en Iraq, au Soudan du Sud et en République centrafricaine, pour ne citer que ceux-là.  En Syrie, a renchéri le délégué français, la menace était identifiée et le Conseil n’a pas agi faute de consensus.  Mais au Soudan du Sud, c’est le risque qui n’avait pas été suffisamment perçu, faute d’alerte précoce.

Comment le Conseil, « qui devrait servir de détecteur de fumée et non pas uniquement d’extincteur », peut-il aider au mieux les Nations Unies à se doter d’un dispositif systémique d’alerte précoce, d’action rapide et de prévention des conflits?  Dans leur résolution, les membres du Conseil s’engagent à prendre des mesures « rapides et efficaces » pour prévenir les conflits armés et à recourir à cette fin à tous les moyens appropriés qui sont à sa disposition. 

Ils se disent déterminés à employer plus fréquemment et plus efficacement les mécanismes prévus au Chapitre VI de la Charte des Nations Unies, au titre desquels la négociation, l’enquête, la médiation, la conciliation, l’arbitrage, le règlement judiciaire et le recours aux organisations et accords régionaux et sous-régionaux ainsi qu’aux bons offices du Secrétaire général.

Ils reconnaissent aussi l’importance des bureaux régionaux des Nations Unies, des missions politiques spéciales, des opérations de maintien de la paix et de la Commission de consolidation de la paix (CCP) pour empêcher le déclenchement, l’escalade, la poursuite et la reprise des conflits.  S’agissant des missions politiques spéciales, le représentant de la Suisse a estimé que des améliorations concrètes dont celles proposées par le Comité consultatif pour les questions

administratives et budgétaires (CCQAB) constitueraient une avancée importante.  Il a ajouté que l’examen de l’architecture de la consolidation de la paix en 2015 offrira une précieuse occasion de mettre en œuvre les adaptations nécessaires pour renforcer encore la CCP. 

Dans leur résolution, les membres du Conseil de sécurité se déclarent d’emblée disposés à examiner promptement les cas d’alerte rapide portés à leur attention par le Secrétaire général, y compris l’envoi, si les circonstances s’y prêtent, de « missions politiques de prévention ».  Ils invitent aussi ce dernier à lui communiquer des analyses qu’il estime susceptibles de contribuer à la prévention des conflits, notamment en ce qui concerne les cas de violations graves du droit international.  Ils saluent d’ailleurs « le rôle essentiel » que le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme peut jouer en matière de prévention.  Sur le point de quitter la direction de ce Haut-Commissariat, Mme Navi Pillay a mis l’accent sur le plan d’action « Les droits avant tout » qui permet au Secrétaire général d’alerter sur les crises potentielles, y compris les situations qui ne sont pas formellement à l’ordre du jour du Conseil de sécurité.

Elle a aussi suggéré au Conseil de permettre à son successeur de faire des exposés mensuels sur les différentes situations des droits de l’homme et de s’entendre sur la mise en place de missions de surveillance des droits de l’homme rapides, souples et économes en ressources et limitées dans le temps.  Une autre option innovante pourrait s’appuyer sur le nouveau Traité sur le commerce des armes qui exige des exportateurs et des importateurs que les armes ne soient pas utilisées pour commettre des violations.

Le Secrétaire général de l’ONU, que le Conseil prie de présenter, au plus tard le 31 août 2015, un rapport sur les mesures qu’il a prises en vue de promouvoir et de renforcer les instruments de préventions des conflits au sein du système des Nations Unies, a mis en avant cinq points.  M. Ban Ki-moon a cité la nécessité d’assurer une présence précoce, d’améliorer les compétences, de renforcer les partenariats, d’apprendre des erreurs collectives et de reconnaître le caractère « primordial » du pouvoir de persuasion.  Sur ce dernier, M. Ban a expliqué qu’un Secrétaire général peut s’appuyer sur les principes de la Charte qui sont des outils puissants.  Mais pour être efficace, il faut que la communauté internationale soit strictement en phase pour pouvoir habiliter le Secrétaire général à parler au nom d’une « voix commune ».  La capacité du Conseil à agir est évidemment déterminante et c’est pourquoi la France travaille en vue du renoncement volontaire et collectif à l’usage du droit de veto en cas d’atrocité de masse, a rappelé le représentant français.

*   S/2014/572

MAINTIEN DE LA PAIX ET DE LA SÉCURITÉ INTERNATIONALES

Prévention des conflits

Lettre datée du 5 août 2014, adressée au Secrétaire général par le Représentant permanent du Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d’Irlande du Nord auprès de l’Organisation des Nations Unies (S/2014/572)

Texte du projet de résolution S/2014/605

Le Conseil de sécurité,

Rappelant toutes ses résolutions antérieures et les déclarations de son président sur la prévention des conflits armés, la diplomatie préventive, la médiation et le règlement pacifique des différends, en particulier les résolutions 1366 (2001) et 1625 (2005), et les déclarations en date des 22 février 1995 (S/PRST/1995/9), 30 novembre 1999 (S/PRST/1999/34), 20 juillet 2000 (S/PRST/2000/25), 13 mai 2003 (S/PRST/2003/5), 20 septembre 2005 (S/PRST/2005/42), 21 avril 2009 (S/PRST/2009/8), 22 septembre 2011 (S/PRST/2011/18) et 15 avril 2013 (S/PRST/2013/4),

Rappelant également la volonté des peuples des Nations Unies à préserver les générations futures du fléau de la guerre et à proclamer à nouveau leur foi dans les droits fondamentaux de l’homme,

Rappelant en outre l’ensemble des buts et principes énoncés dans la Charte des Nations Unies,

Réaffirmant que c’est à lui qu’incombe la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales, et agissant conformément aux buts et principes de la Charte des Nations Unies,

Réaffirmant également qu’il reste déterminé à œuvrer à la prévention des conflits armés dans toutes les régions du monde,

Se disant déterminé à renforcer l’efficacité de l’Organisation des Nations Unies s’agissant de mettre fin aux conflits armés et d’en prévenir l’éclatement, l’escalade, la propagation et la reprise,

Rappelant que la prévention des conflits demeure une responsabilité première des États, qui ont également pour responsabilité principale de protéger les civils et de respecter et garantir les droits de l’homme de toutes les personnes qui se trouvent sur leur territoire et relèvent de leur juridiction, comme le prescrit le droit international applicable, et réaffirmant la responsabilité de chaque État de protéger sa population contre le génocide, les crimes de guerre, le nettoyage ethnique et les crimes contre l’humanité,

Sachant le rôle que la société civile peut jouer dans la prévention des conflits,

Réaffirmant la nécessité d’adopter une démarche globale en matière de prévention des conflits et d’instauration d’une paix durable, qui comprenne des mesures opérationnelles et structurelles de prévention des conflits armés et s’attaque aux causes profondes des conflits, notamment par le renforcement de l’état de droit aux niveaux international et national et la promotion d’une croissance économique durable, de la lutte contre la pauvreté, du développement social, du développement durable, de la réconciliation nationale, de la bonne gouvernance, de la démocratie, de l’égalité des sexes et du respect et de la protection des droits de l’homme,

Appelant l’attention sur l’importance de détecter et d’examiner au plus tôt les situations qui risquent de dégénérer en conflit armé et soulignant que l’Organisation des Nations Unies, lui y compris, devrait se fier aux indices annonciateurs de conflit potentiel et intervenir rapidement et efficacement pour prévenir, maîtriser ou mettre fin aux conflits, conformément à la Charte des Nations Unies,

Insistant sur le fait que prévenir le déclenchement, la poursuite, l’escalade et la reprise des conflits est un impératif moral, politique et humanitaire absolu, qui présente également des avantages économiques,

Profondément préoccupé par le coût humain élevé des conflits et les souffrances qu’ils engendrent, ainsi que par le coût matériel et économique supporté par les pays directement touchés, et à plus vaste échelle par les régions et la communauté internationale, notamment dans le cadre de la reconstruction sans exclusive des États et des sociétés au lendemain d’un conflit armé, et conscient que la paix, la sécurité et le développement se renforcent mutuellement, y compris s’agissant de la prévention des conflits armés,

Affirmant que toute stratégie globale de prévention des conflits devrait notamment comprendre des mesures d’alerte rapide, de diplomatie préventive, de médiation, de déploiement préventif et de maintien de la paix, des mesures concrètes de désarmement et autres mesures de lutte contre la prolifération et le trafic illicite des armes, des mesures pour amener les auteurs de violations à répondre de leurs actes et des mesures sans exclusive de consolidation de la paix au lendemain des conflits, et reconnaissant que ces éléments sont interdépendants, complémentaires et cumulatifs,

Soulignant quela consolidation de la paix et la Commission de consolidation de la paix jouent un rôle capital pour aider les pays sortant d’un conflit, en particulier par la mobilisation d’un appui international durable pour leur permettre de se doter de capacités essentielles,

Insistant sur le rôle essentiel que le Secrétaire général joue en matière de prévention des conflits armés, notamment par son action d’alerte rapide,

Insistant également sur l’importance des efforts déployés par le Secrétaire général pour renforcer son rôle au regard de l’Article 99 de la Charte des Nations Unies,

Prenant note du rapport du Secrétaire général « Les fruits de la diplomatie préventive » (S/2011/552) et des recommandations qui y sont formulées sur les mesures à prendre pour maximiser les chances de succès des efforts de diplomatie préventive de l’Organisation des Nations Unies,

Notant que le terrorisme joue un rôle majeur dans un nombre croissant de conflits et que la lutte contre l’incitation à commettre des actes terroristes motivés par l’extrémisme et l’intolérance et contre les conditions qui favorisent la propagation du terrorisme peut compléter les efforts de prévention des conflits,

Soulignant l’importance qu’il y a à tenir les auteurs d’infractions responsables de leurs actes pour prévenir les conflits futurs, empêcher de nouvelles violations graves du droit international, y compris le droit international humanitaire et le droit des droits de l’homme, et permettre l’instauration d’une paix durable, de la justice, de la vérité et de la réconciliation, et mettant à cet égard l’accent sur la responsabilité qui incombe aux États de faire cesser l’impunité et, à cette fin, de mener des enquêtes approfondies et poursuivre en justice les auteurs de génocide, de crimes contre l’humanité, de crimes de guerre et d’autres violations graves du droit international humanitaire et du droit international des droits de l’homme,

Soulignant également que les actions et poursuites engagées devant les juridictions pénales internationales, les tribunaux spéciaux, les tribunaux mixtes et les chambres spécialisées des juridictions nationales sont venues renforcer la lutte contre l’impunité du génocide, des crimes contre l’humanité, des crimes de guerre et d’autres crimes odieux, et permettre d’en amener les auteurs à répondre de leurs actes, prenant note à cet égard de la contribution apportée par la Cour pénale internationale, conformément au principe de complémentarité avec les juridictions pénales nationales, tel que consacré par le Statut de Rome, pour amener les responsables de ces crimes à en répondre, et redisant qu’il importe que les États coopèrent avec ces juridictions conformément aux obligations qu’ils ont souscrites en la matière,

Réaffirmant que les femmes jouent un rôle important dans la prévention et le règlement des conflits et la consolidation de la paix, et demandant de nouveau qu’elles participent davantage et soient associées de plus près, de manière pleine et effective et sur un pied d’égalité, aux activités de prévention des conflits et de médiation, dans toute leur complémentarité, conformément aux résolutions 1325 (2000), 1820 (2008), 1888 (2009), 1889 (2009), 1960 (2010), 2106 (2013) et 2122 (2013),

Se déclare résolu à poursuivre l’objectif de la prévention des conflits armés, en tant que partie intégrante de sa responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales;

Demande à tous les Étatsde redoubler d’efforts pour préserver le monde du fléau de la guerre et des conflits;

Rappelle que la prévention des conflits demeure au premier chef la responsabilité des États et que les actions prises par l’ONU dans le domaine de la prévention des conflits devraient venir appuyer et compléter, comme il convient, l’action des gouvernements dans ce domaine;

Réaffirme que les États sont tous tenus de régler leurs différends internationaux par des moyens pacifiques, notamment par voie de négociation, d’enquête, de bons offices, de médiation, de conciliation, d’arbitrage et de règlement judiciaire, ou tout autre moyen pacifique de leur choix;

Rappelle le Chapitre VI de la Charte, en particulier ses Articles 33 et 34, et redit l’importance qu’il attache au règlement des différends par des moyens pacifiques et à l’adoption des mesures préventives voulues pour faire face aux différends ou aux situations dont la prolongation est susceptible de menacer le maintien de la paix et de la sécurité internationales;

Reconnaît que certains mécanismes prévus au Chapitre VI de la Charte pouvant servir à la prévention des conflits, au titre desquels la négociation, l’enquête, la médiation, la conciliation, l’arbitrage, le règlement judiciaire et le recours aux organisations et accords régionaux ou sous-régionaux, ainsi que les bons offices du Secrétaire général, n’ont pas été pleinement utilisés et souligne qu’il est déterminé à préconiser un recours plus fréquent et plus efficace à ces mécanismes et à lui-même les employer plus fréquemment et plus efficacement;

Sait l’importance du rôle que jouent les entités suivantes, aux côtés des organisations et accords régionaux et sous-régionaux, pour empêcher le déclenchement, l’escalade, la poursuite et la reprise des conflits :

–        Les bureaux régionaux des Nations Unies;

–        Les missions politiques spéciales;

–        Les opérations de maintien de la paix;

La Commission de consolidation de la paix;

Sait également que les sanctions imposées au titre des dispositions pertinentes de la Charte des Nations Unies sont un outil essentiel du maintien et du rétablissement de la paix et de la sécurité internationales et peuvent contribuer à instaurer des conditions propices au règlement pacifique des situations qui menacent ou perturbent la paix et la sécurité internationales et faciliter la prévention des conflits;

Encourage le Secrétaire général à continuer de recourir davantage à ses bons offices, en envoyant des représentants, des envoyés spéciaux et des médiateurs, pour aider à parvenir à des règlements durables, globaux et sans exclusive et l’invite à continuer d’intervenir à un stade précoce pour prévenir les conflits potentiels;

Invite les missions politiques spéciales et opérations de maintien de la paix sur le terrain à renforcer leurs capacités d’évaluation et d’analyse en vue d’empêcher toute reprise des conflits dans le cadre de leurs mandats respectifs;

Est conscient que la médiation est un important moyen de règlement pacifique des différends, y compris dans toute la mesure possible à titre préventif et avant que les différends ne dégénèrent en violence, et salue les efforts faits par le Secrétaire général pour continuer de renforcer les capacités d’appui à la médiation des Nations Unies, notamment le Groupe de l’appui à la médiation en tant que service chargé de fournir un appui à la médiation au système des Nations Unies, conformément aux mandats convenus;

Se déclare disposé à examiner promptement les cas d’alerte rapide portés à son attention par le Secrétaire général, y compris l’envoi, si les circonstances s’y prêtent, de missions politiques de prévention, et invite le Secrétaire général à appeler son attention sur toute affaire qui, à son avis, pourrait mettre en danger le maintien de la paix et de la sécurité internationales, conformément à l’Article 99 de la Charte des Nations Unies;

Est conscient que les graves atteintes et violations du droit international des droits de l’homme ou du droit international humanitaire, y compris les violences sexuelles et sexistes, peuvent être un indice annonciateur d’une plongée dans un conflit ou d’une escalade d’un conflit, ainsi que la conséquence de celle-ci, et demande aux États qui ne l’ont pas encore fait d’envisager de ratifier les instruments relatifs au droit international humanitaire, au droit des droits de l’homme et au droit des réfugiés, et de prendre les mesures voulues pour les faire appliquer sur le plan interne et contribuer ainsi à une prévention prompte des conflits;

Invite le Secrétaire général à continuer de lui communiquer des informations et des analyses qu’il estime susceptibles de contribuer à la prévention des conflits armés, notamment en ce qui concerne les cas de violations graves du droit international, notamment du droit international humanitaire et du droit des droits de l’homme, ainsi que les situations de conflit potentiel qui ont pour origine, entre autres, des différends ethniques, religieux et territoriaux, la pauvreté et l’absence de développement;

S’engage à prendre des mesures rapides et efficaces pour prévenir les conflits armés et à recourir à cette fin à tous les moyens appropriés qui sont à sa disposition, conformément aux dispositions de la Charte des Nations Unies;

Rappelle le rôle essentiel joué par les Conseillers spéciaux du Secrétaire général pour la prévention du génocide et la responsabilité de protéger, qui font notamment office de mécanisme d’alerte rapide pour prévenir l’apparition de situations pouvant déboucher sur un génocide, des crimes contre l’humanité, des crimes de guerre et le nettoyage ethnique, et le rôle important que la Représentante spéciale chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit et la Représentante spéciale pour le sort des enfants en temps de conflit armé peuvent jouer en matière de prévention des conflits, demande aux États de s’engager de nouveau à prévenir et à combattre le génocide et d’autres crimes graves au regard du droit international, et réaffirme les dispositions des paragraphes 138 et 139 du Document final du Sommet mondial de 2005 (A/60/L.1) sur la responsabilité de protéger les populations du génocide, des crimes de guerre, du nettoyage ethnique et des crimes contre l’humanité;

Salue le rôle essentiel que le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et le Bureau du Conseiller spécial pour la prévention du génocide peuvent jouer en matière de prévention des conflits et salue également le rôle que leurs exposés sur les violations des droits de l’homme et les discours haineux jouent pour déceler au plus tôt les conflits potentiels;

Souligne que les femmes et la société civile, notamment les organisations féminines et les personnalités locales, officielles et officieuses, peuvent jouer un rôle important en usant de leur influence auprès des parties à un conflit armé et réaffirme que, pour poursuivre avec plus de succès la prévention des conflits, il faut renforcer la participation des femmes à toutes les étapes de la médiation et du règlement des conflits et se pencher davantage sur les questions relatives à la problématique hommes-femmes dans tous les débats intéressant la prévention des conflits;

Prie de nouveau le Secrétaire général, ses envoyés spéciaux et ses représentants spéciaux auprès des missions des Nations Unies de lui communiquer, à l’occasion de leurs exposés périodiques, des renseignements actualisés sur les progrès accomplis en ce qui concerne la participation des femmes, notamment dans le cadre de consultations avec la société civile, y compris les organisations féminines, aux débats consacrés à la prévention et au règlement des conflits, au maintien de la paix et de la sécurité et à la consolidation de la paix après les conflits;

Se déclare résolu à examiner et utiliser les outils du système des Nations Unies pour faire en sorte que les systèmes d’alerte concernant les conflits potentiels débouchent sur l’adoption rapide, par ou en coordination avec l’organisme compétent des Nations Unies ou l’acteur régional le plus indiqué, de mesures préventives concrètes, visant notamment à protéger les civils, conformément à la Charte des Nations Unies;

Encourage le règlement pacifique des différends d’ordre local au moyen d’accords régionaux conformément au Chapitre VIII de la Charte, salue les efforts déployés pour renforcer la coopération opérationnelle et institutionnelle entre l’Organisation des Nations Unies et les organisations régionales et sous-régionales en matière de prévention des conflits, et réaffirme à cet égard qu’il importe de continuer à renforcer le dialogue stratégique et les partenariats et de promouvoir des échanges de vues et d’informations plus réguliers au niveau opérationnel, afin d’accroître les capacités nationales et régionales relativement à la diplomatie préventive;

Appelle à resserrer la coopération et à renforcer les capacités avec les organisations et accords régionaux et sous-régionaux en vue de prévenir les conflits armés, leur propagation et leurs effets, notamment par le biais de la coopération dans le cadre des mécanismes d’alerte rapide, et de contribuer à prendre des mesures préventives, conformément au Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies;

Réaffirme son soutien aux travaux de la Commission de consolidation de la paix et dit qu’il demeure prêt à faire appel à ses services en matière de conseil, de sensibilisation et de mobilisation des ressources aux fins des activités de consolidation de la paix;

Réaffirme sa volonté de renforcer ses relations avec la société civile, y compris, le cas échéant, dans le cadre de réunions informelles et souples avec des représentants de la société civile pour procéder à des analyses et des échanges de vues sur la question de la prévention des conflits armés;

Prie le Secrétaire général de lui présenter, au plus tard le 31 août 2015, un rapport sur les mesures qu’il a prises en vue de promouvoir et de renforcer les instruments de prévention des conflits au sein du système des Nations Unies, notamment grâce à la coopération avec les organisations régionales et sous-régionales;

Décide de rester activement saisi de la question.

Déclarations

M. BAN KI-MOON, Secrétaire général de l’ONU, qui a rendu hommage à la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Mme Navi Pillay, pour sa dernière intervention en cette qualité devant le Conseil de sécurité, a affirmé que l’une de ses principales priorités en tant que Secrétaire général était d’améliorer la capacité de l’Organisation à agir rapidement et à agir préventivement.

Si l’on ne s’attaque pas aux crises émergentes, celles-ci risquent de devenir plus importantes et plus coûteuses pour tous, a-t-il dit, notant que le débat d’aujourd’hui avait lieu alors que le monde était en proie à de multiples conflits violents.  Cela met en évidence l’ampleur du défi de la prévention et la nécessité de réexaminer et d’affiner l’approche de l’ONU, a-t-il souligné.

M. Ban, qui a rappelé la célébration cette année du centième anniversaire de la Première Guerre mondiale, a estimé que l’on ne pouvait parler de tendances positives lorsque l’on voyait ce qui se passe en Syrie, en Iraq, à Gaza, au Soudan du Sud, en République centrafricaine, en Ukraine ou ailleurs.

Les événements du monde d’aujourd’hui démontrent clairement la nature changeante et la complexité des conflits contemporains, a déclaré le Secrétaire général, expliquant que de nombreux pays étaient confrontés à des cycles répétés de troubles et à des guerres civiles qui ne sont plus contenues par les frontières nationales.  Des menaces complexes tendent à émerger dans un contexte de fragilité de l’État, d’extrême pauvreté, de faiblesse des institutions, de manque de leadership rassembleur, de porosité des frontières et de marginalisation des populations.

Le terrorisme et la criminalité organisée alimentent la violence et l’instabilité, a ajouté le Secrétaire général, notant que la distinction entre terroristes, opposition armée et entreprises criminelles sont floues.  Ces modes de violence en évolution constituent un défi majeur pour le travail commun de prévention.

Le Conseil de sécurité, qui a la responsabilité principale du maintien de la paix et la sécurité internationales, a une responsabilité unique, a-t-il dit.

Le Secrétaire général a ainsi mis en avant cinq points.  Il a insisté en premier lieu sur la nécessité d’assurer une présence précoce.  Il ne s’agit pas seulement, selon lui, de l’alerte précoce, mais aussi de mesures d’action précoce: mobiliser rapidement une action diplomatique efficace et unifiée pour désamorcer les tensions, exhorter à la retenue et ouvrir un espace de dialogue avant que les perspectives ne deviennent plus dures et plus hostiles.

Il convient en outre d’améliorer nos compétences.  La prévention et la médiation des conflits sont en effet des domaines complexes et de plus en plus spécialisés, a—t-il estimé, précisant que des progrès ont été réalisés dans l’élaboration d’une expertise de haute qualité dans des contextes aussi variés que les négociations de paix, les réformes constitutionnelles, les processus électoraux et les dialogues nationaux.

Troisièmement, a poursuivi le Secrétaire général, les partenariats sont essentiels.  Il est impossible de réussir sans bâtir des coalitions, a-t-il souligné, se déclarant encouragé par le nombre de nouvelles initiatives de paix et de sécurité qui ont émergé, et par les partenariats stratégiques avec les organisations régionales et sous-régionales au Sahel, dans la région des Grands Lacs, en République centrafricaine et ailleurs.

Ensuite, il faut apprendre des erreurs collectives, a-t-il dit.  Il a rappelé que son initiative « Les droits avant tout » plaçait les considérations relatives aux droits de l’homme au centre des efforts des Nations Unies sur le terrain, au Siège et dans les discussions avec les États Membres.  Elle vise à éviter les défaillances systémiques du passé et à reconnaître que les violations des droits de l’homme sont des signaux d’alerte d’atrocités de masse.

Enfin, le pouvoir de persuasion est primordial.  Le Secrétaire général, a-t-il dit, peut s’appuyer sur les principes de la Charte des Nations Unies et utiliser ce moyen.  Ce sont des outils puissants en tant que tels et qui reflètent une compréhension commune entre les États Membres.  Mais pour être efficaces, ils ont besoin que la communauté internationale soit strictement en phase pour pouvoir habiliter le Secrétaire général à prendre la parole au nom d’une voix commune.

Lorsque les États Membres unissent leurs forces, il est possible de faire beaucoup, a déclaré M. Ban, rappelant que le consensus du Conseil de sécurité sur l’élimination des armes chimiques en Syrie représentait un exemple récent.  Même modestes, ces actions des Nations Unies peuvent avoir un impact important lorsque l’on dispose du soutien uni d’un Conseil de sécurité qui s’exprime d’une seule voix, en vue d’un engagement précoce.

Le temps d’une nouvelle ère de collaboration, de coopération et d’action du Conseil de sécurité est venu, a conclu le Secrétaire général.

Mme NAVI PILLAY, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, qui s’exprimait devant le Conseil de sécurité quelques jours seulement avant la fin de mon mandat, a estimé que la prévention des conflits était complexe, mais pouvait être atteinte.  Elle a ainsi cité les exemples réussis en Afrique du Sud, son propre pays, où l’ONU a contribué à mettre fin à 300 ans d’injustice en condamnant l’apartheid et en imposant des sanctions avant que des institutions démocratiques fussent mises en place pour résoudre les conflits futurs.  Elle a aussi cité les cas du Népal, de la Guinée ou de la Colombie.

Les droits de l’homme sont toujours au cœur de la prévention des conflits, a poursuivi Mme Pillay, précisant que les années d’expérience de son bureau avaient permis de développer un certain nombre de bonnes pratiques qui permettent de s’attaquer aux causes et aux racines des conflits.

La Haut-Commissaire en a cité trois: le renforcement des capacités des acteurs de la société civile; l’accroissement de la participation des femmes à la prise de décisions et au dialogue; et le traitement de la responsabilité institutionnelle et individuelle pour les violations passées des droits de l’homme.

Mme Pillay a néanmoins souligné que le conflit en Syrie présentait des métastases dans d’autres pays à cause d’un processus incontrôlable dont les limites éventuelles ne sont pas prévisibles.  D’autres conflits complexes et potentiellement à haut risque sont en cours en Afghanistan, en République centrafricaine, en République démocratique du Congo (RDC), en Iraq, en Libye, au Mali, dans le Territoire palestinien occupé, en Somalie, au Soudan du Sud, au Soudan et en Ukraine, a-t-elle ajouté, observant que ces crises représentaient l’échec de la communauté internationale à prévenir les conflits. 

Ces conflits combinent les bains de sang et la destruction des infrastructures avec des phénomènes transnationaux aigus de déstabilisation, notamment le terrorisme, de prolifération des armes interdites, de crime organisé et de spoliation des ressources naturelles.

Aucune de ces crises n’a éclaté sans avertissement, a-t-elle déclaré, notant que les systèmes d’alerte précoce, tels que les 51 experts des Procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme et l’examen systématique par les organes de traités avaient joué leur rôle d’alerte à plusieurs reprises. 

Pour la Haut-Commissaire, lorsque les gouvernements ne peuvent pas ou ne veulent pas protéger leurs citoyens, il est de la responsabilité de la communauté internationale, et en particulier du Conseil de sécurité, d’intervenir, et de déployer toute la gamme de bureaux, d’assistance, de bonnes incitations et de contraintes à sa disposition pour désamorcer les éléments déclencheurs de conflit.

Mme Pillay s’est dite convaincue du fait qu’une plus grande réactivité de ce Conseil aurait sauvé des centaines de milliers de vies.  Selon elle, l’utilisation du droit de veto pour arrêter les actions destinées à prévenir ou désamorcer les conflits est une tactique contre-productive.  Elle a également constaté que la souveraineté des États était souvent invoquée pour détourner l’action des Nations Unies dans la prévention des violations graves des droits de l’homme.

Le Conseil de sécurité peut adopter un certain nombre d’approches novatrices pour prévenir les menaces à la paix et la sécurité internationales, a poursuivi la Haut-Commissaire, mettant en outre l’accent sur le plan d’action « Les droits avant tout » qui permet au Secrétaire général d’être davantage proactif en alertant sur les crises potentielles, y compris les situations qui ne sont pas formellement à l’ordre du jour du Conseil.

Afin de renforcer l’alerte précoce, le Conseil pourrait aussi demander davantage et plus régulièrement des rapports sur les droits de l’homme, proposant par exemple que son successeur puisse présenter des exposés mensuels.

Enfin, selon Mme Pillay, le Conseil pourrait s’entendre sur la mise en place de missions de surveillance des droits de l’homme rapides, souples et économes en ressources et limitées dans le temps.  Une autre option innovante pourrait s’appuyer sur le nouveau Traité sur le commerce des armes, qui exige des exportateurs et des importateurs, que les armes ne soient pas utilisées pour commettre des violations.

M. MARK LYALL-GRANT (Royaume-Uni) a invité le Conseil de sécurité à prendre plus au sérieux son rôle en matière de prévention des conflits.  Notant l’évolution des conflits au cours de ces dernières années, marquées par des conflits internes, il a estimé qu’il était plus important « de prévenir que de guérir ».  Le Conseil de sécurité doit pouvoir détecter les signes d’un conflit et empêcher qu’il n’éclate et non pas avoir à y mettre fin, a-t-il dit, en faisant référence au Chapitre VI de la Charte des Nations Unies.  Les causes des guerres civiles sont complexes, a-t-il aussi fait remarquer, avant de proposer d’entendre régulièrement des exposés sur les signes avant-coureurs, et ce, par des représentants de tout le système des Nations Unies.  Il a aussi souligné les mérites du déploiement de petites équipes sur le terrain.

D’autres acteurs ont un rôle à jouer, a estimé le représentant britannique, tout en appelant à faire preuve de souplesse.  De leur côté, les États doivent désamorcer les crises, respecter la démocratie et instaurer des institutions solides.  Il a aussi recommandé de mieux utiliser les outils de prévention, comme la médiation, qu’offre la Charte des Nations Unies, citant notamment ce qui a été réalisé en Guinée et au Yémen.  M. Lyall Grant a ensuite déclaré que la résolution que le Conseil de sécurité vient d’adopter rappelle le rôle clef des différents acteurs et souligne la nécessité de prendre en compte la consolidation de la paix à toutes les étapes.  Il a demandé au Conseil de sécurité de faire preuve de courage pour agir dès les premiers signes d’un conflit.  Il faudrait envisager les remèdes les plus efficaces et déterminer ceux qui doivent les administrer, a-t-il dit avant de conclure.

M. JACQUES FLIES (Luxembourg) a relevé que même si le Conseil de sécurité est parfois pris de court par l’émergence d’une situation de crise, il n’y a pas de conflit qui ne soit accompagné de signes avant-coureurs.  Prévenir ces conflits reviendrait à savoir percevoir les signes, les analyser et les comprendre pour prendre les mesures les plus adéquates et les plus efficaces et éviter que la situation ne dégénère en conflit ouvert.  Le représentant a souligné que le Chapitre VI de la Charte des Nations Unies énumère des outils auxquels les États et le Conseil de sécurité peuvent recourir pour régler de façon pacifique les différends.  Il a cité entre autres la négociation, l’enquête, la médiation, la conciliation et l’arbitrage.

Pour lui, le Conseiller spécial du Secrétaire général pour la prévention du génocide et celui pour la responsabilité de protéger ont un rôle crucial à jouer dans la prévention des conflits.  Le Conseil de sécurité gagnerait à les inviter plus souvent.  Le représentant a aussi rappelé qu’en vertu de la Charte, le Secrétaire général peut contribuer à la prévention des conflits, notamment en attirant l’attention du Conseil sur toute affaire qui pourrait compromettre la paix et la sécurité internationales.  Il a en outre noté qu’une prévention des conflits digne de ce nom ne saurait ignorer le caractère cyclique des conflits lié aux causes profondes qui déclenchent et entretiennent les tensions.  Il a cité de ce fait des causes comme la pauvreté, la discrimination, l’absence d’état de droit ou l’impunité.  M. Flies a également souligné qu’en cette année de commémoration du centenaire de la Grande Guerre, il est naturel que nous jetions un regard interrogateur sur les causes des conflits passés, afin, a-t-il expliqué, de ne pas répéter les erreurs.

M. LIU JIEYI (Chine) a noté que la prévention des conflits a toujours été un objectif de la communauté internationale.  Le Conseil de sécurité a joué un rôle actif en la matière, aidé par la Charte des Nations Unies qui est la pierre angulaire de la prévention.  Le représentant a insisté sur la médiation et le dialogue, ainsi que sur le respect strict des principes de la Charte en cas de recours à la force.  Pour lui, les mesures doivent être adaptées aux différents contextes, compte tenu des circonstances particulières de chaque pays.  Il faut s’appuyer sur des informations fiables et éviter les interventions hâtives.  Il faut s’attaquer aux causes fondamentales des conflits. 

Les Nations Unies, a-t-il poursuivi, doivent épauler les pays, notamment ceux émergeant d’un conflit, à œuvrer en faveur de la cohésion sociale.  Elles doivent faire appel aux organisations régionales et mettre l’accent sur l’intégrité territoriale et le droit au développement.   

M. CRISTIÁN BARROS MELET (Chili) a regretté que dans la résolution qui doit être adoptée aujourd’hui, aucune référence ne soit faite au droit à la vérité consacré par la Convention internationale sur la protection des personnes en cas de disparition forcée.  La prévention des conflits doit être envisagée dans un cadre pluridimensionnel, a-t-il recommandé.  Le Conseil de sécurité doit faire partie intégrante de cette approche pluridimensionnelle et prendre en compte la perspective de l’égalité des sexes.  Tous les États sont tenus de résoudre leurs conflits par des moyens pacifiques, a-t-il rappelé.  Il a salué les travaux des tribunaux internationaux et notamment de la Cour internationale de Justice (CIJ).  Il a réaffirmé la Déclaration adoptée par l’Assemblée générale le 24 septembre 2012 et notamment son paragraphe 28 qui mentionne la contribution du Conseil de sécurité au droit international.

M. CHRISTOPHER KLEIN(États-Unis) a relevé que les conflits en cours dans le monde engagent de plus en plus les acteurs non étatiques, une réalité que la communauté internationale n’avait pas imaginée lors de la création de l’Organisation des Nations Unies.  Il a salué ensuite les efforts du Département des affaires politiques de l’ONU qui ont permis de prévenir des conflits dans le monde comme en Guinée ou dans d’autres pays par le biais des mécanismes tels que le déploiement d’envoyés spéciaux, de médiateurs ou encore les bons offices du Secrétaire général.

Le représentant a par ailleurs noté que la consolidation de la paix était également un processus important, en ajoutant également que les cas de violences sexuelles sont parfois des éléments précurseurs des conflits ou des conséquences.  À cet égard, il a cité le rôle de groupes comme l’État islamique en Iraq et au Levant (EIIL) dans les conflits en Iraq et en Syrie et de Boko Haram au Nigéria.  Sa délégation, a-t-il dit, se félicite de l’adoption, aujourd’hui, d’une résolution qui permettra au Conseil d’agir à temps pour prévenir des conflits.

M. MAHAMAT ZENE CHERIF (Tchad) a regretté que le Conseil de sécurité ne réagisse, le plus souvent, qu’après l’émergence des conflits.  « Rien ne peut expliquer l’incapacité du Conseil de sécurité à prévenir les conflits dès les signes avant-coureurs », a-t-il noté.  Évoquant ensuite le génocide au Rwanda en 1994 et les crises et conflits en cours à travers le monde, il a estimé que l’ONU et, en particulier le Conseil de sécurité, ne jouait pas son rôle en matière de prévention des conflits.  Il a demandé au Conseil de sécurité à s’acquitter de ses responsabilités en adoptant une nouvelle approche de prévention des conflits qui tienne compte du développement humain de chaque État, tout en évitant l’intervention de forces extérieures qui crée, parfois, plus de problèmes qu’elle n’en résout.  Les Nations Unies auraient pu faire l’économie de leurs efforts si une bonne stratégie de prévention était mise en place, a déclaré le représentant.  Il a regretté par ailleurs que les contradictions internes au sein du Conseil de sécurité soient un frein aux efforts de prévention des conflits.  Il a aussi invité les Nations Unies à renforcer leur coopération avec les organisations régionales, en particulier l’Union africaine.

M. OLIVIER NDUHUNGIREHE (Rwanda) a approuvé la volonté de passer à une culture de prévention, un domaine qui est devenu la pierre angulaire du Conseil de sécurité après le génocide de 1994 au Rwanda.  Les activités du Conseil de sécurité dans les années passées ont montré qu’on s’intéressait davantage à la gestion des crises, a-t-il cependant noté, constatant que les débats thématiques sur la prévention des conflits n’étaient organisés qu’une ou deux fois par an.  Les Nations Unies devraient être souples et appliquer des mesures structurelles pour réagir aux signes précoces de conflit, a-t-il recommandé. Il faut aussi, a-t-il ajouté, comprendre les causes profondes du conflit, y compris les dimensions socioéconomiques et culturelles.  La réaction rapide est un autre élément essentiel, a-t-il dit.  En ce qui concerne la capacité du Secrétariat en matière de prévention du conflit, le représentant a apprécié le concept de responsabilité de protéger et le renforcement de la capacité d’alerte précoce, mais a regretté que cet outil soit trop rarement utilisé.  Enfin, il a reconnu le rôle important que jouent les organisations régionales dans la prévention des conflits, notamment l’Union africaine.  Il a aussi salué le rôle de la Commission de consolidation de la paix.

Mme RAIMONDA MURMOKAITĖ (Lituanie) a estimé qu’un cas flagrant de l’échec du Conseil à agir fut celui de génocide au Rwanda, dont le vingtième anniversaire a été commémoré en début d’année.  Les exemples abondent où les mesures prises étaient insuffisantes, trop tardives ou trop coûteuses en vies humaines et en ressources pour faire face efficacement à des crises véritables. 

Néanmoins, a dit la délégation, l’ONU a pu utiliser ses pouvoirs de manière proactive et décisive réussissant à éviter des crises majeures, comme au Yémen, où les efforts persistants du Conseiller spécial du Secrétaire général, récemment renforcés par un régime de sanctions, ont empêché une situation volatile de dégénérer en une guerre civile.

Ainsi que le montre le projet de résolution d’aujourd’hui, la prévention des conflits est une entreprise complexe composée de différents éléments interdépendants et complémentaires.  La délégation a mis l’accent sur la nécessité d’une plus grande synergie et d’une plus grande interactivité entre les capacités d’alerte rapide de l’ONU et celles des organisations régionales et sous-régionales.

De même, pour améliorer sa capacité de prévention, le Conseil doit faire un meilleur usage de l’information sur le terrain grâce aux dialogues interactifs et aux séances d’information, y compris sur les situations préoccupantes qui ne sont pas formellement à son ordre du jour. 

La délégation lituanienne reconnaît la médiation comme un outil important pour désamorcer les conflits émergents.  Les bons offices du Secrétaire général et des médiateurs des Nations Unies devraient être engagés le plus tôt possible, avec toute la discrétion nécessaire.  Pour améliorer l’efficacité de cet instrument particulier, un soutien doit être fourni au Groupe d’appui à la médiation, à l’Équipe de réserve pour l’appui à la médiation et au Fichier d’experts.

M. MARIO OYARZÁBAL (Argentine) a remarqué que si la nature des conflits a changé, ce qui n’a pas changé c’est qu’on peut les prévenir.  Il a regretté qu’on ne réagisse pas assez vite lorsque s’annoncent les conflits et s’est alarmé de la multiplication des crises humanitaires.  Le principe fondamental de la souveraineté oblige les États à réagir en premier lieu dans le cas de conflit interne ou externe.  L’intervention du Conseil de sécurité n’est possible que dans les cas de menace à la paix et à la sécurité internationales, a-t-il rappelé.  Il a encouragé la communauté internationale à remédier aux causes fondamentales des conflits, comme la pauvreté et les besoins de développement durable.  Il a aussi recommandé de faire mieux face au terrorisme.  Il a espéré que le renouvellement de l’engagement du Conseil de sécurité en faveur de la prévention des conflits se traduirait dans les faits et a demandé, par ailleurs, que l’on arrive à une réglementation internationale sur les armes classiques.

M. USMAN SARKI(Nigéria) a dit qu’au vu des conflits qui essaiment à travers le globe, « les gens sont en droit de se demander si c’est la fin des temps ou l’apocalypse qui s’annonce ».  Il a noté que la coopération entre les Nations Unies et les organisations régionales, tout comme les missions de bons offices sont des mécanismes à renforcer dans le cadre de la prévention des conflits.  Il a évoqué les causes des conflits, telles que la lutte pour l’accès aux ressources naturelles ou encore l’absence de bonne gouvernance et d’état de droit. 

Il a indiqué que les conflits sapent le développement et que leur prévention est économiquement profitable, expliquant ainsi qu’un dollar investi dans la prévention permettrait d’économiser 10 dollars dans la résolution.  Il a déploré la prolifération des armes qui tombent ainsi entre les mains de groupes armés non étatiques.  Il a dit que la prospective et la prévention sont des approches que le Conseil devrait mettre en pratique, invitant le Secrétaire général à jouer un rôle plus important dans cette optique, et plaidant afin que les Nations Unies puisse utiliser les ressources adéquates pour prévenir les conflits.

Mme PHILIPPA KING (Australie) a rappelé qu’une guerre civile anéantissait les ressources d’un pays pendant 30 ans, sans compter les conséquences dévastatrices sur plusieurs générations.  Elle a ainsi fait remarquer que si les efforts de prévention déployés en Guinée n’avaient coûté que 10 millions de dollars, le budget de la plus petite opération de maintien de la paix déployée par les Nations Unies était cinq fois supérieur à ce montant.  La plus grande opération de maintien de la paix coûte 150 fois plus, a-t-elle ajouté.  C’est pourquoi, la représentante de l’Australie a appelé à établir un système efficace pour détecter les signes précurseurs des conflits, notamment en renforçant la coopération avec les organisations régionales.  Outre la collecte d’informations, elle a suggéré au Conseil de développer une stratégie de prévention efficace.  Elle a souligné le rôle proactif que doit jouer le Département des affaires politiques, ainsi que l’importance d’exposés plus fréquents du Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme.  Les représentants et conseillers spéciaux, ainsi que la Directrice exécutive d’ONU-Femmes devraient être entendus plus régulièrement par le Conseil, a-t-elle estimé.

Le Conseil a tendance à hésiter entre une réponse précoce et le rôle clef qui incombe en premier lieu aux acteurs nationaux en matière de prévention, a noté Mme King, qui l’a invité à trouver le juste équilibre afin de répondre plus efficacement aux situations dont il est saisi.  Le Conseil dispose d’un éventail d’outils en matière de prévention, a-t-elle estimé, en lui recommandant, selon la nature de la situation, d’établir une mission d’établissement des faits ou une commission d’enquête, d’utiliser l’initiative « Les droits avant tout », de mieux intégrer les sanctions dans les réponses ou de renforcer la reddition de comptes.  Elle a aussi souligné l’importance de la responsabilité de protéger dans les cas d’atrocités de masse.  Enfin, elle a souhaité davantage de visites préventives du Conseil de sécurité, comme celle menée en Indonésie et au Timor oriental en 1999.

M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a rappelé que la responsabilité principale de la prévention des conflits incombe aux États eux-mêmes.  Toute action internationale dans ce domaine, même dans le cadre de l’ONU, ne peut se faire qu’avec l’accord de l’État concerné et ne saurait être imposée, a-t-il exigé.  Il a estimé que le Conseil de sécurité avait fait, à plusieurs reprises, des propositions à la limite de l’ingérence.  « Point trop n’en faut », a-t-il commenté.  Il a estimé que les actions de certains États influents vont à l’encontre de la prévention des conflits et entrainent des crises graves et la déstabilisation de pays et de régions tout entières.  Il a cité à cet égard les cas de l’Iraq et de la Libye.  En Ukraine, a-t-il ajouté, certains pays poussent Kiev à poursuivre l’effusion de sang en rejetant un règlement pacifique. 

L’ONU a une légitimité unique et un rôle important à jouer dans la prévention des conflits, a affirmé M. Churkin, en rappelant qu’elle devait utiliser les outils à sa disposition.  Mais, a-t-il tempéré, « on ne saurait prendre la température et prescrire une ordonnance standard ».  Parfois, la méthodologie utilisée n’est pas transparente et a un caractère engagé.  Le représentant a refusé la tentative du Conseil de sécurité de prendre des mesures sur la base des évaluations du Secrétaire général, estimant que cela limitait l’action.  Le désarmement et les actions politiques sont des questions examinées par l’Assemblée générale et si le Conseil de sécurité peut les analyser, il doit rédiger ses rapports de manière professionnelle et impartiale, en se concentrant sur les mesures pratiques proposées.  M. Churkin a jugé prématuré de parler d’architecture de la prévention des conflits tant que la question n’a pas fait l’objet d’un débat auquel auraient participé tous les États.

Pour Mme DINA KAWAR(Jordanie), la survenance de nombreux conflits dans le monde ne signifie pas que la Charte des Nations Unies n’est plus valable.  Elle a invité la communauté internationale à mettre en œuvre tous les articles de la Charte pour prévenir les conflits.  Elle a souhaité que les activités du Conseil de sécurité ne soient pas politisées, car cela met en péril sa capacité à prévenir les conflits.  Au sujet de la nouvelle résolution adoptée aujourd’hui, elle a émis le vœu que les méthodes pacifiques, telles que prescrites par le Chapitre VI de la Charte, soient véritablement mises en œuvre.

La représentante a par ailleurs souhaité que, au vu des signes avant-coureurs, le Secrétaire général puisse rapidement informer le Conseil afin que ce dernier puisse adopter des mesures urgentes de prévention des conflits.  Elle a aussi souhaité que les organisations régionales puissent jouer un rôle de premier plan dans cette prévention.

M. ALEXIS LAMEK (France) a estimé que la multiplication des crises dans plusieurs régions du monde rappelle combien il faut encore améliorer les outils de prévention.  Dans certains cas, la menace était identifiée mais le Conseil n’a pas agi, faute de consensus.  Le représentant a dit penser à la Syrie où le blocage d’une action précoce du Conseil et des Nations Unies a, sans doute, permis à la crise d’atteindre le degré de gravité actuel.  Dans d’autres cas, le risque n’a pas été suffisamment perçu, faute d’alerte précoce.  Là, il a dit penser au Soudan du Sud, où la montée des tensions et des violences n’a pas reçu de réponse adoptée jusqu’à l’éclatement des hostilités. 

Il faut, a conseillé le représentant, exploiter pleinement les outils essentiels à la prévention des conflits mis en place par le système des Nations Unies et en tirer le maximum de synergies notamment pour agir le plus en amont possible des crises.  Au cœur de ce dispositif, il a cité le rôle capital du Secrétaire général défini par l’Article 99 de la Charte.  Il a aussi souligné l’utilité des briefings réguliers de la Haut-Commissaire aux droits de l’homme et du Conseiller spécial pour la prévention du génocide.  De telles interventions doivent être plus fréquentes et le Conseil devrait également faire usage des informations recueillies par les procédures spéciales du Conseil des droits de l’homme.  Nous devons aussi, a ajouté le représentant, impliquer davantage les acteurs extérieurs notamment les organisations régionales et la société civile.  

Le Conseil, a-t-il aussi rappelé, dispose d’outils complémentaires comme le renvoi à la Cour pénale internationale, l’imposition de sanctions, la diplomatie préventive, la médiation et le maintien et la consolidation de la paix.  La capacité du Conseil à agir est évidemment déterminante et c’est pourquoi la France travaille en vue du renoncement volontaire et collectif à l’usage du droit de veto en cas d’atrocité de masse.

M. JOON OH (République de Corée) a relevé que dans le cas du Soudan du Sud, l’engagement des Nations Unies n’a pas suffi pour prévenir le conflit, regrettant les occasions manquées dans ce domaine.  Il a appuyé l’initiative du Secrétaire général « Les droits avant tout » et estimé qu’on pouvait encore renforcer les missions de bons offices.  Dans l’exercice de la prévention des conflits, il a demandé de formuler des normes d’engagement international claires et cohérentes.  Il a aussi souhaité que les organes principaux de l’ONU fassent régulièrement le point sur l’efficacité de leurs actions dans ce domaine.  Il a conclu en demandant au Conseil de sécurité de redoubler d’efforts pour répondre aux grandes attentes en matière de prévention des conflits. 

M. JUAN MANUEL GOMEZ-ROBLEDO (Mexique) a déclaré que les conflits armés du XXIe siècle étaient différents de ceux qui avaient marqué le XXe siècle.  La prévention des conflits implique la nécessité de lutter contre l’impunité, a-t-il dit, en invitant les membres du Conseil de sécurité à s’abstenir d’exercer leur droit de veto dans les situations où des crimes contre l’humanité sont commis.  Le représentant a ainsi annoncé que le Mexique, en collaboration avec la France, organisera, en septembre prochain, une réunion ministérielle pour aborder la question de l’usage du droit de veto dans certaines situations humanitaires.  La prévention des conflits, a-t-il souligné avant de conclure, exige le renforcement de l’état de droit aux niveaux national et international.

M. MASOOD KHAN (Pakistan) a fait remarquer que les méthodes préventives des conflits n’étaient efficaces que si elles étaient prises suffisamment tôt.  Les mesures de prévention prises par les Nations Unies ne peuvent être efficaces, a-t-il rappelé, qu’avec la coopération d’organisations régionales.  « La prévention des conflits ne saurait servir de prétexte à l’interventionnisme », a mis en garde le représentant.  Le Conseil doit agir pour détecter les signes avant-coureurs et non pas après l’éclatement d’un conflit.  

Le représentant a ensuite estimé que le Conseil de sécurité avait tendance d’adopter des résolutions en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies, qui autorise le recours à la force.  Le Conseil, a-t-il dit, doit faire davantage recourir aux moyens de règlement pacifique des différends en vertu du Chapitre VI de la Charte.  Le représentant a en outre regretté que le Conseil s’intéresse moins aux conflits qui ne font pas les gros titres de la presse internationale.  Le Conseil n’est pas omnipotent, a-t-il insisté, en estimant que certaines grandes puissances devraient également explorer les moyens de prévenir les conflits.

M. BHAGWANT SINGH BISHNOI(Inde) a recommandé au Conseil de sécurité d’adopter une culture d’introspection.  Relevant que le Conseil  avait les outils nécessaires pour s’acquitter de ses responsabilités, il a noté qu’il avait décidé de les utiliser de manière sélective.  Ces questions politiques ne peuvent pas être résolues par la technique, a-t-il estimé.  Il a souligné le principe fondamental des prérogatives des autorités nationales pour résoudre les crises internes.  Il a averti du danger de la tendance interventionniste, qui utilise les préoccupations humanitaires comme prétexte et risque d’exacerber les conflits interétatiques et entre États.  « Il faut reconnaître que le monde en développement est composé de souverainetés naissantes », a dit M. Bishnoi. 

En ce qui concerne les missions préventives, il a appelé à les utiliser avec la plus grande prudence, en évitant d’imposer des solutions extérieures.  Quant au rôle des « bons offices » du Secrétaire général, il a demandé de le concevoir de manière acceptable par toutes les parties.  Enfin, il a recommandé au Conseil de sécurité de ne pas se détacher des réalités du terrain.  Ce n’est que quand le Conseil de sécurité sera réformé que ses mesures auront la force morale nécessaire pour les rendre acceptables, a-t-il expliqué.

M. ANTONIO DE AGUIAR PATRIOTA (Brésil) a encouragé les efforts de médiation et de bons offices, mais a demandé d’aller au-delà.  La prévention des conflits exige avant tout de respecter les engagements, a-t-il dit, notant le peu de progrès accomplis dans le désarmement nucléaire.  Il a aussi appelé le Conseil de sécurité à prendre des mesures résolues dans le conflit israélo-palestinien, afin de prévenir d’autres conflits dans la région.  Il a demandé le respect des engagements multilatéraux, comme le Consensus de Monterrey, pour aboutir à des sociétés plus justes.

Le représentant a aussi appelé à soutenir un système multilatéral juste.  Il a voulu que l’on abandonne le réflexe qui consiste à utiliser des mesures coercitives comme premier recours, estimant qu’elles nuisent non seulement aux populations civiles mais qu’elles se sont en plus souvent avérées inadéquates.  Il a dénoncé le fait que certaines règles internationales ne s’appliquent pas à certains pays et a dénoncé cette politique de « deux poids deux mesures ».  Réformer le Conseil de sécurité permettrait de renforcer sa légitimité et sa crédibilité, et ainsi sa capacité de prévention des conflits, a-t-il dit.  Il a salué le rôle de la Commission de consolidation de la paix, donnant l’exemple de sa déclaration sur l’épidémie d’Ébola en Afrique de l’Ouest.

M. IOANNIS VRAILAS, de l’Union européenne, a souligné que la prévention des conflits a inspiré la construction européenne et qu’elle est un objectif clef de son action extérieure.  Le succès dans le règlement des conflits et la consolidation de la paix est « crucial » pour la prévention des conflits compte tenu de la nature cyclique desdits conflits et des hauts risques de récurrence.  Quand il le peut, le Conseil doit donc envisager de proroger les missions politiques existantes si le Secrétaire général le demande au nom de la prévention.  En effet, environ un tiers des accords de paix sur les conflits interétatiques signés entre 1950 et 2004 n’ont pu prévenir la récurrence d’un conflit dans les cinq années suivantes.  Il est donc important que la communauté internationale fasse le suivi effectif de ces accords et appuie comme il se doit leur mise en œuvre.  En la matière, le travail de la Commission et du Fonds pour la consolidation de la paix est important, a insisté le représentant qui a salué l’initiative du Secrétaire général d’examiner l’architecture de consolidation de la paix de l’ONU.  Cet examen est d’autant plus important que le maintien et la consolidation de la paix doivent être vus ensemble. 

Le représentant a estimé que le principe de la responsabilité de protéger fournit une diversité d’outils à une approche à l’échelle du système propre à prévenir les atrocités.  Dans ce contexte, il a salué l’initiative « Les droits avant tout » du Secrétaire général, en insistant sur l’importance qu’il y a à traduire en justice les auteurs des violations pour prévenir d’autres atrocités.  Le nexus entre paix, sécurité et développement est aussi important pour la prévention des conflits, a reconnu le représentant.  Un autre élément important est la nécessité d’une approche inclusive sans laquelle la prévention et le règlement des conflits ne sauraient être efficaces.  Il faut donc encourager la pleine participation des femmes aux processus de paix et aux stratégies de prévention des conflits, a insisté le représentant, avant de saluer le fait que la résolution adoptée aujourd’hui met clairement l’accent sur l’interconnexion entre droits de l’homme, paix et sécurité.  Il n’a pas manqué de souligner l’importance de l’éducation pour renforcer la culture de la paix et de la tolérance, « un outil puissant pour prévenir les conflits ». 

M. RON PROSOR (Israël) a dit s’exprimer en tant qu’homme ayant vécu la guerre, à la fois sur le champ de bataille que sur le terrain diplomatique.  Il a indiqué que de par son expérience, il croit que « la guerre ne commence pas avec le premier coup de feu, mais plutôt quand la haine et l’intolérance sont tolérées ».  Il a fait référence à son histoire familiale empreinte de persécution du temps des Nazis et a dénoncé le fait que 70 ans plus tard, les rues de nombreux pays du monde résonnent encore de slogan tels que « mort aux Juifs ».  Il a accusé les Nations Unies de n’avoir pas réagi à la comparaison et l’amalgame faits entre Israël et le régime Nazi par certains États.

M. Prosor a dénoncé la multiplication des groupes islamiques terroristes dans le monde, décriant aussi les abus dont seraient auteurs le Hezbollah, l’État islamique en Iraq et au Levant ou le Hamas.  Le Hamas, a-t-il accusé, se sert des sites humanitaires pour des opérations militaires.  « Ne fermez pas les yeux sur les menaces qui vous entourent », a-t-il lancé à l’endroit du Conseil, tout en soulignant que la guerre peut être évitée et doit être évitée.  Pour prévenir la guerre, la communauté internationale doit « aller en guerre contre les idéologies radicales ».

M. OSAMA ABDELKHALEK MAHMOUD (Égypte) a rappelé que l’Égypte est situé dans une région dans laquelle les conflits armés sont fréquents, citant ainsi le conflit de Gaza pour lequel l’Égypte consent d’énormes efforts visant un règlement.  Soulignant que les conflits sont souvent causés par l’occupation de territoires, il a souhaité que le Conseil de sécurité, en même temps qu’il envisage de renforcer les mesures de prévention stipulées par le Chapitre VI de la Charte, puisse dans le même temps voir comment mettre en œuvre des résolutions préalablement adoptées.  Le représentant a par ailleurs noté que les causes des conflits, notamment la pauvreté et la prolifération des groupes armés criminels, doivent retenir l’attention nécessaire du Conseil.  Il a relevé que les interventions internationales ne devraient pas être envisagées pour mettre fin aux conflits si les juridictions nationales sont compétentes pour régler la question. 

M. GERT ROSENTHAL (Guatemala) a rappelé que les outils à la disposition du Conseil de sécurité avaient été utilisés pour mettre fin aux conflits plutôt que pour les prévenir.  Il s’est demandé si ces outils étaient véritablement adaptés aux circonstances complexes actuelles.  Toute action menée dans le cadre de la prévention des conflits doit compléter les initiatives lancées par les États concernés et leurs voisins, a-t-il demandé.  Il a noté le problème de méfiance qui entraine la réticence et empêche d’être attentif aux signaux d’alerte.  C’est pourquoi les bureaux régionaux sont précieux, a-t-il expliqué.  En outre, selon le représentant, les mécanismes de prévention ne peuvent pas être appliqués à tous les cas, car chaque situation est unique.  Il a aussi recommandé des approches pluridimensionnelles.  À son avis, il faut classer les différents mécanismes en fonction de la rapidité avec laquelle ils peuvent donner des résultats.  Ces mécanismes doivent mieux répondre aux demandes croissantes des États Membres. 

M. RAJA REZA RAJA ZAIB SHAH (Malaisie) a indiqué qu’au regard des formes contemporaines des conflits, il est légitime de se demander si les Nations Unies, notamment le Conseil de sécurité, est outillé pour y faire face.  Dans le cadre de la prévention des conflits, il a préconisé le renforcement de la coopération entre le Conseil de sécurité et l’Assemblée générale, tout en privilégiant les principes et préceptes édictés par le Chapitre VI de la Charte des Nations Unies, qui stipulent que les moyens préventifs doivent être envisagés pour empêcher l’occurrence des conflits.  Il a notamment encouragé la coopération entre les Nations Unies et les acteurs régionaux et nationaux, et a souhaité que le rôle de la Commission de consolidation de la paix soit renforcé.

M. ROMÁN OYARZUN (Espagne) a appelé à passer d’une culture de réaction à une culture de prévention, en utilisant tous les outils que propose la Charte des Nations Unies qui vont des commissions d’enquête aux sanctions.  L’Espagne, en tant que l’un des membres fondateurs du Groupe des amis de la médiation aux Nations Unies, contribue à ce domaine.  Il a indiqué que son pays avait aussi lancé, avec le Maroc, une initiative de médiation en Méditerranée.  Fort de cette expérience, il a expliqué qu’il fallait écouter les intervenants locaux et garantir la coordination des acteurs impliqués.  L’Espagne consacre aussi beaucoup de ressources au maintien de la paix, a-t-il ajouté.  Il a dit être favorable à une meilleure interaction entre le Conseil de sécurité et la Commission de consolidation de la paix, et a demandé de promouvoir le concept de responsabilité de protéger.

M. OMAR HILALE(Maroc) a rappelé que la prévention des conflits n’était pas un choix mais une obligation internationale, d’où l’impératif pour la communauté internationale d’investir davantage dans les efforts de médiation et de prévention.  Soulignant que le Conseil de sécurité était l’organe principal de prévention des conflits, il a aussi noté le rôle de bons offices que joue le Secrétaire général.  La résolution adoptée aujourd’hui met en relief le rôle important joué également par les missions politiques spéciales et les bureaux régionaux des Nations Unies, comme en Guinée et, actuellement, en République centrafricaine.  Il a demandé de renforcer les moyens de ces bureaux.  En outre, il a réaffirmé l’importance des organisations régionales dans la prévention des conflits.  Il a ensuite conseillé de prendre en compte la nature changeante des conflits et d’adapter les mécanismes de prévention.  Il faut aussi renforcer les capacités dans les pays qui courent le risque d’un conflit, a-t-il ajouté.  Les États qui ont des institutions fortes, peuvent éviter des conflits, a-t-il fait remarquer, avant de recommander une plus grande participation de la société civile, notamment des femmes et des jeunes.

M. BASHAR JA’AFARI (République arabe syrienne) a regretté que la création de l’ONU n’ait pas servi à l’objectif noble de prévention des conflits dans le monde.  Il a déploré l’occupation historique des terres palestiniennes, un fait qui continue de nos jours.  Les peuples du Moyen-Orient payent encore aujourd’hui le prix de l’invasion de l’Iraq en 2003, a-t-il rappelé, tout en évoquant également la situation similaire qui prévaut en Libye.  Le représentant a en outre parlé d’armes envoyées en Syrie pour déstabiliser le pays et souligné que la prévention des conflits ne se limite pas à la condamnation des actes terroristes. 

M. JAVAD SAFAEI (République islamique d’Iran), qui s’exprimait au nom du Mouvement des pays non alignés, a estimé que les conflits étaient trop coûteux pour l’humanité et devaient être prévenus le plus possible.  La prévention des conflits est une obligation primordiale de la communauté internationale, a-t-il dit, insistant surtout sur le rôle des États, à cet égard.  Le droit des autorités nationales à résoudre les crises et les différends doit être respecté, a-t-il tranché.  L’approche préventive devrait être multidimensionnelle et se concentrer sur les causes profondes des tensions.

M. KAIRAT ABDRAKHMANOV (Kazakhstan) a souhaité que les différences politiques des membres du Conseil de sécurité ne sapent pas ses actions en matière de prévention des conflits.  Il a invité le Conseil à être uni et à collaborer davantage avec les organisations régionales.  Il a par ailleurs souhaité que le Conseil respecte le droit des gouvernements à résoudre leurs crises internes et a plaidé pour que les mesures de consolidation de la paix soient renforcées dans les situations postconflit.

M. OLIVIER ZEHNDER (Suisse) a d’emblée déclaré que la Commission de consolidation de la paix a un rôle « majeur » à jouer dans la prévention des conflits.  L’examen de l’architecture de la consolidation de la paix en 2015 constituera une précieuse occasion de mettre en œuvre les adaptations nécessaires afin de renforcer encore le rôle de la Commission.  Après avoir salué l’initiative « Les droits avant tout », le représentant a aussi estimé que les missions politiques spéciales sont des instruments « essentiels » à la diplomatie préventive déployée par le Conseil de sécurité.  À cet égard, il a dit penser que des améliorations concrètes comme celles recommandées par le Comité consultatif pour les questions administratives et budgétaires (CCQAB) constitueraient une avancée importante.  Enfin, il s’est dit convaincu qu’à l’avenir, le développement des capacités locales et une coordination constructive entre tous les acteurs concernés, que ce soit au niveau national, régional et international, seront déterminants pour la réussite des efforts de prévention des conflits. 

M. GUSTAVO MEZA-CUADRA VÉLASQUEZ (Pérou) a mis l’accent sur l’Article 99 de la Charte des Nations Unies, jugeant particulièrement opportun que le Secrétaire général s’appuie sur ses envoyés spéciaux et ses représentants pour, le cas échéant, déclencher les mécanismes d’alerte.  Les dimensions « sécurité » et « alerte précoce » doivent être envisagées dans le système des Nations Unies, a-t-il dit.  Il a également souligné le rôle de la Commission de consolidation de la paix (CCP) et insisté sur l’importance de la diplomatie préventive et du règlement pacifique des différends.

M. ERIK LAURSEN (Danemark), s’exprimant au nom des pays nordiques, a relevé que la prévention des conflits relève d’abord et avant tout de chaque État, mais que le Conseil de sécurité devrait tout de même y jouer un rôle majeur.  Il a plaidé pour que la diplomatie préventive reçoive les ressources adéquates au sein du système des Nations Unies. Il a invité le Conseil à renforcer sa coopération avec les organisations régionales, tout en tirant profit des initiatives régionales comme le mécanisme d’alerte rapide mis en place par l’Union africaine.  Il a aussi apporté son soutien à l’initiative « Les droits avant tout » du Secrétaire général, ajoutant que le respect du droit international humanitaire et des droits de l’homme par les États et les groupes armés non étatiques est fondamental dans la prévention des conflits.

M. Laursen a plaidé pour une plus grande implication des femmes dans les initiatives de prévention, de maintien et de consolidation de la paix.  Il a relevé que la prévention des conflits passe aussi par la lutte contre l’impunité, notamment en veillant à ce que les auteurs de crimes contre l’humanité soient poursuivis en justice.

M. MOTOHIDE YOSHIKAWA (Japon) a salué l’initiative « Les droits avant tout » lancée par le Secrétaire général l’année dernière, et qui vise à améliorer la capacité de l’ONU à mieux faire face à l’évolution des situations de crise.  Le représentant a mis l’accent sur les expériences de son pays en tant que président du Groupe de travail sur les enseignements tirés de la Commission de consolidation de la paix (CCP), qui lui a permis d’approfondir l’examen des défis et des mesures nécessaires pour éviter aux pays de retomber dans les conflits et promouvoir la consolidation de la paix.

Le Japon, a-t-il par ailleurs souligné, a contribué à la prévention des conflits et à la consolidation de la paix en fournissant aux pays qui émergent d’un conflit une assistance continue, tant au niveau bilatéral qu’à travers différents canaux multilatéraux.  Enfin, le Japon promeut le rôle des femmes dans la prévention des conflits ainsi que dans la consolidation de la paix, a-t-il dit, faisant état de l’élaboration d’un plan d’action national sur les femmes, la paix et la sécurité conformément à la résolution du Conseil de sécurité 1325 (2000) avec la société civile et grâce à la participation active des femmes.

M. AMAN HASSEN (Éthiopie) a dit que les échecs dans la prévention des conflits entrainent des coûts énormes en termes de vies humaines et de biens matériels.  Il a rappelé le principe selon lequel « prévenir vaut mieux que guérir », invitant ainsi le Conseil à se montrer plus proactif dans le cadre de la diplomatie préventive.  Le représentant a aussi souhaité que le Conseil améliore ses rapports avec les mécanismes et organisations régionaux pour préparer une réponse précoce aux conflits naissants.

M. YUSRA KHAN (Indonésie) a dit que l’Indonésie a toujours appuyé la notion de prévention des conflits, notamment dans sa région et sous les auspices de l’Association des Nations d’Asie du Sud-Est (ASEAN).  Il a souhaité que les efforts de règlement des conflits s’attaquent aux causes profondes desdits conflits, afin d’éviter des rechutes.  Il a souhaité que les mesures de prévention et de résolution des conflits engagées par le Conseil se fassent en collaboration avec les États Membres concernés, ajoutant aussi que les actions des Nations Unies dans la gestion des conflits ne doivent pas s’apparenter à de l’ingérence.

M. YASHAR ALIYEV (Azerbaïdjan) a jugé important de se montrer cohérent lorsqu’il s’agit d’adopter une démarche globale pour traiter du problème du séparatisme violent.  Lorsque l’on est confronté à l’occupation d’un territoire par un autre État, la référence au principe de résolution pacifique des différends ne doit pas empêcher l’application du principe inhérent de légitime défense inscrit dans la Charte des Nations Unies. 

Il a mis l’accent sur la nécessité de mettre en œuvre les résolutions adoptées par les organes principaux des Nations Unies.  Il est important, selon lui, d’insister sur le rôle de l’état de droit dans la prévention des conflits, en atténuant les effets des conflits une fois qu’ils ont éclaté et en tentant de les résoudre par l’établissement d’une paix stable et durable.

M. OLEKSANDR PAVLICHENKO (Ukraine) a rappelé que l’idée de créer un mécanisme de prévention des conflits était au cœur même des Nations Unies, celui-ci pouvant fort bien fonctionner s’il est accompagné de la bonne volonté des États Membres.  Le respect de l’état de droit à l’échelon international est à la base de la prévention et du règlement pacifique des conflits, a-t-il souligné, et ce respect commence par une adhésion stricte aux principes de la Charte des Nations Unies. 

Le représentant a estimé que l’absence de responsabilité et l’impunité face aux violations des traités internationaux et des principes de la Charte des Nations Unies avaient été parmi les causes principales de l’agression contre son pays et de l’occupation de la Crimée.  Il a dénoncé, à cet égard, l’abus du droit de veto par un des membres permanents du Conseil de sécurité, bloquant ainsi l’action de ce dernier.  Cet État a commis une agression contre l’Ukraine, même si auparavant il avait toujours reconnu l’intégrité territoriale du pays, a—t-il dit.  Son abus de pouvoir a sapé l’autorité et la crédibilité de l’Organisation, a tranché le représentant.

M. FRANTIŠEK RUŽIČKA (Slovaquie) a prévenu que des mesures de prévention des conflits qui ne s’attaqueraient pas aux causes sous-jacentes desdits conflits seraient vouées à l’échec.  Aussi une réforme crédible et approfondie du secteur de la sécurité peut-elle jouer un rôle crucial et décisif dans la réduction voire l’élimination des conditions favorables à l’irruption d’un conflit et à sa durée.  Cette réforme ne saurait être le premier instrument de prévention mais elle peut définitivement être un outil capable de créer les conditions nécessaires pour éviter à un pays de replonger dans les tensions.  Il faut aussi des investissements appropriés et opportunes dans le développement durable et reconnaître que le concept de la responsabilité de protéger, en particulier son premier pilier, est un autre outil de prévention des atrocités de masse, a dit le représentant qui n’a pas oublié de mentionner l’importance de la Cour pénale internationale. 

Il a conclu en reprenant certains principes pour une meilleure compréhension de la dynamique des conflits dans un contexte donné, lesquels principes devraient être inclus dans les efforts de prévention des conflits: partager les analyses mais ne pas en faire à taille unique, adapter les analyses à la terminologie locale, étudier les microdéterminants du succès dans l’action préventive, entamer un dialogue sur la coordination de l’action préventive avec les organisations régionales et les ONG, et garantir un financement suffisant et souple à l’action préventive.

M. ZOHRAB MNATSAKANYAN (Arménie) a dit que les ONG et la société civile jouent un rôle prépondérant dans la prévention des conflits.  Il a relevé que si la prévention des conflits est importante, leur règlement complet est tout aussi important, évoquant dans ce contexte le conflit du Haut-Karabakh dont la résolution se fait toujours attendre.  Il a accusé les Forces armées de l’Azerbaïdjan d’avoir commis des actes de provocation à la frontière, ces derniers temps.  Il a ensuite attiré l’attention du Conseil sur la situation de certaines minorités religieuses ou ethniques qui sont en danger au Moyen-Orient.  Il a cité le cas d’une communauté arménienne de la localité de Kassab en Syrie ou encore les actes commis par les membres de l’EIIL en Syrie et en Iraq contre les Yazidis, les Assyriens et les Arméniens, entre autres.  Il a lancé un appel afin que le Conseil de sécurité traite, dans la plus grande urgence, de la question des abus que subissent les Yazidis d’Iraq.

Mme MARIA EMMA MEJIA (Colombie) a noté que l’échec de la prévention des conflits rend le règlement desdits conflits encore plus ardu.  En Colombie, le dialogue politique engagé par le Gouvernement avec l’opposition armée augure de lendemains meilleurs, a-t-elle dit, en remerciant la communauté internationale pour sa contribution dans ce processus de paix.  La Colombie se prépare à mettre en place des mesures de consolidation de la paix, a-t-elle annoncé, avant de souligner l’importance qu’il y a à ce que les femmes jouent un rôle plus conséquent dans la prévention et la résolution des conflits.  Elle a aussi plaidé pour une plus grande implication des organisations régionales, un rôle, a-t-elle rappelé, que joue déjà pleinement l’Union des nations de l’Amérique du Sud (UNASUR).

Après avoir dit, en pensant aux femmes, que la paix ne peut être maintenue si la majorité de la société est exclue de la vie politique, économique et sociale d’une collective ou d’un pays, M. GUILLERMO RISHCHYNSKI (Canada) a estimé qu’aujourd’hui, il est impossible de traiter de la question de la prévention des conflits sans penser aux affrontements sanglants qui ont lieu, en ce moment même, dans tant d’endroits de la planète.  Difficile, en effet, d’aborder cette thématique sans ressentir « un sentiment d’échec » alors que des conflits majeurs font rage en Syrie, au Moyen-Orient, en Iraq, au Soudan du Sud ou en République centrafricaine.  Une stratégie préventive efficace, a-t-il dit, dépend non seulement de la coopération des acteurs des Nations Unies mais aussi d’une volonté politique soutenue de la part des États membres.  Cette volonté exige d’abord et avant tout que l’ensemble des membres soit prêt à offrir aux Nations Unies le soutien politique nécessaire.  La volonté de rester conciliants avec des agresseurs, des tyrans et des terroristes n’est pas une option: nous devons demeurer résolus face à de tels régimes et à de telles organisations et ne pas oublier que la responsabilité des crimes incombe avant tout à ceux qui les commettent.

Il faut, a insisté le représentant, que les États appuient inconditionnellement et en tout temps, les efforts nécessaires à déployer afin de prévenir les conflits.  S’il faut saluer les efforts réalisés pour renforcer le Secrétariat de l’ONU dans le domaine de la prévention des conflits, il faut aussi admettre que la coopération avec d’autres intervenants est tout aussi essentielle pour le succès mais aussi pour faire en sorte que les organisations internationales exploitent leurs forces et appuient les forces des autres organisations.

M. CHAYAPAN BAMRUNGHPHONG (Thaïlande) a jugé « quelque peu ironique » de parler de la prévention des conflits alors que l’on est témoin de la violence dans plusieurs parties du monde.  Mais, a-t-il reconnu, on ne peut remettre en question le fait que la prévention est l’approche la plus souhaitable et la plus rentable tant en termes de vies humaines que de coûts financiers.  Pour permettre au Conseil de sécurité d’employer le bon outil au bon moment, il faut une évaluation de la situation précise et non biaisée provenant de sources fiables.  Le Conseil, a jugé le représentant, est souvent bien conscient des premiers signaux mais ce qui l’empêche d’agir est son manque d’unité et les intérêts particuliers de ses membres. 

Les indécisions du Conseil peuvent saper sa crédibilité et faire perdre espoir aux populations piégées par un conflit.  Elles peuvent surtout coûter des pertes inutiles en vies humaines et des dégâts massifs qui auraient pu être prévenus.  Le Conseil doit donc se placer à la hauteur de ses responsabilités et mettre la politique de côté pour travailler ensemble.  Le représentant n’a pas voulu conclure sans souligner le rôle constructif des femmes comme agents de la paix.  Il a appelé à la pleine mise en œuvre de la résolution 1325 du Conseil de sécurité et de celles qui ont suivi. 

M. TIM MAWE (Irlande) a souligné la nécessité de disposer d’une diplomatie vigoureuse et durable lorsque les conflits sont latents.  Des efforts intensifs utilisant les bons offices du Secrétaire général, ses envoyés spéciaux et le personnel de l’ONU sur le terrain sont et continuent d’être efficaces et sont d’autant plus efficaces lorsqu’ils sont soutenus par la communauté internationale.

Le représentant a également mis l’accent sur le rôle positif joué par les missions politiques spéciales qui promeuvent le dialogue politique et d’autres fonctions de consolidation de la paix.  Un Conseil de sécurité qui veut agir plus rapidement doit déployer des missions politiques spéciales plus tôt, a-t-il dit.  Enfin, il a insisté sur le rôle de l’architecture de consolidation de la paix des Nations Unies, en estimant que le Bureau d’appui à la consolidation de la paix devait renforcer son interaction avec d’autres acteurs au sein du système des Nations Unies afin d’échanger au mieux les expériences et se fonder sur les meilleures pratiques.

M. CHARLES NTWAAGAE (Botswana) a appelé la communauté internationale à travailler à l’unisson pour s’attaquer aux menaces à la paix et la sécurité internationales.  Le Conseil de sécurité a un rôle vital à jouer, a-t-il dit, en invoquant ses responsabilités découlant de l’Article 24 de la Charte des Nations Unies.  Il a cependant remarqué que le Conseil n’agissait pas toujours de manière prompte et décisive.  Il l’a donc exhorté à assumer ses responsabilités, tout en expliquant le rôle que doivent aussi jouer les régions, les États et leurs citoyens dans la prévention des conflits.  Pour sa part, le Botswana reste engagé à respecter les principes de démocratie, de reddition de comptes, de gouvernance inclusive et d’état de droit, a-t-il dit.  Nous soutenons aussi les mesures prises pour éviter l’impunité et nous renforçons les institutions de responsabilisation au niveau international.  Le représentant a ensuite exprimé ses préoccupations face au trafic d’armes légères et de petit calibre et au problème persistant de l’armement nucléaire. 

M. MATEJ MARN (Slovénie) a estimé que le Conseil de sécurité devait renforcer son mécanisme d’alerte rapide, mettant l’accent, en particulier, sur les tours d’horizon réguliers avec de hauts responsables de l’ONU, y compris les Conseillers spéciaux sur la prévention du génocide et la responsabilité de protéger et la Haut-Commissaire aux droits de l’homme.  La prévention et le règlement pacifique des conflits est au cœur des priorités de politique étrangère de la Slovénie, a dit son représentant, en insistant notamment sur la nécessité de renforcer les efforts de médiation des Nations Unies et de promouvoir la médiation et le renforcement des capacités aux niveaux nationaux, régionaux et internationaux.

M. PETER VAN DER VLIET (Pays-Bas) a rappelé que la responsabilité première de la prévention des conflits incombe à chaque État, tout en reconnaissant qu’il s’agit aussi d’une responsabilité partagée de la communauté internationale.  Il faut que l’ONU adopte une approche à l’échelle du système, a-t-il recommandé, avant de saluer les efforts du Département des affaires politiques dans ce domaine.  Donateur et membre du Groupe des amis de la médiation, il a cité le Chapitre VI de la Charte qui offre une série d’instruments de résolution pacifique des différends et a invité le Conseil de sécurité à utiliser ces outils. 

Le représentant a souligné l’importance de l’aspect « état de droit » des mandats des opérations de maintien de la paix.  Il a aussi souligné le rôle crucial des femmes dans la prévention et la résolution des conflits et souhaité voir accroitre la participation des femmes aux missions de maintien de la paix.  Pays hôte de la Cour internationale de Justice et de la Cour permanente d’arbitrage, les Pays-Bas soutiennent fermement que le Conseil de sécurité recourt aux mécanismes de règlement pacifique des différends.  Enfin, M. Van der Vliet a  rendu hommage aux travaux du bureau de la Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme et en particulier à Mme Navi Pillay. 

M. RODOLFO REYES RODRIGUEZ (Cuba) a énuméré les différentes causes des conflits, parmi lesquelles l’ordre économique injuste et l’interventionnisme.  Il faut agir de concert pour éliminer la faim et les inégalités, a-t-il demandé, en citant les causes des conflits.  Les membres du Conseil de sécurité devraient saisir toutes les occasions possibles pour préserver la vie des personnes.  « Nous refusons l’inaction du Conseil dans le conflit israélo-palestinien », a-t-il dit.  Il faut mettre un terme à toute mesure allant à l’encontre de la souveraineté d’un pays et à cet égard, le représentant s’est opposé au plan financé par l’Agence américaine du développement international (USAID), notant que c’est la preuve que les États-Unis reconnaissent leur politique hostile et leur volonté de déstabiliser Cuba.

M. MILORAD ŠĆEPANOVIĆ (Monténégro) a affirmé que l’on demeurait encore très loin d’un système réellement efficace de prévention et de règlement pacifique des conflits.  Il a notamment plaidé en faveur d’un renforcement des mesures de prévention et a, à cet égard, souligné la fonction centrale des Nations Unies.  Le représentant a estimé que la responsabilité de protéger et son opérationnalisation devaient constituer une priorité.  Il a mis l’accent sur le rôle précieux des organisations régionales et sous-régionales, lesquelles contribuent à faciliter le dialogue et à régler pacifiquement les conflits.

M. DO HUNG VIET (Viet Nam) a jugé nécessaire de réexaminer les leçons et mesures de la prévention des conflits.  L’utilisation de la force ne devrait plus être utilisée au XXIe siècle, a insisté le délégué.  Il a estimé que la coordination entre le Conseil de sécurité, l’Assemblée générale et les organisations régionales et sous-régionales devait être promue pour la prévention des conflits et l’alerte précoce.  Le Conseil de sécurité devrait aider le monde à aller au-delà de cette « ère anachronique », en promouvant une culture de la paix et de la prévention, y compris en contribuant à faire respecter les règles internationales.

M. YOUSEF SULTAN LARAM (Qatar) a parlé de la politique étrangère de son pays en matière de prévention des conflits.  Pour arriver à une prévention efficace, il faut que les instruments adoptés par les Nations Unies deviennent opérationnels.  L’efficacité des mesures de prévention nécessite des stratégies à moyen et long termes, a-t-il aussi recommandé.  Il a plaidé en faveur du renforcement des institutions d’appui à la paix et indiqué que le Qatar a participé à la médiation dans de nombreux conflits.  Il a souligné l’importance qu’il y a à intervenir rapidement pour identifier les situations qui peuvent mener à un conflit, en utilisant notamment les bons offices du Secrétaire général.  Il a aussi demandé d’examiner les cas de non-respect des droits de l’homme et d’injustice sociale, qui sont des causes de conflit.  Il faut aussi promouvoir la mise en œuvre des accords de paix par une aide internationale efficace, a-t-il recommandé. 

Mme GIZEM SUCUOĞLU (Turquie) a souligné le rôle des organisations régionales et sous-régionales dans la prévention des conflits et le règlement pacifique des différends.  Elle a également mis l’accent sur l’importance des bureaux régionaux des Nations Unies, cruciaux, selon elle, en matière d’alerte rapide et de médiation, permettant notamment un accès direct à l’information sur le terrain pour le Département des affaires politiques.  La communauté internationale doit apporter des réponses à la protection des civils, a-t-elle également dit.  Le lien entre sécurité, développement et paix est pertinent, a—t-elle ajouté, plaidant pour une approche qui intègrerait le développement et les droits de l’homme.  Enfin, l’égalité entre les sexes et l’autonomisation des femmes doivent être au centre des engagements, a-t-elle affirmé.

Mme KAREN LINGENFELDER (Afrique du Sud) a énuméré les différents outils à la disposition du Conseil de sécurité pour la prévention des conflits, comme les enquêtes, la médiation et l’arbitrage.  Elle a estimé que l’action du Conseil doit appuyer les efforts du système de l’ONU et les efforts régionaux.  Faisant partie du Groupe des amis de la médiation, l’Afrique du Sud souhaite que tous les pays apportent l’appui nécessaire pour mener à bien les efforts de médiation et mettre en œuvre les accords conclus dans ce cadre.  L’Union africaine s’est efforcée de mettre en place une architecture de diplomatie préventive complète, a-t-elle indiqué.  Dans la sous-région d’Afrique australe, la SADC continue de jouer un rôle important pour garantir la stabilité.  La représentante a appelé à l’accélération de la mise en œuvre de la Déclaration de Nairobi de décembre 2013.  Elle a souligné le partenariat stratégique mis en place entre l’Union africaine et les Nations Unies sur les questions de paix et de sécurité. 

Mme ROFINA TSINGO CHIKAVA (Zimbabwe), au nom des 15 États membres de la Communauté des États d’Afrique australe (SADC), a plaidé en faveur d’approches innovantes pour la prévention et la résolution des conflits.  Les plus grandes difficultés sont de prédire les conflits et d’être proactif pour les régler, a-t-elle expliqué.  Soulignant que les causes des conflits résident souvent dans la pauvreté, elle a conseillé de mettre l’accent sur le développement durable.  Paix et développement ne vont pas l’un sans l’autre, a-t-elle insisté.  La représentante a souligné la responsabilité particulière du Conseil de sécurité dans le domaine de la prévention des conflits.  Elle a aussi mis l’accent sur le rôle important que peuvent jouer dans ce domaine les organisations régionales et sous-régionales. 

L’Union africaine a ainsi pu identifier des facteurs de conflit sur le continent et prévoir des mécanismes pour les traiter, a-t-elle noté.  De son côté, la SADC a lancé son Centre d’alerte rapide en 2012, a-t-elle ajouté, en se basant sur les systèmes nationaux de prévention.  Pour conclure, elle a invité les Nations Unies à utiliser les avantages comparatifs des organisations régionales et sous-régionales. 

Mme CAROLYN SCHWALGER (Nouvelle-Zélande) a souhaité que le débat de ce jour permette de rendre pratique la question de la prévention des conflits.  Elle a cité l’exemple du leadership de l’Angola qui avait permis, entre 2003 et 2004, d’améliorer le travail du Groupe de travail ad-hoc sur la prévention des conflits en Afrique, permettant de ce fait des résultats probants en Guinée-Bissau et au Burundi.  La représentante s’est demandée comment rendre ces succès permanents, regrettant que des changements récents dans les méthodes de travail du Conseil de sécurité aient amoindri son rôle dans la prévention des conflits.  Elle a relevé que les organisations régionales, comme cela s’est vu en Afrique et en Asie, peuvent jouer un rôle de premier plan dans cette prévention.

M. PENDAPALA ANDREAS NAANDA (Namibie) a regretté que les conflits influent négativement sur le développement, notamment en Afrique.  Il a souhaité que le Conseil de sécurité renforce sa coopération avec les organisations régionales, étant donné que celles-ci sont plus proches des réalités du terrain et mieux à même de comprendre les dynamiques des conflits.  Dans ce contexte, il a salué la coopération fructueuse entre le Conseil de sécurité et le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine.

En tant que membre du Comité des 10 sur la réforme de l’ONU, la Namibie, a dit le représentant, souligne la nécessité de réformer le Conseil de sécurité pour le rendre plus démocratique, plus transparent et mieux à même de servir l’humanité.  Il a ajouté que l’action et l’inaction du Conseil de sécurité face aux conflits sont dictées par des considérations politiques « égoïstes » qui sapent la mise en œuvre du mandat du Conseil.

Reprenant la parole, le représentant de l’Azerbaïdjan a estimé que son homologue de l’Arménie avait tenté de réinterpréter les concepts de la prévention et de la résolution des conflits.  Rappelant que le conflit non résolu entre les deux pays avait débuté il y a plus de 20 ans, il a dénoncé les efforts de l’Arménie pour détourner l’attention des membres du Conseil.  La vérité est que l’Arménie a occupé une bonne partie du territoire de l’Azerbaïdjan et a procédé à un nettoyage ethnique, a-t-il dit, en ajoutant que ce pays ne respecte pas les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité et mène des actes de provocation nuisibles au processus de paix, des actes passibles de sanctions de la part de la communauté internationale.  Les Forces armées arméniennes doivent se retirer de l’Azerbaïdjan afin de permettre un retour à la stabilité, a-t-il exigé.

Son homologue de l’Arménie a rappelé avoir fait référence, dans son intervention, à l’escalade récente qui est une source de préoccupation pour son pays.  L’Arménie ne souhaite pas revenir aux années 90, a-t-il assuré, mais aboutir à une paix authentique qui repose sur un compromis.  Il a estimé que la proposition de l’OSCE sur la base des principes de Madrid, ainsi que le respect de l’intégrité territoriale, représentaient un compromis raisonnable.  Les mesures de confiance sont des préalables aux mesures de paix, a-t-il ajouté.  Il a plaidé en faveur du renforcement de l’Accord de cessez-le-feu de 1995, parmi les mesures concrètes qui devraient être mises en œuvre sans tarder.  La guerre rhétorique et la haine n’ont pas de place dans ce processus, a-t-il aussi déclaré, avant de s’élever contre la tentative d’imposer le silence aux personnes qui recherchent la paix.

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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