Guinée-Bissau: le Représentant spécial insiste sur la nécessité pour la communauté internationale d’appuyer rapidement le nouvel ordre constitutionnel

19 mai 2014
CS/11401

Guinée-Bissau: le Représentant spécial insiste sur la nécessité pour la communauté internationale d’appuyer rapidement le nouvel ordre constitutionnel

19/5/2014
Conseil de sécurité
CS/11401
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Conseil de sécurité                                        

7177e séance – après-midi                                  

GUINÉE-BISSAU: LE REPRÉSENTANT SPÉCIAL INSISTE SUR LA NÉCESSITÉ POUR LA COMMUNAUTÉ

INTERNATIONALE D’APPUYER RAPIDEMENT LE NOUVEL ORDRE CONSTITUTIONNEL

Au lendemain du deuxième tour de l’élection présidentielle en Guinée-Bissau, le Représentant spécial du Secrétaire général pour ce pays, M. José Ramos-Horta, a salué, devant le Conseil de sécurité, la bonne tenue du processus électoral dans un pays où l’ordre constitutionnel a été récemment restauré, tout en posant les conditions nécessaires au démarrage de la nouvelle phase de reconstruction de l’État et au redressement de l’économie.

Sans un soutien immédiat au nouveau gouvernement, l’ordre constitutionnel qui vient d’être rétabli risque de s’écrouler très vite, a prévenu le Représentant spécial, qui est aussi le Chef du Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en Guinée-Bissau (BINUGBIS), lors de la séance du Conseil de sécurité à laquelle participait aussi le Président de la configuration Guinée-Bissau de la Commission de consolidation de la paix, le représentant de la Guinée-Bissau et son homologue du Mozambique, qui s’exprimait au nom de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).

S’adressant, cet après-midi aux membres du Conseil de sécurité, en direct de Bissau par vidéoconférence, le Représentant spécial a assuré que la situation politique et sécuritaire était restée calme dans le pays depuis novembre 2013.  Il a salué la détermination des deux candidats à l’élection  présidentielle à mener une campagne électorale pacifique et à accepter les résultats du scrutin.  Il a expliqué que la police nationale et l’armée avaient joué leurs rôles respectifs de leader et de force de réserve dans la coordination de la sécurité pour le processus électoral.  M. Ramos-Horta a indiqué qu’il s’était rendu dans toutes les régions de la Guinée-Bissau où œuvrent quatre bureaux des Nations Unies sur le terrain.

Hier, le 18 mai, les Bissau-Guinéens se sont rendus aux urnes en grand nombre et les élections se sont déroulées dans le calme, a-t-il assuré.  M. Ramos-Horta a félicité les autorités de transition, les partis politiques, les candidats, la police, les organisations de la société civile et le peuple de la Guinée-Bissau pour cette réalisation remarquable, ainsi que les partenaires bilatéraux et multilatéraux qui ont contribué à la bonne tenue des élections en apportant un soutien politique, financier et technique.

Pour le Représentant spécial, les élections législatives et présidentielle constituent l’étape la plus critique de la restauration de l’ordre constitutionnel.  Il a annoncé qu’une nouvelle assemblée nationale devrait être investie dans quelques jours, avant la constitution du nouveau gouvernement.  Il a ainsi encouragé les dirigeants politiques à veiller à ce que le gouvernement soit inclusif et fondé sur le mérite.  Pour garantir une stabilité durable dans le pays, il faudrait aussi s’attaquer au manque de confiance et de dialogue, a recommandé M. Ramos-Horta, qui a également invité à régler les problèmes économiques et sociaux comme la déforestation et l’appauvrissement des ressources de la pêche.

Le gouvernement, a-t-il ajouté, devra mobiliser tous les Bissau-Guinéens pour entamer un dialogue inclusif et constructif afin de définir une nouvelle direction pour le pays.  Il a estimé que le gouvernement devrait tout d’abord élaborer un programme national consensuel en vue de stabiliser le pays sur les plans politique et économique, tout en accélérant la réforme du secteur de la sécurité.

Le BINUGBIS apporte son soutien à la Commission nationale de planification et de coordination stratégique, chargée de préparer des documents pour les présenter au nouveau gouvernement.  Il a recommandé d’envisager une gestion conjointe des ressources, par le biais d’un programme d’amélioration de la gouvernance, afin de stabiliser le pays.  L’idée serait de déployer des experts internationaux dans les institutions qui génèrent le plus de revenus ou de gérer des institutions gouvernementales clefs avec l’aide d’experts internationaux si le gouvernement le demande.  De tels programmes seront cruciaux pour que la conférence de donateurs envisagée soit un succès, a averti M. Ramos-Horta.

Le Représentant spécial a souligné que la fin de la période de transition marquait le début d’une nouvelle phase qui exige l’engagement constant et entier de la communauté internationale.  Le pays aura besoin d’un soutien financier, non seulement pour couvrir le paiement des salaires dans la période postélectorale, mais aussi pour aider à remettre l’État sur pied et relancer l’économie, a-t-il expliqué.

À son tour, le Président de la configuration Guinée-Bissau de la Commission de consolidation de la paix (CCP) et Représentant permanent du Brésil, M. Antonio de Aguiar Patriota, a rappelé que la formation d’un gouvernement était complexe dans tout système démocratique et, en particulier, dans les pays qui viennent de connaître une rupture institutionnelle et qui sont confrontés à des défis économiques et sociaux énormes.  La proposition du Secrétaire général d’élaborer un programme d’amélioration de la gouvernance, aligné sur les priorités identifiées par le nouveau gouvernement, a-t-il souligné, est un élément déterminant pour renforcer les capacités et la transparence.

Dans un contexte où l’assistance internationale demeure plus que jamais préoccupante, M. Patriota s’est félicité de l’annonce faite par le Secrétaire général de convoquer, « dès que possible », une conférence des donateurs.  Il a également estimé qu’il était maintenant opportun de réfléchir à une stratégie plus efficace pour aider les autorités dans leur réforme du secteur de la sécurité, une priorité pour la Guinée-Bissau.

Pour ce qui est du mandat du BINUGBIS, le Représentant spécial a estimé qu’il devrait continuer à soutenir les efforts nationaux de consolidation de la paix et de reconstruction de l’État.  Outre les conseils en stratégie et politique, le Bureau devrait continuer à surveiller le respect des droits de l’homme et les questions sexospécifiques.  En outre, a-t-il aussi recommandé, les institutions, fonds et programmes des Nations Unies devraient être soutenus pour qu’ils puissent renforcer leur assistance technique aux acteurs nationaux sur des questions de réforme de l’administration publique, la fourniture de services et la revitalisation de l’économie.  Il a appelé les institutions financières internationales à apporter également leur soutien.

De l’avis du Président de la configuration Guinée-Bissau de la CCP, le Conseil de sécurité devrait envisager de renforcer les éléments du mandat du BINUGBIS qui se réfèrent à son partenariat avec la CCP et à une meilleure synergie entre la CCP et d’autres partenaires institutionnels.

« C’est le processus de transition le plus difficile qu’a eu à affronter la Guinée-Bissau », a expliqué, pour sa part, la représentante de la Guinée-Bissau, Mme Maria Antonieta d’Alva, qui s’est cependant félicitée du succès des élections d’hier.  Après tant de séances consacrées par le Conseil de sécurité à la Guinée-Bissau depuis le coup d’État d’avril 2012, les Bissau-Guinéens ont enfin pu exercer leur droit de vote et choisir leur propre dirigeant, s’est-elle réjouie.  C’est une première étape, a-t-elle dit, sur le long chemin qui reste à parcourir.  Les autorités nationales ne pourraient pas relever seules les défis qui se posent à elles sans le soutien de la communauté internationale, a-t-elle reconnu, avant de se féliciter de l’annonce de la tenue d’une conférence des donateurs.  Elle a aussi appelé le peuple bissau-guinéen à rester vigilant au cours de la période postélectorale.

La Guinée-Bissau est un petit pays, peuplé de 1,6 million d’habitants, a-t-elle fait remarquer, pour illustrer que le pays ne pourra garantir son développement qu’avec l’appui de la communauté internationale.

Enfin, le Président de la Communauté des pays de langue portugaise et Représentant permanent du Mozambique, M. Bernardo Sage, a rappelé que la Communauté avait prêté une assistance électorale dans le cadre du scrutin du 13 avril en déployant des observateurs.  Il a encouragé tous les acteurs bissau-guinéens à respecter les résultats des élections parlementaires et présidentielle.  À son tour, M. Sage a observé que la situation politique dans le pays restait préoccupante.  De nombreux incidents et l’impunité d’actes graves commis dans le pays montrent qu’il faudrait renforcer l’état de droit et réformer le secteur de la sécurité et de la justice, a-t-il déclaré.

« En outre, les pénuries de vivres, la récurrence des grèves en raison de salaires impayés dans de nombreux domaines et le fonctionnement irrégulier d’un certain nombre d’écoles soulignent la gravité de la situation », a précisé M. Sage.  C’est pourquoi, a-t-il insisté, la communauté internationale doit continuer à soutenir les « futures institutions démocratiques légitimes » de la Guinée-Bissau.

LA SITUATION EN GUINÉE-BISSAU

Rapport du Secrétaire général sur le rétablissement de l’ordre constitutionnel en Guinée-Bissau (S/2014/332)

Dans ce rapport, le Secrétaire général rend compte des principaux faits nouveaux intéressant la situation politique, la sécurité, les droits de l’homme et la situation socioéconomique et humanitaire de la Guinée-Bissau.  Il note que le fort taux de participation (près de 90%) observé au premier tour des élections présidentielle et législatives constitue un événement historique, qui témoigne clairement de la volonté du peuple bissau-guinéen de rétablir l’ordre constitutionnel dans le pays par des moyens démocratiques.  Il félicite tous les acteurs et les partenaires internationaux de la Guinée-Bissau.

Le Secrétaire général engage les Bissau-Guinéens à se rendre massivement aux urnes, comme au premier tour de l’élection présidentielle, pour élire le candidat de leur choix au second tour du 18 mai.  Le gouvernement élu devra améliorer concrètement la vie de tous les citoyens bissau-guinéens, en assurant le fonctionnement des institutions de l’État, en veillant à la fourniture des services publics et en empêchant que ne se détériore davantage une situation socioéconomique déjà difficile.  Le nouveau gouvernement aura d’urgence besoin d’un appui budgétaire, précise-t-il en lui conseillant de fixer ses objectifs immédiats et à moyen terme et de préparer une conférence d’annonce de contributions en étroite coopération avec les partenaires du développement.  De son côté, la communauté internationale devra tout mettre en œuvre pour répondre aux besoins urgents des Bissau-Guinéens en aidant financièrement le pays dans les domaines d’action prioritaires définis.

À moyen et à long termes, les autorités bissau-guinéennes devront gérer efficacement les recettes fiscales et l’aide internationale afin d’assurer la continuité des institutions de l’État, le versement régulier des traitements des fonctionnaires et la fourniture en temps voulu des services essentiels à la population.  Il se félicite, à cet égard, du dialogue qu’entretiennent les partenaires nationaux et internationaux sur le programme de renforcement de l’efficacité de la gouvernance.

Les autorités élues devront en outre promouvoir la transparence et la concertation entre tous les acteurs afin de veiller à ce que le nouveau gouvernement soit fondé sur le mérite, la compétence et l’égalité des sexes.  Elles devront également renforcer les institutions dans les domaines de la défense, de la sécurité et de la justice pour leur permettre d’exercer les missions qui leur sont confiées par la constitution et de maintenir l’ordre constitutionnel.

La promotion et la protection des droits de l’homme en Guinée-Bissau reste une priorité majeure, rappelle le Secrétaire général en demandant au nouveau gouvernement de protéger les droits de l’homme et les libertés de tous les citoyens bissau-guinéens, de mettre fin à la culture de l’impunité et de mettre en œuvre la politique de diligence voulue en matière de droits de l’homme de l’ONU.

Sur le plan environnemental, le Secrétaire général invite à s’attaquer aux problèmes posés par la destruction des forêts et des réserves naturelles du pays, et par la pêche illicites qui menace ses ressources maritimes.  La délivrance de permis au mépris total de la viabilité des pêches, si elle est confirmée, doit être stoppée, insiste-t-il.  Les recettes provenant de l’exploitation des ressources naturelles devraient, estime-t-il, bénéficier à la population tout entière et aux générations futures, et non à quelques individus isolés.   C’est pourquoi il invite à faire de la gestion transparente des ressources naturelles une priorité nationale, avec l’aide des partenaires internationaux pour définir de bonnes pratiques en la matière.

Rapport du Secrétaire général sur l’évolution de la situation en Guinée-Bissau et les activités du Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en Guinée-Bissau (BINUGBIS) (S/2014/333)

Le Secrétaire général rend compte, dans ce rapport, de la mise en œuvre du mandat du Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en Guinée-Bissau (BINUGBIS) depuis le 19 novembre 2013.  Il explique qu’après les élections présidentielle et législatives et après l’investiture du nouveau gouvernement, les Bissau-Guinéens peuvent à présent tourner la page d’un chapitre sombre de l’histoire de leur pays et ouvrir une ère de stabilité politique et de croissance économique.  Les attentes auxquelles le nouveau gouvernement démocratiquement élu doit répondre, souligne-t-il, sont particulièrement élevées.  Le Secrétaire général appelle les partenaires nationaux et internationaux de la Guinée-Bissau à soutenir le gouvernement dans un esprit de rassemblement et de consensus, en faisant prévaloir les intérêts supérieurs du pays sur les ambitions personnelles des uns et des autres.

Notant la faiblesse des institutions étatiques du pays, qui empêche de mettre ses ressources naturelles au service de la croissance économique et du développement, le Secrétaire général encourage à instaurer des institutions étatiques, après quoi les autorités élues devront accélérer l’élaboration et la mise en œuvre de réformes clefs, notamment dans les secteurs de l’administration publique, des finances publiques, de la justice et des services sociaux.  Il se félicite à cet égard que tous les partis politiques aient publiquement réaffirmé leur engagement en faveur de la reconstruction de l’État.

Le Secrétaire général est encouragé par les discussions en cours sur l’élaboration du programme de renforcement de l’efficacité de la gouvernance, un programme qui facilitera la gestion des ressources publiques et de l’aide financière internationale, tout en promouvant la transparence et la responsabilisation.  L’organisation, en étroite consultation avec les partenaires régionaux, sous-régionaux et de développement, d’une conférence d’annonce de contributions immédiatement après l’investiture du nouveau gouvernement permettra de mobiliser des ressources pour la mise en œuvre du programme.

Le Secrétaire général recommande que le mandat du BINUGBIS, qui arrivera à expiration le 31 mai 2014, soit prorogé d’une année, jusqu’au 31 mai 2015, afin que le Bureau puisse aider le nouveau gouvernement à prendre ses fonctions et à entreprendre la tâche complexe de la reconstruction des institutions étatiques.  Il recommande également de mener début 2015 un examen approfondi du mandat pour veiller à ce qu’il concorde avec les priorités définies par le nouveau gouvernement et les programmes des partenaires internationaux.

De son côté, le BINUGBIS doit continuer à soutenir les efforts déployés par les autorités du pays pour maintenir l’ordre constitutionnel et résoudre les tensions politiques, notamment par la facilitation d’un dialogue national à plusieurs niveaux.  Il doit également continuer à promouvoir l’instauration de relations saines entre le pouvoir civil et l’armée et soutenir la mise à exécution, en étroit partenariat avec les partenaires régionaux et internationaux pertinents, de la réforme du secteur de la sécurité.  Compte tenu des violations incessantes des droits de l’homme et la culture d’impunité dans le pays, il faut également que le BINUGBIS continue à promouvoir et protéger les droits de l’homme, à en surveiller le respect et à dénoncer les violations.  Le Bureau continuera à travailler en étroit partenariat avec l’ONUDC pour mettre en œuvre des programmes conjoints de renforcement des capacités en matière de lutte contre le trafic de drogues et la criminalité transnationale organisée.  Le Secrétaire général demande à la communauté internationale de fournir un appui financier et technique soutenu à ces efforts.

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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