Le Représentant spécial pour le Burundi se dit préoccupé par de vives tensions liées aux élections de 2015, à quelques mois du retrait du Bureau de l’ONU

14 mai 2014
CS/11395

Le Représentant spécial pour le Burundi se dit préoccupé par de vives tensions liées aux élections de 2015, à quelques mois du retrait du Bureau de l’ONU

14/5/2014
Conseil de sécurité
CS/11395
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Conseil de sécurité                                        

7174e séance – matin                                       


LE REPRÉSENTANT SPÉCIAL POUR LE BURUNDI SE DIT PRÉOCCUPÉ PAR DE VIVES TENSIONS

LIÉES AUX ÉLECTIONS DE 2015, À QUELQUES MOIS DU RETRAIT DU BUREAU DE L’ONU


Le Ministre burundais de l’intérieur défend le bilan du Gouvernement,

qui bénéficie du soutien de la Commission de consolidation de la paix


Le Représentant spécial du Secrétaire général pour le Burundi, M. Parfait Onanga-Anyanga, a déclaré, ce matin au Conseil de sécurité, que le pays se trouvait à un « moment historique »: le « début de la fin » d’une présence strictement politique de l’ONU dans ce pays, où l’accent sera désormais mis sur les activités de développement, avec le remplacement, le 31 décembre 2014, du Bureau des Nations Unies au Burundi (BNUB) par une équipe de pays de l’ONU.


C’est une transition qui s’opère toutefois sur fond de tensions préélectorales assez vives, a-t-il fait observer.


« Conformément à la résolution 2137 du Conseil de sécurité, qui demandait au BNUB de passer le relais à une équipe des Nations Unies, nous avons été en mesure de mettre au point un Plan commun de transition dans les délais prévus », a indiqué M. Onanga-Anyanga, qui présentait aux membres du Conseil, par visioconférence depuis Bujumbura, la capitale burundaise, les derniers développements en date dans ce pays de la région des Grands Lacs.


Le Représentant spécial a reconnu les progrès remarquables accomplis depuis la signature, en 2000, des Accords d’Arusha, qui avaient permis de sortir le Burundi du « conflit fratricide » dans lequel il s’est enfoncé pendant plusieurs décennies.  « D’une manière générale, la sécurité règne sur l’ensemble du territoire national, a-t-il assuré, en précisant que le Burundi était devenu un important contributeur de troupes aux opérations de maintien de la paix. »  Le Burundi peut également se féliciter de la bonne représentation des femmes dans la vie politique, a-t-il ajouté.


« Sur le plan économique et social, l’action gouvernementale est guidée par un ambitieux Cadre stratégique de lutte contre la pauvreté II (CSLP-II), avec le soutien de ses partenaires internationaux », a poursuivi M. Onanga-Anyanga, qui a également salué le processus de réformes en cours pour assainir le milieu des affaires et promouvoir les investissements privés, ainsi que l’adoption, le 25 avril dernier, du nouveau Code électoral.


La situation politique reste cependant tendue, a-t-il estimé, en déplorant l’absence d’un dialogue « constructif et inclusif » entre, d’un côté, le Gouvernement et, de l’autre, l’opposition, la société civile et les médias, qui dénoncent des lois « répressives ».  En outre, à l’approche des élections de 2015, on note une « propension à la violence politique » et à la confrontation entre jeunes affiliés aux partis politiques, a souligné le Représentant spécial, en faisant remarquer que nombre d’entre eux sont victimes du chômage, qui demeure l’un des défis majeurs au Burundi.


S’exprimant lui aussi depuis Bujumbura, le Ministre burundais de l’intérieur, M. Édouard Nduwimana, a défendu le bilan de son gouvernement, en faisant valoir notamment l’adoption, en mars dernier, d’une « feuille de route électorale consensuelle » et la mise en place de consultations ouvertes à tous.  Il a également souligné la promulgation, le mois suivant, de la loi établissant une Commission Vérité et réconciliation, conformément à la demande faite par le Conseil de sécurité dans sa résolution 2137 (2014).


Cette loi qui prévoit la mise en place de mécanismes de justice transitionnelle, a précisé cependant le Représentant spécial, n’a pas permis de s’affranchir de « clivages partisans », qui risquent, selon lui, de compromettre la crédibilité et le fonctionnement mêmes de cet organe et de « semer le doute sur les perspectives à long terme de réconciliation ».


M. Onanga-Anyanga s’est ensuite voulu plus optimiste en exprimant l’espoir que l’atelier sur la mise en œuvre de la feuille de route électorale, que le BNUB organisera conjointement avec le Gouvernement du Burundi, le 20 mai prochain, contribuera à promouvoir le dialogue et à améliorer le climat politique actuel.


Le Président de la Configuration Burundi au sein de la Commission de la consolidation de la paix (CCP), M. Paul Seger, de la Suisse, a, à son tour, confirmé un « recul de la confiance » dans le pays, qui est lié, a-t-il dit, à l’approche de l’échéance électorale de 2015 et qui inquiète la communauté internationale.


Les efforts qu’il a déployés au cours de ces derniers mois, et qu’il continuera de faire, visent, a expliqué M. Seger, à « explorer les meilleures options d’engagement au Burundi et à définir les rôles respectifs des différentes parties prenantes, notamment après le départ du BNUB ».  C’est un objectif d’une importance primordiale, dans la mesure où les partenaires du Burundi auront à combler les lacunes laissées par ce retrait, a-t-il fait remarquer.


Après avoir évoqué les consultations intensives qu’il a eues avec des responsables gouvernementaux du Burundi et des pays de la région, de hauts fonctionnaires du système de l’ONU et d’organisations régionales, les partenaires bilatéraux et les institutions financières internationales, le Président de la Configuration Burundi de la CCP a annoncé sa participation prochaine à la toute première réunion du Comité directeur mixte à Bujumbura, à la fin de ce mois.


L’objectif de cette réunion est d’accompagner l’application du nouveau plan prioritaire du Fonds pour la consolidation de la paix, assorti d’un budget de 11,65 millions de dollars, et dont les quatre priorités sont la cohésion sociale, la jeunesse, les droits de l’homme et le développement foncier.


M. Seger a également annoncé son intention de convoquer, « cet été ou au début de l’automne », une réunion de suivi de la Conférence de Genève de 2012, afin d’évaluer la mise en œuvre du CSLP-II et des engagements mutuels pris lors de cette Conférence.


« Force est de constater que la dynamique de Genève s’est ralentie ces derniers mois et a cédé la place à une baisse de confiance », a-t-il dit. Actuellement, le Cadre stratégique ouvre, à mi-parcours, une opportunité pour se réunir de nouveau et faire un bilan des engagements mutuels pris à Genève.  Pour M. Seger, ce sera l’occasion de contrecarrer le « risque d’une rechute économique et politique du Burundi » et de ressusciter ce qu’il a appelé « l’esprit de Genève ».


« Il incombe à nous, les partenaires du Burundi, de reprendre le flambeau du BNUB dès maintenant et de consolider son travail extraordinaire en nous engageant davantage », a-t-il lancé en conclusion, répondant ainsi à l’appel du Ministre burundais de l’intérieur, qui a plaidé pour que les fonds promis pour financer les réformes soient rapidement débloqués, « au bénéfice de la population ».


LA SITUATION AU BURUNDI


Rapport du Secrétaire général sur le Bureau des Nations Unies au Burundi (S/2014/36)


Le Secrétaire général fait le point, dans ce rapport, sur la situation au Burundi, au cours de la période allant du 18 janvier 2013 au début janvier 2014.  Son rapport s’articule autour de huit critères et des constatations de la mission d’évaluation stratégique menée au Burundi.


Le Burundi a accompli des progrès remarquables et surmonté des obstacles considérables depuis la fin de la guerre civile, observe M. Ban Ki-moon, qui affirme que le pays a su mener à bien une période de transition délicate et consolide maintenant ses institutions démocratiques.  « Aujourd’hui, le Burundi vit dans la paix et la sécurité, les relations régionales s’intensifient et les efforts de développement s’accélèrent », se félicite-t-il.


Les progrès importants qui ont été accomplis sont loin toutefois d’être irréversibles, met en garde le Secrétaire général.  « Le Gouvernement burundais doit plus que jamais diriger le pays de manière avisée en continuant à promouvoir l’esprit de dialogue et de consensus consacré dans les Accords d’Arusha, qui ont aidé les Burundais à remédier aux causes structurelles du conflit qu’a connu le pays.  Compte tenu de l’histoire et de la composition sociale du Burundi, une attitude favorisant uniquement la majorité ou permettant au gagnant d’emporter toute la mise pourrait réduire à néant les progrès difficilement accomplis », prévient-il encore.


L’élection présidentielle de 2015, poursuit le Secrétaire général, mettra à l’épreuve la stabilité à long terme du pays.  Les divers acteurs politiques ont posé les bases de ce scrutin dans la feuille de route de mars 2013, en acceptant notamment d’effectuer les réformes électorales nécessaires à la tenue d’élections régulières, ouvertes à tous et transparentes et dont les résultats seront acceptés par tous.  « Je demande au Gouvernement du Burundi et à tous les acteurs politiques de s’acquitter pleinement des engagements qu’ils ont pris dans la feuille de route », déclare le Chef de l’Organisation.


Estimant que toute démocratie solide a besoin d’une opposition dynamique, le Secrétaire général salue donc le retour au Burundi des figures politiques jusqu’alors en exil, « symbole de la normalisation de la vie politique depuis le boycottage des élections de 2010 ».  Constatant que certains partis sont confrontés à des tensions croissantes et à des luttes internes, il exhorte toutes les formations ainsi que leurs membres à éviter de tenir des propos incendiaires et à résoudre pacifiquement leurs différends par la voie du dialogue, dans l’intérêt de leur propre parti et de l’instauration d’une démocratie multipartite.


M. Ban demande par ailleurs au Gouvernement burundais et aux partis politiques de lancer une campagne de lutte contre la violence politique en prévision des élections de 2015 et invite instamment le Gouvernement et les partis politiques à faire en sorte que les jeunes ne subissent pas de manipulations politiques qui pourraient les inciter à commettre des actes de violence et d’intimidation. 


Il encourage les autorités burundaises à résister à la tentation de « trop hâter » une initiative aussi importante que le processus de révision constitutionnelle et demande aux partis burundais et aux autres parties prenantes de privilégier les intérêts nationaux avant toute autre chose.


Si en 2013, il n’y a eu aucune exécution extrajudiciaire motivée par des raisons politiques, M. Ban Ki-moon n’en reste pas moins préoccupé par l’impunité dont jouissent les auteurs de violations des droits de l’homme, y compris de violences sexuelles.  Il demande donc aux autorités burundaises d’appliquer une politique de tolérance zéro face aux violations des droits de l’homme commises par les forces de sécurité et de faire tout leur possible pour renforcer le professionnalisme de ces forces, en particulier la police.  Le Gouvernement du Burundi est également prié de consolider les efforts visant à promouvoir la réconciliation et l’apaisement, y compris en créant une commission de vérité et de réconciliation tant attendue.


Tout en saluant l’engagement pris par le Gouvernement du Burundi pour régler les problèmes complexes de propriété foncière, le Secrétaire général dit craindre que certaines décisions prises par la Commission nationale des terres et autres biens ne laissent transparaître un manque d’uniformité, « ce qui pourrait entraîner des tensions communautaires susceptibles d’avoir de vastes répercussions sur l’économie et l’ordre public, en particulier lors de la période électorale, au cours de laquelle les rivalités politiques vont s’intensifier ».  Il encourage donc les autorités burundaises à gérer les réclamations et les litiges fonciers dans un esprit non partisan afin de favoriser la justice et à aborder la question dans le contexte plus large du développement économique et social.


La communauté internationale doit, quant à elle, continuer à jouer un rôle constructif et à améliorer la coordination de ses activités, en particulier celles menées en prévision des élections et en appui à la réforme du secteur de la sécurité, affirme le Secrétaire général.  C’est pourquoi il engage le Gouvernement du Burundi à prendre des mesures supplémentaires pour améliorer les conditions de vie et l’accès aux soins de santé et aux autres services sociaux et pour réduire le chômage.  Il encourage aussi la Commission de consolidation de la paix à faire en sorte que la communauté internationale continue d’apporter son soutien au Burundi et à mobiliser des ressources.


« Je suis convaincu que l’ONU doit maintenir une présence au Burundi pour continuer d’accompagner le pays dans ses efforts de consolidation de la paix jusqu’à ce que l’élection présidentielle de 2015 soit passée, notamment en facilitant le dialogue, en suivant la situation des droits de l’homme et en mettant sur pied des mécanismes de justice transitionnelle », conclut le Secrétaire général.  S’il dit comprendre parfaitement que le Burundi souhaite s’approprier davantage le processus de consolidation de la paix, il juge que la demande formulée par le Gouvernement selon laquelle le BNUB dispose de six mois à compter du 16 février 2014 pour se retirer, « pose un sérieux dilemme ».  La présence de l’ONU dans le pays étant encore nécessaire et l’équipe de pays des Nations Unies ne pouvant pas en assurer toutes les fonctions.


C’est la raison pour laquelle M. Ban Ki-moon recommande que le mandat du BNUB soit prorogé pour une nouvelle période de 12 mois.  Si le Gouvernement du Burundi persiste à dire que cette prorogation n’est pas acceptable, le Conseil de sécurité voudra peut-être examiner deux autres options, soit remplacer progressivement le BNUB par une nouvelle mission de consolidation de la paix provisoire dotée d’un mandat plus restreint, soit, « en dernier recours », nommer un envoyé spécial chargé de promouvoir et faciliter le dialogue entre les acteurs nationaux et d’appuyer les mécanismes destinés à assurer une large participation à la vie politique, suggère-t-il.


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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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