Conseil de sécurité: le représentant de la Fédération de Russie obtient un débat pour prévenir les lourdes conséquences des « actes irréfléchis et insensés » de l’Ukraine contre les russophones

13 avril 2014
CS/11351

Conseil de sécurité: le représentant de la Fédération de Russie obtient un débat pour prévenir les lourdes conséquences des « actes irréfléchis et insensés » de l’Ukraine contre les russophones

13/4/2014
Conseil de sécurité
CS/11351
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

7154e séance – nuit


CONSEIL DE SÉCURITÉ: LE REPRÉSENTANT DE LA FÉDÉRATION DE RUSSIE OBTIENT UN DÉBAT POUR PRÉVENIR LES LOURDES CONSÉQUENCES

DES « ACTES IRRÉFLÉCHIS ET INSENSÉS » DE L’UKRAINE CONTRE LES RUSSOPHONES


À quelques heures de l’ultimatum qu’a donné le Président ukrainien aux séparatistes pro-russes pour qu’ils déposent les armes et cessent l’occupation des bâtiments publics, le représentant de la Fédération a obtenu du Conseil de sécurité la tenue, ce soir à 8 heures, d’un débat public pour « prévenir les lourdes conséquences des « actes irréfléchis et insensés » des autorités ukrainiennes contre les populations russophones. 


Il est plus de 9 heures du soir, a dit le représentant russe à la fin du débat, et dans quelques heures, en Ukraine, il sera 6 heures du matin, l’heure butoir de « l’ordre criminel » du Président ukrainien qui appelle ses forces à tirer contre des manifestants pacifiques.  Le Sous-Secrétaire général aux affaires politiques a confirmé « une situation plus dangereuse que jamais » qui a conduit le Président en exercice de l’Ukraine à signer un décret menaçant les séparatistes d’une opération de grande envergure s’ils ne déposent pas les armes et ne libèrent pas les bâtiments publics.


Après deux semaines de calme relatif, a-t-il indiqué, des individus armés et des groupes séparatistes ont commencé, depuis le 6 avril, à occuper des bâtiments de l’État, prenant les armes dans la région de Donetsk en Ukraine, y compris dans les villes de Donetsk, Lugansk et Kharkiv.  Les appels à la sécession et au rattachement à la Fédération de Russie se multiplient alors qu’à Donetsk, certains individus ont proclamé la République populaire de Donetsk.  Cinq nouvelles villes sont visées par des soulèvements et l’occupation de bâtiments.  


Les observateurs de l’ONU signalent des barricades et des civils armés des deux côtés ainsi que la présence de milices lourdement armées.  Une double manifestation aujourd’hui à Kharkiv a fait 50 blessés.  Hier, un officier a été tué mais le nombre total des pertes n’est pas encore connu.  « L’Ukraine est au bord du gouffre », a alerté le Sous-Secrétaire général aux affaires politiques. 


On demande, a rétorqué le représentant de la Fédération de Russie, aux populations du sud-est de déposer les armes, ce 14 avril, mais on ne veut ni entendre leur avis ni tenir compte de leurs intérêts.  Il a pointé le doigt sur un pays où « la monstrueuse russophobie est devenue la norme ».  Il n’est donc pas étonnant de voir ce qui se passe dans plusieurs villes.  Or aujourd’hui, au lieu de la retenue, nous voyons le Conseil de sécurité ukrainien s’apprêter à lancer une opération de grande échelle avec recours à la force armée.


Ce soir, a tranché la représentante des États-Unis, il faut s’en tenir aux faits.  La Russie avait dit qu’elle n’avait aucune intention d’envahir l’Ukraine, mais l’occupation par la force de bâtiments publics dans six villes de l’Ukraine ressemble aux premières phases de l’occupation de la Crimée.  Nous savons qui est derrière et la seule entité dans la région qui est capable de mener des actions aussi coordonnées, c’est la Russie, a accusé la représentante.  Il suffit, a-t-elle dit, de voir les vidéos de militaires qui accompagnent « les bandits » dans les bâtiments. 


On dirait que la Russie ne sait pas qu’Internet existe et qu’il contredit tous les jours ses démentis, a renchéri le représentant de la France qui a dit y avoir vu des hommes masqués et disciplinés, équipés d’armes qu’on ne trouve pas dans les surplus militaires.  Il a aussi estimé que le déploiement de troupes russes le long de la frontière projette une ombre inquiétante sur l’est de l’Ukraine.  Comme elle niait les choses hier, la Russie continue à les nier aujourd’hui, a accusé, à son tour, le représentant du Royaume-Uni qui a confirmé que 35 à 40 000 militaires russes bien équipés sont massés le long de la frontière. 


Évitons, a répondu son homologue russe, les spéculations et les accusations.  Arrêtons d’énumérer les prétendus signes d’ingérence de la Russie.  Voyons ce qu’on peut faire aujourd’hui pour éviter les « actes irréfléchis et insensés » des autorités ukrainiennes.  Évitons que ne soit suivi « l’ordre criminel » du Président ukrainien dont le prix le plus lourd sera payé par le peuple ukrainien.  C’est ce qu’il faut éviter, a prévenu le représentant qui a ajouté « c’est de l’Occident que dépend la possibilité d’éviter la guerre civile en Ukraine ».


Le représentant de la France a dit placer beaucoup d’espoir dans la réunion du 17 avril.  Une réunion, a précisé son homologue du Luxembourg, à laquelle participeront à Genève, les chefs de la diplomatie de l’Ukraine, de la Russie, des États-Unis et de l’Union européenne pour amorcer le début d’un dialogue et sortir « de la crise la plus grave que l’Europe a connue depuis la fin de la guerre froide ».  La Fédération de Russie, a répondu son représentant, demande au Conseil de sécurité de parler aux autorités ukrainiennes parce que dans quelques heures les évènements pourraient conduire à une situation « irréversible ». 


« Ce que nous risquons, c’est la faillite des efforts pour un ordre international qui ne repose pas sur la force », a estimé le représentant français, qui comme les autres intervenants a salué le sang-froid de l’Ukraine, dont le représentant a confirmé aujourd’hui les propos de son Président selon lesquels les personnes qui quitteront les bâtiments occupés et rendront leurs armes ne seront pas poursuivies en justice, à condition qu’elles n’aient pas tiré sur les forces ukrainiennes.  Le Gouvernement de l’Ukraine n’a cessé de tendre la main, a observé la représentante de la Lituanie, qui a noté non seulement l’amnistie pour ceux qui déposeraient les armes mais aussi les assurances quant à la place de la langue russe et l’autonomie des régions russophones.


LETTRE DATÉE DU 13 AVRIL 2014, ADRESSÉE À LA PRÉSIDENTE DU CONSEIL DE SÉCURITÉ PAR LE REPRÉSENTANT PERMANENT DE LA FÉDÉRATION DE RUSSIE AUPRÈS DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES (S/2014/264)


Déclarations


M. OSCAR FERNÁNDEZ-TARANCO, Sous-Secrétaire général aux affaires politiques, a regretté que depuis le dernier rapport du Secrétaire général le 28 mars, la situation en Ukraine se soit gravement détériorée.  Nous assistons aujourd’hui à la dixième réunion du Conseil sur cette question, alors que l’Assemblée générale s’est aussi saisie de la question le 27 mars. 


Après deux semaines de calme relatif, commençant le 6 avril, des individus armés et des groupes séparatistes ont commencé à occuper des bâtiments publics et ont pris les armes dans la région de Donetsk en Ukraine, y compris dans les villes de Donetsk, Lugansk et Kharkiv.  Des individus ont appelé à la sécession et au rattachement à la Fédération de Russie.  À Donetsk, certains individus ont proclamé la République populaire de Donetsk.


Cinq nouvelles villes sont visées par des soulèvements et l’occupation des bâtiments gouvernementaux.  Les observateurs de l’ONU signalent des barricades et des civils armés des deux côtés ainsi que la présence de milices lourdement armées.  À la veille du 13 avril, les autorités de Kiev ont lancé une opération « antiterroriste » pour récupérer Slavyansk, mais un jour après elles ont été surpassées par les activistes proséparatistes.  Les observateurs des Nations Unies ont noté que ces derniers étaient bien armés et organisés.


Une double manifestation aujourd’hui à Kharkiv a causé 50 blessés.  Hier, un officier a été tué mais le nombre total des pertes n’est pas encore connu.  Aujourd’hui, le Président en exercice de l’Ukraine a signé un décret accordant aux séparatistes un délai jusqu’à 6 heures du matin pour déposer les armes au risque de voir une opération de grande envergure.


Mais la Fédération de Russie a déclaré qu’elle serait contrainte d’agir si Kiev employait la force.  La situation est plus dangereuse que jamais auparavant et le Secrétaire général appelle à la plus grande retenue et au respect du droit international.  Il appelle aussi ceux qui ont une influence sur les parties à œuvrer au retour au calme.  Il appelle à un dialogue entre les parties et entre Kiev et Moscou. 


Il devient évident que la crise va continuer à s’approfondir si des efforts intenses ne sont pas déployés urgemment.  L’Ukraine est au bord du gouffre mais elle ne sera pas la seule à souffrir.  La Fédération de Russie qui partage une longue frontière avec elle risque un débordement avec des conséquences graves.  Il faut aussi craindre des répercussions pour l’ensemble de la communauté internationale, a-t-il prévenu.


M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a indiqué avoir demandé la convocation extraordinaire de cette réunion étant donné la situation extrêmement dangereuse qui règne au sud-est de l’Ukraine.  Il a dénoncé « les actions irréfléchies » des autorités de Kiev autoproclamées qui risquent de déchirer le tissu fragile de la société ukrainienne.  Mais les autorités refusent d’écouter ceux qui n’acceptent pas les propos des chauvins, des néonazis et des russophobes.  La monstrueuse russophobie est devenue la norme, est devenue la norme également au Parlement, a-t-il dit, en citant les propos d’une des députées.  Faut-il alors s’étonner que les manifestations pacifiques et l’appel lancé par le peuple du sud-est de l’Ukraine soient accueillis par une loi draconienne.  Mais on a vu des signes de bon sens, comme le déplacement du Premier Ministre ukrainien à Donetsk.  Aujourd’hui pourtant, au lieu de la retenue, nous voyons que le Conseil de sécurité ukrainien va lancer une opération antiterrorisme de grande échelle avec recours à la force armée.  Il n’est donc pas étonnant de voir ce qui se passe dans plusieurs villes. 


On demande au sud-est de déposer les armes, le 14 avril, mais on ne veut entendre ni ses opinions ni tenir compte de ses intérêts.  Il s’agit d’une situation très dangereuse.  La communauté internationale doit demander la fin de la guerre contre le peuple ukrainien et le respect de l’Accord du 21 février.  Il a souhaité que les commanditaires occidentaux de Maidan concernés par cet Accord, et notamment les États-Unis, exigent que l’on neutralise les néonazis et les extrémistes.  C’est de l’Occident que dépend la possibilité d’éviter la guerre civile en Ukraine.  Certains veulent voir la main de Moscou partout, mais assez de légendes.  La Fédération de Russie n’a déployé aucun militaire le long de la frontière.  Il est temps de comprendre que le sud-est de l’Ukraine est préoccupé par son avenir et il ne veut pas ce que lui impose la volonté d’autres, et surtout celle des nationalistes extrémistes.


Mme RAIMONDA MURMOKAITĖ (Lituanie) s’est aussi dite préoccupée d’une situation où des provocateurs continuent de prôner le séparatisme et la haine.  Le scénario est dangereusement familier: les troubles et le chaos sont en train d’être créés par des milices prorusses.  Les troupes russes sont bien aux frontières et la machine antioccidentale et anti-ukrainienne ne changera pas la situation.  C’est « le traître » Ianoukovitch qui a ouvert la voie à l’annexion, malgré le fait que la majorité des populations voit son avenir inexorablement lié à l’Ukraine.  Selon un sondage, seulement 18% de la population veut être rattaché à la Russie.   Malheureusement, le sang a coulé contrairement à ce qui s’est passé auparavant.  Il est clair, a dit la représentante, que les choses n’ont pas cessé avec la Crimée.  Elle a condamné les actions séparatistes et salué le Gouvernement de l’Ukraine qui n’a cessé de tendre la main, en donnant des assurances quant à la place de la langue russe, l’autonomie des régions russophones et même l’amnistie pour ceux qui déposeraient les armes.  Cela montre la souplesse des autorités légitimes de l’Ukraine.  La Lituanie appuie toutes les initiatives de paix, a ajouté la représentante.  C’est l’indépendance et l’intégrité territoriale de l’Ukraine qui sont menacées.  Il faut appeler la Fédération de Russie, a-t-elle voulu, à cesser tout acte visant à déstabiliser l’Ukraine et la réunion du 17 avril offre une chance viable. 


Mme SAMANTHA POWER (États-Unis) a relevé « l’enjeu humain très élevé » de ce qui se passe à Kiev.  Les autorités et les médias russes répandent désinformations et fictions mais il faut, ce soir, se concentrer sur les faits, a-t-elle dit.  La Russie avait dit qu’elle n’avait aucune intention d’envahir l’Ukraine, mais l’occupation par la force de bâtiments dans six villes de l’Ukraine ressemble aux premières phases de l’occupation de la Crimée.  Nous savons qui est derrière et la seule entité dans la région qui est capable de mener des actions aussi coordonnées, c’est la Russie, a accusé la représentante.  Il suffit, a-t-elle dit, de voir les vidéos de militaires qui accompagnent des bandits dans les bâtiments.  La réalité est que l’insécurité est créée de façon artificielle par la Russie.  Le Secrétaire d’État américain, John Kerry, a-t-elle confirmé, participera aux pourparlers de Genève le 17 avril.  Dès lundi, les États-Unis comptent consentir un prêt de garantie d’un milliard de dollars à l’Ukraine qui profitera à toute la population dont les minorités.  Les États-Unis parleront aussi au Fonds monétaire international (FMI) et entendent bien appuyer les élections du mois de mai prochain.  Les États-Unis sont aux côtés de l’Ukraine et c’est le peuple ukrainien qui doit décider de son avenir, a souligné la représentante.


M. MARK LYALL GRANT (Royaume-Uni) s’est dit préoccupé que les manifestations aient cédé la place à une action violente, ce qui est une montée dangereuse de la tension.  Nous voyons, a-t-il dit, des unités bien armées coordonner des opérations contre des institutions publiques ukrainiennes.  Après la Crimée, ces évènements montrent que la Russie s’ingère directement dans les affaires intérieures de l’Ukraine, en violation du droit international.  En tant que Membre de l’ONU et du Conseil, la Russie doit cesser de menacer l’intégrité territoriale et l’indépendance de l’Ukraine, a tranché le représentant, en indiquant que 35 à 40 000 militaires russes bien équipés sont massés le long de la frontière.  Comme elle niait les choses avec la Crimée, la Russie continue de nier aujourd’hui, a accusé le représentant qui dit savoir que le déploiement des troupes à la frontière n’a commencé qu’au mois de mars.  Il a demandé leur redéploiement, la cessation de toute activité visant à faire monter la tension et l’abrogation du décret russe sur le recours à la force sur le sol ukrainien. 


Plutôt que d’aider son voisin après la chute d’un régime corrompu, la Russie préfère le déstabiliser pour des intérêts étroits car, a estimé le représentant, les manifestations récentes ne sont « organiques » ni largement appuyées par l’opinion publique.  Bien au contraire, nous voyons une campagne bien orchestrée.  Si la Russie se préoccupe vraiment de la situation, elle doit savoir que son comportement n’arrange rien.  Le représentant a dit attendre avec intérêt l’évaluation des observateurs.  Après avoir une nouvelle fois condamné le fait que la Russie cherche à imposer sa volonté par les tactiques révolues de l’intimidation et de la désinformation, il a rappelé que le 25 mai, l’Ukraine élira son nouveau Président, dans un contexte où l’on pense à accorder un réel degré d’autonomie aux régions du pays, ce qui est la voie vers une solution pacifique.


Depuis hier, nous assistons à une explosion brusque et concomitante de la violence qui n’a rien de spontané, a souligné M. GÉRARD ARAUD (France), en appelant à la retenue et au dialogue pour une solution pacifique.  Le scénario, a-t-il dit, rappelle à un mois d’intervalle ce qui s’est passé en Crimée.  Il a dénoncé la présence d’hommes masqués et disciplinés, équipés d’armes qu’on ne trouve pas dans les surplus militaires.  On dirait que la Russie ne sait pas qu’Internet existe et qu’il contredit tous les jours ses démentis, a dit M. Araud qui a estimé que le déploiement de troupes russes projette une ombre inquiétante sur l’est de l’Ukraine.  Il a aussi dénoncé la pression économique comme on le voit avec la hausse du prix du gaz et le blocus les marchandises à la frontière, pour asphyxier un pays soit-disant « frère ».  C’est dans ce contexte que la France salue le sang-froid des autorités ukrainiennes qui cherchent à régler la crise par le dialogue, a-t-il dit.  C’est dans cet esprit que le Premier Ministre s’est rendu à Donesk avec des propositions précises. 


Il a rappelé que la France a toujours été très claire au sujet du statut des langues et des minorités.  L’avenir ne doit et ne peut dépendre que des Ukrainiens.  Nous devons soutenir les autorités ukrainiennes à garantir un scrutin qui assure la représentation de tous, a-t-il recommandé, en souhaitant la tenue d’élections libres et transparentes le 25 mai prochain.  Nous appelons la Russie à s’engager dans la désescalade et à condamner les tentatives de déstabilisation dans l’est de l’Ukraine par des groupes armés.  En tant que Membre de l’ONU et du Conseil de sécurité, la Russie est garante de la paix et de la sécurité dans le monde, a-t-il souligné.  La Russie doit peser de tout son poids pour aider l’Ukraine à recouvrer la stabilité.  La réunion 17 avril doit se tenir et la France espère, a dit le représentant, qu’elle fera émerger des solutions.  L’échéance est cruciale et la France appelle au calme et à la retenue.  Le représentant a « jeté un dernier cri d’alarme » car ce que nous risquons, s’est-il expliqué, c’est la faillite des efforts pour un ordre international qui ne repose pas sur la force.  Or aujourd’hui c’est la force qui essaye d’imposer sa loi.


M. EUGÈNE-RICHARD GASANA (Rwanda) s’est déclaré alarmé par la montée de la tension et a condamné la mort d’un militaire ukrainien, demandant que les auteurs de cette attaque soient traduits en justice.  Devant une situation devenue encore plus complexe, il est important de respecter les droits du peuple ukrainien sans exclusive, a dit le représentant qui s’est opposé à tout acte mettant en danger les populations.  L’action militaire ne fait que renforcer la tension, a-t-il prévenu, en appelant tous ceux qui ont de l’influence à agir pour désamorcer la situation et éviter une grave crise.  Le Conseil de sécurité doit recouvrer l’unité et rétablir la souveraineté des États.  « Nous devons soutenir des Ukrainiens pris entre les deux feux », a-t-il conclu.


M. ZEID RA’AD ZEID AL-HUSSEIN (Jordanie) s’est dit très préoccupé par l’escalade de la tension en Ukraine et par l’instabilité croissante que cela entraîne dans la région.  Il a dénoncé la mutinerie contre l’État qui, a-t-il prédit, conduira au démantèlement de l’État ukrainien.  L’Ukraine a le droit de préserver son intégrité territoriale et de rétablir l’état de droit sur tout son territoire, a-t-il martelé.  Il a exigé le respect des droits de l’homme dans cette crise.  Toutes les parties doivent convaincre les insurgés de cesser leurs manifestations, leurs actes d’intimidation et de se retirer des bâtiments publics ukrainiens.  Il a aussi demandé de ne pas intervenir dans les affaires de l’Ukraine et qu’on s’abstienne d’utiliser la force.  Il a rappelé qu’il est de l’intérêt de la communauté internationale de préserver l’intégrité des dispositions du droit international.  Ce droit est le pilier de l’égalité entre les États, a-t-il souligné.


M. GARY FRANCIS QUINLAN (Australie) a dit que les actions des groupes militaires bien organisés, bien armés dans les six villes de l’est n’étaient pas des manifestations populaires mais des actions d’unités pro-russes qui utilisent la force pour occuper des bâtiments publics.  Il s’agit, a-t-il dénoncé, d’actes visant à déstabiliser l’Ukraine.  « Des actes que nous avons déjà vus en Crimée », a indiqué le représentant.  Il a rappelé que le principe de la responsabilité veut que les États soient responsables des acteurs non étatiques qu’ils emploient.  Saluant l’augmentation prochaine des observateurs de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) en Ukraine, il a déclaré que cette mission est très importante.  Le représentant a rappelé combien la menace de la Russie de recourir à la force a été condamnée par la communauté internationale, conduisant l’Australie à prendre des sanctions unilatérales pour soutenir l’Ukraine qui prépare une élection présidentielle le 25 mai.  Ce scrutin devra se dérouler sans ingérence extérieure, a averti le représentant qui a demandé à la Fédération de Russie de cesser tout acte de déstabilisation et de respecter les instruments internationaux qu’il a signés.


M. WANG MIN (Chine) a exprimé sa préoccupation et espéré que les parties feront preuve de retenue afin d’éviter une détérioration de la situation.  Il faut considérer la question de façon équilibrée, a-t-il souhaité, demandant de privilégier les canaux diplomatiques.  La Chine va continuer d’appuyer la communauté internationale pour un exercice des bons offices afin d’atténuer la tension dans ce pays.


Mme MARÍA CRISTINA PERCEVAL (Argentine) a dénoncé la détérioration, en particulier dans l’est du pays.  Elle a craint que la crise ne s’aggrave avec des conséquences pour l’Ukraine et les pays de la région.  Elle a demandé le respect des principes de non-ingérence dans les affaires intérieures des États, une ingérence pas seulement militaire, mais aussi politique et économique.  La représentante a estimé que la situation ne sera pas résolue par des actes unilatéraux.  Elle s’est jointe à l’appel du Secrétaire général de travailler à résoudre cette situation par le biais d’un dialogue constructif, en évitant l’escalade.  Il a jugé prioritaire de renforcer les efforts pour pouvoir entamer un dialogue urgent, en prenant en compte les intérêts de toutes les minorités.  Il faut que les Ukrainiens puissent trouver une issue démocratique et pacifique, a-t-elle souhaité. 


M. JOON OH (République de Corée) a dit suivre de très près la situation en Ukraine.  Il a avoué être préoccupé par la montée de la tension et la prise de contrôle des bâtiments à Donetsk et dans d’autres villes par des groupes armés.  Il s’est opposé à tout changement de la situation par la force et a appelé les États à respecter le processus électoral en cours en Ukraine.  Il a insisté sur la souveraineté et l’indépendance de l’Ukraine.


M. MAHAMAT ZENE CHERIF (Tchad) a exprimé ses préoccupations face à une situation qui déstabilise encore plus le pays.  Il a condamné toutes les formes de violences survenues hier et aujourd’hui.  La solution à la crise ne peut être que politique et non militaire, a-t-il redit.  Estimant que les actions des hommes armés ne font qu’aggraver une situation déjà explosive, il a appelé les parties à la retenue et au calme, les invitant à privilégier le règlement pacifique de la crise.  Cela implique la prise en compte des intérêts de toutes les composantes de la société ukrainienne, a-t-il recommandé.  « Ni les tentatives des insurgés de rattachement à la Russie, ni le recours à la force contre ces insurgés ne peuvent aboutir à un règlement pacifique », a-t-il estimé.  Enfin, il a émis le vœu d’arriver à des relations assainies entre les deux pays, dans le respect mutuel et la coopération.  Il a aussi appelé la communauté internationale et les Nations Unies à poursuivre leur médiation, en vue de préserver l’intégrité territoriale de l’Ukraine.


M. OLIVIER MAES (Luxembourg) a dit voir une continuation des actions entreprises par la Russie sur le territoire de l’Ukraine au cours des dernières semaines, des actions qui constituent une violation flagrante du droit international, notamment la Charte des Nations Unies et de l’Acte final d’Helsinki.  Ces actions vont à l’encontre des engagements que la Russie a pris dans le cadre du Mémorandum de Budapest de 1994 et du Traité d’amitié, de coopération et de partenariat signé en 1997 entre la Russie et l’Ukraine.


Nous nous félicitons du sang-froid et de la retenue dont ont su faire preuve jusqu’ici les autorités ukrainiennes face aux violations répétées de la souveraineté et de l’intégrité territoriale de leur pays au cours des six dernières semaines.  Pourtant, chacun d’entre nous le sait, le Gouvernement de l’Ukraine ne pourra assister sans rien faire à cette nouvelle menace à son intégrité territoriale.  « Il est du devoir du Gouvernement de protéger ses frontières et les populations vivant sur son territoire », a-t-il indiqué.


La Russie a répété, ce soir, sa version des événements selon laquelle les exigences des régions de l’est et du sud-est de l’Ukraine seraient ignorées par Kiev.  Mais cela ne correspond pas aux faits.  « Nous saluons le fait que l’Ukraine a affirmé de façon constante qu’elle est prête à un dialogue politique inclusif tenant compte des intérêts de tous les Ukrainiens et de toutes les régions de l’Ukraine », a dit M. Maes.  Pourtant, ce dialogue ne pourra se faire sous la menace d’une invasion étrangère.  Cette menace ne doit pas compromettre l’occasion qui sera donnée aux Ukrainiens d’exprimer leur volonté souveraine lors de l’élection présidentielle du 25 mai.  Le représentant a appelé à la désescalade de la crise et a demandé à la Russie de cesser ses actions visant à déstabiliser l’est de l’Ukraine et le pays tout entier. 


Il est encore possible de régler la crise concernant l’Ukraine par des moyens pacifiques.  Mais une solution pacifique passe avant tout par le dialogue entre la Russie et l’Ukraine.  À cet égard, le représentant a espéré que les pourparlers à quatre qui doivent réunir les chefs de la diplomatie de l’Ukraine, de la Fédération de Russie, des États-Unis et de l’Union européenne le 17 avril prochain à Genève permettront d’amorcer le début d’un dialogue et de sortir ainsi de la crise la plus grave que l’Europe a connue depuis la fin de la guerre froide.  Il a terminé en disant qu’il ne faudrait pas que les tensions et les violences des derniers jours soient prises comme prétextes pour refuser tout dialogue.  « L’heure est grave.  Il n’y a pas une minute à perdre pour faire prévaloir le dialogue sur la violence, la raison sur les émotions, et la paix sur la guerre. »


M. IGNACIO LLANOS (Chili) a regretté la violence et a dit craindre les graves conséquences des actions menées par les groupes séparatistes.  Il a appelé les parties à la plus grande retenue et au respect de l’indépendance et de l’intégrité territoriale de l’Ukraine.  Toutes les parties impliquées doivent s’abstenir de mesures contraires aux principes de la Charte et aux traités internationaux auxquels l’Ukraine est partie, a-t-il demandé.  Il a demandé la fin des actes unilatéraux et appelé à la médiation pour régler cette crise.  Ce processus doit être inclusif et respecter pleinement les droits des minorités, a-t-il souligné.  À cet égard, le rôle du Conseil de sécurité et des organisations internationales continue à être fondamental, a-t-il ajouté.


Mme JOY OGWU (Nigéria) a dit que la situation présente une grave menace pour la paix et a demandé aux parties prenantes de respecter les principes internationaux tels que ceux de la Charte des Nations Unies qui préconise le respect de la souveraineté et de l’indépendance des États.  Elle a demandé le respect des instruments internationaux qui ont été signés entre les deux pays et qui devraient constituer les points de départ du dialogue.  Seule une solution diplomatique pourra résoudre la crise actuelle, a-t-elle dit, en soulignant le danger de la solution militaire.  Elle a appelé au dialogue pour empêcher la détérioration de la situation.


M. YURIY SERGEYEV (Ukraine) a regretté que la journée d’aujourd’hui, « grand jour saint » où l’on célèbre « l’entrée de notre Seigneur dans l’enceinte de Jérusalem » ait été marquée par une effusion de sang en Ukraine.  Il a cité son Président en exercice qui a parlé d’une situation particulièrement dangereuse où des troupes formées, en uniformes russes mais sans insigne, ont attaqué les forces ukrainiennes.  Les milices ont utilisé la population comme bouclier humain.  Il ne s’agit pas d’une guerre entre Ukrainiens, mais d’une « situation créée artificiellement avec pour but de détruire l’Ukraine ».  Le Gouvernement, a affirmé le représentant, a fait son possible pour éviter la confrontation dans chaque région, signalant à cet égard les visites du Premier Ministre dans différentes régions du pays où il a parlé de politique linguistique et de la décentralisation.


Les efforts du Gouvernement ont cependant été remis en cause par les évènements récents dans l’est du pays, a expliqué le représentant.  Des agents des services spéciaux russes ont lancé des opérations pour provoquer la séparation de certaines régions.  La Russie a non seulement accru ses troupes le long de la frontière, mais a aussi envoyé des groupes subversifs dans les régions ukrainiennes.  Les membres des forces subversives mènent des actions au quotidien, a indiqué le représentant.  Des citoyens ukrainiens, qui ont été appréhendés, ont confirmé faire partie d’un réseau d’activités subversives.  Le représentant a aussi fait état de la présence de terroristes lourdement armés d’armes utilisées seulement par les Forces armées russes.  Les tactiques des terroristes sont les mêmes que celles utilisées en Crimée, a-t-il dit, en relevant que les vidéos ne laissent aucun doute sur la nature de ces groupes terroristes, qui sont des professionnels des forces spéciales équipées par la Fédération de Russie, a-t-il assuré.


Le représentant a rappelé qu’un convoi ukrainien a été attaqué ce matin.  Il a rappelé les dires de son Président selon lesquels ceux qui ne sont pas impliqués dans des tirs et qui quitteront les bâtiments publics ne seront pas poursuivis.  Aujourd’hui, des chaînes officielles de la télévision russe ont diffusé des images d’individus aux côtés de trois personnalités, dont l’ancien Président de l’Ukraine, soupçonnées de crimes graves mais que la Russie refuse d’extrader.  L’Ukraine fait face à une menace grave, a-t-il conclu, demandant au Conseil de sécurité de trouver une solution.  Nous appelons la Russie à cesser ces actions et à permettre à l’Ukraine de vivre en paix.  Dans sa dernière phrase prononcée en français, il a appelé à lancer un véritable « cri d’alarme ».


Reprenant la parole, M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a souligné qu’il est plus de 9 heures du soir et que dans quelques heures, en Ukraine, il sera 6 heures du matin et donc l’heure butoir de « l’ordre criminel » du Président qui appelle les forces à tirer contre des manifestations pacifiques.  On a entendu, a dit le représentant, beaucoup de choses injustes dont le pire a été dit par l’Ukraine.  Il s’est étonné que cette dernière ait traité son pays de « terroriste ».  Qui a terrorisé les forces de l’ordre?  Qui a provoqué les policiers?  Qui a tiré sur eux sur la place Maïdan.  Pourquoi, à cette époque, a-t-il dénoncé, on ne parlait pas de terrorisme?  On a entendu des choses absurdes comme la volonté de la Fédération de Russie de déstabiliser et d’étouffer l’Ukraine.  Mais pourquoi, s’est emporté le représentant, personne n’avait répondu aux appels au dialogue de la Fédération de Russie quand la crise a commencé?  Pourquoi avoir encouragé la crise?  Pourquoi la France, l’Allemagne et la Pologne ne parlent des perspectives économiques qu’aujourd’hui?  Quand le Président Poutine a dit son point de vue à l’Union européenne, on l’a accusé de faire du chantage, a dénoncé le représentant  


L’Union européenne est-elle capable de prendre une décision rationnelle pour nous sortir de cette crise et comprendre que la Fédération de Russie ne veut pas la déstabilisation de l’Ukraine car c’est un partenaire politique et économique trop important.  Oui, aujourd’hui c’est l’expérience de Maidan qui est suivie, l’expérience que l’on qualifiait alors d’« expression de la démocratie ».  Pourquoi hier et pas aujourd’hui? s’est interrogé le représentant.  Les autorités de l’Ukraine, a-t-il dit craindre, ont fait le choix du recours à la force.  Le Ministre russe des affaires étrangères parle toujours à son homologue américain qui dit le comprendre.  Pourquoi alors, un de ses adjoints a jugé bon de déclarer au Congrès américain que les discussions ne mèneront à rien mais qu’elles servent à gagner du temps. 


La Fédération de Russie, a conclu le représentant, demande au Conseil de sécurité de parler aux autorités ukrainiennes parce que dans quelques heures les évènements pourraient conduire à une situation « irréversible ».  La réunion du 17 avril représente l’espoir d’encourager un dialogue politique mais dès demain une opération armée devrait commencer.  Évitons, a dit le représentant, les spéculations et les accusations.  Arrêtons d’énumérer les prétendus signes d’ingérence de la Fédération de Russie.  Voyons ce qu’on peut faire aujourd’hui pour éviter les « actions irréfléchies et insensées » des autorités ukrainiennes.  Évitons que ne soit suivi « l’ordre criminel » du Président ukrainien dont le prix le plus lourd sera payé par le peuple ukrainien.  C’est ce qu’il faut éviter, a prévenu le représentant.


Les États-Unis, a tenu à souligner Mme SAMANTHA POWER, ont toujours demandé la désescalade de la tension et appelé à la retenue.  Ils ont toujours dit que la force militaire n’était pas la réponse et félicité les Ukrainiens, à cet égard, pour leur retenue.  Les États-Unis n’ont pas aggravé la situation, c’est la Russie qui l’a fait.  La raison pour laquelle nous avons du mal à croire à des pourparlers est qu’il est difficile de réconcilier les actions militaires de la Russie et ses activités subversives à l’intérieur de l’Ukraine, avec ses appels à la désescalade.  Ce qui se passe aujourd’hui se sait et paraphrasant son collègue français, elle a estimé que les affirmations de la Russie sont basées sur l’idée qu’Internet n’existe pas.  Ce sont des professionnels armés d’armes lourdes et des opérations militaires très bien coordonnées que l’on voit.  La crédibilité de la Fédération de Russie a été gravement minée.  Nous sommes toujours prêts et disposés à faire tomber la tension, a-t-elle ajouté, en appelant la Russie à éloigner ses troupes de la frontière et à faire preuve de plus de sincérité.


M. YURIY SERGEYEV (Ukraine) a rappelé que, lors des évènements de décembre dernier, c’était « le peuple qui manifestait contre des bandits », tandis qu’aujourd’hui « ce sont des bandits qui manifestent contre le peuple ».  Des séparatistes maintiennent la peur dans plusieurs villes et nous ne pouvons pas accepter qu’un petit groupe armé dirigé par des agents de la Russie se saisisse de bâtiments publics.  « Il s’agit d’une opération terroriste bien préparée », a ajouté le représentant, en répétant la déclaration du Président par intérim de l’Ukraine qui garantit de ne pas poursuivre en justice ceux qui n’auront pas tiré et qui rendront leurs armes en quittant les bâtiments administratifs.


N’est-il pas trop facile de traiter ceux qui manifestent de pro-russes? s’est insurgé M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie).  Obtenez de vos dirigeants, a-t-il dit à son homologue américaine, qu’ils interviennent auprès des autorités de Kiev pour régler la crise par le dialogue et non par l’affrontement.


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