Le Conseil de sécurité invité à façonner une architecture de consolidation de la paix « efficace et pertinente »

19 mars 2014
CS/11326

Le Conseil de sécurité invité à façonner une architecture de consolidation de la paix « efficace et pertinente »

19/3/2014
Conseil de sécurité
CS/11326
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

7143e séance – matin


LE CONSEIL DE SÉCURITÉ INVITÉ À FAÇONNER UNE ARCHITECTURE DE CONSOLIDATION DE LA PAIX « EFFICACE ET PERTINENTE »


Le Conseil de sécurité a été invité, ce matin, par le Vice-Secrétaire général de l’ONU, M. Jan Eliasson, à façonner, à l’occasion de l’examen du dispositif de consolidation de la paix de l’Organisation en 2015, une Commission de consolidation de la paix (CCP) « pertinente et efficace » afin de mieux aider les pays sortant d’un conflit.


M. Eliasson, qui s’appuyait sur le rapport* du Secrétaire général, a cité les missions en Sierra Leone et au Timor-Leste comme autant d’exemples de la façon dont la consolidation de la paix peut contribuer à éviter une rechute dans la violence et à soutenir le développement d’un pays après un conflit.


Le Vice-Secrétaire général a expliqué qu’en 2012, le Secrétaire général, M. Ban Ki-moon, avait identifié l’ouverture, le renforcement des institutions et l’appui continu de la communauté internationale et la responsabilité mutuelle comme trois domaines prioritaires de la consolidation de la paix.


Il faut, dit ainsi le Secrétaire général, « mettre davantage l’accent sur l’ouverture », pour permettre « à tous les segments de la population d’adhérer à une paix durable », renforcer les institutions, « la priorité devant aller au rétablissement des fonctions essentielles de l’administration publique et à la prestation de services », et engager les pays sortant d’un conflit et leurs partenaires internationaux « à affermir et étoffer leur partenariat et à appliquer le principe de responsabilité mutuelle pour obtenir des résultats ».


Mais quand les reculs apparaissent comme en République centrafricaine et au Soudan du Sud ces derniers mois, il est essentiel que l’ONU maintienne sa capacité d’appuyer les acteurs locaux et de travailler avec eux pour préserver leur faculté de répondre eux-mêmes aux crises, a préconisé l’Administratrice du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et Présidente du Groupe des Nations Unies pour le développement.


Trop souvent, a regretté Mme Helen Clark, « les fonds dédiés à un travail essentiel de reconstruction sont drastiquement réduits pendant les crises, faisant perdre aux communautés leur faculté de subvenir à leurs besoins, et quand une nouvelle occasion de consolider la paix se présente, il faut tout recommencer à zéro.  L’Administratrice a voulu que l’on trouve les moyens de garantir des fonds prévisibles pour les premières étapes de la reconstruction.  Il faut, a-t-elle dit, à son tour, renforcer l’ouverture, les capacités institutionnelles et la responsabilité mutuelle comme éléments cruciaux de la consolidation de la paix et fondations de l’appropriation nationale. 


Qui peut s’approprier quoi? s’est impatienté le représentant de la Jordanie.  Ce dernier, qui a pris la parole comme tous les 14 autres membres du Conseil de sécurité, a argué que, dans la plupart des sociétés postconflit, il n’y a pas de nation ayant assez de cohésion pour s’approprier quoi que ce soit. 


Il a estimé que l’accent mis sur l’appropriation nationale est tout simplement une application erronée des pratiques ordinaires de développement dans un contexte considérablement différent.  La situation au Soudan du Sud, a-t-il argué, est la preuve, tragique s’il en est, que l’ONU a non seulement raté sa cible mais qu’elle a surtout visé dans la mauvaise direction. 


Rien ne pourra être réalisé tant que les anciens combattants n’auront pas fait le profond travail psychologique de reconnaître ce qui les a conduits à se battre et le « déficit de confiance » ne pourra être comblé que si l’on arrive à rapprocher les interprétations divergentes de l’Histoire et à assoir la réconciliation nationale.  Ce n’est que là que l’ouverture, les capacités institutionnelles et la responsabilité mutuelle pourront émerger comme socle de la consolidation de la paix et de l’appropriation nationale, a-t-il tranché.


Le Président de la CCP, M. Antonio de Aguiar Patriota, du Brésil, a souhaité que la première réunion annuelle de la CCP, qui aura lieu en juin, ouvre la voie à une réflexion sur la manière de placer véritablement les populations au centre des efforts.


*     A/67/499-S/2012/746


CONSOLIDATION DE LA PAIX APRÈS LES CONFLITS


Rapport du Secrétaire général sur la consolidation de la paix au lendemain d’un conflit (S/2012/746)


Déclarations


M. JAN ELIASSON, Vice-Secrétaire général de l’ONU, a rappelé qu’il y a deux semaines, le Secrétaire général, M. Ban Ki-moon, s’était rendu en Sierra Leone à l’occasion de la fermeture du Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en Sierra Leone (BINUCSIL).  Le passage à l’équipe de pays est en cours, en étroite collaboration avec le Gouvernement de la Sierra Leone et la Commission de consolidation de la paix.


L’exemple de la Sierra Leone, et, avant cela, celui du Timor-Leste, est la preuve que la consolidation de la paix peut empêcher une rechute dans la violence et soutenir le développement d’un pays après un conflit.  Les flambées de violence en République centrafricaine et au Soudan du Sud démontrent que rien n’est gagné d’avance.


C’est pourquoi, a-t-il assuré, il convient d’être toujours prêt à s’adapter et à chercher de nouvelles approches fondées sur l’expérience.  M. Eliasson a expliqué qu’en 2012, le Secrétaire général avait identifié l’ouverture, le renforcement des institutions et l’appui continu de la communauté internationale et la responsabilité mutuelle comme trois domaines prioritaires de la consolidation de la paix.


Concernant l’ouverture, l’appropriation nationale, le leadership national et l’engagement politique national sont les ingrédients indispensables d’une paix durable, a expliqué le Vice-Secrétaire général, soulignant néanmoins que les accords de paix qui impliquent un nombre limité d’acteurs ne parviennent pas, souvent, à répondre aux besoins et aux attentes de la population et se révèlent par conséquent fragiles.


La consolidation de la paix exige essentiellement des processus politiques avec une large participation et une responsabilité publique, a—t-il ajouté.


De même, citant les exemples de la Guinée, l’an passé, et du Yémen, au cours des deux dernières années, il a insisté sur l’importance de la sexospécificité et de la participation des femmes dans les processus de consolidation de la paix.  Il a souligné les efforts du Secrétaire général dans ce domaine, grâce à son engagement de consacrer 15% des Fonds pour la consolidation de la paix des Nations Unies aux projets favorisant l’égalité des sexes et l’autonomisation des femmes.  Cet objectif n’a pas encore été atteint et reste une préoccupation prioritaire de la consolidation de la paix, a-t-il précisé.


En deuxième lieu, le renforcement des institutions dans les domaines de la justice, de l’éducation et de la santé peut aider les États à gagner la confiance populaire et à éviter que les différends et la course au pouvoir soient traités sans un recours à la violence.  Des institutions de sécurité et judiciaires efficaces et impartiales sont particulièrement importantes pour la promotion du respect des droits de l’homme et l’état de droit, a-t-il également observé, avant de citer l’exemple réussi du Libéria.


Troisièmement, une consolidation de la paix réussie dépend d’un appui international politique et financier durable et prévisible, a poursuivi le Vice-Secrétaire général.  L’engagement de l’Union africaine en République centrafricaine, en Somalie et ailleurs en Afrique souligne l’importance de travailler en partenariat étroit avec les organisations régionales dans l’esprit du Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies, a en particulier expliqué M. Eliasson, selon qui construire un environnement régional propice à la paix devrait être une priorité essentielle pour les pays sortant d’un conflit.  Cela, a—t-il dit, les aidera à renforcer les transitions fragiles et réduire les flux d’armes et financiers illicites.


Il a rappelé que les Représentants spéciaux du Secrétaire général au Burundi, en République centrafricaine et en Guinée-Bissau avaient travaillé activement avec la Commission de consolidation de la paix pour assurer la coopération des pays voisins et des organisations régionales.


Le Secrétaire général s’est rendu dans la région des Grands Lacs, en Afrique, en mai 2013, avec le Président de la Banque mondiale, et au Sahel, en novembre 2013, avec le Président de l’Union africaine, le Président de la Banque africaine de développement et le Commissaire pour le développement de l’Union européenne, démontrant ainsi les efforts communs, a-t-il dit, en faveur des travaux de transformation et d’engagement pour la paix et le développement.


Des partenariats similaires ont été développés dans la région des Grands Lacs, où les Nations Unies et l’Union européenne travaillent avec les gouvernements et la société civile en vue d’améliorer la gestion des ressources naturelles.  Le Vice-Secrétaire général a conclu en lançant un appel au Conseil pour qu’il profite de l’examen en 2015 de l’architecture de consolidation de la paix pour améliorer la pertinence et l’efficacité de la Commission.


M. ANTONIO DE AGUIAR PATRIOTA (Brésil), s’exprimant en tant que Président de la Commission de consolidation de la paix (CCP), a rappelé que la mise en place de la CCP était guidée par le besoin d’étendre la « période d’attention » de la communauté internationale pour le rétablissement de la stabilité après les conflits.  Il a pris l’exemple du Burundi et de la Sierra Leone où la CCP est engagée depuis 2006.  Il a relevé que ces deux pays sont maintenant dans une période de transition, passant d’hôte d’une mission politique spéciale à hôte d’une équipe de pays des Nations Unies.  Ce changement dans la nature de la présence onusienne requiert une attention de tous les instants, compte tenu des défis politiques et socioéconomiques conjugués à la naissance des institutions nationales et à la promotion de la bonne gouvernance.


La consolidation de la paix doit être dirigée par les acteurs nationaux et cette appropriation va de pair avec la responsabilité.  M. Patriota a prévenu qu’aucune majorité gouvernementale ne pourrait seule faire face à la multitude de défis auxquels est confrontée une société postconflit.  Il a prôné une plus grande implication des jeunes et des femmes, premières victimes de la violence mais aussi principaux agents de transformation sociale.  Une attention particulière doit être portée à la dimension genre dans les processus de consolidation de la paix.  Le représentant a estimé que la CCP pourrait servir de plateforme de mobilisation d’un soutien technique ciblé, notamment dans le contexte de la coopération Sud-Sud.  Il a souhaité que la première réunion annuelle de la Commission, qui aura lieu en juin, soit l’occasion de réfléchir plus avant sur la manière de placer les populations au centre des efforts.


Mme HELEN CLARK, Administratrice du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) et Présidente du Groupe des Nations Unies pour le développement, s’est félicitée des progrès importants réalisés par l’ONU depuis la mise en place en 2005 de l’architecture de la consolidation de la paix.  Elle a insisté sur le fait que la réalisation d’une paix durable implique l’engagement et la participation de tous les groupes sociaux, bien au-delà des principaux protagonistes à un conflit et des centres urbains.  La paix durable, a-t-elle insisté, implique une participation substantielle des femmes, des jeunes et autres groupes marginalisés.  Elle implique, a-t-elle ajouté, que l’ONU maintienne une présence durable au niveau local pour comprendre les besoins immédiats et à long terme des communautés et y répondre. 


Le renforcement des capacités institutionnelles est étroitement lié à la consolidation de la paix, a-t-elle poursuivi.  Sans des institutions nationales réactives et inclusives et une société civile dynamique, il est peu probable qu’une paix durable et la base d’un développement à long terme s’installent, a prévenu l’Administratrice.  Mme Clark a cité l’exemple de la Somalie, où l’ONU travaille avec le Gouvernement pour évaluer et renforcer sa capacité à assumer des fonctions publiques essentielles. 


Dans le même temps, elle se concentre sur l’appui à la gouvernance locale, c’est-à-dire le niveau où les gens interagissent le plus souvent avec les autorités et vers lequel ils se tournent pour les services et l’appui dont ils ont besoin.  Le soutien des Nations Unies, a expliqué Mme Clark, a permis aux gouvernements locaux et aux municipalités de collecter des impôts fonciers et des taxes commerciales, soit des revenus qui financent aujourd’hui les services municipaux dans 16 districts du pays.  Les élections locales sont tenues, les déchets ramassés et les routes entretenues.  Si la confiance dans les institutions de la gouvernance doit être rétablie après un conflit, c’est au niveau local qu’il faut commencer, a-t-elle voulu démontrer.  


La consolidation de la paix exige aussi un soutien international prévisible et durable, basé sur des priorités claires et ciblées et une responsabilité mutuelle.  En fixant des objectifs clairs et réalistes qui couvrent tout le spectre de la consolidation de la paix et en se mettant d’accord sur la manière de les réaliser, nous pouvons, a assuré Mme Clark, contribuer à renforcer la crédibilité des processus de paix et de consolidation de la paix et garantir des résultats. 


Pour que cette approche fonctionne, a-t-elle prévenu, il faut que les acteurs nationaux et internationaux s’engagent pleinement à réaliser des objectifs partagés et à travailler ensemble.  Reconnaissant que le succès ne peut jamais être garanti, Mme Clark a estimé important de mieux intégrer la gestion des risques dans les approches de consolidation de la paix et de maintenir l’équilibre entre les risques d’échec de tel ou tel programme et la nécessité de faire la différence dans le pays où l’on intervient.  La réflexion sur la gestion des risques doit être menée avec les gouvernements nationaux et les donateurs.  L’établissement de fonds communs, a-t-elle estimé, est un moyen important de partager et de gérer les risques.  L’ONU vient d’ailleurs de créer des fonds multidonateurs au Mali et en Somalie. 


Quand les reculs apparaissent comme en République centrafricaine et au Soudan du Sud ces derniers mois, il est essentiel que l’ONU maintienne sa capacité d’appuyer  les acteurs locaux et à travailler avec eux pour préserver leurs capacités de répondre eux-mêmes aux crises, a-t-elle encore insisté.  Trop souvent, a-t-elle dénoncé, les fonds dédiés à un travail essentiel de reconstruction sont drastiquement réduits pendant les crises, faisant perdre aux communautés leur faculté de subvenir à leurs besoins, et quand une nouvelle occasion de consolider la paix se présente, il faut tout recommencer à zéro.  Nous devons trouver un moyen de garantir des fonds prévisibles pour les premières étapes de la reconstruction, a conclu l’Administrateur non sans insister sur l’importance de l’appropriation et du leadership nationaux dans les processus de consolidation de la paix. 


Il faut mettre l’accent sur l’ouverture, le renforcement des capacités institutionnelles et la responsabilité mutuelle comme éléments cruciaux de la consolidation de la paix et fondations de l’appropriation nationale.  Ce devrait être la priorité dans les discussions sur la manière de renforcer le travail lié à la consolidation de la paix aux Nations Unies et sur les préparatifs de l’examen en 2015 de l’architecture de la consolidation de la paix. 


M. OCTAVIO ERRÁZURRIZ (Chili) a affirmé que l’ouverture visait à garantir la participation de tous les protagonistes impliqués dans un conflit et les victimes de ce conflit.  Il a souligné le rôle essentiel que doit jouer la femme dans les processus postconflit et de consolidation de la paix.  Il s’est dit préoccupé du fait que les femmes restent marginalisées par les autorités politiques et les processus de planification et de consolidation de la paix dans de nombreux cas, rappelant que le Conseil de sécurité avait veillé, dans sa résolution 1325 (2000), à ce que la participation des femmes augmente à tous les niveaux de la prise de décision.


Le délégué chilien a mis l’accent sur la nécessité de reconnaître l’importance du soutien et de l’engagement financier visant à faire progresser les stratégies nationales.  Cet effort exige la prévisibilité des ressources, a-t-il dit.  Il a souligné en particulier le rôle que les organisations régionales et sous-régionales sont appelées à exercer en fournissant l’appui politique nécessaire pour le processus de consolidation et, dans la mesure du possible, le soutien financier.


Mme PAIK JI-AH (République de Corée) a insisté sur l’importance de mettre l’accent, dans tout contexte de consolidation de la paix, sur l’ouverture, la mise en place des institutions, la responsabilisation et la promotion du rôle des femmes.  Elle a constaté qu’il est souvent difficile de promouvoir l’ouverture au sein des structures politiques locales. Si un gouvernement postconflit ne tient pas compte des revendications sociales, la communauté perd confiance en lui, a-t-elle prévenu, en soulignant que les femmes ont un rôle essentiel à jouer pour garantir la cohésion sociale.


La représentante a aussi constaté que tout retard dans la mise en place d’institutions sociales met en péril un gouvernement postconflit.  Elle a estimé nécessaire de renforcer le rôle du PNUD et a appelé au renforcement de la coopération active entre le Conseil de sécurité, la CCP et le PNUD.  Elle a aussi appelé la CCP et ses formations pays à lancer des consultations dont pourrait tirer profit le Conseil de sécurité qui doit accorder davantage d’attention aux formations pays. 


M. USMAN SARKI (Nigéria) a rappelé que la structure institutionnelle de la Commission de consolidation de la paix avait été conçue pour permettre aux parties prenantes de contribuer à la réalisation de leurs aspirations dans les pays sortant d’un conflit.  Il a dit apprécier la contribution des formations pays décrites, à juste titre, comme le cœur et l’âme de la CCP.


Le délégué nigérian a appelé tous les États Membres à former des partenariats plus efficaces avec les pays concernés en aidant les gouvernements à renforcer leurs capacités nationales.  Il les a également invités à continuer d’aider le Burundi, la Sierra Leone, la Guinée-Bissau et le Libéria.  Selon lui, un appui sincère à l’appropriation nationale doit être apporté dans tous les efforts de consolidation de la paix.  Le représentant a, enfin, mis l’accent sur la nécessité d’améliorer la coordination et la cohésion entre les principales parties prenantes dans l’architecture de consolidation de la paix, afin d’éviter les doublons et les chevauchements.


M. EUGÈNE-RICHARD GASANA (Rwanda) a constaté qu’il y a souvent des lacunes entre l’application des stratégiques et les réalités qui prévalent sur le terrain, la consolidation de la paix étant selon lui trop souvent fondée sur des concepts purement institutionnels où les aspects techniques priment.  La situation qui prévaut dans de nombreux pays nous entraine à nous demander si les mécanismes ont été mis en place pour préserver des institutions et éviter que le conflit ne reprenne.


Le représentant a cité en exemple la situation en République centrafricaine, ainsi que la reprise des combats au Soudan du Sud au mois de décembre alors même que ce pays est l’objet d’un important mandat de consolidation de la paix.  Le représentant a estimé nécessaire d’adopter des mesures ciblées qui s’attaquent aux causes fondamentales des conflits et qui prennent en compte les dynamiques politiques locales, ainsi que les configurations religieuses et ethniques.  Il a également appelé la communauté internationale à appuyer des priorités définies localement avec un plan de mise en œuvre claire dans le but de renforcer les capacités locales.


M. Gasana s’est félicité du plan en sept points du Secrétaire général sur la participation des femmes.  Il a rappelé qu’après le « génocide contre les Tutsis », la majorité de la population du Rwanda était féminine.  Elles ont immédiatement commencé à reconstruire le pays et assumé un rôle économique en tant que cheffes de famille notamment, et un effort concerté a été déployé pour répondre à leurs besoins et les faire participer au processus de reconstruction nationale.


M. Gasana a vu dans l’histoire du Rwanda un processus d’apprentissage collectif social.  Promouvoir la participation des femmes n’est pas un idéal philosophique, mais un mécanisme pratique essentiel pour assurer une paix et un développement durable, a-t-il par ailleurs souligné.  Il a estimé qu’en 10 ans d’existence, la CCP et le Conseil de sécurité auraient dû être en mesure d’identifier des pratiques optimales.  Il a appelé le Conseil de sécurité à contribuer aux efforts de la CCP et a estimé que cette dernière ne pourra faire la différence que si elle renforce sa présence sur le terrain par un appui politique.  Il a aussi appelé les États Membres à mettre l’accent sur le renforcement des capacités nationales et à accorder la priorité aux stratégies établies sur le plan national.


M. JEFFREY DELAURENTIS (États-Unis) a souligné que, de plus en plus, consolider la paix est un défi qu’il faut assumer de manière urgente.  Il a cité l’exemple positif constitué par la Sierra Leone.  La croissance et la création d’emplois sont à la base de tous les efforts d’un développement économique durable, a—t-il souligné.  La communauté internationale doit en particulier rester concentrée sur le Burundi et continuer d’œuvrer avec le Gouvernement, notamment pour organiser des élections crédibles.  Le délégué des États-Unis a souligné la nécessité de garantir la participation des femmes dans le dialogue politique et la médiation.  Il a conclu en estimant que le succès de la consolidation de la paix ne sera assuré que si le personnel sur le terrain est suffisant et dispose des compétences nécessaires. 


Mme PHILIPPA KING (Australie) a jugé évident qu’il ne puisse y avoir de paix durable sans un processus de consolidation de la paix inclusif.  Veiller à ce que tous les acteurs concernés soient impliqués est une tâche difficile et de longue haleine.  Mais cela doit être fait dans le but de susciter un sentiment d’appropriation nationale.  La première étape est d’obtenir des accords de paix et des règlements politiques qui comprennent toutes les parties prenantes et pour réduire les risques de rechute, il est impératif que les points de vue et les besoins non seulement des parties aux conflits, mais aussi des femmes, des jeunes, des groupes ethniques et des minorités, soient entendus et intégrés dans le processus de paix. 


L’ouverture doit être un facteur dans tous les processus de consolidation de la paix, de la démocratie à la promotion de la réconciliation nationale et le renforcement des institutions, a ajouté la représentante.  Elle a salué les avancées significatives faites par le Conseil de sécurité en 2013, notamment grâce à l’adoption de la résolution 2122 sur la participation des femmes dans la résolution des conflits et de consolidation de la paix.  S’agissant de la consolidation des institutions, elle a parlé du réseau consultatif des femmes chefs de police qui a réussi à faire pression pour le maintien de programmes en faveur des femmes dans le Pacifique, y compris les services contre la violence domestique et les abus sexuels. 


M. LIU JIEYI (Chine) a souligné que la consolidation de la paix est une tâche extrêmement complexe qui doit respecter l’appropriation nationale et la volonté du pays concerné.  Il a appelé l’ONU et ses agences à renforcer les partenariats avec les pays concernés et à élaborer des stratégies qui prennent en compte le contexte local.  Le représentant a aussi souligné que la consolidation de la paix ne peut être abordée de la même manière pour tout le monde et qu’il est important de prendre en compte le contexte culturel local.


Il a insisté sur l’importance du développement économique et social, estimant que dans le passé, on a trop insisté sur l’état de droit, la réforme du secteur de la sécurité et les droits de l’homme.  Un redressement économique et social rapide permettrait pourtant aux populations de bénéficier des dividendes de la paix et de stabiliser la situation.  Le représentant a appelé l’ONU à financer des projets de reconstruction et a insisté pour que les ressources du Fonds pour la consolidation de paix soient utilisées de manière optimale.  Il a appelé au renforcement de la coordination entre toutes les parties concernées et a encouragé l’ONU à établir des relations avec la Banque mondiale, le FMI et les banques régionales de développement.


Mme BÉATRICE LE FRAPER DU HELLEN (France) a dit que la consolidation de la paix suppose la mise en place de processus inclusifs, en particulier d’un dialogue national.  « Travailler à la consolidation de la paix après un conflit doit aussi passer par une inclusion de tous les segments de la société », a-t-elle dit avant de citer en exemple la nomination à la tête du Gouvernement de transition en RCA de Mme Catherine Samba-Panza et la place importante accordée aux femmes dans son gouvernement.


La justice, a-t-elle poursuivi, demeure la clef de toute stabilisation postconflit.  Elle a jugé indispensable d’engager un travail de long terme pour reconstruire les institutions qui doivent inspirer la confiance des populations.  En RCA, elle a jugé qu’il était indispensable d’agir dès maintenant pour restaurer l’autorité de l’État et des relations constructives avec la société dans son ensemble.  « On ne peut pas simplement séparer les forces en présence, il faut aussi pouvoir arrêter et juger ceux qui ordonnent ou incitent à la violence et garder l’objectif de la tenue d´élections, au plus tard en février 2015 », a-t-elle souligné.


Sur ces sujets prioritaires, l’ONU, aujourd’hui à travers le BINUCA et dès que possible nous l’espérons à travers une opération de maintien de la paix, a un rôle essentiel à jouer, a-t-elle ajouté avant d’exhorter la communauté internationale à renforcer sa mobilisation et dégager les moyens nécessaires.  Elle a appelé à une coordination étroite entre ce que fait le PNUD et les missions politiques spéciales ou les composantes civiles des opérations de maintien de la paix afin d’éviter les duplications.


Elle a aussi souligné l’importance particulière de renforcer l’articulation entre le Représentant spécial du Secrétaire général, qui s’appuie sur les moyens apportés par les opérations de maintien de la paix ou les missions spéciales, et les équipes pays des agences de l’ONU, menées par le Coordonnateur résident, qui ont vocation à prendre le relais de la consolidation de la paix.  La représentante a attiré l’attention sur le « New Deal » pour l’engagement dans les États fragiles endossé à Busan fin 2011.  Elle a salué la mise en place de pôles justice/police au Libéria, financés par le Fonds pour la consolidation de la paix et soutenus par la MINUL, comme un exemple intéressant de coopération entre différents acteurs des Nations Unies.  Elle a espéré que la revue de l’architecture de la Commission de consolidation de la paix en 2015 donnera l’occasion d’aller plus loin en matière de coordination.


M. PETR V. ILIICHEV (Fédération de Russie) a souligné que son pays considérait l’aide à la consolidation de la paix comme l’un des facteurs clefs pour résoudre efficacement les conflits et éviter leur répétition.  L’action internationale dans le domaine de la consolidation de la paix reste fragmentaire, a-t-il affirmé, critiquant notamment les doublons et le saupoudrage des moyens existants.  Toutes les structures existantes doivent agir dans les limites de leurs mandats respectifs et dans un cadre réglementaire, a-t-il dit.


Le délégué russe a cité les exemples positifs de la stabilisation de la situation en Sierra Leone, au Libéria et au Burundi.  Il a mis l’accent sur la nécessité de consolider ces gains, y compris par la poursuite de la réforme du secteur de la sécurité, en favorisant un développement socioéconomique graduel et en luttant contre la pauvreté et le chômage.  Il a, à cet égard, souligné le rôle clef joué par les fonds et programmes des Nations Unies.


Il a rappelé que l’un des éléments les plus importants de l’architecture de consolidation de la paix était le Fonds pour la consolidation de la paix.  Ce mécanisme de financement destiné à attirer des ressources à long terme pour la reconstruction et le développement a été couronné de succès, a-t-il observé, faisant état de la contribution de son pays à ce Fonds.


M. ZEID RA’AD ZEID AL-HUSSEIN (Jordanie) a reconnu que l’ouverture est la clef de la consolidation de la paix mais a rejeté l’idée qu’elle peut être atteinte grâce à des processus politiques ou des programmes de développement économique.  Il faut plus, a-t-il soutenu, en avouant ne pas comprendre pourquoi l’on met tant l’accent sur l’appropriation nationale quand, dans le même temps, l’importance accordée à l’ouverture montre clairement que, dans la plupart des sociétés postconflit, il n’y a pas de nation ayant assez de cohésion pour s’approprier quoi que ce soit.  S’approprier quoi?  Qui le ferait?  Une nation toujours en guerre mais où l’on ne tue plus et où les rancœurs sont un peu moins visibles? 


Dans les sociétés postconflit, a souligné le représentant, les conflits ne sont pas « post », ils sont là et seules les tueries sont « post ».  Les conflits perdurent par les manœuvres politiques, la corruption et la criminalité.  L’accent mis sur l’appropriation nationale est donc une application erronée des pratiques ordinaires de développement dans un contexte considérablement différent.


Le Prince a estimé qu’il manque une pièce importante à l’analyse du Secrétaire général: le fait que l’ouverture ne peut tout simplement pas être réalisée grâce au partage du pouvoir politique, les élections, la formation, les stratégies de création d’emplois ou la construction des infrastructures.  Cette approche, a-t-il affirmé, a montré ses limites et a échoué plus souvent qu’elle n’a réussi.


La situation au Soudan du Sud, a-t-il argué, est la preuve, tragique s’il en est, que l’ONU a non seulement raté sa cible mais qu’elle a surtout visé dans la mauvaise direction.  L’ouverture, s’est expliqué le représentant, ne peut être réalisée que lorsque les anciens combattants et les communautés ont fait le profond travail psychologique de reconnaître ce qui les a conduits à se battre.  Le déficit de confiance dont parle le Secrétaire général ne pourra être comblé que si l’on arrive à rapprocher les interprétations divergentes de l’histoire. 


Les évènements récents, a insisté le représentant, montrent l’indéniable importance de l’histoire, l’importance qu’il y a à bien la comprendre, à ne pas la manipuler mais à chercher la vérité et à rejeter les mensonges.  Des mensonges qui doivent non seulement être rejetés par les personnes auxquelles on ment mais d’abord et surtout par les menteurs eux-mêmes.  Ce n’est qu’après une compréhension commune de l’histoire et la recherche d’une réconciliation permanente que l’on pourra voir émerger l’ouverture nécessaire aux processus politiques et à la croissance économique. 


Soulignant que des taux impressionnants de croissance ont été atteints sans la participation des femmes, le représentant a jugé plus efficace d’arguer qu’on peut faire encore plus grâce à la participation des femmes plutôt que de se contenter de dire que les femmes sont nécessaires au succès du développement économique.


M. BANTE MANGARAL (Tchad) a argué que le dialogue est le moyen le plus efficace et le moins coûteux pour consolider la paix.  Il a voulu que l’on n’oublie pas qu’à l’origine des conflits, se trouve souvent la pauvreté extrême, surtout en Afrique.  La consolidation de la paix doit donc reposer sur une aide massive à la lutte contre la pauvreté.  Il a donc appelé à des stratégies axées sur le dialogue national et le développement.  Considérant que les femmes sont une « force positive souvent ignorée », il a mis l’accent sur le potentiel des Africaines de la diaspora.  Aujourd’hui au Tchad, a-t-il affirmé, les femmes sont représentées dans toutes les structures de l’État et bénéficient de plusieurs programmes dont l’aide à l’accès au crédit.


Mme MARÍA CRISTINA PERCEVAL (Argentine) a mis l’accent sur la nécessité, en matière de consolidation de la paix, de tenir compte des causes profondes d’un conflit et des particularités concrètes des pays concernés.  Il n’existe pas de solution universelle, a-t-elle dit.


Il faut se garder des mythes, a-t-elle conseillé, estimant que la consolidation de la paix était un processus qui ne peut être imposé et être manipulé de l’extérieur.  Il doit surgir des intérêts de chaque société, a-t-elle expliqué, soulignant l’importance de l’appropriation nationale.


Dans le domaine de la consolidation de la paix, il faut se poser les questions suivantes, a-t-elle poursuivi: Quel État pour quelle démocratie?  Quelle démocratie pour la paix?  De même, que faire, selon elle, pour que les droits de l’homme universels ne puissent être contestés et faire en sorte que la diversité culturelle, ethnique, religieuse, raciale ou sexuelle ne soit pas écrasée, victime de l’uniformité?  S’agissant de la participation des femmes aux processus de prise de décisions, Mme Perceval a mis l’accent sur la nécessité de garantir leur autonomie sexuelle, économique, sociale, politique et personnelle.


M. MARTIN SHEARMAN (Royaume-Uni) a constaté que la Sierra Leone semble être sur la voie d’un avenir bien meilleur et a estimé que l’ONU peut être fière du rôle qu’elle a joué dans ce pays.  Il a en revanche estimé que la situation qui prévaut en République centrafricaine et au Soudan du Sud démontre qu’il faut constamment réexaminer l’approche de l’ONU en matière de consolidation de la paix.  Il a relevé que les conflits font souvent naître de nouveaux défis, notamment le trafic de ressources naturelles et la multiplication des réseaux criminels.  Il a, par exemple, appelé les opérations de maintien de la paix à coordonner dès le début leurs activités avec les équipes de pays, afin qu’il n’y ait qu’une seule et unique approche de l’ONU. 


Le représentant s’est inquiété du fait que moins de 3% des médiateurs sont des femmes et a appelé à la pleine mise en œuvre de la résolution 2122.  Le Royaume-Uni, a-t-il affirmé, a joué un rôle important pour renforcer la participation des femmes syriennes au dernier cycle de négociations de Genève.  Il a voulu que l’examen de l’architecture de consolidation de la paix ne se limite pas aux seules institutions établies en 2005, mais qu’il porte sur l’ensemble des institutions et branches contribuant à la consolidation de la paix.


M. DAINIUS BAUBLYS (Lituanie) a dit souscrire à certaines recommandations du rapport du Secrétaire général, notamment la nécessité d’un processus politique inclusif, la construction d’institutions nationales et un soutien international durable qui accompagne une appropriation nationale du processus de consolidation de la paix.  Il a relevé que l’état de droit apparaît comme un élément clef, non seulement pour la prévention et la résolution des conflits, mais également dans le cadre du maintien et de la consolidation de la paix.  Le représentant a déclaré que dans ce contexte, la coopération et le partenariat avec les États Membres et les partenaires régionaux, sous-régionaux et internationaux sont importants.  En plus de l’appropriation nationale du processus de consolidation de la paix, il a noté que le caractère inclusif de celui-ci est également de première importance, notamment la participation des femmes et des jeunes.  À cet égard, il a souhaité que soient pleinement appliqués les sept engagements du Plan d’action pour la prise en compte de la problématique hommes-femmes dans la consolidation de la paix.  Rappelant ensuite l’importance du rôle de la CCP, il a souhaité que les responsables en charge de certains pays au sein de la CCP puissent avoir la possibilité d’assister aux délibérations du Conseil de sécurité quand les débats concernent lesdits pays.


Mme SYLVIE LUCAS (Luxembourg) a noté que la consolidation de la paix est l’affaire de tous, et qu’elle représente un effort de longue haleine qui doit mobiliser toutes les forces vives d’un pays, voire d’une région autant que l’appui cohérent de la communauté internationale.  Elle a cité des exemples de consolidation de la paix réussie comme en Sierra Leone où la transition du Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en Sierra Leone (BINUCSIL) vers l’équipe de pays de l’ONU s’achèvera avec succès à la fin de ce mois.  Elle a également salué les développements positifs qui ont cours en Guinée, et elle a tout de même mis en garde contre une rechute dans des conflits meurtriers comme c’est le cas en République centrafricaine (RCA) et au Soudan du Sud, ce qui démontre qu’il reste du chemin à faire en cas de consolidation de la paix.  Elle a déclaré que dans ce contexte, l’initiative « Les droits avant tout » du Secrétaire général prend tout son sens.


Notant que la consolidation de la paix et le renforcement de l’état de droit ont aussi une dimension politique, la représentante a reconnu qu’une consolidation de la paix durable exige la mise en place de processus et de règlements politiques sans exclusive, d’institutions nationales compétentes et redevables, et le soutien et l’attention continus de la communauté internationale.  Le caractère inclusif du processus de consolidation de la paix en appelle à la pleine implication des femmes, acteurs indispensables de la consolidation de la paix.  Il est inacceptable que les femmes restent les principales victimes de la violence pendant et après les conflits, et qu’elles soient en même temps marginalisées lorsqu’il s’agit de résoudre ces mêmes conflits et de redresser les pays, a déploré Mme Lucas.  Elle a aussi salué la dimension régionale de la consolidation de la paix, prenant en exemple le partenariat tissé autour du fleuve Mano par la Guinée, la Sierra Leone et le Libéria, et qui a eu le soutien du Bureau des Nations Unies pour l’Afrique de l’Ouest.  La représentante a émis le vœu que le potentiel de la Commission de consolidation de la paix sera exploité à bon escient, en attendant l’examen qui en sera fait en 2015.


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