Le Secrétaire général appelle à un « renforcement rapide » des troupes de l’Union africaine et de la France en République centrafricaine

20 février 2014
CS/11288

Le Secrétaire général appelle à un « renforcement rapide » des troupes de l’Union africaine et de la France en République centrafricaine

20/2/2014
Conseil de sécurité
CS/11288
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Conseil de sécurité

7114e séance – après-midi

LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL APPELLE À UN « RENFORCEMENT RAPIDE » DES TROUPES

DE L’UNION AFRICAINE ET DE LA FRANCE EN RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

Le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, a proposé, cet après-midi devant le Conseil de sécurité, une initiative en six points face aux « menaces les plus grandes auxquelles est confrontée la population de la République centrafricaine ».  Il a ainsi appelé à un « renforcement rapide » des troupes de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine (MISCA), déployées sous l’égide de l’Union africaine et de celles de l’opération Sangaris déployées par la France, sur le terrain grâce au déploiement supplémentaire d’au moins 3 000 nouveaux éléments militaires et de police. 

Ces unités devront « être déployées le plus tôt possible dans les jours et les semaines à venir et avoir la mobilité nécessaire, y compris aérienne, afin de pouvoir agir là où cela est nécessaire », a déclaré le Secrétaire général, soulignant l’« urgence » de la situation dans le pays, qu’il a qualifiée de « désastre qui pèse fortement sur la conscience de l’humanité ».

Pour M. Ban, « la crise qui continue de se dérouler en République centrafricaine constitue un test pour l’ensemble de la communauté internationale ». 

L’initiative en six points proposée par le Secrétaire général vise à « atteindre les objectifs les plus urgents: stabiliser la situation sécuritaire, et sauver des vies qui seraient perdues du fait de haines sectaires insensées ».

Le Secrétaire général a exhorté le Conseil de sécurité à soutenir sa démarche et a demandé instamment aux États Membres de prendre les mesures nécessaires pour la mettre en œuvre.  « Montrons aux Centrafricains que l’Organisation des Nations Unies est avec eux et que le soutien dont ils ont tant besoin arrive », a-t-il déclaré.

Le Secrétaire général a indiqué avoir été informé par la Présidente de la Commission de l’Union africaine, Mme Nkosazana Dlamini-Zuma, de son initiative de proposer au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine un renforcement de la MISCA, et il a exhorté les membres de ce Conseil à l’approuver.

M. Ban a indiqué que le Président français, M. François Hollande, avait annoncé une augmentation des effectifs de Sangaris de l’ordre de 25%, pour en porter le nombre de soldats à 2 000 éléments.  En outre, l’Union européenne est prête à augmenter le déploiement qu’elle prévoit de 500 à 1 000 soldats, tout en leur donnant une capacité initiale de fonctionnement sur le terrain dès le début du mois de mars.

Se disant « reconnaissant pour ces engagements », le Secrétaire général a néanmoins considéré qu’« il en faudrait davantage, rapidement », la communauté internationale devant « partager le fardeau ».

Parmi les autres points de son initiative, M. Ban a proposé que toutes les forces internationales en République centrafricaine soient placées sous un « commandement unique coordonné », leur mission devant « se concentrer sur les priorités les plus urgentes qui sont de contenir la violence; protéger les civils; prévenir de nouveaux déplacements de populations; créer un environnement sécurisé pour l’acheminement de l’aide humanitaire; et jeter les bases d’un transfert, aussitôt que possible, des forces actuellement présentes à une force de maintien de la paix des Nations Unies ».

En outre, le Secrétaire général a proposé que les troupes africaines qui se joindront à cette force bénéficient d’un « soutien logistique et financier » adéquat, l’estimation des coûts du soutien à leur apporter s’élevant à 38 millions de dollars pour une période de transition de six mois.

Il a ensuite demandé qu’un « soutien tangible et rapide » soit apporté au Gouvernement de la République centrafricaine pour l’aider à « établir une capacité minimum de fonctionnement », et a demandé à cet égard une assistance financière à la police, à la justice et au système pénitentiaire centrafricains.

De même, il a appelé à l’« accélération du processus politique et de réconciliation » pour « préparer le terrain à la fin au conflit », les dirigeants communautaires et religieux ayant un « rôle particulièrement important à jouer dans la promotion de la tolérance, de la coexistence pacifique et de la non-violence ».

Un processus politique nécessitera également l’« engagement dynamique » de la Communauté économique des États d’Afrique centrale (CEEAC), de l’Union africaine et de la communauté internationale.  L’ONU, quant à elle, renforce les capacités analytiques et opérationnelles du Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en République centrafricaine (BINUCA) afin d’« aider les autorités nationales à mettre la transition sur les rails, développer l’autorité de l’État et créer des institutions crédibles dans tout le pays », a dit M. Ban.

Dans le cadre de la prévention des violations continues des droits de l’homme, le Président de la commission d’enquête mandatée par le Conseil de sécurité, accompagné d’une mission préparatoire, doit se rendre dans les jours qui viennent en République centrafricaine, a également annoncé le Secrétaire général.

Enfin, M. Ban a lancé un appel pour des « fonds d’urgence » destinés à financer l’aide humanitaire, laquelle est « actuellement insuffisante pour répondre à la crise », seulement 15% des ressources nécessaires ayant été reçues pour cette année, « en dépit de généreuses promesses faites lors de la Conférence de financement, tenue le mois dernier à Bruxelles ».

Avant d’énoncer les détails de son initiative, M. Ban avait décrit la situation sur le terrain, affirmant que « des civils innocents sont tués en grand nombre en RCA », et qu’ils sont « tués délibérément, visés pour leurs croyances religieuses, leur appartenance à une communauté, en bref, tués pour qui ils sont ».  Il a précisé que si les « Musulmans en particulier sont pris pour cible », les ex-rebelles de la Séléka « continuent eux aussi d’attaquer les Chrétiens ».

Avec près d’un million de personnes déplacées, « une partition rampante de facto du pays se met en place », semant ainsi les « germes de conflits et d’instabilité pour les années, et sans doute les générations, à venir », a prévenu M. Ban.

« Étant donné l’ampleur et l’étendue géographique de la violence, les exigences de sécurité dépassent de loin les capacités du nombre de troupes internationales aujourd’hui déployées », a-t-il dit.  En effet, « dans les endroits où il n’y a pas de forces internationales, le choix pour beaucoup trop de civils est de fuir ou être tués ».

Le Secrétaire général a constaté que les événements en République centrafricaine avaient des « répercussions dans toute la région », et que « ces crises complexes sécuritaires, humanitaires, des droits de l’homme et politiques exigent une réponse globale et intégrée ».

Aussi, la communauté internationale doit-elle « agir de façon décisive, et maintenant, pour éviter toute aggravation de la situation et répondre aux besoins pressants de la population du pays ».  Selon M. Ban, « le déploiement d’une opération de maintien de la paix de l’ONU, s’il est autorisé, prendrait des mois ».  Or, « les Centrafricains ne peuvent attendre des mois ».

De son côté, le Commissaire à la paix et la sécurité de l’Union africaine, M. Smail Chergui, a déclaré qu’un accord avait été trouvé, hier, avec les autorités de la République démocratique du Congo (RDC) afin d’intégrer un contingent de soldats de ce pays au sein de la MISCA. 

Ainsi, a-t-il annoncé, la Mission a « quasiment atteint son effectif autorisé de 6 000 éléments en uniforme».  Il s’est réjoui du fait que, grâce à ce renforcement et au soutien de l’opération française Sangaris, ainsi qu’à d’autres mesures comme la sectorisation de la ville de Bangui, la situation dans la capitale s’est « considérablement améliorée ».  

M. Chergui a rappelé que la Présidente de la Commission de l’Union africaine, Mme Dlamini-Zuma, avait, le 17 février dernier, transmis une correspondance au Conseil de sécurité, lui énumérant une série de mesures en faveur de la République centrafricaine.  Parmi ces mesures, Mme Dlamini-Zuma a souhaité le renforcement de la MISCA, en termes de personnels de police et d’équipements. 

M. Chergui a expliqué que la principale menace sécuritaire en République centrafricaine était l’action des milices dites « anti-balaka ».  Il a ajouté que la MISCA faisait face à des défis tels que l’insuffisance des moyens logistiques et de systèmes de communication, et ce « malgré le concours appréciable des partenaires internationaux ».  Il a également regretté le fait que les limites des capacités du Gouvernement centrafricain, notamment l’absence d’un système judiciaire, rendaient « extrêmement difficile l’entreprise de rétablissement de l’ordre ».

Pour le Commissaire de l’Union africaine, « il ne saurait y avoir de gains sécuritaires durables sans volet politique viable »,  les actions des dirigeants de la région devant être « soutenues, notamment par le Groupe international de contact sur la République centrafricaine ».

L’Union africaine appelle en outre, a poursuivi M. Chergui, « à la mise en œuvre rapide et effective des dispositions pertinentes des résolutions du Conseil de sécurité, notamment l’application des sanctions ciblées contre les individus et entités qui sapent les efforts actuels », et à l’accélération du travail de la Commission internationale d’enquête sur les violations des droits de l’homme et du droit humanitaire.

Par ailleurs, M. Chergui a estimé qu’il n’y aurait pas de solutions durables aux défis à la paix et à la sécurité que connaît le continent africain sans « appropriation africaine ».  Il a plaidé en faveur d’une « approche d’ensemble » permettant de « combiner les avantages comparatifs respectifs de l’Union africaine et de l’ONU pour résoudre la crise centrafricaine ». 

« Dans la phase actuelle de stabilisation, une opération de soutien à la paix de l’Union africaine est l’option la mieux indiquée », a-t-il dit, précisant que son succès ouvrirait la « voie au déploiement d’une opération de maintien de la paix des Nations Unies ».

De son côté, M. Mesmin Dembassa Worogagoi, le représentant de la République centrafricaine, a estimé que « la présence des forces africaines de la MISCA soutenues par les forces françaises de l’opération Sangaris avait permis d’éviter que la République centrafricaine ne tombe dans le chaos total ».

Le Chargé d’affaires de la RCA auprès de l’ONU a effectivement décrit une « situation volatile » à Bangui, la capitale.  Dans le reste du pays, où vivent la majorité des 4,5 millions de Centrafricains, « le défi sécuritaire reste entier », a-t-il souligné.  « Des hordes de criminels de tous genres se livrent à des meurtres, des viols, des pillages et d’autres violations graves des droits de l’homme », tandis que la population civile est « contrainte à se réfugier dans la brousse, en proie à la faim et aux maladies », l’arrivée imminente de la saison des pluies faisant « craindre le pire », a-t-il déploré.

« Au-delà des questions sécuritaires, un État est à reconstruire en Centrafrique.  Cette tâche est immense, car il faut remettre en marche une administration, rétablir un état civil et préparer les élections. »

Pour la République centrafricaine, le déploiement d’une opération de maintien de la paix multidimensionnelle dans le pays « paraît la solution la mieux adaptée aux défis actuels ». 

La mise en place de cette opération « doit être décidée le plus rapidement possible compte tenu des délais requis pour son déploiement effectif et de l’extrême volatilité de la situation en République centrafricaine », a dit M. Dembassa Worogagoi tout en indiquant que la MISCA formerait le moment venu l’ossature de toute opération de maintien de la paix de l’ONU.

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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