Le Conseil de sécurité examine les conséquences humanitaires de la crise qui frappe la République centrafricaine

22 janvier 2014
CS/11258

Le Conseil de sécurité examine les conséquences humanitaires de la crise qui frappe la République centrafricaine

22/1/2014
Conseil de sécurité
CS/11258
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

7098e séance – après-midi

LE CONSEIL DE SÉCURITÉ EXAMINE LES CONSÉQUENCES HUMANITAIRES

DE LA CRISE QUI FRAPPE LA RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

Le Conseil de sécurité des Nations Unies a entendu, cet après-midi, quatre exposés sur la situation humanitaire en République centrafricaine où 2,5 millions d’habitants sur les 4,6 millions que compte le pays ont besoin d’une assistance urgente de la communauté internationale.

Aux 900 000 déplacés internes s’ajoutent 246 000 réfugiés dans les pays voisins, dont la moitié sont des enfants; une situation qualifiée de « désespérée » par le Conseiller spécial du Secrétaire général sur la prévention du génocide, M. Adama Dieng, qui a mis en garde contre un risque élevé de crimes contre l’humanité et de génocide alors que la haine entre musulmans et chrétiens a atteint un « niveau choquant ». 

Sont également intervenues la Sous-Secrétaire générale aux affaires humanitaires et Coordonnatrice adjointe des secours d’urgence, Mme Kyung-wha Kang; la Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit, Mme Zainab Hawa Bangura; et la Représentante spéciale du Secrétaire général pour le sort des enfants en temps de conflit armé, Mme Leila Zerrougui.

S’appuyant sur la visite des trois représentants spéciaux en République centrafricaine, du 17 au 21 décembre, Mme Zerrougui a fait état d’un conflit d’une brutalité sans précédent avec des conséquences dramatiques sur les enfants, dont 6 000 seraient embrigadés dans des groupes armés. 

Les intervenants ont relaté des violences massives d’une ampleur jamais connue par ce pays, des exécutions sommaires, des disparitions et déplacements forcés, des actes de mutilation contre des adultes et des enfants, ainsi que des pillages d’hôpitaux, d’écoles, d’églises et de mosquées. 

Les milices Anti-balaka sont de mieux en mieux organisées et se sont déployées dans les 16 provinces du pays afin d’encourager les chrétiens à s’attaquer aux civils musulmans, a-t-il été souligné.

Si la Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine (MISCA) et les troupes françaises de l’opération Sangaris ont largement contribué à la protection des civils, il semble évident que leur capacité à protéger tout le monde est limitée alors que les violences se sont développées à travers tout le pays.  Ces responsables des Nations Unies ont ainsi jugé urgent d’agir pour lutter contre l’une des pires crises humanitaires de notre temps.

Concernant les actions à entreprendre, la Coordonnatrice adjointe des secours d’urgence s’est inquiétée du sous-financement d’une crise dont les besoins sont estimés à 550 millions de dollars en 2014.

Elle a, en particulier, exprimé sa préoccupation face à la déliquescence de l’État, l’effondrement du système politique et la désintégration du système de sécurité après des années de négligence et l’incapacité de la communauté internationale à voir les signes avant-coureurs de cette crise.

Mme Kang a souhaité le renforcement rapide des effectifs du Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en République centrafricaine (BINUCA) et le déploiement de la composante civile de la MISCA, afin de mettre en place une expertise pour protéger les droits de l’homme et assurer le suivi de leur violation éventuelle. 

Pour préparer l’après-conflit et la réconciliation, Mme Zerrougui a demandé que le Conseil établisse une commission d’enquête sur les crimes commis en adoptant des mesures ciblées contre les auteurs de violations contre les enfants.

De même, Mme Bangoura a proposé le déploiement de missions d’enquête par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et la mise en place de lignes téléphoniques d’urgence et de mécanismes d’intervention rapide coordonnés, susceptibles, a-t-elle dit, de sauver des vies.

LA SITUATION EN RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

Déclarations

Mme LEILA ZERROUGUI, Représentante spéciale du Secrétaire général pour le sort des enfants en temps de conflit armé, a relevé qu’au cours de sa visite en République centrafricaine, du 17 au 21 décembre dernier, elle a pu noter que ce conflit était d’un niveau de brutalité jamais vu avant, et qu’il avait un impact dramatique sur les enfants. 

Elle a indiqué que des enfants avaient été attaqués directement, mutilés, tués et décapités à Bangui, ainsi que dans les localités de Buar, de Bossagoa et de Bozoum.  Elle a ajouté que depuis un an, les combattants de la Séléka, et plus récemment, ceux des milices Anti-balaka, ont recruté activement des enfants et les ont forcés à commettre des atrocités.  Des estimations font état de près de 6 000 enfants qui seraient, en ce moment, enrôlés dans des groupes et des bandes armés.  « J’ai vu, au cours de ma visite, des enfants armés qui sont manipulés par les deux parties en conflit, et ils sont divisés en fonction de leur appartenance religieuse », a-t-elle affirmé, en ajoutant que ces enfants étaient devenus à la fois victimes et auteurs des violences sectaires en cours.

Mme Zerrougui a par ailleurs souligné que le manque de sécurité avait provoqué le déplacement de près d’un demi-million d’enfants à travers le pays au cours de l’année 2013.  Ces enfants ont besoin en urgence de protection et d’assistance, a-t-elle plaidé.  La Représentante spéciale a ensuite parlé d’attaques et d’actes de vandalisme menés contre des écoles et des hôpitaux. 

Elle a ajouté que les personnels médicaux avaient été également menacés et brutalisés un peu partout dans le pays, laissant ainsi des infrastructures sociales et des services de base dans un état encore plus délabré.  Elle a aussi souhaité le renforcement rapide des effectifs du Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en République centrafricaine (BINUCA) et le déploiement de la composante civile de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine (MISCA), afin de mettre en place une expertise pour protéger les droits de l’homme et assurer le suivi de leur violation éventuelle. 

La Représentante spéciale a en outre salué la démobilisation de 23 enfants de la Séléka le 17 janvier dernier.  Cela a été possible grâce à la coopération entre les représentants des Nations Unies et les autorités au pouvoir à Bangui.  Elle a ajouté que la séparation des enfants des groupes armés ne serait pas une tâche aisée, et qu’elle devrait s’intégrer dans un processus global de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR). 

Selon elle, pour mener à bien ce processus et faire face à la réalité du terrain, il faudrait augmenter les personnels civils des Nations Unies dans le pays de toute urgence.  Elle a mis en garde le Conseil de sécurité sur le fait que les enfants ayant été démobilisés couraient toujours le risque de reprendre les armes. 

Elle a par ailleurs souhaité que les auteurs d’atrocités soient tenus pour responsables de leurs actes et a appelé la communauté internationale à assister les autorités de transition en République centrafricaine dans le cadre de la restauration de l’état de droit et l’établissement d’une réponse judiciaire aux violations actuelles des droits de l’homme. 

Elle a enfin souhaité que le Conseil puisse établir une commission d’enquête sur les crimes commis en République centrafricaine, et qu’il adopte des mesures ciblées contre les auteurs de violations contre les enfants.

M. ADAMA DIENG, Conseiller spécial du Secrétaire général sur la prévention du génocide, a fait état d’une situation désespérée en République centrafricaine avec des violences qui se poursuivent en ce moment.  Il a décrit des violences massives, d’une ampleur jamais connue par ce pays.  Il a mentionné des exécutions sommaires, des disparitions, des déplacements forcés, des actes de mutilation contre des adultes et des enfants, ainsi que des pillages d’hôpitaux, d’écoles, d’églises et de mosquées. 

La situation humanitaire est troublante alors que des groupes d’autodéfense se sont transformés en groupes chrétiens qui visent les musulmans.  M. Dieng a affirmé que les milices Anti-balaka étaient de mieux en mieux organisées et parfois appuyées par des militaires de l’ex-Président François Bozizé.  Il a ajouté que les milices Anti-balaka s’étaient déployées dans les 16 provinces du pays afin d’encourager les chrétiens à s’attaquer aux civils musulmans.

Il s’est inquiété de la divergence de vue des dirigeants religieux à Bossangoa, où l’évêque dénonce les exactions commises par les musulmans tandis que l’imam relate des attaques menées contre des musulmans par des groupes hébergés par l’évêque.  La violence qui opposait au début les milices Anti-balaka et ex-Séléka est devenue une confrontation entre civils et musulmans dont le niveau de haine m’a choqué, a dit M. Dieng, avant d’estimer qu’il y avait aujourd’hui un risque élevé de crimes contre l’humanité et de génocide. 

Si la Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine (MISCA) et les troupes françaises de l’opération Sangaris ont largement contribué à la protection des civils, il semble évident que leur capacité à protéger tout le monde est limitée alors que les violences se sont développées à travers tout le pays. 

Face aux exactions et à la haine qui en découle, il a appelé à appuyer les initiatives visant à identifier les auteurs des violences.  Il a mis l’accent sur l’importance d’un mécanisme de justice de transition en estimant qu’il était encore temps d’agir pour lutter contre l’une des prises crises humanitaires de notre temps.

Mme ZAINAB HAWA BANGURA, Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit, a rappelé qu’elle avait fait un compte-rendu devant le Conseil de sécurité en janvier 2013, et qu’elle avait déjà souligné la tendance inquiétante de violences sexuelles dans le pays.  Elle a relevé que le fait que les enfants puissent participer aux atrocités pourraient signifier qu’un « point de non-retour » a été franchi, et que désormais, la cohabitation de certaines communautés serait impossible, du moins dans un futur immédiat. 

Il n’y a pas de doute, a-t-elle indiqué, que « la violence en République centrafricaine va marquer les consciences des gens dans le pays et dans le monde à tout jamais ».  Elle a en outre révélé qu’entre janvier et novembre 2013, l’ONU a répertorié pas moins de 4 530 cas de violences sexuelles dont les auteurs étaient des combattants, apparemment de la Séléka, dans les localités de Bangui, Boali, Bossembélé, Damara, Mbaiki, Sibut et dans la préfecture de l’Ouham Pende. 

Elle a ensuite indiqué qu’après les attaques des Anti-balaka et des anciens membres des Forces armées centrafricaines le 5 décembre dernier à Bangui, des rapports avaient signalé des cas de violences sexuelles commises en période de conflit.  Elle a aussi déclaré que des violences du même genre auraient été commises par les Anti-balaka et la Séléka au cours d’opérations de fouilles d’habitations et pendant des attaques en signe de représailles.

Mme Bangura a ensuite fait état de rapports qui indiquent que des mariages forcés, parfois avec des enfants, ont été contractés particulièrement par les éléments de la Séléka.  La Représentante spéciale a par ailleurs noté que les camps de déplacés, qui servent aussi de refuges pour les membres des groupes armés, sont aussi le lieu de violences sexuelles commises en période de conflit.

Elle a ajouté que les victimes ne se plaignaient pas souvent par peur de représailles, étant donné que les auteurs continuaient de vivre à leurs côtés, et au vu de l’absence d’état de droit.  « Je suis très perturbée », a confié Mme Bangura, d’apprendre que la Mission n’a pas pris les mesures adéquates pour venir en aide aux victimes de ces violences au cours du conflit qui dure depuis un an.  Elle a tout de même évoqué des signaux positifs avec l’engagement des chefs de communautés religieuses, notamment musulmanes et chrétiennes, et elle a appelé la communauté internationale à soutenir leurs initiatives. 

Mme Bangura a également mentionné le fait que la désignation de la première femme présidente à la tête de la République centrafricaine constituait une source d’espoir et d’inspiration pour tous.  Elle a ajouté que « le leadership féminin au plus haut niveau est un symbole fort de progrès et de changement », mais elle a tenu à préciser qu’aucun dirigeant ne pouvait guider seul cette transition, appelant ainsi de nouveau la communauté internationale à apporter son plein soutien à la nouvelle Présidente du pays, afin qu’elle soit une « force pour la paix et l’unité ». 

Elle a aussi suggéré que soit mis en place un processus de DDR, afin de dissuader la création de groupes d’autodéfense communautaires.  La Représentante spéciale a également proposé la mise en place de lignes téléphoniques d’urgence et de mécanismes d’intervention rapide coordonnés qui pourraient sauver des vies.  Elle a enfin souhaité le déploiement, en République centrafricaine, de missions d’enquête par le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme.

Mme KYUNG-WHA KANG, Sous-Secrétaire générale aux affaires humanitaires et Coordonnatrice adjointe des secours d’urgence, a fait le constat de l’effondrement du système politique et de la désintégration du système de sécurité alors que les atrocités continuent d’être commises contre la population.  Elle a dit que 2,5 millions d’habitants sur 4,6 millions avaient besoin d’aide en raison de cette crise parmi lesquels 900 000 déplacés internes dont la moitié sont des enfants.

Elle a indiqué que 100 000 personnes dormaient à ciel ouvert près de l’aéroport de Bangui et que des milliers d’autres se terraient dans les forêts.  Elle a cité le chiffre de 246 000 Centrafricains réfugiés dans des pays voisins.

Illustrant l’état des tensions communautaires, la Sous-Secrétaire générale a indiqué que 19 personnes avaient été tuées il y a quelques jours dans l’attaque d’un convoi évacuant des civils musulmans vers le Cameroun.  Le 19 décembre 2013, a été activé « notre plus haut niveau de défense », a-t-elle dit.  Elle a indiqué que le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP) avait mobilisé de la nourriture pour 300 000 personnes, que Médecins sans frontières (MSF) avait pris la tête de la réponse médicale et que le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) avait fourni des matelas et des couvertures à 20 000 personnes en janvier.  De son côté, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a vacciné 72 000 enfants dans 17 sites au cours de ce mois.

« L’une des principales difficultés est le sous-financement de cette crise », a déclaré Mme Kang, avant d’évaluer à 550 millions de dollars les besoins humanitaires en 2014 en République centrafricaine.  Elle s’est réjouie du fait que lors la Réunion de haut niveau sur l’action humanitaire en République centrafricaine, qui s’est tenue a Bruxelles lundi, les États Membres aient annoncé 200 millions de dollars de contributions en faveur de l’aide humanitaire, lesquels qui viennent s’ajouter aux 280 millions promis pour la reconstruction et le développement à long terme du pays

La Coordonnatrice adjointe des secours d’urgence s’est particulièrement inquiétée de l’état de déliquescence de l’État après des années de négligence et de l’incapacité de la communauté internationale à voir les signes avant-coureurs de cette crise. 

Elle a salué l’impact positif du déploiement en cours de la MISCA et a appelé à prendre des mesures immédiates pour renforcer les communautés locales dans l’optique de la future réconciliation nationale.  « Nous avons déjà assisté au coût humain de la négligence de la communauté internationale en République centrafricaine », a-t-elle dit.   

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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