M. Jeffrey Feltman met en garde contre les risques d’un conflit religieux en République centrafricaine qui pourrait s’étendre au-delà des frontières

6 janvier 2014
CS/11242

M. Jeffrey Feltman met en garde contre les risques d’un conflit religieux en République centrafricaine qui pourrait s’étendre au-delà des frontières

6/1/2014
Conseil de sécurité
CS/11242
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Conseil de sécurité

7092e séance – après-midi

M. JEFFREY FELTMAN MET EN GARDE CONTRE LES RISQUES D’UN CONFLIT RELIGIEUX EN

RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE QUI POURRAIT S’ÉTENDRE AU-DELÀ DES FRONTIÈRES

Présentant le dernier rapport*du Secrétaire général sur la situation en République centrafricaine (RCA), le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, M. Jeffrey Feltman, a déclaré, cet après-midi, devant les membres du Conseil de sécurité, que la situation dans le pays s’était considérablement détériorée.  Au cours de cette séance d’information, qui a permis également d’entendre la Ministre centrafricaine des affaires étrangères, l’Observateur permanent de l’Union africaine et le représentant du Tchad, M. Feltman a dressé un bilan inquiétant de la situation sécuritaire et humanitaire dans le pays, en dépit des efforts encourageants entrepris par le Gouvernement de transition et la Mission internationale de soutien à la Centrafrique sous conduite africaine (MISCA) dont le déploiement a été autorisé par la résolution 2127 (2013) du 5 décembre 2013.  La communauté des donateurs, s’est-il félicité, accorde désormais une attention plus grande à la République centrafricaine.

Les attaques menées par les « anti-Balaka » à Bangui le 5 décembre ont déclenché de troubles graves dans la capitale et à l’intérieur du pays, a-t-il rappelé.  À Bangui, 750 personnes ont été tuées, s’est-il alarmé.  M. Feltman a également indiqué qu’environ 2,2 millions de personnes en RCA ont actuellement un besoin urgent d’aide humanitaire, soit près de la moitié de la population nationale.  Un habitant sur deux à Bangui a dû fuir son foyer, a-t-il ajouté, soit environ 513 000 personnes, dont 100 000 ont trouvé refuge à l’aéroport.

Les tueries à Bangui et dans le reste du pays se poursuivent tous les jours, a expliqué M. Feltman, en soulignant que la population reste divisée en fonction de l’appartenance religieuse.  Des localités telles que Bossangoa, Bouar, Bozoum et Paoua sont aussi le théâtre d’atrocités, où chrétiens et musulmans s’affrontent avec violence, précise-t-il.  Plusieurs pays comme le Cameroun, le Tchad, la Côte d’Ivoire et le Sénégal ont rapatrié des dizaines de milliers de leurs ressortissants, la majorité étant musulmans.  C’est la première fois dans l’histoire de la RCA, a-t-il fait remarquer, que des personnes se sentent obligées de quitter le pays parce qu’elles craignent pour leur vie.

M. Feltman a salué la rapidité avec laquelle la MISCA et l’opération Sangaris ont atteint un niveau opérationnel.  Il s’est félicité de l’envoi de troupes en RCA par des États d’Afrique et la France et a salué le rôle qu’a joué la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) pour contribuer à la stabilité de la RCA.  « Nous travaillons avec l’Union africaine pour organiser, à la demande du Conseil de sécurité, la conférence des donateurs afin d’assurer le financement de la MISCA », a-t-il assuré.

« Les évènements du 5 décembre ont porté un coup aux autorités de transition », a souligné M. Feltman.  Il a rappelé les circonstances dans lesquelles les groupes anti-Balaka d’autodéfense s’étaient transformés en une rébellion à part entière.  Les abus de la Séléka contre la population chrétienne ont rapidement été perçus comme étant fondés sur des différences religieuses, a-t-il fait observer.  Le Secrétaire général adjoint a placé un espoir dans la création de la future commission internationale d’enquête.  La frustration des communautés musulmanes, a-t-il estimé, est le résultat d’une marginalisation par les gouvernements successifs depuis l’indépendance du pays.  Il a cité, par exemple, qu’aucun jour férié musulman n’était célébré en République centrafricaine, alors que les musulmans représentent 20% de la population du pays.  Il a ainsi salué les efforts de médiation entrepris par le Forum de dirigeants religieux.

Les chefs d’État de la CEEAC ont proposé d’organiser une conférence nationale inclusive qui serve de forum à tous les acteurs nationaux, a indiqué M. Feltman.  Il est important de s’engager dans les préparatifs des élections, a-t-il souligné, en reconnaissant que des étapes avaient déjà été franchies, comme par exemple l’adoption d’un nouveau Code électoral et la prestation de serment des membres de l’Autorité électorale nationale.  Le Bureau intégré des Nations Unies pour la consolidation de la paix en République centrafricaine (BINUCA) fournit un appui financier et technique en vue d’organiser ces élections, a-t-il assuré.

Rappelant que le processus de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) de tous les groupes armés était une des plus grandes priorités, M. Feltman a mis l’accent sur la nécessité de garantir des conditions propices à ce processus, notamment sur le plan du financement.

Concernant la situation humanitaire, « qui s’est détériorée à un rythme alarmant », il a déploré les violences persistantes qui ont forcé un cinquième de la population à fuir leurs maisons pour trouver refuge dans 55 centres établis pour accueillir les personnes déplacées.  Plus de 100 000 personnes ont cherché à se réfugier dans l’aéroport de la capitale.  Les ONG et les institutions humanitaires de l’ONU sont restées sur le terrain pour fournir une assistance malgré le danger.

Le Secrétaire général adjoint a indiqué que, le 11 décembre 2013, l’ONU avait lancé une réponse d’urgence à l’échelle du système de niveau 3, envoyant ainsi sur le terrain un personnel très expérimenté.  Outre des fonds et du matériel d’urgence, un coordonnateur humanitaire a été déployé sur le terrain pour renforcer l’intervention humanitaire en RCA.  La Secrétaire générale adjointe des Nations Unies aux affaires humanitaires et Coordonnatrice des secours d'urgence, Mme Valerie Amos, a effectué un versement de 10 millions de dollars au Fonds central d’intervention d’urgence (CERF) pour appuyer les efforts de secours dans le pays.  Il a cependant regretté que les besoins humanitaires continuent à dépasser les moyens disponibles.  L’aide fournie par le Programme alimentaire mondial (PAM), par exemple, sera épuisée à 90%, si elle n’est pas renforcée d’ici au mois de février, a-t-il prévenu.

Enfin, attirant l’attention sur le sort des femmes et des enfants dans ce conflit, le Secrétaire général adjoint a mentionné la mission que la Représentante du Secrétaire général des Nations-Unies pour les enfants et les conflits armés, Mme Leila Zerrougui; le Conseiller spécial du Secrétaire général pour la prévention du génocide, M. Adama Dieng; ainsi qu’un représentant du Représentant spécial du Secrétaire général sur la violence sexuelle dans les conflits, ont effectuée sur le terrain en décembre dernier. 

Intervenant à son tour, la Ministre des affaires étrangères de la République centrafricaine, Mme Léonie Banga-Bothy Mbazoa, a rappelé que le Premier Ministre centrafricain de la transition, lors de sa participation à la Réunion de haut niveau sur la situation du pays, au Siège de l’ONU, le 22 septembre 2013, avait tiré la sonnette d’alarme sur le chaos dans lequel la République centrafricaine risquait de sombrer.  Elle a déploré que, le 5 décembre dernier, les ennemis du peuple centrafricain aient mis en œuvre un « projet diabolique et sanguinaire » en attaquant Bangui.  Si la réaction internationale a permis d’arrêter la progression des assaillants, a fait remarquer la Ministre, la situation humanitaire dans la capitale s’est gravement détériorée, forçant ainsi 300 000 personnes à fuir leurs maisons.  Dans de telles conditions, a-t-elle averti, les risques d’épidémies à grande échelle comme le choléra sont très grands.  Elle a par ailleurs présenté les excuses officielles de la RCA aux États dont les ressortissants ont été victimes de violences.

Tandis que les institutions des Nations Unies apportent leur aide, la situation continue de se détériorer, a-t-elle regretté.  Au plan sécuritaire, si des efforts ont été déployés à l’amorce des négociations avec les anti-Balaka, « malheureusement, ces forces non organisées et non identifiées n’ont manifesté aucune volonté de s’engager dans des pourparlers avec le Gouvernement centrafricain et continuent, au contraire, de commettre des exactions sur la population civile », a-t-elle déploré.  La Ministre a salué les initiatives prises par les autorités religieuses chrétiennes et musulmanes en vue de rapprocher les communautés, tout en prévenant que « c’est un travail de longue haleine ».

Tous les organes prévus par la Charte constitutionnelle de transition ont été mis en place, a-t-elle cependant fait valoir.  Les autorités de transition ont réaffirmé leur engagement de ne pas se présenter aux élections, a-t-elle dit, en insistant pour que celles-ci ne soient pas organisées dans la précipitation.  Au plan sécuritaire, elle a indiqué que les milices anti-Balaka et quelques éléments des Séléka continuaient de semer la terreur dans des quartiers de Bangui.  Elle a salué le travail remarquable mené sur le terrain par la force internationale avec le soutien de l’opération Sangaris, en déplorant cependant les pertes de soldats au sein des troupes françaises, congolaises et tchadiennes.  Enfin, elle a sollicité la communauté internationale pour qu’elle augmente son soutien financier et s’est montrée favorable à l’augmentation des effectifs de la MISCA.  Elle a aussi demandé le renforcement du BINUCA, en soulignant le rôle important qu’il joue en particulier dans les domaines de la DDR, des droits de l’homme et de la consolidation de la paix.

Pour l’Observateur permanent de l’Union africaine, M. Tete Antonio, la violence en RCA est d’autant plus déstabilisatrice et difficile à contenir qu’elle a pris un caractère communautaire et religieux.  Il a indiqué que la MISCA travaille étroitement avec les différents responsables centrafricains, notamment dans l’optique d’accélérer le calendrier de la transition, ainsi que pour la mise en place d’un processus de réconciliation entre les différentes communautés nationales.  La MISCA entend tirer profit de la relative accalmie actuelle pour accélérer la mise en œuvre des plans de sectorisation de Bangui et du reste du pays, ainsi que des programmes de DDR.  Le représentant a en outre annoncé que la Commission de l’Union africaine s’apprêtait à déployer un premier groupe d’observateurs des droits de l’homme pour soutenir la MISCA dans ce domaine.  Les autorités de la transition, a-t-il insisté, doivent accélérer la mise en route des structures de l’appareil judiciaire du pays.  Dans ce contexte, M. Antonio a invité la communauté internationale à renforcer son appui à la MISCA, notamment à l’occasion de la Conférence de donateurs prévue à Addis-Abeba le 1er février 2014.

Le représentant du Tchad, M. Mahamat Zena Cherif, dont le pays siège depuis le 1er janvier au sein du Conseil de sécurité pour un mandat de deux ans, a exprimé sa profonde préoccupation quant à l’ampleur et les tournures de plus en plus dangereuses que la crise centrafricaine est en train de prendre, malgré « le mandat robuste » accordé à la MISCA et aux autres forces impliquées.  L’insécurité généralisée a conduit au départ massif de ressortissants étrangers vers leur pays d’origine comme le Tchad, le Cameroun, le Sénégal, le Mali et bien d’autres, a-t-il souligné.  Il a en outre déploré des dizaines de morts et de centaines de disparus parmi les ressortissants tchadiens qui continuent d’être rapatriés par voie aérienne et terrestre.  Une telle haine contre toutes les communautés étrangères, à cause de leur appartenance religieuse, ne se justifie sous aucun prétexte et devrait être condamnée de la manière la plus ferme, a-t-il déclaré.  Le Tchad, aux côtés des autres États d’Afrique centrale, reste et restera engagé, comme il l’a fait depuis 1994, pour appuyer l’effort collectif visant à rétablir la paix et la stabilité en RCA, a assuré son représentant.  Il a ajouté que le Tchad accueillera à N’Djamena, le 9 janvier prochain, un Sommet extraordinaire de la CEEAC, auquel participeront tous les partenaires internationaux, pour se pencher de nouveau sur la crise en République centrafricaine.

*     S/2013/787

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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