Assemblée générale: la Journée internationale de la commémoration des victimes de l’esclavage met Haïti à l’honneur

25 mars 2014
AG/11491

Assemblée générale: la Journée internationale de la commémoration des victimes de l’esclavage met Haïti à l’honneur

25/3/2014
Assemblée générale
AG/11491
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Assemblée générale                                         

Soixante-huitième session                                  

77e séance plénière – après-midi

ASSEMBLÉE GÉNÉRALE: LA JOURNÉE INTERNATIONALE DE LA COMMÉMORATION DES VICTIMES DE L’ESCLAVAGE MET HAÏTI À L’HONNEUR

L’Assemblée générale a tenue aujourd’hui une séance à l’occasion de la Journée internationale de commémoration des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique des esclaves, dont le thème était cette année: « Victoire sur l’esclavage; Haïti et au-delà ».  L’Assemblée avait comme invitée spéciale Mme Michaëlle Jean, Envoyée spéciale de l’UNESCO pour Haïti, membre du projet « La route de l’esclave » (2014-2015) et ancienne Gouverneure générale du Canada.  La célèbre chanteuse haïtienne Émeline Michel a clos la séance par deux chansons en créole et en français.

L’hommage qui est rendu à Haïti, l’année même du deux-cent-dixième anniversaire de son indépendance, a dit le représentant haïtien, M. Denis Régis, s’adresse d’abord aux premiers résistants, « aux marrons de la liberté » qui, dès le XVIe siècle, ont signifié leur refus du système esclavagiste.  Il s’étend ensuite à ceux qui ont repris le flambeau en 1791, dont le précurseur Toussaint Louverture, en passant par les héros anonymes d’une guerre de libération épique qui, pour la première fois dans l’histoire, culmina dans le triomphe d’une armée d’esclaves – ces « va-nu-pieds superbes », issus de la traite négrière, sur ses oppresseurs.

Ainsi naquit Haïti en 1804, a renchéri Mme Michaëlle Jean, ancienne Gouverneure générale du Canada d’origine haïtienne.  Nous ne serions pas là aujourd’hui, a-t-elle dit, sans Toussaint Louverture, Jean-Jacques Dessalines, Alexandre Pétion, dont la pensée des lumières a donné naissance aux mots liberté, égalité et fraternité, des mots qui ont non seulement inspiré la révolution française mais qui ont aussi fait basculer tout un monde. 

Mme Jean a placé le combat d’Haïti à l’origine d’autres faits marquants de notre histoire commune, de l’abolition de l’esclavage en Amérique, à l’élection du premier Président noir des États-Unis, en passant par la décolonisation de l’Afrique ou la fin de l’apartheid.

« Un peuple qui n’a pas de mémoire n’a pas d’avenir », a dit l’ancienne Gouverneure du Canada qui a estimé, comme d’autres, que ce n’est pas un hasard si l’« Arche du Retour », le Mémorial permanent pour les victimes de l’esclavage, a été confiée, après un concours, à l’architecte américain d’origine haïtienne Rodney Léon.  Le Mémorial, qui sera inauguré à la fin de l’année, au Siège de l’ONU à New York, a reçu aujourd’hui une autre contribution, celle de l’Espagne qui a promis une enveloppe de 30 000 euros.

Dans son message, le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, a rappelé qu’aujourd’hui encore « des millions de personnes sont victimes de la traite des êtres humains, de la servitude pour dettes, de l’esclavage sexuel et de la servitude domestique, alors que les auteurs de ces violations des droits de l’homme sont libres d’agir en toute impunité ».  Le Secrétaire général appelle ainsi à se « souvenir des crimes passés » et à « redoubler d’efforts pour mettre fin aux crimes présents ». 

Dans cette lutte contre les formes modernes d’esclavage, la représentante des États-Unis a voulu que l’on s’inspire de celle des esclaves du passé, comme ceux d’Haïti.  Son homologue du Japon a promis que son pays continuera de travailler pour mettre fin à toutes les formes d’esclavage et réaliser la liberté et l’égalité pour tous.

Le Président de l’Assemblée générale, M. John Ashe, a espéré que la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine permette de continuer la lutte pour l’avènement d’un monde débarrassé du racisme et de la discrimination.  La Décennie, qui ira du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2024, aura pour thème « Personnes d’ascendance africaine: considération, justice et développement ».  

Le représentant de Cuba a soulevé la question des excuses et des indemnisations aux personnes d’ascendance africaine, après les discours de la Guinée-Bissau, de Tonga, de la Bulgarie, du Chili et de la Nouvelle-Zélande, au nom de leur Groupe régional.  Ils ont tous rendu hommage au rôle précurseur d’Haïti, invitant, à leur tour, la communauté internationale à se battre contre les formes modernes de l’esclavage.

 La Journée internationale a été commémorée pour la première fois le 25 mars 2007*, année du bicentenaire de l’abolition de la traite transatlantique, qui a été pour beaucoup dans l’abolition de l’esclavage.  Ces deux fléaux ont affecté pendant plus de 400 ans, plus de 15 millions d’hommes, de femmes et d’enfants.

*A/RES/62/122

SUIVI DE LA COMMÉMORATION DU BICENTENAIRE DE L’ABOLITION DE LA TRAITE TRANSATLANTIQUE DES ESCLAVES: SÉANCE COMMÉMORATIVE À L’OCCASION DE LA JOURNÉE INTERNATIONALE DE COMMÉMORATION DES VICTIMES DE L’ESCLAVAGE ET DE LA TRAITE TRANSATLANTIQUE DES ESCLAVES

Déclarations

M. JOHN ASHE, Président de l’Assemblée générale, a indiqué que la communauté internationale commémore aujourd’hui l’esprit, le courage et l’héritage laissés par des millions d’hommes, de femmes et d’enfants victimes de l’un des plus sombres et aberrants chapitres de l’histoire.  Il a estimé que le thème de cette commémoration, « Victoire sur l’esclavage – Haïti et au-delà », rappelle que la révolution haïtienne, de 1791 à 1804, est considérée comme la révolte d’esclave au succès le plus éclatant.  Le Président a d’ailleurs rappelé que le Mémorial permanent pour les victimes de l’esclavage sera construit par un architecte américain d’origine haïtienne, M. Rodney Leon.  Il devrait être inauguré au début de la soixante-neuvième session de l’Assemblée générale, a dit M. Ashe, en appelant les États Membres à continuer d’apporter des contributions volontaires.

M. Ashe a rappelé que cette année marque également le vingtième anniversaire du projet de « la Route de l’esclave », lancé en 1994 à Ouidah, au Bénin, par l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).  Il a précisé que ce projet avait permis d’effectuer des recherches qui ont permis de mieux faire connaître et comprendre la traite des esclaves et ses conséquences dévastatrices.  D’ailleurs, a-t-il dit, la Journée internationale permet également d’attirer l’attention sur les nombreuses contributions que les descendants d’esclaves ont faites à l’édification des nations qui sont devenues les leurs.

Le Président de l’Assemblée générale a déploré des formes modernes d’esclavage, telles que la situation des femmes et des jeunes filles qui sont maintenues en esclavage, et qui sont parfois victimes de trafic et d’exploitation sexuelle.  Il a évoqué le cas des enfants forcés de travailler ou en servitude.  Il a souligné la responsabilité des Nations Unies de lutter contre les causes profondes de l’esclavage moderne, de protéger et aider ceux qui en sont victimes et de faire en sorte qu’il n’y ait pas d’impunité pour les auteurs de telles pratiques.  Il a annoncé que la Décennie internationale des personnes d’ascendance africaine sera lancée le 1er janvier prochain et s’achèvera le 31 décembre 2024.  Elle sera placée sous le thème « Personnes d’ascendance africaine: considération, justice et développement ».  Que cette Décennie permette de continuer la lutte pour l’avènement d’un monde débarrassé du racisme et de la discrimination, a souhaité le Président.

Le Chef de Cabinet du Secrétaire général, Mme SUSANA MALCORRA, a lu le message de M. Ban Ki-moon qui déclare: « en nous remémorant les causes, les conséquences et les enseignements à tirer de la traite transatlantique des esclaves, nous renouvelons l’engagement que nous avons pris de sensibiliser les générations actuelles et futures aux dangers du racisme et des préjugés ».  Il rappelle également que « dans le monde, des millions de personnes sont victimes de la traite des êtres humains, de la servitude pour dettes, de l’esclavage sexuel et de la servitude domestique, tandis que les auteurs de ces violations des droits de l’homme sont libres d’agir en toute impunité ».  Le Secrétaire général appelle ainsi à se « souvenir des crimes passés » et à « redoubler d’efforts pour mettre fin aux crimes présents ».

Mme MICHAËLLE JEAN, Représentante spéciale de l’UNESCO pour Haïti, membre du Comité scientifique international du projet « route de l’esclave de l’UNESCO » et ancienne Gouverneure générale du Canada, a paraphrasé le poète et politicien martiniquais, Aimé Césaire, en relevant qu’« un peuple qui n’a pas de mémoire n’a pas d’avenir ».  Elle a ajouté que le devoir de mémoire est un travail difficile, mais combien nécessaire.  Qualifiant l’océan Atlantique de « vaste fosse commune », elle a souligné que nous ne serions pas là aujourd’hui si ce n’était la pensée des lumières qui a émis trois idées fondamentales, à savoir l’idée d’autonomie et d’émancipation, l’idée de finalité humaine et l’idée d’universalité.  Des lumières, a-t-elle dit, jailliront de ces mots: liberté, égalité, fraternité, et qui ont non seulement inspiré la révolution française, mais également fait basculer tout un monde.

Sur ces idées, s’est enorgueillie Mme Jean, mes ancêtres feront reculer l’impensable et ils vaincront l’impossible.  Ainsi naquit Haïti en 1804 et debout devant l’histoire, les Haïtiennes et les Haïtiens ont ouvert et forcé la marche.  Quatre ans plus tard, en 1807, a-t-elle énuméré, le Parlement britannique adoptait un édit interdisant la traite des esclaves, 30 ans plus tard, l’Amérique achève sa libération, 56 ans plus tard, soit en 1863 et le Président Abraham Lincoln réclame l’abolition de l’esclavage dans les États esclavagistes sécessionnistes du sud.  Viendra ensuite, a-t-elle poursuivi, le mouvement de décolonisation en Afrique et ailleurs au XXe siècle, puis le mouvement pour les droits civiques des Noirs aux États-Unis et enfin la fin de l’apartheid en Afrique du Sud, suivie de l’élection de Nelson Mandela.

Mme Jean a rappelé que lorsque le Président des États-Unis, M. Barack Obama, a été élu en novembre 2008, il a effectué son premier voyage hors de son pays au Canada en février 2009, et l’histoire a voulu que le premier Président noir des États-Unis soit accueilli par la première Gouverneure générale noire du Canada.  Cette Journée internationale de commémoration des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique des esclaves, a-t-elle conclu, vient rappeler à l’ensemble du monde qu’aujourd’hui, comme hier, la lutte pour la liberté, l’égalité et la fraternité, pour le respect des principes de la Déclaration universelle des droits de l’homme demeurent essentielles.

Mme AMA TUTU MUNA, Ministre des arts et de la culture du Cameroun, a expliqué que son pays a toujours contribué à la commémoration de cette Journée internationale parce qu’il a lui aussi souffert considérablement pendant le chapitre le plus sombre de l’histoire humaine.  Elle a en effet rappelé un fait historique souvent ignoré: le port de Bimbia sur la côte camerounaise a, comme Mina au Ghana ou Gorée au Sénégal, joué un rôle majeur dans l’histoire et l’industrie du commerce transatlantique des esclaves, et ce, dès 1776.  La Ministre a déclaré que ce site fait désormais partie du patrimoine culturel du Cameroun qui envisage d’y mener des études scientifiques approfondies afin de le faire inscrire sur la liste du patrimoine mondial de l’humanité établie par l’UNESCO.

M. DENIS REGIS (Haïti) a estimé que l’hommage qui est rendu à Haïti s’adresse d’abord aux premiers résistants, « aux marrons de la liberté » qui, dès le XIXe siècle, ont signifié leur refus du système esclavagiste.  Il s’étend ensuite à ceux qui reprirent le flambeau en 1791, dont le précurseur Toussaint Louverture, en passant par les héros anonymes d’une guerre de libération épique qui, pour la première fois dans l’histoire, culmina dans le triomphe d’une armée d’esclaves – ces « va-nu-pieds superbes », issus de la traite négrière.  L’indépendance d’Haïti en 1804, a-t-il dit, a été un puissant élan initial.  La Révolution haïtienne a contribué incontestablement à forger les concepts universels de l’humanité.  L’apport d’Haïti à l’universalisation de la notion des droits de l’homme demeure à jamais gravé dans les annales de l’histoire, a affirmé le représentant qui a salué à sa juste valeur « L’Arche du Retour ».

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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