M. Ban veut que la prévention des violences sexuelles soit au coeur du maintien de la paix, des accords de cessez-le-feu et de la réforme du secteur de la sécurité

24 juin 2013
SG/SM/15128-SC/11044-FEM/1960

M. Ban veut que la prévention des violences sexuelles soit au coeur du maintien de la paix, des accords de cessez-le-feu et de la réforme du secteur de la sécurité

24/06/2013
Communiqué de presse
SG/SM/15128
SC/11044
FEM/1960
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

M. BAN VEUT QUE LA PRÉVENTION DES VIOLENCES SEXUELLES SOIT AU CŒUR DU MAINTIEN DE LA PAIX, DES ACCORDS DE CESSEZ-LE-FEU

ET DE LA RÉFORME DU SECTEUR DE LA SÉCURITÉ


On trouvera ci-après le discours que le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, a prononcé au cours du débat public tenu par le Conseil de sécurité, à New York, le 24 juin 2013, sur le thème: « Les femmes et la paix et la sécurité: les violences sexuelles commises en période de conflit »:


Je vous remercie, Monsieur le Ministre, de présider la présente séance sous la présidence britannique du Conseil.  Je salue les efforts et le rôle prépondérant du Royaume-Uni dans cette mobilisation de l’appui international et des énergies pour ce combat des plus importants que nous livrons contre la violence sexuelle en période de conflit.


Je salue également les efforts inlassables et l’action de sensibilisation de Mme Angelina Jolie.  Depuis des années, elle est la voix de millions de personnes contraintes de fuir leurs foyers à cause d’un conflit et, maintenant, celle des nombreux rescapés de viols commis en temps de guerre dont le corps a servi de champ de bataille.


Je suis également heureux que nous ayons été rejoints par Jane Adong Anywar, avocate et militante de la société civile qui s’emploie à rendre justice aux victimes des violences sexuelles commises en période de conflit.  C’est grâce aux efforts de personnes comme Mme Anywar que nous pouvons mettre fin à l’impunité de ce crime et faire en sorte que les rescapés obtiennent réparation, comme ils le méritent.


Le mois dernier, j’ai présenté au Conseil un exposé sur mon déplacement en République démocratique du Congo.  Le Conseil se souviendra que je me suis rendu à l’hôpital Heal Africa à Goma, où j’ai rencontré des femmes et des filles qui avaient été violées et mutilées par des groupes armés de toutes les parties au conflit.  Nombre d’entre elles souffrent de ce qu’on appelle une fistule traumatique.  En termes clairs, elles ont été déchirées à l’intérieur.  Souffrant énormément et souvent incapables de contrôler leur vessie et leurs intestins, elles sont handicapées et souvent mises au ban de la société.  Des hôpitaux tels que Heal Africa à Goma et Panzi à Bukavu aident ces femmes à se relever.  Ils soignent leurs blessures et leur permettent d’acquérir des connaissances qui peuvent leur redonner confiance et leur offrir une source de revenus; mais ils ne peuvent pas les protéger.  Cette tâche incombe aux autorités congolaises et à la communauté internationale, au Conseil de sécurité en particulier.  Alors que notre véhicule arrivait à l’hôpital, des femmes s’étaient alignées dans les rues.  Elles étaient en colère et leur message était clair : plus d’impunité; plus de guerre; donnez-nous la paix.  Elles veulent que nous entendions cet appel et que nous agissions en conséquence.


Les violences sexuelles sont commises partout où des conflits font rage.  Elles ont des effets dévastateurs sur les rescapés et détruisent le tissu social de collectivités entières.  Bien que les femmes et les filles subissent de manière disproportionnée ces crimes atroces, les hommes et les garçons sont également pris pour cible.  La violence sexuelle constitue un crime au titre du droit international des droits de l’homme et une menace à la paix et à la sécurité internationales.  Lorsqu’elle est utilisée comme arme de guerre, elle peut considérablement exacerber les conflits et entraver sérieusement la réconciliation.


La communauté internationale, par les résolutions 1820 (2008), 1888 (2009) et 1960 (2010), a mis en place un cadre solide de lutte contre les violences sexuelles commises en période de conflit.  Les mécanismes établis nous permettent de faire campagne au niveau mondial par l’intermédiaire de ma Représentante spéciale, en collaboration avec le réseau de la Campagne des Nations Unies contre la violence sexuelle en temps de conflit, qu’elle dirige.  Le projet de résolution d’aujourd’hui envoie un nouveau message de fermeté aux responsables de tels crimes : leurs actes ne seront plus tolérés.  Ils devront rendre des comptes.


Nous avons la responsabilité commune de prévenir les violences sexuelles en période de conflit.  Cela doit faire partie de nos activités dans de nombreux domaines, du maintien de la paix et des missions politiques à la médiation, en passant par les accords de cessez-le-feu, la réforme du secteur de la sécurité, la réforme de la justice et la fourniture d’une aide humanitaire.  Le système des Nations Unies est déterminé à être « uni dans l’action », à mettre fin à la culture de l’impunité qui prévaut en ce qui concerne les violences sexuelles.  Au nom du réseau de la Campagne des Nations Unies contre la violence sexuelle en temps de conflit, ONU-Femmes et le Département des opérations de maintien de la paix ont élaboré à l’attention des soldats de la paix le tout premier programme de formation fondé sur des scénarios réels.  Un conseiller principal pour la protection des femmes sera prochainement détaché au sein de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud pour rejoindre ceux qui s’y trouvent déjà, et d’autres seront bientôt déployés en République centrafricaine, en Côte d’Ivoire, en République démocratique du Congo, au Mali et en Somalie.


L’Équipe d’experts de l’état de droit et des questions touchant les violences sexuelles commises en période de conflit est un important instrument de renforcement des systèmes judiciaires et des cadres juridiques nationaux.  Elle a fourni des conseils techniques aux autorités de République centrafricaine, de Colombie, de Côte d’Ivoire, de République démocratique du Congo, de Guinée, du Libéria, de Somalie et du Soudan du Sud.  L’UNICEF et le Fonds des Nations Unies pour la population montrent la voie, au sein du système des Nations Unies, en coordonnant la prestation de services pour les rescapés.  En outre, le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme et ONU-Femmes fournissent une expertise en matière d’enquêtes et de recueil des données sur les violences sexistes.


La prise en charge et l’accès à la justice doivent s’accompagner d’une prise de conscience de l’ampleur du problème si l’on veut protéger efficacement les femmes et les filles.


Je souligne constamment l’importance d’une prise en main nationale de la prévention des violences sexuelles.  J’appelle tous les dirigeants au plus haut niveau politique à exprimer leur appui sans équivoque à notre cause et à le traduire dans les faits.  Cela passe notamment par l’arrestation des auteurs qui doivent être traduits en justice pour prévenir de nouveaux crimes.  Cela signifie qu’il faut aider les rescapés en améliorant l’aide médicale, psychologique, sociale et judiciaire.  Cela implique également de fournir les ressources nécessaires à l’appui du travail réalisé par ma Représentante spéciale et d’autres mécanismes.


Ceux qui exercent le pouvoir ou une influence ont tout particulièrement le devoir de faire le premier pas et d’œuvrer dans le cadre d’une coalition mondiale de défenseurs déterminés à briser ce fléau.  Les violences sexuelles sont des actes ignobles, quels que soient le moment et le lieu où elles sont commises.  Ces violences doivent être dénoncées et ne rencontrer partout que l’indignation et les conséquences qu’elles méritent.


Je compte sur le rôle prépondérant du Conseil en la matière pour que les auteurs soient amenés à rendre compte de leurs actes et que les rescapés obtiennent justice et soient soutenus.


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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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