Volonté politique, élimination des causes du conflit, respect de l’intégrité territoriale et appui international: les quatre piliers de la paix dans la région des Grands Lacs

5 mars 2013
SG/SM/14847-SC/10930

Volonté politique, élimination des causes du conflit, respect de l’intégrité territoriale et appui international: les quatre piliers de la paix dans la région des Grands Lacs

05/03/2013
Secrétaire général
SG/SM/14847 SC/10930
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

VOLONTÉ POLITIQUE, ÉLIMINATION DES CAUSES DU CONFLIT, RESPECT DE L’INTÉGRITÉ TERRITORIALE

ET APPUI INTERNATIONAL: LES QUATRE PILIERS DE LA PAIX DANS LA RÉGION DES GRANDS LACS

On trouvera ci-après la déclaration que le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, a faite à New York, le 5 mars, lors des consultations du Conseil de sécurité sur le rapport spécial relatif à la République démocratique du Congo (RDC) et à la région des Grands Lacs:

La mutinerie du Mouvement du 23 mars (M23) qui a commencé en avril 2012 a entraîné de nouvelles souffrances dans l’est de la République démocratique du Congo.  Des centaines de milliers de personnes ont été déplacées.  Un nombre incalculable d’hommes, de femmes et d’enfants innocents ont été victimes de terribles actes de violence, de viol et d’autres formes de violence sexuelle, d’enlèvement et d’exécution sommaire.  Les combats ont cessé, mais l’insécurité règne et prend de l’ampleur dans d’autres régions du pays.

Certains considéreront peut-être les troubles survenus récemment dans l’est de la République démocratique du Congo comme un nouveau cycle de violence dans une région du monde en proie depuis longtemps à des troubles.  Nous avons néanmoins les moyens de briser ce cycle et de construire quelque chose de différent.  Une stabilité durable est possible dans l’ensemble de la région, mais pour cela nous devons nous employer, ensemble, à remédier aux causes profondes de cette violence.  C’est pourquoi j’ai pris contact et me suis associé avec des dirigeants de la région pour trouver une solution durable.  Nous nous sommes réunis en marge de la session de l’Assemblée générale, en septembre, et du sommet de l’Union africaine en janvier.  Nous sommes convenus que l’intervention militaire ne pourrait pas à elle seule répondre aux attentes de la population de l’est de la République démocratique du Congo.  Une solution durable nécessite au minimum quatre éléments. 

Premièrement, elle doit s’appuyer fermement sur la volonté politique des dirigeants de tous les pays de la région.  Deuxièmement, elle doit traiter les causes structurelles alimentant l’instabilité en République démocratique du Congo. Troisièmement, elle doit respecter la souveraineté, l’intégrité territoriale et les préoccupations et intérêts légitimes de tous les pays concernés.  Quatrièmement, elle exige la participation et l’appui à long terme de la communauté internationale. 

Faisant fond sur des initiatives régionales existantes et en cours de mise en œuvre dans les domaines de la paix et de la sécurité, nous avons mis au point une approche novatrice et globale.  Nous nous sommes concentrés sur les moyens d’éliminer les causes profondes du cycle de violence récurrent en combinant des mesures aux niveaux national, régional et international.  Cette approche est présentée dans mon rapport spécial dont le Conseil de sécurité est saisi (S/2013/119).  Elle jette également les bases de l’Accord-cadre pour la paix, la sécurité et la coopération en République démocratique du Congo et dans la région, signé à Addis-Abeba le 24 février. 

La signature de cet Accord-cadre représente une occasion historique.  Onze pays de la région des Grands Lacs se sont engagés à respecter la souveraineté et l’intégrité territoriale de leurs voisins, à favoriser l’intégration économique et à ne pas tolérer de groupes armés et à ne leur fournir ni aide ni soutien.  Le Gouvernement congolais s’est également engagé à mener d’importantes réformes au niveau national, notamment la réforme de l’armée, la décentralisation, le développement de l’infrastructure et de la prestation de services sociaux essentiels, la réconciliation et la démocratisation.

Les présidents en exercice de l’Union africaine, de la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs, de la Communauté de développement de l’Afrique australe et moi-même jouons le rôle de garants de l’Accord-cadre.  Chacun d’entre nous est conscient que la signature de l’Accord-cadre est un début et non une fin en soi.  Son application est essentielle, et des mécanismes de contrôle nationaux et régionaux novateurs ont été intégrés à l’Accord-Cadre.

Il faut élaborer des plans d’action à plusieurs volets assortis de paramètres de référence qui permettront d’évaluer les progrès réalisés.  L’instance régionale de contrôle suit le modèle d’un examen par les pairs auquel participent tous les signataires.  Ce dispositif est composé des 11+4 signataires de l’Accord-cadre qui se réuniront deux fois par an au plus haut niveau pour évaluer les progrès faits dans sa mise en œuvre.  Cette réunion aura lieu chaque année, en janvier, en marge du sommet de l’Union africaine et, en septembre, en marge de la session de l’Assemblée générale.  Je nommerai également un Envoyé spécial, qui, en collaboration avec les acteurs concernés, appuiera la mise en œuvre de l’Accord-cadre, notamment en établissant des paramètres de référence pour évaluer les progrès réalisés aux niveaux national et régional.

À l’appui de la mise en œuvre des engagements nationaux pris au titre de l’Accord-cadre –et conformément au mandat de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO)– mon Représentant spécial pour la République démocratique du Congo jouera un rôle central pour, en tant que priorité essentielle, promouvoir entre les parties prenantes un dialogue politique qui soit transparent et n’exclue personne.

Pour appuyer les objectifs politiques de l’Accord-cadre, mon rapport propose également de créer une brigade d’intervention relevant de la MONUSCO.  Cette brigade d’intervention aurait la capacité de mener, avec ou sans les Forces armées de la République démocratique du Congo, des offensives contre tous les groupes armés qui menacent la paix dans l’est de la République démocratique du Congo.  Cette capacité d’imposition de la paix, réclamée à l’origine par les acteurs régionaux, vise à combattre les menaces imminentes à la stabilité et permettra de réagir le plus efficacement possible au contexte de conflit actif dans lequel la MONUSCO opère depuis plusieurs années.

La brigade d’intervention sera chargée de contenir l’expansion des groupes armés congolais et étrangers, de neutraliser ces groupes et de les désarmer.  Elle apportera des capacités fort nécessaires à notre opération de maintien de la paix.  Nous sommes en train de consulter les pays qui fournissent actuellement des contingents à la MONUSCO et ceux qui sont susceptibles de fournir des effectifs à la brigade internationale afin de préparer, sous réserve de l’approbation du Conseil, le déploiement rapide de la brigade.  Les conditions de sécurité demeurent fragiles et appellent une action urgente.  Je prie le Conseil de sécurité d’autoriser le déploiement de la brigade et de lui fournir l’appui politique nécessaire.   

La mise en œuvre effective des engagements et des mécanismes de contrôle exigera des efforts à long terme de la part de la communauté internationale, notamment le Conseil de sécurité.  Les réformes structurelles en République démocratique du Congo et les engagements pris au niveau régional nécessiteront un appui soutenu et une attention accrue de la communauté internationale.  Le Conseil devra continuer de suivre la progression de la mise en œuvre des dispositions de l’Accord-cadre.  Les engagements doivent se traduire par des résultats. 

La dernière crise dans le Nord-Kivu a provoqué le déplacement de 900 000 civils, ce qui porte le nombre total de personnes déplacées dans l’est de la République démocratique du Congo à 2,6 millions.  La population de la République démocratique du Congo est en droit de vivre une vie normale et de ne pas être victime de viols, d’enlèvements, d’exactions, de la peur ou pire encore.  Nous lui devons de n’épargner aucun effort pour lutter contre les causes profondes de son insécurité.

Onze chefs d’État et de gouvernement ont proclamé leur volonté de s’unir pour défendre cette cause.  J’engage aujourd’hui le Conseil à les appuyer.  Offrons à la population de la République démocratique du Congo l’espoir, mais aussi un engagement concret en faveur de la paix et de la stabilité qu’elle mérite depuis si longtemps.

*   ***   *

À l’intention des organes d’information • Document non officiel
À l’intention des organes d’information • Document non officiel.