La 20e Journée mondiale de la liberté de la presse donne lieu à un plaidoyer pour la sécurité des journalistes et contre l’impunité de leurs assaillants

2 mai 2013
OBV/1214-PI/2054

La 20e Journée mondiale de la liberté de la presse donne lieu à un plaidoyer pour la sécurité des journalistes et contre l’impunité de leurs assaillants

2/05/2013
Couverture de réunion
OBV/1214
PI/2054
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Commémoration de la Journée mondiale

de la liberté de la presse

matin


LA 20E JOURNÉE MONDIALE DE LA LIBERTÉ DE LA PRESSE DONNE LIEU À UN PLAIDOYER POUR LA SÉCURITÉ DES JOURNALISTES

ET CONTRE L’IMPUNITÉ DE LEURS ASSAILLANTS


« Parler sans crainte –– Veiller à la sécurité des journalistes et du personnel des organes de presse », tel est le thème du vingtième anniversaire de la Journée mondiale de la liberté de la presse et, en conséquence, celui de la Réunion de haut niveau qu’ont organisée ce matin le Département de l’information de l’ONU (DPI) et l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).    


La Réunion, tenue en présence du Secrétaire général de l’ONU, a été l’occasion d’attirer l’attention sur lePlan d’action des Nations Unies sur la sécurité des journalistes et la question de l’impunité car, une nouvelle fois, le bilan est alarmant: en 10 ans, plus de 600 journalistes ont été tués dans le monde, dont le chiffre record de 200 pour l’année 2012, en sachant que 9 crimes sur 10 restent impunis.   


Ce matin, des témoignages sont venus de deux journalistes mexicain et sud-soudanais qui, devant leurs confrères, ont démontré, si besoin en était, que les libertés de la presse et d’expression comptent parmi les libertés les plus fondamentales. 


« En brandissant les projecteurs sur les méfaits et la mauvaise gouvernance, les journalistes se heurtent aux gouvernements, aux entreprises, aux gangs criminels, aux milices et à tout autre qui cherchent à étouffer et à censurer leurs enquêtes », a alerté le Secrétaire général de l’ONU.


M. Ban Ki-moon a mis le doigt sur les attaques cybernétiques, les mesures législatives, les incarcérations et les faux procès qui comptent, outre les menaces physiques, parmi les outils de coercition brandis contre les journalistes.


« Je condamne toutes ces attaques et répressions et je suis particulièrement préoccupé par le fait qu’autant de meurtriers échappent à toute forme de punition », a souligné M. Ban.


Journaliste mexicaine et cofondatrice du Réseau « Periodistas de a Pie » - Journalistes à pied-, Mme Marcela Turati a indiqué que 70 journalistes viennent de mourir au Mexique, « un chiffre bien trop élevé pour un pays qui se prétend démocratique et en paix », alors que la presse est « prise entre trois feux, le Gouvernement, la criminalité organisée et le secteur privé dont les intérêts ne rencontrent pas forcément ceux des citoyens ». 


Il y a quelque chose de pourri, a-t-elle dénoncé, dans un pays où les journalistes rédigent leur testament, n’osent pas répondre à un courriel et savent qu’ils risquent la mort.  « Perdre la presse, c’est enlever à la société sa bouche, ses yeux et ses oreilles », a prévenu la journaliste mexicaine.


Son confrère, M. Oliver Moudi, journaliste et Président du Syndicat des journalistes du Soudan du Sud, un pays dans lequel quelque 600 journalistes ont comme plus grand défi d’amener le « Gouvernement à comprendre que les médias ne peuvent pas être contrôlés et qu’ils doivent conserver leur indépendance ».  


M. Moudi a fait état de nombreux enlèvements, arrestations et détentions par le Gouvernement et du harcèlement des journalistes qui s’attaquent à la corruption.  Tout dernièrement, l’un d’eux a payé d’une balle dans la tête un article sur ce sujet.


Dans un tiers des cas, lorsque les journalistes sont empêchés de faire leur travail, ce sont les gouvernements qui sont derrière, a renchéri M. Joël Simon, Directeur exécutif du Comité de protection des journalistes (CPJ).


Le monde est plus que jamais « paradoxal », a constaté son homologue de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), M. Philippe Kridelka.  Alors que les nouvelles technologies et les nouveaux médias offrent une liberté d’expression illimitée, de nouveaux dangers menacent cette liberté même. 


Le droit des journalistes à faire éclater « certaines vérités qui mettent mal à l’aise » a été défendu vigoureusement par le Président de l’Assemblée générale, M. Vuk Jeremić, et le Secrétaire général adjoint à la communication et à l’information, M. Peter Launsky-Tieffenthal. 


Avec d’autres, ils ont attiré l’attention sur le Plan d’action des Nations Unies sur la sécurité des journalistes et la question de l’impunité, lequel a été approuvé, le 12 avril 2012, par le Conseil des chefs de secrétariat des organismes des Nations Unies pour la coordination. 


Assorti d’une stratégie de mise en œuvre pour la période 2013-2014*, il est destiné à « œuvrer à la création d’un environnement libre et sûr pour les journalistes et les professionnels des médias, dans les situations de conflit et de non-conflit, en vue de renforcer la paix, la démocratie et le développement ».


Le Plan d’Action sera d’ailleurs, cet après-midi, au centre de la table ronde, qui suivra la projection du film « Où est la ligne de front?  La vie et l’époque de Tim Hetherington », du nom de ce correspondant de guerre tué, en 2011, en Libye.  La manifestation est organisée par les Missions permanentes du Costa Rica et de la Grèce, en partenariat avec l’UNESCO. 


* http://www.unesco.org/new/fr/unesco/themes/major-programmes/communication-information/

Déclarations


M. PETER LAUNSKY-TIEFFENTHAL, Secrétaire général adjoint à la communication et à l’information, a souligné que les libertés de la presse et d’expression étaient décrites comme les libertés les plus fondamentales.  Les journalistes et les représentants des médias doivent pouvoir parler sans crainte et non payer le prix de leur sécurité parce qu’ils font entendre des vérités sur leur société.  Le Secrétaire général adjoint a en effet rappelé que de nombreux journalistes, à travers le monde, ne pouvaient pas travailler en sécurité, alors que l’impunité entourant les crimes commis contre les journalistes persiste.


M. BAN KI-MOON, Secrétaire général de l’ONU, a indiqué que le site Internet de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) contient un sinistre catalogue qui recense les noms des journalistes qui ont été réduits au silence pour avoir fait leur travail.  Cette année seulement un reporter a été tué au Moyen-Orient par un tueur d’élite.  En Amérique latine, le gérant d’une radio a été assassiné, et en Asie du Sud, une attaque à la bombe a pris pour cible des civils et les médias.  En Afrique, au cours d’un raid des rebelles, une présentatrice radio a été tuée, et en Europe, un journaliste a succombé à ses blessures après un passage à tabac.


En brandissant les projecteurs sur les méfaits et la mauvaise gouvernance, les journalistes se heurtent aux gouvernements, aux entreprises, aux gangs criminels, aux milices et à tout autre qui cherchent à étouffer et à censurer les enquêtes, a alerté le Secrétaire général.  Outre les menaces physiques, il a mis le doigt sur les attaques cybernétiques et les mesures législatives qui comptent parmi les outils de coercition contre les journalistes.


Le Secrétaire général a aussi dénoncé la situation des journalistes détenus et qui peuvent, a-t-il affirmé, languir pendant des années dans des « conditions brutales » après des faux procès ou de fausses accusations.  Je condamne toutes ces attaques et répressions et je suis particulièrement préoccupé par le fait qu’autant de responsables de ces crimes échappent à toute forme de punition, a souligné M. Ban.


Le Secrétaire général a estimé que la violence qui est condamnée aujourd’hui souligne la pertinence du Plan d’action des Nations Unies sur la sécurité des journalistes et la question de l’impunité.  Il a exhorté toutes les parties concernées à faire tout leur possible pour concrétiser le Plan et créer un environnement plus sûr pour la presse.


M. VUK JEREMIĆ, Président de la soixante-septième session de l’Assemblée générale, a rappelé l’importance d’une presse indépendante pluraliste et vraie.  Le journalisme est une noble cause, a-t-il dit, et la presse a le potentiel d’agir pour dénoncer certaines vérités qui mettent mal à l’aise.  Il a souligné que les reporters se mettent, parfois, dans des situations difficiles et qu’ils méritent appui et protection.  Plus de 200 membres de la presse ont été tués en 2012, s’est-il alarmé, en leur rendant hommage car ils ont donné de leur vie pour défendre un principe fondamental de la société: garantir un accès libre à la vérité.


Mme LYUTHA SULTAN AL-MUGHAIRY (Oman), Présidente du Comité de l’information, a estimé que l’information publique et la communication devaient figurer au cœur de la gestion stratégique des Nations Unies et a voulu qu’une « culture de communication et de transparence » s’infiltre à tous les niveaux de l’Organisation.  Elle s’est félicitée de la participation active du Département de l’information dans le Plan d’action des Nations Unies sur la sécurité des journalistes et la question de l’impunité.


Elle s’est cependant dite gravement préoccupée par les disparités qui existent entre les pays développés et les pays en développement.  Le développement « libre et indépendant » des politiques d’information et de communication peut augmenter la participation des médias et des citoyens au « processus de communication ».  La Présidente a réclamé le renforcement des programmes de formation à l’intention des journalistes du monde en développement.


Elle a également fait part de ses préoccupations face au fossé qui sépare les pays développés des pays en développement en matière de technologies de l’information et des communications et qui, a-t-elle affirmé, ne cesse de se creuser.  Elle a aussi fait observer que ces technologies avaient un rôle à jouer dans l’élimination de la pauvreté.


Mme Al-Mughairy a appelé à l’élimination des disparités entre l’anglais et les cinq autres langues officielles de l’ONU, car cela permettrait, entre autres, de renforcer la coopération entre pays en développement, et entre ces derniers et les pays développés.  Cela permettrait également de renforcer et d’améliorer les infrastructures des médias ainsi que les technologies de la communication dans les pays en développement, a-t-elle affirmé.


M. PHILIPPE KRIDELKA, Directeur du Bureau newyorkais de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), a souligné que, depuis 20 ans, la communauté internationale se réunit, chaque année, inspirée par les journalistes africains qui ont signé, en 1991, la Déclaration de Windhoek qui a été « une belle leçon de l’Afrique, une leçon que nous n’oublions pas ».  Il a fait remarquer qu’aujourd’hui, le monde est plus que jamais « paradoxal »: alors que les nouvelles technologies et les nouveaux médias offrent une liberté d’expression illimitée, de nouveaux dangers menacent cette liberté même. 


En 10 ans, plus de 600 journalistes ont été tués dans le monde au seul motif qu’ils faisaient leur travail.  Beaucoup d’autres sont victimes tous les jours d’intimidation, de harcèlement, de violences et de menaces de mort.  Neuf crimes sur 10 commis contre des gens de médias restent impunis.  « La violence et l’impunité sapent les droits et les libertés fondamentales et la foi du public en l’état de droit.  Ils encouragent la censure », a-t-il ajouté.


M. Kridelka a précisé que l’UNESCO, en tant qu’institution chargée de promouvoir et de protéger la liberté d’expression, est déterminée à faire de l’Internet un bien public mondial.  Il a mis l’accent sur la nécessité de soutenir les programmes d’éducation aux médias, de fournir des contenus de qualité, et d’appuyer des initiatives visant à renforcer les capacités et de la liberté des médias.


Mme PAMELA FALK, Présidente de l’Association des journalistes accrédités auprès de l’ONU (UNCA), a indiqué que 2012 avait été l’année la plus meurtrière pour les journalistes, 120 d’entre eux ayant trouvé la mort.  Depuis le début de cette année, le chiffre est déjà de 26 journalistes, alors que plus de 200 autres croupissent en prison, ce qui représente une augmentation de 25% par rapport à l’année dernière, s’est-elle alarmée.  Elle a également évoqué le sort des centaines de journalistes contraints à l’exil ainsi que celui des femmes journalistes qui subissent de plus en plus de violences sexuelles.  Mme Falk a rappelé l’article 19 de la Déclaration universelle des droits de l’homme qui consacre le droit à la liberté d’expression.


S’agissant des nouveaux médias, elle a plaisanté sur le fait que s’ils formaient un pays, les utilisateurs de Facebook seraient la troisième nation la plus importante au monde.  Elle a attiré l’attention sur le fait qu’il existe près de 200 millions de blogs et qu’Internet dans son ensemble a bouleversé la manière dont on envisage l’information. 


Elle a appelé ses collègues à continuer d’assumer leurs responsabilités en mettant en avant les faits et en dénonçant les mensonges.  Elle a aussi appelé l’ONU à faire de l’année 2013 une année de protection des journalistes.  La liberté de la presse est indispensable.


Mme MARCELA TURATI, Journaliste mexicaine et cofondatrice du Réseau « Periodistas de a Pie » Journalistes à pied, a affirmé que la liberté de la presse n’est pas respectée au Mexique, évoquant les intimidations tant de la part du Gouvernement que des narcotrafiquants.  Elle a parlé des corps des journalistes trouvés sur le bord des routes, « torturés et décapités » et couverts d’une pancarte avertissant qu’ils ont été tués pour ne pas avoir su se taire.


Plus de 70 journalistes viennent de mourir au Mexique, s’est alarmée Mme Turati, devant un chiffre bien trop élevé pour un pays qui se prétend démocratique et en paix.  Pourtant, a-t-elle prévenu, il existe bel et bien une guerre mexicaine qui a fait que sous le Président Felipe Calderón, les journalistes mexicains se sont transformés en reporters de guerre.  Les journalistes gênent.  On leur demande de ne pas compter les morts, ni signaler les disparations et encore moins dénoncer les violations des droits de l’homme. 


Avec autant de journalistes tués et d’organes de presse attaqués, il est évident que le Mexique s’écarte du Plan d’action sur la sécurité des journalistes, a dénoncé la panéliste.  Si les journalistes ne sont pas plus importants que le citoyen ordinaire, il faut au moins reconnaître qu’ils travaillent sur un bien public mondial, à savoir le droit à l’information, a-t-elle souligné.


Mme Turati a appelé à un protocole d’enquête sur les meurtres de journalistes, faisant observer qu’au Mexique, la méthode la plus employée consiste à faire planer le doute sur la personnalité du journaliste et justifier ainsi l’inaction.  Au Mexique, ceux qui mènent les enquêtes sur les meurtres de journalistes sont souvent ceux qui les ont commis.


Face à la paralysie que l’on veut imposer à la presse, de nombreuses communautés ont pris la relève en créant des blogs qui recensent les morts, les fusillades voire les rues sûres ou dangereuses.  Mais maintenant, ces personnes sont aussi prises pour cible, s’est-elle inquiétée.


Mme Turati a reconnu qu’il existe parfois une relation corrompue entre la presse et le pouvoir, voyant notamment dans l’absence de ressources publicitaires un outil pour manipuler la presse.  Les organes de presse sont d’ailleurs bien souvent créés pour défendre les intérêts de leurs propriétaires.  En fait, les journalistes mexicains sont pris entre trois feux, le Gouvernement, la criminalité organisée et le secteur privé dont les intérêts ne rencontrent pas forcément ceux des citoyens. 


Mme Turati a plaidé pour plus de transparence dans l’allocation des ressources publicitaires et pour une plus grande autonomisation de la presse, des journalistes et des citoyens.  Il y a quelque chose de pourri, a-t-elle dit, dans un pays où les journalistes rédigent leur testament, n’osent pas répondre à un courriel et savent qu’ils risquent la mort.  Perdre la presse, c’est enlever à la société sa bouche, ses yeux et ses oreilles, a-t-elle dit en expliquant que ses propos ont été un appel à l’aide pour éviter un assassinat de plus. 


M. OLIVER MOUDI, Journaliste et Président du Syndicat des journalistes au Soudan du Sud, a rappelé qu’il venait d’un pays jeune, à peine sorti d’une situation de conflit et que malgré les difficultés, le Soudan du Sud est parvenu à créer des médias opérationnels qui, il est vrai, n’ont pas encore une liberté totale, alors que la Constitution la garantit. 


Le Soudan du Sud compte quelque 600 journalistes et bien que la radio soit le média le plus important, le paysage médiatique se compose aussi de quotidiens, de magazines et de sites Internet.  Un projet de loi sur les médias est en cours d’élaboration et devrait bientôt être soumis au Parlement.


M. Moudi n’a pas caché les nombreuses difficultés auxquelles sont confrontés les médias au Soudan du Sud.  Les infrastructures sont faibles et il manque une autorité des médias qui puisse réglementer le travail des journalistes.  Le Soudan du Sud a aussi des lacunes en matière de formation, sans compter le manque d’imprimeries. 


Outre ces difficultés matérielles, M. Moudi a dénoncé les nombreux enlèvements, arrestations et détentions de journalistes par le Gouvernement, ainsi que le harcèlement des journalistes qui s’attaquent à la corruption.  Tout dernièrement, l’un d’eux a payé par une balle dans la tête un article sur ce sujet, car « lorsque vous écrivez sur cette question, vous retirez de l’argent de la poche de quelqu’un ».


Le plus grand défi de la presse au Soudan du Sud est d’amener le « Gouvernement à comprendre que les médias ne peuvent pas être contrôlés et qu’ils doivent conserver leur indépendance ».  


M. Moudi a souligné que le syndicat qu’il préside a adopté un plan quinquennal sur le renforcement des capacités des journalistes.  Mais le syndicat a besoin de fonds, d’appuis et de partenariats avec d’autres organisations.  Il veut, entre autres, former les journalistes aux meilleures pratiques, à la déontologie, aux risques liés à leur métier et aux dangers de leur environnement.


Mme SUZANNE BILELLO, Chargée de la liaison et de la communication à l’UNESCO, a indiqué que le Soudan du Sud était un pays pilote du Plan d’action des Nations Unies sur la sécurité des journalistes et la question de l'impunité.  Elle s’est félicitée de ce que le pays compte 600 journalistes.  Elle a aussi fait observer que la prospérité et le potentiel du Mexique sont actuellement mis à mal par le conflit avec les organisations criminelles.  Il y a 20 ans, a-t-elle fait observer, le Mexique était à l’avant-garde de la protection de la presse, mais que le pays connait à présent une situation très différente.


Les gouvernements, a-t-elle reconnu, ne comprennent pas toujours l’importance du rôle de la presse et de la communication pour les citoyens.  Elle a appelé au renforcement du dialogue entre les gouvernements et la presse.


M. JOËL SIMON, Directeur exécutif du Comité de protection des journalistes, a expliqué que le travail du Comité, depuis de nombreuses années, contribue à mieux faire connaître le sort des journalistes emprisonnés, tués ou condamnés à l’autocensure.  « L’absence de justice empêche les journalistes de faire leur travail », a-t-il insisté, avant de souligner que cette indifférence n’est pas un hasard.  Dans un tiers des cas, lorsque les journalistes sont empêchés de faire leur travail, les gouvernements sont derrière.


M. Simon a indiqué que le Comité a publié, ce matin même, son indice annuel des pays où les journalistes sont tués régulièrement sans que les assassins ne soient inquiétés.  Le Brésil, a-t-il annoncé, a retrouvé sa place dans l’indice à cause des bloggeurs qui sont pris pour cible dans plusieurs provinces, sans compter les neuf affaires non résolues dans lesquelles les auteurs présumés n’ont fait l’objet d’aucune poursuite ou condamnation.


En 2007, le Comité a lancé une campagne de lutte contre l’impunité, demandant que des enquêtes soient diligentées et que les meurtriers soient poursuivis.


M. Simon a cité le cas de la Fédération de Russie où 19 meurtres de journalistes sont toujours impunis.  En mars dernier, un député russe a utilisé son compte Twitter pour menacer directement des journalistes.  Enfin, au Mexique, des organes de presse ont été contraints de renoncer à couvrir certaines zones à cause des risques trop élevés, « ce qui empêche les citoyens mexicains de savoir ce qui se passe dans leur rue ».


M. KIERAN DWYER, Directeur des affaires publiques des Départements des opérations de maintien de la paix et de l’appui aux missions, a indiqué qu’en Somalie, 18 journalistes avaient été tués en 2012, et 4, rien que depuis le début de cette année.  « En temps de guerre, c’est toujours la vérité qui est la première victime ».  Toutes les parties ont conscience du pouvoir de l’information et c’est la raison pour laquelle les organes de presse sont pris pour cible.  M. Dwyer a soutenu que les organes de presse jouent un rôle fondamental dans la création d’une culture de droit.  Il a appelé à un secteur de la presse indépendant et capable de protéger les journalistes des pressions, qu’elles soient financières ou autres.  « Cela est fondamental. » 


Débat interactif


Lors du débat interactif, plusieurs responsables d’ONG ou des médias ont eu l’occasion d’en savoir un peu plus sur la situation des journalistes dans le monde.  La liberté de la presse et la liberté d’expression au Mexique et au Soudan du Sud ont, plus particulièrement, fait l’objet de leurs préoccupations.


Plusieurs questions clefs ont dominé cet échange: Comment la société civile peut-elle contribuer à renforcer la protection des journalistes?  Les femmes journalistes sont-elles davantage ciblées dans l’exercice de cette profession?  Comment les nouveaux médias peuvent-ils renforcer la liberté de la presse et mettre fin à l’impunité de ceux qui visent les journalistes?


« Le journalisme est surtout exercé par les hommes », a constaté le Directeur exécutif du Comité pour la protection des journalistes.  Son association essaie, a-t-il dit, de documenter les violences contre les femmes.  Les attaques contre elles semblent être omniprésentes, très répandues et peu signalées.  Les femmes journalistes sont particulièrement vulnérables lorsqu’elles couvrent des manifestations.  « On connaît à peine l’ampleur du phénomène.  Les recherches sont récentes et ces faits commencent à être mis en lumière », a-t-il reconnu.


« Au Mexique, historiquement, ce sont les hommes qui annoncent les nouvelles », a expliqué la cofondatrice de « Journalistes à pied ».  Toutefois, la réduction du nombre d’hommes dans la profession, à cause des menaces ou des enlèvements, fait que les femmes prennent doucement la relève.  Trois femmes, au moins, ont déjà fait l’objet de menaces pour avoir parlé de la traite des êtres humains et des liens entre le Gouvernement et les narcotrafiquants.  


« Les menaces à leur encontre visent les parents ou les enfants.  On tente aussi de les faire passer pour folles ou de stigmatiser leur vie privée », a-t-elle expliqué.  Malgré ces difficultés, ce sont elles qui initient le plus souvent des mouvements de défense de la profession ou qui dénoncent le sort de leurs confrères. 


À la suite de son intervention, le Mexique a tenu à réaffirmer son engagement en faveur de la liberté expression et de la protection des journalistes.  Il a parlé d’une loi sur la protection des journalistes et des défenseurs des droits de l’homme et du fait que la compétence du Procureur fédéral s’applique aux crimes contre les journalistes ou aux délits liés à la liberté expression.


La cofondatrice de « Journalistes à pied » a cependant estimé que des protocoles d’enquête particuliers devaient être appliqués lorsqu’il s’agit d’un crime contre les journalistes.  De son côté, le Directeur exécutif du Comité pour la protection des journalistes a regretté que le Mexique figure encore dans l’indice d’impunité car ce pays, a-t-il dit, a les outils pour traduire les auteurs de tels faits en justice.


S’agissant de l’impact d’Internet ou des médias sociaux, plusieurs intervenants ont souligné leur rôle de mobilisation pour les journalistes et les questions liées au respect de la liberté d’expression et de la liberté de la presse.


La cofondatrice de « Journalistes à pied » a cité les pages sur Facebook utilisées par les citoyens pour dénoncer des échanges de tirs entre cartels ou les comptes Twitter qui précisent les quartiers ou les rues sécurisés ou non.  D’autres initiatives, comme des blogs ou des pages Internet, voient aussi le jour au Texas, de l’autre côté de la frontière.


À propos du rôle de la société civile, le Porte-parole du Département des opérations de maintien de la paix a mis en évidence les liens étroits, dans de nombreuses communautés, entre les médias et la société civile.  Il a cependant mis en lumière une difficulté: il faut professionnaliser les journalistes.


Abondant dans son sens, le Président du jeune syndicat des journalistes du Soudan du Sud a mis l’accent sur la nécessité de former les journalistes de son pays aux techniques du journalisme d’investigation. 


« Il faut être formé pour dénoncer un ministre qui a détourné des fonds publics », a-t-il expliqué.  Il a également fait état du long chemin qu’il reste à parcourir, au Soudan du Sud, pour faire respecter les principes du droit et la liberté d’expression.  Il a conclu en prenant l’exemple d’une femme, qui s’exprimait dans une émission, et qui a été arrêtée avant même la fin pour avoir dénoncé une intervention policière.


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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
À l’intention des organes d’information • Document non officiel.