Conférence de presse de M. François Crépeau, Rapporteur spécial sur les droits de l’homme des migrants, et de M. Abdelhamid El Jamri, Président du Comité pour les travailleurs migrants

3 octobre 2013
Conférence de presse

Conférence de presse de M. François Crépeau, Rapporteur spécial sur les droits de l’homme des migrants, et de M. Abdelhamid El Jamri, Président du Comité pour les travailleurs migrants

3/10/2013
Communiqué de presse
Conférence de presse
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CONFÉRENCE DE PRESSE DE M. FRANÇOIS CRÉPEAU, RAPPORTEUR SPÉCIAL SUR LES DROITS DE L’HOMME DES

MIGRANTS, ET DE M. ABDELHAMID EL JAMRI, PRÉSIDENT DU COMITÉ POUR LES TRAVAILLEURS MIGRANTS


« Il faut cesser de traiter la question de l’immigration et des travailleurs clandestins sous le seul angle de la sécurité », a affirmé, ce matin, devant la presse, M. François Crépeau, Rapporteur spécial sur les droits de l’homme des migrants.


En marge du Dialogue de haut niveau sur les migrations internationales et le développement, qui se tient jusqu’à demain au Siège de l’ONU, à New York, M. Crépeau et M. Abdelhamid El Jamri, Président du Comité pour les travailleurs migrants, ont appelé les États « à lutter contre la criminalisation de l’immigration clandestine ».


« Les travailleurs migrants, y compris les sans-papiers, ne représentent pas une menace à la sécurité, en traversant les frontières ils ne commettent aucun crime », a ainsi rappelé le Rapporteur spécial. 


Ajoutant que les politiques répressives conduites « pour remporter des élections » ont pour effet de renforcer « les vrais criminels des migrations que sont les passeurs et les trafiquants », M. Crépeau a estimé que ces politiques étaient une cause majeure de la montée en puissance, « notamment en Europe », des partis d’extrême-droite.  « À leur manière, ces formations sont les seules à débattre de la question des migrations », a-t-il noté.


« Plus vous réprimez, plus vous perdez le contrôle de vos frontières », a ajouté M. El Jamri, qui a exhorté les États à affermir les droits des travailleurs migrants en ratifiant et en appliquant les conventions pertinentes.  « Les pays qui n’adhèrent pas à ces instruments, en particulier la Convention internationale sur la protection des droits de tous les travailleurs migrants et des membres de leur famille, maintiennent un vide juridique qui facilite la marge de manœuvre des trafiquants, aggravant ainsi un problème déjà très complexe », a-t-il précisé.


Répondant aux questions des correspondants de presse, M. Abdelhamid El Jamri a reconnu que la question des travailleurs migrants n’était pas au centre des débats à l’ONU: « La Convention relative aux droits de l’enfant et celle sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes seront bientôt universelles, ce qui est loin d’être le cas de la Convention sur la protection des travailleurs migrants.  Ces derniers forment, pourtant, l’un des groupes humains les plus vulnérables de la planète ». 


Pour rappel, 10 ans après son entrée en vigueur, la Convention sur la protection des travailleurs migrants a été ratifiée par 47 pays.  Les principaux pays de destination des migrants, les États-Unis, les pays du Golfe et certains États membres de l’Union européenne n’y sont pas parties.


Pour François Crépeau, l’ONU doit dans ce contexte continuer d’œuvrer en faveur d’« un véritable changement de perception vis-à-vis de la question des migrants ». 


« Le débat sur les migrations et les travailleurs clandestins est écrasé, on l’a dit, par les questions de sécurité nationale et transfrontalière.  Notre devoir est d’inciter les États à donner la parole à tous ceux, inspecteurs de travail, professionnels de santé, professeurs, juristes, qui sont confrontés quotidiennement aux conséquences humaines du phénomène migratoire.  Un phénomène qui n’appartient pas aux seuls ministres de l’intérieur et aux policiers », a-t-il ajouté.


M. Crépeau a ensuite plaidé vigoureusement pour un renforcement des droits des travailleurs migrants. 


« À la différence des réfugiés, avec lesquels on tend à les confondre, ces gens travaillent, ils contribuent au développement économique des pays qu’ils traversent.  Renforcer leurs droits et les intégrer est l’un des moyens les plus sûrs qu’ont trouvé les hommes, et ce depuis des siècles, pour combattre la pauvreté! » s’est-il exclamé.  « Les travailleurs migrants ne vont pas disparaître », a-t-il aussi insisté, invitant les États à débattre de manière « constructive » sur les politiques à mettre en œuvre pour améliorer leur situation.


Sur ce dernier point, il a mis l’accent sur le fait que les travailleurs migrants, à la différence des femmes et des peuples autochtones par exemple, « ne peuvent pas défendre leurs droits en tant que citoyens ».  « Ils ne votent pas, ne se mobilisent pas, aucun homme politique ne se risquerait à parler en leur nom », a-t-il constaté.  Le Rapporteur spécial a ainsi affirmé que le renforcement « réel » des droits de tous les travailleurs migrants passe par la facilitation de leur accès à la justice. 


« Seuls les tribunaux peuvent dire aux États que discriminer des travailleurs sans-papiers est une violation du droit international. »  « Les tribunaux, eux, ne poursuivent pas d’intérêt politique », a relevé M. Crépeau. 


Les intervenants ont invité en conclusion les dirigeants politiques à ne pas craindre le multiculturalisme et « à accepter les autres dans leur diversité ».  « Partout, les hommes doivent pouvoir vivre ensemble, sinon harmonieusement, au moins dans un monde sans violence », a conclu le Rapporteur spécial. 


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