Le Chef de la MONUSCO et l’Envoyée spéciale pour les Grands Lacs déplorent que le Gouvernement de la RDC et le M23 ne soient pas parvenus à un accord de paix à Kampala

21 octobre 2013
CS/11153

Le Chef de la MONUSCO et l’Envoyée spéciale pour les Grands Lacs déplorent que le Gouvernement de la RDC et le M23 ne soient pas parvenus à un accord de paix à Kampala

21/10/2013
Conseil de sécurité
CS/11153
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Conseil de sécurité                                        

7045e séance – matin

LE CHEF DE LA MONUSCO ET L’ENVOYÉE SPÉCIALE POUR LES GRANDS LACS DÉPLORENT QUE LE

GOUVERNEMENT DE LA RDC ET LE M23 NE SOIENT PAS PARVENUS À UN ACCORD DE PAIX À KAMPALA

Le Représentant spécial pour la République démocratique du Congo (RDC), M. Martin Kobler, et l’Envoyée spéciale pour la région des Grands Lacs, Mme Mary Robinson, ont déploré, ce matin, devant le Conseil de sécurité que les pourparlers de Kampala, en Ouganda, entre les rebelles du M23 et le Gouvernement de la RDC visant à ramener la paix dans l’est du pays n’aient pas débouché sur un accord général, en raison de divergences sur l’amnistie, le désarmement et la réintégration des membres du M23.

« L’objectif de conclure les pourparlers de Kampala par un accord de paix visant à mettre fin à la rébellion du M23 n’a pu être atteint », a déploré M. Kobler, qui s’exprimait par vidéoconférence depuis la capitale ougandaise, où les pourparlers ont été suspendus tôt ce matin.  Présentant le dernier rapport du Secrétaire général*, M. Kobler, qui est également le Chef de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO), a néanmoins tenu à indiquer que « les différends pouvaient être surmontés ».

« Les parties sont parvenues à un consensus sur 8 des 12 articles du projet d’accord en discussion, parmi lesquels, ceux relatifs à la libération des prisonniers, la fin du rôle du M23 en tant que mouvement rebelle et la possibilité qu’il se transforme en parti politique, la mise en place d’une commission de réconciliation nationale et le retour des réfugiés », a expliqué l’Envoyée spéciale, en notant que les éléments relatifs à l’amnistie, au désarmement et à l’intégration des membres du M23 « demeuraient litigieux ».

Mme Robinson, qui s’exprimait également par vidéoconférence depuis Addis-Abeba, en Éthiopie, s’est néanmoins réjouie que les parties avaient pris note du « message fort » qu’elle avait adressé, lequel souligne qu’« aucune amnistie ne doit être accordée à ceux qui ont commis des crimes contre l’humanité ou des crimes de guerre ».  La recherche de la paix, a-t-elle rappelé, ne doit pas se faire au détriment de la justice.

En vertu du projet d’accord, a précisé Mme Robinson, l’amnistie et la réintégration seraient accordées à tous les membres du M23, « à l’exception des individus reconnus coupables de crimes de guerre, d’actes de génocide ou de graves violations des droits de l’homme ».  La réintégration des responsables et soldats du M23 se ferait, au cas au cas, et devrait satisfaire certaines conditions, notamment la prononciation d’un serment d’allégeance à l’État et la Constitution de la RDC, a-t-elle précisé

« Les parties sont convenues de se réunir de nouveau pour surmonter leurs différends », a-t-elle indiqué, avant de dire qu’elle comprenait les doutes exprimés par certains membres du Conseil à l’égard de ces pourparlers et leur opposition à un appui de l’ONU, de peur que l’Organisation soit associée à un « mauvais accord ». 

« Il n’y a pas de garantie que même avec le meilleur accord de paix possible, la paix et la stabilité retourneront de manière durable dans la région », a reconnu l’Envoyée spéciale pour la région des Grands Lacs, tout en soulignant les bénéfices immédiats pour les populations d’une cessation des combats.

« La situation sur le terrain, qui demeure volatile, est très préoccupante », a déploré M. Kobler.  Des troupes se sont massées des deux côtés de la ligne de front et le M23 a tiré, à deux reprises, sur des hélicoptères non armés de l’ONU, la dernière en date, le 18 octobre, a-t-il rappelé, en précisant qu’il avait pris la décision de ne pas riposter afin de préserver les pourparlers de Kampala.

Pour sa part, le représentant de la RDC, M. Paul Losoko Efambe Empolé, qui participait à cette séance, a affirmé que les populations de Goma et de Rutshuru « vivaient toujours dans la peur ».  Il a ainsi montré du doigt les attaques sporadiques menées par le M23, « avec l’aide de ses alliés extérieurs bien connus », contre les positions « défensives » des Forces armées de la RDC (FARDC).

Depuis l’émergence du M23, a précisé M. Kobler, près de 200 combattants, qui ont déposé les armes, ont affirmé « de manière crédible » à la MONUSCO qu’ils avaient été recrutés sur le territoire ougandais mais, surtout, sur le territoire rwandais.  « Toutes ces formes d’ingérence doivent cesser », a-t-il insisté.  M. Kobler s’est dit cependant encouragé par l’attitude constructive des autorités à Kigali, la capitale rwandaise où il s’est rendu à plusieurs reprises.

Il a ensuite fait le point sur les priorités de la MONUSCO depuis son renforcement par la résolution 2098 (2013) du Conseil de sécurité qui a créé en son sein une Brigade d’intervention chargée de neutraliser les groupes armés sévissant dans l’est de la RDC.  Plaidant pour une adaptation de la MONUSCO aux nouvelles réalités, il a indiqué que l’entière composante militaire de la Mission devrait opérer « de manière proactive » afin d’assurer la sécurité des civils.

« Les opérations menées en appui des FARDC à Kibati étaient un exemple clair de notre approche « Un mandat, une mission, une Force », a-t-il affirmé, en précisant que la MONUSCO avait engagé toutes ses forces afin de protéger les civils et de maintenir « une pression militaire en soutien à une revitalisation du processus politique ».

« Nous cherchons à accroître la flexibilité de notre composante militaire afin de prévenir la violence, en intervenant en amont plutôt qu’en réagissant aux événements », a-t-il assuré.  Il a profondément regretté que certaines exactions commises par des membres des FARDC, notamment un viol collectif en novembre dernier, soient restées impunies.

Le Représentant spécial a également indiqué qu’il entendait restructurer la Mission, en renforçant tout d’abord la présence opérationnelle dans l’est de la RDC.  « Vous constaterez à l’avenir un redéploiement de notre personnel civil à l’est du pays, au plus près des communautés touchées par le conflit », a-t-il déclaré.  La présence de la Mission dans les zones non touchées, a-t-il précisé, devrait être réduite et le poids de l’équipe de pays accru.

« L’avenir des Nations Unies en RDC est entre les mains de l’équipe de pays », a-t-il souligné.  Lors de sa rencontre avec le Chef de cabinet du Président Kabila, a-t-il indiqué, il avait discuté des orientations stratégiques visant à transférer certaines tâches de la MONUSCO vers l’équipe de pays ou vers le Gouvernement de la RDC.  Soulignant que la Mission était « en plein essor et évoluait », il a annoncé qu’il s’adressera au Conseil de sécurité dans trois mois pour présenter la feuille de route sur le transfert des tâches vers l’équipe de pays et sur le renforcement des activités de la Mission dans l’est de la RDC.

Rendant hommage aux Casques bleus « qui ont perdu la vie pour que la paix revienne en RDC », M. Efambé Empolé a demandé aux membres du Conseil « de garder à l’esprit la souffrance du peuple congolais, de ces enfants séparés de leurs parents et de ces femmes violées au quotidien lorsque vous vous retirez pour discuter de ces questions ».  

*     S/2013/581

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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