Soudan du Sud: la Représentante du Secrétaire général insiste sur les nombreux défis que rencontre le plus jeune État du monde

8 Juillet 2013
CS/11054

Soudan du Sud: la Représentante du Secrétaire général insiste sur les nombreux défis que rencontre le plus jeune État du monde

08/07/2013
Conseil de sécurité
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6993e séance – matin

SOUDAN DU SUD: LA REPRÉSENTANTE DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL INSISTE SUR LES NOMBREUX DÉFIS QUE RENCONTRE LE PLUS JEUNE ÉTAT DU MONDE

L’euphorie qui a suivi l’indépendance du pays il y a deux ans « ne semble désormais qu’un lointain souvenir », déplore Mme Hilde Jonhson

À la veille du deuxième anniversaire de l’indépendance du Soudan du Sud, la Représentante spéciale du Secrétaire général pour ce pays, Mme Hilde Frafjord Jonhson, a affirmé, ce matin devant le Conseil de sécurité, que le Gouvernement sud-soudanais restait confronté à de nombreux défis, dont celui de l’instabilité à l’intérieur du pays.

« Beaucoup d’entre nous ont été témoins de l’effusion de joie qui s’est exprimée lors de la proclamation de l’indépendance du Soudan du Sud.  L’ambiance de ce jour ne semble désormais qu’un lointain souvenir », a déploré Mme Frafjord Johnson, qui présentait, par visioconférence de Juba, le rapport du Secrétaire général sur le Soudan du Sud*.

Le Secrétaire général, M. Ban Ki-moon, y fait observer que les progrès enregistrés par le plus jeune pays du monde « pourraient être hypothéqués par un certain nombre de revers, notamment l’aggravation de la situation en matière de sécurité dans l’État du Jongleï et les violations persistantes des droits de l’homme commises par les institutions de sécurité nationales ».

Dans son rapport, qui porte sur les quatre derniers mois, le Secrétaire général recommande en particulier que le mandat de la Mission des Nations Unies au Soudan du Sud (MINUSS) soit encore prorogé d’un an, « l’objectif final demeurant que le gouvernement acquière progressivement les capacités et l’autorité nécessaires pour prévenir, atténuer et régler les tensions et les conflits intercommunautaires grâce à une administration civile efficace où les organes de maintien de l’ordre jouent un rôle central ».

Sa Représentante spéciale a expliqué aux membres du Conseil que, depuis son indépendance, avec le soutien de la MINUSS, le Soudan du Sud avait fait des progrès « en vue de devenir un pays plus stable et démocratiquement responsable, capable de jouer un rôle positif dans la région au sens large ». 

Ces avancées ont été réalisées dans des domaines clefs, tels que ceux de la consolidation de la paix, de la police, de l’état de droit, de la réforme du secteur de la sécurité, a-t-elle dit.

Mme Frafjord Johnson a également indiqué que la mise en œuvre du Plan d’appui à la consolidation de la paix se poursuivait avec des résultats limités mais encourageants.  Elle a ainsi fait état de l’élaboration d’une feuille de route commune sur la prise en charge intégrée des Nations Unies pour les élections de 2015; de l’organisation réussie des conférences de paix dans différents États; du soutien continu au Bureau national des statistiques pour les préparatifs du recensement national; de l’assistance technique au processus de réconciliation nationale; ainsi que des progrès vers un nouveau pacte New Deal.

De même, des dividendes concrets de la paix sont observés dans plusieurs domaines avec l’aide des institutions spécialisées, fonds et programmes du système des Nations Unies.

En dépit de ces réalisations depuis l’indépendance, les progrès au Soudan du Sud ont été entravés dans plusieurs autres secteurs.  Bien que la plupart des régions du pays restent stables, la situation sécuritaire dans l’État du Jongleï, notamment dans sa partie sud-est, a dominé l’actualité depuis le mois de janvier. 

Les combats entre l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS) et le groupe armé affilié avec David Yau Yau, et les menaces des deux camps, ont entraîné le déplacement de milliers de civils.  Les centres de population dans le comté de Pibor, où entre 35 000 et 40 000 personnes vivaient, y compris Boma, Manyabol et Pibor, sont largement vidés de civils, tandis que les conditions de la communauté Murle continuant de vivre dans les zones rurales difficiles d’accès restent encore largement inconnues et suscitent une « profonde inquiétude ».

La violence dans le sud de l’État du Jongleï a également eu des conséquences tragiques pour la MINUSS, lorsque, le 9 avril dernier, un convoi militaire avait été pris dans une embuscade à environ 12 kilomètres de Gumuruk, causant la mort de cinq Casques bleus, de deux membres locaux du personnel civil et de cinq entrepreneurs privés.  L’identité des assaillants est inconnue, a-t-elle précisé, en rappelant que le Secrétaire général avait qualifié le meurtre de soldats de la paix de « crime de guerre ».

La détérioration de la situation sécuritaire dans certaines régions du Soudan du Sud a été accompagnée par des violations des droits de l’homme commises à la fois par des groupes armés et les institutions de sécurité nationale.  Des cas d’arrestations arbitraires, de détention, d’abus et de meurtres commis par les forces de sécurité, ainsi que l’incapacité des autorités à tenir responsables les auteurs de ces actes, sont une source de profonde préoccupation, a-t-elle déclaré.

Pour sa part, la MINUSS, afin de répondre à la crise dans l’État du Jongleï, a renforcé sa présence militaire à hauteur de neuf compagnies d’infanterie à la fin du mois de mars, qu’elle a répartie de manière équitable entre les régions habitées par les trois principales communautés de l’État (Bor Dinka, Lou Nuer et Murle). 

Au-delà de l’escalade de la violence dans le Jongleï, la violence intercommunautaire se poursuit dans la région des trois États (État des Lacs, État de l’Unité et Ouarab).  Selon Mme Frafjord Johnson, « il est plus que jamais évident que la fourniture d’une protection physique ne suffira pas à apporter la paix et la stabilité à long terme au Soudan du Sud et que le Gouvernement du Soudan du Sud doit établir des stratégies efficaces à long terme dans un cadre politique pour s’attaquer aux causes profondes de cette violence ».

La Représentante spéciale a par ailleurs mis l’accent sur le facteur déterminant que constitue l’évolution des relations entre le Soudan du Sud et le Soudan.  Alors que la visite du Président soudanais Omar al-Bashir à Juba le 12 avril dernier, la première qu’il effectue depuis l’indépendance du Soudan du Sud, fut prometteuse, les accusations de part et d’autre concernant l’appui militaire que chaque gouvernement apporterait aux groupes rebelles opposés à l’autre ont cependant conduit le Soudan à menacer de fermer son oléoduc, ce qui constitue un « nouveau revers ».

Il incombe donc aux deux parties, avec l’appui du Groupe de mise en œuvre de haut niveau de l’Union africaine, l’ONU et la communauté internationale dans son ensemble, de renforcer leur coopération en vue d’une coexistence pacifique, a-t-elle lancé.

Pour Mme Frafjord Johnson, la MINUSS voit à l’heure actuelle ses mouvements gravement entravés, ce qui a des répercussions désastreuses sur son efficacité, ainsi que sur sa capacité de protéger le personnel et les biens des organismes des Nations Unies.  Sa capacité militaire est limitée par l’insuffisance de ses moyens de réaction rapide et l’impossibilité de collecter rapidement des informations par reconnaissance aérienne.

Comme sa mobilité aérienne, terrestre et maritime est limitée, elle a du mal à répondre rapidement aux besoins en matière de protection et à accéder aux populations vulnérables.  Les capacités de reconnaissance aérienne de la MINUSS ne sont pas suffisantes et la situation est encore aggravée par les règles de sécurité drastiques, même si celles-ci sont indispensables.

Trois hélicoptères militaires de plus seraient nécessaires.  Les seuls appareils de transport lourd dont dispose la Mission pour transporter ses soldats et leur équipement sont un hélicoptère Mi-26 et l’appareil qu’elle partage avec la Force intérimaire de sécurité des Nations Unies pour Abyei (FISNUA).  Ses mouvements terrestres sont difficiles, en particulier dans l’État du Jongleï, où les combats font rage.

L’embuscade du 9 avril est venue rappeler les risques auxquels sont exposés ses convois.  Il est donc apparu essentiel de déployer des multiplicateurs de force pour permettre à la Mission de combler rapidement et efficacement ces lacunes afin de protéger à la fois la population civile et sa propre force.

La Représentante spéciale a prié instamment le Conseil de sécurité à prendre des mesures d’urgence pour aider la MINUSS à trouver les ressources nécessaires et à combler ses lacunes en matière de capacités.

Elle a également assuré que la MINUSS développait des options visant la reconfiguration géographique de sa composante militaire et de ses actifs de sorte qu’ils soient situés plus efficacement pour contrer les menaces émergentes, satisfaire les préoccupations de sécurité et les besoins de dissuasion militaire dans le pays.

L’accent sera mis sur les zones les plus instables et où les civils sont le plus exposés à des violences physiques, a ajouté la Représentante spéciale.

De son côté, le représentant du Soudan du Sud, M. Francis Mading Deng, a admis que ces deux dernières années avaient été très difficiles pour son jeune pays.  Les violences communautaires, a-t-il précisé, ont fortement limité les moyens du Gouvernement à améliorer sa capacité en matière de fourniture des services de base, de respect des droits de l’homme, de protection des civils et de consolidation de la paix.

Au nombre des défis auxquels fait face le Gouvernement sud-soudanais, le délégué a cité la rédaction de la nouvelle constitution, les préparatifs pour les élections de 2015 et le travail du Bureau national des statistiques pour le recensement pré-électoral. 

Il a dit prendre note des préoccupations profondes du Secrétaire général et de la communauté internationale en ce qui concerne la sécurité des personnes, les droits de l’homme, la protection et le respect de l’état de droit en général.  « Nous ne nions pas ces réalités.  Cependant, nous savons aussi que ces éléments font partie de l’héritage militarisé d’une longue guerre qui a dévasté notre société pendant plus d’un demi-siècle », a-t-il dit. 

« La violence intercommunautaire et le vol de bétail constituent un défi majeur pour les capacités limitées de notre État naissant », a insisté M. Deng, en soulignant que « le dialogue et la réconciliation sont les seuls moyens de promouvoir la paix, la sécurité et la stabilité » dans le pays. 

* S/2013/366

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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