Quatre responsables de l’ONU exhortent le Conseil de sécurité à user de leur influence pour mettre fin au carnage en Syrie

18 avril 2013
CS/10981

Quatre responsables de l’ONU exhortent le Conseil de sécurité à user de leur influence pour mettre fin au carnage en Syrie

18/4/2013
Conseil de sécurité
CS/10981
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité                                        

6949e séance – matin                                       


QUATRE RESPONSABLES DE L’ONU EXHORTENT LE CONSEIL DE SÉCURITÉ À USER

DE LEUR INFLUENCE POUR METTRE FIN AU CARNAGE EN SYRIE


Quatre responsables des Nations Unies ont présenté, ce matin devant le Conseil de sécurité, un tableau épouvantable de la situation humanitaire et de la violence en Syrie, en appelant les membres du Conseil de sécurité à user de leur influence pour mettre un terme à un « carnage » qui frappe en premier lieu les femmes et les enfants.


« Nous approchons d’un point de non-retour », a affirmé la Secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires et Coordonnatrice des secours d’urgence, Mme Valerie Amos, en qualifiant de « catastrophe humanitaire » la situation qui sévit actuellement en Syrie.


« Les membres de la communauté internationale, en particulier les membres du Conseil de sécurité, doivent se réunir de façon urgente pour soutenir le peuple syrien », a-t-elle lancé.  « Nous sommes en train de perdre l’espoir.  Nous ne pouvons pas faire notre travail correctement.  Nous attendons de vous que vous preniez les mesures nécessaires pour mettre un terme à ce conflit brutal. »


Les principales villes de la Syrie ont été détruites par le conflit, a notamment expliqué Mme Amos.  Deir Az Zor, Hama, Homs et Idlib ont été réduites à l’état de ruines.  Mais aucune description ne pourra rendre compte exactement des horreurs infligées chaque jour, a-t-elle témoigné, en faisant état de maisons brûlées avec des familles se trouvant encore à l’intérieur. 


« Je serais tenté de limiter mon intervention à 10 secondes », a confié pour sa part le Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), M. António Guterres, qui s’exprimait par visioconférence, depuis Genève.  Il a, en effet, fait remarquer que tout ce qu’il avait déjà dit devant le Conseil de sécurité, lors de sa précédente intervention en février dernier, continuait d’être non seulement d’actualité mais s’était même aggravé. 


« Si rien de conséquent ne se produit sur le plan politique, la situation se détériorera davantage au cours des mois à venir », a-t-il prévenu.


À ce jour, a-t-il dit, le nombre de réfugiés enregistrés ou sur le point de l’être s’élève à 1 349 356 personnes dans l’ensemble du Moyen-Orient et en Afrique du Nord. 


« Il n’y a aucune solution humanitaire à la question de la crise syrienne.  C’est pourquoi, il est dramatique qu’on ne voit aucun progrès en faveur d’une solution politique », a-t-il ajouté, en précisant que si rien ne changeait, le nombre de réfugiés syriens atteindrait 3,5 millions d’ici à la fin de l’année, et plus de 6,5 millions de personnes auraient besoin d’une aide humanitaire d’urgence à l’intérieur du pays. 


« Ces chiffres sont non seulement effrayants, mais risquent aussi de devenir intenables », a-t-il insisté.


La Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit, Mme Zainab Hawa Bangura, a, quant à elle, lancé un appel au nom des victimes des violences sexuelles en Syrie, qui, a-t-elle dit, « ont été violées, torturées et humiliées ».


Mme Bangura, qui a décrit des scènes insoutenables de violences sexuelles, a de nouveau demandé aux autorités syriennes que toutes les accusations de violence sexuelle fassent l’objet d’enquêtes et que leurs auteurs soient tenus pour responsables.


Le message qu’elle adresse aux auteurs de ces crimes, a-t-elle déclaré, est clair.  « La justice est peut-être retardée, mais elle ne sera pas déniée.  Nous vous poursuivrons par tous les moyens, nous vous retrouverons, et un jour nous vous traduirons en justice. »


« Au nom des survivants », elle a appelé les membres du Conseil de sécurité qui ont une influence sur les parties au conflit à démontrer leur engagement par des résultats en mettant fin au carnage et en protégeant le peuple syrien, en particulier les femmes et les enfants.


« Le conflit syrien est une catastrophe pour la population civile et les enfants en ont souffert le plus et de façon effroyable », a également soutenu la Représentante spéciale du Secrétaire général pour le sort des enfants en temps de conflit armé, Mme Leila Zerrougui.


Elle a affirmé que plus de trois millions d’enfants étaient touchés par le conflit à l’intérieur de la Syrie, parmi lesquels près de deux millions ont été déplacés.  À ces chiffres s’ajoutent plus de 600 000 enfants réfugiés dans la région.


Notant que la communauté internationale ne pourra jamais connaître, de manière exhaustive, la portée des violations commises à l’égard des enfants, la Représentante spéciale a toutefois expliqué que des milliers d’entre eux avaient été tués, blessés, mutilés dans le cadre de ce conflit. 


Mme Zerrougui a exhorté les membres du Conseil de sécurité à rester unis et à peser de tout leur poids pour s’assurer que les parties au conflit s’acquittent immédiatement de leurs engagements.  Elle a également invité le Conseil à œuvrer à la mise en place d’un mécanisme efficace qui tienne responsables les auteurs de violations contre les enfants afin de mettre fin à l’impunité.


À l’issue de ces quatre exposés, les représentants de la République arabe syrienne, du Liban et de la Turquie se sont exprimés.


LA SITUATION AU MOYEN-ORIENT


Exposés


Mme VALERIE AMOS, Secrétaire générale adjointe aux affaires humanitaires et Coordonnatrice des secours d’urgence, a affirmé que la situation en Syrie était une catastrophe humanitaire, avec des gens ordinaires qui paient le prix de l’échec à mettre fin au conflit.  Les parties au conflit s’enfoncent de plus en plus dans la rhétorique et la réalité de la guerre faisant fi totalement de l’impact de ce conflit sur la vie des gens, a-t-elle dit, en ajoutant que le Conseil de sécurité n’a pas été en mesure d’obtenir le consensus nécessaire pour appuyer un règlement politique de la crise.


La destruction des infrastructures essentielles, notamment des écoles et hôpitaux, la dévaluation de la monnaie, qui a perdu 80 à 90% de sa valeur, la montée des prix des denrées alimentaires, les pénuries de carburant et d’électricité et le manque d’eau ont un impact sur la majorité des Syriens, a souligné Mme Amos.


Les principales villes de la Syrie ont été détruites par le conflit, a-t-elle dit.  Deir Az Zor, Hama, Homs et Idlib ont été réduites à l’état de ruines.  Mais aucune description ne pourra rendre compte exactement des horreurs infligées chaque jour, a-t-elle témoigné, en faisant état de maisons brûlées avec des familles se trouvant encore à l’intérieur, de gens tués au cours des bombardements alors qu’ils faisaient la queue pour un morceau de pain.  


« C’est la réalité de la Syrie aujourd’hui », a-t-elle assuré, en précisant que les enfants sont ceux qui souffrent le plus.  Plus de trois millions de ces enfants ont déjà été touchés, dont deux millions déplacés.  Des enfants sont tués, torturés et victimes de violences sexuelles.  Nombre d’entre eux n’ont pas assez pour manger.  Des millions de personnes sont traumatisées par les horreurs dont elles sont les témoins.  Ce conflit brutal ne brise pas seulement le présent de la Syrie, il détruit aussi son avenir, a-t-elle observé.


La Secrétaire générale adjointe a indiqué qu’elle n’avait pas de réponse à donner aux Syriens qui lui demandent pourquoi le monde les a abandonnés.  Tandis que la situation humanitaire devient chaque jour plus catastrophique, les limitations sur le terrain nous ont amenés dangereusement vers une suspension de programmes humanitaires essentiels, a-t-elle expliqué.


« Nous approchons d’un point de non-retour », a-t-elle affirmé, en déclarant que les membres de la communauté internationale, en particulier les membres du Conseil de sécurité, doivent se réunir de façon urgente pour soutenir le peuple syrien.


Selon Mme Amos, le Conseil de sécurité doit, à titre prioritaire, trouver les moyens de réduire le niveau de violence et arrêter l’effusion de sang.  Les parties doivent être rappelées à leurs obligations de protéger les civils et se conformer au droit international humanitaire.  Les conséquences des violations de ces règles doivent être claires pour tous.  La protection des installations médicales, du personnel et des patients, en particulier, doit être garantie en permanence.  Les parties doivent démilitariser les hôpitaux et, dans la conduite des hostilités, pendre toutes les mesures de précaution pour éviter de toucher les installations médicales ou le personnel.


Le Conseil de sécurité, a poursuivi la Secrétaire générale adjointe, doit aussi demander aux parties d’assurer un accès sûr et sans entrave des organisations d’aide humanitaire à ceux qui sont dans le besoin dans toutes les régions de la Syrie.  Il est inacceptable que le personnel humanitaire continue d’être pris pour cible pendant qu’il vient au secours des gens.  Si des routes ne sont pas sûres, il est de la responsabilité des parties d’identifier des alternatives, y compris à travers les frontières internationales, a-t-elle dit.


« Mon appel à ce Conseil se fait au nom du peuple syrien, mais aussi au nom de tous ceux qui cherchent à les aider », a lancé Mme Amos.  « Nous sommes en train de perdre l’espoir.  Nous ne pouvons pas faire notre travail correctement.  Nous attendons de vous que vous preniez les mesures nécessaires pour mettre un terme à ce conflit brutal. »


« Je serais tenté de limiter mon intervention à 10 secondes », a souligné M. António Guterres, Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, qui s’exprimait par visioconférence, depuis Genève.  Il a, en effet, fait remarquer que tout ce qu’il avait déjà dit devant le Conseil de sécurité, lors de sa précédente intervention en février dernier, continue d’être non seulement d’actualité mais s’est même aggravé.  « Si rien de conséquent ne se produit sur le plan politique, la situation se détériorera davantage au cours des mois à venir », a-t-il prévenu.


« En décembre 2012, 3 000 personnes par jour fuyaient la Syrie.  En janvier dernier, ce nombre est passé à 5 000 personnes chaque jour.  Depuis le mois de février, 8 000 personnes franchissent quotidiennement les frontières syriennes.  Cela représente 400 000 nouveaux réfugiés rien que pour les sept dernières semaines, c’est-à-dire précisément depuis la date de mon dernier exposé devant le Conseil », a-t-il fait remarquer.


À ce jour, le nombre de réfugiés enregistrés ou sur le point de l’être s’élève à 1 349 356 personnes dans l’ensemble du Moyen-Orient et en Afrique du Nord.  « Si l’on tient compte des personnes déplacées à l’intérieur des frontières, un quart de la population syrienne a été contrainte de quitter son foyer », a-t-il dit.  Par ailleurs, ces chiffres disent peu sur les souffrances endurées par ces personnes, sur l’effondrement de l’État, ainsi que sur les destructions physiques du pays.


« Il n’y a aucune solution humanitaire à la question de la crise syrienne.  C’est pourquoi il est dramatique qu’on ne voit aucun progrès en faveur d’une solution politique », a-t-il ajouté.


Face à la « planification de l’impossible », M. Gutteres a expliqué que le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR), en collaboration avec 60 organisations partenaires, prépare une cinquième version du Plan de réponse régionale, en soulignant que les chiffres préliminaires pour la planification étaient terrifiants.


Si rien ne change, a averti le Haut-Commissaire, le nombre de réfugiés syriens atteindra 3,5 millions d’ici à la fin de l’année, et plus de 6,5 millions de personnes auront besoin d’une aide humanitaire d’urgence à l’intérieur du pays.  « Ces chiffres ne sont pas seulement effrayants, mais risquent aussi de devenir intenables », a-t-il insisté.


« Je sais qu’en tant que Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés, je devrais limiter mon intervention aux termes de mon mandat mais, en tant que citoyen du monde, je ne peux m’empêcher de me poser cette question: n’y a-t-il aucun moyen de mettre fin aux combats et d’ouvrir la voie à une solution politique? »


« Tandis que nous continuons d’attendre qu’un miracle se produise, nous avons le devoir de tout mettre en œuvre pour protéger, pour aider et pour respecter la sécurité de tous les Syriens qui ont cherché refuge à l’étranger, en particulier en Jordanie, au Liban, en Turquie et en Iraq », a-t-il exhorté.  M. Guterres a souligné que tous les acteurs humanitaires avaient besoin d’un appui qui est hors de proportion de tous les budgets humanitaires actuels des donateurs traditionnels.


Le Haut-Commissaire pour les réfugiés a ensuite mis en évidence « des risques réels de retombées » de la crise syrienne dans l’ensemble de la région.  « Ces risques pourraient déboucher, a-t-il mis en garde, sur une catastrophe totale qui pourrait complètement dépasser toute première étape pour une capacité d’intervention internationale. »


Il a ensuite exhorté la communauté internationale à fournir un appui massif aux deux pays les plus touchés par les retombées du conflit, à savoir la Jordanie et le Liban. 


M. Guterres a souligné qu’au Liban, la crise syrienne était devenue une menace existentielle.  La population a augmenté de 10% et la plupart de ces réfugiés se trouvent dans les régions les plus pauvres.  Si l’on tient compte des réfugiés qui ne sont pas enregistrés et des travailleurs syriens migrants, un quart de la population libanaise pourrait, à présent, être syrienne, a-t-il fait observer.  Il a salué la « sagesse politique des dirigeants libanais » qui ont, à ce jour, évité que le Liban ne soit entraîné dans le conflit syrien.  Mais il existe des menaces sérieuses à la frontière.  C’est dans ce contexte, a-t-il dit, que le Liban n’a plus reçu un appui international direct depuis de nombreux mois.  « Cela doit changer d’urgence », a-t-il insisté.


Par ailleurs, la Jordanie connaît également des pressions en raison du conflit syrien.  Le pays dépend entièrement des importations de pétrole et de carburant et doit faire face à un déficit qui a contraint le Gouvernement jordanien à prendre des mesures d’austérité draconiennes.  La Jordanie a également besoin d’un appui financier massif pour lui permettre de mettre en œuvre les mesures prises et de prévenir tout trouble social dans le pays.


« Aider les voisins de la Syrie à faire face aux retombées humaines est crucial.  La crise en Syrie n’est pas une crise des réfugiés comme il s’en passe ailleurs dans le monde.  La Jordanie, le Liban et la Turquie rendent un service extraordinaire à la communauté internationale.  Si l’on ne leur fournit pas un appui, cela reviendrait non seulement à abandonner un peuple et une région mais aussi à demeurer aveugle devant ces intérêts supérieurs », a-t-il dit avant de conclure son intervention.


Mme ZAINAB HAWA BANGURA, Représentante spéciale du Secrétaire général chargée de la question des violences sexuelles commises en période de conflit, a lancé un appel au nom des victimes des violences sexuelles en Syrie.  « Ces victimes, a-t-elle dit, ont été violées, torturées et humiliées.  Elles ont été déplacées ou vivent comme des réfugiées.  Elles n’ont pas de voix et ne figurent dans aucune statistique. »  Mais ceci, a-t-elle ajouté, « ne pourrait être que la partie émergée de l’iceberg ».


Les femmes et les filles déplacées par le conflit racontent que la violence sexuelle, dont le viol, est une des raisons principales qui les ont conduites à fuir leur maison et à quitter le pays. 


« Nous entendons parler de filles qui ont été violées devant leurs pères, de femmes devant leurs maris.  Nous savons que les forces gouvernementales et des combattants de l’opposition enlèvent des femmes et des enfants pour leur extorquer des informations, parfois en les utilisant comme monnaie d’échange pour la libération de prisonniers.  Le conflit devenant de plus en plus sectaire et les violations de plus en plus militarisées, la présence de combattants étrangers qui ont rejoint les groupes armés de l’opposition, parmi lesquels des éléments liés à des groupes islamistes, a accru la vulnérabilité des civils et le risque d’être la cible de viols par vengeance. »


Mme Bangura a cité l’exemple d’une fille de 14 ans, dont la mère avait des liens avec l’opposition, qui avait été enlevée dans la rue par quatre hommes, en précisant que deux d’entre eux portaient un uniforme militaire.  Elle a été retenue captive pendant quatre jours.  Pendant son interrogatoire, elle a été frappée avec un câble électrique, a reçu des injections, a subi des brûlures de cigarettes sur la poitrine.  Elle a été privée de nourriture et d’eau pendant de longues périodes de temps.  Puis, elle a été violée par quatre hommes.  Après avoir été relâchée, elle a été conduite hors du pays et, depuis, a tenté à trois reprises de se suicider.


La Représentante spéciale a également fait état du témoignage rapporté par la Fédération internationale des droits de l’homme d’un Syrien qui a assisté à l’enlèvement d’une jeune fille par des éléments de l’Armée libre syrienne.  Celle-ci a été violée et tuée.  Son corps a été jeté devant sa maison, acte qui avait été attribué à l’armée syrienne.


Mme Bangura a exhorté fermement la direction de l’Armée libre syrienne et d’autres groupes armés à cesser de telles violations du droit international humanitaire, à livrer des directives claires aux différents acteurs de la chaîne de commandement pour empêcher la violence sexuelle et à tenir pour responsables ceux qui ont commis, ordonné ou fermé les yeux sur de tels crimes. 


Elle a également exhorté le Président syrien Bachar Al-Assad dans les termes les plus vigoureux à faire en sorte que toute personne détenue par le Gouvernement syrien soit traitée humainement, en conformité avec les droits de l’homme et le droit international humanitaire.  Elle a réitéré l’appel lancé aux autorités syriennes pour que toutes les accusations de violence sexuelle fassent l’objet d’enquêtes et que leurs auteurs soient tenus pour responsables.


Le message qu’elle adresse aux auteurs de ces crimes, a-t-elle déclaré, est clair.  « La justice est peut-être retardée, mais elle ne sera pas déniée.  Nous vous poursuivrons par tous les moyens, nous vous retrouverons, et un jour nous vous traduirons en justice. »


« Nous avons vu, nous avons discuté, et maintenant, il est temps de prendre des mesures concrètes », a ajouté Mme Bangura, en soulignant que sa détermination à lutter contre la violence sexuelle dans ce conflit était renforcée.  Elle a précisé qu’elle se rendrait en Syrie aussi rapidement que possible. 


La Représentante spéciale a, une fois de plus au nom des survivants, appelé les membres du Conseil de sécurité qui ont une influence sur les parties au conflit à démontrer leur engagement par des résultats en mettant fin au carnage et en protégeant le peuple syrien, en particulier les femmes et les enfants.


« Le conflit syrien est une catastrophe pour la population civile et les enfants en ont souffert le plus et de façon effroyable », a souligné Mme LEILA ZERROUGUI, Représentante spéciale du Secrétaire général pour le sort des enfants en temps de conflit armé.


Plus de 3 millions d’enfants sont touchés par le conflit à l’intérieur de la Syrie, parmi lesquels près de 2 millions ont été déplacés.  À ces chiffres s’ajoutent plus de 600 000 enfants réfugiés dans la région, a-t-elle précisé.


Notant que la communauté internationale ne pourra jamais connaître, de manière exhaustive, la portée des violations commises à l’égard des enfants, la Représentante spéciale a toutefois expliqué que des milliers d’entre eux avaient été tués, blessés, mutilés dans le cadre de ce conflit. 


Certains enfants sont morts en essayant de se cacher, en tentant d’atteindre un hôpital ou de rejoindre un refuge.  Par ailleurs, des centaines d’enfants ont perdu une main, un bras, une jambe en raison de l’utilisation d’armes à sous-munitions.


Mme Zerrougui s’est dite très préoccupée par l’absence de soins qui pourraient être apportés à ces enfants.  Ceux-ci n’ont, en effet, pas accès à une aide médicale appropriée.  Plus de la moitié des installations médicales en Syrie ont été endommagées et environ 40% des hôpitaux ne sont plus opérationnels.  « De nombreux enfants ont passé plusieurs jours dans des hôpitaux de fortune ou ont fuit pour rejoindre des hôpitaux dans les pays voisins », a-t-elle rappelé.


S’agissant de l’éducation, la Représentante spéciale a indiqué que de nombreuses écoles étaient occupées par les parties belligérantes, avaient été endommagées ou complètement détruites.  En outre, de nombreux enseignants sont menacés ou obligés de fuir.  Environ 2 500 écoles ont subi des dommages ou ont été détruites et 2 000 autres sont utilisées comme abris pour les personnes déplacées.  Dans certaines zones, a-t-elle dit, les enfants ne vont plus à l’école depuis 18 mois.  « Les générations futures de la Syrie sont donc privées du droit d’apprendre dans un climat de paix. »


Mme Zerrougui a également souligné la vulnérabilité des enfants qui, a-t-elle fait remarquer, sont recrutés ou utilisés par toutes les parties au conflit.  Parfois, des enfants âgés d’à peine 10 ans sont utilisés comme combattants ou comme messagers, s’est-elle indignée, en précisant que son Bureau avait reçu des informations selon lesquelles des enfants étaient utilisés comme boucliers humains par les forces gouvernementales.


« L’utilisation disproportionnée de la force, le déroulement des combats dans des zones peuplées essentiellement de civils et l’utilisation d’armes qui frappent sans distinction, tout cela a une incidence sur l’ensemble du tissu social, y compris sur ceux qui s’occupent des enfants ou les soignent », a insisté la Représentante spéciale. 


Mme Zerrougui a exhorté les membres du Conseil de sécurité à rester unis et à peser de tout leur poids pour s’assurer que les parties au conflit s’acquittent immédiatement de leurs engagements.  Elle a également invité le Conseil à œuvrer à la mise en place d’un mécanisme efficace qui tienne responsables les auteurs de violations contre les enfants afin de mettre fin à l’impunité.


Déclarations


M. BASHAR JA’AFARI (République arabe syrienne) a rappelé que son pays célébrait en ce moment le soixante-cinquième anniversaire de l’indépendance arrachée aux colons français.  « Bien qu’il y ait des différences dans la façon dont les Syriens aiment leur patrie, ils sont en revanche déterminés, autant qu’ils sont, à demeurer unis face à toute tentative visant à saper la dignité de la Syrie, son indépendance politique et les principes nationaux bien établis », a-t-il déclaré.


Le délégué syrien a affirmé que la crise dans son pays avait révélé de sérieuses failles dans le système de relations internationales, ainsi que dans les mécanismes d’application des principes du droit international et des dispositions de la Charte des Nations Unies.  « Tous les défis et risques auxquels la Syrie est confrontée sont traités dans des termes inédits de la pratique des « deux poids, deux mesures » et d’une hypocrisie politique scandaleuse, qui ne laissent place au doute quant à la sélectivité dont font preuve ces mécanismes d’une soi-disant action internationale », a-t-il dit.


Pour le représentant de la Syrie, le terrorisme aveugle qui frappe son pays « trouve des soutiens zélés ici, parmi ceux qui œuvrent à le légaliser à la fois dans les médias, politiquement et diplomatiquement, et à le reconnaître en tant que mouvement dans le pays, tandis qu’ils revendiquent la lutte contre le terrorisme au Mali et au Sahel ».


Aucun gouvernement occidental ne doit avoir d’excuse pour justifier son ignorance du passage de terroristes parmi ses citoyens à travers les frontières internationales pour se rendre en Syrie et participer à l’effusion de sang syrien, a-t-il ajouté.


Concernant les violences sexuelles commises en Syrie, le représentant syrien a affirmé que des groupes terroristes armés, important des pays des pétromonarchies du Golfe une idéologie wahhabite, salafiste et takfiriste, avaient pénétré dans des pays voisins, soutenus par des « Arabes de l’ère de l’ignorance », par la complicité de l’Occident et le partenariat israélien, et œuvrant « délibérément et systématiquement à saboter la sécurité des Syriens, y compris des femmes et des enfants ».


Il a assuré également que la République arabe syrienne était liée par ses obligations, en vertu de la Convention relative aux droits de l’enfant et de son Protocole facultatif concernant l’implication d’enfants dans les conflits armés.


Il a indiqué que son gouvernement insistait sur la mise en œuvre d’une solution politique, approuvée par les résolutions 2042 (2012) et 2043 (2012) du Conseil de sécurité et par le Communiqué de Genève, grâce à un dialogue national inclusif conduit par les Syriens dans lequel tous les Syriens sont représentés.


M. NAWAF SALAM (Liban) a souligné que les chiffres douloureux, mentionnés ce matin, témoignaient de l’ampleur de la catastrophe humanitaire et de l’incapacité de la communauté internationale à mettre fin aux massacres et aux violations des droits de l’homme ciblant les civils en Syrie.  « Aujourd’hui, le peuple syrien continue soit de vivre sous des toits secoués par des bombardements en Syrie, soit a été contraint de vivre déplacé dans les pays voisins », a-t-il constaté.


M. Salam a souligné que le Liban n’avait cessé de répéter son soutien au respect de l’intégrité territoriale et de la souveraineté de la Syrie et ne s’était jamais dissocié du droit international.  « Nous n’avons pas oublié que le peuple syrien avait accueilli des centaines de réfugiés libanais, en juillet 2006, à la suite de l’agression barbare israélienne », a-t-il dit.


Le représentant est revenu sur l’ampleur de certains chiffres.  Le Liban accueille, aujourd’hui, 416 000 refugiés syriens et cela ne tient pas compte des dizaines de milliers de réfugiés qui n’ont pas demandé à être enregistrés auprès du Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés, a-t-il précisé.  M. Salam a aussi mis l’accent sur les besoins sérieux de ces refugiés, en particulier ceux des jeunes et des enfants qui présentent des problèmes médicaux graves.


Le Liban a continuellement averti contre les conséquences de la poursuite de cette crise, non seulement sur la Syrie mais aussi sur les pays voisins, a tenu à rappeler son représentant.  Dans son pays, ces réfugiés ont un impact sur la situation économique déjà délétère, notamment en raison de l’inflation des prix des denrées alimentaires et de la hausse des loyers.  En outre, les ressources énergétiques deviennent plus limitées.


Dans ce contexte de croissance continue du nombre de réfugiés, il a prévenu que le Liban ne pourra pas offrir les soins nécessaires à la population réfugiée, qu’il s’agisse de Syriens, de Palestiniens ou même de Libanais qui reviennent de Syrie.  « Le personnel est prêt mais les fonds font défaut », a-t-il dit, en engageant la communauté internationale à fournir une assistance à tous les réfugiés en provenance de la Syrie. 


Pour faire face à la situation humanitaire qui s’aggrave de jour en jour en Syrie, la communauté internationale a la responsabilité morale de soutenir le peuple syrien dans sa lutte et doit le faire de manière urgente, a déclaré M. YASAR HALIT CEVIK (Turquie).  Il a rejoint l’appel lancé par les dirigeants des organismes humanitaires, en soulignant que c’était un véritable signal d’alarme.


Le représentant a ensuite mis l’accent sur la nécessité de revoir les stratégies visant à faire face à la crise et à réfléchir, en sortant des sentiers battus, afin de prévenir une catastrophe dans la région.  Il s’est dit convaincu qu’une solution politique qui préserverait l’intégrité territoriale et la souveraineté de la Syrie demeurait la meilleure façon d’envisager une issue.


En attendant cette solution, le représentant de la Turquie a estimé qu’il fallait être réaliste dans la manière d’aborder les conséquences de la crise.  À cet égard, il a souligné que son pays faisait des efforts énormes, en accueillant environ 190 000 réfugiés syriens enregistrés, ainsi que les 100 000 autres qui ne sont pas inscrits.  « Nous faisons de notre mieux pour satisfaire les besoins de ces personnes », a-t-il reconnu, en notant qu’au cours des jours de combats intenses, près de 14 000 personnes franchissent la frontière syro-turque. 


« Une politique irresponsable ne donnera lieu qu’à de nouveaux afflux de refugiés et les pays voisins ne peuvent pas relever les défis à eux seuls », a prévenu M. Cevik.  C’est pourquoi, il a appelé la communauté internationale à apporter son appui financier, même si celui-ci, a-t-il dit, ne suffit pas à faire face à la situation.  « Il faut traiter le problème de façon coordonnée et trouver des solutions pour aider les personnes qui souhaitent quitter le pays pour fuir les hostilités.  Le moment est venu pour que ces préoccupations légitimes soient prises en compte par la communauté internationale et, en particulier par l’ONU, car, a-t-il fait remarquer, il y a un risque que la crise actuelle ne s’étende davantage et qu’il ne sera plus possible de la contenir.


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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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