Le Conseil de sécurité examine la situation au Libéria, qui entre dans une phase de transition avec le retrait progressif de la Mission de l’ONU

25 mars 2013
CS/10958

Le Conseil de sécurité examine la situation au Libéria, qui entre dans une phase de transition avec le retrait progressif de la Mission de l’ONU

25/3/2013
Conseil de sécurité
CS/10958
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Conseil de sécurité

6941e séance – après-midi

LE CONSEIL DE SÉCURITÉ EXAMINE LA SITUATION AU LIBÉRIA, QUI ENTRE DANS UNE PHASE

DE TRANSITION AVEC LE RETRAIT PROGRESSIF DE LA MISSION DE L’ONU

En saluant les progrès du Libéria, La Représentante spéciale de Ban Ki-moon

prévient que la paix dépendra du bon partage des fruits des progrès accomplis par le pays

Le Conseil de sécurité a entendu cet après-midi un exposé sur la situation au Libéria, qui « a su démontrer au monde son engagement en faveur d’une paix durable » selon les termes de Mme Karin Landgren, la Représentante spéciale du Secrétaire général et Coordonnatrice des opérations des Nations Unies au Libéria.  Mme Landgren a fait siennes les paroles prononcées par le Ministre des affaires étrangères du Libéria, M. Augustine Ngafuan, qui a estimé, il y a deux mois, en marge d’un séminaire organisé sur le thème de la période post-Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD), qui débutera après l’année 2015, que le Libéria était passé d’un « État-paria à celui de partenaire » et d’un statut de « pays à problèmes à celui de pays à solutions ».

Tout en se félicitant du chemin parcouru par le Libéria depuis la signature de l’Accord de paix d’Accra en août 2003, Mme Landgren a prévenu qu’une paix durable ne sera pas possible sans un accès équitable de tous les Libériens aux fruits des progrès accomplis par le pays.  « Il est plus important que jamais, alors que la Mission des Nations Unies au Libéria réduit sa présence, de surmonter les profonds clivages du passé et de construire un avenir où tout le monde a les mêmes chances politiques, économiques et sociales », a-t-elle insisté.  

Dans ce contexte, elle a particulièrement salué le lancement en décembre 2012 de l’initiative « Vision 2030 » du Gouvernement libérien, qui trace la voie à suivre pour parvenir à la cohésion sociale et au développement économique et social au cours des 20 prochaines années.

Mme Landgren a également salué la réforme en cours de la Constitution libérienne, qui doit être soumise à un référendum en 2015, alors que la Commission foncière est parvenue à rédiger un projet de droits fonciers qui devrait permettre au Libéria de faire face à une des principales sources d’instabilité et de conflit.  Elle s’est félicitée du lancement, le 12 janvier 2013 à Gbarnga, dans le Comté de Bong, du Premier Pôle pour la justice et la sécurité visant à faciliter aux Libériens l’accès aux instances judiciaires et aux organes de sécurité, en précisant que le développement des Deuxième et Troisième Pôles, prévu dans les Comtés de Grand Gedeh et de Maryland, tiendra compte de l’évolution qu’aura permis, au bout de six mois, et dans sa zone d’impact, le Premier Pôle dans les domaines concernés.

Alors que le rapport soumis par le Secrétaire général au Conseil de sécurité met l’accent sur le problème de l’impunité, Mme Landgren s’est félicitée de quelques progrès accomplis en matière de redevabilité, en précisant que la Cour suprême est revenue sur cinq décisions prises par une commission d’enquête judiciaire et a suspendu deux juges pour corruption.  Alors que le prix Nobel Leymah Gbowee a démissionné de la présidence de l’Initiative de réconciliation nationale en octobre, faisant part de sa déception face à la corruption et au népotisme qui règnent de manière généralisée au Libéria, la Commission de lutte contre la corruption a conclu l’examen du premier cas dont elle a été saisie, en traduisant en justice, pour détournement de fonds, l’Inspecteur général de la Police nationale et quatre autres personnes.  

Dans son intervention, le Président de la Configuration Libéria de la Commission de consolidation de la paix (CCP), M. Staffan Tillander, de la Suède, a rappelé que la Commission s’était rendue le mois dernier au Libéria et en Sierra Leone.  Faisaient partie de cette mission des représentants de l’Australie, du Bangladesh, du Canada, de l’Égypte, du Japon, du Koweït, de la Norvège, de la Suède et du Royaume-Uni.

Cette visite, a dit M. Tillander, a permis de consulter le Gouvernement libérien sur les moyens par lesquels on pourrait accélérer les progrès concernant la réforme du secteur de la sécurité, de l’état de droit, et du processus de réconciliation nationale, conformément à la résolution 2066 (2012) du Conseil de sécurité.

M. Tillander a insisté que le concept de « Pôle sécurité et justice » doit être mis en œuvre dans le cadre d’une approche holistique, coordonnée et équilibrée de la justice et de la sécurité, y compris en ce qui concerne l’ensemble de la chaîne des institutions et des normes qui font l’état de droit.  En matière de réconciliation nationale, autre priorité essentielle de la consolidation de la paix dans le pays, le rôle et le mandat des différents acteurs et institutions impliqués dans la mise en œuvre de la Feuille de route doivent être clarifiés, a-t-il préconisé.

Les fonds gouvernementaux alloués devraient être rendus disponibles en temps opportun, a recommandé M. Tillander, notant que le financement des mécanismes basés sur la Feuille de route permettrait aux partenaires internationaux d’appuyer une mise en œuvre coordonnée des programmes en cours.  L’échange d’expériences avec d’autres pays qui ont connu une situation similaire pourrait également être utile au processus de réconciliation au Libéria, a-t-il ajouté.

Conformément à la résolution 2066 (2012) du Conseil de sécurité, la Force de la MINUL est entrée dans la deuxième phase de son processus de retrait et les Casques bleus ont quitté deux des 15 Comtés libériens et en quitteront deux autres au mois d’avril.  À la date du 18 février 2013, 1 130 soldats onusiens avaient été rapatriés du Libéria, portant l’effectif militaire de la MINUL à 6 822 soldats, dont 183 femmes.  Au 1er février, l’effectif civil de la Mission était de 1 664 personnes (pour un maximum autorisé de 1 817 personnes), dont 24% de femmes.  En octobre 2012, la MINUL a transféré pour la première fois une de ses installations aux autorités libériennes.  Ce transfert a eu lieu à Robertsport, dans le Comté de Grand Cape Mount, et un deuxième a eu lieu en janvier à Foya, localité située aux frontières avec la Guinée et la Sierra Leone.  Mme Landgreen a indiqué que la MINUL et le Gouvernement libérien se réuniront prochainement afin d’estimer les coûts de cette transition d’ici à mi-2015.  

Pour l’examen de la situation au Libéria, les délégations étaient saisies du rapport périodique du Secrétaire général sur la MINUL (S/2013/124).  Outre les situations politique, sécuritaire, humanitaire, économique et des droits de l’homme, le rapport aborde aussi les questions régionales et la contribution de la MINUL.  « Améliorer le système de justice pénale, lutter contre l’impunité dont jouissent les auteurs des crimes et renforcer l’accès à la justice et aux services de sécurité pour tous les Libériens restent particulièrement importants pour la consolidation de la paix », souligne le Secrétaire général dans ses observations.  Il précise que la croissance du produit intérieur brut (PNB) libérien en valeur réelle devrait atteindre 9,3% en 2012, contre 8,7% en 2011, ceci grâce aux exportations de caoutchouc, de bois et de minerai de fer, à la multiplication des concessions et à l’expansion du secteur de la construction.

LA SITUATION AU LIBÉRIA

Vingt-cinquième rapport périodique du Secrétaire général sur la Mission des Nations Unies au Libéria (S/2013/124)

Dans les observations qu’il fait à la fin de ce rapport, le Secrétaire général se félicite que le Libéria continue de faire de grands pas pour consolider la paix et la stabilité en saluant la volonté qu’a le Gouvernement d’aplanir les querelles qui divisent toujours les Libériens.  Le Secrétaire général salue particulièrement le lancement de l’initiative « Vision 2030 » du Gouvernement libérien, qui trace la voie à suivre pour parvenir à la cohésion sociale et au développement économique et social au cours des 20 prochaines années.  Il précise que la Présidente du Libéria, Mme Ellen Johnson-Sirleaf, a organisé une conférence nationale pour lancer cette initiative traitant, entre autres, de questions liées à la régularité du système politique, à la sécurité, à l’état de droit et à la réconciliation nationale et visant à permettre au Libéria de réaliser ses ambitions économiques et sociales. 

Ban Ki-moon note que les réformes constitutionnelles se sont accélérées grâce à la création en août du Comité de réforme constitutionnelle chargé de conduire un processus consultatif à l’échelle nationale en vue de réviser la Constitution du Libéria.  La réforme du système électoral a progressé, et le Gouvernement a ouvert des consultations à Monrovia avec la société civile, les partis politiques et les législateurs, au sujet de la Feuille de route pour la réconciliation nationale.  

Ban Ki-moon juge indispensable que le Libéria, avec le concours de ses partenaires, continue à s’attaquer aux questions qui mettront le pays sur la voie du progrès à long terme.  Pour être pérennes, les réformes doivent refléter la volonté du peuple et être menées avec la participation active des Libériens.  Pour qu’il y ait stabilité à long terme, il faudra en outre que le secteur libérien de la sécurité puisse être autonome et ait la confiance des citoyens.  Le professionnalisme du secteur de la sécurité devra être assuré par la mise en place de mécanismes effectifs de contrôle et de sanctions, l’adhésion aux principes démocratiques, et le respect des droits de l’homme.

M. Ban note que les consultations prévues avec le grand public n’ont pas pu avoir lieu faute de moyens financiers, et qu’en octobre 2012, le prix Nobel Leymah Gbowee a démissionné de la présidence de l’Initiative de réconciliation nationale, faisant part de sa déception face à la corruption et au népotisme généralisés.  En décembre 2012, la Présidente du Libéria, Mme Johnson-Sirleaf, a nommé M. George Weah, ancien candidat à la présidence et à la vice-présidence en 2005 et 2011 sous les couleurs du parti « Congrès pour le changement démocratique » (CDC), Ambassadeur pour la paix et l’a chargé de superviser les efforts de réconciliation nationale.

Le 17 janvier, le Sénat a reçu un courrier de l’ancien Président Charles Taylor demandant que le Gouvernement lui accorde les avantages financiers et matériels ainsi que la protection diplomatique dont bénéficient habituellement les anciens chefs d’État.  Cette requête est actuellement à l’étude.  Le 22 janvier, se sont ouvertes les plaidoiries dans la procédure d’appel intentée par M. Taylor devant le Tribunal spécial pour la Sierra Leone pour contester sa condamnation à une peine de réclusion de 50 ans pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis en Sierra Leone.

Les Gouvernements du Libéria et de la Côte d’Ivoire ont continué à renforcer leur coopération pour maintenir la sécurité des frontières.  Lors d’une réunion à Abidjan, en octobre 2012, la Présidente Johnson Sirleaf et le Président Alassane Ouattara ont convenu de mener des opérations conjointes et de réactiver la Commission de coopération ivoiro-libérienne de 1972, pour traiter de questions économiques, politiques, judiciaires, sociales et culturelles.  Entre le 23 décembre 2012 et le 3 janvier 2013, les Forces armées du Libéria et de Côte d’Ivoire ont effectué des patrouilles conjointes sur le fleuve Cavally.

Par ailleurs, l’opération « Restore Hope » à laquelle participent le Groupe d’intervention d’urgence de la Police nationale libérienne, le Bureau de l’immigration et de la naturalisation, et les Forces armées du Libéria, a été reconduite pour au moins 90 jours.  Lancée par le Gouvernement en juin 2012, cette opération en est à sa troisième reconduction et a permis d’atténuer les problèmes de sécurité, d’arrêter 30 individus armés et de saisir sept caches d’armes.

L’économie libérienne a continué à croître à un rythme soutenu grâce à la hausse des exportations de produits de base et à l’augmentation de l’investissement direct étranger.  La croissance du produit intérieur brut en valeur réelle devrait atteindre 9,3% en 2012, contre 8,7% en 2011, grâce aux exportations de caoutchouc, de bois et de minerai de fer, à la multiplication des concessions et à l’expansion du secteur de la construction.

Au 1er février, la Police nationale comptait 4 417 personnes, dont 767 femmes.  L’académie de police a compté 245 diplômés en 2012, dont 48 femmes. La formation de 303 recrues supplémentaires a été retardée jusqu’à la mi-février, faute de financement.  Pendant la période à l’examen, 13 projets visant à appuyer la mise en œuvre du plan stratégique de la police nationale ont été menés à bien et ont axé leurs activités sur l’amélioration de l’efficacité opérationnelle, les capacités d’enquête et de formation, et la responsabilité administrative.

Les Forces armées du Libéria –qui fourniront une section de soldats libériens à la Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine (MISMA)- ont continué de participer à l’initiative commune concernant la sécurité des frontières dites « Operation Restore Hope », le long de la frontière du Libéria avec la Côte d’Ivoire.

Un certain nombre d’initiatives visant à améliorer l’accès des Libériens à la justice continuent de progresser.  Le Pôle pilote pour la justice et la sécurité à Gbarnga, appuyé par le Fonds pour la consolidation de la paix, est sur le point de devenir opérationnel et apportera à la région des services de probation et les services d’un groupe d’enquête sur les crimes liés à la violence sexuelle et sexiste.  Face au problème que pose l’impunité persistante des crimes et des violations des droits de l’homme, Ban Ki-moon se réjouit que les récentes flambées de violences collectives aient débouché sur des arrestations.  Il rappelle qu’il est important, pour la consolidation de la paix, d’améliorer le système de justice pénale, de lutter contre l’impunité, et de renforcer l’accès à la justice et aux services de sécurité pour tous les Libériens. 

Conformément à la résolution 2066 (2012) du Conseil de sécurité, la Force de la MINUL est entrée dans la phase suivante de son retrait.  Au 18 février, 1 130 soldats avaient été rapatriés du Libéria, portant l’effectif militaire de la MINUL à 6 822 soldats, dont 183 femmes.  Au 1er février, l’effectif civil de la Mission était de 1 664 personnes (pour un maximum autorisé de 1 817 personnes), dont 24% de femmes, indique le Secrétaire général.

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