Le Comité des opérations de maintien de la paix discute des conditions essentielles à l’efficacité des mandats et achève son débat général

20 février 2013
AG/PKO/213

Le Comité des opérations de maintien de la paix discute des conditions essentielles à l’efficacité des mandats et achève son débat général

20/02/2013
Assemblée générale
AG/PKO/213
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Comité spécial des opérations

de maintien de la paix

Session de fond de 2013                                    

229e & 230e séances – matin & après-midi

LE COMITÉ DES OPÉRATIONS DE MAINTIEN DE LA PAIX DISCUTE DES CONDITIONS ESSENTIELLES

À L’EFFICACITÉ DES MANDATS ET ACHÈVE SON DÉBAT GÉNÉRAL

Prévoir des mandats réalistes et adaptés à chaque situation pour les opérations de maintien de la paix (OMP) et accorder à celles-ci les ressources adéquates sont les conditions essentielles au déploiement de missions de l’ONU sur le terrain, ont rappelé aujourd’hui les 35 délégations qui ont participé à la deuxième journée du débat général de la session de fond du Comité spécial des opérations de maintien de la paix - ou « Comité des 34 ».  Si des avis nuancés et parfois réservés ont été exprimés sur des questions telles que la protection de civils et l’utilisation de nouvelles technologies -comme les drones de surveillance aérienne- sur le terrain, les intervenants se sont tous inquiétés du manque de ressources humaines et financières dont pâtissent les opérations de maintien de la paix et de l’insuffisance de la sécurité dont a besoin le personnel déployé.

Au vu de la complexité croissante des conflits et de la variété des tâches que doit accomplir le personnel de maintien de la paix de l’ONU, plusieurs membres du Comité des 34 ont demandé que soient prévus des mandats complets pour les OMP, mandats qui devraient intégrer toutes les dimensions du maintien de la paix.  La représentante de la Bosnie-Herzégovine, et celle du Liban, se sont dites favorables à l’intégration précoce de programmes et de tâches de consolidation de la paix dans les mandats des OMP, au motif que cela peut faciliter le processus de transition entre un statut de mission de maintien de la paix et une autre forme de présence de l’ONU sur le terrain.  Les OMP sont désormais appelées à soutenir l’organisation d’élections ou le renforcement des institutions nationales dans les pays sortant de conflit, a pour sa part observé la délégation du Bangladesh en relevant la complexité des mandats octroyés à ces opérations.

Les tâches multidimensionnelles qui doivent être accomplies dans le cadre du maintien de la paix requièrent aussi une plus grande spécialisation des personnels employés, ont aussi estimé certaines délégations qui ont appelé à renforcer les capacités civiles sur le terrain.  De l’avis de la délégation d’Haïti, pays hôte de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), l’expérience montre l’utilité que revêt l’implication des Casques bleus dans les activités économiques, sociales et environnementales du pays hôte, et ce, malgré la présence d’autres agences de l’ONU sur le terrain.  De son côté, le représentant de l’Indonésie a estimé que les experts civils sont plus à même d’accomplir des tâches très spécialisées visant le développement à long terme d’un pays sortant de conflit.  Celui du Japon a suggéré de disposer d’une variété d’expertises civiles dans les domaines de la sécurité, de la sûreté, de la justice, du fonctionnement de l’administration et de la revitalisation de l’économie.  L’importance des compétences linguistiques des personnels des OMP a aussi été soulignée, notamment par la délégation de la Jordanie, qui a noté le manque de personnel arabophone sur le terrain.

Le débat sur les ressources humaines a soulevé le problème de la sécurité du personnel sur le terrain à laquelle les délégations se sont montrées très attachées.  Les pays contributeurs de troupes, comme le Pakistan, le Bangladesh, l’Inde, la Jordanie, l’Équateur et l’Uruguay ont exprimé l’inquiétude qu’ils éprouvent à ce sujet.  Ils ont aussi rappelé qu’ils voulaient être consultés à toutes les étapes du processus de prise de décisions concernant le déploiement et le déroulement des OMP.  Ils ont regretté les retards constatés dans le remboursement des coûts qu’ils supportent, se disant impatients d’examiner les recommandations à venir du Groupe consultatif de haut niveau chargé de cette question.

En ce qui concerne les moyens matériels dont disposent les missions, la pénurie d’hélicoptères et d’autres moyens aériens a été évoquée.  À cet égard, le représentant de l’Indonésie a annoncé l’intention de son pays de déployer trois hélicoptères utilitaires et 120 Casques bleus à l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD).

Comme hier, les membres du Comité ont discuté du recours à de nouvelles technologies pour aider les missions à accomplir leur mandat.  Le représentant de Cuba a souhaité que le C-34 examine toutes les incidences qu’aura l’utilisation de systèmes aériens de surveillance sans pilote (drones), en gardant à l’esprit la nécessité de recueillir le consentement préalable des pays concernés.  Son homologue du Pakistan a aussi appelé à la prudence dans ce domaine.  De son côté, le représentant de la République de Corée a soutenu sans réserve l’utilisation de ces systèmes.

Tout au long du débat, les intervenants ont rappelé que les OMP doivent répondre aux trois conditions suivantes: le consentement des parties, l’impartialité et le non-recours à la force sauf en cas de légitime défense.  Le représentant de la Fédération de Russie a insisté sur l’obtention de l’accord du pays hôte comme point de départ de tout déploiement d’OMP.  Il a aussi appelé à la plus grande prudence lorsque l’on examine la possibilité d’autoriser les Casques bleus à faire usage de la force, avertissant que cela risquait de saper la viabilité des opérations.  Nombreuses sont les délégations qui ont aussi rappelé l’obligation de respect des principes inscrits dans la Charte de l’ONU, tels que la souveraineté nationale, l’intégrité territoriale et la non-ingérence dans les affaires intérieures des États, auxquels les OMP sont soumises.  À cet égard, le représentant de Cuba a demandé de ne pas utiliser la protection des civils comme prétexte pour justifier une opération militaire ayant pour but un changement de régime dans un pays.  La protection des civils relève avant tout de la responsabilité du pays hôte, ont rappelé les représentants de la République arabe syrienne et de la Chine.  Pourtant, de l’avis de la République de Corée, la protection des populations civiles devait être le premier objectif assigné aux OMP.

Le Comité spécial des opérations de maintien de la paix a ainsi achevé son débat général.  Sa prochaine séance publique aura lieu le vendredi 15 mars.

Débat général (A/67/312-S/2012/645, A/67/632, A/67/632/Add.1 et A/67/633)

M. VITALY CHURKIN (Fédération de Russie) a relevé que les opérations de maintien de la paix (OMP) de l’ONU étaient confrontées à des défis graves, car elles évoluent dans des environnements de plus en plus complexes et pleins de risques.  Il a rappelé que le point de départ de tout déploiement d’OMP restait l’obtention de l’accord du pays hôte.  Il a souhaité que l’on examine avec la plus grande prudence la possibilité de voir les Casques bleus être autorisés à faire usage de la force.  Il a estimé que le recours à la force risquait de saper la viabilité des OMP, les processus politiques en cours, ainsi que la sécurité des Casques bleus eux-mêmes.  Rappelant que chaque situation de maintien de la paix était unique, le Représentant permanent de la Fédération de Russie a jugé qu’examiner les mandats des OMP uniquement sous l’angle de la protection des civils n’avait aucun sens.  Il faut assurer le respect de l’état de droit, a-t-il dit en ajoutant que les Casques bleus étaient les premiers à apporter une stabilité indispensable au développement économique des pays qui accueillent des missions de maintien de la paix.  M. Churkin a souligné la nécessité de bien examiner les stratégies de sortie.  Il faut éviter que le personnel international s’ingère dans la politique et dans les affaires intérieures du pays hôte, a-t-il insisté.  Il a estimé que toutes les décisions doivent être prises par les organismes spécialisées de l’ONU sur la base d’une réflexion rigoureuse menée par des experts.  L’incident qui s’est récemment produit et dans lequel était impliqué un hélicoptère russe au Soudan du Sud montre que les Casques bleus courent non seulement le risque de se retrouver sous le feu de forces négatives, mais aussi d’être les victimes des insuffisances de capacités dont souffrent les pays hôtes des missions.  

Mme CAROLINE ZIADE (Liban) a souligné la nécessité d’adopter une approche multidimensionnelle pour le maintien de la paix et de concevoir à cet égard des mandats plus complets à l’intention des missions.  Il faut accorder beaucoup d’attention à l’élaboration des mandats et allouer aux missions de maintien de la paix les ressources nécessaires à l’accomplissement des objectifs qui leur sont assignés, a-t-elle ajouté.  Le Liban estime que la réussite des opérations de maintien de la paix dépend aussi d’une bonne coordination entre les parties concernées, a indiqué la représentante.  Elle a également souligné l’importance d’un partenariat étroit entre l’ONU et les organisations régionales et sous-régionales.  Malgré la rhétorique qui prévaut, et selon laquelle « il faut faire plus avec moins », l’investissement dans la paix reste essentiel, a-t-elle fait remarquer, invitant l’ONU à faire une utilisation optimale des ressources existantes.  Elle a salué à cet égard les mesures prises par le Département d’appui aux missions (DAM).  La représentante a aussi dit que son pays appréciait l’insertion de tâches de consolidation de la paix dans les mandats des OMP.

Mme Ziade s’est félicitée des initiatives visant à renforcer les capacités civiles des missions.  Elle a estimé que les autorités militaires et civiles devraient harmoniser leur présence et leurs actions sur le terrain pour mieux réagir aux attentes des populations locales.  En ce qui concerne la protection des civils, qui est devenue une partie intégrante des mandats des missions, elle s’est félicitée de l’implication de toutes les parties prenantes dans l’accomplissement de cette tâche.  La perspective sexospécifique doit aussi être intégrée dans toutes les OMP, a-t-elle ajouté, disant attendre avec intérêt la finalisation des modules de formation dans ce domaine.  La représentante a ensuite parlé de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL), qui est une des plus anciennes missions de maintien de la paix de l’ONU, et qui donne un bon exemple de la collaboration entre une OMP et les autorités nationales d’un pays hôte.  Elle a remercié les pays contributeurs de troupes à la FINUL.  En ce qui concerne les armes à sous-munitions, elle a espéré que la stratégie de déminage du Service antimines serait lancée cette année.  Enfin, elle a dénoncé les attaques orchestrées en 2006 par Israël contre la localité de Cana.

M. SUÁREZ BORGES (Cuba) a déclaré que la conduite des opérations de maintien de la paix, de plus en plus multidimensionnelles, constituait un défi de plus en plus grand à relever parce que les mandats sont de plus en plus larges et complexes afin de pouvoir répondre à des situations de terrain toutes plus différentes et compliquées les unes que les autres.  Il a préconisé qu’une analyse soit systématiquement menée sur chaque situation afin d’améliorer le niveau d’efficacité des OMP et de renforcer la crédibilité de l’ONU sur le terrain.  Toute mise en œuvre du mandat d’une OMP devrait s’appuyer sur les principes du respect de la souveraineté nationale, de l’intégrité territoriale et de la non-ingérence dans les affaires intérieures des États, a souligné le représentant.  Il a ajouté que le consentement des parties, l’impartialité, et le non-recours à la force, sauf en cas de légitime de défense, sont des éléments essentiels de la crédibilité des OMP.  Tout document de doctrine élaboré par le Secrétariat qui aurait un impact potentiel quelconque sur les États Membres doit d’abord être débattu dans le cadre d’un processus intergouvernemental, a insisté le représentant de Cuba.  Il a jugé essentiel que les mandats donnés aux missions soient accompagnés des moyens nécessaires à leur mise en œuvre.  S’agissant du recours à de nouvelles technologies, le représentant de Cuba a souhaité que le Comité spécial des opérations de maintien de la paix (C-34) examine toutes les incidences qu’aura l’utilisation de systèmes aériens de surveillance sans pilote (drones), dont l’objectif déclaré est l’amélioration de la sécurité par la collecte d’informations.  Il faut garder à l’esprit l’élément clef qu’est le consentement préalable des pays concernés, a insisté le représentant de Cuba en notant que l’utilisation des drones ne doit en aucune façon porter atteinte aux principes qui régissent les OMP.  Avant l’adoption d’un mandat d’OMP, il est essentiel que cette OMP dispose aussi d’une stratégie de sortie claire, a-t-il ajouté.  Le représentant a ensuite estimé que la protection des civils ne doit pas se transformer en prétexte dont on se servirait pour fouler aux pieds les principes qui régissent les OMP ou pour justifier une opération militaire ayant pour but un changement du régime qui dirige un pays.  

M. KAZUTOSHI AIKAWA (Japon) a rappelé que le Japon a pris part depuis 20 ans aux missions de maintien de la paix des Nations Unies, notamment au Timor-Leste, puis en Haïti et au Soudan du Sud.  Il a déclaré que la contribution du Japon est unique en ce qui concerne les pays de l’Organisation de coopération et de développement économique (OCDE) parce qu’il maintient un contingent du génie avec un certain nombre de personnel militaire sur le terrain.  M. Aikawa a ajouté que les unités du génie ont été engagées tôt dans les tâches relevant de la consolidation de la paix, y compris dans l’assistance humanitaire et dans des activités de construction.  À cet égard, les missions permanentes du Japon et du Brésil auprès des Nations Unies ainsi que « International Peace Institute » organiseront un séminaire sur ce thème le 20 mars prochain, a annoncé le représentant.  

Il a en outre indiqué la nécessité de renforcer les capacités civiles dans le but d’aider les missions de maintien de la paix à accomplir leurs tâches multidimensionnelles.  Il est nécessaire que l’on dispose d’une variété d’expertises civiles dans les domaines de la sécurité, de la sûreté, de la justice, du fonctionnement de l’administration, de la revitalisation de l’économie et d’un processus politique inclusif, a préconisé M. Aikawa.  Plus important encore, a-t-il dit, cette expertise doit être déployée en réponse à des demandes spécifiques émanant du terrain d’une manière appropriée et en temps opportun.  

M. Aikawa a par la suite déclaré que dans ce débat sur les missions de maintien de la paix, il faut tenir compte des contraintes budgétaires qui affectent chaque État Membre.  « Nous devons faire plus avec moins, et le faire bien tout en permettant à chaque mission de s’acquitter pleinement de son mandat sur le terrain », a-t-il annoncé.  Pour y parvenir, il a suggéré le renforcement de la performance des missions par l’élaboration d’un guide spécifique et clair, et par la promotion d’un cycle d’évaluation systématique.  Il a aussi défendu l’importance des efforts à déployer de manière continue dans le renforcement de l’efficience et de l’effectivité du soutien logistique aux missions.  Le représentant a ensuite mis l’accent sur l’importance du leadership dans chaque mission, afin d’y gérer la communauté des intervenants et d’assurer la coordination et l’harmonisation des efforts de toutes les entités tout en facilitant une forte appropriation par le pays hôte. 

M. ALFREDO FERNANDO TORO-CARNEVALI(Venezuela) a observé que les mandats accordés aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies étaient de plus en plus étendus pour y inclure des missions et prérogatives jusque-là réservées aux États.  Ce phénomène, a-t-il insisté, doit respecter la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance politique des États Membres, ainsi que le principe de non-ingérence dans les affaires intérieures des États.  Il a également estimé que les mandats donnés aux missions devaient être mis en œuvre avec le plein consentement des pays concernés et ne devaient en aucun cas se substituer à un processus de règlement pacifique des conflits.

Le représentant a mis en garde le Secrétariat des Nations Unies contre l’introduction de doctrines visant à promouvoir une plus grande utilisation de la force par les missions de maintien de la paix.  Le Venezuela pense que si ces doctrines venaient à être concrétisées, elles devraient l’être en concertation avec les États concernés et notamment avec les pays qui apportent à l’ONU un soutien militaire et humain en termes de contingents et de ressources.  Enfin, il a abordé la question du déploiement de missions de maintien de la paix dans le cadre d’accords régionaux.  Le Venezuela estime que ces missions hybrides devraient être conformes à la Charte des Nations Unies et ne devraient en aucun cas remplacer les Nations Unies dans la promotion de la paix, du dialogue, de la coopération et de la solidarité.

M. FIKRY CASSIDY (Indonésie) a souligné l’importance pour les Nations Unies de disposer d’un cadre de maintien de la paix robuste et réactif, et doté de ressources optimales.  Il a invité toutes les parties impliquées dans ce processus, à savoir le Conseil de sécurité, l’Assemblée générale, le Secrétariat de l’ONU, les pays contributeurs de troupes et les pays hôtes des missions à interagir constamment dans le but d’une plus grande cohérence.  Il faut aussi que les différentes composantes des missions -militaire, policière et civile– travaillent en lien étroit dans l’esprit de poursuivre un objectif commun, a préconisé M. Cassidy.  Il a espéré que le Comité spécial des opérations de maintien de la paix formulerait des recommandations concrètes sur les moyens de promouvoir et soutenir un maintien de la paix moderne issu lui-même d’un partenariat mondial adapté aux réalités de l’époque.

M. Cassidy a invité l’ONU, les États Membres et les autres acteurs à prévoir un cadre de consolidation de la paix dès le début du déploiement d’une opération de maintien de la paix.  Tout en saluant la contribution des Casques bleus, il a estimé que les experts civils sont plus à même d’accomplir des tâches très spécialisées visant le développement à long terme d’un pays sortant de conflit.  Il a donc plaidé en faveur de la conception et de l’adoption d’une approche intégrée, coordonnée avec les entités pertinentes des Nations Unies et les organisations régionales et sous-régionales.  Le représentant de l’Indonésie a ensuite réitéré la nécessité de donner aux missions des mandats clairs et explicites, ainsi que des ressources suffisantes, des personnels bien formés, et des équipements appropriés.  À cet égard, il a annoncé l’intention de son pays de déployer trois hélicoptères utilitaires et 120 Casques bleus à l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD).  Il a aussi invité les participants à cette session du Comité à poursuivre la discussion sur l’utilisation des technologies modernes sur le terrain, cette question ayant été très débattue l’an dernier.  Enfin, il a souhaité discuter plus avant des méthodes de travail du C-34.

M. AL-BATAYNEH (Jordanie) a dit que son pays participait activement aux OMP, auxquelles il a fourni plus de 3 500 hommes et femmes repartis dans neuf missions déployées dans diverses régions du monde.  Il a dit que la Jordanie partage les inquiétudes exprimées hier par le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix en ce qui concerne l’insuffisance de personnels arabophones dans les missions de maintien de la paix.  Il s’est inquiété aussi du déséquilibre de la représentation des États Membres dans les effectifs de maintien de la paix, et il a appelé le Secrétariat à favoriser le recrutement de personnels internationaux issus des pays fournisseurs de troupes, qui sont à l’heure actuelle sous-représentés.  Il a estimé qu’une bonne intégration entre la consolidation et le maintien de la paix est le meilleur moyen d’éviter la reprise des conflits.  Il faut que les pays fournisseurs de troupes soient informés à temps de la prolongation des mandats des missions, pour qu’ils aient le temps de former de nouvelles troupes et d’organiser les rotations nécessaires, a-t-il insisté.  Le représentant a souhaité que soit nommé un directeur des évaluations sur le terrain, afin que puissent être mieux examinés le fonctionnement et l’efficacité des unités opérant dans les pays hôtes de missions.  Il a ensuite jugé important d’améliorer les conditions de vie du personnel féminin des OMP, afin d’encourager un plus grand nombre de femmes à embrasser cette carrière.

M. IHAB HAMED (République arabe syrienne) a rappelé que la responsabilité principale du maintien de la paix et de la sécurité internationales incombe aux Nations Unies.  Il a fait référence aux buts et objectifs de la Charte des Nations Unies qui prévoient la nécessité de respecter la souveraineté des États, leur indépendance politique et le principe de la non-ingérence dans les affaires internes des États Membres.  Il a aussi souligné les principes essentiels auxquels sont soumises les opérations de maintien de la paix (OMP) – le consentement des parties, l’impartialité et le non-recours à la force.  Les tentatives menées par certains pour contourner ces principes minent la confiance dans les forces de l’ONU et accroissent les tensions, a-t-il averti.  Consciente des changements qui s’opèrent dans la nature des OMP, a-t-il dit, la Syrie réitère cependant que, en aucun cas les OMP ne doivent être utilisées pour chercher des solutions qui prétendent remplacer un réel règlement de conflit.  En ce qui concerne la protection des civils, elle relève avant tout de la responsabilité du pays hôte, a-t-il aussi tenu à rappeler, en demandant que les Casques bleus s’acquittent de cette tâche sans empiéter sur la responsabilité et les prérogatives des pays hôtes.  La Syrie prévient qu’il ne faut pas utiliser ce concept pour justifier des ingérences dans les affaires internes d’un État, a souligné le représentant.

Le représentant syrien a souligné les bons rapports qu’entretiennent les autorités syriennes avec la Force des Nations Unies chargée d’observer le désengagement (FNUOD) et la Mission de supervision des Nations Unies en République arabe syrienne (MISNUS).  Il a observé que les missions de maintien de la paix de l’ONU déployées au Moyen-Orient y sont installées depuis des décennies, alors que ce genre de mission ne doit être envoyé, en principe, que pour une courte période.  L’occupation par Israël de territoires arabes est à l’origine de la présence de trois OMP dans la région, a-t-il fait remarquer, notant combien cela pèse sur les ressources de l’ONU.  Il a aussi dénoncé les enlèvements de personnes du côté syrien de la ligne de séparation, qui sont le fait d’Israël, ainsi que les attaques menées récemment par l’aviation israélienne sur un centre de recherche scientifique syrien.  Le représentant a demandé qu’Israël mette fin à l’occupation des territoires arabes.  Il s’est aussi inquiété des attaques dont sont victimes les membres du personnel de maintien de la paix de l’ONU sur le terrain.

M. DER KOGDA (Burkina Faso) a déclaré qu’au regard du nombre de plus en plus croissant des missions de maintien de la paix, de leur ampleur et de leur extrême complexité, le Comité doit formuler des recommandations et orientations pour renforcer les performances des opérations de maintien de la paix, face aux nouveaux défis à relever.  Il doit aussi améliorer ses méthodes de travail, de manière à éviter les longues et incessantes négociations qui font perdre à ses travaux leur substance.  M. Kogda a lancé un appel aux différentes délégations pour qu’elles privilégient l’intérêt général, afin que la présente session du C-34 soit fructueuse.  Toute opération de maintien de la paix doit respecter la souveraineté, l’intégrité territoriale et l’indépendance des États, a-t-il rappelé.  De même, les mandats des opérations de maintien de la paix devraient être réalistes et être élaborés en tenant compte des ressources disponibles.  S’agissant de la protection des civils, les missions doivent bénéficier d’un mandat et de règles d’engagements clairs et d’un équipement adéquat. 

Parlant de l’implication des organisations régionales et sous-régionales dans la gestion des conflits, M. Kogda a estimé qu’elle rend plus urgent l’établissement d’une relation stratégique entre celles-ci et les Nations Unies.  Ces organisations constituent des relais importants du fait de leur position géographique et de leur meilleure connaissance du terrain, et elles constituent à ce titre un relais important et indispensable dans la gestion des crises, a souligné le représentant burkinabè.  S’agissant de l’Union africaine, a-t-il dit, il est primordial de poursuivre la réflexion autour du rapport PRODI (A/63/666) dont la problématique centrale du renforcement des capacités de l’Union africaine, demeure plus que jamais d’actualité.

M. Kogda a aussi indiqué qu’il faut œuvrer à l’identification et l’éradication des causes profondes des conflits en mettant l’accent sur la prévention, le renforcement des capacités de médiation de l’ONU et la mise en place de dispositifs d’alerte rapide, afin de rapidement déceler les risques de conflit ou de génocide.  « En ce qui concerne le Burkina Faso, depuis 1993, notre pays contribue à hauteur de 1 160 hommes aux opérations de maintien de la paix de l’ONU et de 800 hommes à celles de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest », a conclu le représentant. 

M. SHIN DONG-IK (République de Corée) a rappelé que les Nations Unies étaient engagées dans 14 missions de maintien de la paix dont les effectifs atteignent 112 000 personnels originaires de 115 pays.  Ces missions, a-t-il poursuivi, ont des objectifs de plus en plus variés et multidimensionnels.  Il a souhaité que soient élaborées des recommandations afin d’améliorer l’efficacité de ces missions, notamment en vue de réduire le risque de résurgence de conflits postérieurement à leur démantèlement.  En premier lieu, il a estimé que la protection des populations civiles devait être le premier objectif assigné aux OMP.  « Sans quoi elles seraient futiles », a-t-il estimé.  À ce titre, il a dit espérer que le Département des opérations de maintien de la paix de l’ONU allait mettre en œuvre des modules de formation tactiques spécifiques correspondant à des missions données et basés sur des scénarios d’intervention et d’action.  En second lieu, la coopération entre les différentes missions onusiennes doit être renforcée en ce qu’elle représente une réponse efficace à des situations d’urgence revêtant des caractères multiples, a-t-il préconisé. 

M. Shin Dong-Ik a en outre exprimé le soutien de sa délégation à la stratégie globale d’appui aux missions et son souhait de consulter le rapport qui sera prochainement publié, afin d’identifier les économies budgétaires réalisées ainsi que l’évaluation des opérations militaires.  Sur le plan opérationnel, il a soutenu sans réserve l’utilisation de systèmes d’aéronefs sans pilotes en affirmant qu’ils permettaient de renforcer les capacités d’alerte avancée et de promouvoir une meilleure protection de la sécurité des forces déployées.  Cinquièmement, a-t-il dit, la République de Corée est en faveur du renforcement de la coopération avec les pays hôtes des OMP.  Cette coopération permet d’identifier les besoins spécifiques de ces pays ainsi que leur contexte particulier, a dit M. Shin.  Il a conclu son intervention en déclarant que la protection des Casques bleus devait être une priorité en situation de conflit.  À ce titre, il a prôné plus de sévérité à l’encontre des responsables d’attaques contre le personnel des OMP et appelé à les traduire devant la justice internationale.

M. ABULKALAM ABDUL MOMEN (Bangladesh) a dit qu’il est nécessaire de forger des partenariats inclusifs entre le Conseil de sécurité et les pays fournisseurs de contingents pour mieux faire face à la complexité croissante des OMP.  Nous allons bien au-delà des activités traditionnelles de supervision de cessez-le-feu ou de trêves, a-t-il dit, en citant le fait que les OMP sont désormais appelées à soutenir l’organisation d’élections ou le renforcement des institutions nationales dans les pays sortant de conflit.  Il a jugé indispensables que les pays fournisseurs de contingents militaires et de police soient consultés à toutes les étapes du processus de prise de décisions concernant les OMP, qui va de leur création à leur démantèlement en passant par leur déploiement.  Tout changement dans le fonctionnement d’une OMP et dans son mandat doit être conforme aux vues de ceux qui travaillent sur le terrain et doit garder à l’esprit leur sécurité, a-t-il insisté.  Il s’est particulièrement inquiété des retards constatés dans le remboursement des coûts que supportent les pays fournisseurs de contingents et a souhaité que le versement d’une indemnité, après la mort d’un soldat de la paix ou après que des blessures handicapantes lui aient été infligées, ait lieu sans délai.  Le représentant du Bangladesh a proposé qu’un monument dédié aux 3 085 personnels des Nations Unies tombés au service de la paix depuis 60 ans soit érigé.  Ce monument devrait porter les noms, prénoms, titres et nationalités des victimes.  Il a précisé que le Bangladesh avait actuellement 8 780 Casques bleus déployés par l’ONU sur le terrain, et que 112 Casques bleus bangladais étaient tombés au service de la paix depuis la création de l’ONU.  

M. PETER THOMPSON (Fidji) s’est félicité que la Mission intégrée des Nations Unies au Timor-Leste (MINUT) ait pu être fermée avec succès après six années de fonctionnement et que, dans ce pays, les Nations Unies se concentrent maintenant sur des activités de développement.  Il a salué l’initiative du Pakistan d’organiser au Conseil de sécurité un débat public sur les OMP multidimensionnelles.  Il a estimé que ce débat a constitué un exemple de coopération entre le Conseil de sécurité et les États Membres qui n’en font pas partie, y compris les pays fournisseurs de contingents militaires et de police qui ont pu faire entendre leurs préoccupations relatives aux mandats des OMP.  S’appuyant sur l’expérience de son pays qui fournit des gardes de sécurité des Nations Unies à plusieurs missions spéciales du Département des affaires politiques, le représentant de Fidji s’est félicité que la question des gardes de sécurité de l’ONU pourra être débattue par la Quatrième Commission, qui vient d’ajouter à son ordre du jour le thème des missions politiques spéciales.  Il a dit que Fidji était favorable au recrutement de femmes parmi les Casques bleus, et a expliqué que 60% des officiers de police fournis par Fidji à la Police des Nations Unies en 2012 étaient des femmes.  Il a mis l’accent sur l’impact particulier qu’ont les femmes agents de police de l’ONU sur les communautés et sur le renforcement des capacités de police des pays hôtes.   

M. MASOOD KHAN (Pakistan) a rappelé que son pays est le plus grand contributeur de contingents aux opérations de maintien de la paix (OMP) de l’ONU.  Condamnant les attaques dont sont victimes les Casques bleus, il a appelé à renforcer les mesures prises par le Département des opérations de maintien de la paix (DOMP) et le Département d’appui aux missions (DAM) pour garantir la sécurité des personnels militaire, de police et civil des missions de maintien de la paix déployés sur le terrain.  Le représentant a noté les changements que connait le domaine du maintien de la paix, du fait des changements qui surviennent dans la nature même des conflits.  La résolution adoptée le mois dernier par le Conseil de sécurité sur l’approche multidimensionnelle du maintien de la paix souligne l’intérêt de la consolidation de la paix, l’importance des efforts visant à éviter de retomber dans le conflit, ainsi que celle des avancées vers une paix et un développement durables. 

M. Khan a souligné l’importance du strict respect des principes régissant les OMP, c’est-à-dire le consentement des parties, l’impartialité et le non-recours à la force sauf en cas de légitime de défense.  Il a aussi expliqué que les mandats donnés à ces opérations doivent être réalistes et réalisables, tout en bénéficiant en outre d’une bonne coopération triangulaire entre le Conseil de sécurité, le Secrétariat et les pays contributeurs de troupes.  Le Pakistan préside cette année le Groupe de travail du Conseil de sécurité sur le maintien de la paix, a-t-il indiqué à cet égard.  En outre, le succès des OMP dépend du déploiement rapide de ressources humaines et matérielles adéquates, a-t-il noté. 

Le maintien de la paix ne peut pas se substituer à la gestion des causes politiques et des racines du conflit, a-t-il poursuivi.  Les missions de maintien de la paix ne peuvent pas non plus être une alternative à des forces de sécurité nationales fortes.  M. Khan a invité les délégations à discuter plus avant de l’utilisation possible de nouvelles technologies, comme les systèmes aériens sans pilote, dans le cadre des principes directeurs du maintien de la paix.  Il a appelé à la prudence dans ce domaine, notamment sur les plans juridique, opérationnel et politique.  Enfin, M. Khan a appelé à revoir les politiques d’indemnisation concernant les handicaps dont souffrent des soldats de la paix.  Il a aussi suggéré que soient prévus des modes d’évacuation des personnels blessés sur le terrain afin de sauver plus de vies.  Enfin, il a demandé de s’assurer de l’utilité des modules de formation élaborés par le Secrétariat et de les soumettre à un véritable processus de validation. 

Mme SEWA LAMSAL ADHIKARI (Népal) a indiqué que le Népal fournissait actuellement 5 000 Casques bleus aux Nations Unies et tenait à leur disposition une force en attente de 2 000 soldats.  Depuis 1958, le Népal a fourni plus de 100 000 Casques bleus aux OMP, dont 68 sont tombés au service de la paix, a-t-il dit.  En tant qu’un des plus anciens et plus importants contributeurs de troupes, le Népal souhaite que les pays contributeurs de contingents disposent d’une représentation et d’une voix plus forte au Siège de l’ONU à New York, a indiqué Mme Adhikari.  Elle a jugé indispensable d’améliorer le système de remboursement des frais aux pays fournisseurs de contingents, notamment lorsqu’il s’agit de faire face aux besoins des familles affectées par la perte ou le handicap d’un des leurs.  Il s’est dit impatient d’examiner les recommandations à venir du Groupe consultatif de haut niveau chargé d’examiner les taux de remboursement aux pays fournisseurs de contingents et les questions connexes.  Elle a souhaité que tous les moyens soient mis en œuvre pour assurer la sécurité des Casques bleus.  Elle a appuyé la politique de tolérance zéro de l’ONU en ce qui concerne les abus sexuels en estimant que le comportement des soldats de la paix onusiens devait être irréprochable.  La représentante a mis l’accent sur la contribution au maintien de la paix du Centre de formation pour Casques bleus du Népal qui s’adresse à tous les Casques bleus de la région. 

Mme SOUMIA BOUHAMIDI (Maroc) a relevé que les Casques bleus jouent un rôle vital dans les pays sortant de conflit pour y créer un pont vers la stabilité, la paix et le développement à long terme.  De son avis, bien que la situation du maintien de la paix soit loin d’être idéale, c’est l’instrument le plus important dont on dispose dans ce domaine.  Elle a plaidé en faveur d’une approche intégrée des opérations de maintien de la paix.  Constatant les progrès réalisés dans la planification intégrée des OMP, elle a averti que des défis subsistent pour la prestation intégrée des services sur le terrain.  Elle a demandé que le Secrétariat n’opère pas de micro gestion des activités des missions, suggérant plutôt que soit clarifiée la répartition des tâches entre les composantes militaires, civiles et de police de chaque mission.  Le Conseil de sécurité, le Secrétariat et les pays contributeurs de troupes doivent agir dans le cadre d’une coopération dynamique, a-t-elle aussi demandé.

En tant que pays fournisseur de contingents aux OMP, le Maroc contribue au maintien de la paix depuis 1960 dans plusieurs opérations déployées par l’ONU et l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN), a dit la représentante.  Mme Bouhamidi a demandé que les OMP reçoivent un fort appui politique et des ressources suffisantes dès leur conception.  Elle a aussi appelé à respecter les principes fondamentaux applicables au maintien de la paix, à savoir le consentement des parties, l’impartialité et le non-recours à la force, sauf en cas de légitime défense.  Le Maroc estime également que la sécurité du personnel des OMP ne doit pas être compromise.  La représentante a souhaité aussi que les mandats tiennent compte de la spécificité de chaque situation, afin de donner aux missions toutes les chances de succès.  En ce qui concerne la protection des civils, elle relève de la responsabilité du pays hôte, a-t-elle aussi rappelé, demandant aux délégations et à l’ONU d’aborder cette question de manière complète.  La sécurité et la sûreté doivent être transversales et former une partie intégrante des mandats des OMP, a-t-elle préconisé.  Enfin, elle a fait valoir que le Maroc, en tant que président en 2012 du Groupe de travail du Conseil de sécurité sur le maintien de la paix, a organisé cinq réunions avec la participation de représentants de pays contributeurs de troupes et des Départements des OMP et de l’appui aux missions.

M. FRITZNER GASPARD (Haïti) a dit que les OMP sont un outil important de la gestion des conflits.  Si nous sommes tous d’accord que les OMP ne sont pas une fin en soi, il nous incombe alors de tout mettre en œuvre pour qu’elles soient plus opérationnelles, a dit le représentant d’Haïti.  Il a dit que les efforts des Nations Unies pour renforcer les institutions démocratiques d’Haïti encourageaient son pays à poursuivre sur cette voie.  Il a cité l’installation récente du Conseil supérieure judiciaires, qui constitue une garantie de l’indépendance de la justice en Haïti.  Il a salué les progrès considérables accomplis en matière de sécurité grâce au renforcement des capacités de la Police nationale haïtienne.  Il a précisé que le plan de développement 2012-2016 adopté par le Conseil supérieur de la Police nationale prévoit la nomination de plus de 1 000 cadets supplémentaires chaque année d’ici à 2016.  Le représentant a ajouté que le succès du maintien de la paix dépend d’un véritable partenariat mondial et d’un soutien politique unifié.  Il a particulièrement salué la contribution des pays d’Amérique latine et des Caraïbes, qui ne se contentent pas seulement de fournir des Casques bleus, mais appuient aussi les efforts d’Haïti en matière de santé, d’énergie et d’environnement.  Notant que le succès des OMP dépend en grande partie de leur crédibilité sur le terrain, le représentant d’Haïti a salué l’adoption de normes élevées de comportement pour les Casques bleus.  Malgré la présence d’autres agences de l’ONU sur le terrain, qui travaillent aux côtés des personnels des OMP, l’expérience de terrain montre que l’implication des Casques bleus dans les activités économiques, sociales et environnementales demeure une nécessité, a conclu le représentant. 

Mme TINE MORCH SMITH (Norvège) a d’abord rappelé que cinq Casques bleus avaient été tués au Darfour, le mois dernier, et que de nouveaux défis se profilaient à l’horizon, en particulier dans l’Est de la République démocratique du Congo, où les civils sont une nouvelle fois contraints de fuir la violence et les violations graves des droits de l’homme par des groupes armés. 

Elle a ensuite estimé que pour renforcer les capacités du maintien de la paix des Nations Unies, les États Membres devaient surmonter les différences sous-jacentes qui menacent le partenariat existant dans le domaine du maintien de la paix.  « La Norvège reconnaît pleinement les préoccupations légitimes des États Membres en ce qui concerne les coûts des contingents, mais nous ne devons pas permettre que les réformes nécessaires soient prises en otages par cette question », a-t-elle déclaré.  Dans ce contexte, elle a salué le récent compromis atteint par le Groupe consultatif de haut niveau chargé d’examiner les taux de remboursement des pays qui fournissent des contingents et elle a émis l’espoir que celui-ci puisse éviter « l’expérience négative des négociations de longue haleine de l’an dernier » qui ont porté sur le rapport du Comité spécial des opérations de maintien de la paix.  « Le manque de consensus envoie un mauvais signal », a-t-elle ajouté.  Elle a ensuite demandé aux délégations: « Comment les pays hôtes peuvent-ils croire au maintien de la paix des Nations Unies lorsque les États Membres ne peuvent pas se mettre d’accord sur des propositions destinées à renforcer la capacité de l’ONU en vue de lui permettre de s’acquitter de ses responsabilités dans ce domaine? ».

En ce qui concerne l’initiative « Nouvel Horizon », la représentante a estimé que l’accent devait être mis sur six priorités.  Elle a d’abord mis en exergue la nécessité de disposer de mandats « réalistes » et accompagnés de ressources adéquates.  Ceci est particulièrement vrai en ce qui concerne la protection des civils.  « Les mandats dans ce domaine doivent être formulés de telle sorte qu’ils ne créent pas de fausses impressions sur une assistance qui à la fin ne viendra jamais se matérialiser », a-t-elle déclaré.  Mme Morch Smith a encore plaidé pour la poursuite des efforts visant à renforcer l’impact des opérations à travers la formulation de normes en matière de développement des capacités.  La Norvège soutient d’ailleurs activement des projets pilotes en la matière, a-t-elle précisé.  Elle a aussi insisté sur l’implication des femmes dans tous les aspects et à tous les niveaux des opérations de maintien de la paix, ainsi que sur les partenariats à établir et mener avec d’autres acteurs clefs afin de répondre aux demandes des civils dans le cadre des OMP.

Mme DRAGANA ANDELIC (Bosnie-Herzégovine) a noté l’évolution du maintien de la paix, qui est devenu une entreprise complexe.  Elle a apprécié que chaque pays y apporte sa contribution.  Le C-34 est le seul organe qui aborde le maintien de la paix sous tous ses aspects, a-t-elle observé, avant d’inviter ses membres à analyser les lacunes dont souffre encore le maintien de la paix onusien pour mieux y répondre à l’avenir en fonction des capacités spécifiques de chaque mission déployée sur le terrain.  Elle a souligné le lien important qui existe entre le maintien de la paix, la consolidation de la paix et le redressement économique, trois domaines qui doivent aussi être liés à l’autonomisation des autorités nationales.  La représentante s’est dite favorable à l’intégration précoce de tâches de consolidation de la paix dans les mandats des OMP, expliquant que cela peut faciliter la transition qui fait que l’on puisse passer d’une mission de maintien de la paix vers une autre forme de présence de l’ONU sur le terrain.  Mme Andelic s’est aussi montrée favorable à l’intégration de la perspective sexospécifique dans le maintien de la paix.  À cet égard, la Bosnie-Herzégovine a adopté une politique selon laquelle un tiers des candidats qu’elle met à la disposition des OMP doivent être des femmes, a-t-elle précisé.  En tant que pays hôte d’une OMP et contributeur de personnels de police, la Bosnie-Herzégovine estime qu’il faut donner au pays hôte la capacité de reprendre progressivement à son compte la responsabilité de maintien de la paix sur son propre territoire, a-t-elle ajouté.

M. ROBERT GUBA AISI (Papouasie-Nouvelle-Guinée) a rappelé que son pays est devenu cette année le 148e État Membre de l’ONU à devenir un membre du C-34.  Il a évoqué la participation de personnels de la Papouasie-Nouvelle-Guinée à la MINUS et à la MINUAD.  Il a félicité les membres du Bureau du Comité et leur engagement à continuer à servir la paix et la sécurité internationales.  Le représentant a particulièrement salué la qualité des exposés présentés hier par les Secrétaires généraux adjoints aux opérations de maintien de la paix et à l’appui aux Missions s’agissant des progrès accomplis et des défis qui se posent au maintien de la paix à travers le monde. 

M. JOSË LUIS RIVAS (Uruguay) a déclaré que l’Uruguay, en tant que pays fournisseur de contingents de maintien de la paix, accordait une grande importance au dialogue et à la consultation entre tous les acteurs des OMP.  Il a dit que les pays fournisseurs de contingents avaient la responsabilité d’assurer la discipline et la formation de leurs soldats et a souligné la nécessité de voir les mandats des OMP être dotés de ressources appropriées.  M. Rivas a estimé que le programme de maintien de la paix doit être analysé sous un angle systémique.  Il a souligné la nécessité d’intégrer aux OMP des mandats de protection des civils, mais aussi des activités de consolidation de la paix dès les premières étapes de la conception et de la mise en œuvre du processus de maintien de la paix.  Il a appelé à renforcer la pertinence du C-34 dans le système de maintien de la paix de l’ONU, tout en regrettant que les pays fournisseurs de contingents n’aient guère de possibilité de participer aux travaux des diverses instances chargées de la gestion des OMP.  Parvenir à établir un consensus entre les 148 États membres du C-34 ne sera pas aisé, a-t-il prévenu, en jugeant essentiel que tous « cessent de courir derrière la balle et fassent une pause pour voir où nous sommes sur le terrain du maintien de la paix ».  Il faut passer d’un processus artisanal à un travail plus méthodique dans lequel les États n’attendront plus le mois de février pour commencer à négocier le rapport final du C-34 paragraphe après paragraphe, a préconisé M. Rivas.  Il a suggéré d’examiner le plus rapidement, les références obsolètes et les doublons contenus dans le rapport à examiner.

Mme MELISSA JOHNSON (Jamaïque) a déclaré que la paix et la stabilité ne peuvent être assurées, sur le long terme, qu’en s’attaquant aux racines des conflits.  Cela nécessite une politique de développement social, un développement continu et la mise en œuvre d’un système d’alerte précoce, ainsi que l’actualisation des engagements pris par les pays développés en termes de soutien permettant aux pays en développement et les pays les moins avancés d’atteindre leurs objectifs socioéconomiques.  À cet effet, un esprit de coopération entre les différents organes tels que le Conseil de sécurité, le Secrétariat de l’ONU, et les pays contributeurs de troupes est indispensable, a estimé Mme Johnson.

Mme Johnson a rappelé que la Jamaïque a envoyé des unités de police au Soudan du Sud et au Timor-Leste, dont des femmes policières.  Elle a aussi dit que malgré une taille et des ressources financières limitées, ces unités ont joué un rôle important non seulement dans le débat multilatéral en la matière, mais aussi dans l’opérationnalisation des décisions qui en découlent.  Elle a ajouté que les Casques bleus sont aussi des artisans de la paix et que, de ce fait, les actions des missions de consolidation de la paix ne doivent pas se limiter aux situations postconflit, mais être considérées comme un moyen de contribuer à la construction d’États résilients et d’une paix durable.  C’est dans ce contexte que la Jamaïque souligne le rôle que doivent jouer les organisations régionales dans la prévention de l’escalade des tensions qui génèrent des conflits à grande échelle.  Avant de conclure, Mme Johnson a appelé la communauté internationale à poursuivre ses efforts en Haïti.  La Jamaïque réaffirme la primauté du Comité spécial des opérations de maintien de la paix en tant que seul organe habilité à examiner les opérations de maintien de la paix des Nations Unies sous tous ses aspects, a-t-elle souligné.

M. AUGUSTINE UGOCHUKWU NWOSA (Nigéria) a plaidé en faveur d’un véritable partenariat dans l’élaboration des mandats des opérations de maintien de la paix, dans la mise à leur disposition de ressources humaines et matérielles conséquentes, et dans le renforcement de leurs capacités.  Ce partenariat doit s’opérer entre les instances de l’ONU, le pays hôte, les organisations régionales et sous-régionales, ainsi qu’entre les intervenants non étatiques, a-t-il précisé.  Le maintien de la paix ne saurait remplacer la lutte contre les causes profondes du conflit, a-t-il poursuivi, appelant à s’attaquer à celles-ci.  C’est la raison pour laquelle le Nigéria, lorsqu’il était Président du Conseil de sécurité en juillet 2010, a choisi de débattre de la diplomatie préventive.  Comparant la pauvreté qui sévit dans le monde aux 15 plus grands budgets consacrés à l’armement, il a averti que ni l’équilibre des pouvoirs ni celui de la terreur n’avaient offert au monde la perspective d’une paix durable.  Le cordon ombilical entre paix et développement ne doit pas être coupé, a-t-il insisté, souhaitant que le personnel de maintien de la paix puisse jouer sur les deux tableaux.  Le représentant a ensuite plaidé en faveur des plus hautes normes d’éthique exigées pour le personnel de maintien de la paix, et s’est élevé contre les abus et les exploitations sexuels commis par ce personnel.

M. PALITAH KOHONA (Sri Lanka) a mis en garde contre la tentation de considérer le maintien de la paix comme un moyen de traiter des causes sous-jacentes d’un conflit, causes qui sont bien souvent liées aux problèmes économiques et sociaux qui affectent les pays.  Le maintien de la paix, a-t-il dit, doit être vu comme un outil pour créer un environnement favorable au traitement de ces causes.  Le maintien de la paix ne pourra que temporairement mettre fin à la violence si l’étape de la consolidation de la paix n’est pas lancée méthodiquement.  Le but ultime du maintien de la paix doit être de consolider la paix et les capacités institutionnelles des pays hôtes, a préconisé M. Kohona.  En la matière, le représentant a estimé que la Commission de consolidation de la paix peut faciliter l’intégration entre les efforts de maintien de la paix et ceux consacrés à sa consolidation. 

Mme BATTUNGALAG (Mongolie) a d’abord tenu à rappeler des succès enregistrés par les opérations des Nations Unies au Timor-Leste, au Libéria et en Haïti.  Elle a ensuite fait remarquer que son pays avait fourni des contingents en de nombreux « points chauds » de la planète, dont la RDC, le Soudan du Sud et le Darfour.  Actuellement, la Mongolie contribue à hauteur de 850 personnels militaires à un bataillon d’infanterie au Soudan du Sud et à une formation de soutien sanitaire de niveau 2 dans le cadre de l’Opération hybride Union africaine-Nations Unies au Darfour (MINUAD), a indiqué la représentante. 

« Nous sommes conscients que les risques sont réels, que les opérations sont difficiles, et nous sommes reconnaissants envers tous les Casques bleus pour leur travail et leur dévouement », a-t-elle expliqué, notant que le Président de la Mongolie s’était rendu la semaine dernière, en sa qualité de Commandant en chef des Forces armées de la Mongolie, au Soudan du Sud afin d’exprimer l’appui de son pays aux efforts de la Mission des Nations Unies dans ce jeune État Membre (MINUSS).

Elle a ensuite insisté sur deux priorités de son pays.  La première, a-t-elle dit, est de faire en sorte que les mandats des opérations de maintien de la paix soient réalisables et puissent être mis en œuvre avec des ressources adéquates.  C’est la raison pour laquelle, a-t-elle dit, nous plaidons pour une plus large implication des pays fournisseurs de contingents dans le processus de définition des mandats.  La représentation des pays fournisseurs de contingents au sein du Secrétariat devrait en outre être élargie, a-t-elle estimé.  La seconde priorité de la Mongolie est de faire en sorte que les ressources allouées aux opérations de maintien de la paix soient mieux gérées, régulées et administrées.  Dans ce contexte, elle a soutenu le concept de la création de « Centres de services régionaux », afin de favoriser une meilleure gestion de plusieurs opérations déployées dans la même zone géographique. 

M. ARTHUR SEWANKAMBO KAFEERO (Ouganda) a exhorté le C-34 à travailler au renforcement des capacités et de l’efficacité des OMP.  Il faut renforcer la coopération entre tous les acteurs des OMP pour garantir des réponses rapides et cohérentes à tous les défis, a-t-il souligné.  M. Kafeero a dit que les tristes événements observés au Nord-Kivu l’année dernière ont démontré le décalage qui existe entre l’offre et la demande s’agissant des moyens de la MONUSCO.  Il a souligné l’importance de la collaboration de l’ONU avec les organisations régionales et sous-régionales en mettant l’accent sur les avantages comparatifs qu’ont, en matière logistique, l’Union africaine, la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), et l’Autorité intergouvernmentale pour le développement (IGAD).  Il a salué les efforts consentis au Soudan et au Mali en appelant à ne pas rater les opportunités que représentent les signes prometteurs d’amélioration observés dans la situation en Somalie.

M. RIADH BEN SLIMAN (Tunisie) a jugé essentiel le consensus entre les membres du C-34 pour garantir le succès des activités de maintien de la paix.  Alors que l’environnement des OMP devient de plus en plus complexe et risqué, le représentant de la Tunisie a appelé les États et les autres acteurs du maintien de la paix à déployer des efforts collectifs et à adopter une vision stratégique commune.  Il a dit que ces efforts collectifs impliquent la pleine participation des pays fournisseurs de contingents à l’élaboration des concepts et à la prise de décisions.  Il faut doter les OMP des moyens financiers et humains nécessaires au succès de leur mandat, a-t-il insisté.  La participation des femmes aux OMP doit être facilitée et encouragée, a-t-il ajouté, avant d’appeler à préserver le lien intrinsèque entre consolidation et maintien de la paix. 

M. MANJEEV SINGH PURI (Inde) a parlé en tant que représentant d’un pays contributeur de troupes de longue date, et a fait part de l’expérience de l’Inde dans le domaine du maintien de la paix.  Il s’est félicité que la sécurité soit une priorité du Département des opérations de maintien de la paix.  Il a aussi apprécié l’intention affichée de ce Département d’améliorer sa stratégie de gestion des relations avec les médias, afin d’accroitre la visibilité des tâches importantes accomplies sur le terrain.  Nous avons aussi renforcé la coordination entre l’ONU et les organisations régionales, a-t-il souligné avec satisfaction.  Le représentant de l’Inde a salué les réalisations de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM), à laquelle l’Inde contribue financièrement.  Il a par ailleurs demandé que la Mission internationale de soutien au Mali (MISMA), placée sous conduite africaine, et à laquelle son pays contribue aussi, devienne pleinement opérationnelle afin de reconquérir les zones reprises par les forces françaises.  Le maintien de la paix suppose des ressources, des capacités et une expérience particulière, a-t-il ensuite souligné.  Il a dit que sa délégation partageait l’avis du Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, M. Hervé Ladsous, qui a exprimé hier la nécessité de rester prêt à répondre aux nécessités du maintien de la paix.

Le représentant de l’Inde a réitéré l’importance de consulter les pays contributeurs de troupes avant que des décisions ne soient prises sur l’étendue des mandats des OMP.  En ce qui concerne la science et la technologie, qui sont des questions prioritaires en Inde, il s’est félicité de leur intégration dans le maintien de la paix.  Le contrôle de leur utilisation doit cependant rester entre les mains des responsables de la mise en œuvre des mandats, a-t-il tempéré.  Le représentant a aussi parlé de l’évolution de la situation à l’Est de la République démocratique du Congo, où est déployé un grand contingent de troupes indiennes.  Il a remarqué que la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO) a réussi à y protéger la population civile malgré un contexte très difficile.  Le représentant a ensuite plaidé en faveur du renforcement des capacités des missions.  Beaucoup de pays en développement sont des pays contributeurs de troupes, a-t-il enfin noté, regrettant que ces États n’aient que des contacts limités avec ceux qui prennent les décisions.  Il a souhaité que tous les pays soutenant le maintien de la paix soient consultés, et non pas seulement ceux qui versent des contributions financières.

M. SIMON NYAWANI (Zimbabwe) a jugé important de parvenir à un consensus entre les États Membres sur les politiques à développer pour s’assurer que seules les approches adoptées collectivement soient mises en œuvre.  Il a dit que l’introduction au sein des OMP de nouvelles technologies comme les systèmes aériens sans pilote (drones) devrait être débattue par le C-34.  Il a jugé indispensable qu’on évite de modifier les mandats des OMP sans consultation préalable des pays fournisseurs de contingents.  M. Nyawani a rappelé que l’Article 52 de la Charte des Nations Unies souligne le rôle majeur joué par les organisations régionales et sous-régionales dans le domaine du maintien de la paix et de la sécurité internationale.  Il a appelé à une collaboration du Conseil de sécurité avec les organisations régionales, sous-régionales et autres acteurs, qui tienne compte des avantages comparatifs et des complémentarités entre les différents acteurs des OMP.  Il a noté que les organisations régionales proches des zones de conflits avaient une meilleure compréhension des dynamiques de ces conflits.  Il a salué la collaboration entre l’ONU et l’Union africaine et tout particulièrement celle existant entre le Conseil de sécurité de l’ONU et le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine.  Il a souligné l’importance de la Commission de consolidation de la paix (CCP), et de la coopération Sud-Sud et triangulaire aux fins du renforcement des capacités nationales.  Le représentant a par ailleurs estimé que la durabilité du système de maintien de la paix dépendait de la capacité de la communauté internationale à s’assurer que les pays qui souhaitent contribuer à cet effort disposent des moyens de le faire. 

M. LIBRAN CABACTULAN (Philippines) a insisté sur l’importance de renforcer le processus de transition entre les phases de maintien et de consolidation de la paix.  Il a également engagé le Conseil de sécurité à émettre des mandats cohérents et réalisables par les OMP.  Un mandat clair est le fondement de l’efficacité de toute mission de maintien de la paix, a-t-il fait observer, tout en insistant sur l’importance du remboursement des troupes et de l’aptitude opérationnelle.  Le représentant s’est félicité de l’instauration d’un processus régulier de présentation d’exposés à l’intention des pays contributeurs de troupes et de police, notamment avant la période de déploiement.  Ces exposés ont, par exemple, permis à mon pays de pointer du doigt la nécessité d’améliorer les capacités médicales et chirurgicales de certaines missions et d’examiner la possibilité d’établir des partenariats avec des institutions médicales sur le terrain, a-t-il expliqué.

M. Cabactulan a poursuivi son intervention en attirant l’attention sur la nécessité de renforcer les ressources destinées aux programmes de formation, mais également d’évaluer le succès de ces sessions.  Il a aussi estimé que le processus de recrutement des personnels devait être plus transparent et se servir davantage d’Internet.  Se penchant ensuite sur les problèmes liés à la barrière de la langue, le représentant des Philippines a suggéré de mettre en place une coopération triangulaire entre les parties pour améliorer les capacités linguistiques des troupes.  M. Cabactulan a aussi estimé nécessaire d’évaluer l’impact des missions politiques spéciales dans le contexte des opérations de maintien de la paix.

M. WANG MIN (Chine) a invité l’ONU et les États Membres à trouver les moyens de mieux faire contribuer les OMP au maintien de la paix et à la consolidation de la paix.  Il faut s’en tenir aux principes applicables en la matière, a-t-il dit, invitant à ne pas les affaiblir afin de ne pas nuire à l’impartialité des mandats.  Il a aussi demandé de respecter le principe d’appropriation par les États, notamment dans le domaine de la protection des civils, expliquant que cela relève de la responsabilité première de chaque État.  Il faut par ailleurs traiter de la question des relations entre maintien de la paix et consolidation de la paix, en vue de parvenir à opérer une transition sans heurt entre ces deux phases.  Le représentant a demandé d’accorder la priorité à la sécurité et à la stabilité dans les mandats des OMP, tout en développant une vision à long terme et en prévoyant une stratégie de sortie.  Le maintien de la paix doit aussi tenir compte des priorités définies par le pays hôte, a-t-il ajouté.  Il a relevé que des ressources appropriées et un appui adéquat octroyés aux missions sont d’autres éléments essentiels de la réussite des OMP.  Le représentant de la Chine a également indiqué que sa délégation appréciait l’importance accordée à l’appui fourni par des organisations régionales, comme l’Union africaine, au maintien de la paix.  La Chine a envoyé un total de 21 000 hommes dans les OMP, a-t-il indiqué, assurant que son pays veut continuer à contribuer à ces opérations et à promouvoir leurs mandats.

M. MOURAD BENMEHIDI (Algérie) a souligné le caractère unique de la Mission des Nations Unies pour l’organisation d’un référendum au Sahara occidental (MINURSO), en regrettant que cette Mission ne comporte aucune composante « droits de l’homme ».  Il s’est étonné que cette mission ne dispose d’aucun moyen d’examiner et d’évaluer la situation des droits de l’homme sur le terrain, alors qu’il est reconnu que la promotion et la protection des droits de l’homme représentent un élément déterminant de la paix durable.  Alors que 25 civils sahraouis ont été jugés par une cour militaire, pour des violences intervenues en relation avec le démantèlement du camp de Gdim Izik près de Laayoune en novembre 2010, le représentant de l’Algérie a déclaré que la MINURSO n’a pas été en mesure d’évaluer la situation prévalant dans le camp à cette époque.  Il a rappelé que le Secrétaire général a exposé cette situation au Conseil de sécurité au paragraphe 4 du rapport S/2011/249 du 1er avril 2011.  Il a souhaité que l’on aligne le mandat et le fonctionnement de la MINURSO sur ceux des autres missions de maintien de la paix en donnant à la MINURSO la possibilité et le mandat de faire rapport sur la situation des droits de l’homme au Sahara occidental.  S’agissant de la coopération entre l’ONU et les organisations régionales, il a salué la détermination de l’Union africaine d’appuyer les efforts de maintien de la paix dans le souci de stabiliser des zones fragiles du continent africain et de promouvoir une paix durable.  

La représentante du Maroc a demandé une motion d’ordre en estimant que le représentant de l’Algérie n’avait pas à parler d’une mission de maintien de la paix en particulier.  Elle a regretté que le représentant de l’Algérie aborde le mandat de la MINURSO alors que le rôle du C-34 est, selon elle, de traiter de la question générale des OMP. 

Le représentant de l’Algérie s’est élevé contre le point de vue exprimé par la représentante du Maroc, qu’il a réfuté en rappelant que de nombreuses délégations avaient au cours de ces deux journées évoqué des questions relevant de certaines missions de maintien de la paix en particulier. 

M. TEKEDA ALEMU (Éthiopie) a souligné que son pays est engagé depuis six décennies dans le maintien de la paix comme le démontre sa récente implication au sein de la Force intérimaire de sécurité des Nations Unies pour Abyei (FISNUA).  Il a souscrit à l’idée selon laquelle le maintien de la paix est un concept qui a beaucoup évolué, au point d’inclure maintenant des tâches qui ne lui étaient pas traditionnellement dévolues.  Il a ensuite souligné que des mécanismes novateurs devraient être mis à contribution afin de faire face aux nouveaux défis du maintien de la paix.  Dans le même temps, a-t-il noté, les principes fondamentaux du maintien de la paix doivent être conservés, comme celui relatif à la neutralité.  Pour ce cas précis, le représentant a tout de même précisé que la neutralité ne signifie pas, par exemple pour la Mission d’Observation militaire de l’Union africaine en Somalie (AMISOM), de se positionner au milieu du conflit entre des groupes terroristes, comme Al-Chabab qui est opposé au Gouvernement, et d’autres acteurs.  M. Alemu a en outre souscrit aux propos du Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, M. Hervé Ladsous, qui a souligné hier que les ressources que la communauté internationale consacre au maintien de la paix ne représentent qu’une portion minuscule des fonds mondiaux alloués aux budgets de défense.

M. Alemu a par ailleurs indiqué qu’une meilleure collaboration entre le Conseil de sécurité, le Secrétariat des Nations Unies et le Comité des pays fournissant des contingents devrait pouvoir réduire les incompréhensions entre parties et améliorer l’efficacité des opérations de maintien de la paix.  Il a par la suite émis le vœu de voir une plus grande coopération entre les Nations Unies et les organisations régionales telles que l’Union africaine, notamment dans les domaines du renforcement des capacités et du partage des charges en rapport avec les OMP.  Il a, à ce propos, souligné que pour le cas de la Somalie, le fardeau de l’AMISOM est essentiellement assumé par l’Union africaine, l’Autorité intergouvernementale pour le développement et les pays frontaliers à la Somalie.  Il a souhaité que des mesures soient prises pour améliorer cet état de fait, et il a également souhaité la mise en œuvre effective de la stratégie globale d’appui aux missions qui devrait permettre de faciliter le déroulement des missions de terrain.

Mme JENNY LALAMA-FERNANDEZ (Équateur) a estimé que l’accomplissement de toutes les tâches confiées aux opérations de maintien de la paix, y compris celle de la protection des civils, implique la mobilisation d’efforts à tous les niveaux ainsi que le respect des normes internationales.  Elle a demandé que les pays contributeurs de troupes, dont fait partie l’Équateur, participent davantage à la définition et à la révision des mandats de maintien de la paix.  Elle a pris note à cet égard du processus mis en place pour informer les pays contributeurs de troupes et de police lors de l’évaluation technique des missions, qui fait partie de la coopération triangulaire entre ces pays, le Secrétariat et le Conseil de sécurité.  L’Équateur est impliqué dans la politique de tolérance zéro contre l’exploitation et les abus sexuels, a-t-elle aussi indiqué, reconnaissant les progrès réalisés dans la prévention des manquements à la discipline et dans la tenue d’un registre des dénonciations.

Mme Lalama-Fernandez a aussi plaidé en faveur d’une plus grande participation des femmes dans les programmes de prévention des conflits et de recherche de solutions aux crises.  Elle a réitéré le ferme engagement de l’Équateur envers le Comité spécial des opérations de maintien de la paix, ainsi qu’en faveur du renforcement de la participation des observateurs militaires dans certaines missions, comme c’est le cas dans la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH).  Outre l’envoi de troupes dans les OMP, l’Équateur a ouvert une école des missions de paix sur son territoire, pour former ses soldats à faire face aux problèmes affectant les personnes déplacées et les réfugiés, ainsi qu’aux questions humanitaires et de règlement des conflits. 

M. LEVENT ELER (Turquie) a précisé que la contribution de la Turquie à la paix mondiale ne se limitait pas aux OMP, mais s’étendait aussi à des missions dirigées par d’autres organisations régionales comme l’OTAN, l’Union européenne et l’OSCE.  Soulignant l’interdépendance entre sécurité et développement, le représentant de la Turquie a jugé indispensable le renforcement des institutions et des capacités nationales de consolidation de la paix des pays hôtes.  Se félicitant de l’adoption le mois dernier de la résolution 2086 du Conseil de sécurité sur le caractère multidimensionnel des OMP, M. Eler a mis l’accent sur la nécessité d’incorporer des activités de consolidation de la paix aux mandats de maintien de la paix.  Il a appelé à la confection de mandats qui soient en phase avec les ressources existantes, notamment lorsqu’il s’agit de la protection des civils.  Il a souligné l’importance de la coopération triangulaire entre les pays fournisseurs de contingents et de police, le Conseil de sécurité et le Secrétariat.  M. Eler a appelé à promouvoir la coopération entre le C-34 et la Commission de consolidation de la paix (CCP).  Il a dit que la coopération entre l’ONU et les organisations régionales, notamment l’Union africaine, était indispensable pour gagner en efficacité.  Il a regretté que les pays fournisseurs de troupes soient insuffisamment représentés au Secrétariat et a demandé qu’il soit mis fin à cette sous-représentation.      

Après s’être attardé sur la contribution de « Malteser International », bras humanitaires de l’Ordre de Malte, aux missions de maintien de la paix de l’ONU, M. JAMES BUCKLEY a vigoureusement plaidé pour que la protection des civils fasse systématiquement partie du mandat de ces missions.  Il a illustré la souffrance des civils en prenant pour exemple la situation en République démocratique du Congo, où l’Ordre de Malte offre des soins psychologiques et médicaux à près de 49 000 femmes.  S’agissant du Mali, où les civils risquent de se voir barrer l’accès aux soins de santé, l’Ordre de Malte a déjà financé 11 dispensaires et centres de soins, a indiqué M. Buckley.  Il est impératif, a aussi plaidé le représentant, que le Conseil de sécurité place l’accès aux soins de santé au cœur de la composante « protection des civils » des mandats de maintien de la paix. 

Droits de réponse

Exerçant son droit de réponse en français, la représentante du Maroc a évoqué l’échéance d’avril, date à laquelle chaque année le Conseil de sécurité renouvelle le mandat de la MINURSO, « ce qui relance l’activisme de la délégation de l’Algérie sur cette question ».  L’Algérie prouve une fois de plus qu’elle est partie prenante dans le conflit au Sahara, a-t-elle dit.  Elle s’est référée à la décision du Conseil de sécurité, l’organe qui décide des mandats des missions de maintien de la paix, de ne pas inclure un mandat des droits de l’homme dans le cas de la MINURSO.  L’Algérie n’a pas de leçon à donner au Maroc, a-t-elle ajouté.  Si l’Algérie veut parler des droits de l’homme, elle doit être honnête avec elle-même et respecter ses obligations internationales, notamment en respectant les droits des Sahraouis détenus dans les camps.  L’Algérie doit aussi débloquer le recensement de ces détenus, a déclaré la représentante du Maroc.

Le représentant de l’Algérie, a exercé lui aussi son droit de réponse en français, et a regretté que son homologue marocaine sorte du cadre onusien en évoquant la diplomatie algérienne.  Il a voulu clarifier la teneur de sa déclaration au titre du débat général.  La MINURSO est une mission des Nations Unies, a-t-il insisté, soulignant que ce n’est certainement pas une mission marocaine.  La MINURSO est chargée d’un territoire non autonome inscrit sur la liste de décolonisation de l’ONU qui recense tous les territoires à décoloniser.  Il n’y a rien de marocain dans l’affaire, a observé le représentant.  Il a aussi rappelé que le débat annuel du C-34 est une occasion de discuter des principes du maintien de la paix.  C’est dans ce cadre que sa délégation a voulu dénoncer la politique des deux poids deux mesures constatée dans le cas de la MINURSO.  La délégation de l’Algérie a voulu aussi soulever la question des droits de l’homme, en vue de parvenir à une paix durable.  Une dizaine de délégations ont évoqué des cas particuliers de missions de maintien de la paix, a rappelé le représentant, et celle de l’Algérie n’est donc pas la seule à l’avoir fait, a-t-il noté.  En ce qui concerne les procès évoqués dans la déclaration, a indiqué le représentant, nous avons juste relevé le fait que la MINURSO n’y était pas intervenue.  Enfin, en ce qui concerne les droits de l’homme, nous avons parlé des violations massives et à grande échelle des droits des Sahraouis, a souligné le représentant de l’Algérie. 

Reprenant la parole, la représentante du Maroc a dit que le représentant de l’Algérie essayait de dévier la discussion sur des questions qui n’ont pas de rapport avec le débat d’aujourd’hui.  La MINURSO est bien sûr située sur un territoire marocain, a-t-elle estimé.  Elle a demandé que l’Algérie traite donc de toutes les questions relatives à ce problème.  Si l’Algérie n’a rien d’autre à dire, elle ferait mieux de s’intéresser davantage à ce qui se passe dans ses affaires intérieures, a-t-elle dit.

Intervenant à son tour, le représentant de l’Algérie s’est demandé qui était réellement sorti du cadre du débat.  Je n’ai pas parlé du Sahara occidental que je n’ai pas évoqué nommément, a-t-il lancé.  J’ai seulement parlé d’une mission de maintien de la paix dans le cadre d’un débat portant sur les opérations de maintien de la paix, a-t-il précisé.  « Savez-vous que les membres de la MINURSO ne sont pas autorisés à interagir avec la population locale? » a-t-il ensuite demandé aux membres du Comité.  Savez-vous que les locaux de cette Mission sont entourés de drapeaux marocains au lieu des drapeaux de l’ONU?  En ce qui concerne la question du recensement, il a renvoyé la délégation du Maroc aux déclarations de hauts responsables de l’ONU qui ont clairement indiqué que le Haut-Commissariat des Nations Unies aux réfugiés était satisfait de la situation en la matière.

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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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