Première Commission: le clivage entre États dotés et non dotés d’armes nucléaires réapparaît

8 octobre 2013
AG/DSI/3475

Première Commission: le clivage entre États dotés et non dotés d’armes nucléaires réapparaît

8/10/2013
Assemblée générale
AG/DSI/3475
Département de l’information • Service des informations et des accréditations • New York

Première Commission

4e séance – matin


PREMIÈRE COMMISSION: LE CLIVAGE ENTRE ÉTATS DOTÉS

ET NON DOTÉS D’ARMES NUCLÉAIRES RÉAPPARAÎT


Après une première journée de débat général au cours de laquelle le Mouvement des pays non alignés, les États d’Afrique, arabes et des Caraïbes ont réclamé de nouvelles avancées vers l’élimination totale des armes nucléaires, d’autres pays, tels que l’Égypte, Cuba et la Malaisie se sont joints à cet appel lors de la deuxième journée.  De leur côté, la France, la Chine et la Fédération de Russie, toutes puissances nucléaires, ont donné des gages de leur engagement et exposé leurs attentes en terme de non-prolifération.


Pour l’Égypte, il n’y a aucun doute, la tenue le 26 septembre dernier de la première Réunion de haut niveau sur le désarmement nucléaire au Siège de l’ONU a montré qu’il existait bien une volonté politique majoritaire au sein de la communauté internationale de se débarrasser des armes nucléaires.


« Seule l’élimination totale des armes nucléaires garantira qu’elles ne seront pas utilisées », a pour sa part résumé l’Ukraine, alors que Cuba soulignait « l’urgence de lancer des négociations sur une convention d’interdiction globale des armes nucléaires », en déplorant que la dissuasion nucléaire fondait encore les doctrines militaires de certains États.


« Pas de négociations pour un nouvel effort de désarmement, pas d’entrée en vigueur du Traité sur les essais nucléaires, pas de négociations pour un texte sur les matières fissiles », a regretté de son côté la Malaisie, avant de déplorer aussi le report de la Conférence sur la création d’une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient prévue en 2012, à l’instar des autres États du Mouvement des pays non alignés qui s’exprimaient aujourd’hui.


Face au manque de progrès dans le désarmement et à la paralysie des négociations multilatérales à la Conférence du désarmement, attribuée à un manque de volonté politique des puissances nucléaires, ces intervenants ont soutenu l’initiative annoncée hier par l’Indonésie, qui déposera au nom du Mouvement des non-alignés, un projet de résolution destiné à lancer des négociations sur une convention d’interdiction des armes nucléaires, à faire du 26 septembre une journée internationale du désarmement nucléaire et à convoquer en 2018, une conférence internationale sur le désarmement nucléaire.


Réagissant à l’insatisfaction exprimée par ces États, la Fédération de Russie a rappelé qu’elle avait divisé par six son arsenal nucléaire ces dernières années.  Son représentant a également estimé que les puissances nucléaires respectaient leurs obligations, rejetant « une interprétation réductrice » du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) qui plaçait l’élimination totale des armes nucléaires ou la question de leurs conséquences humanitaires au sommet des priorités, sans tenir compte « de la réalité géostratégique ».  Il a cité en exemple le développement de boucliers antimissiles ou l’absence d’interdiction de déployer des armes dans l’espace extra-atmosphérique.  Sur ce dernier point, il a rappelé le projet de traité sino-russe bloqué par l’inaction de la Conférence du désarmement, dont il a appelé les membres à faire preuve de souplesse et de compromis pour sortir de l’impasse.


Dans son intervention, la Chine a également déploré ces blocages au sein du seul organe multilatéral de négociations du désarmement.  Elle a cependant rappelé son soutien au Traité d’interdiction complète des essais nucléaires qu’elle a signé mais pas encore ratifié.  Évoquant à ce propos la situation dans la péninsule de Corée, où la République populaire démocratique de Corée (RPDC) a procédé à un essai nucléaire en début d’année, le représentant chinois a défendu les pourparlers à six qualifiés de « cadre le plus approprié pour des négociations permettant de maintenir la paix et la sécurité dans la région ».


Abordant à son tour les questions liées à la prolifération, la France a fait part de ses vives préoccupations après ce nouvel essai de la RPDC, s’inquiétant également du dernier rapport de l’Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) indiquant que la République islamique d’Iran violait ses obligations internationales.  Elle a toutefois noté l’ouverture amorcée par le Président iranien, M. Hassan Rohani, précisant que la France attendait des gestes concrets de nature à ramener la confiance.  Elle a enfin rappelé la nécessité de mettre en œuvre le Plan d’action de la Conférence d’examen du TNP de 2010, qui prévoit « une séquence par étape », incluant l’entrée en vigueur du Traité d’interdiction des essais nucléaires et le lancement de négociations sur un traité d’interdiction de la production de matières fissiles.


Dans leurs interventions, l’Ukraine, l’Égypte, la Malaisie, la Tunisie et l’Algérie ont par ailleurs déploré de leur côté que l’organisation d’une conférence pour la création d’une zone exempte d'armes nucléaires (ZEAN) au Moyen-Orient, prévue en 2012 par ce Plan d’action, ait été reportée.  Le Kazakhstan s’est joint à leurs voix, insistant sur le rôle essentiel des ZEAN, à l’instar de celle créée au Kazakhstan même par le Traité de Semipalatinsk.


La Première Commission reprendra ses travaux mercredi 9 octobre à 10 hres, en salle de conférence 3.


DÉBAT GÉNÉRAL SUR TOUS LES POINTS DE L’ORDRE DU JOUR RELATIFS AU DÉSARMEMENT ET À LA SÉCURITÉ INTERNATIONALE


Déclarations


M. FERNANDO ARIAS GONZÁLEZ (Espagne) s’est déclaré convaincu de la détermination des Nations Unies à relever les défis relatifs aux armes nucléaires, saluant les progrès accomplis, notamment avec la conférence d’examen du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires de 2010 et l’entrée en vigueur du Traité sur la réduction et la limitation des armements stratégiques offensifs (START).  Des progrès ont également été accomplis dans le domaine des armes classiques, en particulier avec le Traité sur le commerce des armes, dont l’Espagne a été le premier État signataire, a encore souligné le représentant.  Il a néanmoins observé qu’en dépit de ces avancées, des blocages persistaient, en particulier au sein de la Conférence du désarmement et sur la production des matières fissiles.  Pour l’Espagne, aucun prétexte ne doit être utilisé pour bloquer le travail de la communauté internationale et le mécanisme du consensus mis en place pour tenir compte des avis de tous ne doit pas servir comme moyen de veto, a-t-il ajouté.


S’agissant de la question des armes de destruction massive, il a appelé à la mise en œuvre des résolutions 1540 (2004) et 1887 (2009) du Conseil de sécurité, en particulier, pour s’assurer que ces armes ne tombent dans des mains mal intentionnées.  La communauté internationale doit également travailler à leur non-prolifération, a-t-il poursuivi.  Dans ce contexte, il a appelé la République populaire démocratique de Corée(RPDC) à renoncer à son programme nucléaire et pris note du discours de conciliation des nouvelles autorités iraniennes.  La question des armes légères et de petit calibre nécessite la même attention car elles constituent, selon ses propos, d’autres « types d’armes de destruction massive », qui provoquent de nombreuses victimes.  Dans ce contexte, M. Arias Gonzalez a qualifié la résolution 2117 (2013) du Conseil de sécurité de pas importants pour le contrôle de ces armes.


M. JEAN-HUGUES SIMON-MICHEL (France) s’est félicité de l’adoption du Traité sur le commerce des armes, le qualifiant de meilleure illustration du multilatéralisme efficace et appelant tous les États Membres à le signer et ratifier afin d’accélérer son universalisation.  Il a également soutenu l’installation du Secrétariat du Traité à Genève, en Suisse.


Le représentant s’est par ailleurs inquiété de l’usage d’armes chimiques en Syrie en août dernier, avant de saluer la réaction ferme du Conseil de sécurité visant au démantèlement complet de l’arsenal chimique syrien.  Dans le domaine de la prolifération nucléaire, il a fait part des vives préoccupations de son pays après le nouvel essai nucléaire mené par la République populaire démocratique de Corée (RPDC) en février dernier et le récent rapport de l’AIEA indiquant que la République islamique d’Iran continuait de contrevenir à ses obligations internationales en matière de nucléaire.  Toutefois, a-t-il indiqué, après les gestes d’ouverture faits par le Président iranien Hassan Rohani, la France attendait des mesures concrètes de nature à ramener la confiance.


S’agissant du Plan d’action adopté lors de la Conférence de révision du TNP de 2010, le représentant français a déploré le manque d’avancées dans sa mise en œuvre, appelant les États Membres à s’y tenir, sans dévier de la voie tracée.  « C’est une approche commune qui engage tous les États et c’est une séquence étape par étape, qui inclut l’entrée en vigueur du Traité d’interdiction des essais nucléaires et le lancement de négociations sur un traité interdisant la production de matières fissiles à des fins militaires », a-t-il affirmé.


M. HALIT ÇEVIK (Turquie) a rappelé que l’objectif commun aux États Membres restait la réalisation d’un monde exempt d’armes nucléaires et des autres armes de destruction massive.  « Le mécanisme central pour concrétiser cette aspiration est le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), qui, malheureusement, ne fonctionne pas aussi efficacement que souhaité », a-t-il déploré.  Pour le représentant turc, seul un traitement équilibré des trois piliers du Traité, le désarmement, la non-prolifération et l’usage pacifique de l’énergie nucléaire, permettra de renforcer l’intégrité et la crédibilité du régime instauré par le TNP.


M. Çevik, qui a également appelé à l’universalisation du Traité, a reconnu la nécessité d’un raffermissement du régime de vérification de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA).  Concernant la Conférence du désarmement, il a plaidé pour sa revitalisation afin notamment que puisse être négocié dans son cadre un traité interdisant la production des matières fissiles à des fins militaires.


Le représentant s’est par ailleurs réjoui de l’adoption de la résolution 2118 du Conseil de sécurité, qui considère que toute utilisation des armes chimiques, partout dans le monde, constitue une menace à la paix et à la sécurité internationales.  « Le régime syrien doit tenir ses promesses de démantèlement, car en cas de non-respect de ses obligations, il y aura des conséquences », a-t-il mis en garde.


S’agissant des armes classiques, M. Çevik a invité les principaux pays exportateurs à signer et ratifier le Traité sur le commerce des armes, cela afin d’en accélérer l’entrée en vigueur.


Mme YADIRA LEDESMA HERNANDEZ (Cuba), s’associant à la déclaration du Mouvement des non alignés, a souligné l’urgence de reprendre les négociations au sein de la Conférence du désarmement pour aboutir à une convention globale qui interdit la possession, le développement, la production, l’acquisition, le test, le stockage, le transfert, l’utilisation ou la menace d’utilisation d’armes nucléaires et stipule leur destruction.  Il est inacceptable que la dissuasion nucléaire continue à être le socle de la doctrine militaire qui autorise la possession d’arsenaux nucléaires, a-t-elle indiqué, affirmant que la seule garantie contre leur utilisation ou leur prolifération était tout simplement leur destruction.  Elle a par ailleurs estimé indispensable que la communauté internationale avance sur un traité qui offre des garanties de sécurité universelles et inconditionnelles visant à protéger les États non nucléaires de toute utilisation ou menace d’utilisation.


La représentante de Cuba a par ailleurs estimé que les blocages au sein de la Conférence du désarmement étaient essentiellement imputables à un manque de volonté politique de certains États.  Cuba est préoccupé par la volonté de ces États d’isoler cet organe en le traitant « d’organe inutile », a-t-elle déploré.


En conclusion, Mme Hernandez a estimé que le Traité sur le commerce des armes était un texte déséquilibré qui défendait prioritairement les intérêts des pays producteurs et marchands d’armes, au détriment des autres pays, en particulier de ceux qui souffrent des effets du commerce illicite d’armes.


M. MOOTAZ AHMADEIN KHALIL (Égypte) s’est félicité de la tenue de la première Réunion de haut niveau sur le désarmement nucléaire, le 26 septembre dernier, qui a montré, selon lui, la volonté politique globale de débarrasser le monde des armes nucléaires.  Le représentant a apporté son soutien aux projets de résolution que le Mouvement des pays non alignés entend présenter pour lancer des discussions sur l’élaboration d’une convention sur l’élimination des armes nucléaires, qui inclurait aussi les questions liées à la production et aux stocks de matières fissiles.


Évoquant ensuite les défis de la non-prolifération, il a déploré le report de la conférence prévue en 2012 pour l’instauration d’une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient.  Afin de relancer la création d’une telle zone, le représentant a également rappelé l’initiative lancée par son pays devant l’Assemblée générale, le 28 septembre dernier, qui invite tous les États concernés à faire part de leurs positions précises au Secrétaire général de l’ONU et qui encourage tous les États de la région qui ne l’ont pas encore fait à rejoindre le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP).


Le représentant s’est félicité de l’adoption du Traité sur le commerce des armes, rappelant l’engagement de son pays à le signer et le ratifier pour permettre son entrée en vigueur, exhortant également les autres États Membres à en faire autant.


M. YURIY A. SERGEYEV (Ukraine) a rappelé que seule l’élimination totale des armes nucléaires garantissait leur non-utilisation.  Considérant le désarmement comme une question centrale de la stabilité internationale, il a estimé qu’un désarmement complet était « la pierre angulaire d’une paix et d’une sécurité mondiales pérennes ».


Défendant une approche multilatérale du désarmement, le représentant ukrainien a rappelé l’adhésion de son pays au Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) et appelé à la mise en œuvre du Plan d’action adopté lors de la Conférence de révision du TNP de 2010, notamment pour ce qui a trait à l’organisation d’une conférence internationale visant à la création d’une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient.


Il a également défendu l’universalisation du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICEN), appelant les États qui ne l’ont pas encore fait à signer et ratifier le texte pour permettre son entrée en vigueur.  Il a aussi défendu le lancement de négociations sur un Traité d’interdiction de la production de matières fissiles à des fins militaires, insistant sur le rôle de la Conférence du désarmement dans ce domaine.


Conscient des difficultés de procéder dans un court délai à l’élimination complète des armes nucléaires, M. Sergeyev a insisté en particulier sur la nécessité de mettre en place un instrument juridique contraignant offrant des garanties aux pays non dotés d’armes nucléaires contre l’usage ou la menace de l’usage d’armes nucléaires par les États détenant de telles armes. 


M. DAVID DONOGHUE (Irlande) a interpellé la communauté internationale sur son devoir d’être proactif sur le dossier de l’élimination des armes de destruction massive, surtout au regard de l’usage récent par la Syrie d’armes chimiques.  Il a toutefois noté avec satisfaction que, près de 15 ans après son entrée en vigueur, la Convention sur les armes chimiques était sur le point d’atteindre son but, à savoir éliminer toute une catégorie d’armes des arsenaux mondiaux.


Insistant sur les horreurs de la guerre en Syrie, notamment sur les graves conséquences des armes chimiques sur les civils innocents, le représentant de l’Irlande a estimé que le temps de la complaisance était passé, se félicitant de la constitution d’un consensus parmi la majorité des États Membres de l’ONU sur la nécessité de mettre fin à l’usage de telles armes.  M. Donoghue a jugé inacceptable que 43 ans après l’entrée en vigueur du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), l’arsenal nucléaire mondial comptait toujours plus de 17 000 armes.


Le délégué de l’Irlande a rappelé que lors de sa soixante-septième session, l’Assemblée générale avait fait part de son insatisfaction relative au manque de progrès sur la question du désarmement, en particulier les blocages au niveau de la Conférence sur le désarmement qui n’est toujours pas parvenue, après 15 ans de travaux, à jouer son rôle en tant qu’organe responsable des négociations multilatérales sur la question.  Rappelant l’expérience de son pays dans ce domaine, le délégué irlandais a estimé que l’adoption et l’application d’un traité global et robuste sur le commerce des armes permettraient à la communauté internationale d’avancer considérablement sur ce dossier.  Il a conclu en lançant un appel aux États qui ne l’ont pas encore fait de signer et ratifier le Traité sur le commerce des armes.


M. HUSSEIN HANIFF (Malaisie) a regretté la situation actuelle en matière de désarmement et de sécurité internationale: aucune négociation en vue sur le désarmement, aucun traité en vigueur sur les matières fissiles, aucun progrès sur l’entrée en vigueur du Traité d’interdiction complète des essais nucléaires (TICEN).  En outre, a-t-il fait remarquer, aucune conférence n’a pu être mandatée en 2012 pour établir une zone exempte d’armes nucléaires et d’autres armes de destruction massive au Moyen-Orient. 


Le délégué de la Malaisie a par ailleurs regretté les positions inflexibles de quelques États dotés de l’arme nucléaire, qui empêchent la Conférence du désarmement de se doter d’un comité ad hoc sur le désarmement nucléaire.  Il a exprimé ses vives préoccupations quant aux allégations d’utilisation d’armes chimiques en Syrie et a appelé la communauté internationale à intensifier ses efforts pour explorer toutes les solutions diplomatiques possibles concernant ce dossier sous les auspices des Nations Unies.


M. MIKHAIL I. ULIYANOV (Fédération de Russie) a abordé lors de son intervention trois principaux sujets.  S’agissant du désarmement nucléaire, il a rappelé que les efforts déployés par son pays et les États-Unis pour réduire leurs arsenaux nucléaires avaient amené son pays à diviser par six son potentiel nucléaire, pour le ramener au niveau des années 1950.


Dénonçant l’insatisfaction exprimée par de nombreux États non dotés qui estimaient les efforts de désarmement insuffisants, le délégué russe a fait valoir que les puissances nucléaires respectaient leurs obligations du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.  Il a en particulier rejeté « une interprétation réductrice » du Traité par de nombreux États non dotés, qui place l’élimination totale des armes nucléaires ou leurs conséquences humanitaires au sommet des priorités, sans tenir compte « de la réalité géostratégique ».


M. Uliyanov a toutefois mis en avant « des facteurs négatifs qui sapent la stabilité et la confiance », citant en particulier la création de boucliers antimissiles et l’absence d’interdiction de déployer des armes dans l’espace extra-atmosphérique.  Sur ce dernier point, il a rappelé le projet de traité sino-russe bloqué par l’inaction de la Conférence du désarmement et l’absence de consensus qui laissent penser que certains États n’ont pas renoncé à une course aux armements dans l’espace.  Dans ce contexte, il a salué le travail du Groupe spécial d’experts chargé d’étudier l’application à l’espace de mesures de confiance.


Pour ce qui concerne les questions de non-prolifération, le représentant russe a appelé à l’organisation dans les délais les plus rapides d’une conférence sur la création d’une zone exempte d’armes nucléaires au Moyen-Orient, déplorant qu’elle n’ait pas pu se tenir en 2012, comme prévu par le Programme d’action adopté lors de la Conférence d’examen du TNP de 2010.


Concluant sur les mécanismes de désarmement, il a déploré les blocages persistants au sein de la Conférence du désarmement, estimant qu’un consensus pourrait être trouvé si le programme de travail était simplifié.  Il a appelé tous les États siégeant à la Conférence du désarmement à « faire preuve de souplesse et de volonté de compromis » pour sortir de l’impasse.


M. RIADH BEN SLIMAN(Tunisie) a salué les avancées réalisées ces deux dernières années dans le domaine du désarmement et de la non-prolifération, estimant toutefois qu’un désarmement nucléaire généralisé serait le meilleur moyen de s’assurer que de telles armes ne tombent pas entre les mains de groupes terroristes et d’acteurs non étatiques.


La Tunisie réaffirme que le TNP, en dépit de ses imperfections et de ses fragilités, demeure un instrument irremplaçable pour la sécurité internationale, a-t-il indiqué.  Le représentant tunisien a par ailleurs évoqué la question du Moyen-Orient, appelant la communauté internationale, et notamment les puissances influentes, à prendre des mesures urgentes et pratiques pour la création d’une zone exempte d’armes nucléaires dans cette région.  La Tunisie estime que la création et la mise en œuvre du statut régissant de nouvelles zones exemptes d’armes nucléaires seraient le meilleur moyen d’avancer sur la voie du désarmement nucléaire, a-t-il affirmé, appelant à la tenue d’une conférence sur la création, au Moyen-Orient, d’une zone exempte d’armes nucléaires et d’autres armes de destruction massive.


M. Slimana également évoqué la question des armes conventionnelles, saluant l’adoption, le 2 avril 2013, du Traité sur le commerce des armes.  La Tunisie se félicite en outre de l’adoption, le 26 septembre 2013, de la première résolution du Conseil de sécurité sur les armes légères, qui appuie les efforts des Casques bleus pour limiter l’impact de ce type d’armes dans les sociétés postconflictuelles et note avec satisfaction les résultats positifs de la Conférence des Nations Unies chargée d’examiner les progrès accomplis dans l’exécution du Programme d’action en vue de prévenir, combattre et éliminer le commerce illicite des armes légères sous tous ses aspects, a conclu le délégué tunisien.


M. WU HAITAO (Chine) a estimé que pour relever les défis actuels dans le domaine du désarmement, il était essentiel que les États concernés abandonnent la mentalité héritée de la guerre froide et la théorie de l’équilibre des forces, pour privilégier la confiance mutuelle, la plus large intégration et la coopération mutuellement avantageuse.  Saluant les progrès accomplis dans les processus de désarmement, le représentant chinois a appelé à la revitalisation des mécanismes multilatéraux de désarmement.  Pour la Chine, les États dotés d’importants arsenaux nucléaires doivent abandonner la doctrine de la dissuasion nucléaire et s’engager à réduire sensiblement leurs stocks d’armes actuels, a-t-il indiqué, précisant que son pays soutenait le Traité sur l’interdiction complète des essais nucléaires.


Au regard de la situation dans la péninsule coréenne, le représentant de la Chine a estimé que les pourparlers à six demeuraient le cadre approprié pour le maintien de la paix et de la sécurité dans la région.  Dans ce contexte, a-t-il précisé, la Chine est disposée à travailler à la reprise des négociations en vue de démilitariser cette région et en faire une zone exempte d’armes nucléaires.


S’agissant des armes chimiques, M. Wu a estimé que son pays était victime de leur fabrication, les usines de production d’armes chimiques abandonnées par le Japon sur le territoire chinois constituent une menace à l’environnement et à la vie de nombreux habitants de la région.  Il a appelé les autorités japonaises à remplir leurs obligations dans ce domaine et procéder à leur destruction au plus vite.


Le délégué chinois a par ailleurs indiqué que son pays était favorable à une réglementation sur la militarisation de l’espace extra-atmosphérique, affirmant qu’à son avis un instrument juridiquement contraignant était nécessaire pour la prévention de la militarisation de l’espace extra-atmosphérique.  C’est à cette fin, a-t-il précisé, qu’avec la Fédération de Russie, la délégation chinoise avait déposé à la Conférence du désarmement un projet de traité sur la préventiondu déploiement d’armesdans l’espace et l’usage de la menace ou de la force contre les satellites ou tout autre objetplacé dans l’espace.


M. CHARLES T. NTWAAGAE (Botswana) a estimé que la question du désarmement, de la paix et de la sécurité internationales devait rester sur le devant de la scène internationale tant qu’elle n’aura pas reçu de solutions satisfaisantes.  À son avis, tous les États devaient s’engager à respecter le Traité sur l’interdiction complète des essais nucléaires et le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP), de même qu’à établir des zones exemptes d’armes nucléaires.


En tant qu’État partie au Traité de Pelindaba, le Botswana estimait que cette approche régionale forcerait les États à dénucléariser leurs territoires, a indiqué le représentant de ce pays.  Par ailleurs, a-t-il précisé, le Botswana voit dans le commerce illicite d’armes légères et de petit calibre un sujet de préoccupation, notant avec satisfaction à ce sujet l’entrée en vigueur du Traité sur le commerce des armes.


M. MOURAD BENMEHIDI (Algérie) a souligné que son pays attachait la plus grande importance à un désarmement intégral comme moyen de garantie de la paix et de la sécurité internationales, réitérant son engagement à la diplomatie multilatérale notamment dans les domaines du désarmement et de la sécurité internationale.


L’Algérie est convaincue du besoin d’universaliser le Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP) et de garantir que ses signataires s’acquittaient pleinement de leurs obligations, plus précisement en matière de désarmement, de non-prolifération et de promotion de l’usage de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques.  Sur le choix de la majorité des États de faire usage de l’énergie atomique à des fins exclusivement civils, M. Benmehidi a réaffirmé le droit légitime de son pays à disposer de l’énergie nucléaire dans le cadre du régime de non-prolifération.


Il a précisé que la position de l’Algérie sur l’élimination complète des armes nucléaires n’avait pas varié, réaffirmant qu’elle était l’unique voie de se prémunir contre leur usage et leur menace.  Il s’est prononcé à ce sujet pour l’adoption d’un instrument juridiquement contraignant doté d’assurances de sécurité négatives pour tous les États ne possédant pas l’arme nucléaire. 


M. Benmehidi a relevé la menace que posait le commerce illicite des armes légères et de petit calibre pour la stabilité, notamment de la région du Sahel, et appelé à l’application intégrale du Programme d’action de l’ONU visant à prévenir, lutter et éliminer ce type de commerce.


M. BARLYBAY SADYKOV (Kazakhstan) a indiqué que le désarmement et la non-prolifération étaient les deux principales priorités de son pays, estimant que des avancées dans ces deux domaines devaient être faites simultanément.


Tout en saluant les efforts déployés par les États dotés d’armes nucléaires pour réduire leurs arsenaux, le délégué a rappelé que seule l’élimination totale de ce type d’armes constituait une garantie contre leur usage ou la menace d’usage. Dans ce contexte, il a indiqué que son pays travaillait sur un projet de « Déclaration universelle d’un monde sans armes nucléaires » au sein des Nations Unies.


Rappelant les conséquences humanitaires et environnementales des essais nucléaires réalisés à Semipalatinsk et d’autres endroits de la planète, M. Sadykov s’est félicité de la tenue à Oslo, en début d’année, de la première Conférence internationale sur les conséquences humanitaires des armes nucléaires.  Il a souhaité que la prochaine réunion, prévue à Mexico en 2014, débouche sur des recommandations concrètes.


Déplorant les blocages, au sein de la Conférence du désarmement, qui ont empêché la réalisation de nouvelles avancées importantes, notamment dans le domaine des assurances négatives de sécurité offertes aux pays non nucléaires par les pays nucléaires, le délégué du Kazakhstan a apporté le soutien de son pays au Groupe de travail informel chargé d’établir un programme de travail destiné à surmonter l’inaction.


Considérant par ailleurs que les zones exemptes d’armes nucléaires (ZEAN) constituaient un outil efficace contre la prolifération nucléaire, le représentant du Kazakhstan a défendu leur création, rappelant le Traité de Semipalatinsk qui fait du Kazakhstan une ZEAN.  Il s’est également prononcé pour la tenue rapide d’une conférence pour la création d’une zone similaire au Moyen-Orient, conformément au Plan d’action adopté lors de la Conférence d’examen du TNP de 2010.


En conclusion, M. Sadykov a indiqué que son pays, un des plus gros fournisseurs d’uranium, restait engagé dans des discussions avec les Nations Unies et l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) pour la création d’une banque internationale d’uranium faiblement enrichi, qui serait accueilli par le Kazakhstan sous les auspices de l’AIEA.


M. RAMADHANI MWINYI (République-Unie de Tanzanie) a déploré que le mandat confié à la Première Commission d’aider à assurer la paix et la sécurité dans le monde ne soit toujours pas rempli, en raison des nombreuses difficultés persistantes dans ces domaines et des mauvaises réponses et solutions apportées.  Depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, la course aux armements s’était intensifiée, non pas parce que le monde avait besoin de plus d’armes, mais parce que certains États avaient ainsi le sentiment d’une plus grande sécurité, a-t-il affirmé.


La Tanzanie ne milite pas pour un monde sans compétition, mais au contraire appelle à un monde de coopération et de compétition pour le développement humain, pas pour sa destruction, a conclu le délégué. 


Droits de réponse


Exerçant son droit de réponse, le représentant de la République arabe syrienne a condamné l’utilisation d’armes chimiques et estimé que les responsables de l’attaque du 21 août dernier en Syrie, à savoir les rebelles, devront en répondre devant la justice.  Il a par ailleurs souligné que son gouvernement s’était engagé à détruire les stocks d’armes chimiques dont il disposait.  Il a dit ne pas comprendre la position de la France, membre permanent du Conseil de sécurité, qui, à son avis, aurait dû s’en réjouir, au lieu de chercher à faire échouer cette solution, a déploré le représentant.  La Syrie ne comprend pas l’attitude de la France qui, par le passé s’est rendu coupable d’essais d’armes chimiques sur des être humains et qui a introduit la bombe atomique au Moyen-Orient en aidant Israël à s’en doter en 1954, a dit le représentant.


Exerçant également son droit de réponse, le représentant du Japon a déclaré que les activités spatiales de son pays étaient conformes au droit international, ce qui n’était pas le cas de celles de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), qui constituaient, à son avis, des actes de provocations et de violations flagrantes des résolutions du Conseil de sécurité et du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires.  Il a invité le Gouvernement de la RPDC à respecter lesdites résolutions et à tenir compte des pourparlers à six.


En réponse, la délégation de la République populaire démocratique de Corée (RPDC) a rejeté les commentaires faits par le Japon, estimant que ce pays n’a pas de crédibilité pour parler du nucléaire, car il disposait de ressources nucléaires suffisantes pour fabriquer des armes nucléaires à son gré.  Le Japon est un cancer qui menace la péninsule, a déclaré le représentant.


Exerçant son second droit de réponse, le représentant du Japon a affirmé que son pays respectait à la lettre ses engagements de ne pas introduire d’armes nucléaires dans la région.  Aucun fait ne prouve le contraire, a-t-il affirmé, précisant que la philosophie pacifique du Japon ne changerait jamais.


Répondant à la République arabe syrienne, le représentant de la France a rejeté les allégations syriennes les qualifiant de « non fondées ».  Ce sont les mêmes chaque année, a précisé le délégué de la France, appelant la délégation syrienne à lire le rapport de la Commission d’enquête sur l’utilisation d’armes chimiques en Syrie.


Le délégué de la République populaire démocratique de Corée (RPDC), exerçant son second droit de réponse, a affirmé que chaque année, des navires américains transportant des armes nucléaires se rendaient au Japon. Cette situation est une militarisation flagrante du Japon, a-t-il souligné, précisant également que le Japon n’avait aucune légitimité à évoquer les pourparlers à six.


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À l’intention des organes d’information • Document non officiel
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